| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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1916. L'émergence des armes nouvelles dans la Grande Guerre Claude
Carlier et Guy Pedroncini
MARCEL
DASSAULT ET
HENRY POTEZ CONSTRUCTEURS
AÉRONAUTIQUES Luc
Berger
Marcel Dassault et Henry Potez furent deux des plus éminents
constructeurs aéronautiques français des années 30 aux années 80. Fait
peu connu, leur expérience d’industriels aéronautiques remonte à la
Première Guerre mondiale où ils firent leurs premières armes. Leur
parcours est marqué par le contexte général de l’époque et,
notamment, l’organisation de la production de guerre d’une nouvelle
arme : l’aviation [1]. Une
passion précoce
Marcel
Dassault, né Marcel Bloch, voit le jour le 22 janvier 1892 à Paris. Après
ses études secondaires au lycée Condorcet, conquis par la « Fée
électricité », il entre à l'Ecole d'électricité Breguet. Le 18
octobre 1909, alors qu’il est en récréation, l’adolescent voit
passer dans le ciel un aéroplane Wright piloté par le comte de Lambert qui
va doubler la tour Eiffel :
« Je
n'avais jamais vu d'avion et j'ai compris que l'aviation était entrée
dans mon esprit et dans mon cœur [2]. »
Cette passion occupe la plus grande partie de ses loisirs :
« Avec
des amis, nous allions à Issy-les-Moulineaux voir Farman faire les essais
d'un avion préparé avec le plus grand soin par les mécaniciens et quand
il faisait un vol de 5 mètres de haut et de 200 mètres de long tout le
monde était content. Ensuite, j'ai vu la Demoiselle de Santos Dumont
voler à Bagatelle [3]. » L’École
supérieure d'aéronautique et de construction mécanique
Au début des années 1910, l'aéronautique connaît un essor
spectaculaire. Les journaux annoncent sans cesse de nouveaux records et
relatent des meetings qui réunissent des foules de curieux. Les noms de
Farman, Voisin, Blériot connaissent la célébrité ; la France est
au premier rang mondial.
Les
militaires s'intéressent également à l'aviation. En septembre 1910,
lors des grandes manœuvres en Picardie, des avions sont utilisés pour
des opérations de reconnaissance. Le 22 octobre 1910, un décret crée
l'embryon d'une arme aérienne : l'Inspection permanente de l'aéronautique
militaire. A l'automne de 1912, une grande campagne de presse aboutit à
la création d'un Comité national d'aviation qui organise une
souscription nationale grâce à laquelle l'armée reçoit 170 appareils.
Marcel
Dassault obtient son diplôme de l’Ecole Breguet en 1912 :
« Le
jour de la distribution des diplômes de l'Ecole, je reçus mon diplôme
d'ingénieur électricien des mains du constructeur Louis Breguet. J'avais
dix-neuf ans alors et j'étais loin de penser qu'un jour je deviendrais le
principal actionnaire de la société Breguet-Aviation [4]. »
En octobre, il entre à l'Ecole supérieure d'aéronautique et de
construction mécanique, la première au monde à dispenser un tel
enseignement.
Marcel
Dassault fait partie des quarante-cinq élèves de la quatrième promotion
qui intègrent l'école. Parmi eux, figurent quelques élèves étrangers,
en particulier les Russes Meyer et Samuel Gourevitch, futurs créateurs
des avions soviétiques MiG que les Mirage de Marcel Dassault auront un
jour à combattre.
En juillet 1913, il quitte l'école avec son diplôme en poche.
Comme tous les jeunes Français, il doit maintenant effectuer trois ans de
service militaire. Le
service militaire
En tant qu'ancien élève de l'Ecole supérieure d'aéronautique et
de construction mécanique, Marcel Dassault est incorporé de droit, en
octobre 1913, dans un régiment d'aviation du Génie :
« Je
pensais ainsi pouvoir, par une étude approfondie des prototypes, compléter
l'enseignement technique que j'avais reçu [5].
En janvier 1914, il est détaché au Laboratoire de recherches aéronautiques
de Chalais-Meudon dirigé par le colonel Emile Dorand, un de ses anciens
professeurs, qui regroupe autour de lui différents ateliers dans lesquels
ses collaborateurs étudient toutes les techniques intéressant l'aéronautique.
Cette
affectation lui permet de se familiariser avec diverses techniques.
Pendant un temps, le jeune soldat travaille avec le commandant Saconnet au
bureau d'aérostation et des cerfs-volants où il rencontre Henry Potez,
sorti comme lui de l'Ecole supérieure d'aéronautique et de construction
mécanique, deux ans auparavant. Tous deux se lient d'amitié avec le
major de la promotion de Marcel Dassault, Louis Coroller. L'histoire va
bouleverser leur destin. La
guerre
Le
2 août 1914, c'est la guerre. La Première Guerre mondiale est aussi la
première guerre mécanique.
Le
rôle éminent joué par les Français dans la naissance et le développement
de l’aviation et l’intérêt que lui porte le ministère de la Guerre
font que la France possède la première industrie aéronautique mondiale
et l’une des plus importantes aviations avec 183 avions. Mais, en août
1914, la nouvelle arme reste secondaire sur le plan militaire et
industriel. L’organisation
de la production
Lors
de la bataille de la Marne, l'aviation fait preuve de son efficacité en
permettant de déceler la manœuvre des troupes allemandes au nord-est de
Paris, entraînant la réaction française puis la victoire. L'état-major
français arrive à la conclusion que les armées terrestres ne peuvent se
passer d'aviation pour combattre. Indispensable pour l'observation, la
reconnaissance, le guidage des tirs d'artillerie, l'aviation peut également
porter la destruction chez l'adversaire et lutter contre ses intrusions en
interdisant le survol du territoire national. Pour cela, il faut disposer
d'avions capables d'accomplir des missions différentes :
observation, bombardement, reconnaissance, chasse.
