Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Bibliothèque stratégique

 Collection dirigée par l'Institut de Stratégie Comparée

 

LA MAÎTRISE DE L’AIR

traduit de l’italien et annoté
par le lieutenant-colonel Benoît Smith

suivi de

LA GUERRE DE 19..

traduit de l’italien par Jean Romeyer

 

Guilio Douhet

 

Avant-propos du traducteur

 

La guerre aérienne serait-elle une chose trop sérieuse pour qu’on puisse la confier aux aviateurs ? C’est ce qu’on pourrait croire, tant, dans la littérature militaire française, ce sont moins souvent des aviateurs militaires que des “spécialistes”, militaires des autres armées ou chercheurs civils, qui expliquent et commen­tent le fait aérien, ce qui laisse forcément la porte ouverte à des interprétations erronées ou orientées. Aussi, lorsque l’occa­sion me fut donnée de traduire Il Dominio dell’Aria, œuvre maîtresse du général italien Giulio Douhet, je m’y attelai d’autant plus volon­tiers que, pour une fois, cette théorie si souvent con­damnée sans appel par ses opposants pourrait être traduite et exposée par un homme du métier, au risque inverse de le présen­ter avec un parti pris favorable : je laisserai au lecteur le soin d’en juger. Avant d’aborder le texte, j’ai pensé qu’il serait utile d’exposer les motivations qui m’ont poussé à en entreprendre la traduction et d’expliquer dans quel esprit ont été rédigées la traduction et les notes qui l’accompagnent.

*
*     *

C’est un peu par hasard que je me suis lancé dans cette traduction. Stagiaire “Air” de la neuvième promotion du CID (Collège Interarmées de Défense, ex-École de Guerre), je n’ai découvert Douhet qu’à la date de mon entrée au collège, en 2001, grâce à mes professeurs de stratégie. Cette découverte fut tout d’abord une surprise : moi qui croyais jusque-là bien connaître l’histoire de l’aviation militaire, j’ignorais tout d’un auteur qui était l’origine des concepts fondateurs de l’emploi de la force aérienne. Je fus aussi vexé, d’autant plus que mes camarades des autres armées semblaient mieux connaître Douhet que nous autres aviateurs, ne fût-ce que de nom.

Je voulus me forger une opinion personnelle sur celui qui était présenté comme le précurseur et prophète de la guerre aérien­ne en lisant dans le texte son œuvre maîtresse. Deuxième surprise, et de taille : cet ouvrage, prétendument capital, n’avait jamais été traduit intégralement en français ! Pour les plus courageux d’entre nous, il y avait bien moyen de lire le texte dans une langue étrangère : les deux seuls exemplaires que j’aie pu trouver dans l’enceinte de l’École Militaire étaient un exemplaire en italien appartenant au CESA (Centre d’Enseignement Supé­rieur Aérien) et une traduction en portugais, au CID. De plus, m’avait-t-on dit, il devait être relativement aisé de se procu­rer une traduction en anglais. L’exemplaire en italien, qui m’a servi pour la traduction, était un recueil datant de 1932 : préfacé par Italo Balbo, alors ministre de l’Air du gouvernement fasciste italien, il reproduisait la deuxième édition de Il Dominio dell’ Aria, de 1927, ainsi que divers autres textes de l’auteur[1].

À défaut d’une traduction, les ouvrages de référence n’étaient guère plus accessibles : je pus retrouver la trace de deux ouvrages datant des années 1930, consacrés à Douhet : Jean Romeyer, La Guerre de l’air, Paris, Les Ailes, 1932 et colonel P. Vauthier, La Doctrine de guerre du Général Douhet, Paris, Berger-Levrault, 1935. Tous deux épuisés et introuvables sur le site de l’Ecole militaire, ils n’étaient guère consultables ailleurs qu’à la Bibliothèque nationale ou au château de Vincennes ![2]

Dans La Guerre de l’air, Jean Romeyer a partiellement traduit trois des quatre textes contenus dans le recueil de 1932 : outre de larges extraits de Il Dominio dell’Aria on y trouve la traduction de Probabili aspetti della guerra futura et La Guerra dell 19... La principale lacune de sa traduction de Il Dominio dell’Aria est qu’elle ne restitue qu’une partie du raisonnement de Douhet : représentant en volume environ les deux tiers de l’ouvrage original, elle ne restitue de la théorie que ses aspects relatifs à la tactique et à la doctrine militaire, sous une forme ré-agencée ; elle néglige les aspects plus généraux, non militaires, de la théorie, passant sous silence les développements sur l’organi­sation de la défense nationale, les liens entre développement de l’aéronautique militaire et civile et l’influence de l’aviation sur la politique extérieure et l’expansion des puissances aéronautiques.

