| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
Les Stratégiques
Clausewitz et le discours stratégique américain. De 1945 à nos jours
Christophe Wasinski
Contrairement
à ce que l'on pourrait penser, il existe assez peu de liens entre
Clausewitz et les premiers théoriciens de l'arme nucléaire. Comme l'a fait
remarquer Bernard Brodie, les stratégistes de l'époque ont généralement
une formation d'économiste, de politologue, des connaissances en
philosophie, parfois en physique (c'est le cas de H. Kahn). Mais généralement,
ils se donnent peu la peine d’étudier l'histoire.[1]
Pourtant
certains stratégistes se sont vus affublés une étiquette de néo-clausewitziens.
Il convient donc de reprendre les écrits de quelques théoriciens et de
tenter de cerner l'impact des références éventuelles du Prussien dans
leur travail. Robert Osgood et Henry Kissinger seront placés dans cette
partie de l’analyse de façon plutôt arbitraire. En effet, les ouvrages
cités de ces deux penseurs ne concernent qu'en partie la problématique du
nucléaire ; ils touchent à d'autres sujets comme les alliances, la guerre
limitée, la guerre conventionnelle, etc. Toutefois, il paraissait plus adéquat
de les placer ici car leur œuvre consacre de façon évidente la notion de
dissuasion stratégique. Lorsque
le général Eisenhower est à la Maison Blanche dans les années 50, il se
décide à entreprendre des changements dans la politique de défense des
Etats-Unis. Sous sa présidence sera introduit le concept de new
look. Selon Eisenhower lui-même, le new
look consistait à redistribuer les ressources entre cinq catégories de
forces [c'est-à-dire : (1) les
forces d'attaque ou de représailles nucléaires ; (2) les forces déployées
outre-mer ; (3) les forces devant assurer, en cas d'urgence, la liberté des
routes maritimes ; (4) les forces destinées à protéger les Etats-Unis
contre une attaque aérienne ; (5) les forces de réserve]. Un accent
particulier était posé sur le rôle à la fois préventif et destructeur
des armements nucléaires ainsi que sur la défense aérienne.[2]
En d'autres termes, l'administration américaine s'engage dans une stratégie
qui donne la prééminence au nucléaire. C'est l'époque de la doctrine des
représailles massives. Un des
objectifs de cette stratégie est la recherche d'économie ; l'arme nucléaire
a un potentiel destructeur plus important que les forces conventionnelles,
mais elle nécessite naturellement moins d'effectifs. Vers
1956, un mouvement s'amorce en défaveur de cette doctrine. Les généraux
James Gavin, Maxwell Taylor et Matthew Ridgway de l'U.S. Army protestent et
finissent même par démissionner. Cela leur permet de diffuser leurs
critiques auprès de l'opinion publique. Si on peut lire des craintes
corporatistes dans leur geste – c'est effectivement l'armée de terre qui
a le plus à perdre dans les compressions budgétaires ; elle dispose des
effectifs les plus élevés – il existe aussi une importante critique de
fond. En 1957, John Foster Dulles, pourtant un des initiateurs de la
doctrine de massive retaliations,
commence aussi à remettre le concept en question. La communauté des théoriciens
de la stratégie suit le mouvement avec Henry Kissinger, Bernard Brodie,
William Kaufmann, Robert Osgood, etc.[3]
Pourquoi
cette réaction ? La période correspond à l'érosion du monopole américain
de l'atome. L'Union soviétique développant alors des capacités équivalentes
à celles des Etats-Unis, il devenait pour le moins risqué d'adopter une
doctrine du tout ou rien. De plus, cette doctrine avait déjà été mise à
mal par l'expérience de la guerre de Corée. A cela, il faut encore ajouter
l'apparition des armes thermonucléaires. Au total, la doctrine de représailles
massives menaçait soit de faire tomber le monde dans un abîme, soit de réduire
à une peau de chagrin la marge de manœuvres des Etats-Unis.
Quelques
protagonistes de la remise en cause des représailles massives emprunteront
des arguments à Clausewitz pour défendre leur cause. Tout
d’abord, Robert E. Osgood fait publier Limited
War, the Challenge to American Strategy en 1957.[4]
Le point de départ
de la critique d'Osgood est la constatation que les Etats-Unis ne sont pas
à même de mener des guerres avec un objectif politique clairement délimité.
Par contre, toujours pour Osgood, les Etats totalitaires (il fait toutefois
une exception pour l'Allemagne hitlérienne où le fanatisme réduisait à néant
la Raison) sont en mesure d'appliquer la Formule
avec de moindres difficultés que les Etats démocratiques. Il prend la
filiation marxiste - en y incluant Mao Zedong - de Clausewitz à témoin.
Osgood montre qu'un Etat totalitaire peut museler son opinion publique. Ce
faisant, l'Etat réduit l'impact que les sentiments et les passions
populaires - qui peuvent conduire à la croisade morale - peuvent jouer dans
la politique étrangère. Le tout évite des distorsions dans la conduite
rationnelle et réaliste de la guerre. Il s'agit en quelque sorte d'un
cynisme rationnel. En appliquant la Formule,
modèle de rationalité de l'utilisation de la force, il deviendrait donc
possible de limiter la guerre, et par conséquent de faire reculer la menace
d'un holocauste nucléaire. Osgood se réfère encore au Prussien lorsqu'il
évoque la tâche des hommes politiques : ils doivent réfléchir à la
nature de la guerre dans laquelle ils s'engagent. Ils ont pour obligation de
replacer la guerre dans un cadre strictement limité et déterminé par le
politique, conception conflictuelle avec la réaction de MacArthur en Corée.