Or,
avant la guerre, les instances dirigeantes du pays n’avaient pas prévu
le formidable développement de la recherche et des productions en matière
aéronautique et aucunes structures officielles n’étaient établies
pour les contrôler et les orienter. Après la fixation du front, il
fallut improviser une remise en marche de l’activité économique, car
rien n’avait été envisagé pour un long conflit et la carte de guerre
était particulièrement défavorable à la France, ses principales régions
industrielles étant envahies.
Issus
de plusieurs commandes passées avant la guerre, les matériels sont trop
disparates. De plus, le gouvernement s’étant réfugié à Bordeaux et
les exigences militaires assurant au commandement français des pouvoirs
exceptionnels, une liaison directe s’est établie entre le client,
c’est-à-dire l’Armée française et les constructeurs aéronautiques
:
« Le
ministère de la Guerre avait pris le parti, avant 1914, de diversifier
les commandes, très restreintes, auprès de tous les avionneurs et
fabricants de moteurs tant soit peu sérieux. Aucun d’entre eux, à
l’exception peut-être de Renault, ne disposait d’une entreprise
capable de fournir les grandes séries que l’évolution des combats
rendit nécessaires dès la deuxième année de la guerre. D’autre part,
la trop grande variété des modèles apparut, à tous égards, fort
nuisible. Les Services des fabrications de guerre prétendirent donc
uniformiser les appareils, quitte à fournir aux industriels dont la
production serait retenue les moyens d’édifier de véritables
entreprises et à leur demander de céder à leurs rivaux, moyennant
paiement de droits de licence fort rémunérateurs, la possibilité de
fabriquer leurs engins. Dès lors s’ouvrait une longue série
d’intrigues et de récriminations, chaque avionneur cherchant à
se créer une véritable clientèle de combattants et de parlementaires
chargés de vanter les mérites de sa production et de dénigrer celle des
autres, tandis que les bénéficiaires du marché mettaient toute la
mauvaise volonté possible à communiquer ses secrets de fabrication à
ses sous-traitants imposés [6]. »
Le 8 octobre 1914, le Grand quartier général élabore un plan aéronautique.
Dans un souci d'uniformisation, seuls quatre types d'avions sont retenus :
le Farman VII pour la
reconnaissance, le Caudron G 3
pour le réglage d'artillerie et l'observation, le Morane Saulnier Parasol
pour la chasse et le Voisin LA 5
pour le bombardement et la reconnaissance. La fabrication de ces appareils
est répartie entre les différents constructeurs pour utiliser au maximum
les moyens de production.
En
octobre 1914, les services gouvernementaux revenus de Bordeaux décident
de reprendre en main la direction des affaires du pays. Au ministère de
la Guerre, la Direction de l’aéronautique n’est que la XIIe
Direction, service subalterne chargé d’organiser la production aéronautique.
Elle manque de moyens matériels et de personnel véritablement compétent
et n’a pas de liaison réelle avec le Grand quartier général. A
l’intérieur de ses bureaux, le Service des fabrications de l’aviation
(SFA) prend une importance nouvelle, car il devient l’agent central
entre l’industrie et les commandements de l’avant et de l’arrière.
Son immixtion dans le milieu des productions aéronautiques le confronte
aux intérêts des parties déjà en présence.
Pour
rester maître de ses approvisionnements et pousser les cadences de
production, l’Etat intervient de plus en plus auprès des constructeurs. Les
travaux sur le Caudron G 3
Le
chef du Service des avions au Service des fabrications de l'aviation, le
capitaine Albert Etévé, constate un manque de coordination des plans du
Caudron G 3 envoyés dans les quatre usines qui fabriquent cet
appareil [7].
Il demande alors au colonel Dorand de lui détacher un ingénieur du
Laboratoire d'aéronautique capable de mettre au point les plans puis
d'assurer la coordination des fabrications. Marcel Dassault est désigné
en 1915.
Devant
l'importance du travail, le capitaine Etévé lui demande s'il connaît un
camarade susceptible de l'aider. Marcel Dassault propose Henry Potez, son
choix est accepté. Ils vont travailler sur les liasses de plans pendant
près d'un an :
« La
mise à jour des plans était naturellement pressée et, un dimanche où
l'usine était fermée, nous avons trouvé à Levallois une boutique qui
était spécialisée dans le tirage des plans.
« Comme
c'était dimanche, nous avons eu du mal à nous faire ouvrir. Nous avons
été reçus par une brave femme qui nous a dit qu'elle n'avait pas
d'ouvriers. Nous lui avons proposé de tirer nos bleus nous-mêmes, et
elle a mis aimablement sa machine à notre disposition [8]. »
Marcel Dassault vérifie les dessins, leur concordance, les pièces
fabriquées et fait effectuer les modifications demandées par les
pilotes. Le suivi des essais en vol lui fait prendre conscience de
l'importance de leur jugement sur un nouvel avion. Il en tire des
enseignements que l'on retrouve tout au long de sa carrière aéronautique ;
jamais il ne néglige l'avis des pilotes.
