| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Bibliothèque stratégique Collection dirigée
par l'Institut de Stratégie Comparée LA
MAÎTRISE DE L’AIR traduit
de l’italien et annoté suivi
de traduit
de l’italien par Jean Romeyer
Guilio Douhet
La guerre
aérienne serait-elle une chose trop sérieuse pour qu’on puisse la
confier aux aviateurs ? C’est ce qu’on pourrait croire, tant, dans
la littérature militaire française, ce sont moins souvent des aviateurs
militaires que des “spécialistes”, militaires des autres armées ou
chercheurs civils, qui expliquent et commentent le fait aérien, ce qui
laisse forcément la porte ouverte à des interprétations erronées ou
orientées. Aussi, lorsque l’occasion me fut donnée de traduire Il
Dominio dell’Aria, œuvre maîtresse du général italien Giulio
Douhet, je m’y attelai d’autant plus volontiers que, pour une fois,
cette théorie si souvent condamnée sans appel par ses opposants pourrait
être traduite et exposée par un homme du métier, au risque inverse de le
présenter avec un parti pris favorable : je laisserai au lecteur le
soin d’en juger. Avant d’aborder le texte, j’ai pensé qu’il serait
utile d’exposer les motivations qui m’ont poussé à en entreprendre la
traduction et d’expliquer dans quel esprit ont été rédigées la
traduction et les notes qui l’accompagnent. * C’est
un peu par hasard que je me suis lancé dans cette traduction. Stagiaire
“Air” de la neuvième promotion du CID (Collège Interarmées de Défense,
ex-École de Guerre), je n’ai découvert Douhet qu’à la date de mon
entrée au collège, en 2001, grâce à mes professeurs de stratégie. Cette
découverte fut tout d’abord une surprise : moi qui croyais jusque-là
bien connaître l’histoire de l’aviation militaire, j’ignorais tout
d’un auteur qui était l’origine des concepts fondateurs de l’emploi
de la force aérienne. Je fus aussi vexé, d’autant plus que mes camarades
des autres armées semblaient mieux connaître Douhet que nous autres
aviateurs, ne fût-ce que de nom. Je voulus
me forger une opinion personnelle sur celui qui était présenté comme le
précurseur et prophète de la guerre aérienne en lisant dans le texte
son œuvre maîtresse. Deuxième surprise, et de taille : cet ouvrage,
prétendument capital, n’avait jamais été traduit intégralement en français !
Pour les plus courageux d’entre nous, il y avait bien moyen de lire le
texte dans une langue étrangère : les deux seuls exemplaires que
j’aie pu trouver dans l’enceinte de l’École Militaire étaient un
exemplaire en italien appartenant au CESA (Centre d’Enseignement Supérieur
Aérien) et une traduction en portugais, au CID. De plus, m’avait-t-on
dit, il devait être relativement aisé de se procurer une traduction en
anglais. L’exemplaire en italien, qui m’a servi pour la traduction, était
un recueil datant de 1932 : préfacé par Italo Balbo, alors ministre
de l’Air du gouvernement fasciste italien, il reproduisait la deuxième édition
de Il Dominio dell’ Aria, de 1927, ainsi que divers autres textes
de l’auteur[1]. À défaut
d’une traduction, les ouvrages de référence n’étaient guère plus
accessibles : je pus retrouver la trace de deux ouvrages datant des années
1930, consacrés à Douhet : Jean Romeyer, La Guerre de l’air,
Paris, Les Ailes, 1932 et colonel P. Vauthier, La Doctrine de guerre du Général
Douhet, Paris, Berger-Levrault, 1935. Tous deux épuisés et
introuvables sur le site de l’Ecole militaire, ils n’étaient guère
consultables ailleurs qu’à la Bibliothèque nationale ou au château de
Vincennes ![2] Dans La
Guerre de l’air, Jean Romeyer a partiellement traduit trois des quatre
textes contenus dans le recueil de 1932 : outre de larges extraits de Il
Dominio dell’Aria on y trouve la traduction de Probabili aspetti
della guerra futura et La Guerra dell 19... La principale lacune
de sa traduction de Il Dominio dell’Aria est qu’elle ne restitue
qu’une partie du raisonnement de Douhet : représentant en volume
environ les deux tiers de l’ouvrage original, elle ne restitue de la théorie
que ses aspects relatifs à la tactique et à la doctrine militaire, sous
une forme ré-agencée ; elle néglige les aspects plus généraux, non
militaires, de la théorie, passant sous silence les développements sur
l’organisation de la défense nationale, les liens entre développement
de l’aéronautique militaire et civile et l’influence de l’aviation
sur la politique extérieure et l’expansion des puissances aéronautiques. La
Doctrine de guerre du général Douhet, du
colonel P. Vauthier, est un ouvrage de synthèse fort bien construit :