Limitation des objectifs, limitation des moyens employés - donc critique du
modèle de la guerre d'anéantissement -, et limitations géographiques
s'imposent pour ne pas perdre le contrôle des conflits et empêcher
l'escalade. Robert Osgood, comme Kissinger dans Nuclear
Weapons and Foreign Policy, n'est pas contre l'utilisation d'armes nucléaires
tactiques. Mais pour Osgood, pour éviter l'escalade, il faut employer les
forces comme un moyen d'envoyer des signaux politiques à l'adversaire en
vue d'une résolution diplomatique ultérieure des conflits. L'analyse de
Robert Osgood est bien à replacer dans le contexte du containment.
Elle tente de donner à cette doctrine une plus grande marge de manœuvre.[5]
En
1979, Robert Osgood reprendra les thématiques développées dans
Limited War dans un ouvrage intitulé Limited
War Revisited. L'ouvrage est d'abord une critique de la guerre du
Vietnam. L'auteur y fera une utilisation identique de Clausewitz.[6] Ensuite,
l’année où paraît Limited War,
the Challenge to American Strategy, paraît aussi le célèbre ouvrage Nuclear
Strategy and Foreign Policy de Henry Kissinger. Henry Kissinger y fait
le point sur la situation internationale en s'attardant bien entendu sur la
relation entre le monde communiste et les Etats-Unis. Cet ouvrage s'organise
autour de la critique de la doctrine des représailles massives car elle
laisse les Etats-Unis, et plus particulièrement leur diplomatie, sans
liberté d'action digne de ce nom. Dans cette lignée, le futur diplomate
critique les idées de Douhet ; l'arme nucléaire donne une trop grande
puissance aux armées. De plus, l'aspect
force-in-being des flottes de bombardiers, soit de forces qui peuvent
intervenir en permanence tant qu'on ne les a pas complètement éradiquées,
s'avère très déstabilisant. Douhet serait donc obsolète. Par
contre, les Etats-Unis doivent se doter de capacités à mener des guerres
limitées. La signature de pacte, la création d'une doctrine unifiée entre
services du Pentagone, le développement d'une défense civile, la
dispersion des bases stratégiques, l'adaptation des forces en vue de
combats en milieu contaminé sont autant de moyens à considérer pour
restaurer la marge de manœuvre diplomatique. Ces moyens donneraient de la
crédibilité à la posture américaine. Henry Kissinger remet aussi en
cause certaines idées largement répandues à l'époque : la probabilité
d'une attaque nucléaire surprise est faible pour lui ; la modification de
l'équilibre nucléaire par l'introduction d'une révolution technologique
peu probable ; la réduction des armements atomiques est loin d'être la
panacée ; et les conceptions selon lesquelles l'U.R.S.S. n'adhère pas à
l'idée du rôle dissuasif des armements nucléaires est à relativiser.
Henry Kissinger prend parti en faveur de l'utilisation des armes nucléaires
tactiques. Il reviendra ultérieurement sur cette idée car la différenciation
entre armes stratégiques et non stratégiques est trop ambiguë pour donner
un rôle de combat, et non de dissuasion, à ce dernier type d'engins.[7]
Nuclear
Weapons and Foreign Policy
a été considéré comme clausewitzien car son auteur tente de rendre une
fonction positive à la stratégie, à militer pour un retour des stratégies
d'action. Il faut noter que Henry Kissinger cite le nom de Clausewitz à
plusieurs reprises. Mais lorsqu'il le fait, c'est avant tout pour mettre en
évidence l'utilisation par les chefs politiques soviétiques. Henry
Kissinger ne réduit pas Clausewitz à l'idée d'anéantissement, ou de la
rupture de la volonté de l'adversaire. Il insiste sur la Formule
et le fait que la violence ne naît pas d'un vacuum mais d'une situation
donnée : il ne peut y avoir de guerre totale conduite selon des considérations
uniquement militaires. L'auteur conçoit bien que la politique, rationnelle
dans son essence, a un effet limitatif sur la guerre – et en cela on peut
aussi affirmer que son analyse est totalement compatible avec celle de
Osgood. Kissinger implique que l'occident devrait prendre exemple sur
Clausewitz comme le font les Soviétiques.[8] Kissinger
montre à première vue une bonne compréhension de Clausewitz. De là à le
classer parmi les réels disciples du Prussien s’avère peut-être exagéré.
En dehors de l'ouvrage Nuclear
Weapons and Foreign Policy, Kissinger cite peu Clausewitz dans ses
autres écrits.[9]
Dans un ouvrage sur le diplomate, Bruce Mazlish note que celui-ci s'est forgé
une Weltanschauung à partir d'éléments
de la pensée de divers personnages historiques ; Spengler, Toynbee, Kant,
Hegel, Marx, Dostoïevsky, Clausewitz, etc. En dehors de la compréhension
de la Formule, la lecture de
Clausewitz par Kissinger paraît globalement assez superficielle, et
certainement très peu dogmatique. Bien que le diplomate ait rappelé aux Américains
que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens, il
reste flou sur la politique qui sert de référence.[10]
En
résumé, Kissinger et Osgood remettent en valeur la Formule.
Au sein de l'armée, certains textes vont dans la même direction à l'époque.