Le
Service des fabrications de l'aviation souhaite bientôt améliorer le
Caudron G 3 en lui adaptant un gouvernail de profondeur. Marcel
Dassault et Henry Potez sont chargés du travail. Un prototype, expérimenté
chez Louis Blériot, donne satisfaction.
Au
front, les pilotes signalent les difficultés que rencontrent les
mitrailleurs assis devant eux pour se servir de leur arme. Caudron est
invité à inverser les places pilote et mitrailleur en installant ce
dernier à l'arrière où il y a plus de champ libre. Devant le refus de
Caudron, le Service des fabrications de l'aviation se tourne une nouvelle
fois vers Marcel Dassault et Henry Potez qu'il charge de s'occuper de
cette modification. Ils redessinent les plans du fuselage en alternant les
places du pilote et du mitrailleur. L'avion prototype, construit chez
Louis Blériot, vole à Buc, pour la première fois, le 14 juillet 1915.
Marcel
Dassault et Henry Potez, acquièrent l'expérience des bureaux d'études,
des ateliers et se familiarisent avec la construction des avions. Ils
s'entendent bien avec les frères Caudron, avec le directeur technique de
Spad, Louis Béchereau, ainsi qu'avec Louis Blériot. Comme tous sont
satisfaits de leur travail, pour les récompenser, leurs supérieurs
nomment Marcel Dassault, sergent, et Henry Potez, caporal, puis tous deux
sont promus sous-lieutenants. La
crise de l’aviation française
Durant
l’été 1915, pour remédier aux insuffisances du matériel français
qui tiennent au manque de rationalisation de l’effort de guerre, aggravé
par l’opposition entre l’Etat et les constructeurs et non par
l’incapacité d’inventer et de produire, il est créé un sous-secrétariat
d’Etat à l’Aéronau-tique à la tête duquel est placé, le 13
septembre 1915, le député René Besnard. Ce dernier tente de procéder
à une remise en ordre indispensable des services de l’arrière pour développer
de nouvelles productions adaptées au combat.
Il y a urgence. A la fin de 1915, la supériorité aérienne
allemande est incontestable, au point que l’on peut parler de crise de
l’aviation française. La mise en place d’un cadre précis qui puisse
permettre une production aéronautique optimale quantitativement et
qualitativement apparaît impérative. La persistance de l’opposition
d’intérêts multiples et divergeants, que la faiblesse et les lacunes
des services de l’Etat ne font qu’accentuer, freine le bon développement
des fabrications aéronautiques. Politiquement, le malaise se traduit par
la démission de René Besnard, le 8 février 1916, provoqué par
l’opposition des parlementaires et des constructeurs à ses réformes.
C’est dans cette situation difficile que l’aéronautique militaire
française doit entamer la bataille de Verdun. L'hélice
Éclair
Après avoir coordonné la fabrication du Caudron
G 3, Henry Potez est muté comme dessinateur au bureau d'études
de Caudron à Lyon tandis que Marcel Dassault est affecté à la réception
des essais en vol des avions Farman à Buc :
« Mon
rôle consistait à voler avec les pilotes et à établir ensuite un
rapport sur les performances et les qualités de vol de chaque appareil [9]. »
« A cette occasion, j’effectuais de nombreux vols en qualité
de chef de bord pour contrôler les temps de montée et la maniabilité de
chaque appareil [10]. »
Il a aussi l'occasion d'effectuer plusieurs vols [11]
en compagnie de Maurice Farman :
« Il
appréciait surtout le vol en rase-mottes et nous voyions alors, sous
notre F 40, s'égailler en tous sens les lapins et les perdrix qui
pullulaient dans les champs, car la chasse était interdite en temps de
guerre [12]. »
Le 28 février 1916, la XIIe Direction, avec l’accord
du général Gallieni, créé, au sein du SFA, la Section technique de
l’aéronautique (STAé) confiée au commandant Emile Dorand. C’est un
établissement spécial mis à la disposition du ministère de la Guerre,
dont le but est de diriger, coordonner et centraliser les études
nouvelles concernant l’aéronautique militaire. C’est aussi un organe
de liaison entre la ministre, le Service de l’aviation aux armées et
les constructeurs.
Dès qu'il a du temps libre, Marcel Dassault entreprend d'améliorer
l'hélice du Caudron G 3
dont il a constaté le médiocre rendement. En cela, il est dans la droite
ligne de la pensée du commandant Dorand qui affirme que, alors qu’il
est nécessaire de faire évoluer les définitions techniques des
appareils à mettre en service, « les
constructeurs engagés les uns et les autres dans des séries importantes
et manquant de personnel d’étude, semblent se désintéresser de la
ques-tion . »
Le commandant ira même jusqu’à faire réaliser entièrement un avion
par le STAé : le Dorand AR.
En
parallèle, Marcel Dassault travaille alors pour son propre compte.
