| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre
II - Ses responsabilités de stratège
II.1-
La base de ses écrits
1.1- Ses campagnes a)
Le
combat à Ping Hai
En
1560 (l’an 39 Jia Qing), QI Jiguang reprend ses fonctions car, pendant la
période immédiate qui précède la formation de ses troupes, il était
en disgrâce suite à sa défaite en 1559. Aussi, il se trouve à
nouveau au Zhejiang avec les nouvelles troupes qu’il a pu entraîner et
devient le responsable militaire des affaires de la défense de 3 villes qui
sont Taizhou (aujourd’hui, Linhai province du Zhejiang). Jinhua, et
Yinzhou . Parmi ces trois villes, la ville de Taizhou est la plus importante
car elle est composée de 6 districts: Ninghai, Linhai, Huangyan, Tiantai,
Taiping. Cet ensemble de communes longe la côte sur une distance de plus de
200 li (= 100 km). L’arrière pays est constitué principalement
de petites montagnes. Au
début de la Dynastie des Ming, il existe
dans cette province du Zhejiang, 2 garnisons composées de 6 postes de
garde. Mais, ne faisant plus l’objet d’attaque depuis fort longtemps,
leurs défenses se sont émoussées : équipements obsolètes ;
effectifs manquants et non qualifiés ; grand âge d’une large
partie de la troupe; aucun entraînement ni motivation…. Depuis le
commencement des troubles occasionnés par les Wokou, la population locale,
mal défendue par ses militaires a beaucoup souffert. Dès
son arrivée le général,
décide de prendre les choses en mains : tout en continuant à
entraîner les troupes qu’il a recruté à Yiwou (province du Henan) ,
il prend également des mesures pour la mise des garnisons existantes en
ordre de marche. 1. Nomination
d’un haut coordonnateur civil :
compte tenu de la longueur des côtes et du manque d’organisation, il
demande qu’un haut fonctionnaire civil soit nommé pour coordonner les
affaires de la défense. Dans les premières années des Ming, les
fonctionnaires civils ne participaient pas aux affaires militaires. Mais
cette pratique, commencée dans les années de Zheng Tong est devenue une
tendance générale au détriment des places occupées auparavant par les
fonctionnaires militaires. De nombreux fonctionnaires militaires expriment
leur mécontentement, mais QI, pour la bonne organisation a demandé la
nomination d’un fonctionnaire civil, cette requête très appréciée par
le préfet Hu Zhong Xian a été satisfaite sans trop retarder et Hu Zhong
Xian a nommé Tang You Chen. QI Jiguang s’entend parfaitement avec ce
dernier et cette entente ne fait que faciliter les conditions de travail
pour QI. 2. Remplir
les effectifs :
dans certains postes de garde, plus de la moitié des soldats ne sont pas présents
pour différentes raisons : désertions ; mutations temporaires ;
détournements d’emploi…. Alors, le général a usé de tous les stratagèmes
pour les rappeler à leur poste afin de pouvoir, sans faire appel à de
nouveaux recrutements, réaliser
les effectifs. 3. Constitution
des troupes embarquées de la marine :
C’est en effet la 1ère fois que QI a sous sa responsabilité
les troupes embarquées de la marine. Alors, il en a profité pour faire
construire 44 bateaux de combat. Il a demandé que ces bateaux soient de 3
modèles et 3 tailles différentes, les plus grands : modèle FU HAI ;
les moyens, le modèle HAI CANG ; les plus petits : TONG XIAO. Ce
dernier modèle est une
invention de QI car la taille du bateau
est juste plus grand que celui des Wokou afin d’être efficace dans
l’attaque mais, assez petit pour être facile à manipuler. Une escadrille
est alors composée de 2 FU CHUAN, d’1 HAI CANG et de 2 TONG CUAI. Les 2
escadrilles composent une flotte. En mars de l’an 40 de Jia Qing, les 44
bateaux ont levé l’ancre. Il en attribue 20 à Zhong Mei : 2 flottes
entières qui sont chargées de la défense sud et sud-ouest des côtes ;
et 20 autres à Hai Mei pour la défense nord et nord-est. Les 4 restantes,
sont gardées en réserve, à la
disposition de QI Jiguang. Ainsi,
les deux avant postes de ces flottes se combinent et agissent de concert :
les grands bateaux, très efficaces servent pour la chasse et la poursuite
hauturière. Par contre, les bateaux de taille moyenne et de taille plus
petite sont plus adaptés pour les combats rapprochés et ceux qui ont lieu
dans les ports et détroits. Le
général a aussi renforcé l’équipement des armes à feu à bord de ces
bateaux. Par exemple, un FU CUAI
est équipé de : §
1
gros canon; §
20 canons
à feu = HOU PAO §
6
catapultes ; =DA FU LANG JI §
3
petits obusiers; =WAN KO TONG §
10
mousquets =NIAO TONG §
60
tromblons = PEI TONG §
100
grenades = YAN TONG §
300 fusées
= HOU JIN §
100 briques
à feu = HOU ZHUAN En
plus des armes à feu ci-dessus (légèrement mal listées en raison du
manque de dictionnaires appropriés), les armes blanches ne manquent pas non
plus : flèches, gaffes, fléchettes,
javelots, boucliers en rotin, boites de cendres. Ainsi,
les armes s’ajustent : à longue distance, on utilise les canons et
les armes à feu à longue portée, à courte distance, ceux sont les armes
à feu de précision et les armes blanches que l’on utilise. Ainsi,
le système mis au point par QI est complet et consiste à[1]: -
au niveau
des équipements : des armes à feu et des armes blanches qui se
couvrent. -
au niveau
de la flotte : des bateaux de taille et de vitesse différentes qui
sont complémentaires ; Ce
système qui est destiné à se défendre et à attaquer dans un rayon de
100 pas, est vraiment redoutable pour les adversaires. 4. Renforcer
les postes de contrôle et d’observation :
QI a fait restaurer les postes existants et fait construire d’autres
postes complémentaires. Dans le système d’observation et de garde
qu’il a fait établir, 5 soldats doivent se relayer jour et nuit, qui ne
peuvent pas quitter ces points d’observation sans permission préalable.
L’alerte est donnée en journée par des drapeaux et des coups de fusils ;
si c’est la nuit, par des torches et des coups de fusils. QI Jiguang a
aussi renforcé le contrôle de toutes les entrées de bourgs ainsi que les
villages alentour avec un système de mots de passe et des rondes
permanentes de 3 personnes en temps de paix et de 5 personnes en temps de
menace. Ainsi,
au lointain il y a des postes d’observation ; au plus près, des
contrôles d’accès et des grands carrefours. Les ennemis ne peuvent pas
s’approcher sans être aperçus. 5. Harmoniser
tout le système de défense :
QI réforme les postes de garnison ; crée les troupes d’embarquées
de la marine, améliore l’entraînement des troupes et le rend
obligatoire, renforce les postes de contrôle. Pour rendre toutes ces
mesures plus efficaces encore, QI a aussi beaucoup réfléchi sur
l’engagement coordonné dans les actions de combat des troupes de la
marine, des troupes de garnison et des troupes recrutées et formées par
lui-même. Les troupes de la marine au nombre de 4 flottes constituées de 4
bataillons chacune, défendent les zones littorales. A l’intérieur de
chaque flotte, lorsque qu’un bataillon part en mer pour une
patrouille, un autre reste au port en état d’alerte afin de pouvoir
intervenir dans les plus brefs délais. Ils forment ensemble une ligne de défense
sur la mer. Si l’attaque ennemie est de faible importance, chaque
bataillon peut intervenir indépendamment. S’ils sont en plus grand
nombre, les bataillons se joignent pour combattre ensemble. Sur
terre, les troupes des garnisons sont responsables de la défense des bourgs
et des villages. Par contre, les troupes de QI sont plus mobiles et se
chargent essentiellement des attaques et des contre attaques ainsi que des
poursuites de l’ennemi. En
mer et à terre ; troupes de défense et d’attaque ; courage et
stratégie ; jour et nuit…, voilà le stratégie de QI : tout
s’accorde et tout se complète, pas de faille exploitable par l’ennemi.
C’est en effet la clé des nombreux succès au combat obtenus par le général
dans la lutte contre les wokou. b)
La victoire à Taizhou Début
Avril 1561 (l’an 40 de Jia Qing), plusieurs centaines de bateaux des wokou
ont été repérés par des postes de surveillance. Dix à vingt mille wokou
attaquent en même temps une dizaine de villages côtiers de la Province du
Zhejiang (graphiques 3). Parmi eux, 2000 wokou avec une cinquantaine de
bateaux sont au large de Ningbo et Shaoxing, ils sont rassemblés au large
et attendent l’occasion pour attaquer. Les chefs lieux attaqués sont sous
le contrôle de QI. Ce dernier, dès l’alerte, se prépare aux combats. Le
12 avril il est monté lui-même à bord du bateau de commandement et croise
au large pour observer ses adversaires. Les wokou, impressionnés par
l’allure de la flotte et des bataillons embarqués de QI n’osent pas
s’approcher et quittent leurs
positions. Le 19 avril[2],
nouvelle alerte. Les wokou qui ont réussi à débarquer au port du bourg de
Xifen qui dessert Fenghua au nord de Taizhou, se dirigent vers le sud et
prennent le bourg de Ninghai. Ils pillent et dévastent tout le village de
Ninghai. Ce village n’est pas très éloigné de Taizhou (Linhai,
aujourd’hui). Après avoir analysé cette nouvelle situation, QI Jiguang décide
de diviser ses troupes en 3 groupes : -
une partie
reste à Taizhou pour assurer sa défense ; -
une autre
partie se charge de la défense de Datian, un autre bourg à proximité ; -
une troisième
partie dirigée par lui-même fait route vers Sanmen pour anéantir les
wokou. Le
matin du 22 avril, QI Jiguang quitte Taizhou pour Ninghai. Le jour même,
les wokou ont appris cette nouvelle par le biais d’informateurs locaux.
Sachant que Taizhou n’est défendue que par une petite partie des troupes
de QI, les wokou se précipitent pour l’attaquer par 3 côtés : -
500 wokou
en 3 grands bateaux débarquent à Lipu et s’approchent de Taozhu le
22 avril; -
Plus de 500
wokou montés sur 8 bateaux débarquent par le port Zhouyang et se
dirigent vers le bourg de Jiaojiang entre le 22 et 23 avril; -
Une troisième
partie, plus de 2000 wokou répartis sur 18 bateaux débarquent par Jiantiao
le 25 avril. La
situation devient critique. Après avoir étudié toutes les données , QI
en conclut que les wokou de Taozhu et de Jiantiao ne causent aucune menace sérieuse
pour le chef lieu qui est Taizhou malgré le fait qu’ils sont nombreux.
Par contre, ceux qui ont débarqué par le port de Zhouyang, mieux organisés
doivent être maîtrisés assez rapidement, car le bourg de Jiaojiang est le
point stratégique le plus proche de Taizhou. Si les wokou arrivent à avoir
Jiaojiang, les troupes auront beaucoup plus de mal à défendre Taizhou.
Alors, QI Jiguang soutenu par sa hiérarchie supérieure, le fonctionnaire
civil Tang Xiao Chen qui a fait un rapport à Hu Zong Xin, le préfet, a pu
obtenir un accord total pour sa stratégie d’attaque. Le
24 avril, les
wokou, après avoir pillé les villages autour de Huaqiao (graphiques 4)
s’approchent de la cité. Les hommes robustes et forts sont partis avec QI
et les soldats restant d’un nombre largement insuffisant s’inquiètent.
L’épouse de QI Jiguang ainsi que les autres femmes de soldat se portent
en avant. Elles s’habillent en costume militaire et montent dans les
postes de garde afin de renforcer le défense. Ensemble, ils ont mis des
drapeaux partout, crient très fort et tirent sur les wokou qui essayent de
s’approcher de la ville. Les wokou trompés par cette apparence en croyant
qu’il y a beaucoup plus de soldats à l’intérieur ne veulent pas
prendre de risque en l’attaquant immédiatement, alors, ils encerclent la
ville et préparent leur attaque. Le
25 avril, QI a
reçu une communication de la part de Tang Xiao Chen dans laquelle ce
dernier lui précise que les troupes de renfort sont arrivées pour libérer
Ninghai. Suite à cette nouvelle, QI Jiguang repositionne ses troupes et les
dirigent immédiatement vers Jiaojiang. Il a ordonné une marche forcée. Le
matin du 26 avril,
les wokou recommencent leur attaquent pour entrer dans Xinhe. Avant midi,
les troupes de QI apparaissent soudainement derrière les wokou. Surpris,
les wokou abandonnent l’attaque de Jiaojiang et sont obligés de se battre
avec les troupes de QI. Sans être capable de tenir plus longtemps, ils se
replient dans un ensemble de maisons. Les troupes de QI, au lieu de conduire
l’assaut, se déploient et attendent. Vers 4 heures de l’après-midi,
les wokou tentent de s’enfuir.
A ce moment précis, les troupes de QI se découvrent et ouvrent le feu. Une
centaine d’hommes sont tués ou blessés. A la tombée de la nuit, les
troupes entrent dans la ville. Les wokou qui fuyaient vers Wenling ont été
rattrapés par les autres troupes des Ming sauf une petite partie qui a réussi
à s’échapper vers Dajing. Deux
cents wokou ont été tués lors de ce combat, le bourg de Jiaojiang a été
préservé. Une
fois que le risque majeur a été écarté par l’anéantissement des
ennemis les plus dangereux, les troupes impériales commencent à
s’occuper des autres. Il reste ceux qui s’approchent de Taozhu et ceux
qui font mouvement vers Sanmen. Afin
d’anéantir les wokou qui s’approchent de Taozhu par Jinqing ( à 20 li
de Linhai) dans le but également d’attaquer Taizhou, QI Jiguang a décidé
de diriger ses troupes immédiatement vers Taizhou. C’est à présent le
27 avril. Lors du départ des troupes de QI vers Ninghai, le 22 avril,
chaque soldat n’a porté que 3 jours de provision pour ne pas être trop
chargé dans la marche forcée. Depuis, ces soldats marchent et combattent
et ils n’ont eu aucun repos. Arrivé au 27 avril, toute provision est épuisée,
les soldats n’ont plus de quoi se nourrir
depuis 2 jours. L’espoir de pouvoir se reposer et de se ravitailler
à Jiaojiang a été déçu par cette nouvelle marche forcée ordonnée par
QI Jiguang. QI est bien au courant de la situation et promet aux soldats un
repas dès l’arrivée à Taizhou. Les
wokou de Jing Jin Si ont appris les échecs de leurs compères et décident
de se diriger le plus vite possible vers Taizhou afin de pouvoir y parvenir
avant les troupes de QI, de piller la ville et de repartir tout de suite après.
