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Les Stratégiques
Articles choisis
Maurice Faivre
L'HISTOIRE
DES HARKIS
Guerres mondiales et conflits contemporains, janvier 2002
L'histoire des harkis a fait l'objet de nombreux ouvrages, articles
et mémoires universitaires, pas toujours bien informés, et de témoignages
partiels et souvent partiaux. Avec l'ouverture des archives en 1992, et
surtout les dérogations obtenues pour des archives non ouvertes ( Comité
des Affaires algériennes, documents des Affaires étrangères, du Centre de
coordination interarmées, et du cabinet Messmer), on peut maintenant
proposer un historique objectif (1),
que je me propose de résumer en trois parties :
- les harkis dans la guerre,
- l'abandon, le massacre et le rapatriement sélectif,
- les politiques d'insertion de 1962 à 1999. Il
convient en introduction de rappeler que l'on désigne aujourd'hui sous le
nom de harkis toutes les autres catégories de supplétifs de la guerre
d'Algérie : moghaznis, Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), Groupes d'Autodéfense
(GAD), à l'exclusion des appelés et des militaires sous contrat. I.
La guerre d'Algérie.
Quand éclate le soulèvement du 1er novembre 1954, la plupart des
unités nord-africaines se trouvent encore en Indochine, et le recours aux
supplétifs est proposé dès novembre par le préfet de Constantine et par
M.Vaujour, directeur de la Sûreté générale. F. Mitterrand, ministre de
l'Intérieur, signe en janvier 1955 l'Instruction de création de 30 goums
de 100 h. : ce sont les Groupes mobiles de protection rurale (GMPR), qui
deviendront ensuite GMS. Il y aura 114 GMS en 1962 (6T 7775, 1H 2029).
Le 5 septembre 1955, le Gouverneur J.Soustelle crée les Sections
administratives spécialisées (SAS), chargées d'encadrer les zones
rurales. Protégées par un maghzen de 25 à 50 moghaznis, 700 SAS seront créées
et complètées par 30 Sections urbaines (SAU). Elles contribueront à
l'armement de 2.000 villages en autodéfense (1H 1207, 1209, 2456).
C'est le 8 février 1956 que le général Lorillot prescrit de former
des harkas dans chaque Quartier d'Algérie, à l'imitation de ce qui a été
fait par le général Parlange dans l'Aurès et par le bachaga Boualem dans
les Beni Boudouane. La montée en puissance des harkas est relativement
lente en 1956-57, en raison de l'action du FLN qui s'impose dans les
villages par la propagande et la terreur (6T 7775, 1H 2028). Les succès
militaires de 1958 permettent d'augmenter les effectifs, et en décembre
1958 le général Challe obtient du général de Gaulle de passer de 28.000
à 60.000 harkis (1K233). En 1959, 6 à 7.000 d'entre eux seront affectés
dans les Commandos de Chasse créés dans chaque Secteur ( Arrondissement)
pour éliminer les rebelles qui ont échappé aux opérations du plan Challe
(1H 2456).
C'est au début de 1961 que le recrutement des musulmans atteint son
maximum, comme le montrent les courbes jointes (page 6-7). Il y aura trois
à quatre fois plus de musulmans dans l'armée française que dans l'ALN, et
3.200 supplétifs sont tués au combat ou par attentat.
Alors que GMS et Moghaznis étaient engagés sous contrat de 6 mois,
les harkis avaient jusqu'en 1961 un statut de journaliers, bien qu'ils
restent en service plusieurs mois, et qu'ils soient
payés mensuellement (22.500 AF). Environ 3.000 d'entre eux étaient
des rebelles ralliés. Les harkas amalgamées avaient le même armement que
les unités régulières. Quant aux autodéfenses, elles étaient armées à
50% de fusils de chasse et de 8 mm, et en principe n'étaient pas rémunérées
(MAA 340, 1H 2028, 2029).
S'étant engagés davantage pour la défense de leurs familles que
pour la solde, les supplétifs étaient opposés à la conception
totalitaire du parti unique du FLN. Ils faisaient confiance à l'armée pour
faire évoluer l'Algérie dans un sens démocratique et égalitaire. Le
rappel de Challe en mars 1960 ne permet pas de mener à bien son projet de Fédération
des UT et des autodéfenses, qui aurait constitué un parti
français opposé au FLN
(7T 249).
