| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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1916. L'émergence des armes nouvelles dans la Grande Guerre Claude
Carlier et Guy Pedroncini LA
BATAILLE AÉRIENNE Gaëtan
Sciacco
Lors d'un récent colloque sur la guerre aérienne, le chef d'état-major
des armées, le général Douin, déclarait :
« En
1916, la bataille de Verdun a été pour la première fois un événement
majeur dans la guerre aérienne, car elle fut aussi une bataille pour la
maîtrise de l'air [1]. »
Je me garderais bien de contredire ces paroles et renchérirais
plutôt en affirmant que la bataille aérienne de Verdun est bien la première
bataille aérienne de l'Histoire au sens où elle oppose deux flottes de
combat qui luttent dans le but avoué de s'approprier la maîtrise du ciel
au-dessus d'un espace donné. C'est la première fois également que cette
notion de maîtrise de l'air est complètement admise et soutenue par les
états-majors des deux camps.
Mais
pour en arriver à ce stade de l'emploi de l'avion, il a fallu que ce
dernier s'impose comme véritable arme. Que de chemin parcouru, et en si
peu de temps, quand on songe qu'aux premiers jours du conflit, l'aéronautique
militaire française n'est qu'un service auxiliaire de l'armée de terre.
Un auxiliaire auquel le commandement n'accorde d'ailleurs que peu de
confiance.
Le
génial visionnaire Clément Ader, qui a fait voler son Eole
le 8 octobre 1890, a eu beau exposer dans son ouvrage L'aviation
militaire, paru en 1911, l'emploi de l'avion au combat au travers des
missions de chasse, de bombardement, de reconnaissance tactique, les
militaires regardent l'aviation comme un sport plus que comme une arme.
A
la veille de la Première Guerre mondiale, l'armée s'est dotée d'une
composante aéronautique, sous l'action de précurseurs tels le capitaine
Ferber et le colonel Renard qui expérimentent des avions dès 1910 pour
le compte du Génie. De même, le général Roques commandant de
l'Inspection Permanente de l'Aéronautique (IPA) et le général
Hirschauer, son successeur, mènent une politique d'acquisition de
machines.
Mais,
à l'intérieur de systèmes stratégiques basés, ne l'oublions pas, sur
une guerre courte, l'emploi de l'avion se limite à des missions
d'observation pour le commandement. Et encore, ce commandement reste
sceptique sur les possibilités des machines. Le bombardement et l'appui
tactique sont évoqués par les plus hardis, quant à la chasse - le
combat entre avion - l'idée rencontre une objection quasi unanime [2].
Comment
est organisée l'aviation en août 1914 ?
A
l'Avant, la base de l'organisation est l'escadrille. L'aviation française
entre dans le conflit avec 23 formations, dont 2 de cavalerie. Chacune
comporte 6 appareils, sauf les escadrilles de cavalerie (3 appareils), de
même type. En tout 132 avions, contre 34 escadrilles soit 252 appareils
coté allemand.
L'escadrille
est commandée par un chef faisant partie du personnel navigant. Par
contre, les observateurs sont rattachés à l'armée pour laquelle les
reconnaissances sont menées. Dans chaque armée, un officier est désigné
comme directeur de l'aviation, conseiller technique du général
commandant. Enfin, au GQG [3],
un officier général directeur du service aéronautique est attaché au
haut commandement.
A
l'Arrière, au ministère de la Guerre, l'aéronautique est représentée
par une modeste 12e Direction, chargée de régler les
questions de production et de formation. A cette direction politique
s'ajoute une direction technique animée par le Service des Fabrications
de l'Aviation (SFA), créé le 21 février 1914 et basé à
Chalais-Meudon. Le SFA est chargé d'assurer les achats d'appareils et,
par l'intermédiaire de son atelier de réparation, de la maintenance des
machines (cellules et moteurs). Dernière composante du SFA, un Service
Technique chargé d'étudier les caractéristiques des nouveaux avions [4].
Quel
est le matériel utilisé par les aviateurs français en août 1914 ?
L'avion
est à peine sorti de sa période « sportive », il n'est pas
encore une machine de guerre.
Les
avions en service peuvent se répartir en trois catégories :
- biplan
sans fuselage : Maurice Farman MF 7, Henry Farman HF F 20, Voisin 3, tous
à moteur arrière et le Caudron G 3 à moteur avant ;
- biplan
à fuselage : Breguet AG 4 et Dorant ;
- monoplan
: Blériot XI, Deperdussin TT, Nieuport 6M, Morane H et REP N.
Les
performances de ces machines sont modestes [5]
:
-
vitesse entre 95 km/h et 120 km/h pour les biplaces, de 110 à 135 km/h
pour les monoplaces ;
-
plafond de 1 500 à 4 000 m ;
-
autonomie de 2 à 4 heures de vol ;
-
armement aucun.
