| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Les Stratégiques
Clausewitz et le discours stratégique américain. De 1945 à nos jours
Christophe Wasinski
Chapitre
2 – Une compréhension étroite de la pensée de Clausewitz
Arrivé
à la période qui s'étend de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la
fin du conflit vietnamien (soit de 1945 à environ 1975), il est intéressant
de constater que la doctrine de l'armée de terre américaine est avant tout
centrée sur les problèmes tactiques. Elle ne s'appuie pas sur des considérations
opérationnelles. La redécouverte de ce niveau du combat devra attendre les
années 80. En fait, de 1945 à 1950, l'U.S. Army est sensiblement peu différente
de ce qu'elle était lors du second conflit mondial. Le changement le plus
important est l'introduction d'armes nucléaires tactiques durant les années
50. Ensuite, jusqu'aux années 60, la pensée doctrinale américaine accorde
toujours une attention primordiale à la situation en Europe occidentale.
Les stratégistes prévoient un conflit potentiel long et basé sur
l'attrition, par opposition à la manœuvre. Le rôle des armes nucléaires
tactiques est par conséquent largement valorisé, ainsi que, de manière
plus générale, la place accordée à la puissance de feu conventionnelle.
En cas d'attaque massive communiste, ce sont ces deux éléments qui
devaient jouer le rôle principal pour arrêter l'adversaire. La guerre du
Vietnam va permettre l'introduction d'une réflexion sur la guerre de guérilla.
Trois grands types d'opérations seront pratiqués dans le sud-est
asiatique. Tout d'abord, il y a les opérations appelées search
and destroy - rechercher l'ennemi et le détruire. Elles consistent
principalement à tendre des embuscades en utilisant la technique dite hammer
and anvil (coincer l'ennemi entre le marteau et l'enclume). Ensuite
viennent les opérations de nettoyage, clearing,
assez similaires à search and
destroy, elles donnent plus d'importance à la pacification des
campagnes. Elles permettent donc aux troupes gouvernementales d'établir
plus largement leur influence dans ces zones. Le troisième type d'opérations,
securing, consiste à consolider
le clearing en éliminant les
unités de guérilla locales. Une constante apparaît dans cette évolution,
l'emploi d'une puissance de feu massive en toute situation par l'U.S. Army.[1]
En d'autres termes, il s'agit bien de la recherche de l'anéantissement. On
ne s'étonnera pas que Clausewitz, mais aussi d'autres auteurs classiques de
la stratégie, sera souvent appréhendé par ce biais entre 1945 et la fin
de la guerre du Vietnam. En
fait, dans l'immédiat après-guerre, les références aux classiques de la
pensée stratégique restent assez éparses dans le discours stratégique américain.
Mais, si ces références sont éparses, elles ne sont pourtant pas
absentes. On pourra par exemple retrouver les noms du général Beaufre, de
Douhet ou de Thomas E. Lawrence dans des articles de la Military
Review.[2]
Le nom de Mahan, lui, revient plus souvent.[3]
On ne le considère pas démodé par la découverte du nucléaire mais on
lui reproche de ne pas avoir suffisamment traité de la puissance
continentale. Il est également remis en question par le développement de
l'aviation.[4]
Plus
symptomatique encore, MacKinder est ponctuellement évoqué. Il est vrai que
MacKinder offre un cadre de références seyant à la nouvelle donne des
relations internationales, la Chine et l'U.R.S.S. constituant maintenant le Heartland.[5]
On retrouve les craintes traditionnelles de la guerre froide à la lecture
de ces textes. Ainsi, pour certains, la masse continentale du nouveau Heartland
communiste ne peut être vaincue, en particulier si les Etats qui le
composent possèdent des armes nucléaires et des vecteurs de grande
autonomie.[6]
Les thèses de MacKinder permettaient aussi de remettre en évidence
le Seapower et l'importance du
Corps des Marines.[7]
Mais
qu'en est-il de la référence à Clausewitz ? Si la véritable renaissance
des études consacrées à Clausewitz date de 1976, il est pourtant erroné
de penser que le Prussien est absent du paysage stratégique américain
auparavant. Ainsi, en 1962, le colonel Edward M. Collins de l'U.S. Air Force
édite une version abrégée de On
War - War, Politics, and Power
-, qui contient en fait moins de 15% de l'original.[8]
Puis, en 1969, Peter Paret dresse un bilan des études sur Clausewitz
dans un article de très bonne facture dans la revue World
Politics. Il y insiste sur la nécessité d'appréhender On
War dans son contexte historique.[9]
L'article sera reproduit dans la Military
Review la même année.[10] Comme
cela a déjà été indiqué, la plupart des textes qui citent Clausewitz
l'associe à la bataille d'anéantissement. C'est particulièrement le cas
au sein de l'armée de terre. Le Prussien est considéré comme
l'instigateur d'une stratégie de destruction des forces ennemies, éventuellement
de destruction de la volonté de l'adversaire.[11]
Le géopoliticien Strausz-Hupé transposera même le concept au niveau de la
compétition des valeurs dans un cadre idéologique et civilisationnel.[12]
Par ce biais, Clausewitz est régulièrement associé à Jomini, voire à Frédéric
II. A
l'Académie de West Point, un document simplement intitulé Clausewitz,
Jomini, Schlieffen donne un aperçu de la pensée du Prussien. Ce
document a été publié pour la première fois en 1943. Il a ensuite été
