| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Les Stratégiques
Clausewitz et le discours stratégique américain. De 1945 à nos jours Christophe Wasinski
Nous
en arrivons maintenant à une thématique plus particulière de
l'utilisation de Clausewitz par le discours stratégique américain. Cette
thématique est celle des "principes de la guerre". En effet, de
la fin de la Seconde Guerre mondiale à la fin de la guerre du Vietnam, le
nom de Clausewitz est régulièrement associé aux principes. Cette
association mérite un commentaire d'ordre général. Le fait de placer
Clausewitz en regard des principes revient aisément à raccrocher le
Prussien à la promotion de la bataille d'anéantissement. Cette idée
trouve une racine commune dans la formation d'une sorte de paradigme de la
guerre napoléonienne dont Clausewitz et Jomini se seraient faits les exégètes.
Aujourd'hui,
les principes de la guerre sont plus volontiers attribués à Jomini. Un
bref rappel historique peut être utile sur ce point.[1]
Au milieu du XVIIIe siècle, les individus vivent une période d'émancipation
par rapport à l'autorité politique et à l'Eglise. Cette période est
faste en découverte. C'est durant cette époque que la méthode empirique
se développe. Les empiristes observent la réalité et tentent d'en dégager
des lois universelles. Ils définissent les lois comme des relations qui
existent entre deux phénomènes naturels. De nombreux penseurs militaires
vont tenter d'étudier l'art de la guerre selon cette méthode. Des éléments
mathématiques et topographiques constitueront la base de cette réflexion.
Parmi les principaux propagateurs de la méthode, il faut bien entendu citer
Lloyd, Bülow, l'archiduc Charles, etc. Cette
école dite géométrique va s'opposer à celle des "romantiques".
Les "romantiques", comme Georg von Berenhorst, refusent la
formalisation de Lloyd et proposent d'étudier l'art de la guerre selon des
notions de génie, de moral, de chance, etc. Jomini et Clausewitz se sont
tout deux rebellés par rapport aux idées des deux écoles, mais restent néanmoins
liés à ces courants. L'approche de Jomini est nettement plus formaliste
que celle de Clausewitz. Jomini définit un corpus de concepts : lignes
stratégiques, points stratégiques, pivots des opérations, lignes de manœuvres,
etc. Ce corpus rappelle malgré tout celui de Lloyd, de Bülow et de
l'archiduc Charles. Clausewitz insiste davantage sur les phénomènes
intangibles, tel le moral.[2]
Le discours stratégique américain va attribuer une filiation directe
entre l'approche géométrique de Lloyd et celle, par principes, de Jomini.
Le Suisse n'aurait fait qu'expliciter plus clairement les conceptions de
Lloyd.[3]
Mais
en quoi consiste exactement les principes de la guerre ? Ils se présentent
actuellement sous forme d'une liste de mots-clef dont le nombre est
variable. Chacun de ces mots est censé donner des indications aux officiers
sur la manière de conduire une opération. On peut établir une filiation
entre les principes modernes et ce que les stratégistes plus anciens
nommaient des "maximes". Au
sein de l'U.S. Army, les principes existent officiellement depuis 1904. Néanmoins,
ils étaient déjà enseignés en 1800 dans les académies militaires. En
1921, ils sont incorporés dans une sorte de discours qui les replace dans
un contexte. Ils ne prennent la forme connue aujourd'hui qu'en 1949.[4]
A titre illustratif, le tableau ci-dessous compare les principes
repris par plusieurs armées. Dans ce tableau, la liste américaine date de
1968.[5]
C'est
en effet en 1968 que les principes sont repris dans le manuel FM 100-5 Operations
of the Army Forces in the Field. On y retrouve les principes d'objectif,
d'offensive, de concentration - mass
-, d'économie des forces, de manœuvre, d'unité de commandement, de sécurité,
de surprise et de simplicité.[6] Plusieurs
remarques s'imposent quant à la réception et l'évaluation des principes
au sein des forces armées américaines. Tout d'abord, dans le discours
stratégique américain de l'après-guerre, il faut constater que les réflexions
sur les principes sont souvent "importées" ; les principes sont
principalement évoqués dans des reproductions d'articles étrangers.[7]
Parallèlement, le nom de Clausewitz se retrouve, durant cette période,
le plus souvent dans des reproductions d'articles étrangers.[8]
Un
autre constat s'impose. Les principes sont appliqués à tout ce qui touche
à la chose militaire, de près ou de (parfois, très) loin. Ainsi la démocratie
est présentée comme dixième principe car elle seule serait en mesure de