à côté d’une présentation claire et objective de la doctrine, il
brosse un portait intéressant de la personnalité de Douhet et il
intervient dans la polémique suscitée à l’époque dans les milieux
militaires français, moins pour soutenir les positions de l’auteur que
pour démonter les arguments de ses contradicteurs, dont il dénonce le
caractère spécieux ou réducteur. De plus, il contient une riche
bibliographie, très utile pour quiconque voudrait entreprendre des
recherches sur Douhet et sur le débat qui a entouré ses thèses pendant
l’entre-deux-guerres, en France et en Italie. Il ne me
paraissait pas satisfaisant que la doctrine de Douhet pût être enseignée
à des générations d’officiers français sans pouvoir s’appuyer sur
autre chose qu’une traduction fragmentaire et des exégèses publiées
dans les années trente et quasi introuvables de nos jours. En écrivant
cela je ne prétends nullement mettre en cause la qualité de ces travaux,
remarquables par ailleurs. Il s’agit cependant d’œuvres dont la portée
reste fatalement limitée par leur caractère théorique car elles sont
antérieures à la première mise à l’épreuve en grandeur réelle des théories
de Douhet. C’est en effet au cours de la seconde guerre mondiale qu’ont
eu lieu les premières batailles aériennes majeures. Une mine
d’informations sur l’effet de ces campagnes nous est fournie par les
travaux de l’US Strategic Bombing Survey : créée le 3 novembre
1944 à la demande du président Roosevelt, cette commission d’enquête
fut chargée d’analyser les effets des bombardements stratégiques en
Europe puis, à partir du 15 août 1945, dans le Pacifique. Ses conclusions
générales, qui synthétisaient les résultats de centaines de rapport détaillés,
ont été consignées dans deux rapports distincts : United States
Strategic Bombing Survey, Summary report (European War), Washington, United States Government Printing Office,
1945, et : United States Strategic Bombing Survey, Summary report
(Pacific War), Washington, United
States Government Printing Office, 1946. Les notes en bas de page de la
traduction font largement appel aux données et conclusions contenues dans
ces deux rapports de synthèse. Il me
semblait utile qu’une traduction, si elle devait voir le jour, pût être
réalisée par un aviateur militaire, a
priori mieux armé qu’un traducteur professionnel pour restituer fidèlement
la pensée de l’auteur : les hypothèses techniques et tactiques pèsent
fortement dans le développement de la théorie et le vocabulaire spécialisé
peut facilement donner lieu à des contre-sens, soit lors de la traduction,
soit parce que le sens des mots a évolué au cours du temps. Par ailleurs,
j’avais eu la chance par les hasards de la vie de vivre plusieurs années
en Italie et je disposais au cours de ma scolarité d’un peu de temps pour
me consacrer à des activités littéraires : je fus donc tenté par
l’entreprise. Au risque d’être accusé d’immodestie, je me disais
également que si je ne saisissais pas l’occasion qui m’était donnée
de traduire Il Dominio dell’Aria, la probabilité qu’un aviateur
français parlant l’italien, assez motivé ou masochiste pour se lancer
dans cette traduction, pût se trouver à nouveau en présence du texte
original, était assez faible pour ne pas se reproduire avant un grand
nombre d’années. L’excuse me fut donnée par l’encadrement Air du
CID, qui souhaitait encourager les stagiaires aviateurs à s’investir dans
l’étude et la promotion des sujets de stratégie relatifs à l’emploi
de la force aérienne : lorsque je soumis mon idée à mon chef de
groupement et à son adjoint, ils acceptèrent avec enthousiasme et me
dispensèrent, en échange, de la rédaction d’un pensum de cinq pages,
normalement exigé du stagiaire que j’étais dans le déroulement de ma
scolarité… * Y a-t-il
encore en France un public pour Il Dominio dell’Aria ? C’est
la première question que je me suis posé avant de commencer, mais je me
suis bien gardé d’y répondre, de peur de m’arrêter net. Pour ma part,
je vois au moins trois bonnes raisons de relire cette œuvre : parce
que c’est une œuvre de référence majeure, parce que la théorie peut
désormais être confrontée à quatre-vingts années de mise à l’épreuve
et parce qu’elle procède d’une démarche prospective dont la méthode
admirable est encore largement applicable. En
premier lieu : prophète et précurseur mondialement reconnu de
l’arme aérienne dans les années 1920 et 1930, Giulio Douhet a eu un
retentissement de premier plan au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Italie.