Pour
construire l'hélice qu'il étudie et dessine, le jeune ingénieur pense
à l’atelier d’Hirch Minckès, père d’un ami et fabricant de
meubles au faubourg Saint-Antoine :
« Il
aimait qu'on fût hardi et entreprenant, aussi consentit-il à mettre à
ma disposition un ébéniste et quelques planches de noyer [14]. »
Ayant obtenu les moyens de la réaliser, il surveille
personnellement et avec beaucoup d’attention sa fabrication :
« Je
fis le dessin de mon hélice, je traçai les différentes sections, ce qui
permit à l'ouvrier de réaliser des gabarits. Je restai à côté de lui
pendant qu'il rabotait son hélice, de façon à conduire sa main vers des
lignes harmonieuses [15]. »
Il baptise son hélice Eclair. Elle est essayée à Buc par un des
pilotes de Blériot, puis est présentée au centre d'essais du Service
technique à Villacoublay. L’hélice Eclair est commandée par l’armée
à cinquante exemplaires à 150 francs pièce. Elle doit d'abord équiper
les Caudron G 3 à moteur
Clerget de 80 cv.
C'est
un bon début d'autant plus que la bataille de Verdun qui fait rage,
depuis février 1916, entraîne des commandes supplémentaires d'avions
donc d'hélices :
« Commençant
à avoir trop de travail, je proposai à Potez de venir travailler avec
moi. Il quitta sans regret le bureau d'études de Caudron [16]. »
Pour produire davantage, Marcel Dassault propose à Hirch Minckès
de fabriquer ses hélices. Ce dernier consulte plusieurs de ses amis dont
E. Dumaine, directeur général de la Société des moteurs Clerget, qui
l'encourage dans cette voie. Une Société des Hélices Eclair est créée
dont Marcel Dassault et Henry Potez sont directeurs techniques et auprès
de laquelle l'armée les détache. Ils sont rétribués sous forme de
redevances de licence sur le chiffre d'affaires.
Plusieurs
menuisiers viennent renforcer leur équipe tandis que la Société Clerget
les aide à démarrer en leur passant des commandes d'hélices-freins pour
ses bancs d'essais. Leur affaire se développe et occupe un étage entier
de la fabrique de meubles de l'avenue Parmentier dont ils constituent une
section à part. Selon Henry Potez, Hirch Minckès, tout en étant un très
brave homme, est têtu et ne veut pas de machines chez lui. Les deux amis
sous-traitent donc à l'extérieur les éléments qui doivent être usinés :
« Nous
faisions découper les pales à l'extérieur, nous les collions chez lui
et il fallait ensuite les faire débillarder. Tous les fabricants de
meubles du faubourg Saint-Antoine s'étaient mis à construire des hélices
Eclair [17]. »
Leur association est une réussite. Les hélices Eclair équipent
le Sopwith britannique de reconnaissance construit sous licence en France,
le Dorand AR [18]
d’observation et surtout les chasseurs Spad, en particulier le Spad
VII du plus célèbre des as français, Georges Guynemer, cher au cœur de
Marcel Dassault :
« Lorsque
l'avion de Guynemer, le Vieux Charles aux dix-neuf victoires, fut présenté
aux Invalides comme témoin de gloire, je suis allé le voir et en
arrivant j'ai vu, naturellement, l'hélice. Or c'était une hélice que
j'avais étudiée et construite. J'en ai ressenti une grande satisfaction
et peut-être un peu d'orgueil [19]. »
En 1917, c'est le succès pour les deux sous-lieutenants qui, en
quelques mois, sont à la tête de l'une des quatre grandes sociétés
construisant des hélices alors qu'il n'existe pas moins de quarante
fabricants et deux cent cinquante-trois séries différentes. L'Inspection
du matériel décide de ne conserver que trois séries d'hélices au
maximum pour un Les
difficultés d’organisation des productions
Entre temps, durant la bataille de la Somme (juillet à novembre
1916), les Allemands, qui avaient perdu la supériorité aérienne depuis
la bataille de Verdun, réorganisent leur aviation. A la fin de 1916, les
problèmes auxquels ils se trouvent confrontés lors des combats les
poussent à en unifier la direction sous l’égide du général von
Hoeppner.
Le
8 octobre 1916, un ordre du cabinet du Kaiser décide qu’il est nécessaire
« en raison de l’importance
croissante de la guerre aérienne, de réunir en un seul service tous les
moyens aériens dont disposait l’armée, qu’ils fussent offensifs ou défensifs,
sur le front ou à l’intérieur ». En conséquence, le général
von Hoepner est nommé « général
commandant les forces de l’air " chargé "
d’apporter de l’unité et de la méthode dans la construction, la
concentra-tion et l’engagement des moyens aériens [21] ».
L’aviation alle-mande possède, dès lors, une organisation stable et
centra-lisée qui renforce son effort de redressement pour reprendre la maîtrise
de l’air aux Alliés.