perpétuer une paix durable.[9]
Les principes sont également évoqués dans le cadre de la stratégie
navale à partir de Mahan.[10]
On les retrouve aussi pour les opérations de renseignements, à condition
de leur donner une certaine flexibilité.[11]
On en discute dans le domaine de la guerre psychologique, où ils seraient
encore tout aussi valides.[12]
Et bien entendu, ils sont applicables à tous les niveaux de la guerre et même
à la Grand Strategy / National
Security Strategy. Par conséquent, on juge les principes valables en
temps de paix comme en temps de guerre. Cela convient particulièrement à
la situation bâtarde de la guerre froide.[13]
De plus, après légère adaptation, on les adoptera aussi bien au
champ de bataille nucléaire que pour des opérations de faible intensité.[14] Ensuite,
certains articles donnent un poids particulier à l'un ou l'autre des
principes. Parfois, les principes ainsi discutés ne sont pas officiellement
reconnus. Les auteurs construisent alors leur raisonnement autour du
principe en question. Les autres principes, "découlant assez
logiquement" du premier, s'articulent de manière subsidiaire. Le
principe de destruction des forces ennemies, et non de possession de
terrain, est parfois mis en exergue. Ce principe peut être nuancé ; c'est
la volonté de l'ennemi qu'il faut vaincre plutôt que d'envisager la
destruction physique brutale. Ailleurs les mécanismes de décision adverse
représentent le principe d'objectif. Ou encore, on souligne le rôle de l'économie
des moyens, de la confiance personnelle, de la concentration. Bref,
l'ensemble de ces facteurs militaires sont ramenés à un mot-clef présenté
sous forme de principe.[15]
Ainsi, à titre d’exemple, on prendra un article qui mettait en évidence
le poids prépondérant de l'initiative.[16]
Dans ce texte, l'initiative est donnée comme le prérequis de
l'offensive, de la surprise et de la manœuvre. Pour l'auteur, la manœuvre
est essentielle à une époque où le champ de bataille peut rapidement
devenir nucléaire. En effet, le manque de flexibilité et de souplesse peut
causer des dégâts substantiels aux unités qui ne sont pas en mesure de se
déplacer et de se disperser. De
la remarque précédente découle une constatation supplémentaire : le
discours stratégique américain considère que les principes de la guerre
sont modifiables. D'une part, les principes sont considérés comme une
forme de sagesse stratégique héritée de longue date. D'autre part, on
admet qu’ils ne sont pas des dogmes. Ils constitueraient plutôt une espèce
de guide flexible d'action. Ils sont flexibles car les principes évolueront
en fonction de la technique – facteur souvent mentionné à ce propos.
L'avènement de l'arme nucléaire a ainsi remis en question l'objectif de
destruction des forces ennemies, soit l'anéantissement, chez plusieurs
commentateurs des principes.[17] Ensuite,
il faut se demander quelles sont les sources des principes. On a déjà noté
précédemment que les principes de la guerre étaient avant tout liés à
l'approche jominienne. En effet, de nombreux auteurs raccrochent les
principes soit à Jomini, soit à Mahan. L'influence de Jomini chez Mahan
est par ailleurs bien connue.[18]
Toutefois, plusieurs autres auteurs classiques de la stratégie sont
mentionnés. Le nom de Machiavel
revient
régulièrement quant le commandement est évoqué.[19]
Sun Zi n'est pas non plus dédaigné. Il sert aussi à mettre en évidence
un style de guerre indirect, moins "sanglant" que celui de
Clausewitz.[20]
Clausewitz, lui-même, est régulièrement cité. Il est courant de voir son
nom assimilé non seulement à l'approche jominienne, mais également au maréchal
Foch.[21]
En
fait, un des articles probablement le plus intéressant publié à propos
des principes de la guerre a paru dans la Military
Review en 1961. Cet article était signé par l'historien anglais John
Keegan. Pour lui, Clausewitz développait bien un embryon de principes de la
guerre dans On War. Mais quoi
qu'il en soit, John Keegan s'avère très critique envers les principes. Il
pense que leur validité est sans cesse remise en cause car leur
signification est obscure, qu'ils se contredisent et qu'ils changent de
signification en fonction du contexte et de l'attitude que l'on nourrit à
leur égard. Après tout, pour Keegan, la guerre n'est que ce que l'on en
fait.[22]
Il est vrai qu'il est aisé de montrer les contradictions possibles entre
principes. Dans un article publié en 1964 dans la Military
Review, un auteur note qu'un commandant doit faire preuve d'initiative.