réédité en 1945, 1948, 1951, 1964 et enfin en 1983 pour une conférence
à l'U.S. Army War College de Carlisle Barracks. Dans l'édition de 1951, il
est reproché à Clausewitz sa philosophie dite du sang et de l'acier, celle
que l'on retrouverait aussi chez Bismarck et dans le Mein
Kampf de Hitler.[13]
L'édition de 1964 de ce document, sera toutefois nettement plus équilibrée
envers le Prussien. La nouvelle édition reconnaît que Clausewitz évoque
deux types d'objectifs en guerre ; soit détruire la volonté de l'ennemi ou
le désarmer pour l'obliger à accepter certaines conditions ; soit
simplement obtenir une portion de son territoire en vue de le conserver ou
pour négocier. Clausewitz est aussi largement associé à quelques
principes de la guerre : objectif, concentration, économie des forces,
surprise, mobilité, simplicité. La défense comme forme la plus forte de
la guerre, le point culminant de l'attaque, les frictions, sa pensée sur la
guerre de guérilla et le génie sont également mentionnés. Le document
juge par contre que l'officier prussien n'a pas attaché assez d'importance
à l'usage agressif des avant-gardes comme l'a fait Napoléon. On
remarquera que le document indique que Clausewitz ne cite jamais Jomini, ce
qui est inexact. On retrouve, par exemple, le nom de Jomini cité dans On
War.[14]
Il semblerait que l'erreur de l'auteur provienne d'un ouvrage écrit
par Emile Wanty, ouvrage cité dans les notes de bas de page. Emile Wanty
avait écrit que Jomini parle
rarement de Clausewitz ; Clausewitz ne cite jamais Jomini. La façon
dont cet auteur traite Clausewitz est d'ailleurs très proche du document de
West Point.[15]
Clausewitz y est présenté comme l'exégète de la bataille napoléonienne. On
retrouve une vision assez identique dans l'ouvrage Military
Heritage of America (1956). Dans ce livre, les auteurs s'attardent sur
la pensée de cinq auteurs classiques de la stratégie. Il s'agit de Jomini,
Clausewitz, Schlieffen, D.H. et A.T. Mahan. Ces cinq auteurs sont ceux qui
auraient le plus largement influencé la pensée stratégique américaine.
Clausewitz et Jomini y sont une fois de plus associés comme les deux exégètes
de la stratégie napoléonienne. Tous deux sont complémentaires selon les
auteurs. Ils se rejoignent malgré qu'ils aient emprunté des cheminements
intellectuels différents. L'ouvrage tente de synthétiser la pensée de
Clausewitz. Il y est indiqué que Clausewitz est plus philosophe que
scientifique car ce qu'il vise avant tout c'est de comprendre la nature
profonde de la guerre. Par ailleurs, il est écrit que Clausewitz récuse
les approches mathématiques ou géométriques de l'étude de la guerre. De
la même manière, il rejette les faiseurs de système. Pour lui, la théorie,
qui n'est pas doctrine, sert à éduquer l'esprit. La théorie ne peut
rendre de façon satisfaisante certains phénomènes tels que le danger ou
le courage. Les auteurs ajoutent que Clausewitz met fortement en évidence
le rôle des forces morales. Ils précisent que les frictions permettent de
distinguer la guerre dans la réalité de la guerre en théorie. Dans le
registre plus opérationnel, ils répètent les idées de Clausewitz sur la
supériorité de la défense, l'efficacité de l'offensive et la nécessité
de la poursuite de l'adversaire. La primauté de la bataille revient aussi
lorsqu'ils affirment que pour Clausewitz la nature de la guerre est violente
et que le combat est affaire de vie ou de mort. La compatibilité de Jomini
et Clausewitz est réaffirmée par l'évocation des principes de la guerre.
Ceux-ci seraient aussi valables pour Jomini que pour le Prussien. Enfin, les
auteurs font un commentaire sur la méthode d'analyse de Clausewitz, c'est-à-dire
la nécessité d'étudier en profondeur les phénomènes avant d'affirmer
une relation de cause à effet. Pour terminer, ils citent la Formule.
En conclusion, selon l'ouvrage Military
Heritage of America, si Jomini était plus célèbre que Clausewitz à
l'époque, c'est que ce premier a vécu plus longtemps et que son arrogance
aidant, il a eu plus d'opportunités de faire valoir son travail.[16] On
retiendra encore que le colonel S.L.A. Marshall fait également référence
à Clausewitz dans un passionnant ouvrage sur le comportement des soldats
face au feu de l’ennemi. Ce livre, intitulé Men
against Fire, va révéler que, lors de la Seconde Guerre mondiale,
moins de 25 % des fantassins de l’U.S. Army utilisent leur arme sur le
front (au contact de l’ennemi). L’étude de Marshall doit être lue dans
une perspective psychosociale. On retiendra le rôle prédominant que
l’auteur attribue à la bataille et au feu. Marshall cite non seulement
Clausewitz mais aussi, au passage, Ardant du Picq, Maurice de Saxe, Foch,
Grandmaison, Fuller, etc. Bien que Clausewitz ne sert pas, ici, à justifier
une stratégie d’anéantissement par la puissance de feu, tout l’ouvrage
est pourtant tourné dans ce sens. Le Prussien permet de mettre en évidence
le rôle du moral et des frictions. Marshall pense également que Clausewitz
n’a pas assez développé le concept de génie.[17] A
l'époque, quelques articles vont également mettre en relation Clausewitz
avec les réflexions sur les changements introduits sur le champ de bataille
par les armes nucléaires tactiques - véritables armes d'anéantissement
lorsqu'elles sont pensées en dehors d'un schéma dissuasif. Ces armes
doivent permettre de vaincre un adversaire numériquement supérieur.