Parmi ces textes on peut constater que les termes Politics
et policy sont confondus dans la Formule
(voir infra pour plus de détails à l'égard de ces deux notions). On note
aussi que, déjà à l’époque, la division entre politique interne et extérieure,
est de plus en plus considérée comme surannée vu les nombreuses
interconnections existant entre celles-ci. Les concepts de subversion et
d’idéologie jouent un rôle non négligeable à ce propos. En tout cas,
les tenants de cette approche ne voient plus en Clausewitz le chantre de
l'anéantissement à tout prix. De même, ils ne le rendent pas responsable
de la conception de reddition sans conditions, à laquelle le Prussien
n’aurait probablement jamais donné son aval.[11] Il
faut encore prendre en compte le physicien et futurologue Herman Kahn (né
en 1922). Herman Kahn a été très critiqué par Anatol Rapoport (sur
Anatol Rapoport, voir infra) et qualifié par ce dernier de néo-clausewitzien.[12]
Pourtant, le faisceau de preuve permettant de tracer un lien entre le
Prussien et Kahn est mince. Christopher Bassford n’a pas trouvé de référence
à Clausewitz dans On Thermonuclear
War ni dans Thinking
About the Unthinkable.[13]
Par contre, il existe une mention à Clausewitz dans On
Escalation - De l’Escalade
pour la traduction française. Kahn y utilise l'officier prussien pour décrire
le caractère froid, "machiavélique", dénué d’émotions, de
la politique étrangère soviétique. Pour Kahn, la doctrine militaire des
marxistes trouve son origine dans la pensée de Clausewitz. Il fait référence
à la comparaison de Clausewitz entre guerre et commerce.[14]
Une deuxième référence apparaît dans un ouvrage écrit en collaboration
avec Anthony J. Wiener. Il s'agit de L'An
2000 - The Year 2000 - où
Clausewitz est de nouveau cité en relation avec sa filiation marxiste. Et
ici aussi, la citation reprend la comparaison entre la guerre et le commerce
dans la correspondance entre Marx et Engels datée de 1857. La citation est
issue de l'édition de 1943 de Makers
of Modern Strategy.[15]
Ces mentions s’avèrent toutefois insuffisantes pour déterminer si
l’auteur a bien lu l'officier prussien. On peut donc se poser la question
de savoir pourquoi Kahn a été qualifié de néo-clausewitzien. Il
semblerait que cette étiquette provienne du rôle qu'il attribue aux armes
nucléaires dans son œuvre ; elles peuvent devenir des instruments actifs
du pouvoir politique et ne pas se contenter de servir la dissuasion.[16]
C’est donc encore une fois la conception de l’anéantissement, nucléaire,
qui surgit par ce biais. L’approche de Kahn envisage tellement de moyens
d’utiliser la force qu’il convient plutôt de prendre ses précautions
quant à voir en lui un disciple de l’anéantissement. Kahn ne rejette ni
n’accepte cette modalité de la guerre, il constate simplement son
existence parmi d’autres façons d’employer la force : le blocus,
l’embargo, les mesures de rétorsion, etc. En fait, l'une des qualités
les plus marquée de Kahn est son objectivité ; il ne réfute aucune
modalité d'usage a priori - même si personnellement il semblait enclin à
préférer une politique de no first
use et ressentait des affinités pour un modèle de gouvernement
mondial. On constatera que le sociologue français Raymond Aron critiquera
l'approche par scénarios en matière de stratégie nucléaire, donc
principalement celle de Herman Kahn, car celle-ci fait preuve de refus de
conceptualisation théorique. Pour Aron, les études stratégiques doivent
porter plus d'attention au phénomène interdisciplinaire. Elles ne doivent
pas accorder une importance unilatérale soit à l'histoire, soit à l'économie
mais sont surtout obligées de tenir compte du mécanisme de friction. Aron
mentionnera que ni Kahn ni, par ailleurs, Albert Wohlstetter ne méritent le
surnom de clausewitzien car leurs approches diffèrent trop de celle du
Prussien.[17] Enfin,
il faut prendre en compte le cas de Thomas C. Schelling (né en 1921). Bien
que non étiqueté néo-clausewitzien, cet auteur est un des pionniers de la
recherche en matière de dissuasion. Un des ces principaux ouvrage est The
Strategy of Conflict publié en 1963. Le livre est issu de la mouvance
de la RAND Corporation.[18]
Toute l'analyse de l'auteur repose sur la théorie des jeux. Mais cette
approche oblitère la face humaine de la guerre. L’auteur ne nie
d'ailleurs pas les limitations intrinsèques à ses outils théoriques.
Toutefois Thomas C. Schelling introduit la notion de bargaining
- marchandage - dans la
stratégie nucléaire. Il donne donc un rôle positif, dans le sens de
l'action, à l'arme nucléaire et ce malgré que son travail rentre dans le
cadre de la dissuasion.[19]
On lui reprochera d'être plus concerné par la maximisation de
l'impact des actions de coercition que par la réduction des risques découlant
de la pratique de la stratégie nucléaire.[20]
Le
seul "véritable clausewitzien" parmi les pères fondateurs de la
pensée stratégique nucléaire aux Etats-Unis est Bernard Brodie
(1910-1978).[21]
Avant la guerre, il mène des recherches sur la stratégie navale. Avec
l'apparition de l'arme nucléaire, il s'intéresse aux problèmes du choix
des cibles. Il se montre alors favorable aux idées de Douhet et en faveur
de bombardements coercitifs en vue de mettre bas au régime soviétique en
cas de guerre. La perpective de Brodie est ici d’envisager l'utilisation
des armes nucléaires lors d'un conflit. Il faut attendre 1952 pour qu'il
place le concept de dissuasion au centre de ses considérations stratégiques.
