| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre
II - Ses responsabilités de stratège
II.1-
La base de ses écrits
1.1- Ses campagnes a)
Le
combat à Ping Hai
En
1560 (l’an 39 Jia Qing), QI Jiguang reprend ses fonctions car, pendant la
période immédiate qui précède la formation de ses troupes, il était
en disgrâce suite à sa défaite en 1559. Aussi, il se trouve à
nouveau au Zhejiang avec les nouvelles troupes qu’il a pu entraîner et
devient le responsable militaire des affaires de la défense de 3 villes qui
sont Taizhou (aujourd’hui, Linhai province du Zhejiang). Jinhua, et
Yinzhou . Parmi ces trois villes, la ville de Taizhou est la plus importante
car elle est composée de 6 districts: Ninghai, Linhai, Huangyan, Tiantai,
Taiping. Cet ensemble de communes longe la côte sur une distance de plus de
200 li (= 100 km). L’arrière pays est constitué principalement
de petites montagnes. Au
début de la Dynastie des Ming, il existe
dans cette province du Zhejiang, 2 garnisons composées de 6 postes de
garde. Mais, ne faisant plus l’objet d’attaque depuis fort longtemps,
leurs défenses se sont émoussées : équipements obsolètes ;
effectifs manquants et non qualifiés ; grand âge d’une large
partie de la troupe; aucun entraînement ni motivation…. Depuis le
commencement des troubles occasionnés par les Wokou, la population locale,
mal défendue par ses militaires a beaucoup souffert. Dès
son arrivée le général,
décide de prendre les choses en mains : tout en continuant à
entraîner les troupes qu’il a recruté à Yiwou (province du Henan) ,
il prend également des mesures pour la mise des garnisons existantes en
ordre de marche. 1. Nomination
d’un haut coordonnateur civil :
compte tenu de la longueur des côtes et du manque d’organisation, il
demande qu’un haut fonctionnaire civil soit nommé pour coordonner les
affaires de la défense. Dans les premières années des Ming, les
fonctionnaires civils ne participaient pas aux affaires militaires. Mais
cette pratique, commencée dans les années de Zheng Tong est devenue une
tendance générale au détriment des places occupées auparavant par les
fonctionnaires militaires. De nombreux fonctionnaires militaires expriment
leur mécontentement, mais QI, pour la bonne organisation a demandé la
nomination d’un fonctionnaire civil, cette requête très appréciée par
le préfet Hu Zhong Xian a été satisfaite sans trop retarder et Hu Zhong
Xian a nommé Tang You Chen. QI Jiguang s’entend parfaitement avec ce
dernier et cette entente ne fait que faciliter les conditions de travail
pour QI. 2. Remplir
les effectifs :
dans certains postes de garde, plus de la moitié des soldats ne sont pas présents
pour différentes raisons : désertions ; mutations temporaires ;
détournements d’emploi…. Alors, le général a usé de tous les stratagèmes
pour les rappeler à leur poste afin de pouvoir, sans faire appel à de
nouveaux recrutements, réaliser
les effectifs. 3. Constitution
des troupes embarquées de la marine :
C’est en effet la 1ère fois que QI a sous sa responsabilité
les troupes embarquées de la marine. Alors, il en a profité pour faire
construire 44 bateaux de combat. Il a demandé que ces bateaux soient de 3
modèles et 3 tailles différentes, les plus grands : modèle FU HAI ;
les moyens, le modèle HAI CANG ; les plus petits : TONG XIAO. Ce
dernier modèle est une
invention de QI car la taille du bateau
est juste plus grand que celui des Wokou afin d’être efficace dans
l’attaque mais, assez petit pour être facile à manipuler. Une escadrille
est alors composée de 2 FU CHUAN, d’1 HAI CANG et de 2 TONG CUAI. Les 2
escadrilles composent une flotte. En mars de l’an 40 de Jia Qing, les 44
bateaux ont levé l’ancre. Il en attribue 20 à Zhong Mei : 2 flottes
entières qui sont chargées de la défense sud et sud-ouest des côtes ;
et 20 autres à Hai Mei pour la défense nord et nord-est. Les 4 restantes,
sont gardées en réserve, à la
disposition de QI Jiguang. Ainsi,
les deux avant postes de ces flottes se combinent et agissent de concert :
les grands bateaux, très efficaces servent pour la chasse et la poursuite
hauturière. Par contre, les bateaux de taille moyenne et de taille plus
petite sont plus adaptés pour les combats rapprochés et ceux qui ont lieu
dans les ports et détroits. Le
général a aussi renforcé l’équipement des armes à feu à bord de ces
bateaux. Par exemple, un FU CUAI
est équipé de : §
1
gros canon; §
20 canons
à feu = HOU PAO §
6
catapultes ; =DA FU LANG JI §
3
petits obusiers; =WAN KO TONG §
10
mousquets =NIAO TONG §
60
tromblons = PEI TONG §
100
grenades = YAN TONG §
300 fusées
= HOU JIN §
100 briques
à feu = HOU ZHUAN En
plus des armes à feu ci-dessus (légèrement mal listées en raison du
manque de dictionnaires appropriés), les armes blanches ne manquent pas non
plus : flèches, gaffes, fléchettes,
javelots, boucliers en rotin, boites de cendres. Ainsi,
les armes s’ajustent : à longue distance, on utilise les canons et
les armes à feu à longue portée, à courte distance, ceux sont les armes
à feu de précision et les armes blanches que l’on utilise. Ainsi,
le système mis au point par QI est complet et consiste à[1]: -
au niveau
des équipements : des armes à feu et des armes blanches qui se
couvrent. -
au niveau
de la flotte : des bateaux de taille et de vitesse différentes qui
sont complémentaires ; Ce
système qui est destiné à se défendre et à attaquer dans un rayon de
100 pas, est vraiment redoutable pour les adversaires. 4. Renforcer
les postes de contrôle et d’observation :
QI a fait restaurer les postes existants et fait construire d’autres
postes complémentaires. Dans le système d’observation et de garde
qu’il a fait établir, 5 soldats doivent se relayer jour et nuit, qui ne
peuvent pas quitter ces points d’observation sans permission préalable.
L’alerte est donnée en journée par des drapeaux et des coups de fusils ;
si c’est la nuit, par des torches et des coups de fusils. QI Jiguang a
aussi renforcé le contrôle de toutes les entrées de bourgs ainsi que les
villages alentour avec un système de mots de passe et des rondes
permanentes de 3 personnes en temps de paix et de 5 personnes en temps de
menace. Ainsi,
au lointain il y a des postes d’observation ; au plus près, des
contrôles d’accès et des grands carrefours. Les ennemis ne peuvent pas
s’approcher sans être aperçus. 5. Harmoniser
tout le système de défense :
QI réforme les postes de garnison ; crée les troupes d’embarquées
de la marine, améliore l’entraînement des troupes et le rend
obligatoire, renforce les postes de contrôle. Pour rendre toutes ces
mesures plus efficaces encore, QI a aussi beaucoup réfléchi sur
l’engagement coordonné dans les actions de combat des troupes de la
marine, des troupes de garnison et des troupes recrutées et formées par
lui-même. Les troupes de la marine au nombre de 4 flottes constituées de 4
bataillons chacune, défendent les zones littorales. A l’intérieur de
chaque flotte, lorsque qu’un bataillon part en mer pour une
patrouille, un autre reste au port en état d’alerte afin de pouvoir
intervenir dans les plus brefs délais. Ils forment ensemble une ligne de défense
sur la mer. Si l’attaque ennemie est de faible importance, chaque
bataillon peut intervenir indépendamment. S’ils sont en plus grand
nombre, les bataillons se joignent pour combattre ensemble. Sur
terre, les troupes des garnisons sont responsables de la défense des bourgs
et des villages. Par contre, les troupes de QI sont plus mobiles et se
chargent essentiellement des attaques et des contre attaques ainsi que des
poursuites de l’ennemi. En
mer et à terre ; troupes de défense et d’attaque ; courage et
stratégie ; jour et nuit…, voilà le stratégie de QI : tout
s’accorde et tout se complète, pas de faille exploitable par l’ennemi.