Mais
les combats du début du conflit donnent à l'avion une importance
jusqu'alors insoupçonnée. Les aviateurs improvisent de nouvelles
missions et le haut commandement français tire rapidement les leçons de
ces expérimentations. L’adaptation
de l'aviation à la guerre
Le
3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Après un mois
de crise, l'Europe est jetée dans le premier conflit mondial. L'aviation,
elle aussi, entre en guerre et démontre rapidement qu'elle a d'autres
capacités que celles d'exécuter des missions de reconnaissance.
Les
initiatives des aviateurs
Le
peu d'importance que le commandement accorde à l'aviation devient un
avantage dans la mesure où les aviateurs jouissent d'une grande
initiative. Pilotes et observateurs imaginent et expérimentent de
nouvelles utilisations de l'avion [6].
Au
retour d'une reconnaissance, les équipages lancent sur les lignes
adverses des fléchettes par paquets de 500 (fléchettes Bon) ou des obus
d'artillerie de 90 ou 120 (le 75 est réservé à l'artillerie) modifiés
par ajout d'un empennage à ailettes. Ils procèdent également à des réglages
de tirs d'artillerie. D'autres emportent des appareils photos pour prouver
au commandement le bien-fondé de leurs observa-tions. Certains, enfin,
s'arment de revolvers et de carabines pour tirer sur les appareils
allemands.
Quelques-unes
de ces improvisations sont entrées dans l'Histoire en même temps
qu'elles ébauchaient pour l'avion ses nouvelles missions.
Le
10 septembre 1914, grâce aux renseignements et réglages de l'aviation,
la moitié de l'artillerie du 16e Corps d’Armée (CA)
allemand est détruite par les canons français dans la région de
Thiaucourt.
Le
3 août 1914, un Taube allemand lâche trois bombes sur Lunéville. Mais
le 14 août, les Français répliquent par l'intermédiaire de deux Voisin
3 pilotés par le lieutenant Césari et le caporal Prudhommeau qui
bombardent le hangar à Zeppelin de Metz. Leurs avions sont équipés de
lance-bombes imaginés par le capitaine Mauger-Devarennes qui permettent
de larguer des obus fuselés de 150 mm. Le 18 août, l'aviateur Finck
survole et bombarde ces mêmes hangars touchant un Zeppelin.
Le
5 octobre 1914, le pilote Frantz et son mécanicien Quenault remportent la
première victoire aérienne de l'histoire en abattant un Aviatik à
l'aide d'une mitrailleuse Hotchkiss monté pour expérimentation sur leur
Voisin 3.
Mais,
c'est la bataille de la Marne qui donne à l'avion ses lettres de noblesse
et l'assure de la confiance du haut com-mandement.
Le
2 septembre, le caporal Breguet et son observateur Watteau sont les
premiers à déceler le mouvement de la Ière armée de von
Kluck vers le Sud-Est. Dans le même temps, le capitaine Bellenger,
commandant l'aviation de la VIe armée Maunoury, envoie ses
escadrilles (REP et MF) en inspection vers Creil et Senlis. Les appareils
signalent un mouvement allemand identique. Enfin, le 3 septembre, ces
observations sont confirmées par les pilotes Prot et Hugel, les Allemands
présentent leur flanc droit aux Français. Le général Gallieni,
commandant du camp retranché de Paris, avise Joffre le 5 septembre.
Celui-ci décide d'attaquer, c'est la bataille de la Marne (6-13
septembre) qui permet aux Français et aux Anglais de redresser une
situation dramatique en repoussant l'envahisseur.
Dès
les premiers mois de la guerre, l'aviation diversifie ses tâches. De ces
improvisations le commandement tire les enseignements et réorganise l'aéronautique
militaire dans le sens d'une spécialisation des missions des aviateurs.
La
réorganisation de l'aviation aux armées C'est
de la zone de l’Avant que part la réorganisation de l'aviation. Dès le
mois de septembre, Joffre a pris conscience de l'importance de ce nouvel
outil. Le 25 septembre, il nomme, pour réformer l'aéronautique, le
com-mandant Barès, jusqu'alors commandant de l'aviation de la IVe
armée, au poste de directeur du service aéronautique, en rem-placement
du général Voyer, partisan des dirigeables.
L'œuvre
de Barès s'exerce dans trois directions, la spécialisation des missions,
la qualité des appareils, l'augmen-tation du nombre de machines.
Dès
le début, le nouveau directeur s'attache à remodeler les structures des
services aéronautiques dans le sens d'une spécialisation des missions. A
ce titre , il est l'inspi-rateur de la note de Joffre à Alexandre
Millerand, ministre de la guerre, datée du 10 novembre 1914. Joffre y déclare
:
« L'organisation
de l'aviation aux armées doit désormais correspondre à ces nouveaux rôles,
les escadrilles doivent se spécialiser au moins dans une certaine mesure
[7]. »
C'est le bombardement qui est la première mission promue par le
GQG. Le 27 septembre est créé le 1er Groupe de Bombardement
(GB) formé de 3 escadrilles de Voisin LA 5 ayant pour tâche d'attaquer
les objectifs militaires sur les arrières immédiats de l'ennemi en appui
des frappes de l'artillerie.