Cette époque correspond à l'apparition de l'arme thermonucléaire. Dans
ses premiers textes, comme The
Absolute Weapon, Brodie ne met pas en évidence le rôle de la
diplomatie.[22]
Il réfléchit surtout à la possibilité de mener une guerre nucléaire
courte où l'effet de la politique pourrait sembler moindre.[23]
Dans une allocution de 1950 à l'Air War College, il rejette même la
validité de la Formule.[24]
En fait, c'est principalement à partir de Strategy
in the Missile Age, publié en 1959, que Brodie commence à largement se
référer au Prussien.[25]
Le théoricien constate clairement l'avènement de la rupture introduite par
les armes thermonucléaires.[26]
A partir de là, il va poser les jalons de la plupart des sujets de réflexion
des années à venir sur la stratégie nucléaire : dynamique de mesure et
contre-mesure ; difficulté de se défendre contre une attaque nucléaire -
temps d'alerte et durée d'attaque raccourcis, difficulté de se protéger
efficacement par des moyens passifs au cœur de l'explosion, phénomène de
radioactivité - ; critique de la doctrine de massive
retaliation ; doute quant aux notions d'attaque et de guerre préventive
; guerre limitée - de manière à influencer l'adversaire - et non
recherche de la victoire par l'anéantissement ; effet stabilisateur des
armes atomiques en Europe.[27]
Strategy in the Missile Age cherche
a évaluer l’adéquation qui peut exister entre l’atome et les théories
de l’Airpower en prenant appui,
pour commencer, sur les classiques de la stratégie. Au travers la lecture
de Foch, Colin, Ardant du Picq, Grandmaison, Brodie note la supériorité généralement
accordée à l'offensive par les militaires. Il confronte alors cette "école"
de l'offensive aux enseignements de Clausewitz. Brodie suit le raisonnement
suivant : Clausewitz affirme que le politique fixe l'objectif et le
militaire est le moyen pour y parvenir. Par conséquent, la forme de la
guerre – l'offensive ou la défense - dépendra du choix de l'objectif,
donc du politique. Ensuite, il n'existerait pas de supériorité intrinsèque
de l'offensive mais simplement une relation entre fins et moyens particulière
à chaque situation (il s'agit aussi donc d'un refus du dogme de l'anéantissement).
Brodie critique également les tenants de l'offensive à outrance de faire
fi de concepts tel que le point culminant de la victoire et de ne pas
reconnaître les limites de la théorisation possible de la guerre au
travers des frictions (où l'on revient à la relation fins - moyens, qui
est la seule que la théorie permet d’appréhender).[28]
Bernard Brodie s'attarde ensuite sur la pensée de Douhet. Il constate que
le douhetisme a eu un impact important parmi les forces aériennes américaines.
Il fait remonter la filiation des idées de l'Italien au sein de l'U.S. Air
Corps au milieu des années trente.[29]
Cette affirmation sera pourtant contestée.[30] Quoi
qu'il en soit, pour Brodie, les théories de Douhet n'ont pas été validées
par la Seconde Guerre mondiale.[31]
Douhet développe l'idée selon laquelle la guerre moderne devrait
devenir convulsive ; son intensité augmenterait dramatiquement dans une durée
de temps compressée - et ce grâce à l'emploi des aéronefs. On est loin
de la vision clausewitzienne tentant de faire rentrer la guerre dans le
cadre de la rationalité politique. Avec Douhet, comme c'était le cas pour
l'école de l'offensive à outrance, le risque de perdre de vue l'objectif
politique est évident.[32]
L'ouvrage Strategy in the Missile Age
est bien accueilli dans les milieux militaires, à l'exception du
reproche que fait l'auteur aux militaires de manquer d'intérêt pour l'étude
de la stratégie.[33]
Selon
Marc Trachtenberg, si Brodie est revenu à la valeur de la Formule
c'est en considérant que si l'objectif politique de tout conflit doit être
rationnel, les procédures d'emploi des armes doivent aussi l'être ; la règle
de proportionnalité doit être respectée.[34]
Une
démarche similaire à celle de Brodie - refus du dogme de la bataille d'anéantissement
et primauté du politique -, avec référence à Clausewitz,[35]
est aussi perceptible dans deux articles publiés respectivement en 1964 et
1972. Le premier texte, édité dans l'U.S.
Naval Institute Proceedings prend comme point de départ la
confrontation entre les Etats-Unis et Cuba. L'auteur montre à quel point
les nouvelles technologies militaires peuvent imposer leur tyrannie sur le
comportement des acteurs stratégiques. La question soulevée est celle de
savoir comment utiliser l'armée, instrument du pouvoir politique, dans le
contexte de la guerre froide.[36]
Le deuxième article, publié dans la Military
Review, montre que dans le cadre de la dissuasion, insuffisante mais nécessaire,
la recherche d'objectif "absolu" est devenue trop dangereuse. La
guerre totale est maintenant devenue une possibilité réelle. Il est donc
vital que le politique apprenne à limiter son emploi de la force, comme
Clausewitz l'enseigne.[37]
On
peut aussi retrouver l'idée de la primauté du politique sur la grammaire
militaire dans les écrits de politologues, spécialisés en relations
internationales, généralement classés parmi l'école dite réaliste.