En plus de cela, le commandant doit aussi se montrer prudent, mais pas indécis.[23]
Ces conseils peuvent paraître élémentaires, mais s'ils sont poussés
à leur extrême, ils en viendront à se confronter. Prendre l'initiative va
souvent de paire avec les notions d'offensive voire d'agressivité. En temps
de guerre, cela peut rapidement confiner au manque de prudence. En d'autres
termes, les principes ne constituent pas un étalon suffisamment précis
pour donner le sens de la mesure. Plus récemment, Peter Paret écrira que
les principes ont le désavantage de souvent se contredire entre eux et de
difficilement s'appliquer à des situations contingentes. Les principes
subissent donc très régulièrement des modifications, parfois très
surprenantes.[24]
On
ajoutera encore que les principes ne sont pas intrinsèquement dynamiques.
La plupart des articles consultés partent d'une liste de principes, ou éventuellement
d'un seul principe, et place cette liste ou ce principe dans un contexte.
Sans ce contexte, la liste s'avère d'assez peu de valeur. C'est par le
travail de contextualisation qu’ils prennent leur pleine signification.
Pour ce faire, les auteurs se servent des principes pour analyser les
actions sur un champ de bataille. Ils peuvent également éclairer leur
fonction en établissant des liens entres eux. Paradoxalement,
et cela a déjà été déjà brièvement mentionné, le nom de Clausewitz
revient souvent dans les discussions sur les principes. Quoi de plus étrange
que de voir le nom de Clausewitz à côté d'une conception quasi positive
de la guerre - telle que les principes l'affichent. Clausewitz et son Traité
sont avant tout connus pour une approche non-dogmatique. Le Traité
reste un ouvrage très touffu, où chaque partie renvoie à une autre
partie, où la cohérence interne est très forte. En résumé, le livre
donne l'opportunité de pratiquer une analyse dynamique des conflits (ce
point paraîtra encore plus flagrant dans notre discussion sur l'impact des
théories de la complexité, voir infra). Comment, dans ce cas, expliquer
l'association de Clausewitz avec les principes ? Indéniablement,
le nom de Clausewitz, lorsqu'il est cité dans le cadre des principes de la
guerre renvoie à son mémorandum à l'usage du Prince de Prusse.[25]
Ce texte était généralement adjoint, sous forme d'annexe, aux éditions
allemandes de Vom Kriege.[26]
Ainsi, vu que On War est inachevé,
nombre de lecteurs ont pensé qu'il valait mieux se référer aux Principles.[27]
Parfois,
l'opinion est plus réservée à ce sujet. Ainsi, pour le lieutenant colonel
Campbell du Corps des Marines il est faux d'assimiler Clausewitz aux
principes de la guerre. Mais quoi qu'il en soi, pour lui, Clausewitz ne se
serait pas opposé à la liste en vigueur dans les forces armées américaines.[28]
Il est vrai que les principes ne sont, à cette époque, pas reconnus
officiellement par l'U.S. Navy.[29]
Ils sont par contre utilisés par les avocats de l'Airpower.[30]
Section
2 - La stratégie – art ou science ? La question de savoir si la stratégie est un art ou une science est une question connexe. En effet, les principes sont un premier pas vers une approche plus scientifique ou plus positive de la guerre. On admettra toutefois qu'ils sont plus souvent évoqués en regard de l'art de la guerre que d'une science pure et dure. Toutefois, la démarche jominienne, qui cherche à découvrir des lois qui sous-tendraient le chaos ambiant de la guerre, ouvre la voie à une attitude rationalisante à l'extrême. Jomini place au second plan les facteurs inhérents à l'humain et ne reconnaît pas véritablement les limitations théoriques possibles. On peut trouver un point commun entre cette vision et celle qui vise à développer une science de la guerre, composée de lois et permettant de prédire l'action. Cette
tendance s'exprime particulièrement dans le discours stratégique américain
au travers de son pragmatisme très marqué.[31]
Ce pragmatisme met en avant un comportement en faveur de l'utilisation
directe de toute forme de réflexion. Dans ce contexte, les nombres,