La Doctrine de guerre du général Douhet, du colonel P. Vauthier, est un ouvrage de synthèse fort bien construit : à côté d’une présentation claire et objective de la doctrine, il brosse un portait intéressant de la personnalité de Douhet et il intervient dans la polémique suscitée à l’époque dans les milieux militaires français, moins pour soutenir les positions de l’auteur que pour démonter les arguments de ses contradicteurs, dont il dénonce le caractère spécieux ou réducteur. De plus, il contient une riche bibliographie, très utile pour quiconque voudrait entreprendre des recherches sur Douhet et sur le débat qui a entouré ses thèses pendant l’entre-deux-guerres, en France et en Italie.

Il ne me paraissait pas satisfaisant que la doctrine de Douhet pût être enseignée à des générations d’officiers français sans pouvoir s’appuyer sur autre chose qu’une traduction frag­mentaire et des exégèses publiées dans les années trente et quasi introu­vables de nos jours. En écrivant cela je ne prétends nulle­ment mettre en cause la qualité de ces travaux, remarquables par ail­leurs. Il s’agit cependant d’œuvres dont la portée reste fatale­ment limitée par leur caractère théorique car elles sont antérieures à la première mise à l’épreuve en grandeur réelle des théories de Douhet. C’est en effet au cours de la seconde guerre mondiale qu’ont eu lieu les premières batailles aériennes majeures. Une mine d’informations sur l’effet de ces campagnes nous est fournie par les travaux de l’US Strategic Bombing Survey : créée le 3 novembre 1944 à la demande du président Roosevelt, cette commission d’enquête fut chargée d’analyser les effets des bom­bardements stratégiques en Europe puis, à partir du 15 août 1945, dans le Pacifique. Ses conclusions générales, qui synthétisaient les résultats de centaines de rapport détaillés, ont été consignées dans deux rapports distincts : United States Strategic Bombing Survey, Summary report (European War), Washington, United States Government Printing Office, 1945, et : United States Strategic Bombing Survey, Summary report (Pacific War), Washington, United States Government Printing Office, 1946. Les notes en bas de page de la traduction font largement appel aux données et conclusions contenues dans ces deux rapports de synthèse.

Il me semblait utile qu’une traduction, si elle devait voir le jour, pût être réalisée par un aviateur militaire, a priori mieux armé qu’un traducteur professionnel pour restituer fidèlement la pensée de l’auteur : les hypothèses techniques et tacti­ques pèsent fortement dans le développement de la théorie et le vocabulaire spécialisé peut facilement donner lieu à des contre-sens, soit lors de la traduction, soit parce que le sens des mots a évolué au cours du temps. Par ailleurs, j’avais eu la chance par les hasards de la vie de vivre plusieurs années en Italie et je disposais au cours de ma scolarité d’un peu de temps pour me consacrer à des activités littéraires : je fus donc tenté par l’entre­prise. Au risque d’être accusé d’immodestie, je me disais égale­ment que si je ne saisis­sais pas l’occasion qui m’était donnée de traduire Il Dominio dell’Aria, la probabilité qu’un aviateur fran­çais parlant l’italien, assez motivé ou masochiste pour se lancer dans cette traduction, pût se trouver à nouveau en présence du texte original, était assez faible pour ne pas se reproduire avant un grand nombre d’années. L’excuse me fut donnée par l’encadre­ment Air du CID, qui souhaitait encourager les stagiaires aviateurs à s’investir dans l’étude et la promotion des sujets de stratégie relatifs à l’emploi de la force aérienne : lorsque je soumis mon idée à mon chef de groupement et à son adjoint, ils acceptèrent avec enthousiasme et me dispensèrent, en échange, de la rédaction d’un pensum de cinq pages, normalement exigé du stagiaire que j’étais dans le déroule­ment de ma scolarité…

*
*     *

Y a-t-il encore en France un public pour Il Dominio dell’Aria ? C’est la première question que je me suis posé avant de commencer, mais je me suis bien gardé d’y répondre, de peur de m’arrêter net. Pour ma part, je vois au moins trois bonnes raisons de relire cette œuvre : parce que c’est une œuvre de réfé­rence majeure, parce que la théorie peut désormais être confrontée à quatre-vingts années de mise à l’épreuve et parce qu’elle pro­cède d’une démarche prospective dont la méthode admirable est encore largement applicable.

