| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Vulnérabilités des sociétés techniciennes et contre-terrorisme
Joseph
Henrotin
Le développement du terrorisme montre une multiplication de ses manifestations. Les attaques de Madrid, d’Istanbul, celles déjouées en Arabie Saoudite et en Jordanie, les micro-attaques visant des parlementaires européens, les menaces du groupe AZF sur le réseau ferroviaire français, les cafouillages des autorités quant à un présumé terroriste “affilié” à Al Qaïda et qui aurait pu faire exploser le vol AF068 entre Paris et Los Angeles du 24 décembre 2003 nous rappellent la diversité de ses formes. Elles sont paradoxales en soi, entre le particularisme de chaque terrorisme souligné par D. Bigo[1], et la portée généraliste du mode d’action que démontre J. Baud dans La guerre asymétrique[2]. Pour autant, et comme le rappelle le général Wesley Clark, le terrorisme c’est d’abord un objet stratégique “low technology, high concept”[3] alors que, selon Hervé Coutau-Bégarie, “la stratégie introduit l’action de l’intelligence”[4]. Mais, dans cette optique, les cibles du terrorisme peuvent apparaître comme plus diversifiées qu’auparavant, de sorte que le développement de toute stratégie contre-terroriste doit lui-même être réévalué. Une conceptualisation biaisée du rôle de la technologie dans une société – qui constitue à la fois le refuge et le champ d’action d’organisations terroristes – peut mener à une perception inadéquate des modes d’action terroristes et des ripostes que nous pouvons leur opposer. En effet, l’analyse du terrorisme dans la littérature stratégique se cantonne généralement à une énumération des mouvances et de leurs trajectoires historiques, de leurs possibilités d’actions et des vulnérabilités qu’ils engendrent. La nature même du terrorisme, trop souvent parasitée par des considérations sur sa légitimité ou non, est peu mise en évidence. En pratique, cette nature renvoie d’abord – et nous partirons de ce postulat – à un mode de l’action stratégique[5]. Or, les stratégies contre-terroristes sont aussi peu étudiées que la relation très particulière existant entre le terrorisme et l’environnement dans lequel il agira. Le contre-terrorisme recouvre des aspects bien plus larges que les seules dispositions de sécurité, de codes juridiques et d’architectures de renseignement. Il ne s’agit pas, dans cet article, d’en faire le détail mais, plutôt, de montrer en quoi ces artefacts contre-terroristes doivent être intégrés dans de nouvelles formes de stratégies intégrales, organiquement implantées dans le champ social. Terrorisme
et débat primautaire
Mais encore faut-il approcher conceptuellement le terrorisme, ne serait-ce que brièvement. En tant que mode d’action stratégique, on peut considérer qu’il est, par excellence, asymétrique et qu’il relève plus largement d’une stratégie du faible au fort[6]. Sa principale caractéristique est d’engendrer des effets psychologiques bien plus importants que ses effets physiques. Pour minimaliste que soit cette approche, elle est opératoire et permet de dépasser une des principales ambiguïtés du temps, laquelle biaise l’analyse des vulnérabilités de nos sociétés, l’articulation entre les visions idéelle (la pensée stratégique, les doctrines, des facteurs aussi immatériels que le moral, l’entraînement et la détermination) et matérielle (la technique). Cette opposition reste autant problématique dans l’étude de la stratégie en général que dans celle du terrorisme. Dans le domaine stratégique, existe, en effet, ce que nous pourrions définir comme un “débat primautaire”[7] cherchant à faire prévaloir l’idée ou la technologie comme source du succès. Si toute analyse d’un conflit démontre rapidement que c’est l’interaction constante des deux qui permet l’atteinte de l’objectif, la ligne de démarcation qui les sépare – particulièrement dans le contexte de la Revolution in Military Affairs (RMA) américaine et de sa diffusion en Europe – est trop affirmée dans les commentaires et doctrines pour ne pas peser sur notre action stratégique. Le débat primautaire n’est pas neuf en soi. Il se dévoile dans le contexte spécifique de la guerre froide, au travers de l’élaboration puis de l’efflorescence conceptuelle de la stratégie nucléaire. Le général Gallois pouvait alors déclarer que “seuls comptent l’état des arsenaux et la stratégie des moyens”[8]. Or, la même guerre froide est largement marquée par les lignes de fractures idéelles et matérielles. Lorsque des auteurs aussi influents que Possony, Pournelle et Kane déclarent, à l’aube des années 1970 qu’il existe une guerre technologique[9], ils contribuent à déplacer la notion de technologie à l’extérieur du champ des relations stratégiques. Elle serait alors la clé de tout succès, tactique comme stratégique. En France, le lieutenant-colonel Becam indiquait également que la manœuvre de génération des forces (ou manœuvre génétique) s’avérait déterminante pour la capacité des forces à mettre en place des stratégies adaptées à l’environnement international[10]. Mais ce positionnement serait surtout un reliquat de la guerre froide où l’armement nucléaire impliquait de penser une stratégie nucléaire. Comment, dans ce contexte, dépasser le débat primautaire et permettre de faire pleinement interagir matériels et idées, y compris au profit du contre-terrorisme ? Des penseurs français, comme le général Poirier, indiquaient que l’homme donnait sens à son armement, porté comme une prothèse. Une étape plus loin, McKenzie montre que toute technologie constitue “de l’histoire solidifiée”[11]. La technique n’est donc pas que du matériel, mais aussi la cristallisation de perceptions