chiffres et calculs rendent les résultats plus concrets, mais aussi plus
proches d'un modèle dit de "science dure". Bien que Clausewitz
paraisse irréductible à une telle approche - dans un sens étroit -
certains textes combinent Clausewitz avec le postulat scientifique. Par
exemple, dans un article de la Military
Review daté de 1948, on évoque Clausewitz en ce qui concerne la nécessité
d'une réflexion saine sur la conduite de la guerre. Parallèlement,
l'auteur exige une activité militaire basée sur des prémisses
"scientifiques".[32]
Les tenants de l'approche "scientifique" de la guerre font aussi
appel aux mathématiques. Neumann et Morgenstern sont, par exemple, cités.
Leurs travaux permettraient d'élargir le spectre de la stratégie à toutes
interactions entre deux personnes ou plus.[33]
Notons aussi, symboliquement, que les écrits du général Beaufre sont appréciés
pour les formulations de type algébrique.[34] Bernard
Brodie participa aussi à ce débat. Dans un premier temps, il écrit un
article insistant sur la nécessité de développer une science de la stratégie.
Cette science ne pourrait être basée sur les principes de la guerre car
ceux-ci sont perpétuellement remis en cause, entre autres par les évolutions
technologiques. Ici, il prend nettement position à l'encontre d'une frange
du discours stratégique qui lit bien dans les principes un apport
scientifique à part entière.[35]
Ensuite, il constate que s’il existe bien des embryons de théorisation
dans la pensée classique - il cite Mahan, Jomini, Clausewitz, Corbett -,
elle s'adresse surtout à l'exécution de la bataille et pas assez aux
facteurs en amont de la guerre, principalement la mobilisation des
ressources. L'auteur pense que les outils économiques, comme l'utilité
marginale, peuvent aider à comprendre cet élément du conflit. Ecrit
pendant la guerre froide, dans une période de rivalités inter-services,
l'auteur vise surtout une bonne gestion des ressources dont disposent les
Etats-Unis.[36]
Ultérieurement, Brodie semblera se montrer de plus en plus sceptique quant
à l'apport économico-managérial dans les problèmes de défense.[37]
En fait, le point de vue général de Brodie quant à l'apport respectif des
différents outils théoriques utilisés par le stratégiste est très bien
explicité dans La guerre nucléaire
- Quatorze essais sur la nouvelle stratégie américaine (1965), ouvrage
à destination d'un public français, jamais publié aux Etats-Unis sous
cette forme (le livre est une compilation d'articles traduits). Ici,
l'auteur reprend la réflexion développée dans Strategy
as a Science et la replace dans un contexte plus large, écrivant un
essai d'épistémologie stratégique. Brodie montre qu'il désire appréhender
la stratégie en tant que discipline scientifique dans un sens large et pas
étroitement lié aux "sciences dures". Pour l'auteur britannique
Ken Booth, Brodie perdra l'aspiration de faire de la stratégie une science
après la rédaction de ce texte.[38]
L'essai de Brodie s'avère pourtant symptomatique. Il y constate que ses
collègues utilisent diverses approches pour traiter du sujet ; économique,
mathématique, physique, etc. Par contre l'histoire est peu pratiquée - il
constitue lui-même une certaine exception à cet égard. Quoi qu'il en
soit, pour lui : […] dans les
analyses qui ont pour but de fixer une politique il importe beaucoup plus de
tenir soigneusement compte des nombreux facteurs et circonstances qui
pourraient affecter ou transformer notre problème que de pousser à un haut
degré de complexité mathématique et économique les méthodes analytiques
appliquées pour lui trouver une solution qui soit valable en toutes hypothèses.[39]
Et l'auteur d'évoquer ensuite le rôle du "bon sens". Dans
le même essai, Brodie pense que théoriser la stratégie nécessite d'abord
des prérequis théoriques et de rompre autant que possible avec les
jugements de valeur. Une étape supplémentaire consiste à reconnaître les
limitations inhérentes à la nature des choses, et la personnalité du
chercheur. Les objets sont en effet complexes et l'expérience a des bornes.