C’est en effet la clé des nombreux succès au combat obtenus par le général
dans la lutte contre les wokou. b)
La victoire à Taizhou Début
Avril 1561 (l’an 40 de Jia Qing), plusieurs centaines de bateaux des wokou
ont été repérés par des postes de surveillance. Dix à vingt mille wokou
attaquent en même temps une dizaine de villages côtiers de la Province du
Zhejiang (graphiques 3). Parmi eux, 2000 wokou avec une cinquantaine de
bateaux sont au large de Ningbo et Shaoxing, ils sont rassemblés au large
et attendent l’occasion pour attaquer. Les chefs lieux attaqués sont sous
le contrôle de QI. Ce dernier, dès l’alerte, se prépare aux combats. Le
12 avril il est monté lui-même à bord du bateau de commandement et croise
au large pour observer ses adversaires. Les wokou, impressionnés par
l’allure de la flotte et des bataillons embarqués de QI n’osent pas
s’approcher et quittent leurs
positions. Le 19 avril[2],
nouvelle alerte. Les wokou qui ont réussi à débarquer au port du bourg de
Xifen qui dessert Fenghua au nord de Taizhou, se dirigent vers le sud et
prennent le bourg de Ninghai. Ils pillent et dévastent tout le village de
Ninghai. Ce village n’est pas très éloigné de Taizhou (Linhai,
aujourd’hui). Après avoir analysé cette nouvelle situation, QI Jiguang décide
de diviser ses troupes en 3 groupes : -
une partie
reste à Taizhou pour assurer sa défense ; -
une autre
partie se charge de la défense de Datian, un autre bourg à proximité ; -
une troisième
partie dirigée par lui-même fait route vers Sanmen pour anéantir les
wokou. Le
matin du 22 avril, QI Jiguang quitte Taizhou pour Ninghai. Le jour même,
les wokou ont appris cette nouvelle par le biais d’informateurs locaux.
Sachant que Taizhou n’est défendue que par une petite partie des troupes
de QI, les wokou se précipitent pour l’attaquer par 3 côtés : -
500 wokou
en 3 grands bateaux débarquent à Lipu et s’approchent de Taozhu le
22 avril; -
Plus de 500
wokou montés sur 8 bateaux débarquent par le port Zhouyang et se
dirigent vers le bourg de Jiaojiang entre le 22 et 23 avril; -
Une troisième
partie, plus de 2000 wokou répartis sur 18 bateaux débarquent par Jiantiao
le 25 avril. La
situation devient critique. Après avoir étudié toutes les données , QI
en conclut que les wokou de Taozhu et de Jiantiao ne causent aucune menace sérieuse
pour le chef lieu qui est Taizhou malgré le fait qu’ils sont nombreux.
Par contre, ceux qui ont débarqué par le port de Zhouyang, mieux organisés
doivent être maîtrisés assez rapidement, car le bourg de Jiaojiang est le
point stratégique le plus proche de Taizhou. Si les wokou arrivent à avoir
Jiaojiang, les troupes auront beaucoup plus de mal à défendre Taizhou.
Alors, QI Jiguang soutenu par sa hiérarchie supérieure, le fonctionnaire
civil Tang Xiao Chen qui a fait un rapport à Hu Zong Xin, le préfet, a pu
obtenir un accord total pour sa stratégie d’attaque. Le
24 avril, les
wokou, après avoir pillé les villages autour de Huaqiao (graphiques 4)
s’approchent de la cité. Les hommes robustes et forts sont partis avec QI
et les soldats restant d’un nombre largement insuffisant s’inquiètent.
L’épouse de QI Jiguang ainsi que les autres femmes de soldat se portent
en avant. Elles s’habillent en costume militaire et montent dans les
postes de garde afin de renforcer le défense. Ensemble, ils ont mis des
drapeaux partout, crient très fort et tirent sur les wokou qui essayent de
s’approcher de la ville. Les wokou trompés par cette apparence en croyant
qu’il y a beaucoup plus de soldats à l’intérieur ne veulent pas
prendre de risque en l’attaquant immédiatement, alors, ils encerclent la
ville et préparent leur attaque. Le
25 avril, QI a
reçu une communication de la part de Tang Xiao Chen dans laquelle ce
dernier lui précise que les troupes de renfort sont arrivées pour libérer
Ninghai. Suite à cette nouvelle, QI Jiguang repositionne ses troupes et les
dirigent immédiatement vers Jiaojiang. Il a ordonné une marche forcée. Le
matin du 26 avril,
les wokou recommencent leur attaquent pour entrer dans Xinhe. Avant midi,
les troupes de QI apparaissent soudainement derrière les wokou. Surpris,
les wokou abandonnent l’attaque de Jiaojiang et sont obligés de se battre
avec les troupes de QI. Sans être capable de tenir plus longtemps, ils se
replient dans un ensemble de maisons. Les troupes de QI, au lieu de conduire
l’assaut, se déploient et attendent. Vers 4 heures de l’après-midi,
les wokou tentent de s’enfuir.
A ce moment précis, les troupes de QI se découvrent et ouvrent le feu. Une
centaine d’hommes sont tués ou blessés. A la tombée de la nuit, les
troupes entrent dans la ville. Les wokou qui fuyaient vers Wenling ont été
rattrapés par les autres troupes des Ming sauf une petite partie qui a réussi
à s’échapper vers Dajing. Deux
cents wokou ont été tués lors de ce combat, le bourg de Jiaojiang a été
préservé. Une
fois que le risque majeur a été écarté par l’anéantissement des
ennemis les plus dangereux, les troupes impériales commencent à
s’occuper des autres. Il reste ceux qui s’approchent de Taozhu et ceux
qui font mouvement vers Sanmen. Afin
d’anéantir les wokou qui s’approchent de Taozhu par Jinqing ( à 20 li
de Linhai) dans le but également d’attaquer Taizhou, QI Jiguang a décidé
de diriger ses troupes immédiatement vers Taizhou. C’est à présent le
27 avril. Lors du départ des troupes de QI vers Ninghai, le 22 avril,
chaque soldat n’a porté que 3 jours de provision pour ne pas être trop
chargé dans la marche forcée. Depuis, ces soldats marchent et combattent
et ils n’ont eu aucun repos. Arrivé au 27 avril, toute provision est épuisée,
les soldats n’ont plus de quoi se nourrir
depuis 2 jours. L’espoir de pouvoir se reposer et de se ravitailler
à Jiaojiang a été déçu par cette nouvelle marche forcée ordonnée par
QI Jiguang. QI est bien au courant de la situation et promet aux soldats un
repas dès l’arrivée à Taizhou. Les
wokou de Jing Jin Si ont appris les échecs de leurs compères et décident
de se diriger le plus vite possible vers Taizhou afin de pouvoir y parvenir
avant les troupes de QI, de piller la ville et de repartir tout de suite après.