Ainsi, Hans J. Morgenthau cite Clausewitz dans son ouvrage Politics
Among Nations. Il adapte en fait la Formule,
en notant qu'alors que la guerre était la continuation de la diplomatie par
d'autres moyens, la diplomatie est devenue, pendant la guerre froide, un
moyen de pratiquer la guerre.[38]
Kenneth N. Waltz, un des fondateurs de l'école néoréaliste aux
Etats-Unis, cite aussi Clausewitz dans Man,
the State, and War en 1954. Il pense que bien que la guerre est un
spectacle horrible, les Etats qui tiennent à la paix doivent se préparer
au conflit de manière à ne pas inviter à l'agression. Par conséquent, le
concept d'équilibre des puissances - balance
of power - ne doit pas faire perdre de vue que l'utilisation de la
violence est toujours possible.[39]
Waltz citera aussi Clausewitz, par le biais de Brodie, dans son très
polémique Nuclear Weapons – More
May Be Better. Dans cette étude, il ne renie pas la valeur de la Formule
à l'âge nucléaire.[40]
Waltz y prétend que la diffusion des armes nucléaires ne serait peut-être
pas si négative qu'on pourrait le croire. Partant de l'idée que le nucléaire
dissuade uniquement du nucléaire, l'auteur pose que ce type d'armes est en
mesure de sanctuariser le territoire. Elles pourraient donc assurer une plus
grande stabilité dans l'ordre international. Kenneth
Waltz attribuera aussi un raisonnement clausewitzien à John F. Kennedy lors
de la Crise des Missiles à Cuba. Pour Kennedy, ce n'était pas le premier
pas qui importait dans le conflit potentiel, mais le cinquième ou le sixième
... Waltz fait donc référence à la notion d’ascension de Clausewitz.[41]
Toutefois, il est difficile d’affirmer que J.F. Kennedy a lu Clausewitz.
On sait par contre que lors de la Crise des Missiles, le président lisait The
Guns of August, un ouvrage sur le déclenchement accidentel de la Première
Guerre mondiale. Or cet ouvrage contient un certain nombre de références
à Clausewitz, le plus souvent en rapport avec l'idée de bataille décisive.[42]
Il
faut encore indiquer que le diplomate George F. Kennan mentionne une fois
Clausewitz dans ses Mémoires. L’homme était devenu célèbre par la rédaction
d’un article intitulé The Source
of Soviet Conduct publié dans la revue Foreign
Affairs en 1947 et signé d’un X.[43]
Cet article fut ensuite symboliquement considéré comme l'énoncé de la
politique américaine de containment.
Dans ses Mémoires, il cite le Prussien aux côtés de Machiavel, Galliéni
et Laurence d’Arabie – il s’agit d’une référence à l’ouvrage Makers
of Modern Strategy de Edward Mead Earle. Il milite pour une étude plus
attentive des classiques de la stratégie en vue de mieux comprendre la
guerre froide.[44]
Dans
un ouvrage consacré à Kennan, D. Mayers rapporte que celui-ci croyait en
la Formule de Clausewitz et
pensait que la diplomatie, comme l'armée, constituait un outil de la
politique. L'auteur met en évidence l'apport clausewitzien mélangé aux
valeurs chrétiennes dans la vision de Kennan à propos des armes nucléaires.
Pour le diplomate, l'utilisation de l'arme atomique n'est pas seulement non
rationnelle, mais elle deviendrait un blasphème, un acte de nihilisme, qui
ne peut revenir à l'homme mais à Dieu seul.[45]
Il
convient d’ajouter dans cette partie quelques remarques sur le lien entre
Clausewitz, la guerre de guérilla et la guerre limitée. En effet, le développement
de la stratégie nucléaire est allé de pair avec celui des théories sur
la guerre de guérilla et la guerre limitée. L’adoption d’une stratégie
de riposte graduée avait pour corollaire la possibilité d'utiliser des
forces à un niveau réduit. Il convenait donc de rechercher les références
à Clausewitz en cette matière. On constatera d’abord, comme dans
d'autres domaines, que Clausewitz et la guerre limitée sont parfois discutés
par des auteurs étrangers dont les articles sont reproduits dans des revues
américaines.[46]
En dehors de cela, plusieurs points sont mis en évidence quant à
l'apport du Prussien dans la petite guerre. Pour commencer, bien entendu,
c’est le point de vue politique qui ressort. Dans la guerre de guérilla,
l'élément politique est nettement plus visible que dans la guerre
conventionnelle. La politique se manifestera souvent à des échelons inférieurs,
par exemple, par l'idéologisation des combattants. Ensuite, les conceptions
du Prussien sur la nature de la guerre, phénomène aux contours mal définis,
espèce de spectre allant de l'observation armée à la bataille d'anéantissement,
permet à certains de mieux classer et comprendre ce type de conflit.
Clausewitz donnerait ici l'opportunité de relativiser le rôle de l'anéantissement
et de mettre en évidence les différentes modalités d'exercice de la
force. Tout cela convient très bien à la prise de conscience de la
nouvelle donne internationale : guerre froide et arme nucléaire. Une
fixation sur la notion d'anéantissement risquerait de trop polariser les
relations entre l'Est et l'Ouest laissant entrevoir un possible échange
nucléaire apocalyptique à terme. Enfin, l'idée des populations civiles
armées et encadrées par des troupes régulières, que l'on peut trouver
dans On War, offre des
rapprochements possibles avec la situation vietnamienne. Clausewitz permet
également d'attirer l'attention, au travers de quelques articles, sur le
poids de l'opinion publique dans la stratégie. Il comble donc une carence
des principes de la guerre qui ne mentionnent pas ce facteur si important
dans la guerre de guérilla.[47]
Il
faut également indiquer l’ouvrage Guerillas
in the 1960's de Peter Paret et John Shy, ouvrage publié en 1962. Les
deux auteurs s'y insurgent contre la façon "mécanique" dont la
guerre de guérilla est théorisée. Ce concept "à la mode" à l'époque
est majoritairement traité par des "faiseurs de recettes". Peter
Paret et John Shy, eux, établissent un bilan historique du sujet.