Ainsi ils pensent pouvoir éviter l’affrontement direct avec les troupes
de QI. Si ils doivent les affronter, ils seront à l’intérieur de Taizhou
et QI Jiguang à l’extérieur. Mais, ils sous estiment les troupes de QI
car elles sont sur place dès le petit matin du 27 avril. Elles ont déjà
parcouru plus de 70 Li et sont arrivées juste avant les wokou. En effet,
ces derniers ne sont seulement qu’à 2 Li du chef lieu quand les troupes
de QI arrivent et ferment les portes de la ville. Les wokou, désagréablement
surpris et pour ne pas laisser le temps aux troupes de s’installer,
s’engagent immédiatement dans l’attaque. Les troupes de QI,
passablement épuisées se mettent en position de combat. Face et flanc
gauche : chef du bataillon Ding Bang Yin ; face et flanc
droit : chef du bataillon Chen Da Cheng, et au milieu deux compagnies
dirigées par Chen Hao et Hu Da Shao. Les troupes locales sont dirigées par
le sous-préfet ainsi que les hommes armés de la ville, qui sont répartis
dans les postes de garde. QI Jiguang dirige l’ensemble de la manœuvre par
drapeaux et tambours. Les
pionniers attaquent les wokou avec les armes à feu et ils sont suivis par
les soldats qui utilisent les armes traditionnelles de précision (arcs,
arbalètes, lances…). Les wokou essayent d’attaquer du mieux qu’ils
peuvent : ils concentrent toutes leurs forces pour attaquer les troupes
de Ding Bang Yin qui se trouvent à l’avant gauche. Ces derniers, renforcés
par les compagnies du centre se défendent avec un courage hors du commun et
ne cèdent aucun pouce de terrain ni aucune habitation. Les wokou se
heurtent à la même résistance lorsqu’ils tentent leur 2ème
chance en se jetant sur les troupes de Zhen Da Cheng. Les wokou ont compris
qu’ils n’ont aucune chance d’entrer dans Taizhou et sont contraints de
changer de stratégie en organisant leur retraite. Les troupes de QI
profitent de leur avantage et poursuivent les Wokou pendant plus d’une
journée. Ils sont tous anéantis, soit dans le cours d’eau Gua Lin Jing
par Chen Da Cheng ou soit dans le Xin Qiao par Ding Peng Yin à plus de 10
Li de Taizhou. Les troupes de QI, victorieuses, se regroupent et s’offrent
un banquet pour fêter ce combat. Ils ont eu en total 308 têtes de wokou
sans compter ceux qui sont morts noyés. Deux chefs sont emprisonnés et les
troupes impériales récupérèrent plus de 650 armes. Malgré
cette victoire, le danger n’est pas écarté, car le corps principal des
wokou mouille au large de Jin Tiao, ils sont plus de 2000. Le 28 avril, ils
débarquent et le 1er mai, ils se rassemblent à Ta Tian Zhen et
prévoient eux aussi d’attaquer Taizhou. A ce moment, une partie des
troupes de QI Jiguang sont à Jiaojiang et Wenling, il n’y a que 1500
soldats à Taizhou. Pour encourager les soldats, il procède de la façon
suivante : D’abord,
il fait la « morale » aux soldats de façon que ces
derniers nourrissent à l’égard de l’ennemi la plus grande haine ; Ensuite,
il double les récompenses pour chaque wokou tué. Après cela les soldats
brûlent d’impatience de combattre pour protéger le pays. Enfin,
il donne les règles spécifiques pour cette bataille - 3 consignes bien précises: -
Ne pas chercher à gagner les récompenses à tout prix; -
Ne pas reprendre les matériaux des ennemis ; -
Ne pas tuer les coreligionnaires (chinois enrôlés par les japonais) Une
fois les travaux préparatifs au combat terminés, les soldats de QI
Jiguang, que l’on prénomme « troupes de la famille QI »
partent pour Dianqian (nord-ouest de Linhai) pour s’embusquer. Les wokou
ayant aperçus l’arrivée des troupes de QI n’osent plus avancer et
reculent jusqu’à Xiage afin d’attaquer Xianju et Lishui. Selon les
analyses de QI, les wokou vont probablement traverser la rivière par
Zhongdu en passant par Shangfengling et en sortant par Baishuiyang ( côté
ouest de Linhai). Le sud de Shangfengling est un ravin. Alors, QI
décide de faire une embuscade à cet endroit – là. Il a demandé
que ses troupes y montent à toute vitesse et y rester sans bouger. Chacun
doit tenir une branche d’arbre afin de se dissimuler. Le 4 mai, les wokou,
sans remarquer les pièges de QI, décident d’emprunter Shangfengling pour
arriver à Xianju. Leur troupes avancent en colonne simple sur une distance
de 20 Li. Les wokou observent avant de s’y engouffrer. N’apercevant
personne, ils s’engagent dans le ravin sans méfiance. QI Jiguang sait que
les wokou mettent souvent leurs soldats les plus forts devant et derrière
lors de la marche et ceux du milieu sont plutôt médiocres. Alors, il
attend que les wokou entrent complètement dans le ravin et ordonne de
l’on attaque avec les armes à feu du haut vers le bas. Les soldats de QI
Jiguang en formation (une des formations d’attaque répétées à
l’entraînement) UNE TETE, DEUX AILES ET UNE QUEUE jettent par terre leur
branche d’arbre et tirent sur les wokou et plus spécialement sur ceux qui
se trouvent au milieu. D’un seul coup, dans le ravin, à la place des
branches et des arbres, on voit surgir partout les soldats de QI Jiguang et
on entend les détonations. Les wokou, totalement pris au dépourvu, sont
dans l’incapacité d’organiser leur défense. Ils reculent et se
regroupent sur une petite colline située au nord du ravin afin de résister
à l’attaque. A ce moment, deux autres compagnies « de la Famille de
QI » arrivent et poursuivent les wokou jusqu’au pied de la colline.
L’assaut ne sera pas une
partie facile car il faut attaquer du bas vers le haut. Mais avant de donner
l’assaut, QI a fait installer un grand drapeau blanc et demandé aux
plusieurs centaines de soldats de crier ensemble dans la direction des
ennemis : «Les coreligionnaires qui veulent se rendre en venant
tout de suite sous ce drapeau ne seront pas châtiés». Après quelques
instants d’hésitation, plusieurs centaines de wokou se rendent en déposant
leurs armes sous le drapeau. Les acharnés ne voulant pas reconnaître leur
défaite entreprennent de monter jusqu’au sommet de la colline afin de
mieux résister. Cette colline aux abords très escarpés possède à son
sommet un plateau bien dégagé, un seul chemin de chèvre peut y accéder.
Une seule personne peut l’emprunter à la fois. C’est véritablement un
endroit qui est facile à défendre et difficile à attaquer. Tenter
de l’escalader, c’est prendre le risque de périr dans le torrent. Les
wokou, s’appuyant sur cette protection naturelle pensent qu’ils peuvent
résister à l’attaque. Mais, « les troupes de la famille QI »
qui osent escalader une montagne d’épées et braver une mer de flammes ne
reculent pas devant cet obstacle. Les braves des troupes de QI se succèdent
les uns après les autres pour escalader. Les premiers échelons avancent en
se protégeant avec les boucliers de rotin contre les flèches et fléchettes
que les wokou lancent du haut vers le bas. Les arbalétriers protégent les
grimpeurs en faisant des tirs de protection. Les autres unités, plus loin
de la colline tirent aux armes à feu. Une fois que les premiers échelons
atteignirent le sommet, ils attaquèrent avec des lances et des haches pour
anéantir le maximum de wokou afin que les autres soldats puissent accéder
au sommet également. Ainsi les troupes de la famille de QI ont réussi à
occuper la colline et les wokou ont été soit tués au sommet, soit précipités
dans le vide du haut de la colline. Seuls quelques dizaines de wokou ont eu
le temps de s’échapper et courent vers Baisuiying afin de se cacher dans
la cour de la Famille Zhu (commerçant influent de la sous région). Les
troupes de QI Jiguang les poursuivent. Les wokou n’arrivant pas à briser
l’encerclement sont aux abois : ils se suicident ; ou bien sont
brûlés à mort ou encore se rendent. Les troupes de la famille de QI ont
encore une fois gagné le combat. Elles ont décapité 344 têtes, fait
prisonnier 5 chefs et récupéré plus 1490 armes. Elles ont libéré plus
de 1000 personnes prises par les wokou. Les troupes impériales ne déplorent
qu’une vingtaine de tués lors du combat, c’est une vraie victoire. Au
niveau de la stratégie, QI a bien
su analyser la situation des deux camps et leur rapport au terrain. Après,
le choix de l’endroit pour l’embuscade, au cours de l’embuscade, il a
su attaquer le point le plus faible des wokou.
1.2-Son expérience sur la
frontière Nord de l’empire Trois
ans plus tard, QI Jiguang fut muté dans le nord. Bien que les succès qui
l’avaient rendu célèbre eussent été le résultat d’une situation
particulière au milieu du XVIème siècle, il n’en était pas moins
redevable en grande partie à un fonctionnaire civil qui lui avait accordé
sans réserve son aide et son soutien. Parmi les bureaucrates, Tan Lun était
une personnalité douée d’aptitudes peu communes. Titulaire du diplôme
de docteur, il fit dans la région côtière de l’est une carrière
administrative qui le mena au poste de gouverneur du Fujian et au cours de
laquelle il réalisa l’exploit de devenir spécialiste des questions
militaires. Quand
QI Jiguang offrit d’entraîner des volontaires, Tan cautionna ce projet.
Ensuite, il avait veillé à ce que ce corps de volontaires fût
convenablement approvisionné, ne fût pas trop accablé pendant les opérations
sur le terrain et par dessus tout que ses mérites fussent
reconnus. Il avait également joué un rôle dans la promotion de QI
au grade de commandant en chef. En 1567, quand Tan Lun, fut nommé
gouverneur général du nord du Zhili, chargé des installations de défense
autour de Beijing (graphique 5), il était tout naturel qu’il suggéra au
trône la mutation de QI Jiguang à son commandement pour y être chargé de
l’entraînement des troupes. Arrivant au début de 1568, QI devait plus
tard devenir le commandant en chef de Jizhou (Jixian aujourd’hui), la
principale ville de garnison du nord Zhili pour une période de quinze ans.
Pendant ce temps, Tan Lun fut promu ministre de la guerre et mourut en
fonction, mais auparavant lui et QI Jiguang avaient donné au commandement
de Jizhou une nouvelle impulsion.
Le
général QI eut à faire face à de nombreux problèmes. Immédiatement après
son arrivée, QI découvrit que même son statut personnel n’était pas précisé.
La situation au Zhili était embarrassante du fait que les militaires étaient
depuis si longtemps soumis à la domination civile, que les officiers supérieurs
n’avaient aucun moyen d ‘exercer leurs fonctions administratives.
Bien des généraux étaient, au mieux, à demi lettrés. Leurs subordonnés,
en garnison dans les districts locaux, étaient aux ordres des magistrats du
service civil et des préfets. Les services logistiques leur échappant, ces
chefs militaires avaient été forcés de se contenter de mener leurs
troupes au combat[3].
Quand QI Jiguang fut élevé à un poste où il devait superviser et diriger
tous les éléments qui dépendaient de son commandement en temps de paix,
cela créa une situation qui s’éloignait de la pratique normale. Par
nature un commandement dans le nord était très différent des conditions
du sud. La frontière mongole était une menace constante.
La sécheresse qui sévissait périodiquement forçait les hordes
nomades à lancer des attaques sur la frontière chinoise où l’impréparation
militaire invitait à des incursions plus profondes et plus fréquentes. Le
plus grand avantage des mongols était leur mobilité et la concentration de
leur force de frappe. La charge de cavalerie était leur mode de combat
dominant, mais parfois aussi ils assiégeaient des villes. Au cours d’un
assaut, ils pouvaient lancer 100.000 cavaliers dans la bataille. Altan Khan
réalisa l’unité des steppes qui, d’est en ouest, s’étendaient sur
plus de mille milles de long, les forces des frontières de la dynastie
prises au piège dans leur position de défense et trop éparpillées, ne
purent trouver le moyen d’arrêter les raids annuels. Jizhou
(graphique 6) était une des neuf régions de défense de la frontière
nord. Avec les villes de garnison qui en dépendaient, elle formait une zone
de protection autour de Beijing, mais elle était séparée de la garnison
de la capitale. Selon les prévisions elle aurait du comprendre 80.000
hommes sous les armes, plus de 22.000 chevaux de combat[4].
Mais en réalité personne ne savait à quoi se montait sa force. Parmi les
soldats qui dépendaient organiquement du commandement, il y avait des
conscrits venant des colonies militaires. On les appelait « soldats-hôtes »
et ils étaient en principe pris en charge par la localité. D’autres
soldats étaient mutés de districts extérieurs à la zone de défense, on
les appelait « soldats-invités ». Bien
que leur transfert fût en fait permanent, les districts dont ils étaient
originaires n’étaient jamais libérés de la responsabilité de leur
charge. Le gouvernement central accordait aussi des subsides au
commandement. De plus, il y avait des soldats issus de familles militaires héréditaires
des provinces de l’intérieur dont le service à la frontière était
limité aux mois du printemps et de l’automne. Pratiquement peu d’entre
eux se déplaçaient en personne ; ils se faisaient remplacer par des
gens qu’ils payaient, et dont le nombre ne correspondait généralement
pas à celui qui était prévu à l’origine. Le système suivant lequel
les soldats étaient fournis stipulait que le commandement devait être
composé de corps combattants dont la solde venait de différentes sources,
dont certaines n’existaient que sur le papier. On pouvait s’interroger
sur la qualité de ces combattants qui était aussi hypothétique. Ce manque
d’organisation et cette absence d’intégration n’étaient pas complètement
dénués d’intention. Derrière eux, on devinait l’appréhension qu’un
grand général trouvât tout seul la réponse à toutes les questions
politiques. L’histoire avait fourni de nombreux exemples de généraux
installés dans le district de la capitale qui avaient marqué le
commencement de la fin d’une dynastie. C’est pourquoi l’ambition de QI
Jiguang d’augmenter la puissance de commandement de Jizhou allait se
heurter à des obstacles dont certains seraient dressés par le service
civil et la force de la tradition.
Heureusement
pour QI, ses projets avaient l’approbation d’un important personnage de
l’entourage de l’empereur, Zhang Juzheng, qui devint grand secrétaire
de l’empire et qui avait dans ses intentions de rajeunir les forces armées
et le commandement de Jizhou était au premier plan de ses préoccupations.
QI Jiguang ne devait pas tarder à découvrir qu’il n’avait pas besoin
de s’occuper des problèmes politiques. Tout ce qui devait être fait
avait déjà été organisé par le gouverneur général Tan Lun et le grand
secrétaire Zhang Juzheng. Ce qu’ils ne parvenaient pas à obtenir était
vraiment hors d’atteinte. Voici
comment se produisirent les changements dans le commandement de Jizhou. La
proposition que fit QI au commencement et
qui aurait placé sous ses ordres 100.000 recrues sélectionnées pour un
entraînement intensif de trois ans, était trop ambitieuse pour devenir
effective[5].
Aucun effort ne fut fait par la suite pour intégrer les contingents de
soldats du nord. Mais on permit à QI d’amener dans la zone de défense
les volontaires qu’il avait recrutés dans le sud ainsi que leurs
officiers. Le groupe comprenait 3000 hommes ; les forces autorisées
furent augmentées continuellement jusqu’à atteindre vingt mille hommes[6].
Pour faire ressortir le côté inhabituel de la fonction de QI, Zhang
Juzheng parvint pendant une brève période à lui conférer le titre de
surintendant des affaires militaires de Jizhou. Aucun titre semblable
n’avait jamais été accordé à un officier dans toute l’histoire de la
dynastie. Comme cela provoqua force commentaires, le grand secrétaire
s’inclina devant l’opinion publique et changea par la suite le titre en
commandant en chef. Mais d’autres officiers supérieurs de cette zone de défense
furent mutés pour laisser à QI une autorité sans partage. Sur proposition
de Tan Lun, tous les fonctionnaires civils du district reçurent des
instructions explicites leur enjoignant de ne pas intervenir dans la gestion
de QI. Tan suggéra en outre que, pour une période de trois ans, QI Jiguang
devrait être exempt des
critiques des censeurs.
Au
commencement, le commandement de Jizhou reçut une allocation supplémentaire
de chevaux de combat et des fonds pour la fabrication d’armes à feu et de
chariots. Bien qu’elles fût limitée
en nombre, cette attribution causa néanmoins des jalousies et des conflits.
Puis il y avait aussi des rivalités entre les gens du nord et les gens du
sud, entre les conscrits locaux et les recrues, et entre les officiers de la
vieille école et ceux du nouveau programme d’entraînement. Dans sa
correspondance privée, Zhang Juzheng enjoignait à QI Jiguang de pratiquer
l’humilité.
La
façon la plus adéquate de décrire la tactique créée par QI Jiguang à
Jizhou pourrait être : « l’idée que se fait un fantassin de
l’emploi des armes combinées ». Cependant, toutes les critiques
doivent tenir compte de ses limitations sur le plan de la technique. Les
armes à feu modernes dont il disposait étaient encore en enfance, et il ne
pouvait qu’assumer une attitude défensive. Puisqu’il ne pouvait compter
sur les troupes du nord, il devait se fier aux volontaires du sud. Ce qui
revient à dire qu’il était censé arrêter l’avance de l’immense
cavalerie mongole avec des formations de bataille de la taille d’une
simple brigade.