Barès
donne à chaque armée une aviation de recon-naissance et de chasse. De même,
au niveau des CA, il met à disposition de ces unités des escadrilles
pour l'observation et le réglage de tirs d'artillerie [8].
En
1915, chaque armée compte deux escadrilles, chaque CA une formation et
chaque régiment d'Artillerie Lourde (AL) une section d'avions.
A
coté de la réorganisation des unités au front, Barès se préoccupe de
donner aux aviateurs des matériels de qualité. Il fait disparaître la
mosaïque d'appareils en service pour ne plus conserver que les plus aptes
au combat. Il écarte ainsi les Blériot, Nieuport, Dorant, REP et
Deperdussin. Quatre machines sont jugées capables d'accomplir les
missions :
- Voisin
LA 5 pour la reconnaissance et le bombar-dement ;
- MF
7 pour l'observation ;
- Caudron
G 3 pour l'exploration et le réglage de tir ;
- Morane-Saulnier
Parasol pour la chasse.
Enfin,
Barès s'attache à renforcer la production des appareils en lançant, le
8 octobre, un premier programme d'équipement. Ce plan prévoit de porter
le nombre des escadrilles de 31 à 65 en 3 mois [9].
Ces formations doivent être spécialisées dès leurs entrées en ligne.
Il est prévu de créer :
-
16 escadrilles d'armées pour la chasse d'armée et la reconnaissance ;
-
30 escadrilles de CA pour l'observation et le réglage de tir ; - 16 formations de bombardement, soit quatre GB
La
réorganisation des services de l'Arrière
A
l'Arrière, le directeur de l'aéronautique militaire au ministère de la
guerre est le général Bernard, un artilleur, en poste depuis le 28 mars
1913.
Bernard
croit, comme la plupart de ces contemporains, à une victoire rapide. Cela
explique les décisions qu'il prend dès le début des hostilités. Il
ferme les écoles de pilotage, renvoi le personnel du SFA en unités et
stoppe les commandes d'avions aux constructeurs.
Rapidement,
le combat dément l'idée de guerre courte, dans laquelle l'avion ne
jouerait qu'un modeste rôle d'observateur. Le 11 octobre, le général
Bernard est démissionné et cède sa place au général Hirschauer,
ancien Inspecteur Permanent de l'Aéronautique militaire d'avril 1912 à
septembre 1913, qui entreprend la réforme de l'aviation à l'Arrière [10].
Le
nouveau responsable de la 12e Direction fait porter ses efforts
sur deux points : remise en
fonctionnement des services militaires de l'aviation et rationalisation
des productions chez les constructeurs.
Il
réactive les structures militaires, ainsi le SFA, à qui il demande de
perfectionner les machines et leurs armements, et les écoles de pilotage
de Pau et Avord qui reprennent leurs activités. Il créé l'école de
Chartres et militarise celles de Buc et d'Etampes.
Dans
le même temps, il décide de réorganiser les productions pour donner aux
GQG les avions qu'il a choisis. Blériot fabrique des Caudron, Nieuport,
Breguet et REP des Voisin [11].
Parallèlement,
les constructeurs reprennent rapidement leurs activités et mettent au
point des machines plus puissantes et plus adaptées au service armé.
Entrent en unité dès le début de l'année 1915 :
-
le Caudron G 4 bimoteur qui prend la succession du G 3 ;
-
le Voisin LA 5 S pour le bombardement ;
-
le MF 11 à moteur propulsif qui remplace le MF 7.
Sous
l'action conjuguée de Barès à l'Avant et Hirschauer à l'Arrière, les
productions et les livraisons augmentent : 100 avions au mois d'octobre,
137 en novembre, 192 en décembre, 262 en janvier 1915 et 431 en mars.
Le
début du conflit a démontré que l'avion est apte à un service armé dépassant
largement le simple cadre de la reconnaissance. 1915 voit l'aéronautique
militaire "mûrir" ses missions dans le sens d'une spécialisation
toujours plus grande. Mais 1915 est également une année de tensions à
l'Avant comme à l'Arrière. 1915
: une année de réforme et de crise
1915
est une année difficile pour l'aviation française. En pleine mutation,
elle se dirige vers une spécialisation des missions qui amène un
renforcement du rôle de l'avion dans la bataille. Ces nouvelles théories
d'emploi apportent des succès initiaux aux ailes françaises, mais
l'aviation allemande, suivant une évolution doctrinale similaire,
s'adjuge, dès l'été, une supériorité aérienne qui trouve son origine
dans la supériorité technique des matériels aériens utilisés.