Ainsi ils pensent pouvoir éviter l’affrontement direct avec les troupes
de QI. Si ils doivent les affronter, ils seront à l’intérieur de Taizhou
et QI Jiguang à l’extérieur. Mais, ils sous estiment les troupes de QI
car elles sont sur place dès le petit matin du 27 avril. Elles ont déjà
parcouru plus de 70 Li et sont arrivées juste avant les wokou. En effet,
ces derniers ne sont seulement qu’à 2 Li du chef lieu quand les troupes
de QI arrivent et ferment les portes de la ville. Les wokou, désagréablement
surpris et pour ne pas laisser le temps aux troupes de s’installer,
s’engagent immédiatement dans l’attaque. Les troupes de QI,
passablement épuisées se mettent en position de combat. Face et flanc
gauche : chef du bataillon Ding Bang Yin ; face et flanc
droit : chef du bataillon Chen Da Cheng, et au milieu deux compagnies
dirigées par Chen Hao et Hu Da Shao. Les troupes locales sont dirigées par
le sous-préfet ainsi que les hommes armés de la ville, qui sont répartis
dans les postes de garde. QI Jiguang dirige l’ensemble de la manœuvre par
drapeaux et tambours. Les
pionniers attaquent les wokou avec les armes à feu et ils sont suivis par
les soldats qui utilisent les armes traditionnelles de précision (arcs,
arbalètes, lances…). Les wokou essayent d’attaquer du mieux qu’ils
peuvent : ils concentrent toutes leurs forces pour attaquer les troupes
de Ding Bang Yin qui se trouvent à l’avant gauche. Ces derniers, renforcés
par les compagnies du centre se défendent avec un courage hors du commun et
ne cèdent aucun pouce de terrain ni aucune habitation. Les wokou se
heurtent à la même résistance lorsqu’ils tentent leur 2ème
chance en se jetant sur les troupes de Zhen Da Cheng. Les wokou ont compris
qu’ils n’ont aucune chance d’entrer dans Taizhou et sont contraints de
changer de stratégie en organisant leur retraite. Les troupes de QI
profitent de leur avantage et poursuivent les Wokou pendant plus d’une
journée. Ils sont tous anéantis, soit dans le cours d’eau Gua Lin Jing
par Chen Da Cheng ou soit dans le Xin Qiao par Ding Peng Yin à plus de 10
Li de Taizhou. Les troupes de QI, victorieuses, se regroupent et s’offrent
un banquet pour fêter ce combat. Ils ont eu en total 308 têtes de wokou
sans compter ceux qui sont morts noyés. Deux chefs sont emprisonnés et les
troupes impériales récupérèrent plus de 650 armes. Malgré
cette victoire, le danger n’est pas écarté, car le corps principal des
wokou mouille au large de Jin Tiao, ils sont plus de 2000. Le 28 avril, ils
débarquent et le 1er mai, ils se rassemblent à Ta Tian Zhen et
prévoient eux aussi d’attaquer Taizhou. A ce moment, une partie des
troupes de QI Jiguang sont à Jiaojiang et Wenling, il n’y a que 1500
soldats à Taizhou. Pour encourager les soldats, il procède de la façon
suivante : D’abord,
il fait la « morale » aux soldats de façon que ces
derniers nourrissent à l’égard de l’ennemi la plus grande haine ; Ensuite,
il double les récompenses pour chaque wokou tué. Après cela les soldats
brûlent d’impatience de combattre pour protéger le pays. Enfin,
il donne les règles spécifiques pour cette bataille - 3 consignes bien précises: -
Ne pas chercher à gagner les récompenses à tout prix; -
Ne pas reprendre les matériaux des ennemis ; -
Ne pas tuer les coreligionnaires (chinois enrôlés par les japonais) Une
fois les travaux préparatifs au combat terminés, les soldats de QI
Jiguang, que l’on prénomme « troupes de la famille QI »
partent pour Dianqian (nord-ouest de Linhai) pour s’embusquer. Les wokou
ayant aperçus l’arrivée des troupes de QI n’osent plus avancer et
reculent jusqu’à Xiage afin d’attaquer Xianju et Lishui. Selon les
analyses de QI, les wokou vont probablement traverser la rivière par
Zhongdu en passant par Shangfengling et en sortant par Baishuiyang ( côté
ouest de Linhai). Le sud de Shangfengling est un ravin. Alors, QI
décide de faire une embuscade à cet endroit – là. Il a demandé
que ses troupes y montent à toute vitesse et y rester sans bouger. Chacun
doit tenir une branche d’arbre afin de se dissimuler. Le 4 mai, les wokou,
sans remarquer les pièges de QI, décident d’emprunter Shangfengling pour
arriver à Xianju. Leur troupes avancent en colonne simple sur une distance
de 20 Li. Les wokou observent avant de s’y engouffrer. N’apercevant
personne, ils s’engagent dans le ravin sans méfiance. QI Jiguang sait que
les wokou mettent souvent leurs soldats les plus forts devant et derrière
lors de la marche et ceux du milieu sont plutôt médiocres. Alors, il
attend que les wokou entrent complètement dans le ravin et ordonne de
l’on attaque avec les armes à feu du haut vers le bas. Les soldats de QI
Jiguang en formation (une des formations d’attaque répétées à
l’entraînement) UNE TETE, DEUX AILES ET UNE QUEUE jettent par terre leur
branche d’arbre et tirent sur les wokou et plus spécialement sur ceux qui
se trouvent au milieu. D’un seul coup, dans le ravin, à la place des
branches et des arbres, on voit surgir partout les soldats de QI Jiguang et
on entend les détonations. Les wokou, totalement pris au dépourvu, sont
dans l’incapacité d’organiser leur défense. Ils reculent et se
regroupent sur une petite colline située au nord du ravin afin de résister
à l’attaque. A ce moment, deux autres compagnies « de la Famille de
QI » arrivent et poursuivent les wokou jusqu’au pied de la colline.
L’assaut ne sera pas une
partie facile car il faut attaquer du bas vers le haut. Mais avant de donner
l’assaut, QI a fait installer un grand drapeau blanc et demandé aux
plusieurs centaines de soldats de crier ensemble dans la direction des
ennemis : «Les coreligionnaires qui veulent se rendre en venant
tout de suite sous ce drapeau ne seront pas châtiés». Après quelques
instants d’hésitation, plusieurs centaines de wokou se rendent en déposant
leurs armes sous le drapeau. Les acharnés ne voulant pas reconnaître leur
défaite entreprennent de monter jusqu’au sommet de la colline afin de
mieux résister. Cette colline aux abords très escarpés possède à son
sommet un plateau bien dégagé, un seul chemin de chèvre peut y accéder.
Une seule personne peut l’emprunter à la fois. C’est véritablement un
endroit qui est facile à défendre et difficile à attaquer. Tenter
de l’escalader, c’est prendre le risque de périr dans le torrent. Les
wokou, s’appuyant sur cette protection naturelle pensent qu’ils peuvent
résister à l’attaque. Mais, « les troupes de la famille QI »
qui osent escalader une montagne d’épées et braver une mer de flammes ne
reculent pas devant cet obstacle. Les braves des troupes de QI se succèdent
les uns après les autres pour escalader. Les premiers échelons avancent en
se protégeant avec les boucliers de rotin contre les flèches et fléchettes
que les wokou lancent du haut vers le bas. Les arbalétriers protégent les
grimpeurs en faisant des tirs de protection. Les autres unités, plus loin
de la colline tirent aux armes à feu. Une fois que les premiers échelons
atteignirent le sommet, ils attaquèrent avec des lances et des haches pour
anéantir le maximum de wokou afin que les autres soldats puissent accéder
au sommet également. Ainsi les troupes de la famille de QI ont réussi à
occuper la colline et les wokou ont été soit tués au sommet, soit précipités
dans le vide du haut de la colline. Seuls quelques dizaines de wokou ont eu
le temps de s’échapper et courent vers Baisuiying afin de se cacher dans
la cour de la Famille Zhu (commerçant influent de la sous région). Les
troupes de QI Jiguang les poursuivent. Les wokou n’arrivant pas à briser
l’encerclement sont aux abois : ils se suicident ; ou bien sont
brûlés à mort ou encore se rendent. Les troupes de la famille de QI ont
encore une fois gagné le combat. Elles ont décapité 344 têtes, fait
prisonnier 5 chefs et récupéré plus 1490 armes. Elles ont libéré plus
de 1000 personnes prises par les wokou. Les troupes impériales ne déplorent
qu’une vingtaine de tués lors du combat, c’est une vraie victoire. Au
niveau de la stratégie, QI a bien
su analyser la situation des deux camps et leur rapport au terrain. Après,
le choix de l’endroit pour l’embuscade, au cours de l’embuscade, il a
su attaquer le point le plus faible des wokou.
1.2-Son expérience sur la
frontière Nord de l’empire Trois
ans plus tard, QI Jiguang fut muté dans le nord. Bien que les succès qui
l’avaient rendu célèbre eussent été le résultat d’une situation
particulière au milieu du XVIème siècle, il n’en était pas moins
redevable en grande partie à un fonctionnaire civil qui lui avait accordé
sans réserve son aide et son soutien. Parmi les bureaucrates, Tan Lun était
une personnalité douée d’aptitudes peu communes. Titulaire du diplôme
de docteur, il fit dans la région côtière de l’est une carrière
administrative qui le mena au poste de gouverneur du Fujian et au cours de
laquelle il réalisa l’exploit de devenir spécialiste des questions
militaires. Quand
QI Jiguang offrit d’entraîner des volontaires, Tan cautionna ce projet.
Ensuite, il avait veillé à ce que ce corps de volontaires fût
convenablement approvisionné, ne fût pas trop accablé pendant les opérations
sur le terrain et par dessus tout que ses mérites fussent
reconnus. Il avait également joué un rôle dans la promotion de QI
au grade de commandant en chef. En 1567, quand Tan Lun, fut nommé
gouverneur général du nord du Zhili, chargé des installations de défense
autour de Beijing (graphique 5), il était tout naturel qu’il suggéra au
trône la mutation de QI Jiguang à son commandement pour y être chargé de
l’entraînement des troupes. Arrivant au début de 1568, QI devait plus
tard devenir le commandant en chef de Jizhou (Jixian aujourd’hui), la
principale ville de garnison du nord Zhili pour une période de quinze ans.