sociales, politiques et stratégiques : elle est construite comme une représentation. Law et Callon vont dans un même sens, mettant sur le même pied matériels et concepts, ces deux catégories étant considérées comme des représentations socialement construites et constituant toutes deux des artefacts, en l’occurrence produits par un système stratégique[12]. Cette position permet certes le dépassement conceptuel du débat primautaire. Mais, à l’aune de sa confrontation aux stratégies contre-terroristes, le débat primautaire ne nous apparaît pas comme étant complètement dépassé. Les artefacts du contre-terrorisme ne sont ni politiquement ni socialement neutres, dans la mesure où ils reflètent des positions politiques et où ils doivent être plongés dans un champ social, afin d’agir. Mais codes juridiques, unités et hommes restent aussi des produits techniciens, ne permettant de remplir qu’une partie du travail de prévention du terrorisme et n’agissant dès lors que sur une partie d’un spectre d’occurrence terroriste plus large. Or, et pour en revenir à sa définition, le terrorisme a une finalité psychologique et vise à influencer des politiques, des comportements et des attitudes, quel que soit celui qui l’utilise. Aussi, à la lecture de J. Baudrillard ou d’E. Morin, le terrorisme est d’abord idéel, intangible et, in fine, le résultat d’une perception[13]. Cette dernière perd elle-même son statut de certitude : dans le cas d’AZF, la distinction entre groupe terroriste et criminel est ainsi volontairement brouillée, tout en s’appuyant sur les symboliques attachées à l’explosion de l’usine toulousaine. S’appuyant sur des moyens matériels divers, la visée propre du terrorisme s’ancre alors le domaine idéel du débat primautaire. Or, notre perception en ces matières pourrait être trop influencée par une vision matérielle de la société et de sa gestion, déplaçant le centre de gravité de la définition d’une stratégie et de l’action contre-terroriste, non sur le versant idéel de la stratégie mais bien sur son versant matériel. Dans le champ social – entendu comme englobant toutes les activités humaines, donc et y compris les activités politico-stratégiques –, ce domaine technicien apparaît comme ayant des ramifications insoupçonnées. Des auteurs comme Mumford, Ellul ou Winner[14] démontrent les risques de dérive de sociétés devenues techniciennes par l’obsession de la procédure et par les bureaucraties, mécanisant les comportements et que les évolutions artistiques restituent assez bien[15]. La société technicienne, telle que J. Ellul pouvait la décrypter, devient alors un environnement global marquant de son empreinte tout le champ social, voire l’encadrant. La nécessité de définir la technologie dans le champ stratégiqueEn
effet, la technologie ne saurait se résumer aux seuls équipements et,
pour ce qui nous concerne, aux armes potentielles du terrorisme[16].
Elle est variablement conçue et ne vise pas
systématiquement la seule efficacité[17].
Mais sa définition n’est pas celle de l’ingénierie ou d’une suite
d’innovations. Les matériels constituent des expressions techniques
et non technologiques. La technologie, sémantiquement,
renverrait plutôt à la combinaison de la technê et du logos,
constituant donc un discours de la technique. C’est ainsi que L. Ross considère la technologie comme la combinaison d’un hardware (la machine) et d’un software (ses impacts organisationnels) et approuve R. Merrill, pour qui la technologie est “un corps de techniques, de savoirs et de procédures pour fabriquer, utiliser et faire des choses utiles”[18]. Plus loin, Saunders inclut dans le concept de technologie les techniques d’apprentissage et le savoir-faire inhérent à une technique. Au final, cette “technique” qui pénètre dans la sphère idéelle induit alors un modelage des comportements, jusque dans la sphère de nos pensées et de nos schémas d’action. Dans une telle optique, la somme des technologies que nous déployons est variablement conditionnante. D’abord des politiques comme des stratégies. Ainsi, le brillant The Closed World de P.N. Edwards[19] démontrait que la technologie informatique avait littéralement formaté la guerre froide comme les stratégies qui y seront mises en œuvre. Mais la technologie est aussi conditionnante à un niveau individuel, qui est celui de l’action du terroriste comme de l’opérateur contre-terroriste. C’est la figure de la technologisation, soit le conditionnement induit par la technologie, à l’échelle de l’individu comme des organisations (forces armées, ministères, etc.) dans lesquelles il est amené à agir. La
portée de la technologisation
Les conditionnements technologiques se surimposent alors aux cultures politiques et stratégiques, dont les acteurs de la sécurité sont partiellement les produits comme les reproducteurs. Les formations respectives des opérateurs de la sécurité les spécialisent ainsi dans leurs tâches[20]. Au même titre que les cultures stratégiques, ces orientations sont évolutives et ne constituent pas des déterminants. Ainsi, de nouvelles technologies peuvent apparaître et s’ajouter aux évolutions précédentes, voire les remplacer. Au-delà, l’évolution des pensées politiques, sociologiques, philosophico-religieuses s’intègre variablement aux conditionnements précédents. Actuellement, les neurosciences cherchent à démontrer que nos comportements sont inscrits dans nos enchaînements cognitifs, “solidifiant” en quelque sorte les conditionnements technologiques et culturels. L’étude de la théorie du chaos, de celles du comportement ou des neurosciences autoriserait alors, dans les limites du développement des disciplines, une capacité de