Dans
le même temps, une crise secoue l'Arrière. Les réformes du sous-secrétaire
à l'aéronautique René Besnard soulèvent de vives critiques de la part
des parlementaires et des industriels, qui obtiennent du gouvernement la démission
de René Besnard et le retour à une 12e Direction.
La
spécialisation des escadrilles Avec
la stabilisation du front et l'organisation des tranchées, on peut dire
que le contact est partout le long du front. La guerre d'usure remplace la
guerre de mouvement. Pour gagner, il faut percer. Toute manœuvre repose
sur la rupture du système fortifié adverse.
Pour
l'aviation, cela signifie que trois missions deviennent essentielles.
Premièrement,
les missions de reconnaissance au-delà du front, qu'on pourrait qualifier
de stratégiques, perdent de leur importance au profit d'une exploration détaillée
des tranchées à détruire pour accomplir une percée.
Deuxièmement,
l'avion apporte son appui à l'artillerie, arme de rupture par excellence,
en réglant les tirs des canons.
Enfin,
l'avion devient lui-même artillerie en bombardant les lignes ennemies et
au-delà le territoire allemand.
L'observation
du champ de bataille
L'aéronautique
se met à la disposition des opérations qui préparent la percée. Les
avions opèrent des missions d'observation du front. Pour cela, les
aviateurs prennent des photographies des lignes ennemies [12].
Ces clichés permettent de connaître le réseau des tranchées, d'apprécier
la valeur des défenses, de juger des points forts et des points faibles
du dispositif adverse. De plus, ils permettent d'établir les cartes
indispensables à l'état-major.
Le
réglage de tirs
Les
réglages de tir d'artillerie sont, au début des hostilités, victimes
des difficultés de liaison entre air et terre. La batterie dont le tir
est contrôlé doit ouvrir le feu à une heure convenue, l'avion en
observation informe des résultats du tir en jetant un message lesté ou
plus rarement en descendant rendre compte de la précision du tir et si
besoin des rectifications à y apporter [13].
Plus
tard, la communication s'effectue par évolutions de l'appareil ou par
artifices lumineux codés (projecteurs ou fusées). La TSF apporte une amélioration.
L'avion muni d'un poste, émetteur uniquement, transmet instantanément
ses observations aux batteries intéressées en morse. Au sol, les
artilleurs communiquent par projecteur ou par drapeau de type marine.
En 1915, lors de l'offensive d'Artois (mai-juin) et surtout de
Champagne (septembre-octobre), l'observation et le réglage de tirs par
avion jouent un rôle important. Chaque CA dispose de 2 avions
d'observation, d'un appareil et d'un ballon pour le réglage.
On
peut lire dans le règlement du 12 août 1915 sur l'emploi de l'aviation
en liaison avec l'Artillerie Lourde (AL) :
« Le
nombre de sous-groupement d'artillerie lourde à créer dans un secteur
est égal au nombre d'avions TSF que l'on peut y mettre en place [14]. » Le
bombardement "stratégique"
De
toutes les nouvelles tâches de l'avion, le bombardement est celle qui a
eu le moins de mal à s'imposer et les résultats demandés ont toujours dépassé
les moyens mis en œuvre.
Deux
types de missions ont été effectués par les GB :
-
un bombardement qu'on peut qualifier d'appui tactique, au travers des
attaques de colonnes en marche ou de batteries d'artillerie.
-
un bombardement qu'on peut qualifier de stratégique dans le sens ou il
prend pour cible les villes, les gares ou les usines allemandes.
C'est
cette dernière utilisation qui est jugée la plus rentable par les
militaires comme par les politiques.
Les
matériels sont adaptés et perfectionnés pour accomplir ce type de
mission. Les Voisin sont équipés de casiers à bombes et de viseurs.
Jusqu'à l'été 1915, aucune tactique n'est adoptée, les missions se
font de jour, à une altitude de 1 500 à 2 000 mètres d'altitude. Aucune
DCA ni chasse ne s'oppose aux bombardiers, cela explique les succès français
dans ce domaine.
En
mai 1915, le nombre des GB s'élève à quatre. Le 27 mai 1915, 18
appareils du GB 1 attaquent les usines chimiques de Ludwigshafen larguant
environ 80 bombes, seul un avion ne rentre pas. Le 15 juin, 23 avions
attaquent Karlsruhe.
Face
à ces attaques, la DCA allemande est renforcée, ce qui amène une évolution
dans les formations de bombardement. Désormais, ce sont d'importantes
masses d'appareils qui attaquent pour multiplier le nombre de cibles. Le
25 août, 62 appareils bombardent les haut-fourneaux de Dillingen. Et les
raids se succèdent sur Sarrebruck, Trêves.