Pendant ce temps, Tan Lun fut promu ministre de la guerre et mourut en
fonction, mais auparavant lui et QI Jiguang avaient donné au commandement
de Jizhou une nouvelle impulsion.
Le
général QI eut à faire face à de nombreux problèmes. Immédiatement après
son arrivée, QI découvrit que même son statut personnel n’était pas précisé.
La situation au Zhili était embarrassante du fait que les militaires étaient
depuis si longtemps soumis à la domination civile, que les officiers supérieurs
n’avaient aucun moyen d ‘exercer leurs fonctions administratives.
Bien des généraux étaient, au mieux, à demi lettrés. Leurs subordonnés,
en garnison dans les districts locaux, étaient aux ordres des magistrats du
service civil et des préfets. Les services logistiques leur échappant, ces
chefs militaires avaient été forcés de se contenter de mener leurs
troupes au combat[3].
Quand QI Jiguang fut élevé à un poste où il devait superviser et diriger
tous les éléments qui dépendaient de son commandement en temps de paix,
cela créa une situation qui s’éloignait de la pratique normale. Par
nature un commandement dans le nord était très différent des conditions
du sud. La frontière mongole était une menace constante.
La sécheresse qui sévissait périodiquement forçait les hordes
nomades à lancer des attaques sur la frontière chinoise où l’impréparation
militaire invitait à des incursions plus profondes et plus fréquentes. Le
plus grand avantage des mongols était leur mobilité et la concentration de
leur force de frappe. La charge de cavalerie était leur mode de combat
dominant, mais parfois aussi ils assiégeaient des villes. Au cours d’un
assaut, ils pouvaient lancer 100.000 cavaliers dans la bataille. Altan Khan
réalisa l’unité des steppes qui, d’est en ouest, s’étendaient sur
plus de mille milles de long, les forces des frontières de la dynastie
prises au piège dans leur position de défense et trop éparpillées, ne
purent trouver le moyen d’arrêter les raids annuels. Jizhou
(graphique 6) était une des neuf régions de défense de la frontière
nord. Avec les villes de garnison qui en dépendaient, elle formait une zone
de protection autour de Beijing, mais elle était séparée de la garnison
de la capitale. Selon les prévisions elle aurait du comprendre 80.000
hommes sous les armes, plus de 22.000 chevaux de combat[4].
Mais en réalité personne ne savait à quoi se montait sa force. Parmi les
soldats qui dépendaient organiquement du commandement, il y avait des
conscrits venant des colonies militaires. On les appelait « soldats-hôtes »
et ils étaient en principe pris en charge par la localité. D’autres
soldats étaient mutés de districts extérieurs à la zone de défense, on
les appelait « soldats-invités ». Bien
que leur transfert fût en fait permanent, les districts dont ils étaient
originaires n’étaient jamais libérés de la responsabilité de leur
charge. Le gouvernement central accordait aussi des subsides au
commandement. De plus, il y avait des soldats issus de familles militaires héréditaires
des provinces de l’intérieur dont le service à la frontière était
limité aux mois du printemps et de l’automne. Pratiquement peu d’entre
eux se déplaçaient en personne ; ils se faisaient remplacer par des
gens qu’ils payaient, et dont le nombre ne correspondait généralement
pas à celui qui était prévu à l’origine. Le système suivant lequel
les soldats étaient fournis stipulait que le commandement devait être
composé de corps combattants dont la solde venait de différentes sources,
dont certaines n’existaient que sur le papier. On pouvait s’interroger
sur la qualité de ces combattants qui était aussi hypothétique. Ce manque
d’organisation et cette absence d’intégration n’étaient pas complètement
dénués d’intention. Derrière eux, on devinait l’appréhension qu’un
grand général trouvât tout seul la réponse à toutes les questions
politiques. L’histoire avait fourni de nombreux exemples de généraux
installés dans le district de la capitale qui avaient marqué le
commencement de la fin d’une dynastie. C’est pourquoi l’ambition de QI
Jiguang d’augmenter la puissance de commandement de Jizhou allait se
heurter à des obstacles dont certains seraient dressés par le service
civil et la force de la tradition.
Heureusement
pour QI, ses projets avaient l’approbation d’un important personnage de
l’entourage de l’empereur, Zhang Juzheng, qui devint grand secrétaire
de l’empire et qui avait dans ses intentions de rajeunir les forces armées
et le commandement de Jizhou était au premier plan de ses préoccupations.
QI Jiguang ne devait pas tarder à découvrir qu’il n’avait pas besoin
de s’occuper des problèmes politiques. Tout ce qui devait être fait
avait déjà été organisé par le gouverneur général Tan Lun et le grand
secrétaire Zhang Juzheng. Ce qu’ils ne parvenaient pas à obtenir était
vraiment hors d’atteinte. Voici
comment se produisirent les changements dans le commandement de Jizhou. La
proposition que fit QI au commencement et
qui aurait placé sous ses ordres 100.000 recrues sélectionnées pour un
entraînement intensif de trois ans, était trop ambitieuse pour devenir
effective[5].
Aucun effort ne fut fait par la suite pour intégrer les contingents de
soldats du nord. Mais on permit à QI d’amener dans la zone de défense
les volontaires qu’il avait recrutés dans le sud ainsi que leurs
officiers. Le groupe comprenait 3000 hommes ; les forces autorisées
furent augmentées continuellement jusqu’à atteindre vingt mille hommes[6].
Pour faire ressortir le côté inhabituel de la fonction de QI, Zhang
Juzheng parvint pendant une brève période à lui conférer le titre de
surintendant des affaires militaires de Jizhou. Aucun titre semblable
n’avait jamais été accordé à un officier dans toute l’histoire de la
dynastie. Comme cela provoqua force commentaires, le grand secrétaire
s’inclina devant l’opinion publique et changea par la suite le titre en
commandant en chef. Mais d’autres officiers supérieurs de cette zone de défense
furent mutés pour laisser à QI une autorité sans partage. Sur proposition
de Tan Lun, tous les fonctionnaires civils du district reçurent des
instructions explicites leur enjoignant de ne pas intervenir dans la gestion
de QI. Tan suggéra en outre que, pour une période de trois ans, QI Jiguang
devrait être exempt des
critiques des censeurs.
Au
commencement, le commandement de Jizhou reçut une allocation supplémentaire
de chevaux de combat et des fonds pour la fabrication d’armes à feu et de
chariots. Bien qu’elles fût limitée
en nombre, cette attribution causa néanmoins des jalousies et des conflits.
Puis il y avait aussi des rivalités entre les gens du nord et les gens du
sud, entre les conscrits locaux et les recrues, et entre les officiers de la
vieille école et ceux du nouveau programme d’entraînement. Dans sa
correspondance privée, Zhang Juzheng enjoignait à QI Jiguang de pratiquer
l’humilité.
La
façon la plus adéquate de décrire la tactique créée par QI Jiguang à
Jizhou pourrait être : « l’idée que se fait un fantassin de
l’emploi des armes combinées ». Cependant, toutes les critiques
doivent tenir compte de ses limitations sur le plan de la technique. Les
armes à feu modernes dont il disposait étaient encore en enfance, et il ne
pouvait qu’assumer une attitude défensive. Puisqu’il ne pouvait compter
sur les troupes du nord, il devait se fier aux volontaires du sud. Ce qui
revient à dire qu’il était censé arrêter l’avance de l’immense
cavalerie mongole avec des formations de bataille de la taille d’une
simple brigade.
Dans
sa méthode de combat, le chariot de bataille était une pièce essentielle.
C’était fondamentalement un grand chariot à deux roues attelé d’un
mulet ; mais à la place des côtés redressés il y avait un écran de
bois fait de huit sections qu’on pouvait rabattre à plat sur la
plate-forme du véhicule. Pendant le combat, les mulets étaient dételés.
Le chariot était placé de côté, une roue face à l’ennemi et l’écran
redressé derrière la roue pour offrir une surface de quinze pieds. Les
chariots en position de bataille étaient alignés les uns à côté des
autres pour former un mur continu. Les sections des extrémités de l’écran
servaient de portes battantes qui permettaient aux fantassins d’entrer et
de sortir[7].