Ses théories ont accompagné voire précédé l’élaboration des
doctrines aériennes de Hugh Trenchard, “père” de la Royal Air Force,
et du général William Mitchell, prophète maudit de la puissance aérienne
américaine. De plus, elles ont inspiré la politique d’expansion aéronautique
italienne, mise en œuvre par le charismatique maréchal Italo Balbo après
l’arrivée au pouvoir des fascistes. En revanche, Douhet n’a pas connu,
dans les cercles de la pensée militaire, le même engouement en France
que dans les autres puissances aéronautiques. Les travaux de Romeyer et
Vauthier, entre autres, lui ont bien valu un certain intérêt au début des
années 1930, mais ils déclenchèrent également de violentes critiques
dans les milieux militaires les plus conservateurs. Mollement défendues par
les aviateurs, ses théories n’eurent aucune influence sur le concept
d’emploi des forces aériennes ou sur l’organisation de la défense
nationale dans la France d’avant-guerre. Un temps remis au goût du jour
au moment de l’élaboration des doctrines de dissuasion nucléaire de
l’après-guerre, Giulio Douhet est depuis retombé dans l’oubli. Il a
cependant discrètement refait surface, en filigrane des articles des
commentateurs de la presse, à l’occasion des récentes manifestations
de la puissance aérospatiale américaine, en particulier lors des opérations
du Kosovo en 1999 (opération Allied
Force) et surtout lors des opérations engagées après le 11 septembre
2001 en Afghanistan (opération Enduring
Freedom) et en Irak (opération Freedom
Iraq). Bien qu’il soit aujourd’hui méconnu en France, son œuvre maîtresse,
Il Dominio dell’Aria, est un texte de référence qui fait partie
du socle de culture stratégique à acquérir par quiconque veut approfondir
ses connaissances dans le domaine de l’histoire de la pensée aérienne
militaire. Ensuite,
quatre-vingts ans après sa rédaction, l’ouvrage revêt un intérêt
historique particulier du fait qu’il devient désormais possible, avec
le recul, de mesurer de manière dépassionnée comment cette théorie écrite
au lendemain de la Grande Guerre a résisté à l’épreuve des faits, au
cours des multiples conflits qui se sont déroulés entre-temps. J’ai
souhaité apporter ma modeste contribution à cette mise en perspective à
travers les notes de bas de page, dont j’espère que le lecteur me
pardonnera le nombre et la longueur. Ces commentaires ne sont certes pas
empreints de la hauteur de vues et du recul d’un grand stratège militaire
ou d’un docteur en stratégie : elles sont le fruit d’une
connaissance empirique de l’aviation militaire dans les domaines de
l’emploi tactique et de la technique aéronautique, essentiellement
acquise sur le terrain en sept ans d’escadron de combat et autant dans le
monde des essais en vol, ainsi qu’à travers des lectures, elles aussi
plus axées sur l’histoire de la technique et de la tactique que sur la
sociologie du fait aérien ou sur la grande stratégie. Enfin, et
c’est peut-être son héritage le plus utile, Douhet nous fournit à
travers ce livre un modèle d’étude prospective théorique. La rigueur
scientifique de sa méthode et l’exhaustivité des facteurs pris en compte
donnent toute sa crédibilité à un raisonnement proche dans sa forme
d’une démonstration mathématique. En même temps, c’est son aspect
purement théorique qui limite la portée de l’exercice : construite
de manière rigoureusement déductive à partir d’hypothèses
raisonnablement justes pour l’époque, elle n’avait alors pas de vérification
expérimentale sur laquelle s’appuyer mais il n’existait pas non plus de
contre-exemple flagrant pour la démentir. Aussi l’adhésion à la
doctrine ou son rejet relevaient-ils plus de l’acte de foi que d’un
choix purement rationnel. Sans doute à la fois par goût de la polémique
et par besoin de forcer le trait pour imposer ses vues face à un establishment
militaire très réticent, l’auteur pouvait-il jouer sur les hypothèses
afin de privilégier son point de vue : il a minimisé l’efficacité