En premier lieu : prophète et précurseur mondialement reconnu de l’arme aérienne dans les années 1920 et 1930, Giulio Douhet a eu un retentissement de premier plan au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Italie. Ses théories ont accompagné voire précédé l’élaboration des doctrines aériennes de Hugh Trenchard, “père” de la Royal Air Force, et du général William Mitchell, prophète maudit de la puissance aérienne américaine. De plus, elles ont inspiré la politique d’expansion aéronautique italienne, mise en œuvre par le charismatique maréchal Italo Balbo après l’arrivée au pouvoir des fascistes. En revanche, Douhet n’a pas connu, dans les cercles de la pensée militaire, le même engoue­ment en France que dans les autres puissances aéronautiques. Les travaux de Romeyer et Vauthier, entre autres, lui ont bien valu un certain intérêt au début des années 1930, mais ils déclenchèrent également de violentes critiques dans les milieux militaires les plus conservateurs. Mollement défendues par les aviateurs, ses théories n’eurent aucune influence sur le concept d’emploi des forces aériennes ou sur l’organisation de la défense nationale dans la France d’avant-guerre. Un temps remis au goût du jour au moment de l’élaboration des doctrines de dissuasion nucléaire de l’après-guerre, Giulio Douhet est depuis retombé dans l’oubli. Il a cependant discrètement refait surface, en filigrane des articles des commentateurs de la presse, à l’occasion des récentes manifes­tations de la puissance aérospatiale américaine, en particulier lors des opérations du Kosovo en 1999 (opération Allied Force) et surtout lors des opérations engagées après le 11 septembre 2001 en Afghanistan (opération Enduring Freedom) et en Irak (opéra­tion Freedom Iraq). Bien qu’il soit aujourd’hui méconnu en France, son œuvre maîtresse, Il Dominio dell’Aria, est un texte de référence qui fait partie du socle de culture stratégique à acquérir par quiconque veut approfondir ses connaissances dans le domaine de l’histoire de la pensée aérienne militaire.

Ensuite, quatre-vingts ans après sa rédaction, l’ouvrage revêt un intérêt historique particulier du fait qu’il devient désor­mais possible, avec le recul, de mesurer de manière dépassionnée comment cette théorie écrite au lendemain de la Grande Guerre a résisté à l’épreuve des faits, au cours des multiples conflits qui se sont déroulés entre-temps. J’ai souhaité apporter ma modeste contribution à cette mise en perspective à travers les notes de bas de page, dont j’espère que le lecteur me pardonnera le nombre et la longueur. Ces commentaires ne sont certes pas empreints de la hauteur de vues et du recul d’un grand stratège militaire ou d’un docteur en stratégie : elles sont le fruit d’une connaissance empi­rique de l’aviation militaire dans les domaines de l’emploi tacti­que et de la technique aéronautique, essentiellement acquise sur le terrain en sept ans d’escadron de combat et autant dans le monde des essais en vol, ainsi qu’à travers des lectures, elles aussi plus axées sur l’histoire de la technique et de la tactique que sur la sociologie du fait aérien ou sur la grande stratégie.

Enfin, et c’est peut-être son héritage le plus utile, Douhet nous fournit à travers ce livre un modèle d’étude prospective théorique. La rigueur scientifique de sa méthode et l’exhaustivité des facteurs pris en compte donnent toute sa crédibilité à un raisonnement proche dans sa forme d’une démonstration mathé­matique. En même temps, c’est son aspect purement théorique qui limite la portée de l’exercice : construite de manière rigou­reuse­ment déductive à partir d’hypothèses raisonnablement justes pour l’époque, elle n’avait alors pas de vérification expérimentale sur laquelle s’appuyer mais il n’existait pas non plus de contre-exemple flagrant pour la démentir. Aussi l’adhésion à la doctrine ou son rejet relevaient-ils plus de l’acte de foi que d’un choix purement rationnel. Sans doute à la fois par goût de la polémique et par besoin de forcer le trait pour imposer ses vues face à un establishment militaire très réticent, l’auteur pouvait-il jouer sur les hypothèses afin de privilégier son point de vue : il a minimisé l’efficacité du principe défensif pour démontrer l’absolue inutilité de toute défense aérienne, et il a extrapolé les résultats des premiers bombardements pour démontrer l’efficacité terrible et en même temps tout à fait prévisible des frappes aériennes. Du coup, Douhet aboutit à des concepts d’emploi parfois extrémistes, pour ne pas dire caricaturaux. Cependant, même si ses conclusions militaires ou techniques n’ont pas toutes été vérifiées et si la violence de sa doctrine militaire rendrait celle-ci inapplicable de nos jours, il faut reconnaître à ses travaux une pertinence et une cohérence remarquables, qui lui ont permis d’aboutir à des prédic­tions et à des recommandations d’une clairvoyance et d’une justesse étonnantes : organisation générale de la défense natio­nale, importance de l’aéronautique comme facteur de puissance des États, synergies réalisables entre les composantes civile et mili­taire de l’aéronautique dans les domaines de la formation, de l’industrie et des infrastructures. Certaines d’entre elles ne sont en train de se réaliser que depuis peu, alors qu’elles nous auraient encore paru totalement farfelues, seulement quelques années en arrière.