La "quantité" de savoir et d'intelligence de l'analyste n'est pas
non plus infinie. Le rôle du chercheur consiste donc à remettre un peu
d'ordre dans le chaos de la réalité. Brodie prêche, et fait preuve, d'une
grande modestie intellectuelle. En
fait, dans sa biographie de Bernard Brodie, Barry H. Steiner a bien montré
comment le chercheur a d'abord été fortement tenté par des approches
assez scientifiques et économiques des études stratégiques à la fin des
années quarante. Mais la toute puissance de ces approches au sein de la
RAND Corporation finit par le mettre mal à l'aise. Brodie pensait qu'il était
difficile d'aborder l'évolution des moyens nucléaires par les mêmes
outils théoriques. Par conséquent, il s'intéressa de plus en plus
largement à l'histoire militaire, à l'apport de Clausewitz mais aussi à
la psychologie.[40] Section
3 - Quelle place pour l'histoire militaire ?
Clausewitz
a légué un certain nombre de préceptes méthodologiques quant à
l'utilisation de l'histoire militaire. Dans le discours stratégique américain,
on trouvera aussi des constatations sur l'utilisation de l'histoire.
Toutefois, toutes ces constatations ne s'accordent pas toujours en droite
ligne avec les prérequis de Clausewitz. Souvent, le modèle empiriste lié
à l'approche des principes de la guerre prévaut. En
associant Clausewitz aux principes de la guerre, P.M. Robinett met l'emphase
sur la méthode clausewitzienne de l'étude historique : retracer les effets
jusqu'à leurs causes et se servir de l'histoire pour tester des
propositions, de manière à en tirer des leçons.[41]
Le même auteur propose de retourner aux auteurs classiques en vue d'étudier
l'histoire militaire. Ici, Clausewitz est cité aux côtés de Mahan,
Douhet, Fuller, Jomini, Sun Zi mais aussi de ceux qui ont écrit sur les
conditions d'émergence de la guerre, soit Vattel, Machiavel, Grotius, etc.
[42]
La
méthode de Clausewitz est aussi utilisée avec une certaine subtilité dans
un guide sur l'étude de l'histoire militaire. La méthode consiste à : (1)
pratiquer une enquête historique, (2) retracer les effets à leurs causes,
(3) critiquer les opérations passées, soit tester des propositions en évaluant
la relation entre moyens et fins, et se servir de l'histoire comme outil pédagogique,
principalement par des exemples. Dans ce cas, il n'est pas indiqué de
terminer l'opération en faisant ressortir des principes, l'histoire étant
trop contingente pour cela. Dans ce manuel, Clausewitz est aussi mis à
contribution quant à la notion d'esprit
de corps. Ici l'histoire s'avère instrumentalisée, sous les apparences
de "formation identitaire", en vue de créer la cohésion des unités.[43]
Notons aussi que le bilan des études stratégiques académiques va être
critiqué sur base de l'absence d'importance qu'elles conférèrent à
l'histoire jusque dans les années 70. Clausewitz sert de faire-valoir à
cette opinion.[44] [1]
Sur l’histoire des principes, voir : Alger J.I., The
Quest for Victory – The History of the Principles of War,
(foreword by Gen. F.J. Kroesen), Wesport and Londres, Greenwood, 1982,
318 p. [2]
Howard M., "Jomini and the Classical Tradition in Military
Thought", dans Howard M. (dir.), The
Theory and Practice of War, op.