prédictibilité du comportement des individus en fonction de la structuration particulière de leurs comportements et de ce qui peut les influencer. C’est aussi le cas au plan collectif d’un groupe terroriste ou d’une force armée qui, forcément, partagent une “matrice comportementale” commune. Elle définit une identité de groupe et un esprit de corps. Comprendre ses mécanismes les plus intimes, au cœur de l’individu et de ses représentations, permet alors d’approfondir la dynamique des théories culturalistes. En d’autres termes, les cultures stratégiques deviendraient le reflet de la multiplicité des matrices comportementales liant les individus, mais aussi nos sociétés techniciennes. Le problème de la technique conditionnante est connu des militaires. Si une doctrine doit être indicative de comportements tactiques, opérationnels et stratégiques, elle ne peut l’être trop. Si elle passe du statut de “ligne de conduite” à celle de “procédure”, elle limite considérablement l’initiative et l’autonomie de l’officier dans le combat. Sa capacité à faire preuve d’audace, voire de génie dans le sens clausewitzien du terme, sera limitée, voire déconseillée. L’officier court alors le risque de ne pas s’adapter à l’environnement dans lequel il combat. Or, historiquement, le génie et le coup d’œil forment de bien meilleures sources d’adaptation à l’environnement stratégique que les technologies[21]. Si cette dernière, et donc le versant matériel du débat primautaire, peut aider le commandant, elle induit toutefois des vulnérabilités plus complexes : • Au niveau de la caractérisation de la menace. C’est ainsi que les attentats de Madrid avaient été interprétés comme des représailles à l’envoi par l’Espagne de troupes en Irak. Or, l’enquête menée révéla que ces attentats avaient été planifiés avant la participation espagnole, l’Espagne ayant par ailleurs – et depuis son retrait d’Irak – déjoué plusieurs attentats. Dans le cas français, l’enlèvement de C. Chesnot et G. Malbrunot avait initialement été considéré comme une erreur, la France n’ayant pas participé aux opérations irakiennes. La leçon qui en découle est que l’attribution aux groupes terroristes des rationalités qui sont les nôtres – et qui font, en l’occurrence, la distinction entre engagement ou non en Irak – est une erreur. L’adversaire en joue et laisse croire qu’il ne frappera pas, renforçant sa propre liberté d’action tout en abusant le défenseur ; • Au niveau de la caractérisation des vulnérabilités. Une dépendance excessive aux artefacts comme aux conditionnements technologiques dans l’ensemble du champ social limite l’initiative et l’application des principes de la guerre. Au plan sociétal, si la thématique d’une guerre de l’information, souvent mal définie[22], a engendré une littérature prolixe, l’informatisation innervant le champ social (comme les stratégies contre-terroristes) devient elle-même source de vulnérabilités au même titre que d’autres systèmes, plus centraux encore. La prise en compte des vulnérabilités des réseaux électriques est ainsi particulièrement déficiente. Dans un tel contexte, la prolifération des technologies utilisant l’électricité multiplie les portes d’entrées du terrorisme[23]. Guerre
et terrorisme : vers un brouillage des distinctions
La prégnance de visions technologiquement intensives peut par ailleurs pousser à considérer la notion de sécurité dans son sens mathématique, en tentant de la chiffrer, mais sans véritablement en mesurer le caractère intrinsèquement non-linéaire. C’est une dérive que J. W. Gibson dénonçait déjà comme ayant conduit à la perte de la guerre du Vietnam où, d’un point de vue technocratique, les succès tactiques, les hautes technologies et les méthodes avancées de management auraient logiquement dû permettre la victoire[24]. En réalité, les artefacts technologiques ont occulté l’inadaptation américaine à la situation stratégique du théâtre d’opérations. Dans le contexte actuel, des artefacts techniciens comme le nombre de policiers et de militaires déployés, leurs équipements, le développement de codes juridiques antiterroristes deviennent des réponses politiquement défendues et promues, mais créent leurs propres vulnérabilités. Les organisations de défense des droits de l’homme soulignent ainsi les risques de limitation des libertés individuelles et ceux issus des ambiances militarisantes ou de suspicion issues de telles rispostes. En résulte une fragmentation du champ social au moment précis où il a besoin d’être le plus cohérent possible. La sécurité dévoile alors la diversité de ses acceptions : sans être une réalité matérielle, elle est une perception socialement et individuellement construite. La sécurité est ainsi évolutive, alors que ses définitions sont toujours en discussion. Aussi une perception peut-elle vite devenir une adversaire. Après le 11 septembre et le 11 mars, les interactions de questions-réponses à des décideurs politiques pas toujours très bien formés et informés, une rhétorique sécuritaire, le lancement d’opérations en Afghanistan, en Irak, la multiplication des attentats en tous genres (et ce, même s’ils ne sont pas tous liés entre eux) ont modifié ce que nous pensons être la sécurité. Plus que jamais, sa définition devenait problématique, à l’articulation entre les versants internes et externes de l’État, brouillant les référents traditionnels de sa perception et de la celle du terrorisme. Qu’est-il ? Guerre ? Conflit ? Ayant compris ce brouillage des référents traditionnels, Liang et Xiangsui, les auteurs de La guerre hors limites[25], montrent comment exploiter les vulnérabilités perceptuelles des sociétés occidentales. Certains diront