Chaque chariot de bataille portait deux pièces d’artillerie légères
appelées couleuvrines (fo lang chi), probablement
d’origine européenne. Plus près d’un fusil à gros calibre que d’un
canon selon les normes modernes, la couleuvrine était coulée dans du
bronze ou du fer. Sa longueur variait de 3 à 7 pieds, son calibre n’excédait
pas deux pouces. Le boulet de plomb était introduit par la gueule. La
cartouche contenant des charges propulsives était faite du même matériel
et avait la même puissance que le canon, mais était en forme de poire et
était placée dans l’extrémité arrière de l’arme qui était découpée.
Une tige de fer insérée dans des trous de chaque côté de l’affût du
canon servait de verrou. Le modèle le plus redoutable avait une portée de
six cents mètres. La couleuvrine ainsi que les arquebuses faisaient feu du
chariot de bataille, par des trous prévus à cette intention dans les écrans[8].
QI affectait vingt soldats à chaque chariot de bataille. Dix d’entre eux
ne devaient jamais quitter le véhicule. Ils le manœuvraient, le mettaient
à sa place et s’occupaient de la mise à feu de la couleuvrine. Les dix
autres formaient une équipe d’assaut autour du chariot. Bien que quatre
soldats de ce dernier groupe fussent aussi armés d’arquebuses, quand
l’ennemi approchait, ils se servaient tous d’armes de combat rapproché
comprenant des boucliers en rotin, des javelots fourchus et des épées à
long manche, pour se livrer à des combats au corps à corps. Mais ces
actions devaient être menées en équipes. L’équipe d’assaut ne devait
jamais s’aventurer à plus de sept à huit mètres du chariot. Quand elle
avançait, le chariot devait suivre. Parfois, des escouades d’infanterie
supplémentaires prenaient part au combat. Elle suivaient essentiellement
les tactiques que QI avait fait prévaloir dans le sud contre les pirates,
excepté que désormais les soldats qui portaient les boucliers et les épées
s’attaquaient uniquement aux genoux et aux sabots des chevaux ennemis
qu’ils tailladaient tandis que ceux qui portaient des lances en portaient
des coups aux cavaliers. Le bambou était encore considéré comme une arme
utile pour arrêter l’adversaire[9].
Dans
un texte soumis à l’empereur,
QI donnait d’autres détails concernant sa tactique. Une brigade mixte
devrait avoir 3000 cavaliers, 4000 fantassins, 128 chariots de combat lourds
et 216 chariots légers. Face à l’ennemi, la cavalerie formait d’abord
un écran derrière lequel prenait place les véhicules. Les chariots étaient
disposés soit en carré, soit en cercle. Pour permettre le passage des
chevaux, des espaces étaient laissés entre les chariots ; mais des
abattis et d’autres obstacles mobiles comblaient les vides. Quand les
cavaliers mongols approchaient, la cavalerie se retirait, se mettant à
couvert à l’intérieur. On négligeait une formation ennemie de moins de
cent montures. Autrement, les soldats ouvraient le feu quand les mongols étaient
à moins de 250 pieds. En plus des couleuvrines et des arquebuses, l’armée
avait aussi des flèches propulsées par des fusées allumées par des
javelots fourchus. Parfois des canons lourds accompagnaient les unités
combattantes sur le terrain. L’un d’eux, qui répondait au surnom de
« généralissime » fonctionnait suivant le principe d’un
canon à percussion. La cartouche en forme
de cruche semblable en apparence à celle de la couleuvrine était bourré
dans son logement. Mais elle contenait des explosifs, des galets et de
petites boules de fer entassées par couches ; il était bouché à
l’avant par un morceau de bois scellé avec de la boue. Le « généralissime »
était utilisé pour le tir horizontal. Bien qu’il fut transporté sur un
chariot, il pesait plus de 1300 livres. Il fallait avant de l’utiliser,
planter dans le sol des béquilles de bois pour le maintenir. Un mortier léger
de deux pieds de long était aussi utilisé. QI Jiguang n’avait pas de
canons à obus explosifs. Dans le plan tactique de QI , la
contre-attaque de l’infanterie avait beaucoup d’importance. Des
sonneries de clairons appelaient les fantassins à sortir par vagues, en
courant, des chariots de combat, par les côtés et par dessous. Dès que
l’élan de la charge ennemie était arrêté et sa formation rompue, la
cavalerie lui donnait la chasse. Mais la cavalerie de QI n’était guère
plus que de l’infanterie à cheval. Les soldats d’une même escouade étaient
équipés de diverses armes de combat rapproché et il leur était recommandé
de maintenir la « formation en canards mandarins » au combat[10].
Aucun effort n’était fait pour imiter les hordes mongoles qui arrivaient
en masse, sabres brandis et comptaient sur l’impact initial de leur lancée.
Le sort voulu que ce plan, organisé dans ses moindres détails, ne fût
jamais mis sérieusement à l’épreuve sur le champ de bataille pour
pouvoir devenir une procédure standardisée de l’armée impériale[11].
Il
n’y avait pas moins de trois ans que QI avait pris son commandement à
Jizhou quand Altan Khan vint faire sa soumission à la cour des Ming en échange
de subsides annuels et de privilèges commerciaux. L’organisation de sa
confédération mongole perdit toute signification sur le plan militaire[12].
La tribu mongole des Tumen orientaux resta en dehors de ce traité ; et
firent des raids à Liaodong (dans la Liaoning), loin du territoire de QI
Jiguang. Les quelques engagements locaux contre les tribus auxquels prirent
part les troupes de Jizhou ne furent pas décisifs. Toutefois pour traiter
avec les nomades qui continuaient à causer des troubles à la frontière,
le grand secrétaire choisissait les promesses ou l’intimidation, ne
considérait le recours à la force que comme un dernier ressort. Il écrivit
à QI Jiguang : « le nombre de soldats sous votre
commandement qui peuvent réellement se battre n’est pas très élevé ».
Il disait explicitement au général qui avait toute sa confiance :
« notre souci principal est la défense. Si les nomades sont contenus
dans leurs frontières, c’est déjà une réalisation importante. Tant que
Jizhou reste en paix, votre mission a été accomplie ».
La
plus grande difficulté au sein des troupes de Jizhou venait de la
coexistence des conscrits du nord et des volontaires du sud. QI pouvait se
fier à ces derniers et compter sur leur discipline. Quant aux premiers, il
ne pouvait ni compter sur eux, ni les congédier. Ainsi, bien qu’il ait
scrupuleusement recruté ses volontaires sur les bases de la paysannerie,
aux yeux des autres, il avait tout de même fondé un
corps d’élite qui bénéficiait, d’attributions de faveur, et
dont les services d’intendance étaient plus sûrs. QI Jiguang avait
proposé à l’origine de faire
instruire le gros de l’armée par ses unités mieux entraînées. Mais
quand on voit le grand nombre d’hommes du sud qu’il devait amener à
Jizhou et la lettre que Zhang Juzheng lui écrivit, il est évident que son
but ne fut jamais atteint. Pour ne pas laisser inemployée toute cette force
humaine et pour renforcer la défense de façon permanente, QI proposa de
construire le long de la grande muraille des tours de guet à l’allure de
châteaux forts, les premières de cette espèce. Il proposait que des
bataillons de construction de 250 hommes fussent organisés, chaque
bataillon devant achever soixante-dix tours par an. Cet ambitieux programme
fut par la suite révisé de fond en comble car en réalité le gouvernement
impérial n’accorda à Jizhou que la construction de 1200 tours sur les
3000 proposées jusqu’en 1581 au moins, soit plus de dix ans plus tard.
La
tour de guet prévue par QI (graphique 7) avait trois niveaux et un minimum
de douze pieds au sommet. Elle devait loger entre trente et cinquante
soldats avec leur équipement. Les matériaux de construction comprenant des
pierres, des briques et du ciment étaient produits par la main-d’œuvre
elle même, soldats du nord pour la plupart enrôlés pour cette réalisation.
La subvention accordée par le gouvernement civil, petites quantités
d’argent payées directement aux groupes de travaux, était réduite au
minimum. Les officiers du nord s’étaient montrés très hostiles au
projet. Mais, soutenue par l’influence personnelle toute-puissante de
Zhang Juzheng, la fortification fut construite et devint en fait, après sa
mort, la seule contribution durable du grand secrétaire à l’empire. Bien
qu’on en fasse rarement mention, la construction des tours et la stratégie
de défense qui s’y rattachait étaient aussi reliées à la logistique.