Clausewitz y trouve bien entendu une place de choix. Les auteurs établissent
aussi une analogie entre la description de la relation offensive - défense
décrite par Mao et le Traité.
Ils montrent en quoi l'aspect politique et, plus encore, idéologique de la
guérilla est fondamental et s'opposent aux réflexions purement militaires
qui prévalent souvent.[48]
Fait révélateur de l'approche américaine de la guerre, l'ouvrage de
Peter Paret et de John Shy reçoit une critique plutôt négative de la Military
Review car il n'est pas assez "prescriptif".[49]
Samuel
P. Huntington a également pris part à ce débat. Il affirme que la Formule
convient non seulement aux relations entre Etats mais est aussi valable dans
les guerres internes. La guerre devient donc la continuation de la lutte des
groupes gouvernementaux - antigouvernementaux à l'intérieur de la société.[50]
Huntington s'est aussi intéressé à la compréhension de la guerre
limitée. Il pose la question de savoir quels sont les mécanismes qui
permettraient aux Etats-Unis d'intervenir efficacement dans des conflits
limités. Cette idée s'oppose à celle de croisade, croisade qui nourrit de
nombreuses affinités avec les concepts de reddition sans conditions et anéantissement
de l'adversaire. Il est vrai que l'on attribue traditionnellement aux
Etats-Unis un tempérament peu enclin à limiter l'usage qu'ils font de la
force, en temps de guerre, comme le fera remarquer le général Matthew B.
Ridgway.[51]
Pour
conclure, on constatera que le discours stratégique américain est divisé
en deux tendances quant à la façon de placer Clausewitz en regard de la
petite guerre. La première tendance cherche à trouver dans ses écrits des
espèces d'instructions tactiques, sur un mode plutôt jominien. La seconde
tendance vise la compréhension de la nature de la petite guerre et son
agencement par rapport au politique. [1]
Brodie B., "Les stratèges scientifiques américains", dans
Brodie B. (éd.), La guerre nucléaire
- Quatorze essais sur la nouvelle stratégie américaine, (trad.),
Paris, Stock, 1965, p. 24. [2]
Eisenhower D.D., Mes années à
la Maison Blanche, Tome 1, 1953-1956, (trad. de l'américain),
Paris, Robert Laffont, 1963, pp. 516-517. Le terme new
look était une référence à la mode féminine. Le terme aurait été
rendu public par l'amiral Radford dans un discours au Press Club de
Washington le 14 décembre 1953. [3]
Voir par exemple : Weigley R.F., The
American Way of War, A History of United States Military Strategy and
Policy, Bloomington, Indiana University Press, 1973, p. 399-440 ;
Schlesinger A.M. Jr., Les 1000
jours de Kennedy, (A Thousand
Days – John F. Kennedy in the White House, 1965, traduit de l'américain
sous la direction de Mehl R.), Paris, Denoël, 1966, pp. 284-285. [4]
Sur Osgood, voir aussi l'opinion mitigée de : Brodie B., "More
About Limited War", World
Politics, octobre 1957-1958, pp. 112-122. A propos des guerres limitées
et conventionnelles, rien n'indique une lecture réelle de Clausewitz de
la part de Morton Halperin dans : Halperin M.H., Limited
War in the Nuclear Age, Londres, J. Wiley and Sons Inc., 1963, 191
p. ; id., Contemporary Military
Strategy, Londres, Faber and Faber, 1967, 156 p. [5]
Osgood R.E., Limited War, the
Challenge to American Strategy, Chicago, University of Chicago
Press, 1957, 315 p. [6]
Id., Limited War Revisited,
Boulder, A Westview Special Study, 1979, 124 p. [7]
Kissinger changera d'opinion dans The
Necessity for Choice publié
en 1961. [8]
Kissinger H., Nuclear Weapons and
Foreign Policy, op. cit.,
455 p. (sur Clausewitz voir pp. 340-343). [9]
Voir tout de même Years of
Upheaval dans lequel Kissinger cite deux fois le Prussien. Il
transforme la Formule en
donnant à la diplomatie le rôle de guerre sous une autre forme. Id.,
Years of Upheaval,
Boston-Toronto, Little, Brown and Co., 1982, pp. 563 et 989. [10] Mazlish B., Kissinger - Portrait psychologique et diplomatique, (1976, traduit de l'américain par Alexandre P.), Bruxelles, PUF / Complexe, 1977, pp. 76-77 ; 83 ; 195 ; 356. Voir aussi Bassford Ch., op. cit., p. 199. [11]
Esposito V.J., "War as a Continuation of Politics", Military
Review, février 1955, pp. 54-62 (aussi publié dans Military
Affairs, printemps 1958, pp. 19-26) ; O'Connor R.G., "Force and
Diplomacy in American History", Military
Review, mars 1963, pp. 80-89. La relation
entre politique et stratégie est parfois étudiée sans référence
explicite à Clausewitz. Par
exemple dans : Cunnigham R.K., "The Nature of War", Military
Review, novembre 1959, pp. 48-57. [12]
A ce propos, le lecteur pourra aussi consulter la critique de la revue
britannique Times Literary
Supplement, reprenant l'ouvrage de Peter Paret - Clausewitz
and the State - et celui de Raymond Aron -
Penser la guerre. Raymond Aron y est présenté comme un néo-clausewitzien
aux yeux de Anatol Rapoport. Howard
M., "The Military Philosopher", Times
Literary Supplement, 25 juin 1976, p. 754. [13]
Exception faite de l'introduction signée par Raymond Aron dans
Thinking about the Unthinkable.