*
*     *

Avant de céder la parole à l’auteur, il m’a paru utile de fournir quelques explications sur la manière dont le texte a été traduit.

La personnalité intransigeante et la formation scientifique de Douhet transparaissent nettement dans son œuvre comme dans sa vie. On ressent bien, à travers ses raisonnements et à travers ses fréquentes professions d’une foi inébranlable dans la logique et la méthode scientifique, une influence positiviste héritée du xixe siècle encore proche. Sa recherche perpétuelle de la vérité par-dessus tout, à la limite de la naïveté, le rend sympa­thique. Visiblement, la vérité a plus de valeur à ses yeux que la discipline ou le respect des règles. Le refus du conformisme intel­lectuel qu’il proclame dans ses écrits n’est pas de pure forme, il l’a prouvé en payant de sa personne, compromettant sa carrière militaire pour faire triompher ses idées : avant la guerre, il avait été écarté du Bataillon des Aviateurs pour avoir fait essayer un nouvel avion sans en avoir référé au ministère ; au cours de la Grande Guerre, suite à la première grande défaite italienne, il alla jusqu’à passer un an en prison pour avoir ouvertement accusé le haut commandement militaire italien d’inconséquence et d’in­com­pétence dans la conduite de la guerre.

Écrit pour convaincre, Il Dominio dell’Aria n’est pas une œuvre littéraire mais une théorie scientifique. Les partisans de Douhet, comme Romeyer ou Vauthier, lui trouvaient un style agréable. J’ai à ce sujet un avis plus réservé, mais il est vrai que le goût littéraire a évolué depuis trois quarts de siècle : en français comme en italien, un style qui pouvait paraître élégant dans les années 1920 ou 1930 peut paraître désuet aujourd’hui. Dans la première partie du livre, surtout, l’auteur a fréquemment recours à des formules emphatiques, voire ronflantes, et à des constructions de phrases inutilement complexes : sans doute par goût des for­mules, et dans un dessein visiblement littéraire, l’auteur prend un malin plaisir à enchevêtrer quelque peu les propositions princi­pale et subordonnées, masquant par là la clarté du raisonnement.

Je me suis fixé pour règle de faire une traduction la plus littérale possible, au risque d’y perdre en élégance littéraire. En effet, comme dans une démonstration mathématique, l’ordre des propositions, une virgule mal placée, toute modification de la structure logique de la phrase pouvait facilement aboutir à un contresens. La seule entorse à la règle que je me suis permise fut de “démêler” certaines de ces phrases par trop alambiquées, lorsque leur construction enchevêtrée les rendait, et rendait le raisonnement qu’elles véhiculaient, trop difficilement déchiffra­bles, en replaçant dans l’ordre logique de la démonstration les propositions successives. J’espère n’avoir pas par là dénaturé les raisonnements de l’auteur.