Dans ses écrits, QI fait ressortir que, alors que chaque donjon pouvait
loger un peloton de fantassins, entre cinq et dix seulement de ceux-ci
faisaient partie de ses volontaires sudistes, les seuls qui devaient y être
stationnés en permanence. Le reste, étant composé de soldats du nord et
donc mal payés et en principe subvenant en partie à leurs besoins, était
autorisé à rechercher des moyens d’existence quand le service actif lui
en laissait le loisir[13].
Cet arrangement fut rendu officiel et le resta pendant quelque temps après
que QI Jiguang eût abandonné son poste de commandant
en chef. Après avoir lui même recommandé que ses troupes fussent réparties
dans ces forts, QI n’avait aucun motif de s’en plaindre. Mais, ses écrits
suggéraient continuellement que si il avait eu le choix, il aurait de
beaucoup préféré attaquer et faire une guerre de mouvement.
La
durée du commandement de QI Jiguang à Jizhou – quinze ans – est égale
au temps qu’y passèrent en
tout ses dix prédécesseurs. Sa charge l’occupa amplement. Il adorait les
manœuvres, les inspections, les cérémonies et faire des conférences. En
dépit, de toutes ces activités, il parvint aussi à produire des œuvres
littéraires. Son deuxième traité sur l’entraînement des troupes, LIANBING
SHIJI fut publié en 1571.
1.3-Ses libres réflexions sur
la stratégie chinoise de son époque Il
est un fait entendu que la théorie stratégique chinoise fut principalement
élaborée avant l’unification de la dynastie des
QIN (221-206). Depuis, elle semble avoir stagnée. Bien qu’un
nombre important de publications ait été effectué en rapport avec le
sujet, la base de la théorie n’a véritablement pas évoluée. D’après
les informations que l’on peut détenir, la plupart des livres touchant à
la chose militaire ont été rédigés au
cours des périodes fondatrices des dynasties qui ont succédé à la
fondation de l’Empire. Selon les écrits du professeur Lu[14],
presque 60% du total des 805 fascicules militaires connus et écrits après
l’époque QIN, ont été rédigés au cours de trois dynasties. Avec 268
travaux, la dynastie des MING a été la plus prolifique, suivie par la
dynastie des SONG (104) et plus récemment, la dynastie des QING (101).
Chacune de ces dynasties ont eu à affronter des agressions majeures de la
part d’ennemis extérieurs à l’empire et furent de nombreuses fois
vaincues, défaites par eux. Il est dans ces cas, pas faux de dire que l’étude
de la théorie militaire entre autres choses était une nécessité sociale.
Les crises ont obligés les contemporains à lutter pour leur survie et cela
a conduit à l’émergence de nouvelles idées. Cependant,
ces efforts ont seulement porté sur la quantité de travaux écrits sans véritablement
apporter une rupture théorique avec les préceptes militaires classiques.
Cet échec peut en partie être du à l’égale stagnation de la société
culturelle et politique chinoise tout au long des dynasties qui ont succédé
à la dynastie QIN et HAN, en particulier. L’entraînement militaire fut séparé
de l’éducation civile, les soldats ne versèrent pas plus dans la littérature
et le paysan ordinaire devint indifférent aux affaires d’intérêt
national et par conséquent peu enclin à servir dans les forces armées. Ce
changement et la cause de la perte du sens chinois du devoir. Le professeur
Lei Bai-Lun[15]
décrit ce phénomène comme « une culture sans soldat ». La
qualité des troupes chinoises dès lors déclina régulièrement. De plus
beaucoup de travaux au cours de cette longue période furent rédigés par
des fonctionnaires civils bien plus que par des chefs militaires en activité.
Sans expérience de la chose militaire, ces lettrés confucianistes
reproduisirent largement les idées des écrits militaires classiques, tels
que rédigés par Sun Zi ou Taigong, ou rapportèrent avec force et détails
des épisodes de la vie militaire sans intérêt. Les points suivants
semblent avoir été les principales sources d’intérêt pour les
chroniqueurs de la chose militaire au cours des siècles qui suivirent la
publication des classiques militaires chinois. C’est ainsi que Qi Jiguang
les répertoria. a)
Du dispositif des troupes : Le
dispositif des troupes concerne
en fait le déploiement des troupes en opération, on parle aussi à l’époque
de ‘’formation’’ ; déploiement
et combinaison des troupes qui peut à la fois satisfaire aux opérations
offensives comme défensives. Les principes de la stratégie et de la
tactique sont en premier lieu décidés par les systèmes d’armes et les
équipements employés. La
discussion sur ce thème était au centre des préoccupations des stratèges.
Un des plus célèbres du début de la dynastie Ming, He Liangchen[16],
ayant une réelle expérience militaire s’ingénia à décrire les
postures qu’il convenait de ne pas adopter au combat, et sa conclusion sur
ce thème était que plus un dispositif est compliqué, plus il a de chance
de ne pas être appliqué sur le terrain. Tant il est vrai que les écrits
de cette époque prônaient encore les formations des classiques, telles que
celles de Li Quan, en substance, lorsque deux armées se rencontraient sur
le champ de bataille[17],
elles s’échangeaient des émissaires qui étaient responsables de
convenir mutuellement des conditions de date, d’heure, de lieu pour
s’affronter. Allant jusqu’à aménager le terrain retenu afin de
faciliter les mouvements. Cette vision du dispositif était allée trop loin
et par conséquent complètement inapplicable. Le plus grave, remarquait QI
Jiguang était que ces observations ne se limitaient pas au niveau tactique
et mettaient le plus souvent en jeu des dispositifs de plusieurs centaines
de milliers de soldats. b)
L’accent sur le développement technique : Bien
que les lettrés reconnaissaient que tout ce qui pouvait être dit et écrit
sur le sujet l’avait été au travers des œuvres de Sun Zi et Sun Bin[18].
En conséquence, ils se contentèrent de compléter ces écrits en décrivant
plus en détail les techniques utilisées sans pour autant en amorcer les
modifications tactiques et stratégiques induites. L’ensemble de ces
travaux décrivaient très précisément
les techniques de fabrication de murs de protection, d’abris, de
tunnels, de fossés, d’arbalètes et bien d’autres instruments de défense,
tels que du matériel de franchissement des rivières, de moyens de
propagation du feu, mais aussi
sur l’utilisation de bannières, de tambours… . Sous la dynastie Ming,
des plans de dispositifs de combat et de campements furent dressés, et de
nombreux fascicules décrivent en illustration les différentes postures à
la monte et à la descente du cheval. Ces écrits ont néanmoins eu un mérite,
celui de créer des manuels à l’usage des jeunes soldats et officiers
sans expériences du combat, qui pouvaient en user comme manuel de formation
et se forger au fil du temps une opinion quant aux affaires militaires. c)
La fabrication d’armes : Beaucoup
de travaux sur l’art militaire sous la dynastie Ming s’intéressèrent
à la fabrication de l’armement. La plupart d’entre eux comportaient des
esquisses d’armes et outre la façon de les utiliser, décrivaient la façon
de les fabriquer. Wang Heming[19]
par exemple, s’intéressa aux mousquets et à la poudre, aux ingrédients
de la poudre à canon et la façon de les obtenir et de les mélanger. Les
discussions sur les systèmes d’armes dans les publications militaires
sous la dynastie Ming sont liées également à des circonstances
historiques particulières. En effet, depuis le début du XVIème siècle,
les contacts entre l’Europe et la Chine sont croissants. Les armes
occidentales commencent à être introduites dans l’Empire par les frontières
maritimes du sud, notamment par les comptoirs de Hong-Kong et Macao. Les études
portent donc sur des comparaisons de capacité entre les mousquets
occidentaux, les mousquets japonais et les roquettes traditionnelles
chinoises. Bien
que les armes à feu n’étaient que très occasionnellement utilisées
dans l’armée impériale sous la dynastie Ming, aucun stratège n’avait
analysé l’impact de telles armes sur la stratégie globale et la conduite
de la guerre. En fait, les théories classiques de la stratégie avaient
atteint un tel niveau de sublimation intellectuel dans la conscience de l’élite
impériale qu’elles ne pouvaient être remises en cause. La prééminence
des armes traditionnelles qu’étaient l’arbalète, la lance, la fourche,
le fléau et bien d’autres armes en bois ou faiblement métallisées était
indiscutée, et même QI Jiguang ne perçu pas complètement le niveau de
changement que les armes à feu introduisaient dans la conduite d’un
combat et bien au-delà, à tel point qu’il privilégia pour l’équipement
de ses troupes, les armes traditionnelles. Les armes à feu étaient
pourtant présentes, mais représentaient en quelque sorte un épiphénomène. d)
Le Yin, leYang et la superstition : Alors
qu’aucun stratège classique ne mentionne sérieusement la superstition
comme stratégie circonstancielle, toutes les références à de tels
travaux sont datées de la dynastie Tang et surtout avec l ‘apparition
du Taoïsme. En effet, de nombreux travaux sur la stratégie font mention du
ciel, de la terre, des astres, de la nature, de l’opportunité, de
l’univers et de bien d’autres termes métaphysiques. On ne peut pas nier
dans une certaine mesure que les théories militaires représentent une part
de la culture nationale et ont leur racine en elle. De ce fait la stratégie
militaire de cette époque ne pouvait pas s’affranchir du courant majeur
dans lequel était baigné la culture nationale. La théorie du Yin et du
Yang et de la divination, bien qu’interdite dès la fin de la dynastie
Han, avait pénétré très profondément la conscience collective et encore
sous les Ming, de nombreux lettrés, tout confucianistes qu’ils étaient,
portaient en eux une part d’irrationnel et qui influençait la conduite
globale des affaires de l’Empire, dont la conduite de la guerre était.