Bassford Ch., op. cit., p.
198. [14]
Kahn H., De l'escalade - métaphores
et scénarios, (On Escalation
- Metaphors and scenarios, 1965 - traduit de l'américain par Paz
M.), Paris, Calmann-Lévy, 1966, p. 263. [15]
Id. & Wiener A.J., L'An 2000
- la bible des 30 prochaines années, (The
Year 2000, 1967 - traduit de l'américain par Joëlle H., Malartic
Y., de Vilmortin L. sous la direction de Gilbert M.), Verviers, Marabout
Université, 1972, p. 411. La citation provient de Neumann S.,
"Military Concepts of the Social Revolutionaries", dans
Mead Earle E. (dir.), Makers
of Modern Strategy, Princeton, Princeton University Press, 1941, p.
158 (date de publication erronée, l'ouvrage de E. Mead Earle date de
1943). [16]
Bassford Ch., op. cit., p.
198. [17]
Aron R.,
"The Evolution of Modern Strategic Thought", dans Studies in
International Security, Problems
of Modern Strategy, (with a foreword by Buchan A.), Londres, Chatto
& Widus / IISS, 1970, pp. 13-46. Voir aussi en français : id., Penser
la guerre, Clausewitz, t. II, L'âge planétaire, Paris, Gallimard,
1976, p. 247 ; Id., Sur
Clausewitz, Bruxelles, Complexe, 1987, p. 83 ; texte initialement
paru en français dans Vom Staat
des Ancien Regime zum modernen Parteienstaat, Freitschrift für Theodor
Schieder, Munich, R. Oldenbourg Verlag, 1977, pp. 103-116. Albert
Wohlstetter est surtout célèbre pour un article qui résume une étude
menée pour la RAND Corporation sur "l'équilibre délicat de la
terreur". Aucune référence à Clausewitz n'est présente dans cet
article. Wohlstetter A.,
"The Delicate Balance of Terror", Foreign
Affairs, janvier 1959, pp. 211-234. Sur
l'apport de H. Kahn dans le corpus stratégique nucléaire, voir :
Garnett J.C., "Herman Kahn", dans Id. et Baylis J., op.
cit., pp. 70-97. Garnett refuse aussi de comparer Kahn à Clausewitz
car, pour lui, son travail est loin d'être aussi profond que celui du
Prussien (p. 91). [18]
Sur la RAND, voir : Louda D., Le
think tank américain: production et marketing des idées politiques,
GRIP - Fondation Saint-Simon, Dossier "notes et documents", n°140,
décembre 1989, pp. 27-28. [19]
Schelling Th.C., The Strategy of
Conflict, New York, Oxford University Press, 1963 (publié pour la
première fois en 1960), 309 p. Schelling cite indirectement Clausewitz
dans cet ouvrage, à la page 9. En fait, il ne cite pas vraiment
Clausewitz mais l'avant-propos de Joseph I. Greene dans On
War. Dans cette citation, Schelling, comme Bernard Brodie, écrit
que les soldats professionnels ne s'investissent pas assez dans la
recherche stratégique. Notons aussi que l'approche de Schelling sur le bargaining
sera critiquée par Bernard Brodie pour qui cette notion relève trop de
l'aspect tactique et pas assez de l'aspect stratégique. Trachtenberg
M., "Strategic Thought in America, 1952-1966", Political
Science Quarterly, été 1989, p. 333. [20]
Williams Ph., "Thomas Schelling", dans Baylis J. & Garnett
J. (dir.), op. cit., p. 131. [21]
Sur Brodie, on lira absolument l'excellente étude de Barry H. Steiner, Bernard
Brodie and the Foundations of American Nuclear Strategy, Lawrence,
University Press of Kansas, 1991, 367 p. [22]
Ibid., pp. 13, 31 et 45. Brodie
B. (dir.), The Absolute Weapon -
Atomic Power and World Order, New York, Institute of International
Studies, Yale University, Harcourt, Brace and Co., 1946, 214 p. On ne
trouve pas de références à Clausewitz dans cet ouvrage, ni dans : Sea
Power in the Machine Age, Princeton, Princeton University Press,
1944 (1943), 462 p. ; id., Escalation
and the Nuclear Option, Richmond, Princeton University Press, 1966,
151 p. [23]
Steiner B.H., "Using the Absolute Weapon: Early Ideas of Bernard
Brodie on Atomic Strategy", The
Journal of Strategic Studies,
décembre 1984, p. 385 (initialement publié comme ACIS
Working Paper n°44 par le Center for International and Strategic
Affairs à l'Université de Californie, L.A.). [24]
Steiner B.H., Bernard Brodie and
the Foundations of American Nuclear Strategy, op.
cit., p. 30. [25]
Brodie B., Strategy in the
Missile Age, Princeton, Princeton University Press, 1959, 423 p.
Voir aussi : id., "Strategy", dans The
International Encyclopeadia of Social Sciences, MacMillan, 1968,
vol. 15, p. 283. [26]
Cette question est déjà abordée, par Brodie, avec référence à
Clausewitz, dans le cadre des développements de l'arme thermonucléaire
en 1954. Id.,
"Nuclear Weapons: Strategic or Tactical?", Foreign
Affairs, janvier 1954, pp. 217-229 (l'auteur cite Clausewitz à la
page 229). [27]
Strategy
in the Missile Age, op.
cit., pp. 158 ; 221-330. [28]
Ibid.,
pp. 20-54. [29]
Ibid.,
pp. 20-27 et 71-74 ; voir aussi du même auteur "Some Notes on the
Evolution of Air Doctrine", World
Politics, avril 1955, p. 350. [30]
Smith J.B., art. cit., pp.