de l’ouvrage, écrit en 1998, qu’il aurait fortement influencé les attaques du 11 septembre. Mais les auteurs rejoignent aussi les réflexions d’un J. Ellul comme d’un P. Virilio. Ce dernier voit, en effet, l’apparition d’une Pure war[26], vision syncrétique des développements technologiques et militaires dans un cadre stratégique unifié et où, finalement, la guerre serait permanente. De même Baudrillard pouvait-il écrire, dans la même optique, que la guerre du Golfe n’avait pas eu lieu parce qu’elle relevait d’un continuum dans le temps alors qu’une guerre est, par définition, bornée dans le temps, entre sa déclaration et un accord de paix[27]. Continuation d’un projet politique, le terrorisme n’est pas en soi une guerre pour D. Bigo, qui considère que la guerre n’était concevable qu’entre deux États en conflit ouvert. Mais force est aussi de constater que la définition classique des guerres n’est plus pertinente. On ne les déclare plus, tout comme “le front” n’existe plus, mettant à mal tous nos référents en la matière. Aussi, comment caractériser un conflit violent entre des États et des réseaux pour partie avérés, pour partie virtuels (en ce qu’ils demeurent en puissance) ? La menace que fait peser Al Qaïda est inédite. Elle peut être vue comme un “centre” fournissant des appuis à la formation et au financement[28], mais qui ne planifierait et ne commanderait pas les opérations. C’est le rôle des “périphéries” émergeant directement sur les théâtres d’opération et entretenant des liens très divers avec le “centre”. De ce point de vue, un groupe terroriste peut mener une action pour ensuite se revendiquer d’Al Qaïda, lui assurant une couverture médiatique qu’il n’aurait pas nécessairement eue sans l’artifice de l’étiquette. Mais si le conflit n’est alors non pas permanent – les attentats ne relèvent pas d’un continuum temporel – mais bien en devenir permanent, comment y répondre ? Le
terrorisme comme stratégie dans le champ social
Au travers d’un ouvrage brillant, le général Francart nous montre que le premier des belligérants qui comprend et qui donne un sens à un conflit prend automatiquement l’avantage sur son adversaire, tout conflit étant d’abord une guerre du sens[29]. De même, pour R. Szafranski, les défis actuels sont épistémologiques et le gagnant est le belligérant qui préserve mieux ses valeurs que l’Autre. Les différentes opérations y sont intrinsèquement de nature psychologique et s’attaquent directement aux croyances, aux cultures et aux valeurs, désorientant pour les réorienter et les reformuler les légitimités et les loyautés[30]. Pour le colonel américain, ce type de guerre a un contenu social très fort, y cherchant plus la rupture (disruption) que la destruction. La vision de D. Ronfeldt et de J. Arquilla d’une Netwar, vue comme un conflit de rationalités au niveau sociétal en est proche[31]. Dans tous les cas, l’action dans les champs psychologiques se produit à l’articulation des versants idéel et matériel du débat primautaire. L’action physique est un intermédiaire dans l’atteinte du psychique. Szafranski souligne ainsi qu’une interprétation matérielle d’une stratégie fondée sur les plates-formes limite, en réalité, leurs apports. Trop spécialisées dans leur conception, elles seraient peu adaptables aux évolutions de l’environnement stratégique, alors que la capacité d’adaptation motive l’évolution de la stratégie et renvoie pour Piaget à la définition de l’intelligence. On doit se poser la question de la réelle nouveauté de ces approches. Ardant du Picq, Clausewitz ou encore les sociologues militaires nous rappellent que la défaite est d’abord morale et qu’elle précède la défaite physique, au niveau d’une unité sur le terrain comme d’une société. Aussi, face au terrorisme et avant même de penser à des services de renseignement et des forces de police, et en leur sein même, les perceptions sont à la fois nos premières adversaires et nos premières partenaires. Corollaire d’une technologisation à outrance de sociétés de plus en plus spécialisées, les perceptions deviennent le plus petit dénominateur commun entre leurs membres. Or, ce sont ces perceptions qui commanderont les réactions stratégiques comme tactiques face à la menace. Elles sont à la source de l’action. Contrairement à nos armées techniciennes, logistiquement et financièrement très lourdes, qui ne peuvent être engagées que durant des temps limités et qui comptent sur le développement de l’informatique pour mener des opérations dans des laps de temps les plus courts possibles, le terrorisme s’épanouit dans le temps long[32]. Il est mené de façon chaotique, non-linéaire, dans l’optique d’une usure dégradant les forces morales de ses adversaires. C’est l’antithèse d’une vision technologisée. Mais le terrorisme s’appuie aussi sur les structures internes des sociétés. Les terroristes communiquent, vivent, voyagent et préparent leurs armes par le biais des moyens de la société technicienne. Dispersés en son sein, ils se regroupent autour d’un projet idéologiquement motivé pour monter des opérations puis se disperser. Leurs structures n’ont plus rien des modèles hiérarchiques qui caractérisent nos propres systèmes de défense. Dans le même temps, ils ont systématiquement l’initiative, au moins au niveau conceptuel de la préparation des actions. Travaillant en réseau, conservant de la sorte une élasticité maximale face à des tentatives de décapitation ou de réduction, ils réifient les principes élémentaires de la défensive et conduisent une netwar. Concept et organisation à la fois, la netwar réticule des acteurs étatiques ou non et se développe dans les “zones grises” du brouillage entre les distinctions internes et externes de la sécurité, des distinctions entre fins et moyens de la stratégie ou encore dans la distinction entre cible et tireur. Un cyberterroriste peut ainsi s’emparer de la puissance de calcul d’un ordinateur pour en attaquer d’autres, à l’insu de leurs propriétaires. Des médias peuvent se transformer en caisses de résonance d’une action terroriste, contribuant involontairement à son succès, tout en là présentant à l’intimité de chaque individu. Guerres et terrorismes sont devenus virtuels, n’existant selon Virilio que par leur médiatisation. Immergé dans la société et bénéficiant de ses structures, un terroriste utilise un spectre de la netwar fondés sur les cinq ordres de base nécessaires pour qu’un acteur y soit efficace :