Dans
sa méthode de combat, le chariot de bataille était une pièce essentielle.
C’était fondamentalement un grand chariot à deux roues attelé d’un
mulet ; mais à la place des côtés redressés il y avait un écran de
bois fait de huit sections qu’on pouvait rabattre à plat sur la
plate-forme du véhicule. Pendant le combat, les mulets étaient dételés.
Le chariot était placé de côté, une roue face à l’ennemi et l’écran
redressé derrière la roue pour offrir une surface de quinze pieds. Les
chariots en position de bataille étaient alignés les uns à côté des
autres pour former un mur continu. Les sections des extrémités de l’écran
servaient de portes battantes qui permettaient aux fantassins d’entrer et
de sortir[7].
Chaque chariot de bataille portait deux pièces d’artillerie légères
appelées couleuvrines (fo lang chi), probablement
d’origine européenne. Plus près d’un fusil à gros calibre que d’un
canon selon les normes modernes, la couleuvrine était coulée dans du
bronze ou du fer. Sa longueur variait de 3 à 7 pieds, son calibre n’excédait
pas deux pouces. Le boulet de plomb était introduit par la gueule. La
cartouche contenant des charges propulsives était faite du même matériel
et avait la même puissance que le canon, mais était en forme de poire et
était placée dans l’extrémité arrière de l’arme qui était découpée.
Une tige de fer insérée dans des trous de chaque côté de l’affût du
canon servait de verrou. Le modèle le plus redoutable avait une portée de
six cents mètres. La couleuvrine ainsi que les arquebuses faisaient feu du
chariot de bataille, par des trous prévus à cette intention dans les écrans[8].
QI affectait vingt soldats à chaque chariot de bataille. Dix d’entre eux
ne devaient jamais quitter le véhicule. Ils le manœuvraient, le mettaient
à sa place et s’occupaient de la mise à feu de la couleuvrine. Les dix
autres formaient une équipe d’assaut autour du chariot. Bien que quatre
soldats de ce dernier groupe fussent aussi armés d’arquebuses, quand
l’ennemi approchait, ils se servaient tous d’armes de combat rapproché
comprenant des boucliers en rotin, des javelots fourchus et des épées à
long manche, pour se livrer à des combats au corps à corps. Mais ces
actions devaient être menées en équipes. L’équipe d’assaut ne devait
jamais s’aventurer à plus de sept à huit mètres du chariot. Quand elle
avançait, le chariot devait suivre. Parfois, des escouades d’infanterie
supplémentaires prenaient part au combat. Elle suivaient essentiellement
les tactiques que QI avait fait prévaloir dans le sud contre les pirates,
excepté que désormais les soldats qui portaient les boucliers et les épées
s’attaquaient uniquement aux genoux et aux sabots des chevaux ennemis
qu’ils tailladaient tandis que ceux qui portaient des lances en portaient
des coups aux cavaliers. Le bambou était encore considéré comme une arme
utile pour arrêter l’adversaire[9].
Dans
un texte soumis à l’empereur,
QI donnait d’autres détails concernant sa tactique. Une brigade mixte
devrait avoir 3000 cavaliers, 4000 fantassins, 128 chariots de combat lourds
et 216 chariots légers. Face à l’ennemi, la cavalerie formait d’abord
un écran derrière lequel prenait place les véhicules. Les chariots étaient
disposés soit en carré, soit en cercle. Pour permettre le passage des
chevaux, des espaces étaient laissés entre les chariots ; mais des
abattis et d’autres obstacles mobiles comblaient les vides. Quand les
cavaliers mongols approchaient, la cavalerie se retirait, se mettant à
couvert à l’intérieur. On négligeait une formation ennemie de moins de
cent montures. Autrement, les soldats ouvraient le feu quand les mongols étaient
à moins de 250 pieds. En plus des couleuvrines et des arquebuses, l’armée
avait aussi des flèches propulsées par des fusées allumées par des
javelots fourchus. Parfois des canons lourds accompagnaient les unités
combattantes sur le terrain. L’un d’eux, qui répondait au surnom de
« généralissime » fonctionnait suivant le principe d’un
canon à percussion. La cartouche en forme
de cruche semblable en apparence à celle de la couleuvrine était bourré
dans son logement. Mais elle contenait des explosifs, des galets et de
petites boules de fer entassées par couches ; il était bouché à
l’avant par un morceau de bois scellé avec de la boue. Le « généralissime »
était utilisé pour le tir horizontal. Bien qu’il fut transporté sur un
chariot, il pesait plus de 1300 livres. Il fallait avant de l’utiliser,
planter dans le sol des béquilles de bois pour le maintenir. Un mortier léger
de deux pieds de long était aussi utilisé. QI Jiguang n’avait pas de
canons à obus explosifs. Dans le plan tactique de QI , la
contre-attaque de l’infanterie avait beaucoup d’importance. Des
sonneries de clairons appelaient les fantassins à sortir par vagues, en
courant, des chariots de combat, par les côtés et par dessous. Dès que
l’élan de la charge ennemie était arrêté et sa formation rompue, la
cavalerie lui donnait la chasse. Mais la cavalerie de QI n’était guère
plus que de l’infanterie à cheval. Les soldats d’une même escouade étaient
équipés de diverses armes de combat rapproché et il leur était recommandé
de maintenir la « formation en canards mandarins » au combat[10].
Aucun effort n’était fait pour imiter les hordes mongoles qui arrivaient
en masse, sabres brandis et comptaient sur l’impact initial de leur lancée.
Le sort voulu que ce plan, organisé dans ses moindres détails, ne fût
jamais mis sérieusement à l’épreuve sur le champ de bataille pour
pouvoir devenir une procédure standardisée de l’armée impériale[11].
Il
n’y avait pas moins de trois ans que QI avait pris son commandement à
Jizhou quand Altan Khan vint faire sa soumission à la cour des Ming en échange
de subsides annuels et de privilèges commerciaux. L’organisation de sa
confédération mongole perdit toute signification sur le plan militaire[12].
La tribu mongole des Tumen orientaux resta en dehors de ce traité ; et
firent des raids à Liaodong (dans la Liaoning), loin du territoire de QI
Jiguang. Les quelques engagements locaux contre les tribus auxquels prirent
part les troupes de Jizhou ne furent pas décisifs. Toutefois pour traiter
avec les nomades qui continuaient à causer des troubles à la frontière,
le grand secrétaire choisissait les promesses ou l’intimidation, ne
considérait le recours à la force que comme un dernier ressort. Il écrivit
à QI Jiguang : « le nombre de soldats sous votre
commandement qui peuvent réellement se battre n’est pas très élevé ».
Il disait explicitement au général qui avait toute sa confiance :
« notre souci principal est la défense. Si les nomades sont contenus
dans leurs frontières, c’est déjà une réalisation importante. Tant que
Jizhou reste en paix, votre mission a été accomplie ».
La
plus grande difficulté au sein des troupes de Jizhou venait de la
coexistence des conscrits du nord et des volontaires du sud. QI pouvait se
fier à ces derniers et compter sur leur discipline. Quant aux premiers, il
ne pouvait ni compter sur eux, ni les congédier. Ainsi, bien qu’il ait
scrupuleusement recruté ses volontaires sur les bases de la paysannerie,
aux yeux des autres, il avait tout de même fondé un
corps d’élite qui bénéficiait, d’attributions de faveur, et
dont les services d’intendance étaient plus sûrs. QI Jiguang avait
proposé à l’origine de faire
instruire le gros de l’armée par ses unités mieux entraînées. Mais
quand on voit le grand nombre d’hommes du sud qu’il devait amener à
Jizhou et la lettre que Zhang Juzheng lui écrivit, il est évident que son
but ne fut jamais atteint. Pour ne pas laisser inemployée toute cette force
humaine et pour renforcer la défense de façon permanente, QI proposa de
construire le long de la grande muraille des tours de guet à l’allure de
châteaux forts, les premières de cette espèce. Il proposait que des
bataillons de construction de 250 hommes fussent organisés, chaque
bataillon devant achever soixante-dix tours par an. Cet ambitieux programme
fut par la suite révisé de fond en comble car en réalité le gouvernement
impérial n’accorda à Jizhou que la construction de 1200 tours sur les
3000 proposées jusqu’en 1581 au moins, soit plus de dix ans plus tard.
La
tour de guet prévue par QI (graphique 7) avait trois niveaux et un minimum
de douze pieds au sommet. Elle devait loger entre trente et cinquante
soldats avec leur équipement. Les matériaux de construction comprenant des
pierres, des briques et du ciment étaient produits par la main-d’œuvre
elle même, soldats du nord pour la plupart enrôlés pour cette réalisation.
La subvention accordée par le gouvernement civil, petites quantités
d’argent payées directement aux groupes de travaux, était réduite au
minimum. Les officiers du nord s’étaient montrés très hostiles au
projet. Mais, soutenue par l’influence personnelle toute-puissante de
Zhang Juzheng, la fortification fut construite et devint en fait, après sa
mort, la seule contribution durable du grand secrétaire à l’empire. Bien
qu’on en fasse rarement mention, la construction des tours et la stratégie
de défense qui s’y rattachait étaient aussi reliées à la logistique.
Dans ses écrits, QI fait ressortir que, alors que chaque donjon pouvait
loger un peloton de fantassins, entre cinq et dix seulement de ceux-ci
faisaient partie de ses volontaires sudistes, les seuls qui devaient y être
stationnés en permanence. Le reste, étant composé de soldats du nord et
donc mal payés et en principe subvenant en partie à leurs besoins, était
autorisé à rechercher des moyens d’existence quand le service actif lui
en laissait le loisir[13].
Cet arrangement fut rendu officiel et le resta pendant quelque temps après
que QI Jiguang eût abandonné son poste de commandant
en chef. Après avoir lui même recommandé que ses troupes fussent réparties
dans ces forts, QI n’avait aucun motif de s’en plaindre. Mais, ses écrits
suggéraient continuellement que si il avait eu le choix, il aurait de
beaucoup préféré attaquer et faire une guerre de mouvement.
La
durée du commandement de QI Jiguang à Jizhou – quinze ans – est égale
au temps qu’y passèrent en
tout ses dix prédécesseurs. Sa charge l’occupa amplement. Il adorait les
manœuvres, les inspections, les cérémonies et faire des conférences. En
dépit, de toutes ces activités, il parvint aussi à produire des œuvres
littéraires. Son deuxième traité sur l’entraînement des troupes, LIANBING
SHIJI fut publié en 1571.
1.3-Ses libres réflexions sur
la stratégie chinoise de son époque Il
est un fait entendu que la théorie stratégique chinoise fut principalement
élaborée avant l’unification de la dynastie des
QIN (221-206). Depuis, elle semble avoir stagnée. Bien qu’un
nombre important de publications ait été effectué en rapport avec le
sujet, la base de la théorie n’a véritablement pas évoluée. D’après
les informations que l’on peut détenir, la plupart des livres touchant à
la chose militaire ont été rédigés au
cours des périodes fondatrices des dynasties qui ont succédé à la
fondation de l’Empire. Selon les écrits du professeur Lu[14],
presque 60% du total des 805 fascicules militaires connus et écrits après
l’époque QIN, ont été rédigés au cours de trois dynasties. Avec 268
travaux, la dynastie des MING a été la plus prolifique, suivie par la
dynastie des SONG (104) et plus récemment, la dynastie des QING (101).
Chacune de ces dynasties ont eu à affronter des agressions majeures de la
part d’ennemis extérieurs à l’empire et furent de nombreuses fois
vaincues, défaites par eux. Il est dans ces cas, pas faux de dire que l’étude
de la théorie militaire entre autres choses était une nécessité sociale.
Les crises ont obligés les contemporains à lutter pour leur survie et cela
a conduit à l’émergence de nouvelles idées. Cependant,
ces efforts ont seulement porté sur la quantité de travaux écrits sans véritablement
apporter une rupture théorique avec les préceptes militaires classiques.
Cet échec peut en partie être du à l’égale stagnation de la société
culturelle et politique chinoise tout au long des dynasties qui ont succédé
à la dynastie QIN et HAN, en particulier. L’entraînement militaire fut séparé
de l’éducation civile, les soldats ne versèrent pas plus dans la littérature
et le paysan ordinaire devint indifférent aux affaires d’intérêt
national et par conséquent peu enclin à servir dans les forces armées. Ce
changement et la cause de la perte du sens chinois du devoir. Le professeur
Lei Bai-Lun[15]
décrit ce phénomène comme « une culture sans soldat ». La
qualité des troupes chinoises dès lors déclina régulièrement. De plus
beaucoup de travaux au cours de cette longue période furent rédigés par
des fonctionnaires civils bien plus que par des chefs militaires en activité.
Sans expérience de la chose militaire, ces lettrés confucianistes
reproduisirent largement les idées des écrits militaires classiques, tels
que rédigés par Sun Zi ou Taigong, ou rapportèrent avec force et détails
des épisodes de la vie militaire sans intérêt. Les points suivants
semblent avoir été les principales sources d’intérêt pour les
chroniqueurs de la chose militaire au cours des siècles qui suivirent la
publication des classiques militaires chinois. C’est ainsi que Qi Jiguang
les répertoria. a)
Du dispositif des troupes : Le
dispositif des troupes concerne
en fait le déploiement des troupes en opération, on parle aussi à l’époque
de ‘’formation’’ ; déploiement
et combinaison des troupes qui peut à la fois satisfaire aux opérations
offensives comme défensives. Les principes de la stratégie et de la
tactique sont en premier lieu décidés par les systèmes d’armes et les
équipements employés. La
discussion sur ce thème était au centre des préoccupations des stratèges.
Un des plus célèbres du début de la dynastie Ming, He Liangchen[16],
ayant une réelle expérience militaire s’ingénia à décrire les
postures qu’il convenait de ne pas adopter au combat, et sa conclusion sur
ce thème était que plus un dispositif est compliqué, plus il a de chance
de ne pas être appliqué sur le terrain. Tant il est vrai que les écrits
de cette époque prônaient encore les formations des classiques, telles que
celles de Li Quan, en substance, lorsque deux armées se rencontraient sur
le champ de bataille[17],
elles s’échangeaient des émissaires qui étaient responsables de
convenir mutuellement des conditions de date, d’heure, de lieu pour
s’affronter. Allant jusqu’à aménager le terrain retenu afin de
faciliter les mouvements. Cette vision du dispositif était allée trop loin
et par conséquent complètement inapplicable. Le plus grave, remarquait QI
Jiguang était que ces observations ne se limitaient pas au niveau tactique
et mettaient le plus souvent en jeu des dispositifs de plusieurs centaines
de milliers de soldats. b)
L’accent sur le développement technique : Bien
que les lettrés reconnaissaient que tout ce qui pouvait être dit et écrit
sur le sujet l’avait été au travers des œuvres de Sun Zi et Sun Bin[18].