En France, la crise organisationnelle aiguë qui mine l’aéronautique
amène une solution semblable. Le 10 février 1917, le ministre de la
Guerre, le général Lyautey, créée la Direction de l’aéronautique
qui est confiée à un artilleur, le général Guillemin, qui « est
chargé d’assurer la haute Direc-tion des Services aéronautiques à
l’Intérieur et aux Armées et d’établir une liaison complète avec
les Services Aéronauti-ques de la Marine et des Armées alliées. »
Cette tentative d’unification avorte rapidement. Le général
Guillemin est remercié, le 20 mars 1917, lors de la chute du cabinet
Briand. Le rôle actif joué par l’aviation lors de la bataille de la Somme convainc les armes traditionnelles et les parlemen-taires que l’aéronautique militaire, malgré les difficultés rencontrées, est vraiment devenue une arme. Cette prise de conscience provoque la multiplication des tentatives de contrôle et de récupération d’un secteur d’importance militaire et économique grandissante qui s’était, jusqu’alors, de par sa position secondaire, développé avec difficulté. La lutte entre intérêts différents, notamment entre les politiques de l’arrière et les militaires du front, ne fait qu’accentuer les défauts dont souffre l’aviation dans son organisation. L’échec de l’unification des services dans une direction générale par manque de volonté politique de la part des responsables gouvernementaux perpétue l’absence de coordination entre l’emploi de l’aéronautique de l’avant et la production qui doit lui être subordonnée. Le
premier avion : le SEA 1
Fabriquer des hélices ne suffit pas pour satisfaire l'appétit aéronautique
de Marcel Dassault, il veut passer à l'étape ultime, la conception et la
fabrication d'un avion. Henry Potez se souvient :
« Avec
Marcel, on était en bonne entente. Mais nous commencions à trouver
monotone notre travail. Nous avons fait beaucoup d'hélices, surmontant
les difficultés que nous causaient les constructeurs en nous communiquant
des critères trop brillants de leurs avions ; il fallait ensuite
rectifier le tir [22]. »
En effet, pour qu'une hélice puisse réaliser ses meilleures
performances, les constructeurs d'avions doivent communiquer les plans et
les caractéristiques : poids, surface, puissance du moteur,
dispositifs aérodynamiques. Selon Marcel Dassault, c'est une bonne école
pour apprendre la construction aéronautique :
« Je
connaissais donc les caractéristiques de tous les avions construits à l'époque.
Je les suivais depuis le moment de leur conception jusqu'à la fin de leur
mise au point pour m'assurer du bon fonctionnement de mes hélices. J'étais
continuellement sur les champs d'aviation et notais avec soin les
incidents survenus à la cellule ou au moteur, et la manière dont on y
avait porté remède.
« J'obtins
ainsi la pratique des essais en vol et de la mise au point. »
« Ayant appris à connaître les appareils qui avaient réussi
et ceux qui n'avaient pas réussi, j'acquis ainsi une grande expérience
de ce qu'il fallait ou ne fallait pas faire pour construire un bon avion [23]. »
Prudent, il commence par construire ceux des autres, toujours avec
son ami Henry Potez. Leur sous-traitance débute par des Spad VII dans une
ancienne usine Antoinette à Puteaux. Puis, forts de leur expérience, ils
se lancent dans la conception d'un prototype sur une idée nouvelle :
« Je
constatai [...] à l'époque, qu'il n'y avait pas de biplace de chasse de
valeur, d'où l'idée d'en construire un [24]. »
« Ayant travaillé dans les bureaux d'études et dans les
ateliers, ayant fabriqué des hélices, ayant suivi les essais en vol,
j'ai vu l'avion qu'il fallait faire. Alors je l'ai fait [25]. »
Durant le premier semestre de 1917, 50 à 75 % des sorties
d’usines de certains constructeurs sont consacrées à des matériels
jugés obsolètes. Le député Daniel Vincent, nommé sous-secrétaire
d’Etat à l’Aéronautique militaire en mars 1917, entame une nouvelle
réorganisation des services de l’arrière et cherche à améliorer les
productions en optimisant le rendement des maisons de constructions de
cellules déjà existantes, en limitant l’installation de nouveaux
industriels dans le rôle de sous-traitants des ces dernières, en arrêtant
la fabrication d’appareils périmés et en standardisant les nouveaux
modèles.
Dans
ce contexte, Marcel Dassault et Henry Potez doivent trouver des capitaux,
car l'Etat ne finance pas les prototypes qui restent à la charge des
constructeurs : « En 1917,
les inventeurs étaient défavorisés au profit des constructeurs qui
n’avaient sorti aucun type nouveau d’avion ou de moteur depuis la
mobilisation [26] ».
Un
ami de la famille de Marcel Dassault, le fournisseur de papier peint René
Lévy-Finger, apporte le financement. Il crée, avec Marcel Dassault et
Henry Potez, une société en nom collectif : la Société d'études
aéronau-tiques (SEA) dont le siège social est installé rue Curie, à
Suresnes.
Ayant
besoin d'aide pour dessiner leur avion, ils font naturellement appel à
leur ami Louis Coroller qui collabore, depuis 1916, à Paris, au Service
technique de l'aéronautique. Il les rejoint sans pour autant quitter son
poste au ministère de la Guerre. Marcel Dassault et Henry Potez lui
louent une garçonnière, rue de Constantine, près des Invalides. Louis
Coroller évoque cette période :
« Bloch
et Potez s’étaient mis à fabriquer des hélices. Leur intention était
aussi de construire un avion et m’ont proposé de leur en étudier un,
ayant loué pour cela une vaste salle dans un immeuble de la rue de
Constantine (sur l’espla-
Marcel Dassault rappelle aussi cette époque :
« Tous
les soirs, de neuf heures à minuit, Potez, Coroller et moi-même venions
là calculer et dessiner notre avion [28]. »
La conception est confiée à Louis Coroller tandis que Marcel
Dassault et Henry Potez se chargent des moyens techniques et de la
fabrication. Ils apprennent ainsi le métier de constructeur.
Les
plans terminés, ils engagent un contremaître et quelques ouvriers pour
construire la cellule de l'appareil à Suresnes dans l'usine où l'on
fabrique déjà les Spad. Leur avion, biplace, est destiné à remplacer
l'avion d'observation anglais Sopwith. Il doit être équipé d'un moteur
Clerget de 200 cv que le motoriste met au point. Les essais, réalisés
sur l'île de la Jatte à Puteaux, sont peu concluants. L'adaptation de ce
nouveau moteur sur la cellule du SEA 1 s'avère trop problématique,
l'avion est abandonné.