Or, si la société technicienne est suffisamment complexe dans son tissu social pour qu’elle puisse abriter de tels réseaux – le terroriste s’efforcera toujours d’être l’adversaire imprévisible -, elle évolue aussi de la linéarité technicienne vers la non-linéarité, en acceptant que le “risque zéro” n’existe en aucun domaine. Elle est aussi forcée de reconnaître que la probabilité d’attaque terroriste ne peut pas être calculée, mais globalement évaluée et que toute réponse vise, non pas à éliminer le risque, mais bien à le minimiser. L’incertitude quant aux changements à venir est perpétuelle, induisant une société du risque pour Beck[33] ou encore une revalorisation/réification de la notion de crise en tant que jugement pour Castel[34]. Dans le premier cas, les moyens de mesure de la menace (médias diffusant l’information, recherches) nous font prendre conscience des risques (alors qu’ils existaient préalablement à leur évaluation) et dans le second, l’incertitude dépend de la réalisation de l’acte terroriste. Mener des opérations contre-terroristes : quelques propositionsL’incertitude est une composante du brouillard de la guerre, mais elle dépasse le seul domaine militaire de la sécurité. Ainsi, son poids a quasi-immédiatement fait fermer Wall Street lorsque les avions ont frappé les tours, le 11 septembre. Mais, si la fragilité de nos sociétés ne se révèle que partiellement dans un contexte de conflit en devenir permanent, la situation n’est pas neuve historiquement. En revenir à la stratégie intégralePlusieurs générations d’Européens ont vécu la possibilité d’un conflit nucléaire. Au-delà des mécanismes propres à la dissuasion et aux jeux politiques de puissance, le rapport entretenu à la possibilité de frappes nucléaires a été très ambivalent, couvrant un spectre allant de la résignation au refus. De ce point de vue, les Européens étaient naturellement mieux préparés à une guerre que ne l’étaient les Américains. Ils ont naturellement développé une capacité d’adaptation à la possibilité de guerre. Dans le cas espagnol, cette capacité[35] a été telle que les attentats ont provoqué une solidarisation de la société autant qu’une réponse organique. En effet, la possibilité du terrorisme tend à nous montrer que la sécurité rejoint le champ des activités sociales bien au-delà des seules activités politiques. On rejoint là la thématique explorée par V. Desportes ou B. Colson d’une compréhension partielle de Clausewitz, seulement limitée à ses aspects opérationnels plus que dans son œuvre d’articulation entre guerre et politique. C’est un risque, qui découle des rationalités propres à une société technicienne et que soulignaient les sociologues de la technique dans les années soixante-dix : celui d’une perte de contrôle du politique sur des questions stratégiques, justement parce qu’elles seraient devenues technologiquement trop intensives. Dans cette optique, la seule réponse conceptuellement satisfaisante implique de nouvelles formes de stratégie intégrale. Lucien Poirier avait conçu le concept de stratégie intégrale durant une guerre froide rendant le conflit nucléaire possible, mais sa vision conserve une actualité certaine. Elle articule alors toutes les politiques menées qui ont un impact sur la sécurité nationale. Aussi, peut-être pourra-t-on répéter que “c’est là le germe de la nouvelle métamorphose : jusqu’à maintenant, il fallait un état de guerre totale pour que les duellistes engagent la totalité de leurs activités collectives dans le conflit, pour qu’ils consentent à “militariser” la stratégie intégrale en dépit des risques sociologiques inhérents à cette réquisition. Désormais cette militarisation tend invinciblement à s’appliquer au “temps de paix”, à tous les moments de la coexistence conflictuelle et au champ entier du travail collectif”[36]. Alors que les États sont encore hiérarchiquement organisés, la conduite d’opérations de sécurité intérieures – a fortiori lorsque l’adversaire est transétatique – implique nécessairement des recadrages vers des formes réticulées et organiques. À bien des égards, les États ont plus évolué vers une rentabilisation de leur administration que de leur sécurité. Adaptés à des menaces symétriques, ils ne le sont pas nécessairement à des menaces asymétriques[37]. Mais leurs potentiels d’adaptation peuvent être exploités. Les campagnes d’informations publiques françaises et britanniques sur les risques terroristes sont exemplaires, de même que la réaction de la SNCF, qui a été en mesure de mobiliser 10 000 personnels afin de vérifier 32 000km de voies à la suite des menaces du groupe AZF sur le réseau ferré. L’interopérabilité et la capacité des agences et départements nationaux à coopérer comme autant d’acteurs deviennent, dans cette optique, le facteur décisif de toute minimisation du risque terroriste. De même, le caractère transétatique et dissimulé des menaces implique