cit., pp. 5-20. [3]
Elting J.R., "Jomini: Disciple of Napoleon?", Military
Affairs, printemps 1964, p. 25. [4]
L'armée britannique a fait de même. J.F.C. Fuller établit une liste
de huit principes, sur base de la correspondance de Napoléon. Ils sont
ensuite élevés à onze, puis revu à la baisse à neuf. Ils sont adoptés
en 1923. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils sont de nouveau
onze. Murry W.V.,
"Clausewitz and Limited Nuclear War", Military
Review, avril 1975, pp. 17 ; Campbell J.W., "Evolution of a
Doctrine: The Principles of War", Marine
Corps Gazette, décembre 1970, pp. 39-42. La discussion sur les
principes de la guerre par J.F.C. Fuller se retrouve dans : Fuller
J.F.C., The Foundations of the
Science of War, Londres, Hutchinson & Co., s.d. (1926), 335 p.
et dans un article publié anonymement, "The Principles of War With
References to the Campaigns of 1914-15" dans le Journal
of the Royal United Institute Service en 1916. [5]
Sur base de Murry W.V., art. cit.,
pp. 15-28 ; pour la liste chinoise (cette liste semble être une
adaptation assez libre) : Starry D.A., "The Principles of
War", Military Review,
septembre 1981, pp. 2-12 ; pour la liste israélienne : Lanir Z.,
"The 'Principles of War' and Military Thinking", The
Journal of Strategic Studies, mars 1993, p. 3. Une
autre liste est proposée pour les principes français : concentration
des efforts, économie des forces et liberté de manœuvre, à partir de
réflexions sur les travaux de Foch. Voir Mathey J.M., Comprendre
la stratégie, Paris, Economica, 1995, pp. 22-23.
[6]
U.S. Department of the Army, FM 100-5, Operations
of the Army Forces in the Field, Washington D.C., septembre 1968,
Chapter 5, Section 1, 5-3 ; 5-11. [7]
Voir par exemple : Canadian Chiefs of Staff Committee, "The
Principles of War", Military
Review, octobre 1948, pp. 88-89 (initialement publié dans la Canadian
Army Journal, décembre
1947) ; Anon., "Principles of Modern Warfare", Military
Review, novembre 1948, pp. 101-104 (initialement publié dans le Royal
Air Force Quarterly, janvier 1948) ; Watson S.G., "The
Principles of War as Applied by England, the United States, and
Russia", Military Review,
avril 1951, pp. 86-89 (adapté d'un article initialement publié dans The
Army Quarterly, avril 1950) ; et un article confrontant deux
officiers, l'un britannique, l'autre indien : Wright M.J.W. (British
Army) & Nazareth (Indian Army), "Two Views on the Principles of
War", Military Review, février
1961, pp. 26-36. [8]
Postel C., "Occupation and Resistance", Military
Review, décembre 1948, pp. 98-101 (initialement publié dans Forces
Aériennes Françaises, avril 1948) ; Chassin L.M., "The
General Characteristics", Military
Review, pp. 92-96 (initialement publié dans Informations
Militaires, 10-25 mai 1948) ; Pereiro da Conceiçao A. (Brazil),
"Strategy Was Never a Purely Military Science", Military
Review, avril 1951, pp. 96-100 (initialement publié dans Revista
Militar, février-mars 1952) ; Kveder D. (Yugoslav Army),
"Territorial War - The New Concept of Resistance", Military
Review, juillet 1954, pp. 46-58. [9]
Reinhardt G.C., "The Tenth Principle of War", art.