En conséquence, ils se contentèrent de compléter ces écrits en décrivant
plus en détail les techniques utilisées sans pour autant en amorcer les
modifications tactiques et stratégiques induites. L’ensemble de ces
travaux décrivaient très précisément
les techniques de fabrication de murs de protection, d’abris, de
tunnels, de fossés, d’arbalètes et bien d’autres instruments de défense,
tels que du matériel de franchissement des rivières, de moyens de
propagation du feu, mais aussi
sur l’utilisation de bannières, de tambours… . Sous la dynastie Ming,
des plans de dispositifs de combat et de campements furent dressés, et de
nombreux fascicules décrivent en illustration les différentes postures à
la monte et à la descente du cheval. Ces écrits ont néanmoins eu un mérite,
celui de créer des manuels à l’usage des jeunes soldats et officiers
sans expériences du combat, qui pouvaient en user comme manuel de formation
et se forger au fil du temps une opinion quant aux affaires militaires. c)
La fabrication d’armes : Beaucoup
de travaux sur l’art militaire sous la dynastie Ming s’intéressèrent
à la fabrication de l’armement. La plupart d’entre eux comportaient des
esquisses d’armes et outre la façon de les utiliser, décrivaient la façon
de les fabriquer. Wang Heming[19]
par exemple, s’intéressa aux mousquets et à la poudre, aux ingrédients
de la poudre à canon et la façon de les obtenir et de les mélanger. Les
discussions sur les systèmes d’armes dans les publications militaires
sous la dynastie Ming sont liées également à des circonstances
historiques particulières. En effet, depuis le début du XVIème siècle,
les contacts entre l’Europe et la Chine sont croissants. Les armes
occidentales commencent à être introduites dans l’Empire par les frontières
maritimes du sud, notamment par les comptoirs de Hong-Kong et Macao. Les études
portent donc sur des comparaisons de capacité entre les mousquets
occidentaux, les mousquets japonais et les roquettes traditionnelles
chinoises. Bien
que les armes à feu n’étaient que très occasionnellement utilisées
dans l’armée impériale sous la dynastie Ming, aucun stratège n’avait
analysé l’impact de telles armes sur la stratégie globale et la conduite
de la guerre. En fait, les théories classiques de la stratégie avaient
atteint un tel niveau de sublimation intellectuel dans la conscience de l’élite
impériale qu’elles ne pouvaient être remises en cause. La prééminence
des armes traditionnelles qu’étaient l’arbalète, la lance, la fourche,
le fléau et bien d’autres armes en bois ou faiblement métallisées était
indiscutée, et même QI Jiguang ne perçu pas complètement le niveau de
changement que les armes à feu introduisaient dans la conduite d’un
combat et bien au-delà, à tel point qu’il privilégia pour l’équipement
de ses troupes, les armes traditionnelles. Les armes à feu étaient
pourtant présentes, mais représentaient en quelque sorte un épiphénomène. d)
Le Yin, leYang et la superstition : Alors
qu’aucun stratège classique ne mentionne sérieusement la superstition
comme stratégie circonstancielle, toutes les références à de tels
travaux sont datées de la dynastie Tang et surtout avec l ‘apparition
du Taoïsme. En effet, de nombreux travaux sur la stratégie font mention du
ciel, de la terre, des astres, de la nature, de l’opportunité, de
l’univers et de bien d’autres termes métaphysiques. On ne peut pas nier
dans une certaine mesure que les théories militaires représentent une part
de la culture nationale et ont leur racine en elle. De ce fait la stratégie
militaire de cette époque ne pouvait pas s’affranchir du courant majeur
dans lequel était baigné la culture nationale. La théorie du Yin et du
Yang et de la divination, bien qu’interdite dès la fin de la dynastie
Han, avait pénétré très profondément la conscience collective et encore
sous les Ming, de nombreux lettrés, tout confucianistes qu’ils étaient,
portaient en eux une part d’irrationnel et qui influençait la conduite
globale des affaires de l’Empire, dont la conduite de la guerre était.
II.2-Ses
écrits militaires
2.1-Ji Xiao Xin Shu (théorie
complète sur l’art de diriger l’Armée) a) Sélection
des soldats, formation des troupes, enseignement sur l’utilisation des
armes et leur fabrication : Combattre
ce n’est pas se bagarrer et faire la guerre n’est pas se battre :
Le rassemblement de quelques personnes pour batailler, n’équivaut pas au
rassemblement d’une armée. Pour former une armée digne de ce nom, il
faut des règles bien précises
: comment la composer; comment sélectionner les soldats selon leur origine,
comment les former et comment les commander. Chaque dynastie, chaque génération
ont leurs propres règles selon leurs besoins propres. La Dynastie des Ming
a été établie suite à des révoltes
paysannes. Par conséquent, ses armées sont essentiellement composées
de gens d’origine paysanne. Depuis sa fondation, les premiers empereurs se
sont efforcés de garder toujours un œil sur l’armée, et sur les éventuelles
réformes possibles pour l’améliorer.
Il a été établi le dispositif de garnison (WEI SOU =siège) et on
pratique le système héréditaire des simples soldats aux officiers supérieurs,
à l’exception des généraux. En effet, le fils d’un soldat sera
soldat, et le fils d’un officier sera officier. Un proverbe chinois dit :
« le dragon génère le
dragon ; le phénix met au monde un phénix et le fils du rat sait
faire le trou, mais pas le chat ». Toutefois, dès le début des années
de Jia Qing, ce système est presque entièrement paralysé. Les fils des
soldats même incapables sont soldats malgré eux, les héritiers des
officiers paient souvent pour éviter d’être engagés dans l’armée. La
conséquence, est que lorsqu’il se produit des attaques
wokou, neuf fois sur dix les troupes de Ming perdent le combat. QI
Jiguang a bien cerné le problème et est fermement décidé à le résoudre
là où il se trouve. Il a décidé alors de former une nouvelle armée, son
armée qui sera différente des autres armées de garnison. Pour cela, il a
établi tout une théorie complète de l’entraînement et du commandement,
puis l’a mise en application. Selon les expériences, il complète son
corpus théorique et sa théorie est devenue une partie essentielle du fond
théorique stratégique militaire chinois. -Sélection
des soldats-
Chaque
dynastie a ses propres critères dans la sélection de ses soldats. Dès
l’époque des Printemps et
Automne (de 722 à 453 avant J.C.), les guerres sont très fréquentes,
et le besoin de soldats est prégnant, alors, la sélection se fait moins
rigoureuse, et de façon très large. Que ce soit du point de vue de la
qualité des hommes ou du point
de vue de la provenance géographique, c’est la quantité qui prime. Pour
les Ming, un empire uni, les guerres et les combats sont moins fréquents.
C’est plutôt la qualité des soldats qui prime. La qualité c’est tout
d’abord attacher une grande importance à l’origine des soldats. QI
Jiguang sélectionne de préférence les paysans et les mineurs, proches de
la terre ainsi que les gens habitués aux combats de toute nature. Par
contre, les citadins astucieux des bourgs et des villes ainsi que les gens
rusés sont à éviter dans la sélection. Ensuite, entre en ligne de compte
la nature. On ne se contente pas de voir s’il a l’air « fertile
et grandiose », ni s’il sait oui ou non manipuler l’arme ou
encore s’il est fort ou adroit, ce qui compte le plus, le critère
essentiel du recrutement c’est le courage. C’est à dire que l’accent
est mis sur le courage, et les autres qualités n’interviennent
qu’ensuite. « L’esprit saint
et l’aspect courage se combinent »[20]
. En 1559, lors du recrutement effectué par QI Jiguang à Yiwou, c’est précisément
selon ces critères que les soldats sont sélectionnés. Cette troupe est
devenue, après un entraînement intensif, une troupe d’élite nommée et
connue sous l’appellation : « troupe de la Famille de QI ».
Si
QI Jiguang met l’accent sur le courage des hommes dans le recrutement de
ses troupes, c’est en effet pour répondre à une réelle carence. Car
selon QI Jiguang, si les troupes de Ming, perdent dans la lutte qui les
oppose aux wokou, c’est essentiellement du au fait que les hommes qui les
composent manquent de courage et ne veulent pas combattre. Quand les ennemis
sont loin, ils arrivent à se défendre avec les armes à feu mais dès
qu’ils s’approchent, les
soldats s’enfuient en une véritable débandade afin de sauver leur propre
vie en abandonnant tout leur équipement. Le problème ainsi identifié
appelle ce remède approprié. C’est ainsi que le courage de l’homme
devient le critère N°1 dans le recrutement. Cette méthode est assez spécifique
et se distingue des méthodes de recrutement des autres hauts fonctionnaires
militaires. Car, à la même époque, les autres fonctionnaires militaires
recrutent selon des critères plus classiques. Par exemple : -
Tan Len préfère les jeunes de bonnes familles et capables de soulever plus
de 200 jin soit environ 100
kilogrammes. -
Quant à Yu Da Yu, il sélectionne
les hommes entre 20 et 30 ans dotés
d’un regard perçant, capables de soulever un sac contenant des pierres
d’un poids d’environ 200 jin (=100 kilogrammes environ). -
Xu Qi Guang a mis la barrière plus haute, car pour lui, il
faut que les futurs soldats possèdent les 4 qualités essentielles que sont
le courage ; la force ; la vitesse ; et la maîtrise de
l’art du combat (arts martiaux). En
comparant avec les critères de QI Jiguang, les uns mettent trop l’accent
sur la force physiques et les autres, sont trop exigeants sur la qualité
car bien peu de personnes peuvent répondre en même temps à ces 4 critères.
Ce qui explique qu’ils ont du mal à recruter et à obtenir des troupes
aussi combatives que celles de QI Jiguang. En ce qui concerne la réalisation
de son recrutement, QI Jiguang a préféré que la hiérarchie supérieure
choisisse la hiérarchie inférieure, le chef de troupe sélectionne les
officiers, les officiers choisissent les sous-officiers et ces derniers
choisissent les simples soldats. Ainsi d’une part, les soldats sont
choisis par les chefs qui les connaissent et qui croient en eux pour remplir
correctement les fonctions et les tâches qu’ils auront à leur confier
plus tard. D’autre part, si les gens sélectionnés manquent de rigueur
dans leur travail et leur comportement, sa hiérarchie supérieure est
directement concernée et mise en cause. Par conséquent, les hiérarchies
sont doublement liées entre elles. Elles sont unies et agissent comme une
seule personne, que ce soit tant dans la vie quotidienne qu’au combat. -
La formation des troupes- Bien
sélectionner ses soldats tel est le principe de base pour la constitution
de la troupe, mais, ce n’est qu’un début. L’étape suivante concerne
justement la formation de la troupe. Sur ce point, Tan Len, Yu Da Yu et QI
Jiguang partagent le même point de vue, c’est à dire que le contrôle
des troupes doit accompagner fermement la formation, il s’agit presque
d’un préalable. Selon QI Jiguang, « les
troupes sans contrôle ne font guère une armée »[21].
Le contrôle issu de la formation des troupes signifie concrètement que
l’organisation des rapports entre les soldats et les officiers est basée
sur une différenciation par le grade : chef de bataillons, chef de
compagnie, chef de section et chef d’escouade. La hiérarchie supérieure
a le contrôle total et réel de celle qui lui est inférieure et c’est
ainsi du haut vers le bas dans toute l’armée. Ce système garanti
l’efficacité des ordres donnés. Une
autre idée directrice prévaut dans la formation des troupes. Il s’agit
de faire correspondre cette formation aux futurs combats à mener et de
maintenir continuellement une mise à niveau de celle-ci. Par exemple,
l’une des formations essentielles et réellement efficace dans la lutte
contre les wokou est la « formation du canard mandarin = Yuan
Jang Zheng». Ainsi, lors de la formation des troupes, on doit en tenir
compte et faire en sorte de la rendre facilement réalisable et adaptable.
Dans ce but l’escouade (12 soldats) est l’unité de base pour
l’engagement des troupes, car c’est également l’unité de base pour
la réalisation de « la formation du canard mandarin » lors des
combats. L’escouade permet aussi les adaptations de « la formation
du canard mandarin » qui sont « San Cai Zhen = la formation à
trois talents et Liang Yi Zhen = la formation à deux prestances ».
Par contre, pour les troupes qu’il formera plus tard au nord de la Chine
pour la lutte contre les cavaliers mongols, l’unité de base sera le
bataillon. Car, les bataillons de chariots seront les formations de combat
les plus utilisées, et qui s’adapteront
le mieux aux impératifs des combats. Cette logique d’adaptation a
plusieurs avantages : simplifier la gestion et faciliter les entraînements
afin de créer une harmonisation globale à l’intérieur de l’armée.
Dans la vie quotidienne, les hommes d’une escouade vivent et s’entraînent
toujours ensemble, le chef connaît ses soldats et
les soldats se connaissent entre eux. Lors des combats, ils
coordonnent leurs efforts et sont solidaires en formant une unité fortement
soudée. C’est une façon efficace de transformer le combat, en leur
combat. Cette
organisation explique bien la différence des formations entre les troupes
communes des Ming et celles de QI Jiguang. Lors de la lutte contre les
wokou, au sud de la Chine, il forme des escouades composées de 12 soldats.
4 escouades forment une section, 4 sections une compagnie, 4 compagnies un
bataillon. Chacune des formations est en mesure d’exécuter « la
formation du canard mandarin » : une tête , deux ailes, et
une queue. Cette formation est différente de celle appliquée dans l’armée
des Ming, car en effet : -
il n’y a pas de corrélation entre la formation à l’entraînement des
troupes et celle qu’elles adoptent au combat ; -
la formation des troupes des Ming est plutôt un système quinternaire ou déca
ternaire. Par exemple, 10 petits drapeaux forment un cent-poste. 10
cent-poste forment un mille-poste et 5 mille-poste forment un WEI, équivalent
d’un régiment. Dans 1 petit drapeau, il y a 11 soldats. Mais, QI Jiguang
n’a pas tout modifié, car dans 1 petit drapeau des troupes de Ming
il y a 11 soldats. QI Jiguang dans ses propres troupes
a ajouté 1 chef cuisinier ce qui fait en total une escouade composée
de 12 soldats. Un
proverbe chinois dit que « Avec
l’indigo on fait le bleu qui est plus foncé que l’indigo ».
C’est ce que fait expressément QI Jiguang. Car après avoir étudié le
système militaire des troupes des Ming, QI Jiguang essaie de l’améliorer
et de l’adapter plus au combat. Dans le chapitre intitulé « Contrôle
des troupes » du Tome n°18 de Ji Xiao Xin Shu, il a également fait
remarqué que « les règles
viennent des lois mais ne doivent pas en toute circonstance être suivies à
la lettre ». -
Equipement des troupes- La
troisième étape après avoir recruté les soldats, formé une armée et équipé
les hommes : on ne peut pas faire de combats sans être armé. La
question est comment les armer. Selon QI Jiguang, « les armes à long
manche et celles à petit manche se mélangent ; les armes d’attaque
et celles de défense se combinent[22] ».
Il a également écrit dans le Chapitre n° 3 « les mains et les pieds »
Tome n°14- Ji Xiao Xin Shu que : -
si l’on a beaucoup
de soldats pour l’attaque à distance et peu de soldats pour la défense
proche, on perd lors des luttes au corps à corps ; -
s’il y a peu de
monde pour l’attaque à distance et beaucoup dans la défense proche, on
peut perdre le combat dès le début sans même avoir eu le temps de se défendre ; -
si le nombre des
soldats disposés pour l’attaque à distance et pour la défense rapprochée
ne s’harmonise pas, même si l’on est plus nombreux, c’est comme si
l’on était très peu nombreux. Ce
qui montre que l’armement d’une armée n’est pas une affaire à
prendre à la légère, il faut suivre un certain nombre de règles pour
obtenir un juste équilibre. Ces règles sont le mélange des armes de différents
effets et la combinaison des armes selon leur fonction et leur portée. L’équipement
de l’escouade dans « la formation du canard mandarin » est un
bon exemple du respect de cet équilibre : devant il a placé 2
boucliers en rotin suivis de deux Lang Xian = bâton avec les dents de loup,
après, 4 arbalètes et à la fin, c’est 2 Tang Ba = armes à petits
manches. Ainsi les deux boucliers et les bâtons avec les dents de loup
servent à se protéger contre les flèches et coups de cimeterre, donc ce
sont des armes de défense. Les deux Tang Ba, armes à petit manche sont
placées juste derrière les arbalètes et ferment
la formation. Ainsi les arbalètes, armes décisives, sont protégées
devant par les bâtons et boucliers et derrière par les Tang Ba afin que
les ennemis ne puissent pas s’en emparer. L’association de ces types
d’armes avec des fonctions et des portées différentes peuvent ainsi
accroire la capacité d’une unité d’attaque. Les soldats d’une même
escouade avancent, se défendent ou encore attaquent tous ensemble en
formant un ensemble homogène et dont la puissance est optimisée par cette
formation. Les victoires remportées par QI Jiguang sont les meilleures
preuves de cette association bien réussie. QI
Jiguang essaie non seulement de bien associer les armes entre elles, mais
aussi les hommes avec les armes. En effet, «les
armes différentes sont attribuées aux hommes selon leur nature et leur
force[23]».