Marcel Dassault tira de cette expérience la leçon qu’il ne
fallait jamais, sur un prototype, assembler trop d’éléments nouveaux.
Au cours de sa carrière, il fit appliquer dans sa société la politique
technique dite « des petits pas », les prototypes étant basés
sur des éléments connus auxquels étaient progressivement intégrées
des innovations. Du
SEA 1 au SEA 4
Si
le moteur du SEA 1 est insuffisant, la cellule a montré de bonnes qualités
ce qui les encourage à dessiner de nouveaux appareils SEA 2, SEA 3
et SEA 4.
Cinquante
ans plus tard, Marcel Dassault évoque cette période avant de remettre à
Henry Potez la Grand Croix de l’Ordre national du Mérite :
« Les
prototypes, à l'époque, se faisaient sans l'aide de l'Etat et entièrement
aux risques des constructeurs, et c'était au fond un peu l'histoire de
" Perrette et le pot au lait " puisqu'ayant fait des bénéfices
sur les hélices nous les investissions dans un avion.
« Malheureusement,
le pot au lait ne tarda pas à se briser pour la raison suivante : le
moteur qui équipait notre avion était un nouveau moteur de 200 cv
Clerget. Or, il se trouva que ce moteur ne marcha jamais. Aussi, nous
avons été forcés d'équiper notre avion d'un moteur 130 cv Clerget, le
moteur du Sopwith.
« L'avion
volait bien mais il n'avait aucune performance intéressante puisqu'il
avait été conçu pour un moteur de 200 cv. Nous nous sommes
courageusement remis à l'ouvrage et nous avons construit un nouvel
appareil : un biplace de chasse avec un moteur de 375 cv Lorraine [29]. »
Le SEA 2 est un monomoteur, biplace de reconnaissance tandis que le
SEA 3 est un trimoteur, triplace de reconnaissance. Le 23 juin 1917,
ils présentent leurs projets au sous-secrétariat d’Etat à l’Aéronautique
militaire et demandent une mise à disposition d’un moteur Hispano-Suiza
de 400 ch pour le SEA 2 et de trois Gnome monosoupape de 160 cv pour le
SEA 3.
Le
SEA 4 est un dérivé du SEA 2 équipé du moteur Lorraine de 350 cv. Seul
ce dernier est fabriqué et effectue son premier vol, au
Plessis-Belleville, à la fin de 1917 :
« Il
fut essayé d'abord par notre pilote Douchy, un des as de la guerre
1914-1918, puis par les pilotes du Centre d'essais en vol de Villacoublay,
et enfin par les pilotes du front [30]. »
Les performances obtenues en font un avion biplace léger répondant
à l'attente de l'état-major : 320 kg, vitesse maximale de 200 km/h,
temps de montée à 2 000 mètres de 7 minutes, autonomie de vol de
deux heures et plafond de 6 500 mètres [31]. L’étrange
destin du SEA 4
Le 12 septembre 1917, Jacques-Louis Dumesnil succède à Daniel
Vincent à la tête du sous-secrétariat d’Etat à l’Aéronautique
militaire. A son arrivée, il cherche à poursuivre l’action de son prédécesseur
mais sa tâche est compliquée par divers problèmes. Deux mois après
l’avoir installé dans ses fonctions, le gouvernement Clemenceau lui enlève
le seul véritable pouvoir qu’il possédait, celui de gérer les
productions aéronautiques. Cette responsabilité est, dans un premier
temps, divisée entre lui-même et le ministre de l’Armement et des
Fabrications de guerre avant que ne leur soit adjoint un troisième
responsable chargé de coordonner leur action. Cette singulière direction
tripartite organise les services de l’Etat chargés du contrôle
technique et de la fabrication industrielle du matériel d’aviation
alors en but à de vives critiques. Cependant, des liaisons régulières
pour coordonner les actions existent entre les différents intervenants
qui restent les mêmes jusqu’à la fin du conflit. L’aéronautique
militaire bénéficie alors de stabilité à défaut d’unité dans son
organisation de l’arrière.
En
accord avec le Grand quartier général, Jacques-Louis Dumesnil désire développer
considérablement la dotation en appareils des escadrilles du front pour répondre
aux besoins engendrés par la doctrine d’emploi en masse de l’aviation
développée par le général Duval et la fourniture d’avions pour le
corps expéditionnaire américain.
A
la fin de 1917, lors d'une des réunions mensuelles qu'il organise avec
les constructeurs dans un des grands salons de l'hôtel Claridge à Paris,
le ministre de l'Armement et des Fabrications de guerre, Louis Loucheur,
commande 1 000 appareils SEA 4. Marcel Dassault et Henry Potez
viennent de remporter leur première commande d'avions :
« A
ce moment-là, j'avais vingt-six ans et Potez vingt-sept. C'était un
assez beau début [32]. »
La commande est cependant assortie d'une exigence : les
appareils doivent être construits avec la participation du constructeur
de hangars Bessonneau. Ce dernier possède à Angers une usine, Le Meuble
Massif, très bien équipée pour le travail du bois. En août 1918, une
société en nom collectif, Anjou-Aéronautique, est créée entre Julien
Bessonneau, Marcel Dassault, Henry Potez, et René Lévy-Finger [33].