52-59. [31]
Brodie B., Strategy in the
Missile Age, op. cit.,
pp. 127-131. [32]
Ibid.,
pp. 97-98. [33]
Barnstein H.H., "Books of Interest to the Military Reader - Strategy
in the Missile Age", Military
Review, avril 1960, p. 110 ; Lincoln G.A. & Stilwell R.G.,
"Scholar's Debouch Into Strategy", Military
Review, juillet 1960, pp. 50-70. [34]
Voir : Trachtenberg M., art. cit.,
pp. 301-334. [35]
Chez certains chercheurs ce rejet de la bataille d'anéantissement et
acceptation de la valeur politique de l'instrument militaire peut
s'exprimer sans références à Clausewitz. Voir, par exemple : Enthoven
A.C., "Réflexions sur les problèmes moraux posés par la stratégie
nucléaire", dans Brodie B. (éd.), La
guerre nucléaire - Quatorze essais sur la nouvelle stratégie américaine,
op. cit., pp. 158-159
(initialement Allocution prononcée à l'Institut de Guerre Nucléaire
de West Baden College, Université de Loyola, West Baden Springs,
Indiana, 10 novembre 1963. Enthoven était vice-adjoint du Secrétaire
à la Défense (analyse des systèmes). [36]
Schratz P.R., "Clausewitz, Cuba and Command", United
States Naval Institute Proceedings, août 1964, pp. 24-33. [37]
Smith G.W., "Clausewitz in the 1970's - RX for Dilemma", Military
Review, juillet 1972, pp. 85-93. [38]
Morgenthau H.J., Politics Among
Nations - The Struggle for Power and Peace, New York, AA Knopf,
1959, (1948) p. 339. Nous retrouvons aussi
Clausewitz dans le glossaire de l'ouvrage, à la page 585, mais On
War ne figure pas dans la bibliographie. [39]
Waltz K.N., Man, the State, and
War, a theoretical analysis, New York, Columbia University Press,
1959 (1954), p. 221. On notera que Waltz ne cite
pas Clausewitz dons son ouvrage majeur fondant le néoréalisme (Waltz
K., The Theory of International
Politics, New York, McGraw-Hill, Inc., 1979, 251 p.). [40]
Waltz K., Nuclear Weapons –
More May Be Better, Adelphi Papers, n°171, I.I.S.S., Autumn 1981,
p. 17. [41]
Waltz K.N., "Nuclear Myth and Political Realities", dans Art
R.J. & Waltz K.N. (dir.), The
Use of Force (4th ed.), New York, University Press of America, 1993,
pp. 333-349 (article initialement publié dans The
American Political Science Review en septembre 1990). [42] Tuchman B.W., The Guns of August, New York, The MacMillan Company, 1962, 511 p. (Nous remercions M. Bruno Colson d'avoir attiré notre attention à ce propos). [43]
X [Kennan G.F.], "The Sources of Soviet Conduct", Foreign
Affairs, juillet 1947, pp. 566-582. [44]
Id., Memoirs 1925-1950,
Boston-Toronto, Little, Brown and Company, 1967, p. 308. [45]
Mayers D., George Kennan and the
Dilemmas of U.S. Foreign Policy, Oxford, Oxford University Press,
1988, pp. 123, 308, 315. [46]
Par exemple : Bettschart (Swiss Army), "The Strategy of Political
Wars", Military Review,
avril 1966, pp. 39-43 (initialement publié dans Allgemeine
Schweizerische Militärzeitschrift de novembre 1964) et Tiomain S.O.
(Irish Army), "Clausewitz: A Reappraisal", Military
Review, mai 1963, pp. 76-79. [47]
Franklin W.D., "Clausewitz on Limited War", Military
Review, juin 1967, pp. 23-29 ; Downey E.F., "Theory of Guerilla
Warfare", Military Review,
mai 1959, pp. 45-55 ; Gordon W.I., "What Do We Mean by
'Win'?", art .cit., pp.
3-11 ; Lincoln G.A. & Jordan A.A., "Technology and the Changing
Nature of General War", Military
Review, mai 1957, pp. 3-13 ; Wolff H., "9+1=10", Infantry,
mars-avril 1965, pp. 30-33. [48]
Paret P. & Shy J., Guerillas
in the 1960's, Londres and Dunmow, Princeton Studies in World
Politics, n°1, Pall Mall Press, 1962, 82 p. Avant de devenir célèbre
pour ses travaux sur Clausewitz, Paret s'est intéressé à la guerre de
guérilla. Voir aussi (sans références à Clausewitz) : id., "The
French Army and La Guerre Révolutionnaire", Journal
of the R.U.S.I., février 1959, pp. 59-69 (également disponible
dans la livraison de mars-avril 1959 de Survival)
; id., "A Total Weapons of Limited War", Journal
of the R.U.S.I., février 1960, pp. 62-69 (basé sur un symposium
sur la guerre limitée, aussi publié dans Wehrwissenschaftliche
Rundschau d'octobre 1959). [49]
Kushner E.F., "Books of Interest to the Military Reader - Guerillas
in the 1960's", Military
Review, juin 1962, p. 107. [50]
Huntington S.P., "Patterns of Violence in World Politics",
dans Huntington S.P., Changing
Patterns of Military Politics, New York, The Free Press of Glencoe,
Inc., 1962, pp. 19-20. [51]
Ridgway M.B., The Korean War,
Garden City, Doubleday and Company, 1967, p. 144.
|
||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
||||||||||||||||||