Toutefois, suite à leur apparition, la relation entre l'offensive et la défense
décrite par Clausewitz est réévaluée et acceptée. Pour les Américains,
si la défense reste la forme la plus forte de la guerre, l'offensive est
encore la seule modalité décisive du combat. Mais face à la menace de
destruction massive, les troupes doivent être en mesure de passer
rapidement d'une position défensive à une position offensive, donc de
trouver un équilibre entre les deux termes. La flexibilité, soit la
possibilité de passer rapidement de la première à la deuxième forme d'opération,
devient un "credo" de l'armée de terre.[18]
On notera que l’idée d'anéantissement de l’adversaire trouve aussi sa
place dans la pensée relative à la guerre limitée. Encore une fois, la
destruction des forces ennemies - ou de leur moral - est mise en évidence.
En d'autres termes, Clausewitz sert d'interprète de la bataille d'anéantissement
dans la guerre limitée.[19] En
résumé, en prenant appui sur les textes évoqués, il existe un courant
important du discours stratégique américain de l'armée de terre qui
assimile Clausewitz à la bataille d'anéantissement. Dans cette tendance,
Clausewitz est souvent placé en regard du modèle napoléonien de la
guerre, voire de Jomini (à ce propos voir en particulier infra à propos
des principes de la guerre), parfois de Frédéric II. Toutes les sources évoquées
ne montrent pas automatiquement une acceptation de la Formule
mais, en tout cas, pas de rejet prononcé. On
retrouve des considérations assez identiques chez certains théoriciens de
la puissance aérienne. Néanmoins, parmi ceux-ci, c’est le nom de
l’Italien Guilio Douhet (1869-1930) qui revient plus fréquemment que
celui de Clausewitz. On nomme d’ailleurs "douhetisme" sa façon
de concevoir l’emploi de l’aviation militaire. En fait, Douhet avait été
dégoûté par la façon dont la Première Guerre mondiale s'était déroulée.
Il publie alors en 1921 son principal ouvrage, La
Maîtrise de l'air (Il dominio
dell'aeria). Il y mettait en évidence le rôle des aéronefs dans la résolution
rapide des guerres. Pour lui, une armée en guerre doit d'abord obtenir la
suprématie aérienne. Ensuite, elle peut envoyer ses bombardiers à
l'attaque de tous les objectifs possibles. On retient surtout le côté
sulfureux de la pensée de Douhet. Pour lui, le bombardement des populations
civiles doit provoquer des révoltes chez l'ennemi. Ces révoltes
obligeraient le gouvernement de l'adversaire à capituler sous peine de voir
l'Etat imploser suite à la contestation.[20]
La pensée de Douhet a laissé d'importantes traces dans les réflexions sur
la puissance aérienne. Son aspect polémique fait qu’elle est encore débattue
aujourd'hui. On
sait que Il dominio dell'aeria a
été traduit en anglais sous le titre
Command of the Air. L'ouvrage sera traduit trois fois en américain : en
1942, en 1958 et en 1983. De plus, des traductions spéciales étaient déjà
disponibles en 1923 pour l'Air Tactical School et en 1933 pour les officiers
de l'U.S. Army Air Corps. En plus, à partir de 1936, des extraits de
l'ouvrage seront encore publiés dans des périodiques militaires
britanniques.[21]
Si les idées de Douhet sont assez rapidement diffusées en anglais et en américain,
l'impact du penseur outre-Atlantique est toujours un sujet controversé. Dans
le discours stratégique américain des années 50, un stratégiste accorde
en apparence les lignes de raisonnement de Douhet et de Clausewitz. Il
s’agit du colonel D.O. Smith – il deviendra ultérieurement général.
Dans son ouvrage U.S. Military
Doctrine publié en 1955, Smith ne fait guère de différences entre
Clausewitz et Jomini. Les deux théoriciens s'équivalent selon lui. Tous
deux seraient les propagateurs du concept des principes de la guerre dont
Smith apprécie la sagesse.[22]
Il pense néanmoins qu'ils doivent évoluer. Pour lui, l'axiome majeur de la
guerre moderne est devenu la rapidité - celerity.
Ensuite, l'appréciation de Douhet par l'auteur est discutable. Smith
affirme que l'anéantissement ne peut plus être l'objectif de la guerre
moderne : elle doit être limitée. Il suit donc le raisonnement de Douhet
en désignant la puissance aérienne comme le moyen de limiter la guerre.
L'utilisation de la force aérienne groupée, en tant qu'entité non
subordonnée à d'autres Armes, permettrait de raccourcir la durée des
conflits par la destruction de la volonté ou du matériel de l'ennemi.[23]
Ce
raisonnement s'avère paradoxal. Il ramène directement à la contradiction
de la pensée de Douhet. Soit, la guerre, selon le penseur italien, serait
limitée dans le temps, mais à quel prix! De
facto, Dale O. Smith, en se référant à Douhet, ne récuse pas le modèle
d'anéantissement. Non seulement il le prône, mais il ouvre encore
(inconsciemment ?) la voie à des réflexions sur des frappes, voire une
guerre, préventives.[24]
En d'autres termes, ce que propose Smith est une guerre brève et
paroxystique. Il ne s'agit en aucune manière d'une réfutation de l'anéantissement.
Enfin, il faut noter que les lignes de réflexion de Smith, avec référence
à Clausewitz, peuvent être trouvées chez d'autres auteurs américains de
la même époque.[25]
Voire, il existerait une généalogie directe entre la stratégie d'anéantissement
de Sherman et les idées de Douhet.[26]
Comme
on peut s'en douter, les conceptions de Dale O. Smith ne créèrent pas un
consensus au sein des forces armées américaines. Même Henry Kissinger déplorera
qu'on trouve plus de passion que de bon sens et d'analyse chez Smith.[27]
US Military Doctrine est également
critiqué par la Military Review.