un réexamen des capacités de coordination au niveau européen, via le Situation Center de Bruxelles (SitCen). Le principe de subsidiarité devrait idéalement sous-tendre toute démarche à ce niveau : aucune menace ne sera jamais mieux identifiée que par les instances de surveillance à sa proximité immédiate. L’expérience américaine est emblématique à cet égard. La confusion entraînée par la définition trop rapide d’une stratégie contre-terroriste avait entraîné une mise en réseau d’organisations engoncées dans des conflits bureaucratiques et qui ont ensuite été noyées sous le flot d’informations parfois contradictoires. On peut en tirer comme leçon que toute réticulation d’organisations participant à la sécurité devra nécessairement être conçue sur base du versant idéel plutôt que matériel du débat primautaire et faire primer le savoir plutôt que la masse d’informations. Plus largement, l’interdépendance des sociétés européennes ne saurait les limiter à une addition d’États. L’Union Européenne peut ainsi être vue comme un organe social géographiquement limité. La composante ultime de cet organe est le citoyen, qui reste le premier senseur à la disposition des systèmes de sécurité et qui est de facto mis en réseau avec d’autres ainsi qu’avec l’Etar dans sa vie quotidienne. Mais si l’individu est une question de défense stratégique pour Donna Harraway, son “activation” dans une optique de sécurisation est problématique à différents points de vue. S’il s’agit conceptuellement de faire d’une société un organisme de renseignement réactif dont les composantes sont mises en réseau, les excès militarisants en constituent ontologiquement une potentialité et… une vulnérabilité. Dans un conflit idéologique entre un projet démocratique et un autre qui ne l’est pas, perdre le sens de l’action menée revient à perdre le conflit. Toutefois, il convient ici de nuancer, précisément en rappelant que les cibles du terrorisme ne sont matérielles que parce qu’elles symbolisent des perceptions. Dans cette optique, le développement des stratégies contre-terroristes pourrait impliquer un retour à la dissuasion civile, définie comme “(...) une politique de défense de la société civile (...) contre une agression (…) externe, combinant de manière planifiée et préparée des actions collectives de non collaboration et de confrontation avec l’adversaire, de sorte que celui-ci soit mis dans l’incapacité d’atteindre ses objectifs et d’incorporer le système politique qu’il souhaite à la population. Ce n’est plus le territoire qui est directement l’enjeu, mais la société civile”[38]. L’éducation comme élément de défense stratégiqueNos sociétés techniciennes sont héritières des notions de modernité, de raison et de rationalisme et sont fondées sur un savoir au statut ambivalent. Source de progrès comme de destructions, au même titre que la société technicienne, le savoir engendre ses propres déviances et se vulnérabilise au fur et à mesure de sa dépendance aux technologies et aux procédures. L’université comme l’école restent des lignes de fractures privilégiées. Dans nos sociétés, un enfant passera de 12 à 20 ans en son sein, formatant son esprit en tant qu’exécutant discipliné ou en tant que cadre, lui aussi discipliné, au risque toutefois de perdre sa capacité d’innovation conceptuelle. L’école sera ainsi et pratiquement un des premiers environnements de reproduction de la société technicienne. Mais en son sein, on pourrait discerner trois niveaux de vectorisation stratégique dans la constitution des comportements et dans la reproduction des schémas culturels : • À un premier stade, l’enseignement est largement un vecteur de développement durable, les rapports de l’ONU démontrent qu’il existe une corrélation entre effondrement du nombre de publications et violence. Dans une optique plus sécuritaire que stratégique, l’enseignement devient alors un vecteur de stabilisation politique des sociétés ; • À un deuxième niveau, l’enseignement devient instrumental, technicien et devient une source de la richesse des États, sublimée par la recherche appliquée et devenant de la sorte une composante des stratégies intégrales. C’est aussi le niveau de la formation militaire de la majorité de nos officiers subalternes et des candidats-terroristes. Mais, trop axé sur les mathématiques et la linéarité de schémas de causalité trop simplistes, il a l’inconvénient de nous spécialiser dans des tâches qui limiteront notre vision de la complexité du monde. • Enfin, l’enseignement peut apparaître en tant que vecteur d’épanouissement, mais surtout de formatage des perceptions, les préparant à une objectivité et à des nuances dont nous pouvons cruellement manquer lorsque le temps manque pour affiner nos ripostes. La philosophie, la sociologie, l’histoire sont autant de disciplines dont les principes et les applications, non linéaires par essence, préparent au dépassement des réalités de la société technicienne comme des opérations. C’est aussi le niveau d’enseignement qui forme une base intellectuelle qui accueillera ensuite des sciences dites “dures”, dont nous ne pourrons pas nous passer si nous désirons assumer des combinaisons harmonieuses avec un degré d’intensité technologique qui sera toujours plus important. Moins immédiatement rentable, c’est aussi le secteur qui fait le plus appel à un instinct qui sera plus difficile à acquérir : dans une société technicienne et plus généralement pour l’intérêt général, tout à été fait pour que l’instinct ne soit plus une question de survie. Or, les grands capitaines de l’Histoire étaient surtout des historiens et Napoléon de conseiller aux futurs candidats : “Faites la guerre offensive comme Alexandre, Hannibal, César, Gustave-Adolphe, Turenne, le Prince Eugène et Frédéric ; lisez, relisez l’histoire de leurs quatre-vingt trois campagnes, modelez-vous sur eux ; c’est le seul moyen de devenir grand capitaine, et de surprendre les secrets de l’art”[39]. Dans cette même optique, les théoriciens les plus marquants sont aussi ceux qui ont été considérés comme les plus dérangeants. J.