La
crise à l'Avant
Mais
la période de supériorité de l'aviation française se termine.
L'Allemagne s'appuyant sur des innovations tech-niques et sur les Fokker E
(pour Eindecker monoplan), le premier véritable chasseur du conflit,
reprend l'ascendant.
La
plus importante des innovations réside sans nul doute dans la mise au
point par Anthony Fokker du système de tir synchronisé à travers l'hélice.
Ce
sont pourtant les Français qui ont débuté les recherches pour améliorer
l'armement des chasseurs. En mai 1914, Raymond Saulnier dépose un brevet
portant sur un dispositif de tir synchronisé avec l'hélice, mais ce système
se révèle peu fiable. Le constructeur se rabat alors sur un procédé
moins ambitieux alliant une certaine synchronisation et un blindage de la
partie de l'hélice située face à la sortie d'une mitrailleuse
Hotschkiss. Certaines balles passent, les autres s'écrasent contre le
blindage. Pour viser, il suffit de pointer l'avion lui-même. C'est avec la collaboration de Roland Garros, pilote à la MS 23, qu'il perfectionne ce dispositif et le rend opérationnel sur un Morane Saulnier type N. Ce dispositif monté sur un MS Parasol L permet au pilote de remporter trois victoires du 1er au 18 avril sur le front Nord. Mais le 19 avril 1915, Garros touché est contraint de se poser derrière les lignes allemandes. Il ne parvient pas à détruire son appareil.
Le
système est envoyé à Anthony Fokker qui travaillait sur le même sujet.
Le Hollandais l'étudie et parvient à mettre au point un tir synchronisé
à travers l'hélice d'une grande fiabilité avec une mitrailleuse
Parabellum. Ce système est installé sur un monoplace M.5K
d’avant-guerre sous la désignation Fokker M.5K/MG (MG pour
Maschinengewehr; mitrailleuse), puis sur un Fokker E I.
Quand
il apparaît à l'été 1915, le Fokker E I manque de puissance avec son
moteur Oberursel de 80 ch. Mais rapidement des modèles améliorés, E II,
mais surtout E III à partir de décembre, entrent en ligne, équipés
d'un Oberursel rotatif de 100 ch et de deux mitrailleuses Parabellum ou
Maxim.
L’ère
du « fléau des Fokker » débute, servie par de remarquables
pilotes tels Oswald Boelcke et Max Immelman. La tactique d'emploi du
chasseur est identique en Allemagne et en France. Les Fokker patrouillent
à deux recherchant les ennemis isolés, ou escortent les avions de
reconnaissance Aviatik.
Coté français, les Voisin utilisés pour les missions de
bombardement sont trop lents et trop vulnérables face à ces redoutables
chasseurs. Il en va de même pour les avions d'escortes. Les pertes françaises
augmentent alors dans de telles proportions que le bombardement de jour
est arrêté. A partir de juillet 1915, les missions sont accomplies de
nuit au détriment de la précision. L'intensité des attaques baisse.
Même
si les Allemands n'engagent les Fokker qu'à l'intérieur de leurs lignes
pour garder le secret du tir synchronisé, la chasse détient un avantage
majeur qui met les Français et les Anglais en position d'infériorité.
La
crise de l'Arrière
L'aviation
française est une arme en plein essor. Pourtant, elle est confrontée à
une crise de jeunesse dès l'été 1915. C'est que l'aéronautique
militaire est dirigée par deux services parallèles : le GQG à
l'Avant et la 12e Direction à l'Arrière, entre lesquels il
n'existe aucune liaison, aucune coordination. Cette dualité de
commandement est à l'origine de la crise de croissance que connaît
l'aviation.
Les
productions ne progressent plus, les constructeurs ont du mal à mettre au
point les nouveaux modèles de machines adaptées à la guerre (biplan
Breguet, Farman F 40, Nieuport-Delage 11), les moteurs propulsant les
avions man-quent de puissance.
Ces
problèmes n'échappent pas aux politiques en charge de l'aviation. Le 28
mars 1915 est créée une sous-commission à l'aéronautique à l'Assemblée
Nationale. Le 5 juillet [15]
puis, le 23 septembre [16],
elle réclame une collabo-ration accrue entre les zones Avant et Arrière.
En
fait, les problèmes entre les deux zones trouvent leurs origines dans le
statut et la position des organes ayant en charge l'aviation. Au GQG, le général
Barès est en première ligne, il est confronté quotidiennement aux
innovations d'une arme naissante et il doit adapter, au jour le jour les
structures aux nouvelles utilisations de l'avion. Au contraire, la 12e
Direction n'a pas de pouvoir de décision immédiat, elle n'est qu'un
bureau qui passe des commandes. S'il n'est pas possible d'obtenir des
avions mieux armés, plus rapides et des moteurs plus puissants, c'est que
les conditions techniques du moment ne le permettent pas. Les
constructeurs font leur maximum pour perfectionner leurs appareils et les
produire en masse, cela prend du temps.