II.2-Ses
écrits militaires
2.1-Ji Xiao Xin Shu (théorie
complète sur l’art de diriger l’Armée) a) Sélection
des soldats, formation des troupes, enseignement sur l’utilisation des
armes et leur fabrication : Combattre
ce n’est pas se bagarrer et faire la guerre n’est pas se battre :
Le rassemblement de quelques personnes pour batailler, n’équivaut pas au
rassemblement d’une armée. Pour former une armée digne de ce nom, il
faut des règles bien précises
: comment la composer; comment sélectionner les soldats selon leur origine,
comment les former et comment les commander. Chaque dynastie, chaque génération
ont leurs propres règles selon leurs besoins propres. La Dynastie des Ming
a été établie suite à des révoltes
paysannes. Par conséquent, ses armées sont essentiellement composées
de gens d’origine paysanne. Depuis sa fondation, les premiers empereurs se
sont efforcés de garder toujours un œil sur l’armée, et sur les éventuelles
réformes possibles pour l’améliorer.
Il a été établi le dispositif de garnison (WEI SOU =siège) et on
pratique le système héréditaire des simples soldats aux officiers supérieurs,
à l’exception des généraux. En effet, le fils d’un soldat sera
soldat, et le fils d’un officier sera officier. Un proverbe chinois dit :
« le dragon génère le
dragon ; le phénix met au monde un phénix et le fils du rat sait
faire le trou, mais pas le chat ». Toutefois, dès le début des années
de Jia Qing, ce système est presque entièrement paralysé. Les fils des
soldats même incapables sont soldats malgré eux, les héritiers des
officiers paient souvent pour éviter d’être engagés dans l’armée. La
conséquence, est que lorsqu’il se produit des attaques
wokou, neuf fois sur dix les troupes de Ming perdent le combat. QI
Jiguang a bien cerné le problème et est fermement décidé à le résoudre
là où il se trouve. Il a décidé alors de former une nouvelle armée, son
armée qui sera différente des autres armées de garnison. Pour cela, il a
établi tout une théorie complète de l’entraînement et du commandement,
puis l’a mise en application. Selon les expériences, il complète son
corpus théorique et sa théorie est devenue une partie essentielle du fond
théorique stratégique militaire chinois. -Sélection
des soldats-
Chaque
dynastie a ses propres critères dans la sélection de ses soldats. Dès
l’époque des Printemps et
Automne (de 722 à 453 avant J.C.), les guerres sont très fréquentes,
et le besoin de soldats est prégnant, alors, la sélection se fait moins
rigoureuse, et de façon très large. Que ce soit du point de vue de la
qualité des hommes ou du point
de vue de la provenance géographique, c’est la quantité qui prime. Pour
les Ming, un empire uni, les guerres et les combats sont moins fréquents.
C’est plutôt la qualité des soldats qui prime. La qualité c’est tout
d’abord attacher une grande importance à l’origine des soldats. QI
Jiguang sélectionne de préférence les paysans et les mineurs, proches de
la terre ainsi que les gens habitués aux combats de toute nature. Par
contre, les citadins astucieux des bourgs et des villes ainsi que les gens
rusés sont à éviter dans la sélection. Ensuite, entre en ligne de compte
la nature. On ne se contente pas de voir s’il a l’air « fertile
et grandiose », ni s’il sait oui ou non manipuler l’arme ou
encore s’il est fort ou adroit, ce qui compte le plus, le critère
essentiel du recrutement c’est le courage. C’est à dire que l’accent
est mis sur le courage, et les autres qualités n’interviennent
qu’ensuite. « L’esprit saint
et l’aspect courage se combinent »[20]
. En 1559, lors du recrutement effectué par QI Jiguang à Yiwou, c’est précisément
selon ces critères que les soldats sont sélectionnés. Cette troupe est
devenue, après un entraînement intensif, une troupe d’élite nommée et
connue sous l’appellation : « troupe de la Famille de QI ».
Si
QI Jiguang met l’accent sur le courage des hommes dans le recrutement de
ses troupes, c’est en effet pour répondre à une réelle carence. Car
selon QI Jiguang, si les troupes de Ming, perdent dans la lutte qui les
oppose aux wokou, c’est essentiellement du au fait que les hommes qui les
composent manquent de courage et ne veulent pas combattre. Quand les ennemis
sont loin, ils arrivent à se défendre avec les armes à feu mais dès
qu’ils s’approchent, les
soldats s’enfuient en une véritable débandade afin de sauver leur propre
vie en abandonnant tout leur équipement. Le problème ainsi identifié
appelle ce remède approprié. C’est ainsi que le courage de l’homme
devient le critère N°1 dans le recrutement. Cette méthode est assez spécifique
et se distingue des méthodes de recrutement des autres hauts fonctionnaires
militaires. Car, à la même époque, les autres fonctionnaires militaires
recrutent selon des critères plus classiques. Par exemple : -
Tan Len préfère les jeunes de bonnes familles et capables de soulever plus
de 200 jin soit environ 100
kilogrammes. -
Quant à Yu Da Yu, il sélectionne
les hommes entre 20 et 30 ans dotés
d’un regard perçant, capables de soulever un sac contenant des pierres
d’un poids d’environ 200 jin (=100 kilogrammes environ). -
Xu Qi Guang a mis la barrière plus haute, car pour lui, il
faut que les futurs soldats possèdent les 4 qualités essentielles que sont
le courage ; la force ; la vitesse ; et la maîtrise de
l’art du combat (arts martiaux). En
comparant avec les critères de QI Jiguang, les uns mettent trop l’accent
sur la force physiques et les autres, sont trop exigeants sur la qualité
car bien peu de personnes peuvent répondre en même temps à ces 4 critères.
Ce qui explique qu’ils ont du mal à recruter et à obtenir des troupes
aussi combatives que celles de QI Jiguang. En ce qui concerne la réalisation
de son recrutement, QI Jiguang a préféré que la hiérarchie supérieure
choisisse la hiérarchie inférieure, le chef de troupe sélectionne les
officiers, les officiers choisissent les sous-officiers et ces derniers
choisissent les simples soldats. Ainsi d’une part, les soldats sont
choisis par les chefs qui les connaissent et qui croient en eux pour remplir
correctement les fonctions et les tâches qu’ils auront à leur confier
plus tard. D’autre part, si les gens sélectionnés manquent de rigueur
dans leur travail et leur comportement, sa hiérarchie supérieure est
directement concernée et mise en cause. Par conséquent, les hiérarchies
sont doublement liées entre elles. Elles sont unies et agissent comme une
seule personne, que ce soit tant dans la vie quotidienne qu’au combat. -
La formation des troupes- Bien
sélectionner ses soldats tel est le principe de base pour la constitution
de la troupe, mais, ce n’est qu’un début. L’étape suivante concerne
justement la formation de la troupe. Sur ce point, Tan Len, Yu Da Yu et QI
Jiguang partagent le même point de vue, c’est à dire que le contrôle
des troupes doit accompagner fermement la formation, il s’agit presque
d’un préalable. Selon QI Jiguang, « les
troupes sans contrôle ne font guère une armée »[21].