cit., pp. 22-26. [10]
Carney R.B., "Principles of Sea Power", Military
Review, février 1956, pp. 3-17. [11]
Platt W., "The Nine Principles of Intelligence", Military
Review, Februray 1957, pp. 33-36. [12]
Connolly R.D., "The Principles of War and Psywar", Military
Review, mars 1957, pp. 37-46. [13]
Eliot G.F., "Principles of War - Hot or Cold", Military
Review, décembre 1956, pp. 3-9. [14]
Lathrop A.B., "Principles of War in the Nuclear Age", Military
Review, juin 1959, pp. 21-27 ; Wallace J.A., "The Principles of
War in Counterinsurgency", Military
Review, décembre 1966, pp. 72-82. [15]
Edmond E.V.B., "The First Principle of War",
Military Review, février 1961, pp. 12-15 ; Thacher C.W.,
"Destruction - A Factor in War", Military
Review, mars 1953, pp. 33-41 ; Harris W.J., "Decision", Military
Review, avril 1956, pp. 33-42 ; Robinett P.M., "Economy of
Means", Military Review,
février 1954, pp. 3-8 ; Hunt I.A. Jr., "Confidence - The Surest
Pledge of Victory", Military
Review, mai 1957, pp. 50-53 ; Battreall R.R. Jr., "Mass a
Principle of War", Armor,
janvier-février 1954, pp. 22-25. [16]
Devins J.H., "... the Initiative", Military
Review, novembre 1961, pp. 79-85. [17]
Connolly R.L., "The Principles of War", Military
Review, mai 1953, pp. 22-32 (initialement publié dans United
States Naval Institute Proceedings, janvier 1953) ; Falwell M.L.,
"The Principles of War and the Solution of Military Problems",
Military Review, mai 1955,
pp. 48-62 ; Huston J.A., "Re-examine the Principles of War", Military
Review, février 1956, pp. 30-36 ; Beaumont R.A., "The
Principles of War Revisited", Military
Review, décembre 1972, pp. 63-69 [18]
Voir à propos de la relation Mahan-Jomini : Colson Br., "Jomini,
Mahan et les origines de la stratégie maritime américaine", dans
Coutau-Bégarie H. (éd.), L'évolution
de la pensée navale, Paris, FEDN, 1990, pp. 135-151 et id.., La
culture stratégique américaine,
op. cit., pp. 189-201. Voir
aussi : Ageton A.A., "Are the Lessons of History no Longer
Valid?", Military Review,
février 1953, pp. 40-50. [19]
Greaves F.L., "Machiavellian Views on Leadership", Military
Review, janvier 1976, pp. 26-33 ; Hunt I.A. Jr., art.
cit., pp. 50-53. [20]
Harris W.J., "Decision", Military
Review, avril 1956, pp. 33-42 ; Thacher C.W.,
art. cit., pp. 33-41 ; Connolly R.L., art.
cit., pp. 22-32 (initialement publié dans United
States Naval Institute Proceedings, janvier 1953). [21]
Lippman G.J., "Jomini and the Principles of War", Military
Review, février 1959, pp. 45-51 ; Skelly F.H., "The Principles
of War", Military Review,
août 1949, pp. 15-20 ; Falwell M.L., art.
cit., pp. 48-62. [22]
Keegan J.D., "On the Principles of War",
Military Review, décembre 1961, pp. 61-72. [23]
Paolini M.G., "The Fourth Rule", Military
Review, juillet 1964, pp. 37-52. [24]
Paret P., "Napoleon and the Revolution in War", dans Paret P.,
Makers of Modern Strategy,
op. cit., p. 141. [25]
Clausewitz C. von, Principles of
War, op. cit. Rappelons
que les Principles avait été
écrits par Clausewitz avant que celui-ci quitte la Prusse pour
s'engager au service du Tsar en 1812. Les principes avait été rédigés
dans le but de former le prince Frédéric Guillaume, qui deviendra le
roi Frédéric Guillaume IV (1840-1858). Plusieurs critiques considérèrent
que les Principles
constituaient le fondement, voire le résumé, de On
War. Cette opinion est inexacte, bien que l'on y retrouve quelques
concepts que Clausewitz réutilisera dans
On War. Clausewitz insiste par ailleurs sur l'insuffisance du
document qui ne devrait que servir à stimuler et servir de guide à la
réflexion du prince. Voir le commentaire de Christopher Bassford à l'édition
électronique des Principles
sur le site www.clausewitz.com/. [26]
Paret P., "Clausewitz - A Bibliographical Survey", art.
cit., p. 275. [27]
Magathan W.C., art. cit., pp.
3-12. [28]
Campbell J.W., "Evolution of a Doctrine : The Principles of
War", art. cit., p.
41-42. L'auteur note que la liste des principes
est reconnue dans le Corps des Marines par le document FMFM 6-3 sur le
bataillon d'infanterie. [29]
Connolly R.L., art. cit., pp.