Pour
régler cette crise, le domaine politique reprend en main la nouvelle
arme. Afin de donner à l'aviation une seule et unique direction, le
gouvernement créé, le 13 septembre 1915, un sous-secrétariat d’Etat
à l'Aéronautique militaire, confié au député René Besnard.
Ce
dernier prend rapidement des mesures contre le désordre et le gaspillage
: création d'un bureau de statistique afin de tenir un compte exact des
matériels livrés, création d'une Inspection générale des matériels aériens
confiée à des officiers de l'Avant et d'un organe similaire à l'Arrière.
Pour
accroître la production, René Besnard réforme les services de l'Arrière.
Le Service Technique voit son domaine d'investigation étendu vers tous
les types d'armement. L'Atelier de réparation acquiert son indépendance [17].
Le SFA est restructuré. Enfin, un Service industriel est mis en place
avec la mission de fournir aux industriels la main d'œuvre, les matières
premières, les usines qui leurs sont nécessaires [18].
René
Besnard met en place une véritable politique industrielle. En accord avec
la Chambre Syndicale des Industries Aéronautiques, il établit un système
de conventions provisoires des commandes liant l'Etat et le constructeur [19].
Cette convention détermine l'importance de la commande, les délais de
livraisons, un prix unitaire provisoire des machines. Ce texte entre en
application après la démission du sous-secrétaire d’Etat.
Le
21 novembre 1915, constatant l'infériorité des appareils français, le
GQG décide de lancer un plan en grande partie constitué de matériels
nouveaux, visant à aligner, dès le printemps 1916, 1 310 avions. L'état-major
s'oriente vers des appareils triplaces, bimoteurs, en état de se défendre
vers l'arrière comme vers l'avant et de mener à bien des missions de
bombardement, de reconnaissance et de chasse. Pour cela, le commandement
compte s'appuyer sur deux atouts :
-
le moteur Hispano-Suiza 150 ch qui a été évalué par l’état-major en
juin 1915 ;
-
le bimoteur triplace Caudron R 4 qui a volé au cours du premier semestre
1915.
René
Besnard soutient ce plan d'équipement. Mais ce programme est vivement
critiqué par les industriels car il implique l'abandon progressif des
constructions en cours et des investissements importants et par les
parlementaires qui mettent en doute le choix des appareils. A cela
s'ajoute le fait que la refonte des structures de l'aviation, mise en
route par le sous-secrétaire, ne remporte pas une adhésion unanime.
Les
attaques contre René Besnard et le plan du GQG s'amplifient à tel point
que le gouvernement, inquiet, décide de réunir une commission d'enquête
sur le programme du 21 novembre. Celle-ci conforte les décisions prises
et maintient le programme [20].
Cela n'est pas suffisant pour calmer les esprits, soumis à une violente
campagne de presse. René Besnard démissionne le 8 février 1916. Le
gouvernement restaure la 12e Direction à la tête de laquelle
est nommé le colonel Régnier qui poursuit dans la même voie que René
Besnard. Quelques mois plus tard, la Chambre des députés, réunie en
comité secret, rend hommage à l'œuvre de René Besnard [21].
A
la veille de la bataille de Verdun, la situation n’est pas bonne, mais
les germes du redressement sont présents.
A
l'Avant, les Fokker ont stoppé les raids de bombardement stratégique
pratiqués par les GB. Les chasseurs allemands sont supérieurs aux
appareils français. Le Nieuport XI, dit « Bébé », qui
commence à entrer en unité est par bien des points supérieur aux avions
allemands. A Verdun, le Nieuport, utilisé selon une nouvelle doctrine
d'emploi de la chasse, donne la maîtrise de l'air aux Français. A l'Arrière,
le sous-secrétariat de René Besnard n'a pu se maintenir face aux
critiques, mais les réformes qu'il a entreprises ont préparé le terrain
à une véritable politique industrielle. VERDUN
Les
avions allemands dominent le ciel de Verdun Le
généralissime allemand von Falkenhayn est convaincu du rôle important dévolu
à l'aviation sur le champ de bataille, c'est pourquoi il décide
d'utiliser en masse l'avion à Verdun. Il réunit dans la zone des combats
:
- 12
escadrilles (Feldfliegerabteilung)
de 8 avions chacune ;
- 4
escadres de combat (Kampfgeschwader)
composées de 6 escadrilles de 6 avions polyvalents (chasse, protection,
bombardement léger) chacune.
A
ces forces viennent s'ajouter 40 chasseurs Fokker E et Pfalz E. Au total,
le 21 février 1916, 280 appareils allemands opèrent sur le front de la
RFV (Région Fortifiée de Verdun). La zone des combats est divisée en 2
secteurs à l'intérieur desquels opèrent 2 escadres chargées de faire
barrage aux avions français.