C'est
ainsi qu'Henry Potez part s’installer à Angers pour superviser l'usine
alors que Marcel Dassault reste à Paris pour s'occuper du bureau d'études :
« Potez
était un très bon ingénieur, un excellent commerçant et un financier
avisé. Aussi m'enseigna-t-il à l'époque bien des choses qui me furent
très utiles par la suite [34]. »
Louis Coroller, de son côté, se voit reprocher de travailler à
la fois pour l’armée et pour ses amis :
« M.
Caquot (qui a succédé au colonel Dorand) m’a convoqué pour me dire
que je ne pouvais pas faire les calculs de performances des nombreux modèles
d’avions présentés chaque mois et en présenter un moi-même en même
temps : ce qui était vrai.
« Il
aurait pu me faire mettre en affectation spéciale à la SEA, ce qui
pouvait se faire d’autant plus que j’avais passé 18 mois au front et
que la chasse aux embusqués par Clemenceau ne me concernait pas. Mais il
est probable que les anciens grands avionneurs bien en place voyaient
d’un mauvais œil la SEA s’installer en concurrence.
« Alors
que je m’attendais donc à partir en escadrille, des camarades du STAé
m’ont dit qu’ils avaient vu dans le bureau de M. Caquot une demande du
capitaine Lepère, ancien officier du STAé pour que j’aille le
rejoindre à la Mission française aéronautique aux Etats-Unis.
« M.
Caquot ne pouvait guère me le refuser. Bloch et Potez n’étaient pas
contents étant abandonnés avec une liasse de dessins dont ils n’étaient
pas très au courant. Mais le premier avion avait été bien construit
avec ces dessins : il devait donc être possible d’en fabriquer
d’autres [35]. »
Le 21 août 1918, Henry Potez écrit au lieutenant Louis Coroller
aux Etats-Unis :
« Comme
tu dois t’en douter, nous avons pas mal de travail pour la mise au point
de la construction des SEA.
« Ainsi
que tu l’as appris, nous avons eu une première commande de 300 avions ;
il est question, à l’heure actuelle, d’augmenter cette commande tant
l’impression générale est excellente, ainsi par conséquent que la
situation.
« Nous
construisons nos avions à Angers en association avec Bessonneau ;
l’usine d’Angers commence à démarrer sous les meilleurs auspices.
(...) Un premier avion SEA entièrement équipé fait, actuellement, des
essais sur le front où tout se passe pour le mieux.
« Nous
allons recevoir incessamment un moteur Liberty pour monter sur notre
avion, et ta présence serait donc plus indispensable encore ayant toi-même
déjà fait la mise au point de ce moteur sur avion en Amérique »
Sur cette même lettre, Henry Potez ajoute à la main :
« Nous
faisons actuellement l’étude d’un monoplace qui devra battre tous les
records, 260 km à 5 000 m, plafond 9 000 m. »
Le 24 août 1918, le général Duval, commandant de l'Aéronautique
au Grand quartier général, établit une prévision d'avions devant équiper
les escadrilles au début de 1919 : pour l'observation le SEA 4 A2
et, pour la chasse, le SEA 4 C2.
En
octobre, le Grand quartier général prévoit que soit constituée une
escadrille de SEA 4. Il estime qu'il devient indispensable d'en développer
la fabrication pour atteindre, au cours du premier trimestre de 1919, une
production men-suelle de 200 avions [36]
qui doit permettre la mise en service de 400 appareils pour le 1er
avril 1919.
Le
premier SEA 4 de série sort d'usine le... 11 novembre 1918. Depuis
l'aube, les canons se sont tus sur le champ de bataille, c'est
l'armistice. Le marché de 1 000 avions est alors résilié, seule
une centaine d'appareils en cours de fabrication est livrée. La
croisée des chemins
A
l’Armistice, l’aviation française est la plus importante au monde.
Elle compte sur les différents fronts, dans les écoles et dépôts de
l’arrière près de 12 000 appareils. Malgré les manquements, les
tâtonnements, les erreurs et de graves problèmes d’approvisionnement
des usines en main d’œuvre, en machines et en matières premières, une
production de masse des matériels aéronautiques a été mise au point
dirigée par les services de l’Etat qui réalisent alors un grand effort
d’organisation. A partir de septembre 1917 et jusqu’à la moitié de
1918, la production mensuelle de cellules passe de 1276 à 2912 unités,
soit plus du double, avec des pointes de production de 90 avions par jour.
Au total, l’année 1918 à elle seule voit la sortie de près de la
moitié de l’ensemble du matériel produit lors du conflit.
Démobilisés, Marcel Dassault et Henry Potez retrouvent Louis
Coroller. Le Service des fabrications de l'aviation ne les encourage pas
à rester dans la construction aéronautique :
« La
guerre que nous avions gagnée, et qui nous avait coûté si cher en vies
humaines, dans l'esprit de tous était la dernière - d'où l'expression
" la der des der " -. Le Service des fabrications de
l'aviation nous dit que, si nous le souhaitions, nous pouvions construire
des portes, des fenêtres ou des brouettes, mais qu'en tout cas on ne
commanderait pas d'avions avant longtemps, et que si un jour on en
commandait quelques-uns, ce serait aux grands constructeurs disposant de
moyens et d'un personnel importants tels que Voisin, Breguet, Farman et
autres [37]. »
Or, Marcel Dassault ne possède pas de grandes usines. Il décide
donc de se retirer :
« On
n’avait plus besoin d’avions, et même si on en avait eu besoin, il y
en avait tant dans les stocks qu’on en avait pour dix ans.