Crépin, le successeur de Challe, avait promis en janvier 1961 que
les harkis, considérés comme vainqueurs, auraient la première place dans
l'Algérie future, et qu'ils resteraient groupés et armés pendant un an
après le cessez-le-feu (1H 1096/1). Mais dès l'été 1961, le gouvernement
décide d'amorcer la réduction des effectifs des harkas et des autodéfenses,
et de "civiliser " les
SAS, ce qui reviendrait à supprimer les maghzens, alors que Challe leur
avait confié la responsabilité opérationnelle des Quartiers
de pacification (1H 1304, 2027, 2028, 2556). II.
L'abandon, le massacre et le rapatriement sélectif.
Les promesses de Challe et de Crépin n'ont pas été tenues. Les négociateurs
d'Evian se sont préoccupés, il faut le reconnaître, de l'avenir des
"musulmans fidèles à la France
". En novembre 1961, ils ont obtenu du FLN à Bâle la promesse
qu'il n'y aurait pas de réprésailles (SEAA 111, MAA 155). Croyant à tort
à cette promesse, L.Joxe a adopté une politique de maintien de la plupart
des supplétifs en Algérie. Huit jours avant le cessez-le-feu, M. Messmer
leur a proposé le choix entre trois solutions : l'engagement dans l'armée
pour les plus aptes, le retour au village avec une prime (1mois et demi de
solde par année de service), un contrat civil d'attente de 6 mois. Ceux qui
se sentaient menacés avaient la possibilité de demander leur rapatriement,
mais le 15 mai 1962, il n'y avait que 5.000 demandes, familles comprises.
Les rapatriés (réfugiés serait
plus juste) devaient conserver la nationalité française, à condition d'en
faire la demande au Juge d'instance, condition considérée comme contraire
aux accords d'Evian (SEAA 107). Les GMS et les auxiliaires de la Gendarmerie
étaient transférés en bloc dans la Force de l'ordre, qui, avant et aussitôt
après l'indépendance, déserta en masse ; 26.000 armes passent ainsi au
FLN (SEAA 109 à 112, 6T 792, 7T 136, 1H 1322).
90% des harkis ont choisi le retour à la vie civile, parce que le
FLN leur a promis qu'ils seraient pardonnés et considérés comme des frères.
Mais ces promesses étaient mensongères, comme le prouvent les directives
des wilayas (1H 1643, 1803, 15 CAB 144). Il y a donc eu des règlements de
compte entre le 19 mars et le 1er juillet, dans les villages évacués par
l'armée française, où l'on ne savait pas ce qui se passait. A partir du 5
juillet, les massacres ont été massifs et accompagnés de supplices
inimaginables, il s'agissait de les faire mourir deux fois. Même les ralliés
de la 11ème heure n'y ont pas échappé (1H 2402, 2716, rapport S/Préfet
Robert).
Les historiens ne sont pas d'accord sur le nombre des harkis massacrés.
J. Lacouture ayant énoncé 10.000 victimes, dans le Monde du 13 novembre,
ce chiffre a été retenu par l'ambassadeur. Le Contrôleur général de
Saint-Salvy (approuvé par le colonel Schoen)a fait une évaluation de
150.000, à partir d' une péréquation basée sur l'arrondissement d'Akbou.
Le Service historique n'a fait aucune estimation et s'est contenté de citer
celle de Saint-Salvy. L'historien d'Alger X.Yacono, ayant calculé que les
pertes dues à la guerre étaient inférieures à 300.000, a jugé
inacceptable le chiffre de 150.000. Nicolas d'Andoque, ancien SAS, a retenu
60.000, ce qui paraît être une limite courte.
La méthode de calcul par différence entre le total des pertes et le
nombre des victimes dues à des actions de guerre aboutit à une fourchette
de 60 à 80.000 harkis tués en 1962-63. Il
semble, écrit JC Jauffret dans Historiens et géographes,
qu'un consensus rassemble peu à peu les historiens français, et qu'une évaluation
de 60 à 80.000 victimes soit retenue. Utilisant la même méthode,
Jean-Jacques Jordi propose 70.000(2).
Mais on ne connaîtra jamais la vérité, car une évaluation précise
est aujourd'hui impossible.
L'attitude des autorités politiques et militaires doit être dénoncée
comme ayant fait preuve de "non-assistance
à personne en danger ". Sans doute une dizaine de centres
d'accueil ont-ils été ouverts en Algérie, de nombreux officiers se sont
alors efforcés de sauver leurs supplétifs. Mais le gouvernement a interdit
le 12 mai les initiatives de rapatriement (SEAA 39). La raison - irréaliste-
invoquée par Mrs. Joxe et Frey a été la crainte de voir des commandos de
l'OAS, à base de musulmans, s'installer en France (1R 367, 1K 744). Alors
que le Commandement et M.Pompidou avaient recommandé les initiatives de
secours aux personnes menacées, le Comité des Affaires algériennes du 21
juin 1962 a interdit ces initiatives en dehors des cas
de légitime défense ou d'attaque caractérisée (SEAA 39, 40, 41)
Les premiers transports maritimes ne débutent que le 12 juin. Les
rapatriements sont ensuite suspendus le 19 juillet, et l'ambassadeur
Jeanneney s'oppose aux interventions de l'armée. Les rapatriements ne
reprendront qu'après le 19 septembre, sur décision de M. Pompidou (1H
1260, 2584).