Si
du point de vue des forces, les Allemands ont réussi à masser devant
Verdun une véritable armada aérienne, du point de vue de l'organisation
l'unité n'est pas parfaite. Von Falkenhayn n'a pas réussi à créer un
commandement unique pour toute cette force. L'aviation allemande reste
divisée entre les armées, ce qui nuit à la coordination des mouvements.
Les
effectifs de l'aviation française de la RFV le 21 février 1916 se résument
à quatre escadrilles :
- 2
de Corps d'Armée ayant pour mission l'observation, la MF 63 et la C 18 ;
- 2
d'Armées, la C 11 pour l'observation et la N 23 pour la chasse ;
- 1
section de photographie aérienne ;
- 2
compagnies d'aérostiers, la 28 et 31e, pour le réglage des
tirs d'artillerie .
En
tout 70 appareils ce qui est insuffisant pour résister à l'aviation
allemande qui s'octroie rapidement la maîtrise du ciel.
Falkenhayn
a l'intention dès le début de l'offensive d'aveugler l'artillerie française
en la privant de ses ballons et des avions de Corps d'Armée.
Contre
l'aviation d'observation, il met en place un barrage d'avions « Luftsperre »,
constitué de patrouilles d'appareils biplaces interdisant le ciel aux
français. Derrière ce barrage, volent les Fokker chargés d'abattre les
ennemis réussissant à passer. Contre les ballons, il imagine une
nouvelle tactique consistant à utiliser les canons par paires, l'un
tirant sur le ballon en ascension, l'autre sur le treuil au sol. Cette
technique réussit parfaitement.
Les
aérodromes sont pilonnés par l'artillerie, celui d'Ancemont par exemple
reçoit les 21 et 22 février près de 1200 obus de 130 mm.
Les
escadrilles de Verdun sont complètement débordées et numériquement
incapables de remplir les missions demandées. Elles sont jetées hors du
champ de bataille, tandis que les canons les expulsent des terrains.
Côté
français, deux escadrilles, la N 67 et la MS 72, arrivent en renfort dans
les premières heures de la bataille. A cela s'ajoutent deux compagnies
d'aérostiers la 39e et la 52e. Le pilote Navarre
est détaché à l'escadrille N 67. Dix-huit escadrilles de reconnaissance
sont envoyées le 24 février. Puis, le 25 février, suivent huit
formations de reconnaissance, cinq pour le réglage de tir (plus quatre
ballons), une pour les missions photographiques.
Mais
même si l'avantage sur le plan de la bataille reste faible, les Allemands
ne disposant pas de bombardiers lourds de jour et de nuit, ils obtiennent
la maîtrise du ciel de Verdun, ce qui rend l'artillerie française
aveugle.
La
réaction française : un nouvel emploi de la chasse
Quand
le général Pétain prend le commandement de la IIe armée le
25 février, la situation de l'aviation française est désespérée. Face
à l'urgence et afin de reconquérir la maîtrise du ciel, pour aider
l'artillerie et faciliter les reconnaissances, le général Joffre, le
colonel Barès et le général Pétain décident d'adopter une nouvelle
conception de l'utilisation de la chasse.
La
réaction française du point de vue aérien face à la domination
allemande se situe sur trois plans : l'emploi de la chasse, l'emploi de
matériels de pointe et l'emploi de pilotes expérimentés. Pour mettre en
place cette triple parade, Pétain fait appeler au commandement de
l'aviation engagée à Verdun le commandant Jean Baptiste Charles de Rose,
directeur de l'aviation de la Ve Armée et chef de la MS 12
qu'il a créée le 1er mars 1915. Il est secondé par les
capitaines Le Révérend et Broccard.
Le
28 février le général Pétain demande à de Rose de balayer le ciel de
Verdun et lui donne carte blanche. Du 28 février au 2 mars, de Rose
rassemble dans le secteur de Bar-le-Duc/Verdun les formations de chasse :
N 65 (la première escadrille dotée de Nieuport XI), N 37, N 15, N 57 et
N 69. Ce sont ces formations qui constituent l'outil d'une nouvelle
doctrine d'emploi des chasseurs.
L'œuvre
du commandant de Rose : le Groupement de Combat (GC)
Depuis
1915, la chasse est menée ponctuellement pour la protection des avions de
CA ou des bombardiers. Il n'était pas envisagé une permanence dans le
ciel et encore moins le gain de la maîtrise de l'air sur un grand espace
et sur le long terme.
De
Rose donne une organisation de la chasse rigoureusement inverse. Il décide
de créer une grande formation de combat, groupant plusieurs escadrilles,
opérant offensivement et sous commandement unique. Les escadrilles sont détachées
des armées auxquelles elles appartiennent et sont réunies au sein d'un
Groupe de Combat (GC) commandé par de Rose.