Pour les membres de l'armée de terre, la victoire ne peut être le fait de
l'aviation seule. Ils soulignent le rôle fondamental de l'armée de terre,
en particulier dans un environnement mondial caractérisé par la croissance
de la subversion. Pour eux, bien que Clausewitz ait affirmé que le but de
la guerre est la destruction des forces de l'ennemi - l'anéantissement
n'est pas remis en question - la puissance aérienne n'est pas le seul outil
efficace.[28]
On voit bien poindre une certaine crainte de la part de l'armée de terre d'être
reléguée au rang de service auxiliaire de l'U.S. Air Force. Un général
de l'U.S. Army donnant une conférence à l'Air
War College en décembre 1957 en viendra à affirmer clairement qu'il
refuse une doctrine découlant des préceptes de Clausewitz et de Douhet.[29]
Indéniablement,
ce débat doit être replacé dans le contexte de lutte inter-services. Dans
la Military Review, les idées de
Douhet sont encore critiquées à la lueur de l'expérience de la Seconde
Guerre mondiale : les bombardements stratégiques alliés sur l'Allemagne
n'ont, après tout, pas permis de stopper la guerre. De plus, un critique
souligne que la politique d'anéantissement par le feu aérien du Japon et
de l'Allemagne s'est avérée contre-productive à long terme. En effet, à
l'époque, les Etats-Unis devaient aider ces pays à reconstruire leur
potentiel – mais n’est-ce pas la guerre en elle-même plutôt que les
bombardements qui doivent être mis en cause ici (?). La critique
souligne également que Douhet est peut-être un penseur intéressant, mais
que son œuvre est contingente à la situation italienne. L'Italie, Etat
militairement peu puissant, est parvenue à obtenir une capacité de
projection grâce à son aviation, et ce à, relativement, bon marché.
Cette vision de l'économie des moyens n'est pas sans rappeler le but avoué
de la doctrine des représailles massives de l'administration Eisenhower. La
doctrine visait assez explicitement la réduction des budgets militaires.[30]
La lecture de Clausewitz par Eisenhower a par ailleurs déjà été évoquée.
Depuis, on a attribué au président une perception clausewitzienne du
risque d'escalade. De même, on a interprété son attention à l'équilibre
des fins et moyens dans le cadre des premiers pas de la stratégie nucléaire
américaine à l'aune de sa connaissance du Prussien.[31]
Parmi
les disciples de la puissance aérienne, on retrouve également quelques
considérations sur Clausewitz dans deux ouvrages de Alexander P. de
Seversky après la guerre. D'origine russe, de Seversky a fui son pays suite
à la Révolution de 1917. Il émigre aux Etats-Unis et se met au service du
gouvernement. Il devient ingénieur en aéronautique et pilote d'essai pour
le compte du Département de la Guerre. Il entretient des contacts
professionnels avec William E. (Billy) Mittchell le célèbre propagateur américain
du concept de puissance aérienne. De Seversky lancera aussi sa propre
compagnie de production aéronautique, la Seversky
Aircraft Corporation qui deviendra Republic
Aviation. Sa compagnie développera le fameux P-47 Thunderbolt durant la
Seconde Guerre mondiale. En tant que théoricien, de Seversky se fait
d'abord connaître en 1942 par un ouvrage appelé Victory
Through Air Power. L'ouvrage
est vendu à plus de 500.000 copies. Il est rendu encore plus célèbre par
son adaptation, sous forme de dessin animé, par Walt Disney. Une anecdote
indique que Churchill demanda que ce film soit projeté au Président
Roosevelt à la conférence de Québec en 1943. Churchill désirait
valoriser le rôle de la puissance aérienne.[32]
Après
la Seconde Guerre mondiale, les écrits de De Seversky ne concernent plus
uniquement la puissance aérienne au sens étroit, mais aussi la stratégie
nucléaire et la géopolitique. L'auteur fait référence à Mahan,
Mackinder, Douhet et Clausewitz.[33]
En fait l'ouvrage Air Power: Key to
Survival tente de substituer la puissance aérienne à la conception
traditionnelle de la puissance navale – avec adaptation s'entend. [34]
Il est intéressant de constater qu’on trouve aussi chez de Seversky des références
à la filiation Jomini – Mahan et à Clausewitz. L'auteur ne cite pas
Jomini mais indique qu'il existe des principes de la guerre qui sont
immuables.[35]
Dans l'ouvrage America: Too Young to
Die!, on retrouve une remarque assez similaire avec référence à
Mahan.[36]
Ensuite, dans le premier ouvrage cité (Air
Power…), de Seversky indique que Douhet et Mitchell ne parlent peut-être
pas la même langue que Clausewitz mais ils évoquent le même idiome que
Mahan. Plus loin, il écrit que la destruction des forces armées est bien
l'objectif de la guerre comme l'indiquait Clausewitz. [37]
Une fois de plus, la conception de l'anéantissement semble bien à l'œuvre.