L'accueil en France a souffert des mêmes indécisions. Ce n'est que
le 26 mai que le ministre des Armées décide d'ouvrir pour trois mois le
camp du Larzac, et le 19 juin celui de Bourg-Lastic. Le 30 mai, à la
demande du colonel Buis, il accepte de recevoir 5.000 moghaznis, familles
comprises (1R 336). Ainsi 10.000 personnes sont rapatriées avant le 1er
juillet. En septembre, l'approche de l'hiver impose de transférer les
rapatriés de Larzac et Bourg-Lastic à Rivesaltes et Saint-Maurice
l'Ardoise. L'armée de terre fait alors diligence pour mettre en place les
structures d'accueil : 1 officier ou sous-officier pour 100 rapatriés, des
dizaines de médecins, d'assistantes sociales et d'instituteurs. Malgré ces
efforts, les camps restent inconfortables, de nombreux harkis vont passer
l'hiver sous la tente (1R 274 à 277, 2T 60, 7T 253, 14T 91-92).
Le 14 juin, un Conseil interministériel présidé par M. Boulin a créé
un groupe de travail (3)
qui recense l'arrivée des musulmans. En août et septembre, M.Pompidou préside
des conseils restreints qui prennent les décisions les plus urgentes :
ouverture de chantiers de forestage, allocations de subsistance et de
reconversion, recherche d'emplois industriels, construction de logements.
Par manque de moyens civils, c'est l'armée qui est chargée du transfert,
de l'hébergement, de l'encadrement, de la pré-formation professionnelle,
et même de la gestion de 42 chantiers forestiers (MAA 157).
Le général de Segonzac propose un programme de formation et
d'adaptation, destiné en particulier aux femmes et aux enfants. Mais en
septembre, l'Elysée prescrit de disperser les rapatriés dans les départements,
où "les préfets s'en débrouilleront
" (source personnelle). Les familles ne sont donc restées dans les
camps que quelques mois.
Au total, 21.000 personnes ont été rapatriées en 1962, 15.000 en
1963 et 5.340 en 1964-65.. De 1965 à 1970, des négociations engagées par
M. de Broglie permettent de recueillir 1.330 prisonniers du FLN (plus leurs
familles), alors qu'on en avait recensé 7.000 en 1963 et 24.000 en 1964.
Nombreuses sont les familles qui ne sont pas passées par les camps. Le
recensement de 1968 indique 90.000 rapatriés nés en Algérie(4).,
dont seulement 15.000 anciens supplétifs,
soit 10% des effectifs de 1961 ( 1H 1856, 1R 336, 337).
Quel jugement porter sur les responsabilités ? Il faut dire que
l'indécision française et l'information trop tardive sur les rapatriements
ont incité les supplétifs à regagner leurs villages, où ils ont immédiatement
été pris en mains par le FLN. La responsabilité de la France est donc
entière dans ces retards, ainsi que dans l'interdiction des opérations de
secours, et dans l'insuffisance de l'accueil en métropole. Le regroupement
des harkis était imposé par les menaces du FLN dans les usines et les
banlieues. S'il est exagéré de parler de "camps
de la honte, ou même de camps de
concentration ", comme l'affirment certains enfants de harkis, il
est certain que l'on aurait pu et dû faire mieux, en appliquant le
programme de Segonzac et en ouvrant des installations militaires plus
confortables ( camps en dur, centres mobilisateurs).
Quant à la duplicité du FLN, et sa responsabilité dans les
massacres, elles sont évidentes. Les négociateurs français ont été abusés
par la bonne foi de Krim Belkacem, qui a été démentie par Ben Bella et
Boumediene au Congrès de Tripoli (27 mai au 7 juin 1962). III.
Les politiques d'insertion (5)
.
Il est exagéré d'affirmer que l'insertion des FMR a été complètement
négligée. Sans doute peut-on dire qu'elle ne faisait pas partie des
priorités du Chef de l'Etat. En revanche, dès l'été 1962, le Premier
Ministre s'en est préoccupé, sans qu'il lui soit possible de rattraper les
retards et les indécisions du passé. Le principal reproche qu'on puisse
faire à cette politique est son manque de continuité; en 37 ans en effet
15 ministres ou Secrétaires d'Etat ont été successivement chargés du
dossier. En survolant ces 37 années, il apparaît que 4 ou 5 politiques
successives ont été mises en oeuvre.
De 1962 à 1970, l'effort a été porté sur la régularisation
administrative et l'intallation en métropole. 60.000 déclarations
recognitives de nationalité ont été signées. Les Français Musulmans
Rapatriés (FMR que l'on appelle aujourd'hui RONA) ont été suivis
successivement par les Services du Premier Ministre, de l'Intérieur, des
Rapatriés, et du Travail. Le camp de Rivesaltes est fermé à la fin de
1964. Deux camps d'accueil pour 1.500 personnes handicapées ou incasables
ont été maintenus (l'Ardoise et Bias). Les autres sont transférés dans
87 départements, 11.000 emplois industriels sont créés, 75 chantiers
forestiers ouverts pour 2.000 travailleurs et 10.000 personnes, 16 ensembles
immobiliers construits par la Sonacotra pour 8.000 personnes. Les hameaux
forestiers, souvent critiqués, étaient une bonne solution, ils ont
contribué à la protection de la forêt, et la plupart ont été encadrés
par des chefs compétents et des monitrices dévouées. L'erreur initiale a
été de les implanter au milieu des forêts, où les enfants étaient à l'écart
de la société française. Là où les chantiers ont été rapprochés des
villages, la socialisation a été réussie.
Il faut rappeler aussi que, sans régler tous les problèmes, des
responsables et des bénévoles ont fait preuve d'un grand dévouement (6).
La 2ème phase est celle
de la prise de conscience des difficultés de l'adaptation. A la suite du
rapport de Jean Servier en 1972, qui fait état de la surnatalité, des
retards scolaires, et des problèmes de relations familiales, M. Messmer crée
la Commission Barbeau qui se trouve confrontée à la crise de 1974-75 : grèves
de la faim; révolte fomentée à St Maurice l'Ardoise par des agitateurs
extérieurs (7).
Des mesures sont alors prises au profit des anciens : construction de 1.000
logements, accès à la propriété, résorption des hameaux forestiers, et
au profit des jeunes : bourses, colonies de vacances, formation
professionnelle. De 1975 à 1979, des Bureaux d'information, d'aide et de
conseil (BIAC) sont mis en place en vue de développer la concertation entre
rapatriés et administration. Une commission interministérielle permanente
est alors présidée par le Premier Ministre et animée par le préfet
Belhaddad. La commission Mario Bénard est une autre de ces instances.
Le gouvernement socialiste, en 1984, implante à Carcassonne un
Office national à l'action sociale, éducative et culturelle ( l'ONASEC),
dont la gestion a fait l'objet de critiques. Il faut mettre à l'actif du
ministre Hernu la mise en place d'appelés du contingent comme éducateurs
scolaires et agents de coordination chargés de l'emploi (ACCE), et en 1989,
la première cérémonie du souvenir aux Invalides, jumelée avec la sortie
du timbre "Hommage aux harkis
". Le Délégué Benassayag obtient les mesures d'insertion du
gouvernement Rocard : formation professionnelle, action sociale et éducative,
aide au logement. Deux ans plus tard, Madame Cresson et M. Bianco tiennent
compte des observations du rapport Leveau-Meliani qui constate un chômage
croissant de 20 à 25%. Des mesures nouvelles sont adoptées pour pallier le
surendettement, réhabiliter les logements, assurer un suivi administratif
et éduquer les jeunes. Il semble cependant qu'une partie des crédits prévus
sont ensuite transférés sur d'autres chapitres.
Les gouvernements Chirac et Balladur, secondés par les ministres
Santini, Cabana et Romani, consentent un effort financier plus important que
leur prédécesseurs. Une indemnisation de 60.000 francs est accordée en
1987, puis, à la suite des conclusions du groupe de travail Rossignol, qui
réalise une véritable concertation, une allocation de 110.000 francs en
1994, accompagnée d'aides à la propriété de 15 à 80.000 francs. Un
statut des victimes de la captivité et une aide aux veuves sont adoptés.
Le président Chirac inaugure le 11 novembre 1996 le monument du Chapeau
Rouge, à la mémoire des Rapatriés d'outre-mer. Hamlaoui Mekachera, Président
du Conseil national des Français musulmans, est nommé Délégué à l'intégration.
Il approuve la Charte du culte musulman du recteur Boubekeur, avant de
remplacer ce dernier à la Présidence du Conseil représentatif des
musulmans de France.