Il
expose ses principes dans une note datée du 29 février 1916 :
« Des
reconnaissances offensives seront effectuées suivant des tours réguliers,
à heures fixées. Ces reconnaissances bien qu'exécutées en force
devront être aussi nombreuses que possible. La mission des aviateurs est
de rechercher l'ennemi pour le combattre et le détruire sur tout le
front, de Saint-Mihiel à Sainte-Menehould. (...) L'objectif est de créer
une zone de danger pour l'ennemi [22]. »
« Il faut placer
l'ennemi sous la menace constante d'une attaque en force et de toute part
[23]. »
« A toutes les heures,
des groupes d'avions passent les lignes ennemies, parcourent de vastes
itinéraires à la recherche des appareils adverses qu'ils doivent
absolument détruire [24]. »
Deux maîtres mots sous-tendent la réflexion du tacticien,
permanence et masse. Ces deux impératifs s'exercent à travers un double
vecteur :
- des
patrouilles régulières de trois à cinq avions opèrent au-dessus du
front et attaquent l'ennemi présent dans ce secteur ;
- des
groupes plus importants de dix à vingt appareils mènent, à heures
variables, des rondes et poussent des pointes offensives à l'intérieur même
des lignes ennemies.
Les
croisières des petites unités comme de forces plus importantes sont
d'autant plus faciles à régler qu'elles sont décidées par un
responsable unique de l'aviation de chasse pour tout le secteur de Verdun.
Le travail en patrouille rationalisé, imposant une discipline de vol,
fait passer au second plan le combat individuel, apanage de la chasse, même
si finalement c'est toujours au cours d'un duel que ce termine
l'affrontement.
Ainsi
assurant une permanence en masse dans le ciel, la situation de l'aviation
française s'améliore au cours de la première quinzaine de mars.
Mais
l'idée d'un GC important privant les armées de leurs chasseurs a du mal
à s'imposer. Au GQG, nombreux sont les militaires qui ne croient pas dans
la chasse, comme nouvelle spécialisation de l'avion après l'observation,
le réglage d'artillerie et le bombardement. Ils sont plutôt favorables
à l'idée d'équiper les avions de CA (observation, réglage) d'armes défensives.
Le
21 mars le GC est dissous. De Rose est éloigné.
Les
escadrilles de chasse sont à nouveau réparties entre les secteurs aéronautiques
d'armées et n'assurent plus qu'une mission de protection rapprochée des
avions d'observation et de réglage de tir. Il n'y a plus de patrouille
permanente dans le ciel de Verdun, les Allemands se font de nouveau plus
menaçants dans le ciel. Devant cette constatation, le Groupement est recréé,
dès le 28 mars, sous les ordres du commandant Le Révérend, qui applique
à nouveau la doctrine du commandant de Rose.
La
doctrine d’emploi de la chasse doit avoir une certaine souplesse. Les
croisières de grande formation de chasse sont efficaces car elles créent
une zone d'insécurité pour l'ennemi qu'elle dissuade de prendre l'air,
mais elles excluent tout effet de surprise d'une attaque en un point du
front visant à la destruction de nombreux appareils en même temps. La
situation s'améliorant, les as français demandent et obtiennent, à
partir d'avril, de pouvoir effectuer, à côté de leurs patrouilles en
groupe, des raids à un ou deux appareils pour surprendre l'ennemi. Ainsi,
le combat singulier se trouve intégré dans une tactique de suprématie aérienne
globale.
La
tactique du GC est coûteuse car elle oblige les appareils français à
travailler au-dessus du dispositif allemand. Du 21 février au 1er
juillet 1916, l'aviation perd plus d'une centaine de pilotes et
observateurs [25].
Mais c'est la seule technique pour s'assurer la maîtrise du ciel. Elle
porte ses fruits, l'équilibre est rétabli fin février, les Allemands
connaissent à leur tour de sérieuses pertes. Début mai, les Français
ont reconquis la maîtrise du ciel et les avions de CA (réglage de tir et
observation) peuvent reprendre leurs activités.
Le
Nieuport XI, outil du GC
La
doctrine mise en œuvre par de Rose ne peut réussir que si elle est
servie par des machines capables d'assumer le nouveau rôle que le
commandement veut donner à la chasse. A cela s'ajoutent des innovations
techniques telles les fusées Le Prieur.
Toutes
les escadrilles de Verdun sont équipées du meilleur chasseur français
du moment le Nieuport XI, dit « Bébé » à cause de sa petite
taille.
On
a vu que dès le début des hostilités, en septembre 1914, les Nieuport
disparaissent des formations françaises. Les usines de Suresnes et
d'Issy-les-Moulineaux reçoivent l'ordre de construire des Voisin. Mais le bureau d'études de la société, sous la direction de Gustave Delage, poursuit l'étude et la réalisation d'avi | ||||||||||||||||||