-J. Langendorf posait ainsi la question de savoir si J.F.C. Fuller, un des “pères” de la guerre blindée, comme d’ailleurs de l’approche matérielle en stratégie, n’avait pas été le plus grand penseur militaire du xxe siècle[40]. Dans la même optique, les côtés pour le moins mystiques des Sept piliers de la sagesse de T.E. Lawrence montrent la personnalité d’un autodidacte aussi audacieux dans la pensée que sur le terrain. Dans le contexte qui est le nôtre, la non-linéarité et la complexité des opérations comme des environnements stratégiques imposent la compréhension correcte de la notion de conflit au sein de la formation des personnels de sécurité. Si les armées techniciennes et mécanisées effectuent une transition vers des formations plus souples, aptes à pleinement exploiter les possibilités opérationnelles de leurs matériels comme des doctrines déployées, l’homme en reste l’élément à la fois de base et ultime. Les situations stratégiques que les États sont actuellement amenés à rencontrer ne nécessitent plus seulement de grands capitaines. Elles nécessitent aussi et surtout une forte composante d’innovation individuelle et de connaissances les plus diverses. Mais ces innovations auront deux coûts. Le premier sera financier et exigera pour les forces européennes un investissement supérieur à l’actuel, y compris dans la recherche et l’enseignement. Le deuxième est d’ordre conceptuel. Si les États, les armées et les services de sécurité doivent miser sur le potentiel humain, ils devront être prêts à dépasser voire à reformuler leurs propres cultures. Ces organisations, qui sont autant de reflets des sociétés civiles, devront apprendre à faire corps autour de l’objectif de sécurité. Sans renier les valeurs qui sont les leurs, sans quoi le pari stratégique est perdu d’avance. Même des sociétés dont on a pu dire qu’elles étaient déstructurées par l’impact de la technologie ont besoin de cohésion. Conclusion : mener perpétuellement des conflits ?Dans un contexte de conflit en devenir permanent, il existe une tentation du défaitisme comme posture de départ à toute réflexion sur le terrorisme, sous le couvert d’une incertitude technicienne. C’est tout autant valable en ce qui concerne une militarisation des esprits, latente depuis la compréhension de la guerre froide comme une guerre en soi et que réifie la vision de certains néo-conservateurs américains pour qui les États-Unis ont engagé et vont gagner une Quatrième Guerre mondiale. Or, si le terrorisme peut s’engager dans des stratégies d’escalade et de montée aux extrêmes, il ne peut anéantir une société qui devra réagir organiquement pour absorber ses impacts sociétaux. Relire Clausewitz dans ces conditions pourrait s’avérer riche d’enseignements pour un débat sur le terrorisme en tant qu’objet stratégique qu’il serait désirable de lancer. Dans la logique d’une confrontation en devenir permanent au terrorisme, le premier parasite, de ce point de vue, est sans doute l’obsession de la victoire stratégique. C’est une notion par trop linéaire alors qu’en réalité, elle correspond à une vision de l’adversaire idéal que le terroriste s’efforce de ne pas être. Dans le même temps, les formes stratégiques en réseau adoptées par les terroristes ne correspondent pas à de tels critères et montrent l’inadaptation partielle de nos sociétés à de telles menaces. Nous ne pouvons pas nous permettre un effondrement de nos valeurs par l’anéantissement culturel prôné par les obscurantismes, par des frappes terroristes ou par la militarisation à outrance de la société. Mais utiliser cette dernière peut être un multiplicateur de force pouvant faire passer une société du statut de cible à celui d’environnement hostile pour le terroriste. En nous rappelant qu’in fine, “il n’existe que deux puissances au monde, le sabre et l’esprit”, Napoléon rajoutant qu’“à la longue, l’esprit finit toujours par l’emporter”. [1]
Didier Bigo et Daniel Hermant., “Guerre et terrorisme”, 1986,
http://www.conflits.org/article.php3?id_article=297.
[2] Jacques Baud, La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur, Paris, Editions du Rocher, Coll. “L’Art de la Guerre”, 2003. [3] Cité par Alexandre Adler, J’ai vu finir le monde ancien, Paris, Grasset, 2002, p. 40. [4] Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica-ISC, “Bibliothèque stratégique”, 1999, p. 54. [5]
Tanguy Struye de Swielande, “Le terrorisme dans le spectre de
la violence politique”,
Les Cahiers du RMES, vol. 1, n° 1,
juillet 2004, http://www.rmes.be/1_TS1.pdf. [6] Sur ces questions, déjà amplement traitées par ailleurs : Jacques Baud, La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur, op. cit. et Barthélémy Courmont et Darko Ribnikar, Les guerres asymétriques, Paris, PUF, 2002. [7] Sur les origines, les formes et les possibilités de dépassement du débat primautaire, Joseph Henrotin, L’Airpower au xxie siècle. Enjeux et perspectives de la stratégie aérienne, Bruxelles, Bruylant, Coll. “RMES”, 2005. [8] Cité par Bruno Colson, “Culture stratégique française” in Gérard Chaliand, G. et Arnaud Blin, Dictionnaire de stratégie militaire, Paris, Perrin, 1999, p. 152. [9]
Steven T. Possony, Jerry E. Pournelle, Franck X. Kane, The
strategy of technology, Electronic Edition, 1997, http://www.