22-32. [30]
Smith D.O. (with Barker J.DeF.), "Air Power Indivisible", art.
cit., pp. 5-18. [31]
A propos du pragmatisme, voir Pickett G.B., "The Impact of
Philosophy on National Strategy", Military
Review, septembre 1957, pp. 59-61. [32]
Rogens H.H., "Scientific Intelligence in Modern Warfare", Military
Review, juin 1948, pp. 27-31. [33]
Maxwell A.R., "This Word Strategy",
Air University Review, vol. VII,
n°1, 1954, pp. 66-74. [34]
Kreeks R.G., art. cit., pp.
34-40. Beaufre écrit que la formule générale
de la stratégie est S= kF t : k
est un facteur spécifique du cas particulier, F représente les forces
matérielles, les
forces morales et t le temps. Beaufre A.,
Introduction à la stratégie, Paris, Armand Colin, 1963, p. 117. [35]
Voir : Brodie B., Strategy in the
Missile Age, op. cit., p.
24 ; voir aussi du même auteur "Some Notes on the Evolution of Air
Doctrine", World Politics,
avril 1955, p. 349-370 ; sur l'opinion selon laquelle les principes
s'apparentent à une approche scientifique de la guerre, voir par
exemple : Kendall M.W., "Tactics: The Art and the Science", Infantry,
juillet-août 1965, pp. 13-20 ; id., "Tactics the Science", Infantry,
septembre-octobre 1965, pp. 11-20. [36]
Brodie B., "Strategy as a Science", World
Politics, vol. I, n°4, pp. 465-488. [37]
Id., "The McNamara Phenomenon", World
Politics, juillet 1964, pp. 672-686. Voir aussi, avec référence à
Clausewitz: Miewald R.D., "On Clausewitz and the Application of
Force", Air University
Review, juillet-août 1968, pp. 71-78. [38]
Booth K., "Bernard Brodie", dans Baylis J. & Garnett J., op.
cit., p. 23. Notons que l'article de Booth dresse de nombreux parallèles
entre Clausewitz et l'Américain. [39]
Brodie B., "Les stratèges scientifiques américains", dans La
guerre nucléaire - op. cit. (citation p. 31). Dans cet ouvrage,
l'auteur critique encore Jomini : Il
n'y avait pas eu de véritable grand auteur de stratégie depuis la mort
en 1831 de Karl von Clausewitz, le plus grand de tous, et celle du
mercenaire suisse, Antoine-Henri Jomini, auteur de moindre envergure
mais d'une grande influence […]. (p. 11). Par ailleurs, il nous
paraît quelque peu étrange que Brodie pense que Foch ne laissa pas
intervenir de raisonnements mathématiques sur la puissance de feu (p.
12). On retrouve bel et bien des considérations mathématiques chez
l'officier français - même si leur valeur est très discutable (voir
par exemple la fameuse discussion sur la puissance de l'offensive en
rapport avec l'augmentation de la puissance de feu : Foch F., Des
principes de la guerre, Conférences faites en 1900 à l'école de
guerre - Sixième édition, Nancy-Paris-Strasbourg, Berger-Levrault,
1919, p. 31. Le point de vue de Foch fut toutefois qualifié
"d'abracadabra mathématique" par J.F.C. Fuller dans The
Conduct of War - 1789-1961, Londres, Eyre-Methuen, 1972 (1961), p.
123). Notons aussi que Brodie fait preuve de considération à l'égard
de la théorie des jeux qui permet de représenter le comportement de
l'ennemi, vision non unilatérale de la stratégie, tout le contraire
des principes de la guerre (p. 31). [40]
Steiner B.H., Bernard Brodie and
the Foundations of American Nuclear Strategy, op.
cit., pp. 195-225. [41]
Robinett P.M., "Advantages to Be Derived from the Study of American
Military History", Military
Review, juin 1951, pp. 28-31 ; id., "Observations on Military
History", Military Review,
décembre 1956, pp. 34-40. [42]
Id., "The Study of American Military History", Military
Review, avril 1956, pp. 43-49. [43]
Department of the Army Pamphlet n°20-200, The
Writing of American Military History - A Guide, juin 1956,
Washington D.C., pp. 56-57 et pp. 2-4. [44]
Coles H.L., "Strategic Studies Since 1945: the Era of
Overthinking", Military
Review, avril 1973, pp. 3-16.
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