Toutefois, de Seversky se démarque de Douhet sur ce point. En effet, pour
lui, la puissance aérienne n'a pas pour vocation de briser le moral des
populations par des bombardements. Il admet qu'en temps de guerre les
victimes civiles sont souvent inévitables dans ces mêmes bombardements,
mais cela ne doit pas constituer leur objectif. L'objectif, ce sont les
forces armées et le potentiel industriel qui les soutient. Si on en revient
à l'ouvrage America: Too Young to
Die!, de Seversky y fait également une référence à Clausewitz en
indiquant que la guerre est toujours le continuation de la guerre politique
par d'autres moyens.[38]
A ce propos, il est intéressant de noter que pour l'auteur, l'arme
nucléaire n'a pas réellement introduit une véritable coupure dans la façon
de penser la guerre. L'arme nucléaire reste une arme comme les autres. Elle
est certes plus puissante, mais ne correspond pas à une révolution dans
l'histoire de l'armement.[39] Mais
les disciples de la puissance aérienne sont loin de conserver l'entièreté
de l’œuvre de Clausewitz. Par exemple, lorsqu'il est question de différenciation
entre les niveaux tactique et stratégique, pour l'aviation, la définition
du Prussien n'est pas retenue (définition selon laquelle la tactique est
concernée par les batailles et la stratégie par l'utilisation de ces
batailles à un niveau plus élevé). Les aviateurs considèrent qu'un
appareil peut servir pour plusieurs types de mission et ne doit pas être
confiné à un échelon déterminé. Par ailleurs, pour eux, la stratégie
deviendrait trop facilement la préparation avant la lutte tandis que la
tactique se transforme simplement en combat ; seule une barrière temporelle
séparerait les deux conceptions.[40] Pour
terminer, il faut encore insister sur le rôle de Douhet, Mitchell et de
Seversky dans la formation d’une école de pensée de la force aérienne.
Clausewitz reste plus un artifice, voire une "décoration"
intellectuelle dans les textes de références de la puissance aérienne.
Les conceptions de l'officier italien seront encore évaluées à la lueur
des opérations au Vietnam où la puissance aérienne est jugée très
importante dans le but de réduire la résistance communiste au sol.[41]
Au
niveau de la marine de guerre, il est difficile de trouver des références
à Clausewitz en dehors de l’ouvrage Military
Strategy - A General Theory of Power Control de l'amiral Wylie, ouvrage
publié en 1967. De façon originale, l'auteur mettait en évidence quatre
grands paradigmes stratégiques. Il s'agissait des paradigmes de la
puissance continentale, navale, aérienne et celui de la guerre populaire.
Chacun d'entre eux était représenté par un ou deux théoriciens :
Mahan et Corbett pour la puissance navale, Douhet pour la puissance aérienne,
Mao Zedong pour la guerre populaire et Clausewitz pour l'approche
continentale. Ici, Clausewitz est donc largement ramené à une version de
la guerre d'anéantissement et de la bataille décisive. L'auteur faisait
une distinction intéressante entre ce qu'il nommait les stratégies
cumulative et séquentielle. La stratégie cumulative utilise des moyens économiques
et psychologiques et joue, comme son nom l'indique, sur l'effet cumulatif
des actions. Au contraire, la stratégie séquentielle vise un but plus
direct, bien souvent la destruction pure et simple de l'adversaire ; le
nombre en est souvent le facteur principal - c'est bien de cette approche
que relèverait Clausewitz. Mais ce qui est peut être encore plus
symptomatique, c'est que l'auteur doive combiner le raisonnement de Liddell
Hart à celui de Clausewitz pour affirmer que la victoire n'est pas
simplement la défaite de l'ennemi sur le champ de bataille par son anéantissement
physique - et pour ce faire, il prône la manipulation du centre de gravité.
En fait, l’amiral Wylie propose surtout une version améliorée, plus
efficace et plus synergique, de la bataille d'anéantissement. Mais, pour
lui, la guerre, pour une nation non agressive, doit être vue comme un
effondrement de la politique - policy
- et non comme sa continuation.[42]
Il est vrai que, stricto sensu,
l'auteur ne montre qu'un rejet partiel de la Formule.
Le texte de l'amiral Wylie reste néanmoins illustratif de la compréhension
étroite du lien entre politique et guerre. Cette
compréhension problématique de la Formule
se retrouve également chez le président Truman. Le président Harry S.
Truman cite Clausewitz à deux reprises dans ses Mémoires. Il écrit
d'abord que la guerre est la
continuation de la diplomatie par d'autres moyens. Pour lui, cela
implique la subordination des militaires au pouvoir politique. A côté de
cela, il se sert du Prussien pour justifier la politique de reddition
inconditionnelle menée à l'encontre de l'Allemagne.[43]
La façon dont Truman accorde cette dernière idée avec celles de
Clausewitz reste nébuleuse. On pourra la rapprocher du courant de pensée
dit "uptionien", courant d'idée qui remonte au XIXe siècle
et provient du général Emory Upton. Selon Upton, le politique et le
militaire sont deux sphères séparées ; le politique initie la guerre et
le militaire la mène, libre de toutes les contingences civiles. En d'autres
termes, là où commence la guerre s'arrête le politique.[44]
Cette vision paraît assez similaire à celle de certains officiers
prusso-allemands, comme Moltke l'Ancien. A ce propos, dans un article publié
en 1982, John E. Tashjean a fait remarquer que la guerre de Corée avait révélé
la division entre les tenants de l'école du général Upton et ses
opposants. Il s'agissait d'une critique de l'attitude de MacArthur face au
pouvoir politique.[45]
MacArthur affirmait qu'il n'y avait pas de substitut à la victoire. Il
tenta d'outrepasser les directives en provenance de Washington et de mener
une guerre totale. William Manchester, le biographe de MacArthur, écrira : Ainsi
se trouvait-il plus proche de Ludendorff que de Clausewitz ; il voyait la
guerre, non pas comme la politique continuée par d'autres moyens mais comme
la conséquence d'un effondrement politique total qui faisait des militaires
les syndics d'une faillite.[46]
Ajoutons qu'il existe, étonnamment, peu de textes qui ont traité du cas
MacArthur sur base de la Formule.[47]
Par contre, paradoxalement, on retrouvera des auteurs qui corroborent la
vision uptonienne de la guerre en prenant appui sur Clausewitz. Ainsi, dans
quelques cas, la Formule est
utilisée comme moyen de séparer de manière tranchante guerre et paix. La
guerre est alors définie comme l'ultime outil du politique. Cela implique,
par exemple, que les négociations ne peuvent se dérouler en même temps
que le combat.[48]
Dans
cette optique, il existe bien souvent un rejet de la Formule
où une compréhension étroite et erronée de celle-ci, combinée avec une
foi dans le rôle de l'anéantissement de l'ennemi. En fait, l'école
uptonienne justifie le plus souvent son refus de la Formule
en considérant que le politique crée des distorsions dans la pratique des
opérations. Le but des opérations "logiquement" déduit par
cette école est la destruction des forces adverses - leur anéantissement.