Cela veut dire concrètement que les soldats d’âges, de capacité
physique, et de nature différente ne doivent pas utiliser les mêmes armes.
Bien au contraire, ils doivent avoir des armes qui correspondent à leur
propre état. C’est ainsi que l’on arrive à optimiser à la fois la
puissance de l’arme et la capacité de l’homme. Par exemple, dans
« la formation du canard mandarin », les personnes les plus
calmes et en possession d’une grande force sont sélectionnées pour
utiliser les arbalètes. Quant aux plus jeunes et plus rapides, ils
manipulent plus facilement et efficacement les boucliers en rotin. Les plus
robustes et expérimentés se voient attribués les bâtons avec les dents
de loup. « A chacun de déployer ses talents » et « A
chaque arme de fournir le maximum de ses capacités». -
Fabrication des armes- Maintenant
que l’on possède des hommes organisés et formés prêts à manipuler une
arme adaptée à leur capacité. Quel choix d’arme opérer ? Les ancêtres
ont dit « permettre aux soldats d’utiliser des armes non efficaces,
c’est donner la vie de ces soldats aux ennemis». Car les armes non
efficaces exposent la vie des soldats inutilement. C’est pour cette raison
précise que QI Jiguang est très exigeant au niveau des armes. Il indique
que, « c’est
vain d’avoir des soldats d’élite si ils ne sont pas équipés
par des armes de pointe[24]
». Il explique même le
procédé de fabrication des
armes à feu dans son livre au chapitre 3- Les mains et les pieds- tome n°14 :
« Pour avoir de bonnes armes à
feu, il faut travailler le fer
lorsqu’il est chaud, on enveloppe les deux côtés tout d’abord et après,
on le tape sur une enclume et on réalise un long évidement dans le tube
d’acier ainsi obtenu. Le trou doit être assez petit pour avoir une
meilleure précision… ». QI Jiguang a aussi précisé la fabrication
des autres armes. Il tient également à ce que ses armes soient fabriquées
dans les meilleures manufactures, et non comme cela se passe encore trop fréquemment,
par des artisans qui viennent fabriquer sur place dans les casernes et de
manière rudimentaire. Car il a la certitude que les armes fabriquées en
manufacture ont une qualité meilleure. Il tient également à ce que les
chefs militaires s’investissent eux-mêmes dans la surveillance de la
fabrication au lieu de confier tout simplement la commande à un service et
attendre la livraison, car sans la participation directe des hommes qui vont
utiliser ces armes. La fabrication non « motivée » ne peut pas
être de la meilleure qualité. Aussi, si il y a des problèmes de
fonctionnement, ce sera trop tard pour les corriger au moment de la
livraison. D’ailleurs, la conception et la fabrication des 44 bateaux de
combat commandés pour la marine, engagée dans la lutte contre les wokou,
ont été suivies par QI Jiguang lui même. En résumé, Pour la fabrication
des armes, il faut utiliser les meilleures techniques et les meilleurs
artisans et les faire travailler dans les meilleures conditions. Il convient
en plus, de faire exercer par les chefs militaires, une surveillance
constante tout au long du processus de fabrication. Tel est, selon QI
Jiguang, le secret pour avoir
les meilleures armes. QI
Jiguang insistent non seulement sur le fait qu’il faut avoir des armes de
bonne qualité, mais en plus il veut que ces armes soient supérieures en
tout point à celles des wokou. Il dit « Quelles
sont les armes utilisées par l’ennemi ? Nous devons exiger que les nôtres
soient bien meilleures. De la sorte, avant même que les
armes ennemies n’arrivent à nous toucher, nous ripostons et
l’atteignons ». Ainsi les armes ennemies, même
miraculeuses, ne servent plus à rien car elles sont moins performantes que
celles des Ming[25].
Il a aussi précisé « En ce qui
concerne les affaires d’armes, les performances des unes ne peuvent pas
compenser les défauts des
autres, c’est la raison pour laquelle chacune de nos armes doit être
meilleure que celles des wokou. Par exemple, s’ils ont des
arcs et des flèches performantes, alors avec quoi allons nous
pouvoir les surpasser. Si ils ont de très bonnes armes blanches, alors avec
quoi allons nous pouvoir les vaincre. Si ils attaquent avec des chevaux et
des chariots par milliers, alors, avec quoi
pourrons-nous nous défendre ». Cette énumération met en évidence
qu’aucun système d’armes ne doit être négligé et que pour chacun
d’eux, les troupes de QI Jiguang doivent
en être mieux dotés. Mais, quand QI Jiguang parle de supériorité
d’une arme, il faut comprendre quelque chose de parfois plus global et qui
ne se limite pas uniquement à la qualité, mais englobe des notions telles
que la quantité et la combinaison dans le combat. Par exemple, les wokou
sont très habiles dans le maniement des arbalètes et ces armes sont en général
de bonne qualité. Alors, les troupes de QI Jiguang doivent
utiliser la combinaison de plusieurs sortes d’armes pour les
surpasser : le bouclier, l’arme à feu, le bâton à long manche….
Les envahisseurs mongols sont redoutables au niveau de l’utilisation des
arcs et des lances, pour les vaincre, QI Jiguang a en priorité fait équiper
ses troupes avec des armes à feu et des canons qui lancent des cailloux. De
cette façon les armes ou bien la combinaison des armes sont choisies pour
que les armées des Ming soient toujours en mesure de se défendre ou de défendre
une position, laissant à l’adversaire
nul avantage dans aucun domaine pour qu’il puisse
triompher. Pour
y arriver, il faut sans cesse améliorer, réformer et créer de nouvelles
armes ainsi que de nouveaux équipements de campagne. QI Jiguang aimait à
dire :« les armes usées
doivent être remplacées, les armes détériorées doivent être réparées,
quant à celles qui n’existent pas, on doit les inventer ».C’est
ce qu’il a fait. Lorsqu’il est au sud de la Chine, ce n’est pas lui
qui a inventé le bâton de dents de loup (Lang Xian), mais, c’est bien
lui qui à grande échelle, a commencé à équiper les troupes avec cette
arme. Il a de même, créer le bateau Tong Jiao. Pendant ses exploits au
nord de la Chine, il a amélioré le canon de tigre assis (Hou Dui Pao)
et inventé deux autres types de canon. En un mot, au sud comme au nord, QI
Jiguang cherche toujours à améliorer l’équipement de ses troupes
c’est pour cette raison que son armée est réellement mieux équipée que
ses adversaires, un autre secret de ses victoires. Des
soldats de haute qualité intégrés dans une organisation rigoureuse et équipés
d’armes performantes suffisent-ils pour gagner une guerre ou même un
combat ? La réponse que formule QI Jiguang
est négative, car, les troupes ainsi constituées doivent être
entraînées pour pouvoir combattre. b) Entraînement aux ordres, à l’art du combat, à la
formation des troupes et au courage : En
chine aujourd’hui, les livres ou les films,
qui ont pour thème les guerres de l’ancien
temps, mettent souvent en avant un commandant des troupes très héroïque
qui charge seul les soldats
adverses et qui en abat tellement en si peu de temps, que ses propres
troupes ne servent que de décor pour l’ordre de bataille, et se
contentent de suivre leur chef
en criant très fort pour le seconder. La réalité fut tout autre
chose. Selon QI Jiguang « les chefs doivent vraiment être très courageux, mais, eux seuls
ne peuvent attaquer plusieurs ennemis à la fois, encore moins
plusieurs dizaines et sûrement pas plusieurs milliers. Pour gagner un
combat, il faut compter sur les soldats ».
De
tout temps, les soldats ont toujours été la masse principale de la guerre.
Même les chefs militaires les plus brillants, sans des soldats courageux,
bien entraînés et qui ne sont pas saisis d’effroi au moindre
bruit de l’ennemi, ne peuvent espérer obtenir une victoire.
C’est la raison pour laquelle, QI Jiguang insiste sur l’entraînement
des soldats. « Etre bien entraînés,
c’est le travail des soldats[26] »..Il
a également dit :« La
guerre doit commencer par l’entraînement des soldats » (Ming Jing
Shi Wei Bian). Mais également, « on
doit s’entraîner à l’attaque, mais aussi à la défense »
(Tome 4 = Les paroles à Deng Xie =Deng Xie Kou Shao de « Les notes
diverses de Lian Bing Ji Shi = Lian Bing Ji Shi Za Ji). -
Entraînement à l’obéissance et aux ordres- Selon
QI Jiguang « les ordres, les
drapeaux et les tambours sont les gestes les plus importants pour
maîtriser une armée une fois que celle-ci est formée en rangs »
(Tome 2 = Les ordres, dans Ji XiaoXin Shu et Er Mu Pian du Tome 3 de Lian
Bing Shi Ji). Si les soldats ne connaissent même pas les ordres, comment
peut–on parler de l’entraînement? Dans l’ancien temps, les ordres
sont donnés par des drapeaux et des tambours comme indiqué dans le
chapitre « la guerre » de « Sun Zi Bing Fa »
« pour les combats de nuit, on utilise le plus souvent les gongs et
les tambours ; pour ceux de jour, les drapeaux ». Sans les moyens
modernes de transmission des ordres, on fait retentir les tambours pour
faire avancer les soldats et les gongs pour les faire arrêter ou reculer.
Il faut toujours suivre la direction indiquée par les drapeaux. Pour entraîner
ses soldats à obéir aux ordres donnés par le chef, QI Jiguang a procédé
de la façon suivante : #
Retenir les codes par cœur. En
effet, il a établi une convention complète des ordres transmis au moyen
des drapeaux, des gongs et des tambours. Il fait imprimer cette convention
sous forme de livrets et les distribue aux soldats. Chaque escouade doit se
rassembler pour les étudier code par code. Les soldats qui savent lire
les lisent aux autres. Après la lecture, c’est la compréhension. Les
soldats discutent ensemble afin que tout
le monde ait bien compris chaque
ordre, chaque code. Pour QI Jiguang, la compréhension ne suffit pas, « il faut surtout retenir par cœur chaque code et sa signification ». Lors des examens et des contrôles du savoir tactique : Un article oublié par un soldat se solde par un coup de bâton. En revanche, si un soldat commet une faute sans gravité, et s’il arrive à réciter la plus grande partie de l’article, il peut éviter les coups de bâton. #
Obéissance aux ordres et aux codes et application absolue. « Lors
de tout entraînement ou tout combat contre les adversaires, les ordres et
les codes doivent être appliqués au mot à mot ». Par exemple,
quand les tambours sonnent, les soldats doivent avancer, peu importe qu’il
y ait de l’eau ou du feu devant eux, ils doivent avancer si les tambours
n’arrêtent pas. Quand les gongs sonnent, les soldats doivent arrêter,
peu importe qu’il y ait des montagnes d’or et d’argent. S’ils ne se
sont pas arrêtés au moment des gongs et continuent à avancer, ils doivent
reculer jusqu’où ils devaient s’arrêter[27]..
Afin que les soldats obéissent de façon absolue aux ordres, QI Jiguang a
également mis en place les mesures nécessaires à l’obéissance. Ces
mesures sont très simples, ce sont les punitions. « Si quelqu’un
n’obéit pas aux ordres reçus, mais que cela n’a pas occasionné de
conséquences graves, l’attacher et le frapper suffira à le punir. A
contrario, si quelqu’un n’obéit pas aux ordres reçus, et de ce fait génère
de graves conséquences, on doit lui appliquer la punition militaire, qui
peut aller jusqu’à la mort[28]».
On peut dire que QI Jiguang a rédigé des instructions disciplinaires très
sévères, car même l’auteur d’une désobéissance ou d’une mauvaise
compréhension des ordres qui ne génère
aucun conséquence, doit aussi
être attaché et frappé. C’est de cette façon que le général QI
Jiguang est toujours parvenu à faire obéir sans exception l’ensemble de
ses soldats aux ordres. La
transmission des ordres par les drapeaux, les tambours et les gong est un
art du commandement militaire, mais faire obéir les soldats à ces ordres
donnés en est un autre. Nombreux sont les stratèges classiques qui ont eu
l’occasion de s’exprimer sur le 1er point.
Sun Zi dans son livre « Sun Zi Bing Fa » ou encore Cao
Cao dans « les commentaires de Sun Zi Bing Fa ». Selon Sun Zi
« Commander une armée, c’est comme commander une petite troupe, la différence
se trouve dans les moyens de transmission des ordres ». Mais sur
le second point, c’est à dire comment s’assurer de la parfaite obéissance
aux ordres, aucun « classique » n’a donné plus de précision
et démontré autant d’intérêt que le général QI Jiguang. Il a
justement rempli ce vide, car il a traité de ce sujet dans les détails. -Entraînement
à l’art du combat-
L’art
du combat c’est la technique d’utilisation des armes à feu ou des armes
blanches, donc l’art d’anéantir les ennemis. « Si
l’on fait combattre des soldats n’ayant pas la maîtrise des armes, cela
équivaut à les envoyer se faire tuer par les ennemis »(Chapitre
10-Commentaires sur les armes à long manche et à court manche= Chang Ping
Tuan Ping Shuo Pian - Tome 18 Ji Xiao Xin Shu). Plus d’un tome sur les 18
tomes de son livre traitent de l’art et des techniques de manipulation des
différentes armes. QI Jiguang a vraiment mis l’accent sur ce sujet pour
deux raisons : l’une parce qu’il est convaincu que l’art du
combat est primordial pour un soldat ; l’autre raison est pour
renverser la mode de l’époque. Il existe deux écoles dans cet art,
l’une consiste à faire de l’art pour l’art, c’est l’art du combat
pour la démonstration. Très varié dans la formation, il est très
impressionnant à voir, QI Jiguang l’appelle « l’art fantaisiste ». Quant à la 2ème école,
elle est plus réaliste mais les postures sont
peu variées, QI Jiguang l’appelle « l’art vrai ». car chaque attaque est dirigée vers un point
précis et mortel. QI Jiguang explique dans ses livres qu’il faut surtout
éviter la 1ère école car lors d’un combat c’est une
question de vie ou de mort, on ne peut pas se permettre de commettre la
moindre erreur. « En ce qui concerne l’art du combat, il faut
l’apprendre comme un vrai art pour attaquer les ennemis ou encore pour
lutter contre eux, il est interdit d’apprendre « l’art fantaisiste ».
« Chaque jour d’entraînement doit avoir son effet.
Maîtriser une arme, c’est s’assurer un avantage pour gagner »
( Le préambule de « Les questions sur Ji Xiao » = Ji
Xiao Hou Wen, de « Ji Xiao Xin Shu »). Alors comment faire pour que les soldats arrivent à maîtriser cet art ?. Tel est le procédé appliqué par QI Jiguang : 1/
Initier la propre conscience des soldats Il
explique clairement aux soldats dans le Chapitre 4 -Les ordres
d’interdiction importants et conseillés aux soldats = Yu Ping Jin Yao Jin
Ling Pian du Tome 18 de Ji Xiao Xin Shu. QI Jiguang s’exprime ainsi :
« En ce qui concerne l’art du
combat, ce n’est pas un service que tu as promis de rendre aux officiers,
mais un moyen qui doit te
permettre de te défendre, d’acquérir les mérites, de tuer les ennemis
et de sauver ta propre vie. Si tu le maîtrises bien, tu arrivera à anéantir
ton adversaire, alors, comment peut-il
te tuer ? Si tu le maîtrises moins bien que ton adversaire, il te
tuera. Celui qui ne veut pas s’entraîner est un idiot qui ne vaut pas sa
vie ». Dans le même tome de ce livre, dans le Chapitre intitulé
« La récompense et la punition des concours de l’art du combat = Bi
Jiao Wu Yi Shang Fa Pian, il indique « il
faut que tout soldat connaisse l’avantage et le plaisir de l’entraînement
et de la maîtrise de l’art du combat de façon qu’il ne veuille plus
s’arrêter de s’entraîner, car ce n’est pas pour remplir un service
qu’il le fait ». Il
tient vraiment à ce que tout le monde comprenne cette évidence :
s’entraîner, pour soi-même,
et non pas pour les autres. 2/Enseigner. Les
chefs militaires doivent expliquer aux soldats les fonctions, ainsi que les
techniques propres au maniement de chaque arme. Quant aux arts martiaux, il
faut les enseigner position par position jusqu’à une réelle maîtrise. 3/La
récompense ou la punition suite au contrôle Le
niveau de chaque soldat doit être contrôlé régulièrement. Lors
d’examen, on mesure le niveau réel de chacun face aux ennemis. Pour les
armes à feu, on installe des cibles, et pour les armes blanches, on fait
s’affronter les soldats entre eux. On classe à la suite des examens les
soldats en 3 classes : supérieure, moyenne, inférieure. Chaque classe
est divisée en 3 niveaux. Dès le 1er examen , on attribue une
note à un soldat qui pourrait être par exemple, «niveau de la classe
moyenne », cette note est enregistrée. Lors de l’examen suivant,
« celui qui avance d’un niveau sera récompensé d’un Feng
d’argent ( le Feng est une unité de mesure de poids), celui qui réussit
à avancer de 2 niveaux, 2 Feng d’argent, celui qui accède au niveau supérieur,
5 Feng d’argent. Par contre pour ceux qui restent au même niveau sans
aucune progression et si c’est
la 1ère fois qu’ils stagnent, ils n’encourent pas de
punition, en revanche si c’est la 2ème fois, ils doivent être
corrigés de 5 coups de bâton, la 3ème fois, c’est 10 coups
de bâton. Plus de 5 fois, sans progression :40 coups de bâton ou
encore, ils sont affectés à des tâches non guerrières et pas forcément
moins pénibles[29]».