« On
était sûr qu'il n'y aurait plus de guerre, c'est pourquoi j'ai fait tout
autre chose à partir de 1919.
« A
l’époque, le gouvernement ne se souciait pas comme aujourd’hui
d’assurer du travail aux ouvriers des usines. Aussi, les constructeurs,
sans commande d’avions, s’égayèrent dans toutes les directions : Blériot
construisit des bateaux, Voisin des voitures, d’autres firent des
meubles ou des immeubles, ce fut mon cas [38]. »
Plus tard, il confiera à son chef pilote d'essai, Roland Glavany :
« J'ai
volontairement laissé tomber l'aéronautique après la guerre car il y
avait tout à perdre. Il valait mieux vendre des cravates dans le métro
que des avions de grands raids [39]. »
De son côté,
Henry Potez reste dans l'aviation. Il rachète les parts de Marcel
Dassault dans la SEA et fait équipe avec Louis Coroller [40].
En 1920, ils conçoivent le SEA VII qui devient le Potez VII pour deux ou
trois passagers, dérivé du SEA 4, qu'utilise la Compagnie
franco-roumaine de navigation aérienne. Henry Potez deviendra le
principal constructeur aéronautique français de l’entre-deux guerres.
Marcel
Dassault doit choisir une nouvelle orientation professionnelle pour vivre
et gagner de l'argent. Le destin le mène à la fabrication de meubles. Il
ne reviendra à l’aviation que dans les années 30 avant de devenir, après
la Seconde Guerre mondiale, le plus important et le plus connu des
industriels aéronautiques privés français notamment grâce à son
appareil mythique, le Mirage [41]. * DEA d’histoire contemporaine, chargé de l’information et des synthèses à la Direction de la communication de Dassault Aviation. [1] Nous remercions le professeur Claude Carlier de nous avoir permis de nous inspirer de son ouvrage Marcel Dassault, La légende d’un siècle, Perrin, 1991, 563 pages. [2] Marcel Dassault, Le Talisman, Editions J’ai Lu, 1971, p. 22. [3] Marcel Dassault lors de la remise du prix Icare par l'Association des journalistes professionnels de l'aéronautique et de l'espace en 1982, archives Dassault. [4] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 23. [5] Notes préparatoires au Talisman, archives Dassault. [6] Ph. Bernard, La fin d’un monde : 1914-1929, H 112, Editions du Seuil, Collection Histoire, 1975, p. 37. [7] Blériot à Suresnes, Spad à Paris, Caudron à Lyon et à Issy-les-Moulineaux. [8] Marcel Dassault à Aviation Magazine, 1er mai 1976. [9] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 35. [10] Marcel Dassault, Jours de France n 642, 1967. [11] Marcel Bloch a effectué 200 heures de vols pendant cette période ce qui contredit déjà l'affirmation selon laquelle il n'aurait jamais volé en avion. [12] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 36. [13] 1914-1918 : L’aéronautique pendant la guerre mondiale, M. de Brunoff éditeur, article du colonel Dorand, p. 115. [14] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 39. [15] Ibid, pages 39 et 40. [16] Notes préparatoires au Talisman, archives Dassault. [17] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 41. [18]
Lettre de Marcel Dassault à Jean-François
Dorand, 23 décembre 1982, archives Dassault. [19] Marcel Dassault à Aviation Magazine, 1er mai 1976. [20] SHAT, Compte rendu du chef d'escadrons Le Vassor, commandant l'Inspection du matériel d'aviation aux armées, 24 décembre 1917. [21] Général von Hoepner, L’Allemagne et la guerre de l’air, pp. 133-134. [22] Claude Paillat, Les dossiers secrets de la France contemporaine, Laffont, 1979, p. 81. [23] Marcel Dassault, Le Talisman, pp. 44-45. [24] Ibid.. [25] « Radioscopie », France Inter, 6 janvier 1971. [26] Georges Huisman, Dans les coulisses de l’aviation, p. 182. [27] Mémoires de Louis Coroller, archives J. L. Coroller. [28] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 48. [29] Marcel Dassault, 7 mars 1968. [30] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 49. [31] Le cours d'aéronautique de l'Ecole de guerre, en 1919, cite le SEA comme étant l'avion existant ayant le mieux rempli les performances demandées. [32] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 49. [33] Archives du Maine-et-Loire, 6U1/861. [34] Marcel Dassault, Le Talisman, p. 48. [35] Mémoires Louis Coroller, archives J. L. Coroller. [36] SHAA, Z 25562, Note du général commandant en chef à Monsieur le sous-secrétaire d'Etat de l'aéronautique militaire et maritime, 27 septembre 1918,. [37] Marcel Dassault, Le Talisman, pp. 49-50. [38] Marcel Dassault, 7 mars 1968. [39] Entretien de Claude Carlier avec Roland Glavany dans Marcel Dassault, La légende d’un siècle, Perrin, 1991, p. 39. [40] Louis Coroller devient directeur technique des avions Potez puis, après la Seconde Guerre mondiale, directeur technique de Nord-Aviation. [41] Sur les réalisations de Marcel Dassault, cf. Claude Carlier et Luc Berger, Dassault : 50 ans d’aventure aéronautique 1945-1995, Editions du Chêne, deux tomes, 1996.
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