Or, pour le politique, le but de la guerre n'est pas toujours la destruction
de forces adverses. Il s'agit parfois d'envoyer des signaux à l'ennemi. Quelque
part, ce modèle pourrait être lié à une vision technocratique de la
conduite des opérations. Croyant se libérer du politique, le mouvement
finit par devenir politique en lui-même. La destruction de forces ennemies
est bien une décision politique qui repose en ultime mesure sur des
croyances, voire une quasi-idéologie, celle de l'efficacité (réelle ou
imaginaire). Samuel
P. Huntington apporta aussi une contribution à ce débat au travers de son
célèbre ouvrage The Soldier and the
State, publié en 1957. Cette étude portait sur les liens entre stratégie
et politique, et plus généralement sur le rôle de l'establishment
militaire dans la politique de défense américaine. L'auteur marquait sa préférence
pour un modèle d’armée américaine professionnel. Son livre, en fait une
véritable étude de culture stratégique avant l'heure, analyse le caractère
du soldat américain dans l'environnement institutionnel. Pour Huntington,
la Formule est l'antithèse de
l'idée de croisade si souvent valorisée dans l'histoire militaire américaine.
Or, l'idée de la croisade, pour Huntington, coïncide mieux avec l'armée
de milice qui est susceptible d'être polarisée par les passions et les
sentiments. A contrario, l'armée de métier serait plus détachée par
rapport à la guerre. L'auteur
milite pour une meilleure compréhension de la Formule
qu'il a tendance à se représenter dans deux dimensions : d'une part vers
l'extérieur, une gestion plus instrumentale, et donc potentiellement plus
limitée de la violence à destination de nations étrangères ; d'autre
part vers l'intérieur, une soumission du militaire au politique en terme
quasiment structuralo-fonctionnaliste, allant de pair avec l'idée de la
division des pouvoirs propre à toute démocratie. Huntington mettra en évidence
le comportement du général MacArthur pendant la guerre de Corée et le
considéra, bien évidement, comme impropre au paradigme clausewitzien de
soumission du militaire au politique.[49]
L'ouvrage de Samuel P. Huntington sera bien reçu au sein de l'armée. Les
idées de professionnalisation et de contrôle de la sphère militaire
paraissent parfaitement acceptées dans la culture stratégique américaine,
même si dans la pratique il existe toujours des MacArthur.[50]
Certains reprocheront même à Huntington d'être trop proche des militaires
dans son argumentation. L'ouvrage est néanmoins marquant. Il est vrai que
le rôle du soldat dans la sphère politique est un débat récurrent dans
les écoles militaires aux Etats-Unis.[51] [1]
Doughty R.A., The Evolution of US
Army Tactical Doctrine, 1946-1976, Leavenworth Paper n°14, Combat
Studies Institute, USCGSC, août 1979, 57 p. Pour une vision plus nuancée,
voir aussi : Soutor, K., "To Stem the Red Tide: The German Report
Series and Its Effect on American Defense Doctrine, 1948-1954", The
Journal of Military History, octobre 1993, pp. 653-688. [2]
Voir par exemple : Patton O.B., "Colonel Lawrence of Arabia", Military
Review, octobre 1954, pp. 18-30 ; Tomlison W.H., "The Father of
Airpower Doctrine", Military
Review, septembre 1966, pp. 27-31 ; Kreeks R.G., "Beaufre and
Total Strategy", Military
Review, décembre 1968, pp. 34-40. [3]
Parfois sous forme de reproduction d'articles étrangers, comme: Newman
H.D. (R.A.F.), "Mackinder Today", Military
Review, août 1952, pp. 92-95 (initialement publié dans R.A.F.
Quarterly en juin 1952). [4]
Voir par exemple : Roth I.D., "Atoms and Sea Power", Military
Review, septembre 1953, pp. 3-8 ; Millis W., "Sea Power -
Abstraction or Asset?", Military
Review, mars 1952, p. 3-12 ; Mead Earle E., "The Influence of
Air Power Upon History", The
Yale Review, juin 1946, pp. 577-600. [5]
Clubb O.E., "Pivot of History", Military
Review, février 1957, pp. 3-11. Voir, pour une analyse plus récente
: Sloan G., "Sir Halford J. Mackinder : The Heartland Theory
Then and Now", The Journal
of Strategic Studies, juin-septembre 1999, pp. 15-38. [6]
Franklin W.D., "Mackinder's Heartland and Escalation Rocket", Military
Review, novembre 1966, pp. 32-39. [7]
Sokol A.E., "Sea Power in the Next Age", Military
Review, octobre 1952, pp. 11-26. [8]
McIsaac, "Master at Arms: Clausewitz in Full View", Air
University Review, janvier-février 1979, p. 83. Collins
était un étudiant de Stefan T. Possony. Ce dernier, très proche des
milieux de l'U.S. Air Force, avait participé à la première édition
du Makers of Modern Strategy
en 1943. Bassford Ch., op.