du principe défensif pour démontrer l’absolue inutilité de toute défense
aérienne, et il a extrapolé les résultats des premiers bombardements pour
démontrer l’efficacité terrible et en même temps tout à fait prévisible
des frappes aériennes. Du coup, Douhet aboutit à des concepts d’emploi
parfois extrémistes, pour ne pas dire caricaturaux. Cependant, même si ses
conclusions militaires ou techniques n’ont pas toutes été vérifiées et
si la violence de sa doctrine militaire rendrait celle-ci inapplicable de
nos jours, il faut reconnaître à ses travaux une pertinence et une cohérence
remarquables, qui lui ont permis d’aboutir à des prédictions et à des
recommandations d’une clairvoyance et d’une justesse étonnantes :
organisation générale de la défense nationale, importance de l’aéronautique
comme facteur de puissance des États, synergies réalisables entre les
composantes civile et militaire de l’aéronautique dans les domaines de
la formation, de l’industrie et des infrastructures. Certaines d’entre
elles ne sont en train de se réaliser que depuis peu, alors qu’elles nous
auraient encore paru totalement farfelues, seulement quelques années en
arrière. * Avant de
céder la parole à l’auteur, il m’a paru utile de fournir quelques
explications sur la manière dont le texte a été traduit. La
personnalité intransigeante et la formation scientifique de Douhet
transparaissent nettement dans son œuvre comme dans sa vie. On ressent
bien, à travers ses raisonnements et à travers ses fréquentes professions
d’une foi inébranlable dans la logique et la méthode scientifique, une
influence positiviste héritée du xixe
siècle encore proche. Sa recherche perpétuelle de la vérité par-dessus
tout, à la limite de la naïveté, le rend sympathique. Visiblement, la vérité
a plus de valeur à ses yeux que la discipline ou le respect des règles. Le
refus du conformisme intellectuel qu’il proclame dans ses écrits
n’est pas de pure forme, il l’a prouvé en payant de sa personne,
compromettant sa carrière militaire pour faire triompher ses idées :
avant la guerre, il avait été écarté du Bataillon des Aviateurs pour
avoir fait essayer un nouvel avion sans en avoir référé au ministère ;
au cours de la Grande Guerre, suite à la première grande défaite
italienne, il alla jusqu’à passer un an en prison pour avoir ouvertement
accusé le haut commandement militaire italien d’inconséquence et d’incompétence
dans la conduite de la guerre. Écrit
pour convaincre, Il Dominio dell’Aria n’est pas une œuvre littéraire
mais une théorie scientifique. Les partisans de Douhet, comme Romeyer ou
Vauthier, lui trouvaient un style agréable. J’ai à ce sujet un avis plus
réservé, mais il est vrai que le goût littéraire a évolué depuis trois
quarts de siècle : en français comme en italien, un style qui pouvait
paraître élégant dans les années 1920 ou 1930 peut paraître désuet
aujourd’hui. Dans la première partie du livre, surtout, l’auteur a fréquemment
recours à des formules emphatiques, voire ronflantes, et à des
constructions de phrases inutilement complexes : sans doute par goût
des formules, et dans un dessein visiblement littéraire, l’auteur prend
un malin plaisir à enchevêtrer quelque peu les propositions principale
et subordonnées, masquant par là la clarté du raisonnement. Je me
suis fixé pour règle de faire une traduction la plus littérale possible,
au risque d’y perdre en élégance littéraire. En effet, comme dans une démonstration
mathématique, l’ordre des propositions, une virgule mal placée, toute
modification de la structure logique de la phrase pouvait facilement aboutir
à un contresens. La seule entorse à la règle que je me suis permise fut
de “démêler” certaines de ces phrases par trop alambiquées, lorsque
leur construction enchevêtrée les rendait, et rendait le raisonnement
qu’elles véhiculaient, trop difficilement déchiffrables, en replaçant
dans l’ordre logique de la démonstration les propositions successives.