webwrights.com. [10] Lieutenant-colonel Becam, “La manœuvre génétique”, Forces Aériennes Françaises, n° 152, octobre 1959. [11] David McKenzie, “Ordinateurs et missiles de croisière. La sociologie des techniques contemporaines”, in Bruno Latour et Pascal Lemonnier (dir.), De la préhistoire aux missiles balistiques. L’intelligence sociale des techniques, Paris, La Découverte, Coll. “Recherches”, 1994. [12]
Joseph Henrotin, La stratégie génétique dans la stratégie
des moyens, Paris, ISC, Coll. “Les Stratégiques”,
2004. [13]
Jean Baudrillard et Edgard Morin, La violence du monde,
Paris, Editions du Félin/Institut du Monde Arabe, 2003. [14] Langdon Winner, Autonomous Technology : technics-out-of-control as a theme in political thought, Cambridge, MIT Press, 1977 ; Jacques Ellul, Le système technicien, Paris, Calmann-Lévy, Coll. “Liberté de l’esprit”, 1977. [15] Au-delà de rythmes et de clips vidéos surfant sur cette technicité (la musique lounge ou plus spécifiquement le groupe Royskopp et son envoûtant Remind me), la thématique de films comme American Psycho ou Fight Club dénonce des formes sociales purement instrumentalisées par un intermédiaire technique qui n’est pas uniquement technologique. [16] Sur la question des moyens technique du terrorisme : Jean-Luc Marret, Techniques du terrorisme, 2e éd., Paris, PUF, Coll. “Défense et défis nouveaux”, 2002. [17]
Joseph Henrotin, “Vers la guerre technologique ? La stratégie
des moyens entre micro-révolutions technologiques et evolutions stratégiques”,
L’Art de la Guerre, n° 4,
octobre-novembre 2002. [18]
Robert S. Merrill, “The Study of Technology” in Daniel
L. Sills, (ed.), International Encyclopaedia of the Social Sciences,
New-York, McMillan and The Free Press, 1968, cité par Ross, A. L.,
“The dynamics of military technology”, in D. Dewitt, D.
Haglund and J. Kirton, Jr., Building a New global order. Emerging
trends in international security, Oxford University Press, 1993,
p. 108. [19]
Paul N. Edwards, The closed world. Computers and the politics
of discourse in cold war America, Cambridge (Mass.), The MIT Press,
1996 et Paul N. Edwards, “Pourquoi fabriquer des ordinateurs ?
”, La Recherche, hors série, n° 7, avril-juin 2002. [20] Jusqu’à un certain point de recherches en pleine expansion, les neuropsychologues nous apprennent que les orientations académiques comme les nécessités du moment modèlent physiquement les enchaînements et cognitifs au sein du cortex cérébral. En d’autres termes et pour simplifier, le cheminement et donc la nature d’une idée dans le cerveau d’un ingénieur sera différent de celui d’un stratégiste. De nombreuses théories, à l’extrême limite entre psychologie, philosophie, informatique et physiologie, s’opposent toujours à ce sujet, mais le domaine semble prometteur. En guise d’introduction à ces questions : André Berthoz, La décision, Paris, Odile Jacob, 2003. [21] Vincent Desportes, Comprendre la guerre, Paris, Economica, 1999. [22] Franck Daninos, “Guerre et dominance informationnelle. Origines, histoire et significations stratégiques”, Diplomatie Magazine, n° 2, mars-avril 2003. [23]
R.E. Stephens, “Cyber-biotech terrorism : going high-tech
in the 21st Century”, in W.H. Kushner, The future of
terrorism : violence in the new millenium, Thousand Oaks, Sage,
1998. [24]
J.W. Gibson, The perfect
war : technowar in Vietnam, Boston, Atlantic Monthly Press,
1986. [25] Qiao Liang, et Weng Xiangsui, La guerre hors-limites, Paris, Bibliothèque Rivages/Payot, 2003. [26]
Paul Virilio, and Sylvere Lotringer, Pure war, Cambridge,
The MIT Press, 1998. [27] Jean Baudrillard, La guerre du Golfe n’a pas eu lieu, Paris, Galilée, 1991. [28]
On a ainsi retrouvé une Encyclopédie du Djihad afghan de
7 000 pages sur un CD-ROM, en Belgique. Rohan
Gunaratna, Inside Al Qaeda. Global
network of terror,
London, Hurst & Co., 2002. [29]
Loup Francart, La guerre du sens. Pourquoi et comment agir
dans les champs psychologiques, Paris, Economica, Coll. “Stratèges
et stratégies”, 2000. [30]
Richard
Szafranski, “Neocortical warfare ? The acme of skill”, Military
Review, novembre 1994. [31]
John Arquilla and David Ronfeldt, Networks and netwars. The
future of terror, crime and militancy, Santa Monica (CA.), Rand
Corp., 2001. [32] Jacques Baud, La guerre asymétrique, op. cit. [33]
Ullrich Beck, La Société
du risque, Paris, Flammarion, Champs, 2003. [34]
Manuel Castel, La Société
en réseau, Paris, Fayard, 1998. [35] On commence à parler de résilience : capacité d’un groupe à dépasser le traumatisme collectif issu d’une catastrophe. [36] Lucien Poirier, Les voix de la stratégie, Paris, Fayard, 1985, p. 21. [37] Joseph Henrotin et Tanguy Struye de Swielande, “Sécurité à Bruxelles : quelques règles stratégiques”, L’Echo, 19 mars 2004. [38] Pierre Arcq, “Approche des défenses alternatives”, Charleroi, septembre 1985, 5 p. [39]
Cité par Hervé Coutau-Bégarie, op.
cit., p. 254. [40] Jean-Jacques, Langendorf, “John Frederick Charles « Boney » Fuller : le plus grand penseur militaire du xxe Siècle ?”, Stratégique, n° 76, 1999/4.
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