cit., p. 262. [9]
Paret P., "Clausewitz - A Bibliographical Survey", art.
cit., pp. 272-285. [10]
Id., "On Clausewitz",
Military Review, juillet 1965, pp. 46-54. [11]
Gordon W.I., "What Do We Mean by 'Win'?", Military
Review, juin 1966, pp. 3-11. [12]
Strausz-Hupé R.,
"New Weapons and National Strategy", Military
Review, mai 1961, pp. 70-76. L'auteur perçoit
l'opposition entre l'U.R.S.S. et les Etats-Unis comme une gigantesque
compétition de valeurs et de civilisations. [13]
Voir : U.S. Military Academy, Department of Military Art and
Engineering, Clausewitz, Jomini,
Schlieffen, West Point, New York, U.S. Military Academy, 1951, (réécrit
en partie par Elting J.R.) ; Paret P., "Clausewitz - A
Bibliographical Survey", art.
cit., pp. 284-285 ; Colson Br., op.
cit., p. 282 ; Bassford Ch., op.
cit., p. 199 ; correspondance personnelle, Major Michael A. Boden,
U.S. Army, Instructor, Department of History, United States Military
Academy, West Point, daté du 4 mars 1999. [14]
On War, p. 516 ; référence
que le lecteur français pourra trouver dans Clausewitz C. von, De
la guerre, (préface de Rougeron C., introduction de Naville P.,
traduction de l'allemand par Naville D.), Paris, Les Editions de Minuit,
1955, p. 598. (dorénavant, nous mentionnerons juste le titre de
l’ouvrage dans les références). Ensuite, dans son histoire sur la
Campagne d'Italie de 1796-97, Clausewitz fait référence à Jomini,
dont il utilise par ailleurs les cartes. Paret P., "An Unknown
Letter by Clausewitz", The
Journal of Military History, avril 1991, pp. 147 et 150 ; Colson
Br., "Bibliographie Commentée", dans Jomini A. de, Les
guerres de la Révolution (1792-1797) - de Jemmapes à la campagne
d'Italie, Paris, Hachette, 1998, p. 418. [15]
Wanty E., L'art de la guerre - de
l'antiquité chinoise aux guerres napoléoniennes, t. I., Verviers,
Marabout Université, 1967, p. 383 et pp. 387-388. [16]
Dupuy T.N. & R.E., Military
Heritage of America, New York, McGraw-Hill Book Co., Inc., 1956, 794
p. [17]
Marshall S.L.A., Men against
Fire, The Problem of Battle Command in Future War, New York, William
Morrow and Company, 1954 (1947), 215 p. (Clausewitz : p. 49, p.
109, p. 120, p. 174). [18]
Reinhardt G.C., "Notes on the Tactical Employment of Atomic
Weapons", Military Review,
septembre 1962, pp. 28-37 ; Font J.L., "US Offensive and Defensive
Strategy", Military Review,
septembre 1969, pp. 31-42 ; Sherower A.W., "Napoleon's Military
Strategy", Military Review,
août 1966, pp. 87-91 ; Paolini M.G., "The Flashing Sword of
Vengeance", Military Review,
février 1962, pp. 87-97 ; Gordy S.E., "Is the Defense the
Solution?", Military Review,
janvier 1959, pp. 58-59. [19]
Magathan W.C., "In Defense of the Army", Military
Review, avril 1956, pp. 3-12. [20]
Voir : Douhet G., The Command of
the Air, (Il dominio
dell'aeria, 1921 - traduit de l'italien par Fischer Sh.), Roma,
"Revista Aeronautica" E./Edizione Furi Commercio, 1958, 202 p.
Voir aussi : Warner E., "Douhet, Mitchell, Seversky: les théories
de la guerre aérienne", dans Mead Earle E. (éd.), Les
maîtres de la stratégie, vol. 2, op.cit., pp. 245-267 ; Chaliand
G. et Blin A., Dictionnaire de
stratégie militaire, Paris, Perrin, 1998, pp. 185-187. On
consultera aussi : Facon P., Le
bombardement stratégique, Monaco, Ed. du Rocher, 1996, pp. 55-73. [21]
Segré Cl.G., "Giulio Douhet: Strategist, Theorist, Prophet?",
The Journal of Strategic Studies,
septembre 1992, p. 362 ; Hammond G.T., "Landmark in Defense
Literature – Command of the Air", Defense
Analysis, avril 2000, p. 101. [22]
Constatons aussi que Smith a écrit un ouvrage en collaboration avec le
général Curtis E. LeMay du S.A.C. en 1968. Cet ouvrage fait quelques références
a Clausewitz, plutôt péjoratif, remettant en cause la validité des idées
du Prussien à l'époque du nucléaire. De plus, les auteurs semblent
assimiler les néo-clausewitziens à l'idée de la dissuasion à tout
prix. LeMay C.E. &
Smith D.O., America Is in Danger,
New York, Funk & Wagnalls, 1968, pp. 297 ; 299 ; 307. [23]
Smith D.O., US Military Doctrine
- A Study and Appraisal, New York, Dual, Sloan & Pearce, 1955,
pp. 46 ; 55 ; 59 ; 74-76. Voir aussi : id. (with
Barker J.DeF.), "Air Power Indivisible", Air
University Quarterly Review, automne 1950, pp. 5-18. [24]
Voir à propos de ces notions : Freedman L., The
Evolution of Nuclear Strategy, Londres, The MacMillan Press Ltd.,
1981, pp. 125-127. [25]
McDonnel R.H., "Clausewitz and Strategic Bombing", Air
University Review, printemps 1953, pp. 43-54. [26]
Jones A., "Jomini and the Strategy of the American Civil War, A
Reinterpretation", Military
Affairs, décembre 1970, p. 130. [27]
Kissinger H., Nuclear Weapons and
Foreign Policy, New York, Harper & Brother, 1957, p. 441. [28]
Cushman J.H., "Books of Interest to the Military Reader - US
Military Doctrine", Military
Review, septembre 1955, p. 112 ; Magathan W.C., art.