La punition ne se limite pas aux soldats contrôlés mais s’applique également
à leurs sous-officiers et officiers responsables de leurs escouades.
Autrement dit les responsables hiérarchiques sont liés aux
résultats obtenus par leurs soldats et auront les récompenses ou à
l’inverse, les punitions méritées suite aux examens. Si le résultat
global est supérieur au plus bas niveau de la classe supérieure, ils
seront récompensés. Si ce résultat est inférieur au plus bas niveau de
la classe moyenne, ils seront punis selon la gradation suivante: chef du
bataillon, 10 coups de bâton ; chef de compagnie, 20 coups bâton,
chef de section, 30 coups de bâton. Si le résultat est franchement médiocre,
les punitions seront très lourdes. Les responsables des unités qui
obtiennent de tels résultats seront dégradés et pour ceux qui ont les
plus mauvais résultats, il y aura destitution
ou ils ne recevront que la moitié de leur solde jusqu’aux prochains
examens. Face à une telle pression, l’entraînement dans l’art du
combat n’est plus une affaire personnelle, mais collective : les intérêts
de chaque individu sont liés entre eux. Non seulement les soldats doivent
bien s’entraîner mais aussi leurs chefs doivent tout faire pour les y
encourager. L’entraînement
des soldats à l’art du combat est assez courant dans les armées de la
Dynastie des Ming. Toutefois, aucun écrit ne le détaillait, et il dépendait
pour beaucoup de la plus ou moins bonne inspiration des généraux locaux.
QI Jiguang, a non seulement mis l’accent sur la nécessité de l’entraînement,
mais également sur l’art qu’il faut enseigner aux soldats (l’art
réel). Il a fondé une organisation complète pour que cet entraînement
soit efficace mais pas un devoir à remplir pour la bonne conscience des
officiers. L’aspect le plus novateur dans sa démarche a été de lier les
intérêts des uns avec les autres, les soldats avec leur chef hiérarchique.
Il est parti de l’idée que dans le combat, la préservation de leur vie
est liée à la performance de chacun d’entre eux, par conséquent, dans
la vie quotidienne, notamment lors de l’entraînement leurs intérêts
doivent également être liés afin de créer une unité solidaire et
harmonieuse. -Entraînement
aux formations de combat-
La
formation de combat c’est la position et le contribution de chaque soldat
lors des combats. Tous les stratèges de l’ancien temps parle de la
formation de combat. Sous la période Ming, il existe deux tendances :
l’une consiste à rechercher la perfection, la formation est ainsi devenue
tellement complexe qu’on a de plus en plus de mal à la réaliser sur le
terrain. L’autre consiste à nier la
nécessité des formations de combat pour mener les combats. L’un des
mandarins de Ming, Cai Kuan se moque de son prédécesseur, le mandarin Yang
Yi Qing qui est fervent adepte de tels entraînements, en écrivant les
phases suivantes : « les intellectuels sans courage ni stratagème
entraînent et répètent tous les jours des formations de combat, ce qui
est tristement risible ». Pour lui, des soldats courageux et des chefs
décidés suffisent pour gagner un combat. Quand les ennemis sont repérés,
les chefs donnent l’ordre d’avancer et ces derniers ne font qu’avancer
sans reculer, à quoi peut donc servir les formations de combat ?. On
mesure la portée de ce point de vue, si
un haut fonctionnaire pense ainsi, que peut-t-on attendre des simples
chefs militaires ?. QI,
quant à lui ne veut suivre aucune des deux tendances, et pense que les
formations de combat sont des outils pour gagner un combat donc, elles ont
leur place dans la stratégie militaire, mais encore faut-il les
adapter. Il a inventé la « formation du canard mandarin », la
« formation d’une tête, deux ailes et une queue », la
« formation des chariots/fantassins /cavaliers » etc. Il a
dit :« maintenant que les soldats connaissent les ordres, les règles
d’obtention des récompenses et de d’application des punitions, ils
doivent être entraînés sur les champs de bataille afin d’apprendre les
règles d’attaque, de défense et de repli, et surtout les formations de
combat qui seront appliquées lors des batailles» (Tome 8 – l’entraînement
des formations de combat avec les drapeaux et les tambours- Cao Lian Ying
Zhen Qi Gu Pian- chap.10 de Ji Xiao Xin Shu). Ici, encore comme pour l’art
du combat, il insiste pour que les soldats s’entraînent à réaliser des
formations pratiques et faciles donc
efficaces, mais pas celles qui sont compliquées et jolies à voir, aussi
faciles à briser pour l’ennemi. Car « les armes combinées ainsi
que l’art du combat et les formations de combat, servent à tuer les
ennemis, pour cela il est inutile d’être agréable au regard. »
(les questions et réponses de Ji Xiao-Ji Xiao Xin Shu Hou Wen), donc,
« lorsque l’on s’entraîne
au quotidien, on doit exécuter les mêmes gestes que ceux appliqués
lors des véritables combats. ainsi lors des vrais combats, on n’a juste
qu’à appliquer ce que l’on a répété au quotidien ». Les
grands stratèges organisent eux aussi leurs troupes selon des formations
différentes et les utilisent lors des combats. Dans « Wu Zi »,
lorsque la formation est en cercle, on la transforme en carré ;
lorsqu’elle est en avance, on l’arrête ; lorsqu’elle est divisée,
on la regroupe ; lorsqu’elle est unie, on la divise. Il faut étudier
chaque changement, chaque transformation et après, les enseigner aux
soldats. » Mais, malheureusement, il n’a porté aucune précision
sur la façon d’entraîner les soldats pour qu’ils arrivent à
transformer une formation initiale en une autre formation. QI Jiguang a pu
apporter d’importantes contributions dans les deux domaines suivants : 1/
La progression par étape. Tout
d’abord, chaque soldat doit s’entraîner à maîtriser l’arme,
(graphique 8) qu’il utilise et l’art du combat. Une fois que le contrôle
est passé, et que l’on a la certitude que chaque soldat a des acquis
suffisants, alors, on démarre l’entraînement pour la formation de
combat. L’entraînement commence par escouade, et une fois que les
escouades connaissent chacune leur propre position, on les rassemble quatre
par quatre, donc on commence l’entraînement par section. Après, on
rassemble les quatre sections pour former la compagnie, ainsi de suite pour
les bataillons et pour l’armée. 2/
La combinaison des entraînements au camps et sur le terrain QI
Jiguang ne pense pas qu’il faut se contenter de l’entraînement aux
formations dans les camps. Car
selon lui « une fois que les
exercices sur les champs de manœuvre sont finis et maîtrisés, il faut
sortir du camps et aller dans les villages et les campagnes pour pouvoir
s’entraîner sur les véritables terrains de combat, ainsi, lors de
combat, on ne commettra plus d’erreur. Sinon, les soldats entraînés
uniquement dans les terrains d’exercice sans jamais connaître les
campagnes, auront des problèmes de coordination au cœur de la bataille.
Mais, si au contraire, les troupes ne sont pas entraînées dans les camps,
étape par étape, mais directement engagées dans les campagnes, les
soldats agiront sans connaître les règles et
seront vulnérables[30] ».
Même quand il entraîne ses soldats sur les terrains d’exercice, il
essaie toujours d’adapter l’entraînement en rapport avec les campagnes
environnantes là où auront lieu les combats. Par exemple, lors des entraînements
anti-embuscade, il fait dessiner des chemins tortueux sur le terrain et avec
des panneaux en bois, il indique la position des maisons, des champs et des
puits …. Ces entraînements seront suivis d’ exercices en terrain
libre. Cela ressemble beaucoup à ce que l’on fait actuellement, mais, la
différence est que QI Jiguang l’a fait 400 ans auparavant et de sa propre
initiative. -
Entraînement pour avoir du courage- L’entraînement
au courage, c’est pour que les soldats considèrent la mort comme un
retour chez soi, autrement dit, les soldats se battent contre les ennemis
courageusement sans se soucier de la mort éventuelle. D’après un terme
plus moderne c’est un entraînement philologique afin de lutter contre la
peur. D’après QI Jiguang, « la
grande puissance d’une armée vient de l’esprit des hommes qui la
compose[31] »
et encore « Ce qui détermine la
victoire ou l’échec lors des combats, c’est l’esprit des soldats ».
Pour lui, l’esprit des soldats est le pivot d’une armée et la clef de
l’issue de la guerre. L’entraînement au courage est en effet l’entraînement
le plus essentiel et principal de l’armée. Alors, une question s’impose :
d’où vient le courage des soldats ? Pour QI Jiguang, ce courage
vient du cœur. « l’esprit
manifesté vis à vis des évènements extérieurs provient du cœur »,
« Le cœur, c’est l’esprit de l’intérieur ; l’esprit,
c’est le cœur de l’extérieur ». En d’autres termes,
l’attitude courageuse n’est qu’une extériorisation des idées intérieures
d’un être humain. C’est le cœur de chacun qui définit si l’on est
vraiment courageux ou non. Ainsi l’esprit qui vient du cœur est le vrai
esprit et si cet esprit est le courage, alors ce courage est un réel
courage. Si le courage n’est pas venu du cœur, alors, ce n’est pas du
vrai courage et en cas de revers, il se défait très rapidement. Il n’y a
que le réel courage, le courage qui vient du fond du cœur qui puisse
traverser toutes les épreuves sans défaites. C’est pourquoi, quand on
parle de l’entraînement de l’esprit, c’est en effet, celui du cœur,
car « en entraînant le cœur, l’esprit courageux vient tout naturellement[32]
». Le général QI jiguang en déduit qu’un chef valeureux ne peut réussir
dans l’entraînement de ses hommes qu’en se montrant en exemple. Le chef
doit inculquer le sens de la loyauté et de la fidélité, devancer ses
soldats dans tous les exploits, les conquérir par la sincérité (Tome.2
« l’esprit courageux » de Lian Bing Shi Ji ). Voilà les
principes de QI Jiguang : 1/La
force de l’exemple 2/Inculquer
le sens de la loyauté et de la fidélité 3/Conquérir
les soldats par la sincérité 1/
Se donner en exemple Ce
qui importe, ce ne sont pas les longs discours mais l’exemple montré par
les responsables militaires. La force de l’exemple n’a pas de limite.
L’exemple des chefs est un enseignement et une influence sans nom qui sera
suivi naturellement par les soldats. Les beaux discours ne peuvent non
seulement pas produire d’effets, mais en plus risquent de provoquer la
rancœur des soldats. 2/Inculquer
le sens de la loyauté et de la fidélité Mais,
il n’y pas que l’exemple du chef, il met également l’accent sur
l’enseignement oral. C’est ce qu’il appelle « inculquer le sens
de la loyauté et de la fidélité ». Il y a plusieurs sortes de
loyauté, par exemple, la loyauté envers son pays, envers son peuple,
envers ses parents et aussi envers ses chefs. Celle qui importe QI Jiguang
est la loyauté envers le peuple. « Vous vous rassemblez pour conquérir les mérites et servir le pays. Les
soldats servent à tuer les ennemis alors que ces derniers viennent tuer les
gens du peuple. Les gens du peuple ne souhaitent-ils pas que les armées de
Ming tuent les ennemis ? Si
vous voulez bien tuer les ennemis, respecter les préceptes militaires[33]
». « Dès le jour de votre
engagement dans l’armée, vous vous croisez les bras et restez indifférents
au temps, qu’il pleut, qu’il vente, vous avez vos 3 Feng (rétribution
journalière), vous avez votre solde tous les jours. Ces soldes proviennent
des impôts que l’Etat a récolté auprès des paysans, là même d’où
vous venez. Souvenez-vous de la peine et de la souffrance pour payer les impôts
lorsque vous travailliez encore la terre, vous vous rendez ainsi mieux
compte de la facilité avec laquelle vous toucher
votre solde d’aujourd’hui. Sans labourer ni racler la terre, on vous
prend en charge pendant un an, et tout ce que l’on vous demande, c’est
de gagner un ou deux combats. Si vous ne voulez même pas les défendre en
tuant les ennemis, à quoi cela peut servir de vous nourrir ? ».
Avec des paroles simples et l’exemple donné par son comportement ainsi
que celui de ses officiers, QI Jiguang essaie d’inculquer une certitude :
la raison d’être de l’armée est « de
protéger la vie du peuple ; défendre la terre du pays ».
Voici la devise de QI Jiguang. C’est ce qu’il dit et également ce
qu’il fait tout au long de sa lutte contre les wokou. Il a toujours mis la
priorité sur la libération des gens emprisonnés par les wokou avant la
victoire elle-même. 3/Conquérir
les soldats par la sincérité D’après
Sun Zi « pour commander une armée,
il faut user de ruses ». Mais pour QI Jiguang, les ruses c’est
pour les ennemis, on ne doit pas appliquer les ruses contre ses propre
soldats. Au contraire, il faut les conquérir avec la sincérité. Il faut
traiter les soldats comme ses enfants : « connaître leurs
habitudes, les soutenir et les secourir pendant leurs maladies, partager
leur sort dans les difficultés et épreuves, prendre part à leurs joies et
à leurs douleurs » et aussi « le faire sans attendre que
leurs cœurs en fassent la demande, et que leurs bouches parlent.» (Tome 2
L’esprit courageux = Tan Qi Pian, de Lian Bing Shi Ji ). Concrètement, il
faut aimer et protéger les soldats de façon sincère, comme un père
envers son fils, sur les terrains d’entraînement, il faut être juste, si
quelqu’un a transgressé une règle, on ne doit pas le couvrir avec
partialité même si c’est quelqu’un de très proche. « Touchés par l’affection qu’on leur porte, les soldats aimeront
l’empereur, les généraux, et leur propre
vie sera moins précieuse. Emus par la sincérité, ils ne supporteront pas
d’être derrière l’empereur,
les généraux, ils se soucieront d’eux avant de prendre soin de leur
propre personne. Convaincus par les discours sur le bonheur et le malheur,
ils ne se sentiront plus effrayés par les infortunes et seront bien déterminés
à prouver leur loyauté. Imprégnés par les discours incantatoires,
qu’il y ait du feu, de l’eau, ou que leur vie soit menacée, plus rien
ne pourra avoir d’emprise sur leur cœur. L’affection se cumule dans la
vie quotidienne et se délivre au moment des besoins »
(Tome 2 - L’esprit courageux = Tan Qi Pian ). Alors
les étapes 1/ 2/ 3/ ne forment qu’une 1ère partie de
l’entraînement de l’esprit courageux, et l’autre partie, consiste en
« l’application de la bienveillance et de la loyauté qui doivent être
associées à des récompenses occasionnelles et des punitions ». En
d’autres termes, QI Jiguang pense que la punition et la récompense sont
des moyens très importants non seulement au moment des combats, mais aussi
pendant l’entraînement, et non seulement pour l’entraînement de
l’art du combat, mais aussi pour celui de l’esprit. Et pour que cet
entraînement soit efficace, il faut être très juste. Quand il faut punir
même si ceux sont des personnes avec des liens de parenté il ne faut pas hésiter.