J’espère n’avoir pas par là dénaturé les raisonnements de
l’auteur. Dans cet
ouvrage, le vocabulaire technique est d’une importance particulière, ce
qui complique la tâche du traducteur. En effet, si la langue française et
la langue italienne n’ont guère évolué en quatre-vingts ans, en
revanche les termes spécialisés propres au domaine aéronautique (catégories
d’aéronefs, modes d’action aérien…) ont beaucoup évolué dans les
deux langues, et certaines appellations déposées, réglementaires ou
coutumières, ont acquis dans l’une et l’autre langue un sens précis
qu’il s’agissait de ne pas trahir. Chaque fois que c’était
possible, j’ai traduit les termes italiens par les termes équivalents du
français de l’époque : cette option, la plus juste du point de vue
historique, a été adoptée lorsqu’elle était applicable, c’est-à-dire
pour les concepts déjà existants (chasse, bombardement, observation…) et
j’ai indiqué dans les notes, quand c’était nécessaire, l’évolution
qu’avait subie le sens des mots entre les années 20 et aujourd’hui. De
plus, afin de tenter de clarifier les idées du lecteur profane sur le sens
actuel et l’évolution au cours du temps du vocabulaire français relatif
aux missions aériennes et aux appareils militaires, j’ai joint en annexe
une typologie des actions aériennes et une typologie des aéronefs. Pour
les concepts nouveaux introduits par Douhet, il était tentant de chercher
un terme équivalent le plus proche possible dans le vocabulaire aéronautique
moderne, ce qui m’aurait fait courir le risque de tomber dans
l’anachronisme, de déformer le sens des mots ou de dénaturer le sens
de la démonstration : en effet, il était très improbable que le
périmètre des concepts théoriques imaginés par Douhet dans les années
1920 fût exactement celui de concepts modernes analogues, tant l’évolution
technologique a entre-temps éloigné l’aviation militaire des hypothèses
techniques sur lesquelles Douhet avait fondé sa théorie. Pour les concepts
nouveaux, j’ai donc choisi de traduire littéralement les termes employés
en italien en indiquant dans les notes, quand c’était opportun, les
concepts passés ou actuels comparables à ceux qu’avait imaginés
l’auteur. La méthode choisie a ainsi pu aboutir à des expressions très
peu idiomatiques, par exemple “appareil de bataille”. Une
mention particulière doit être faite pour le “croiseur aérien”,
concept régulièrement invoqué depuis les années 1930 par nombre
d’auteurs faisant référence à la théorie de Douhet. En effet, ce
concept pourrait correspondre à l’apparecchio
da battaglia (appareil de
bataille) que Douhet décrit dans Il Dominio dell’Aria, d’autant
qu’à la toute fin de l’ouvrage l’auteur compare son appareil de
bataille à un cuirassé. Cependant, ne connaissant l’œuvre de Douhet
qu’à travers le présent ouvrage, je ne peux pas préjuger de
l’existence par ailleurs d’un incrociatore aereo qu’aurait mentionné l’auteur dans un sens
différent, de même que je ne puis exclure que cette expression ait été
créée de toutes pièces par quelque exégète ayant traduit Douhet en français,
voire dans une autre langue : au risque de ne pas être “dans le vent
de l’histoire”, je ne me suis à aucun moment senti autorisé, en lisant
le texte italien, à extrapoler le concept d’apparecchio
da battaglia à celui du “croiseur aérien” et je me suis donc borné
à une traduction strictement littérale. * Avant de
conclure, je souhaiterais remercier tous ceux qui de près ou de loin
m’ont permis de mener à bien ce travail : M. Facon, du SHAA (Service
historique de l’armée de l’air), pour m’avoir mis la puce à
l’oreille ; les colonels “Von” de Lisi et “Helmut” Croizère,
respectivement chef et adjoint du groupement Air de la 9e
promotion du CID, pour m’avoir poussé au crime ; mes camarades de
promotion les lieutenants-colonels “Ricky” Autellet, “Pepsi” Colas,
“Vince” de Gournay, “Longo” Longobardi, Maslies, “Momus”
Morales ainsi que M. Jérôme de Lespinois, du SHAA, pour avoir accepté de
me relire ; M. Hervé Coutau-Bégarie, professeur de stratégie au CID,
qui m’a permis de concrétiser ; et surtout ma charmante épouse
Isabelle, pour avoir supporté les nombreux week-ends et les interminables
soirées sacrifiées au cours de deux années d’une gestation laborieuse. [1] Giulio Douhet, Il Dominio dell’Aria, Probabili aspetti della guerra futura e gli ultimi scritti del Gen. Giulio Douhet, Milan, Casa editrice Arnoldo Mondadori, 1933. [2] Entre-temps réédité par les éditions Lavauzelle en partenariat avec le CESA, en 2003, l’ouvrage de Vauthier est de nouveau accessible. Cette réédition est une des rares initiatives récentes susceptibles de faire mieux connaître la pensée et l’œuvre de Douhet en France. Cet ouvrage est disponible aux éditions
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