Le contrôle issu de la formation des troupes signifie concrètement que
l’organisation des rapports entre les soldats et les officiers est basée
sur une différenciation par le grade : chef de bataillons, chef de
compagnie, chef de section et chef d’escouade. La hiérarchie supérieure
a le contrôle total et réel de celle qui lui est inférieure et c’est
ainsi du haut vers le bas dans toute l’armée. Ce système garanti
l’efficacité des ordres donnés. Une
autre idée directrice prévaut dans la formation des troupes. Il s’agit
de faire correspondre cette formation aux futurs combats à mener et de
maintenir continuellement une mise à niveau de celle-ci. Par exemple,
l’une des formations essentielles et réellement efficace dans la lutte
contre les wokou est la « formation du canard mandarin = Yuan
Jang Zheng». Ainsi, lors de la formation des troupes, on doit en tenir
compte et faire en sorte de la rendre facilement réalisable et adaptable.
Dans ce but l’escouade (12 soldats) est l’unité de base pour
l’engagement des troupes, car c’est également l’unité de base pour
la réalisation de « la formation du canard mandarin » lors des
combats. L’escouade permet aussi les adaptations de « la formation
du canard mandarin » qui sont « San Cai Zhen = la formation à
trois talents et Liang Yi Zhen = la formation à deux prestances ».
Par contre, pour les troupes qu’il formera plus tard au nord de la Chine
pour la lutte contre les cavaliers mongols, l’unité de base sera le
bataillon. Car, les bataillons de chariots seront les formations de combat
les plus utilisées, et qui s’adapteront
le mieux aux impératifs des combats. Cette logique d’adaptation a
plusieurs avantages : simplifier la gestion et faciliter les entraînements
afin de créer une harmonisation globale à l’intérieur de l’armée.
Dans la vie quotidienne, les hommes d’une escouade vivent et s’entraînent
toujours ensemble, le chef connaît ses soldats et
les soldats se connaissent entre eux. Lors des combats, ils
coordonnent leurs efforts et sont solidaires en formant une unité fortement
soudée. C’est une façon efficace de transformer le combat, en leur
combat. Cette
organisation explique bien la différence des formations entre les troupes
communes des Ming et celles de QI Jiguang. Lors de la lutte contre les
wokou, au sud de la Chine, il forme des escouades composées de 12 soldats.
4 escouades forment une section, 4 sections une compagnie, 4 compagnies un
bataillon. Chacune des formations est en mesure d’exécuter « la
formation du canard mandarin » : une tête , deux ailes, et
une queue. Cette formation est différente de celle appliquée dans l’armée
des Ming, car en effet : -
il n’y a pas de corrélation entre la formation à l’entraînement des
troupes et celle qu’elles adoptent au combat ; -
la formation des troupes des Ming est plutôt un système quinternaire ou déca
ternaire. Par exemple, 10 petits drapeaux forment un cent-poste. 10
cent-poste forment un mille-poste et 5 mille-poste forment un WEI, équivalent
d’un régiment. Dans 1 petit drapeau, il y a 11 soldats. Mais, QI Jiguang
n’a pas tout modifié, car dans 1 petit drapeau des troupes de Ming
il y a 11 soldats. QI Jiguang dans ses propres troupes
a ajouté 1 chef cuisinier ce qui fait en total une escouade composée
de 12 soldats. Un
proverbe chinois dit que « Avec
l’indigo on fait le bleu qui est plus foncé que l’indigo ».
C’est ce que fait expressément QI Jiguang. Car après avoir étudié le
système militaire des troupes des Ming, QI Jiguang essaie de l’améliorer
et de l’adapter plus au combat. Dans le chapitre intitulé « Contrôle
des troupes » du Tome n°18 de Ji Xiao Xin Shu, il a également fait
remarqué que « les règles
viennent des lois mais ne doivent pas en toute circonstance être suivies à
la lettre ». -
Equipement des troupes- La
troisième étape après avoir recruté les soldats, formé une armée et équipé
les hommes : on ne peut pas faire de combats sans être armé. La
question est comment les armer. Selon QI Jiguang, « les armes à long
manche et celles à petit manche se mélangent ; les armes d’attaque
et celles de défense se combinent[22] ».
Il a également écrit dans le Chapitre n° 3 « les mains et les pieds »
Tome n°14- Ji Xiao Xin Shu que : -
si l’on a beaucoup
de soldats pour l’attaque à distance et peu de soldats pour la défense
proche, on perd lors des luttes au corps à corps ; -
s’il y a peu de
monde pour l’attaque à distance et beaucoup dans la défense proche, on
peut perdre le combat dès le début sans même avoir eu le temps de se défendre ; -
si le nombre des
soldats disposés pour l’attaque à distance et pour la défense rapprochée
ne s’harmonise pas, même si l’on est plus nombreux, c’est comme si
l’on était très peu nombreux. Ce
qui montre que l’armement d’une armée n’est pas une affaire à
prendre à la légère, il faut suivre un certain nombre de règles pour
obtenir un juste équilibre. Ces règles sont le mélange des armes de différents
effets et la combinaison des armes selon leur fonction et leur portée. L’équipement
de l’escouade dans « la formation du canard mandarin » est un
bon exemple du respect de cet équilibre : devant il a placé 2
boucliers en rotin suivis de deux Lang Xian = bâton avec les dents de loup,
après, 4 arbalètes et à la fin, c’est 2 Tang Ba = armes à petits
manches. Ainsi les deux boucliers et les bâtons avec les dents de loup
servent à se protéger contre les flèches et coups de cimeterre, donc ce
sont des armes de défense. Les deux Tang Ba, armes à petit manche sont
placées juste derrière les arbalètes et ferment
la formation. Ainsi les arbalètes, armes décisives, sont protégées
devant par les bâtons et boucliers et derrière par les Tang Ba afin que
les ennemis ne puissent pas s’en emparer. L’association de ces types
d’armes avec des fonctions et des portées différentes peuvent ainsi
accroire la capacité d’une unité d’attaque. Les soldats d’une même
escouade avancent, se défendent ou encore attaquent tous ensemble en
formant un ensemble homogène et dont la puissance est optimisée par cette
formation. Les victoires remportées par QI Jiguang sont les meilleures
preuves de cette association bien réussie. QI
Jiguang essaie non seulement de bien associer les armes entre elles, mais
aussi les hommes avec les armes. En effet, «les
armes différentes sont attribuées aux hommes selon leur nature et leur
force[23]».
Cela veut dire concrètement que les soldats d’âges, de capacité
physique, et de nature différente ne doivent pas utiliser les mêmes armes.
Bien au contraire, ils doivent avoir des armes qui correspondent à leur
propre état. C’est ainsi que l’on arrive à optimiser à la fois la
puissance de l’arme et la capacité de l’homme. Par exemple, dans
« la formation du canard mandarin », les personnes les plus
calmes et en possession d’une grande force sont sélectionnées pour
utiliser les arbalètes. Quant aux plus jeunes et plus rapides, ils
manipulent plus facilement et efficacement les boucliers en rotin. Les plus
robustes et expérimentés se voient attribués les bâtons avec les dents
de loup. « A chacun de déployer ses talents » et « A
chaque arme de fournir le maximum de ses capacités». -
Fabrication des armes- Maintenant que l’on possède des hommes organisés et formés prêts à manipuler une arme adaptée à leur capacité. Quel choix d’arme opérer ? Les ancêtres ont dit « permettre aux soldats d’utiliser des armes non efficaces, c’est donner la vie de ces soldats aux ennemis». Car les armes non efficaces exposent la vie des soldats inutilement. C’est pour cette raison précise que QI Jiguang est très exigeant au niveau des armes. Il indique que, « c’est vain d’avoir des soldats d’élite si ils ne sont pas équipés par des armes de pointe[24] ». Il explique même le procédé de fabrication des armes à feu dans son livre au chapitre 3- Les mains et les pieds- tome n°14 : « Pour avoir de bonnes armes à feu, il faut travailler le fer lorsqu’il est chaud, on enveloppe les deux côtés tout d’abord et après, on le tape sur une enclume et on réalise un long évidement dans le tube d’acier ainsi obtenu. Le trou doit être assez petit pour avoir une meilleure | ||||||||||||||||||