Cela est aussi vrai quand il faut récompenser, même s’il s’agit de
soldats qui ne sont pas toujours appréciés. Ainsi, on peut toucher le cœur
du plus grand nombre de soldats : récompenser un soldat sert à
encourager dix mille soldats, en punir un sert à faire obéir cent mille
soldats. L’entraînement
de l’esprit ne se limite pas aux terrains d’exercice. L’art de
commander les soldats ne se limite pas seulement à faire des exercices avec
des drapeaux et à s’entraîner à l’art du combat. Le repos, et les
distractions par les jeux font aussi partie de l’entraînement. Celui qui
est habile à l’entraînement essaie toujours d’avoir une ambiance
pleine d’entrain, si l’entraînement est monotone, il faut distraire les
soldats. Si l’entraînement est fatiguant, il faut accorder du repos aux
soldats. Il n’y a pas de règles fixes, il faut observer leurs attitudes,
leurs comportements afin de mieux les encadrer. QI Jiguang fait remarquer
qu’il est plus facile d’entraîner « les mains et les pieds »,
que l’esprit et le cœur, également, qu’il est plus facile de réaliser
les entraînements quand ils portent sur des situations concrètes (il parle
de formes en chinois), plutôt qu’abstraites (Les questions sur Ji Xiao =
Jin Xiao Hou Wen, préambule Ji Xiao Xin Shu). On
peut dire que la théorie de QI Jiguang sur l’entraînement de l’esprit
courageux est assez nouveau et original pour l’époque. Car, les autres
chefs militaires de la même époque,
notamment Yu Da Yu et Heliang Zhen, parlent eux aussi de l’entraînement
du courage, mais à des degrés différents : 1/
Ils n’ont pas fait la liaison entre le courage et le cœur, donc,
l’entraînement au courage passe selon eux, soit
uniquement par l’enseignement de la discipline ou encore, par le
jeu des récompenses et des punitions. Cette approche est moins élaborée. 2/
Comme la connaissance sur « la provenance » du courage est différente,
les moyens utilisés pour l’obtenir sont aussi différents. Yu Da Yu dit
que « l’entraînement au courage passe tout d’abord par celui de
l’art du combat, la maîtrise de celui-ci fait du courage, et le courage
renforce les soldats. » (Les méthodes d’entraînement des troupes
en chariot du Bourg de Da Tong = Da Tong Zhen Bing Che Cao Fa, Chapitre 11
–Recueil du Palais de l’intégrité morale = Zheng Qi Tang). Pour
He Liangchen, « Celui qui connaît
l’entraînement à l’art des combats passe forcément par les formations
de combat, c’est pourquoi les formations
de combat sont les leviers principaux de l’entraînement à l’art du
combat, et l’art du combat est l’origine du courage ». En
effet, ils pensent tous que l’entraînement au courage passe toujours par
l’entraînement de l’art du combat, car avec une bonne maîtrise de
l’art du combat, le courage naît naturellement. QI Jiguang quant à lui
pense que l’entraînement au courage passe par l’entraînement du cœur
et il a même expliqué dans son livre les différentes étapes de cet entraînement,
ce qui prouve à quel point il reste convaincu de sa théorie. De nos jours,
on peut être en accord ou non avec sa théorie, mais, néanmoins, il a eu
le mérite de fonder une réflexion complète
et logique, différente de ce qui existait avant lui. c)
Entraînement des vertus, des talents, des connaissances et de l’art du
combat : Tous
les grands stratèges chinois ont pris en considération le rôle des
officiers généraux. Pour Sun Zi, les officiers généraux qui savent
commander les troupes sont ceux qui tiennent en mains la vie ou la mort du
peuple, et ceux qui maîtrisent la sécurité
du pays. (Chapitre sur les guerres, Sun Zi Bing Fa). Il dit également
que « les officiers généraux
sont les assistants de l’empereur, s’ils l’assistent bien, le pays
sera puissant, s’ils l’assistent avec défaut, le pays sera affaibli »
(La stratégie d’attaque de Sun Zi Bing Fa). Il faut préciser qu’à
l’époque de Sun Zi, la distinction entre les fonctions civiles et
militaires n’était pas très apparente. Les fonctionnaires remplissaient
le rôle de chef militaire et commandaient les troupes au moment des guerres
puis après, dès leur retour au Palais impérial, ils redevenaient
fonctionnaires civils. Sous la dynastie de Ming, ces deux aspects du rôle
des fonctionnaires se distinguaient très bien. L’empereur fondateur de la
Dynastie de Ming, Zhu Yuan Zhan, appliqua une politique selon laquelle les
fonctionnaires civils dirigeaient les fonctionnaires militaires et le rôle
de ces derniers étaient relativement moins important par rapport à celui
tenu par les fonctionnaires civils. QI
Jiguang s’inscrit en faux avec cette pensée et soutien que le rôle des
mandarins militaires n’est pas négligeable, que se soit pour la sécurité
du pays ou que se soit pour la vie des soldats. « Car,
lorsque les ennemis attaquent, si l’on n’arrive pas à défendre
les villes, les villages ou les campagnes, elles seront détruites. Si on
utilise un chef militaire bien entraîné à l’art du commandement des
troupes et si celui-ci arrive à chasser les envahisseurs, à sauver de
nombreuses vies du feu et des tracasseries de la guerre, comment peut-on
dire que cela est une petite affaire ?[34] ».
Et aussi « Etre commandant des
troupes, c’est être lié à la sécurité des frontières et à la vie ou
à la mort des soldats ». (Tome 6-L’entraînement des chefs
militaires =Lian Jiang Pian, de Lian Bing Shi Ji ). Pour lui, les victoires
guerrières, la sécurité des populations, la vie des soldats dépendent
toutes de la qualité des officiers généraux. C’est une façon de faire
ressortir qu’une partie essentielle de l’entraînement de la troupe
concerne l’entraînement des
officiers généraux. De bons officiers commandent de bons soldats. « Si
l’on ne se préoccupe pas de la formation des bons officiers dans la vie
quotidienne, alors le jour où ils doivent être engagés dans le combat,
comment peut-on s’étonner du manque de talent! » . Concrètement que doit recouvrir l’entraînement des officiers? Pour y donner une réponse il faut réfléchir sur la question « qu’est ce qu’un bon officier » ? Selon QI Jiguang, le bon officier est celui qui a de la vertu, du talent, des connaissances, et la maîtrise de l’art du combat. Donc, le but de l’entraînement est de former les officiers afin qu’ils possèdent toutes ces qualités. La
vertu :
c’est le moral d’acier; Le
talent :
c’est la compétence dans le commandement ; Les
connaissances :
c’est le savoir-faire et la capacité d’analyse des situations ennemies; L’art
du combat :
C’est le niveau de maîtrise des techniques militaires. Parmi
ces 4 critères, QI Jiguang met surtout l’accent sur la vertu. Il pense
qu’il ne faut nommer que les chefs qui ont un moral d’acier, sinon, même
avec les talents de Zhang Liang et Chen Ping (ce sont
deux généraux très connus dans la chine classique pour leur
sagacité), il peut être inutile de les engager dans un combat. Les critères
de la haute vertu sont « l’esprit
honnête et fidèle, la rectitude de l’esprit et la droiture du cœur, méditer
pour rester fidèle à l’empereur pour défendre son pays, pour respecter
les autres, renforcer sa force militaire, aimer ses soldats et mépriser ses
ennemis[35]
». « défendre la
population doit être leur seule volonté » et « considérer les soldats et les chevaux comme des outils pour défendre
la population et le pays ». En plus de cela, il faut aussi
qu’ils se montrent magnanimes, incorruptibles, c’est à dire ne pas se
laisser séduire par les intérêts financiers et les tentations sexuelles ;
ne pas se montrer jaloux devant les capacités des autres ; si
quelqu’un a réussi dans un domaine, il faut prendre son exemple et
s’efforcer d’en faire de même ;
ne pas être obséquieux auprès de la hiérarchie supérieure. Au cours des
comptes-rendus aux supérieurs, il faut annoncer les faits réels, il ne
faut pas non plus être obstiné, mais, écouter les opinions des autres ;
aimer et protéger les soldats, ne pas rechercher les récompenses
mais servir son pays… etc. QI
Jiguang demande aussi à ses officiers d’apprendre l’art militaires. Car
un chef militaire n’est pas un savant qui connaît tout, alors, pour
comprendre la tactique, il faut passer par l’apprentissage. C’est comme
un médecin, s’il n’a jamais appris la médecine, il n’arrivera pas à
prescrire. Un chef militaire, sans aucune connaissance de la tactique
militaire, aura beaucoup de difficulté à bien commander ses soldats sauf
de rares exceptions. Alors,
que faut-il apprendre? -Selon
QI Jiguang, il faut tout d’abord apprendre les classiques par les œuvres
de Sun Zi et de Wu Qi. Car « si l’on ne fait que comparer nos stratégies
avec les leurs au lieu d’appliquer ce qu’il y a de meilleur dans ces
dernières, on n’aura plus de maîtres à suivre.» (Annexe du Chapitre 14
de L’article sur l’entraînement des chefs militaires = Lian Jiang Pian
et Les questions – réponses sur l’entraînement des chefs militaires =
Lian Jing Hou Wen, préambule Ji Xiao Xin Shu). -Il
faut étudier et appliquer les classiques, mais il faut aussi et surtout les
adapter aux situations réelles et actuelles. « maîtriser les
principes, mais sans s’en tenir strictement à la lettre ». (Tome 6,
L’article sur l’entraînement des chefs militaires = Lian Jiang Pian).
Autrement dit, il faut comprendre le sens essentiel mais pas simplement
copier les anciens concepts. -QI
Jiguang ne partage pas le point de vue qui dit que les chefs servent à
commander et que de ce fait il n’est pas nécessaire d’apprendre l’art
du combat. Pour QI Jiguang, il est vrai que le travail essentiel des chefs
est de commander l’action des drapeaux et des tambours, mais, pour connaître
les formations ennemies ainsi que leur puissance, il faut se rendre sur
place et se mettre devant les rangs. Sans la parfaite maîtrise de l’art
du combat, le chef militaire ne peut se rendre parfaitement compte de sa
force et de ses faiblesses. De plus, les chefs doivent enseigner l’art du
combat aux soldats, s’ils ne le maîtrise pas eux-mêmes qui va pouvoir
former les soldats ? Les instructeurs professionnels extérieurs à
l’armée ne sont souvent motivés que par l’argent et
ne connaissent souvent pas non plus les situations rencontrées au
cours des combats, donc ils n’enseignent que des techniques plaisantes à
voir sur un terrain d’entraînement, mais peu efficaces au combat, ce qui
peut entraîner pour les soldats la perte de vie. Si l’on exige des chefs
qu’ils donnent l’exemple aux autres, alors, sans exception, dans
l’entraînement des techniques de combat, ils doivent également devancer
les autres. La maîtrise de chaque arme est le travail du soldat, mais la
combinaison des armes, les formations des troupes, les connaissances des
fonctions des différentes armes sont de la responsabilité des chefs. Comme
indique QI Jiguang « Si l’on
veut être un chef omniprésent, il faut connaître toutes les armes et les
techniques de combat mais on n’est pas obligé de tout maîtriser. Sur
cette base, il faut sélectionner une ou deux armes et s’en faire une spécialité
et l’exercer jusqu’à la perfection car cela servira comme art de
combat. Quant aux connaissances, elles servent à l’entraînement des
soldats ». En
résumé pour QI Jiguang, la formation des chefs militaires doit se faire en
deux étapes : 1/
l’études de la théorie 2/
la pratique 1/
Pour l’étude de la théorie, il faut lire les œuvres classiques. Il y a
plusieurs sortes de lectures qui sont recommandées par QI Jiguang. -
A/ celles
qui concernent la culture de la morale, par exemple : « Traité
de la piété filiale = Xiao Jing », « Traité du dévouement =
Zhong Jing», « Meng Zi », « Da Sui », « Le
juste milieu = Zhong Yong » etc. -
B/ celles
qui concernent les connaissances militaires, par exemple : « Les
sept œuvres classiques de traité militaire = Wu Jing Qi Shu »,
« La Bibliographie des cents généraux = Bai Jing Zhuan ». -
C/ celles
qui concernent la culture générale : « La bibliographie de la
Dynastie Printemps et été =
Chun Qiu Zhou Zhuan », « Zi Zhi Tong Jian ». Pour
certaines de ces œuvres, il ne faut pas seulement les lire, il faut y réfléchir,
les réciter et les retenir par cœur. Par exemple, pour « La
bibliographie des cent généraux », après la lecture, il faut se
demander qui sont les généraux exemplaires et qui ne le sont pas ;
qui a réussi à accroître sa réputation et comment ou qui au contraire,
l’a noirci par sa propre conduite ; et également, si l’on se
trouve dans les mêmes situations de décision qu’eux, quelle va t’être
notre façon d’agir? Le but des lectures est d’établir des principes de
discernement et de renforcer la détermination. QI Jiguang ajoute :« Quand
l’on a la détermination dans le cœur, on n’est plus en proie au mal ni
à la peur. On ne recherche pas les récompenses et on n’évite pas les
punitions, enfin on garde son esprit éveillé en permanence »
(Lian Pian Ji Shi Za Ji , Xu Lian Tong Luen p.145). Un chef militaire ne
peut préserver son « état d’esprit » que s’il se voue tout
entier à son pays. Il ne peut bien combattre que s’il contrôle tous ses
désirs et ses passions égoïstes. Sans désir personnel, le courage est un
vrai courage, celui qui aime la fortune a obligatoirement peur de la mort,
ce qui le rend inévitablement peureux. Sans désir égoïste, l’esprit
sera dégagé, et perspicace.
Avec les généraux courageux et perspicaces, on peut obtenir les victoires.