Dans cet ouvrage, le vocabulaire technique est d’une impor­tance particulière, ce qui complique la tâche du traducteur. En effet, si la langue française et la langue italienne n’ont guère évo­lué en quatre-vingts ans, en revanche les termes spécialisés propres au domaine aéronautique (catégories d’aéronefs, modes d’action aérien…) ont beaucoup évolué dans les deux langues, et certaines appellations déposées, réglementaires ou coutumiè­res, ont acquis dans l’une et l’autre langue un sens précis qu’il s’agis­sait de ne pas trahir. Chaque fois que c’était possible, j’ai traduit les termes italiens par les termes équivalents du français de l’époque : cette option, la plus juste du point de vue historique, a été adoptée lorsqu’elle était applicable, c’est-à-dire pour les concepts déjà existants (chasse, bombardement, observation…) et j’ai indiqué dans les notes, quand c’était nécessaire, l’évolution qu’avait subie le sens des mots entre les années 20 et aujourd’hui. De plus, afin de tenter de clarifier les idées du lecteur profane sur le sens actuel et l’évolution au cours du temps du vocabulaire français relatif aux missions aériennes et aux appareils militaires, j’ai joint en annexe une typologie des actions aériennes et une typologie des aéronefs. Pour les concepts nou­veaux introduits par Douhet, il était tentant de chercher un terme équivalent le plus proche possible dans le vocabulaire aéronau­tique moderne, ce qui m’aurait fait courir le risque de tomber dans l’anachronisme, de déformer le sens des mots ou de déna­turer le sens de la démons­tration : en effet, il était très impro­bable que le périmètre des concepts théoriques imaginés par Douhet dans les années 1920 fût exactement celui de concepts modernes analo­gues, tant l’évo­lution technologique a entre-temps éloigné l’aviation militaire des hypothèses techniques sur lesquelles Douhet avait fondé sa théorie. Pour les concepts nouveaux, j’ai donc choisi de traduire littéralement les termes employés en italien en indiquant dans les notes, quand c’était opportun, les concepts passés ou actuels comparables à ceux qu’avait imaginés l’auteur. La méthode choisie a ainsi pu aboutir à des expressions très peu idiomatiques, par exemple “appareil de bataille”.

Une mention particulière doit être faite pour le “croiseur aérien”, concept régulièrement invoqué depuis les années 1930 par nombre d’auteurs faisant référence à la théorie de Douhet. En effet, ce concept pourrait correspondre à l’apparecchio da batta­glia (appareil de bataille) que Douhet décrit dans Il Dominio dell’Aria, d’autant qu’à la toute fin de l’ouvrage l’auteur compare son appareil de bataille à un cuirassé. Cependant, ne connaissant l’œuvre de Douhet qu’à travers le présent ouvrage, je ne peux pas préjuger de l’existence par ailleurs d’un incrociatore aereo qu’aurait mentionné l’auteur dans un sens différent, de même que je ne puis exclure que cette expression ait été créée de toutes pièces par quelque exégète ayant traduit Douhet en français, voire dans une autre langue : au risque de ne pas être “dans le vent de l’histoire”, je ne me suis à aucun moment senti autorisé, en lisant le texte italien, à extrapoler le concept d’appa­recchio da battaglia à celui du “croiseur aérien” et je me suis donc borné à une traduction strictement littérale.

*
*     *

Avant de conclure, je souhaiterais remercier tous ceux qui de près ou de loin m’ont permis de mener à bien ce travail : M. Facon, du SHAA (Service historique de l’armée de l’air), pour m’avoir mis la puce à l’oreille ; les colonels “Von” de Lisi et “Helmut” Croizère, respectivement chef et adjoint du groupement Air de la 9e promotion du CID, pour m’avoir poussé au crime ; mes camarades de promotion les lieutenants-colonels “Ricky” Autellet, “Pepsi” Colas, “Vince” de Gournay, “Longo” Longo­bardi, Maslies, “Momus” Morales ainsi que M. Jérôme de Lespinois, du SHAA, pour avoir accepté de me relire ; M. Hervé Coutau-Bégarie, professeur de stratégie au CID, qui m’a permis de concrétiser ; et surtout ma charmante épouse Isabelle, pour avoir supporté les nombreux week-ends et les interminables soirées sacrifiées au cours de deux années d’une gestation labo­rieuse.

 

Lieutenant-colonel Benoît Smith


[1]      Giulio Douhet, Il Dominio dell’Aria, Probabili aspetti della guerra futura e gli ultimi scritti del Gen. Giulio Douhet, Milan, Casa editrice Arnoldo Mondadori, 1933.

[2]      Entre-temps réédité par les éditions Lavauzelle en partenariat avec le CESA, en 2003, l’ouvrage de Vauthier est de nouveau accessible. Cette réédi­tion est une des rares initiatives récentes susceptibles de faire mieux connaître la pensée et l’œuvre de Douhet en France.

 

Cet ouvrage est disponible aux éditions wpe1A1.gif (875 octets) ECONOMICA

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin