| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Les Stratégiques
Articles choisis
Maurice Faivre
UN
ETHNOLOGUE DE TERRAIN
FACE À LA REBELLION ALGERIENNE
Né à Constantine en 1918, décédé le 1er mai 2000, Jean Servier
fut un des meilleurs découvreurs de la "civilisation berbère",
qu'il a mise en valeur après l'avoir étudiée sur le terrain de 1949 à
1955. La spécificité berbère, manifestée par l'opposition de la wilaya 3
à Ben Bella en 1962, puis par le printemps kabyle de 1980, est revenue sur
le devant de la scène en 2001, démentant ainsi les partisans de la Révolution
algérienne et de l'arabisme, pour lesquels il s'agit d'un mythe forgé et
imposé par le colonialisme.
La connaissance acquise dans les villages berbères d'Algérie, et
les amitiés qu'il s'y est faites, l'ont conduit à s'engager dans la lutte
contre le FLN de 1954 à 1958. Le terrorisme, les meurtres d'enfants, la
torture des femmes, la résurgence du rêve
sanglant du djihad renforcent encore son engagement, qui s'explique également
par son ascendance pied-noir, et par son attachement à l'armée, attestée
par d'éminents services militaires : -
engagé volontaire d'avril 1938 à avril 1941, après un stage de formation
à l'Ecole des liaisons de
Reims en 1939, est affecté comme aspirant à la 7ème Armée en
guerre, -
rappelé au service de janvier 1943 à janvier 1946, officier de liaison
auprés de la 8ème Armée US en
Italie, affectation au 4ème Spahis marocains en juin 1944, puis officier
interprète à l'état- major
de l'armée de Lattre en juillet.
Certaines de ses activités en Algérie ont été décrites par les
observateurs des médias et par les historiens, d'autres ont été
sous-estimées ou volontairement occultées. Cet article se propose d'en
rappeler le déroulement chronologique(1)
. La
carrière de l'ethnologue - sociologue.
Après des études de Langues orientales, d'Histoire des religions,
de Linguistique et de Sociologie générale, sa rencontre avec Marcel
Griaule en 1947 décide de sa carrière d'ethnologue. Admis en 1949 au CNRS,
il effectue des campagnes de six mois, pendant lesquelles il est complètement
immergé dans le milieu berbère. Il passe ainsi, d'une année sur l'autre,
du Zakkar à l'Ouarsenis, de Grande Kabylie à la Soummam, et finalement à
l'Aurès. " Je n'étais pas
seul, m'écrit-il le 20 février
1999, j'avais deux mulets et des
centaines d'amis disposés à m'aider, avec tous les mois la visite de la
jeep de l'Administrateur qui venait prendre de mes nouvelles, là où elle
pouvait arriver ".
Il soumet à son maître Marcel Griaule et au professeur René Basset
le résultat de ses travaux(2)
: - la conception dualiste de l'âme détermine le sens donné aux rites du
labour et des moissons, qui s'inscrivent dans le cycle dualiste de l'année
- le symbole de la fécondité des femmes, liée à celle de la terre - la
présence du sacré dans la nature - les génies gardiens de la maison - la
croyance à l'alliance des morts et des vivants, sous la protection du saint
fondateur du village. Il affirme alors, preuves à l'appui, "l'unité
de la pensée traditionnelle des différentes cultures issues de la
civilisation méditerranéeenne, d'une rive à l'autre"(3).
Il fait ainsi découvrir aux vieux des villages, la parenté entre le fonds
hellénique et la culture kabyle.
Maître de conférences en 1957 à la Faculté des Lettres de
Montpellier, il devient professeur titulaire de la chaire d'Ethnologie et de
Sociologie créée pour lui en 1962. Il poursuit alors ses travaux,
confirmant "la place prépondérante
du sacré qu'il appelle l'Invisible , dans les civilisations
traditionnelles, en même temps qu'il s'oppose avec force à l'évolutionnisme
biologique matérialiste".
Il s'intéresse alors à la spiritualité occidentale, à l'utopie et
à l'ésotérisme, auxquels il consacre plusieurs ouvrages traduits à l'étranger(4).
Il participe aux colloques d'Eranos à Ascona (Suisse), où il présente des
communications d'ethnologie comparée de 1977 à 1989.
Il est nommé professeur émérite en 1983 et se consacre à d'autres
ouvrages. La
Toussaint sanglante dans l'Aurès.
La connaissance en profondeur des Chaouia, qui chez lui n'est pas
superficielle mais extensive, le met en position de faire face au déclenchement
de la rébellion le 1er novembre 1954 à Arris. Il n'est pas nécessaire de
rappeler les conditions de son intervention au secours de Madame Monnerot
dans les gorges de Tighanimine, ni l'attribution des 50 fusils de la Commune
mixte à l'agha Merchi(5),
caïd du douar, chef de la fraction des Ouled Daoud (vulgairement Touabas)
opposée au chef rebelle Mostepha Benboulaïd. "Je
ne regrette pas, m'écrit-il en février 1999,
d'avoir pris l'initiative d'aller chercher l'instituteur dans les gorges...même
si je l'ai payé de ma carrière" (universitaire)(6)
.
" Brusquement la révolte
prenait un autre aspect, ce n'était plus une guerre de libération menée
par tous les musulmans contre les chrétiens, mais une rébellion ouverte
contre la loi. Du côté de l'ordre et de la paix française, il y avait des
musulmans, et de l'autre côté, dans l'ombre, quelques Français se réjouissaient
de ces troubles et, en secret, aidaient sans doute déjà les rebelles".
Ainsi les instituteurs communistes refusaient-ils de participer à la défense
d'Arris (G.Laffly).
Au-delà de ces péripéties, ce qu'il faut souligner, c'est la
prescience et l'avenir de la démarche de Jean Servier, fondatrice dans
l'Algérie en guerre des autodéfenses et des harkas. Le capitaine Anglada,
fondateur de la SAS d'Arris, rapporte qu'en 1956 plus de 500 Touabas, étaient
incorporés dans de nombreuses formations supplétives, harkas, GMPR et
maghzens, sans compter les autodéfenses des villages. Ils resteront fidèles
à leur engagement jusqu'au cessez-le-feu en 1962. L'affaire
K comme kabyle.
Beaucoup moins connue et parfois mal interprétée, la seconde
intervention de Jean Servier se situe en Grande Kabylie. Arrivant à Tizi
Ouzou en juin 1956, il rencontre deux amis kabyles qui expriment leurs
doutes sur la Force K récemment constituée(7).
Le rapport que Jean Servier adresse le 8 septembre aux autorités
d'Alger(8)
et au préfet Vignon qui vient de relever le général Olié à Tizi Ouzou,
n'est pas connu des historiens. Il mérite donc d'être cité in extenso. Note
sur l'Organisation "K" (8
septembre 1956)
En 1946, une scission se produisit à l'intérieur du comité exécutif
du P.P.A., dont certains
membres kabyles se plaignaient d'être écartés des postes de direction
parce qu'ils étaient kabyles.
Jusqu'en 1948 il y eut diverses tentatives de créer un mouvement
"berbériste" : essai d'un P.P.K. (Parti populaire kabyle) sous
l'inspiration de Mouloud Maameri, professeur au lycée de Ben-Aknoun, essai
pas très poussé du reste d'une section kabyle du parti communiste algérien.
Ces diverses tentatives ne réussirent guère à grouper qu'un petit nombre
de jeunes instituteurs kabyles.
Il est difficile de préciser à la suite de quels contacts Monsieur
Eydoux, conseiller technique au cabinet du Gouverneur général Soustelle et
actuellement au Ministère de l'Intérieur, eut l'idée de mettre sur pied
un maquis kabyle dont les chefs étaient les promoteurs des tentatives
mentionnées plus haut. Il est difficile de préciser également les données
sur lesquelles s'est appuyé Monsieur Pontal, alors directeur de la Police
à Alger, pour établir les listes des membres actifs de ce maquis. (8bis).
Pendant longtemps, le secret le plus absolu a entouré l'Organisation
K. Le capitaine Benedetti, du S.R.O., a bien voulu m'en signaler l'existence
dès mon arrivée à Alger en juin 1956. A mon arrivée en Kabylie, je pris
connaissance des listes des membres actifs en même temps que j'entrais en
relations avec le capitaine Hentic, que le colonel Parizot avait placé à
la tête de l'organisation. Certains noms m'étaient familiers, d'autres me
l'étaient moins. Après une brève enquête, je m'aperçus que nous étions
en présence d'un regroupement armé et largement subventionné des éléments
P.P.A. devenus M.T.L.D., et de certains communistes dissidents de Kabylie.
Certains membres de cette organisation, comme le dénommé Babou Lounès,
secrétaire du Centre municipal de Tala Tgana, douar Tamgout, sont soupçonnés
d'appartenir au F.L.N. L'individu sus-nommé serait commissaire politique du
F.L.N. et aurait participé à l'assassinat des deux commerçants d'Azazga
qui n'ont pas fait grève le 5 juillet.
De son côté, le capitaine Hentic (son adjoint est Camous) m'a dit
que son rôle se bornait à percevoir mensuellement une somme de neuf
millions au cabinet du Ministre résidant et à remettre un certain nombre
de chèques à deux des responsables de l'Organisation K, Zaïdi et Tahar.
Jusqu'à présent, l'organisation K a abouti à la seule mise à mort d'un
suspect : un goumier de la commune mixte de Port-Gueydon récemment passé
au F.L.N. Ils revendiquent une seconde exécution, celle d'un officier du
F.L.N. sans toutefois pouvoir en donner de preuve.
A l'heure actuelle, dans la région des Beni-Zmenzer, comme au douar
Izarazen, l'organisation échappe complètement à tout contrôle. Certains
de ses membres, arrêtés comme suspects au cours de rafles ou de
perquisitions dans les villages, produisent aux officiers ou aux gendarmes
un papier attestant leur appartenance à l'organisation K et invitant
l'autorité militaire à prendre contact avec le Lieutenant-colonel
Fauconnier, chef du 2ème Bureau de la 27ème DIA.
Au douar Iflissen(9)
, la situation est sensiblement différente. Le capitaine X, commandant une
compagnie du 15ème B.C.A. est entré en contact avec les membres de
l'organisation de son douar; dont le responsable est un certain Thoumi du
village d'Izer-en-Salem. Cet officier a refusé jusqu'à ces derniers temps
d'être secondé par un officier S.A.S. Ce faisant - peut-être par simple
vanité - il appliquait strictement les directives du F.L.N. Ses supérieurs
lui reprochent d'avoir appartenu au Parti communiste et d'entretenir encore
à l'heure actuelle des rapports avec la section de Blida. Son départ
demandé depuis fort longtemps interviendra peut-être en décembre.
Je suis entré en contact avec les responsables de l'Organisation que
j'ai pu rencontrer : Zaïdi, Tahar et Thoumi. Les deux premiers sont connus
à Alger - surtout Zaïdi- comme souteneurs. Ils expriment tous des
ambitions politiques certaines. Dans l'immédiat, ils demandent que les
terres de la Mitidja soient données aux membres de l'Organisation et
souhaitent remplacer peu à peu le F.L.N.
Babou Lounès avait réussi à persuader le capitaine Hentic
d'installer un camp d'entraînement en même temps qu'un poste de combat non
loin du village de Tala Tgana. Il est certain que bien que l'entraînement
des terroristes se soit amélioré, leurs méthodes restent primitives.
Eux-mêmes s'en rendent compte. De nombreux documents saisis l'attestent. Il
y aurait donc un danger certain à enseigner les méthodes de combat de nos
commandos à des éléments dont personne ne peut répondre.
Le capitaine Hentic voulait tester son organisation en l'emmenant
combattre sur un terrain d'opérations extérieur à la Kabylie, les Aurès-Nementchas
ou la région de Tlemcen. Il estimait à juste raison nécessaire, pour
pouvoir tenter cette expérience, de disposer d'un commando français bien
entraîné. Les différentes vicissitudes dont on retrouve trace dans ses
notes, dues surtout à la lenteur administrative de l'Armée, l'en ont empêché.
De son côté, le colonel Parizot, inquiet de la tournure que
prenaient les évènements, essaie de se débarrasser de l'Organisation K en
en confiant la direction à la 27ème D.I.A. Le Lieutenant-colonel
Fauconnier semble heureux de cette solution. Deux faits nouveaux viennent de
se passer qui, à mon sens, compromettent grandement l'avenir :
Les deux responsables Zaïdi et Tahar ont été victimes d'un
inexplicable accident d'auto sur la route de Maison Carrée et souhaitent se
faire hospitaliser en France. Le capitaine Hentic atteint d'une phlébite
risque d'être contraint à l'immobilité pendant six mois. Je pense que
privé de ces éléments, il sera impossible au Lieutenant-colonel
Fauconnier de prendre en mains l'Organisation K, même s'il avait une longue
habitude de la Kabylie et des Kabyles, ce qui n'est pas le cas.
Au mois de juillet le général Olié a bien voulu me demander mon
avis sur l'Organisation K. Je lui ai donné le 12 août les raisons que
j'avais de mettre en doute les buts cachés et la valeur morale des
responsables et des hommes de cette organisation.
Le 6 septembre, le général Olié m'a montré un rapport du
lieutenant-colonel Fauconnier qui demandait le maintien de l'organisation
sous sa forme actuelle. Il a bien voulu à nouveau me demander mon avis. Je
lui ai répondu ce qui suit : «
Au fur et à mesure de l'implantation des troupes françaises, les membres
de l'Organisation K doivent se
présenter au commandant de secteur et au commandant d'unité, et sortant de
la clandestinité, demander à combattre comme supplétifs aux côtés des
troupes françaises, ou à participer à la défense des villages avec des
cadres français, ou à rendre leurs armes et à reprendre leurs
occupations. En aucun cas nous ne pouvons admettre la constitution d'un
mouvement politique tout aussi nationaliste que le F.L.N., encore moins
devons-nous en assurer l'armement et le financement ».
Dans l'état actuel des choses, avec le retrait des éléments du 11ème
Choc, pour le 31octobre, du commando français chargé d'encadrer
l'Organisation, j'estime imprudent de laisser survivre une organisation
clandestine dont les membres sont aujourd'hui au nombre de 300 et ont à l'égard
des troupes une attitude équivoque. Rien ne peut être entrepris en Kabylie
tant que cette lourde hypothèque n'a pas été levée. Non seulement en
supprimant à l'organisation sa subvention, ce qui est facile, mais encore
en la désarmant et en supprimant la cellule terroriste qui s'y est glissée. X Note
concernant l'état de l'Organisation "K" au 30 août 1956
En conséquence de la non réalisation des moyens prévus par la Note
du général Lorillot 172/CD du 23 mai 1956, la situation est la suivante : 1°)
300 armes de guerre sont en circulation dont nous ne pouvons dire avec
certitude où elles se trouvent. 2°)
des zones d'action (ex. Douar Izarazen) ne sont pas contrôlées par nos
forces. 3°)
des sommes d'un montant de 9.000.000 Fr sont distribuées chaque mois, dont
nous ne pouvons contrôler la destination. 4°)
désarroi des chefs kabyles de l'organisation qui nous font part de la
lassitude de leurs militants qui ne comprennent pas ce qu'ils considèrent
être nos "atermoiements". 5°)
danger d'infiltration dans l'organisation d'éléments douteux profitant de
cet état de fait.
Suit un compte-rendu du capitaine Hentic, faisant la chronologie de
l'Organisation "K" depuis janvier 1956, et concluant : -
TED non exécuté. Le 20 août, au prix de nombreuses difficultés,
perception de 2 camionnettes 203 et de 2 tentes 8 places. -
Poursuite de l'instruction et premières opérations avec les éléménts en
place. Résultats satisfaisants -
La 2ème phase : prise en mains des éléments autochtones est envisagée
pour le 1er septembre. -
28 août : retrait du détachement du 11ème Bataillon de Choc. X
On sait que le 1er octobre, la 2ème compagnie du 15ème BCA,
stationnée dans les Iflissen, et dont le capitaine entretient des relations
(suspectes, selon la lettre de Servier de février 1999) avec quelques
membres de l'organisation K, est attirée dans une embuscade (2 tués, 6
blessés dont le capitaine Maublanc). On constate alors que 200 faux
maquisards au moins ont rejoint la rébellion. L'oiseau
bleu s'est envolé (10),
s'écrie Hentic (d'où le nom attribué à tort à l'affaire K). L'opération
Djenad, montée par la 27ème DIA, sans la participation de la 7ème DMR, du
9 au 12 octobre dans la forêt d'Adrar, permet au 3ème RPC de Bigeard de
mettre hors de combat 130 rebelles armés de fusils de chasse, les armes de
guerre ayant été récupérées par la wilaya 3.
Le dénouement de l'affaire K constitue un grave échec pour les
services de renseignement et pour l'armée française, moins grave sur le
plan militaire, que sur le plan psychologique. L'opération Jumelles en 1959
neutralisera les katibas de la wilaya 3, jusqu'à ce qu'elles renaissent en
mai 1962. Dix ans plus tard, Madame Lacoste rapporte le souvenir douloureux
qu'en a conservé la population des
Iflissen, qui reste inféodée au FLN (7). Connaissance
des Berbères
Dans cette affaire, Jean Servier fait la démonstration de sa
connaissance des villages, famille par famille, de leur hiérarchie
traditionnelle, de leur appartenance aux partis politiques, et de
l'existence de sofs, le sof d'en bas opposé à la France, le sof d'en haut
attentiste en raison de la peur du FLN, provoquée par les impôts forcés,
les exécutions de prétendus traîtres, la prière sous contrainte,
contraire à la laïcité des Kabyles. Avec
sa volonté d'uniformiser et d'arabiser, la rébellion a porté un coup aux
croyances et aux pratiques traditionnelles
(G.Laffly).
L'affaire K donne ainsi à Jean Servier l'occasion de mettre en
pratique sa compétence d'ethnologue, car il sait que le passé inspire le
présent, et que rien n'est oublié :"Mille
mémoires tiennent un compte précis des crimes et des vengeances ( la rebka
)". Cette expérience est décrite dans Adieu
Djebels, dont sont extraites les citations ci-après .
Le séjour en Kabylie lui permet en particulier de déjouer une
parodie de cérémonial d'alliance, et ainsi d'aider l'armée à s'assurer
la fidélité du village de Aït Leham. Lors d'une cérémonie dite de
ralliement, il observe que les notables présentés ne sont pas les membres
de la djemaa, descendants des six enfants de l'ancêtre fondateur du
village. Il impose alors aux six chefs de quartiers authentiques, restaurés
dans leur autorité, l'observance du rite traditionnel d'alliance, l'égorgement
d'un bélier, face à l'est, avec le vrai couteau du sacrifice, suivi du
serment qui engage les villageois : « La
paix à Dieu, à la France ensuite »(p. 91).
Jean Servier note aussi qu'à l'exception de quelques officiers SAS
motivés, les militaires ignorent tout de cette société. Avec ses amis
Hentic et Camous, il se moque des compagnies de haut-parleurs, et des
experts en action psychologique qui projettent dans les villages "Donald
le canard", en anglais, et un film infantile : "lavez-vous
les mains "(p.49-51). Opération
pilote dans le Zakkar.
De passage à Paris à l'automne 1957, Servier apprend par le journal
que les habitants de Bou Maad dans le Zakkar ont remis à la gendarmerie
deux collecteurs de fonds du FLN, et en ont tué deux autres à coups de
hache et de bâton. Or le Zakkar, il connaît, c'est là qu'il a fait ses
premières investigations en 1949. Revenu en Algérie, il remet aux
conseillers politiques du Ministre résidant un plan d'action qui est
rapidement accepté. Nommé Inspecteur
général des opérations pilotes,
(à une date non précisée), Servier est chargé de le mettre en
oeuvre. En 1958 il rappelle la teneur de ce plan :
" Le FLN, écrit-il,
s'appuyait sur les petits lettrés de village, les talebs et les écrivains
d'amulettes, les avocats et les médecins. Il opprimait la masse : il
restait donc à faire la Révolution en Algérie avec la masse des paysans,
la grande masse famélique, opprimée, exploitée, passive maintenant, désorientée,
mais sans doute capable d'un sursaut qui la rendrait digne d'autres
lendemains...Déjà les paysans du Bou Maad s'affirmaient en hommes...ils
avaient repoussé le FLN. Ils estimaient trop valoir pour être les citoyens
d'une ridicule république d'opérette, avec ses quarante voleurs et ses
mille filous". Il se rend compte que le FLN est devenu l'instrument
des grands propriétaires, qui exploitent leurs fellah et sont les
profiteurs de la révolte (p.147-150).
Il se rend à Tenès, informe le général commandant la Zone et le
Sous-préfet. Accompagné d'un officier des Affaires musulmanes, il propose
aux hommes des Beni Menacer d'être la première djemaa libre d'Algérie. Un
jeune lui réplique «Nous ne voulons
plus de djemaa, nous sommes l'Assemblée du peuple ». Soit! L'Assemblée
est constituée, elle désigne son Président, son responsable militaire et
son "moniteur politique" (p.173).
Cinq camions dodge sont équipés en dispensaires mobiles. 5 médecins
auxiliaires et 20 Assistantes sociales dispensent leurs soins et leur aide
à 15.000, et bientôt 22.000 consultants par mois. Une infirmière du FLN,
faite prisonnière, accepte de participer, elle est rejointe par des
dizaines de jeunes filles. Une Ecole d'Assistantes sociales rurales est créée.
Un Comité des femmes se constitue, qui organise un atelier de tissage de
nattes. Des écoles sont construites.
Une compagnie légère, composée de volontaires musulmans, résurgence
de l'armée d'Afrique, entre en action..."Les
hommes connaissaient les moindres sentiers de leurs montagnes et la
signification des branches liées au travers d'un chemin, celle des pierres
empilées au bord du sentier" (p.212). Sous la conduite du
capitaine Hentic, elle met en fuite une bande rebelle.
Abandonnée par un colon rapatrié, une propriété de 500 hectares
est transformée en ferme collective, rénovée et mise en exploitation.
"Mille hommes armés, six
équipes mobiles, cinquante jeunes musulmanes sur les routes, cinquante
moniteurs politiques sortis de stage ", ce bilan de quelques
semaines inquiète le FLN. Selon un document pris à l'ennemi, un
commissaire politique écrit que "les
moniteurs constituent la plus grave menace contre sa propagande ".
Sur le plan militaire, "l'expérience
venait de prouver qu'il était possible de libérer le contingent et de ne
pas demander à la métropole d'impossibles renforts. La guerre d'Algérie
allait devenir moins coûteuse, plus rapide. Les seigneurs de la Guerre ne
pourraient pas s'y installer à leur aise avec leurs états-majors, leurs
villas et leurs parcs à voitures" (p.232-234). Echec
et désillusion
Peu à peu cependant, l'opération pilote du Zakkar se heurte à la
routine administrative. Les médecins civils se plaignent au préfet de voir
leur clientèle diminuer. La propriété agricole est en réalité louée
par fractions à des spéculateurs qui sous-louent des parcelles de un à
deux hectares à des petits paysans musulmans. Pour une fraction de 500
hectares, le bénéfice net est de quatre millions de francs. Le pouvoir
politique s'oppose donc à la réquisition.
On impose aux jeunes musulmanes des équipes mobiles d'être
titulaires du brevet supérieur et de subir un concours d'entrée. Le
capitaine Hentic est muté. Les volontaires des compagnies légères sont
repris en main par un Groupe d'artillerie qui les utilise comme porteurs et
hommes de corvées. Non éclairée par ses volontaires musulmans, une
batterie subit de lourdes pertes dans une embuscade, tandis que ses porteurs
désarmés sont massacrés.
Jean Servier n'est plus reçu par les autorités, qui lui retirent
ses moyens d'action.
Dans le même temps, le commandement fait confiance à de faux ralliés
et renouvelle les erreurs de la Force K. Les amis kabyles de Jean Servier dénoncent
ceux qu'ils appellent "les
fellaghas des Français" : les 3.000 hommes de l'Armée nationale
populaire algérienne du général Bellounis, qui se livrent à des
exactions contre la population, avant d'être éliminés et de passer à
l'ennemi. "Un
commandement moins machiavélique et plus intelligent aurait pu lever une
armée d'Afrique, au lieu de soudoyer dans l'ombre de vraies sectes ennemies
et de fausses sectes amies ".
Il assiste en spectateur au sursaut du 13 mai 1958. "La
transformation de l'aveugle
colère du peuple en brutale
gaieté méditerranéenne... La fraternisation a été un phénomène urbain
comme la prise de la Bastille..La passive masse rurale ne pouvait que suivre
lentement l'élan venu d'Alger. C'est sans doute ce qu'ont compris les
entrepreneurs en ralliements...Seul le peuple négligé parmi tant de
combinaisons savantes avait su un court moment imposer sa volonté
fraternelle " (p.283-284).
"Des montagnes
vides...des villages peuplés de femmes et d'enfants, faciles à tenir par
un seul des mouchards du FLN....Il n'y avait plus qu'une vérité, celle des
états-majors...où l'on murmurait : « Nous
risquons de perdre l'Algérie...que voulez-vous, la Politique » (p.
273-278).
C'est donc avec amertume que Jean Servier prend l'avion qui le ramène
en métropole. On comprend que son livre de 1958, qui rapporte ses désillusions
et sa critique des états-majors, ait été retiré de la vente sur ordre du
Ministre des Armées. Enquête
sur les musulmans Français.
Malgré des travaux de recherche, de direction de thèses et de
publications très prenants, Jean Servier n'oublie pas ses premières
recherches ethnologiques. Il trouve un nouveau milieu d'études dans la
communauté des Français musulmans rapatriés, qui sont nombreux en
Languedoc-Roussillon. C'est ainsi qu'il dirige la thèse d'Anne Heinis,
Inspectrice des Centres de regroupement du Midi de la France, et qu'il répond
à la demande d'enquête de M.Parodi(11),
en date du 27 mai 1971. Les lignes directrices fixées sont de traiter la démographie
de cette population, d'en apprécier la psychologie, la scolarisation et les
perspectives d'avenir, ainsi que l'attitude de la population environnante,
et de faire des propositions pour l'avenir.
Dans son rapport de 1973 (12),
Jean Servier note d'abord que les harkis ne sont pas des immigrés
ordinaires. Ils ne sont pas mus par un besoin de promotion économique, et
ne sont pas un groupe uni que l'on aurait forcé à l'émigration. L'exil
leur a été imposé, et ils font partie d'une classe sociale défavorisée,
marginale. Leur passé au service de la France est leur seul atout.
La population française, à l'exception des classes favorisées,
n'est pas informée et les confond avec les migrants; elle rejette la guerre
d'Algérie et retient les termes péjoratifs de collaborateurs,
traîtres et tortionnaires. Des stéréotypes représentent les harkis
comme des exclus, rejetés par les petits blancs en raison de leur mentalité
différente.
Les adultes, "réfugiés" et non rapatriés, volontaires en
1955-59, étaient des ruraux et des banlieusards pauvres, analphabètes. La
reconnaissance de leur statut a favorisé leur promotion sociale, mais sauf
exceptions (Beni Boudouane, Touabas, Bou Maad), ils n'ont pas été préparés
à la vie occidentale. La plupart se marient dans leur communauté. L'islam
se réduit pour eux à l'observance
d'obligations saisonnières. Le choc culturel auquel ils sont soumis entraîne
leur isolement. Ils ont rompu avec le passé, leur avenir est incertain. A
l'intérieur de la famille, le père s'affirme par la natalité et par sa
domination sur les filles, alors que les garçons s'appuient sur la mère
pour contrer le père.
S'agissant des enfants, Servier observe un retard scolaire de 1 à 3
ans, dû à l'âge d'arrivée en métropole, mais aussi à l'indifférence
des parents et des enseignants. Les filles sont plus agressives, désireuses
de réussir, malgré le milieu clos dans lequel elles sont surveillées et
recluses. L'isolement des hameaux forestiers produit un sentiment d'infériorité.
Les uns sont résignés ou désespérés, avec une personnalité bloquée à
12 ans. Tous souffrent d'être confondus avec les Algériens.
Estimant que le point de non-retour a été franchi, Jean Servier
propose des mesures adaptées à chaque âge : adultes, jeunes de 18 ans, 12
et 5 ans. Il convient de ne pas noyer les harkis dans la misère des
marginaux, il faut atténuer le regret du passé, rejeter le sentiment d'échec
et de honte, refuser l'épithète de traîtres. La résorption des cités de
transit s'impose, en même temps que l'ouverture de clubs (genre Dar el
Askri) , d'ouvroirs pour les femmes, de garderies pour les moins de 5 ans,
de cours de rattrapage
scolaire qui ne dispensent ni "culture du pauvre", ni
multiculture. Des coins musulmans doivent leur être réservés dans les
cimetières.
Restaurer l'image paternelle, développer la volonté de se
perfectionnner, promouvoir des rencontres avec de jeunes Français, ce sont
là des propositions fondées sur la connaissance du milieu et sur le bon
sens, mais qui mettront longtemps à s'imposer. X
Ayant
vu s'effondrer son rêve, qui était aussi celui de l'ethnologue Jacques
Soustelle, d'une Algérie française multiculturelle où vivraient en
harmonie les communautés musulmanes (
dont la berbère), juive et chrétienne
(JB Renard), Jean Servier a su se reconvertir dans la recherche
universitaire et dans des disciplines originales : magie, ésotérisme, sans
rompre les liens avec les populations qu'il avait appris à connaître et à
aimer.
Son apport scientifique est considérable. Dépassant le pointillisme
des méthodes de l'Ecole des Chartes, il s'élève à la compréhension intérieure
des cultures. Figure importante...de
"l'Ecole Griaule", il s'oppose aux réductionnismes
raciaux, économiques et structuralistes et montre que l'homme des sociétés
traditionnelles pense et agit selon son rapport à la face cachée des
choses, à travers des mythes, des rites et des symboles qui leur donnent
sens. (JB Renard).
Un autre ethnologue estime que loin
d'adopter une attitude passéiste et archaïque, et de se réfugier dans le
passé, son ethnologie se révèle
avoir été, au contraire, étonnamment prospective. Son
oeuvre magistrale "Tradition
et civilisation berbères" met en effet en lumière les symboles
choisis par les Algériens eux-mêmes, dans le domaine de l'Histoire
politique contemporaine - malheureusement très actuelle- de leur pays
Le modèle de rituel du sacrifice permet en effet de différencier
"le sacrifiant" qui exprime l'intention de sacrifier, du
"sacrificateur", qui pour tuer agit en esclave du premier. Cette
différenciation n'est peut-être pas inutile pour la compréhension du
terrorisme contemporain (13)
.
Enfin, au moment où les Kabyles revendiquent la reconnaissance de
leur personnalité culturelle, il ne fait pas de doute que les travaux de
Jean Servier éclairent à la fois le passé, les traditions et l'avenir de
leur peuple. Avec
le concours de Nicole Martinez Bibliographie
sélective de Jean Servier
Jean Servier a écrit une vingtaine d'ouvrages et une soixantaine
d'articles scientifiques. Ne sont cités ici que ceux qui ont rapport à
l'ethnologie. -
Les Portes de l'Année, l'Algérie
dans la tradition méditerranéenne, édition abrégée, Paris, Robert
Laffont, 1962 -
L'homme et l'Invisible, Paris,
Robert Laffont, 1964; Imago, Payot 1980; nouvelle édition du Rocher, 1994.
Traduit en italien et en espagnol. -
Un exemple d'organisation politique traditionnelle : une tribu berbère, les
Ifflissen-Lebhar.
Revue de l'Occident musulman, Aix-en-Provence, n°2, 2ème trimestre
1966. -
L'Afrique blanche, encyclopédie de
la Pléiade, Ethnologie régionale, T I Paris, Gallimard, 1972. -
Signification du mythe dans les
civilisations traditionnelles, in Actes du colloque de Chantilly,,
24-25 avril 1976. Edition Les Belles Lettres, 1978, p.13-26. -
Le terrorisme, Paris PUF, Que
sais-je? n°1768, 1979, 1998 (5ème édition). -
Hermès africain : les origines
communes. Les limites du visible et de l'Invisible. Eranos Jahrbuch,
Ascona, 1980, vol.49, 199-257. -
L'idéologie, Paris PUF. 1982,
Que sais-je? Traduction chinoise. -Tradition
et civilisation berbères, édition complète; Monaco, Editions du
Rocher, 1985. -
L'harmonie dans la cité, Eranos
Jahrbuch, Ascona, 1986, vol.51, 369-447. -
L'ethnologie, Paris PUF. Que
sais-je? N° 2312, 1986; 1994; 1997 (4ème édition)
Traductions chinoise, grecque, et turque. -
Méthode de l'ethnologie, Paris
PUF, Que sais-je ? n°2313, 1986, 1993. -
Une caste sacerdotale de lieurs : les
Mrabtin de Kabylie, Ethnologiques.
Hommage à Marcel Griaule, Paris, Hermann, 1987. -
Les Berbères, Paris PUF. Que
sais-je ? n°718, 1990, 1999 (3ème édition).
Edition algérienne, 1997. -
Histoire des idéologies, in
Histoire des moeurs, Encyclopédie de la Pléiade, Paris Gallimard 1991 -
Le
feu, symbole et archétype : naissance et résurrection.
Mort
et vie, Hommage au professeur Dominique Zahan, L'Harmattan 1996, p.27-49. (1)
J. Servier a décrit cet engagement en guerre d'Algérie dans trois
ouvrages : Dans l'Aurès sur les
pas des rebelles, France-Empire 1955. Adieu
djebels, France-Empire
1958. Demain en Algérie.
R.Laffont 1959. Cet
article s'appuie sur la rencontre de Jean Servier en 1989, sur la
correspondance échangée avec lui
de 1997 à 1999, sur les archives des Etats-majors et unités
concernées par l'affaire K, et des Services spéciaux en Algérie
(Service de documentation et Centre de coordination interarmées), et
sur le témoignage des colonels Parizot et Hentic, de plusieurs
officiers SAS et de madame Jean Servier-Martinez, ethnologue. (2)
Thèse soutenue en juillet 1955 en Sorbonne : Jeux
rituels et rites
agraires chez quelques berbérophones, et Chants
rituels et chants de circonstances des femmes de l'Aurès. Sa thèse
est résumée dans Les portes de
l'année, l'Algérie dans la tradition méditerranéenne.R.Laffont
1962. L'édition complète paraît en 1985 à Monaco (le Rocher), sous
le titre : Tradition et
civilisation berbères. (3)
Dictionnaire des philosophes.
PUF, 1984.Tome II p. 2.638. Encyclopédie
philosophique universelle. p.4.164. Article
de Jean Bruno Renard dans le
Monde du 15 mai 2000: Jean
Servier, un ethnologue spiritualiste. Article
de Georges Laffly dans Ecrits de
Paris d'octobre 2000: Jean
Servier d'avant-hier à après-demain. (4)
L'homme et l'Invisible.
Laffont 1964. Les trois livres de
la philosophie occulte. Berg 1967. Histoire
de l'utopie. Gallimard-Idées 1967-1991. L'idéologie.
PUF 1987. La magie. PUF 1993.
Le terrorisme. PUF 1979-1998.
Dictionnaire critique de l'ésotérisme,
sous la direction de J.Servier. PUF. 1998. Parmi ses nombreux ouvrages
et articles, ceux qui se rapportent à l'ethnologie sont cités en
annexe. (5)
M. Faivre. Les combattants
musulmans de la guerre d'Algérie. L'Harmattan 1998. p. 34 et 182. L'agha
Merchi Abdallah, dit Sebti ben Laâla, caïd depuis 1941, nommé agha en
1953, est issu d'une famille très honorable et influente de l'Aurès.
Il a toujours fait montre d'activité de zèle, de pondération et de
conscience dans l'exercice de ses fonctions, et s'est particulièrement
distingué dans la répression du banditisme. Après avoir offert ses
services le 1er novembre 1954, il leva le 1er juin 1955, sous son entière
responsabilité, une harka de 170 partisans qui se signala par son bilan
opérationnel. Objet de la suspicion, inexplicable, du sous-préfet
Delnef, l'agha Merchi fut mis à l'écart au départ du général
Parlange. En 1962, il a payé de 5 ans de captivité et de sévices au pénitentier
de Lambèse son attachement à la France. Rapatrié ensuite, il s'est tué
accidentellement en allant visiter près d'Amiens ses fidèles Touabas. (6)
Lettre personnelle du 20 février 1999. (7)
Les nombreuses références sur l' affaire K ont été citées par
Maurice Faivre in : L'affaire K
comme Kabyle, Guerres mondiales et conflits contemporains, n°191/1998.
La plupart des auteurs ignorent le montage de l'affaire par les
"Services", et le livre "Adieu djebels". -
Le livre de Camille Lacoste-Dujardin : Opération
Oiseau Bleu. La Découverte 1997, a été critiqué pour ce fait par
Jacques Frémeaux dans son compte-rendu des Annales, Histoire, Sciences
sociales, janvier 2000. -
L'intervention de C.Lacoste-Dujardin au colloque du 25 novembre 2000
(Actes publiés par la Société française d'Histoire d'outre-mer) témoigne
de la même ignorance du livre de Jean Servier Adieu
Djebels, qui en 1958 a décrit cette affaire en baptisant les
capitaines Hentic et Camous Béret
rouge et Béret bleu. (8)-
Colonel Ducournau, chef de Cabinet militaire du Ministre résidant
-
Colonel Parizot, chef du Service de documentation de la 10ème
RM, Service de Recherche Opérationnel (SRO) en
instance d'intégration au CCI
- Inspecteur Général de
Lombarès, Chef de l'Etat Major mixte au Cabinet du Ministre résidant (8bis) On
a su rapidement que la liste avait été établie par un Inspecteur de
la DST, Kabyle jouant double jeu, qui a été condamné par le Tribunal
militaire (9)
Région "conquise" mais non ralliée en 1844, et où les
administrateurs, et après eux les officiers SAS, observent des
oppositions, parfois violentes, entre les notables de la colonisation,
les nationalistes et les berbéristes. Jean Servier connait parfaitement
ce douar, qu'il a décrit dans un article de 1966 (voir liste en
annexe). (10)
sans doute en référence à une chanson popularisée par Eddie
Constantine en 1956. (11)
Alexandre Parodi était Vice-Président du Conseil d'Etat et Président
du Comité national pour les Musulmans Français (CNMF). La mission
confiée à Jean Servier démontre à nouveau la confiance que le
pouvoir accordait à son jugement. Madame
Heinis a soutenu en 1977 une thèse sur l'insertion des Français
musulmans. Elle a été Sénateur de la Manche. (12)
Source André Wormser, Président actuel de la CNMF. (13)
lettre personnelle
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