A la suite des grèves de la faim médiatisées sur l'esplanade des
Invalides par Abdelkrim Klech, et malgré un rapport Lagarigue défavorable,
Madame Aubry a accordé le 2 janvier 1999 de nouveaux avantages sociaux : -
rente viagère de 9.000 F accordée à environ 12.000 anciens supplétifs, -
prolongation de 2 ans des mesures pour le logement et l'emploi du plan
Romani, -
convention partenariale avec l'ANPE et suivi des embauches par des cellules
départementales spécialisées, visant à créer 3.000 emplois par an, -
convention-emploi de 70.000 F et bourse de 30.000 F favorisant la mobilité, -
recrutement d'une centaine d'ouvriers forestiers. Ces
dispositions, dont le coût est évalué à plus de 2 milliards, ont été
jugées insuffisantes par la plupart des associations, même si elles vont
dans le bon sens. Elles commencent à donner des résultats, comme le montre
le tableau des emplois acquis de 1998 à 2000, dont 48% ont été obtenus
par les ACCE, alors que les dispositifs nouveaux (cellules emplois) réalisent
41% de CDI (contrats à durée indéterminée), 17%
de CDD, 10% de contrats aidés, 22% d'emplois jeunes et 14% de stages
de formation :
.
TOTAL
2351
2376
4141
4392
3974
Les cellules emploi semblent avoir atteint leur niveau de saturation,
et la Délégation aux rapatriés étudie d'autres dispositifs pour amener
le taux de chômage de la communauté harkie au niveau moyen national. XXX
En résumé, on peut estimer que les politiques d'insertion, fondées
sur de bonnes analyses périodiques de situation, ont manqué de continuité
et de crédits budgétaires. Le total estimé à plus de 4 milliards de
francs 97 pour 35 années mériterait d'être analysé avec précision. On
peut considérer que plus de la moitié des familles sont bien intégrées,
que le problème du logement est en bonne voie de règlement, et que
certains jeunes ont réalisé de remarquables réussites.
Il reste que la communauté harkie est confrontée : -
à de grosses difficultés de chômage, liées au manque de formation, en
particulier dans le Midi, -
à la mésentente de trop nombreuses associations, dont les revendications
n'ont pas le poids nécessaire face au pouvoir, -
aux tentations du clientélisme et de l'assistanat, -
à des problèmes d'intégration culturelle, dus au maintien de coutumes
archaïques et à la pratique d'une religion formaliste.
La situation de l'Algérie nous convainct tous les jours que les Français
musulmans rapatriés ont fait le bon choix, que la France a envers les
harkis un devoir de reconnaissance, et qu'elle doit mieux les
associer aux responsabilités politiques. Les
musulmans armés au service de la France (source
EMI-EMA)
(1)
l'article sur "le drame des
harkis " de Guy Pervillé, dans l'Histoire
d'avril 1999, montre que cette histoire peut maintenant être écrite en
s'appuyant sur des documents nombreux et fiables. Seules les archives
les plus importantes seront citées, elles sont notées dans le texte
pour ne pas multiplier les notes de renvoi. En revanche, l'article de CR
Ageron dans Vingtième siècle
d'octobre 2000 ne mentionne pas toutes ces archives. (2)
Actes du colloque du Centre universitaire méditerranéen de Nice (1998)
:La réécriture de l'Histoire.
p.39. (3)
Présidé par Mlle Dissart, ce groupe réunit de hauts fonctionnaires :
M.Massenet, les préfets Droueille et Vaujour, M. Lamassoure, Revol,
J.Monod, J.Toutain. (4)
Selon le commandant François, le total serait de 60 à 65.000 rapatriés. (5)
Les sources de ce paragraphe sont : le fonds François (1K 803), la thèse
Heinis (1977), les rapports Servier, Barbeau, Leveau, Rossignol, le mémoire
Chabaga, les plans Messmer, Rocard-Benassayag, Cresson-Bianco,
Chirac-Santini- Cadana, Balladur-Romani et Aubry-Montchovet. (6)
Il faut citer entre autres A.Parodi, le colonel Schoen, le préfet
Perony, Madame Heinis, A.Wormser, les officiers du Service d'Assistance
Technique (SAT), les assistantes sociales de l'ASSRA, certains
responsables de l'ONF et de la SNCF. Les anciens des SAS, de la DBFM,
des troupes sahariennes, F.Sénart, l 'abbé de la Morandais et le
capitaine F.Meyer acquièrent des propriétés agricoles pour y
installer leurs rapatriés. (7)
selon la thèse du sénateur Heinis, qui dément l'existence de barbelés
continus.
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