cit., pp. 3-12. [29]
Kleinman F.K. et Horowitz R.S., The
Modern United States Army, Princeton, D. van Nostrand Company, Inc.,
1964, p. 44. [30]
Kintner W.R. , "A Survey of Air Power", Military
Review, avril 1949, pp. 29-35 ; Tomlison W.H., art.
cit., pp. 27-31. [31]
Respectivement : Trachtenberg M., "A "Wasting" Asset -
American Strategy and the Shifting Nuclear Balance, 1949-1954", International
Security, hiver 1988/89, p. 37 et Gaddis J.L., Strategies
of Containment, Oxford, Oxford University Press, 1982, p. 188. Le
lecteur pourra aussi consulter Bassford Ch., op.
cit., pp. 157-162. [32]
De Seversky A.P., Air Power: Key
to Survival – with a prologue on the lessons of Korea, NY, Simon
& Schuster, 1950, pp. ix-x. [33]
L'auteur est toutefois critique vis-à-vis de Douhet. Par exemple, de
Seversky ne pense pas que l'idée de Douhet de produire un seul type
d'avion militaire est valable. Ibid.,
p. 89. [34]
Idée que l'on retrouve aussi chez : Mead Earle E., "The Influence
of Air Power Upon History", art.
cit., pp. 577-600. [35]
De Seversky, op. cit., p.
120. [36]
Id., America: Too Young to Die!,
NY, Macfadden Book, 1962, p. 125. [37]
Id., Air Power: Key to Survival,
op. cit., p. 39 et p. 74. [38]
Id., America: Too Young to Die!,
op. cit., p. 137. [39]
De Seversky justifie particulièrement ce point dans Air
Power… Il base son point de vue sur des visites sur les sites de
Hiroshima, Nagasaki et sur l'atoll Bikini.
[40]
Browne R.J., "Tac vs. Strat", Military
Review, avril 1948, pp. 33-37. [41]
Franklin W.D., "Douhet Revisited", Military
Review, novembre 1967, pp. 65-69. [42]
Wylie J.C., Military Strategy - A
General Theory of Power Control, New Brunswick, Rutger University
Press, 1967, 111 p. [43]
Truman H.S., Year of Decision -
1945, vol. 1, Bungay, Hodder and Stoughton, 1955, p. 127.
[44]
Weigley R.F., "American Strategy from Its Beginnings through the
First World War", dans Paret P., Makers
of Modern Strategy (from Machiavelli to the Nuclear Age), Oxford,
Clarendon Press, 1986, p. 438. [45]
Tashjean J.E., "The Transatlantic Clausewitz", Naval
War College Review, vol. 35, n°6, 1982, p. 71. L'auteur
de l'article postule l'existence d'une division géographique des deux
écoles : les détracteurs de Upton se retrouveraient majoritairement
dans le Nord des Etats-Unis - snowbelt
-, ses disciples plutôt dans le Sud - sunbelt.
J.E. Tashjean prend l'exemple des théories de l'Airpower,
lié à l'école de Upton, dont les principaux acteurs proviennent de
Californie et ensuite du Texas. De plus, il note l'opposition entre deux
tendances dans le caractère américain quant à la façon d'appréhender
les relations internationales. La première est représentée par des idées
pratiques, le commerce et l'internationalisme. On retrouve des traces de
cette tendance sur la côte est parmi les républicains
internationalistes. La seconde école est caractérisée par son côté
utopique, théologique et isolationniste. [46]
Manchester W., MacArthur - Un césar
américain, (traduit de l'américain, American
Caesar, 1978), Paris, Robert Laffont, 1981, p. 516. [47]
Voir tout de même : Rees D., Korea:
The Limited War, Londres, MacMillan & Co. Ltd., 1964, pp. xi,
xiii et xiv ; Spanier J.W., The
Truman-MacArthur Controversy and the Korean War, Cambridge, The
Belknap Press of Harvard University Press, 1959, p. 3 et pp. 276-277. A
titre indicatif, voir aussi, en français : Silvain R., "Clausewitz
et la guerre de Corée", Revue
politique et parlementaire, Octobre 1951, pp. 165-172. [48]
Welch G.P., "Cannae - 216 B.C.", Military
Review, juin 1953, pp. 3-14 ; Heller F.H., "The President as
Commander in Chief", Military
Review, septembre 1962, pp. 5-17 ; Sackton F.J., "The Changing
Nature of War", Military
Review, novembre 1954, pp. 52-62. [49]
Huntington S.P., The Soldier and
The State, Harvard, Harvard University Press, 1957, 534 p. [50]
Singland J.K., "Books of Interest to the Military Reader - The
Soldier and the State", Military
Review, novembre 1957, p. 112. [51]
Higgs J., "Landmark in Defense Literature – Soldier and the
State", Defense Analysis,
décembre 2000, pp. 345-346.
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