Quand QI Jiguang parle d’étouffer les désirs, ceux ne sont pas tous les
désirs, mais ceux qui ne correspondent pas aux critères de l’intégrité
morale : courir après les titres, les récompenses, les avantages et
la fortune. Mais, ici, il fait la distinction entre ceux qui les reçoivent
naturellement suite à des actions d’éclat et ceux qui les recherchent à
dessein. Afin
de réaliser toutes ces lectures, il demande à ses officiers d’étudier
sans relâche tous les jours après le dîner et avant de dormir et surtout
d’adopter un comportement autodidacte. Ceux qui savent lire doivent étudier
tout seul et les autres, écouter les lectures. Après
la lecture, c’est la pratique qui doit prévaloir. La tactique ne peut être
efficace que si elle est applicable aux situations des batailles menées par
nos propres troupes, aux dispositions du terrain et aux réactions
ennemies. Donc, ceux qui ont l’expérience des combats doivent
l’améliorer en étudiant les grandes œuvres classiques ; ceux qui
ont beaucoup étudié selon les œuvres doivent les compléter par de véritables
expériences au combat. Les chefs formés de cette façon seront
imbattables. Le
début de la formation des militaires (les soldats et les chefs) remonte à
la dynastie de Shang Zhou. A partir des dynasties des Song et des Ming, il
existe « une école de pensée militaire », qui s’intéresse à la
formation des officiers généraux. Mais, cette école de pensée s’évertue
surtout à fournir les indications sur la sélection et la nomination des généraux
sans s’intéresser à leur entraînement. QI Jiguang a eu le mérite de
compléter cette école de pensée en traitant de l’étape aval qui
concerne la formation des officiers après les avoir recrutés et nommés. d)
Les divers éléments dans le contrôle des troupes ainsi que leurs
inter-relations : QI
Jiguang ne s’intéresse pas uniquement à la sélection des soldats, à
l’enseignement des techniques militaires, à l’entraînement des soldats
et des officiers généraux, mais en plus il étudie les principaux éléments
qui composent l’armée : l’homme, l’arme, les soldats, les chefs
ainsi que leurs interrelations. -
L’homme et l’arme- Dans
le Tome 4 intitulé « Les pieds et les mains » (= Shou Zu Pian,
Tome 4 de Lian Bing Shi Ji et 14 de Ji Xiao Xin Shu), QI Jiguang a indiqué
que « Si on possède de très
bonnes armes mais que l’on n’a pas de bons soldats, ce sont des dépenses
inutiles ; Si il y a de bons soldats mais qui sont dotés de mauvaises
armes, c’est peine perdue ». Ce que veut nous faire comprendre
le général QI Jiguang est que pour une armée, il faut de bons soldats
mais également de bonnes armes, l’un ne pourra pas être efficace sans
l’autre. Parmi ces deux conditions, la condition de la valeur de l’homme
est déterminante, car l’arme n’est qu’un outil qui ne peut qu’être
utilisé par l’homme et non le contraire donc il s’agit pour lui d’une
condition secondaire. Quand les soldats sont motivés et courageux, ils
arrivent à vaincre l’ennemi même avec des armes non sophistiquées. -
L’entraînement des soldats et des chefs militaires- Tous
les membres de l’armée, qu’ils soit en soldats ou généraux, tous
doivent être entraînés. On ne peut obtenir de victoires qu’avec de bons
soldats et de bons généraux. On ne doit pas mettre l’accent sur l’un
en négligeant l’autre, car les deux sont aussi importants. Si l’on doit
comparer ces deux catégories, c’est l’entraînement des chefs
militaires qui est encore plus déterminant. QI Jiguang dit :« il
faut tout d’abord prendre en considération l’entraînement des
officiers généraux, ensuite, celui des soldats ». Quand l’on
arrive à avoir de bons officiers, on aura ensuite de bons soldats. Lorsque
l’on forme des chefs, c’est comme traiter le principal. Si le principal
est mal maîtrisé et que l’accessoire est bien pris en compte, rien ne
peut se dérouler harmonieusement ». (Tome 6, L’entraînement des
chefs militaires = Lian Jiang Pian, de Lian Bing Shi Ji et Tome 8 de Ji Xiao
Xin Shu). En d’autres termes, sans de bons généraux, il ne peut y avoir
de bons soldats (dans le sens d’efficacité d’ensemble), l’entraînement
des généraux est la base de toute la formation et de l’entraînement
militaire. Des chefs mal formés, ne peuvent pas bien entraîner
les soldats, car les
soldats doivent suivre l’exemple des chefs. -
Les vertus et les talents des chefs militaires- Selon
QI Jiguang, les chefs doivent avoir les qualités suivantes :la vertu,
le talent, les connaissances, l’art du combat. Contrairement à la pensée
de l’époque qui considère que le talent est la qualité essentielle pour
un officier, QI Jiguang pense que c’est la vertu qui est
plus importante. « C’est bien d’avoir du talent et de maîtriser l’art du combat,
mais, encore faut-il avoir l’esprit fidèle, ainsi il devient un exemple
de vertu[36] ».
Si le chef a l’esprit loyal, il ne se passe pas une seule journée sans
qu’il ne pense aux affaires de l’Etat. Avoir le talent du commandement
mais sans la conviction, c’est être un chef sans vertu donc, à la
renommée imméritée. Si l’on ne tient pas compte de ce précepte
et qu’un tel chef est choisi pour diriger les troupes, alors, il se
comportera en chef opposé, fier et égoïste. Comment peut-on compter sur
de tels chefs pour protéger la population et défendre le pays ?
c’est pourquoi l’entraînement des généraux et extrêmement important,
et est basé sur l’entraînement de l’état d’esprit. -
L’entraînement de l’esprit courageux et de l’art du combat- Dans
l’entraînement des soldats, il y a l’entraînement de l’esprit
courageux et celui de l’art du combat. Parmi ces deux domaines, c’est le
1er qui est plus important, car l’esprit courageux couvre
toutes les qualités foncières du soldat. QI Jiguang dit : « l’entraînement
au courage est essentiel » et « le
contrôle de l’esprit est le pivot du commandement[37] ».
Il n’approuve pas le point de vue de Yu Da Yu qui pense que le soldat aura
le courage que si il possède la bonne maîtrise de l’art du combat ;
il ne partage pas non plus l’avis de He Da Liang, qui dit que « l’art
est à l’origine du courage ». En effet, pour QI Jiguang,
l’art du combat ne peut rendre les soldats plus courageux qu’ils ne le
sont. Mais pour ceux qui ne le sont pas, le fait de maîtriser quelques
notions de l’art du combat ne suffisent pas à elles seules à les rendre
courageux, il faut en plus et surtout former la nature psychologique des
soldats afin d’améliorer leur esprit courageux. -
Le cœur et l’esprit- Pour
QI Jiguang, « l’esprit
courageux a une apparence
visible sur les individus, mais sa racine est dans le cœur de
l’homme». En effet, le courage peut n’être que le
reflet de la bonne formation de la nature psychologie du soldat.
Alors que le courage qui provient essentiellement du cœur est un vrai
courage donc, il est durable et ne recule devant aucun obstacle. L’esprit
et le cœur sont à la fois différents et intimement liés. Pour obtenir un
résultat visible de l’extérieur, il faut travailler son intérieur. -
Le vrai et le faux esprit courageux- Selon
le général QI Jiguang, il existe deux sortes de courage : le vrai et
le faux courage. Le vrai courage vient du cœur, et le faux, vient
d’ailleurs que le cœur, par exemple, le courage basé sur la maîtrise de
l’art du combat, l’exaltation, l’entraînement
militaire. Mais, ce genre de courage ne peut pas durer car, il s’estompe
bien souvent aux premières rencontres d’ obstacles. Il n’y a que le
vrai courage qui est indémontable et qui peut traverser les « cent
preuves » sans aucune défaillance. Parfois, quand bien même ce
courage subirait quelques baisses d’intensité, par le biais de l’entraînement
du cœur, on arrive à le recharger. Ce qui rend encore plus nécessaire cet
entraînement, même pour les gens naturellement courageux. -
La bonté et l’autorité- Pour
que l’entraînement soit efficace, on doit utiliser à la fois la récompense
et la punition, la bonté et la prestance. Car, l’utilisation uniquement
de l’affection, de la récompense et des faveurs ne suffisent pas, il faut
en plus les compléter par la punition, la menace et l’autorité, on ne
peut pas réussir pleinement l’entraînement si l’un de ces deux aspects
manquent. Selon QI Jiguang, « la
grâce est comme l’apparence et l’autorité, son ombre. Quand la forme
est en mouvement, son ombre la suit. La forme, c’est l’apparence, et
quand elle est en immobile, son ombre l’est aussi. Si la forme est grande,
l’ombre l’est également, son contraire est aussi vrai ». QI
Jiguang pose le problème de la manière suivante : « Comment
peut-on accorder des faveurs si l’on a supprimé l’autorité, c’est un
peu comme avoir un objet sans son ombre. Comment peut-on l’emporter
si l’on ne démontre que de l’autorité sans bonté, c’est comme avoir
une ombre errante. Si l’on prend comme exemple un bateau, la bonté
représente la coque du bateau, et l’autorité, le gouvernail »
(œuvre complémentaire de QI, « Zhi Zhi Tang » . de Yu Yu Gao ). -
L’art du combat régulier et l’art du combat fantaisiste- QI
Jiguang, en accord avec le contexte réel de l’époque et ses propres expériences,
distingue deux sortes d’art du combat : le vrai et celui qu’il
qualifie de « fantaisiste ».
Pour lui, les soldats doivent apprendre et s’entraîner selon les règles
de l’art du combat régulier et utile, c’est à dire, l’art que l’on
peut appliquer concrètement quand l’on affronte l’ennemi. Chaque
formation, chaque position doit correspondre le plus possible à des
situations réelles ; chaque jour passé à l’entraînement doit
prouver son efficacité lors du combat. Chaque arme doit démontrer son
utilité dans la formation de combat. A l’opposé, il est tout à fait
contre l’idée d’entraîner les soldats avec un genre d’art du combat,
qui selon lui, n’est utile que pour la démonstration artistique. C’est
art est souvent très sophistiqué et esthétique, mais aussi inefficace
pour causer des dommages à l’adversaire, que pour assurer sa propre défense.
Le général QI Jiguang interdit
formellement l’usage de cet art du combat fantaisiste, car il estime que
ce genre d’art de combat non seulement fait perdre beaucoup de temps lors
de l’entraînement et en plus peut causer de très graves torts. TABLEAU
RESUMANT LA THEORIE DE QI JIGUANG
talents
Connaissances
Art
du combat Hommes
La bonté
Cœur
Esprit
Faux
courage
soldats
Art
cbt fanta Entraînement
d’armée
courts
de défense En résumant tout ce que l’on a vu ci-dessus, on peut dire que parmi toutes les œuvres de QI Jiguang, la théorie sur l’entraînement de l’armée est l’une des plus complètes, innovatrices et sophistiquées. Car, dans cette théorie, il ne s’agit pas uniquement de donner un canevas pour conduire l’entraînement, mais en plus, il exprime ses points de vue sur : §
les facteurs à prendre en compte; §
les
relations entre ces facteurs ; §
les bases
les plus importantes les unes rapports aux autres ; Cette
théorie a encore plus de valeur, parce qu’elle est logique, et
s’approfondissant par palier : -
le 1er
palier stipule que pour l’entraînement de l’armée, il faut s’y
prendre par les deux bouts : les hommes et les armes -
le 2ème
palier : explicite les catégories d’hommes qui composent une armée,
ils sont soient soldats
(officiers, sous-officiers et militaires du rang), soient généraux. Pour
ce qui concerne les armes, il explique qu’elles sont de différentes
sortes et utilités. -
dans le 3ème
palier, il continue à détailler les éléments qui concernent les généraux
et les soldats ; Ainsi
de suite, il dévoile étape par étape, palier par palier et bien concrètement
comment arrive-t-on non seulement à former l’armée mais aussi et surtout
à entraîner cette armée jusqu’à ce qu’elle devienne une armée
invincible. En
plus de cela, il nous indique aussi que pour arriver à un but, il faut que
tous les éléments forment un ensemble bien harmonieux : l’on
commence toujours par la vision globale et entière puis, on entre au fur et
à mesure dans les détails, mais pas le contraire ; et que aucun élément
ne doit être négligé et aucun ne doit exister isolément. Avant
QI Jiguang, aucun stratège n’avait encore établi une théorie aussi
complète sur l’entraînement et l’application concrète des grands
principes. Sans avoir une armée bien formée, aucune victoire ne peut être
possible. C’est bien cette pensée et son prolongement concret qui est à
l’origine de toutes les victoires remportées par l’armée du vieux général.
Telle est toute la valeur de la stratégie du général QI Jiguang. 2.2-
Une stratégie combinée d’attaque et de défense a)
Projeter un bon plan avant de faire la guerre : Pour
engager une bataille surtout une grande bataille dans laquelle seront commis
des milliers, des dizaines de milliers voire des centaines de milliers de
soldats, la clef décidant de l’issue de celle-ci réside dans l’échafaudage
d’un bon plan. Sun Zi disait qu’avant la guerre, si les projets
(planification d’aujourd’hui) de la cour impériale pouvaient vaincre
l’ennemi en raison de leurs caractéristiques très complètes, les
conditions de la victoire étaient remplies. Si les projets à l’inverse
n’obtenaient pas le succès escompté sur l’ennemi, c’était parce que
ces derniers se révélaient être trop imparfaits (incomplets) et les
conditions de succès non satisfaites. Quand les projets sont complets, les
chances de victoire sont entières. Les ennemis peuvent être vaincus. Si
les projets ne sont pas complets, les conditions de victoire ne sont pas
suffisantes et les ennemis ne peuvent pas être vaincus. Il est inconcevable
de ne pas avoir de solides projets lorsque l’on rentre en conflit, car
cela signifierait l’inexistence des conditions de victoire. Par ces
observations simples, il est possible de prévoir l’issue d’une bataille
voire d’une guerre. Dans une guerre, il faut non seulement planifier un
plan global élaboré par les mandarins de la cour impériale pour obtenir
un résultat précis, mais aussi que les généraux
préparent leurs projets avant chaque bataille pour en déterminer
l’issue. QI Jiguang disait : « Il
existe trois types de grandes batailles ;
-une
bataille bien projetée (planifiée)
-une
bataille de grand courage
-une
bataille d’idiot ». Une
bataille bien projetée est ce qu’il y a de plus calculé. Une bataille de
courage est une façon de donner son cœur à sa patrie en attaquant les
ennemis, mais sans savoir exploiter au mieux les affaires militaires dans la
vie quotidienne. Une bataille d’idiot se caractérise par une méconnaissance
des ennemis et de soi-même[38].
QI Jiguang est tout disposé à donner son cœur à la cour, mais il ne préconise
pas une bataille de courage et surtout pas une bataille d’idiot. En
revanche, il préconise de toujours mener des batailles bien projetées.
Il se montre plus précis en affirmant qu’il faut calculer la
victoire totale dans tous ses détails avant le commencement de la bataille[39].
Il disait également que : « dans
les affaires militaires, il ne faut pas prendre le court pour le long et
qu’il faut toujours être plus fort que l’adversaire. S’il a de bons
arcs et flèches, que possédons-nous pour vaincre les arcs et les flèches ;
s’il a de bons sabres que possédons-nous pour vaincre ses sabres ;
s’il a des dizaines de milliers de chevaux, que possédons-nous contre ses
chevaux ?. Il faut rendre l’adversaire moins fort que soi à tous les
niveaux ». Toutefois il est inévitable de commettre des fautes de
dernier instant même si tout est bien planifié. Mais on ne peut pas dépendre
de la chance (QI Jiguang dans « une lettre au supérieur pour exposer
l’administration militaire » chapitre 350 du recueil des textes de
l’administration de Ming). En juin 1570, QI Jiguang convoque tous ses généraux
de Jizhou à sa résidence dite « zhi zhi tang » dans la région
de San Tun Ying. Il leur exposa son analyse complète de la guerre à mener
contre les tartares venant du nord. Il démontre que
la défense de Jizhou est différente des villes telles que xuanfu,
Datong, et shan-xi …Il prévoyait qu’une attaque des tartares
comprendrait plusieurs centaines de milliers d’hommes. Que les armes
utilisées par les tartares dans la profondeur seraient de très forts arcs
et de puissantes flèches. Que pour les combats rapprochés, les tartares
utiliseront des cavaliers aux sabres courts, la puissance des chevaux est inégalable
et un soldat pourra avoir plusieurs chevaux, de ce fait ils pourront mener
plusieurs combats à la suite ou indépendants. De plus, les tartares
affichent une parfaite motivation. QI fit le constat que même si les armées
des Ming ripostaient à de telles attaques avec les mêmes moyens, armes et
équipements, les formations Ming ne seraient pas aussi fortes que celles
des ennemis. Il rapporte de plus, que même si les troupes Ming
n’appliquent que le combat d’infanterie sans appui de la cavalerie, les
armures des troupes sont trop anciennes et usées pour parfaitement les protéger
contre les assauts de la cavalerie tartare. Même si les armées Ming possèdent
des armes à feu, elles comportent encore beaucoup de points faibles tels
que la qualité de leurs hommes et leurs méthodes de manipulation des
armes. Ces principales faiblesses suffisent à gêner l’arrêt du déferlement
des cavaliers tartares qui est
semblable à une montagne qui s’éboule ou la terre qui se fend.
Enfin, les soldats Ming sont pour la plupart âgés et physiquement peu
entraînés, la cohésion des formations est quasi inexistante (mépris des
officiers envers le reste de la troupe). Dans de telles conditions, il
conclu qu’il est impossible de gagner la guerre. Selon
la théorie des « projets de la cour impériale », la thèse que
soutien QI Jiguang sur ce sujet est perçue par les autorités comme un
constat final. Mais pour QI, c’est seulement un commencement.
L’inventaire des conditions de réussite ou d’échec dans un
affrontement avec les tatares n’a
pas pour but de justifier à priori l’impossibilité de vaincre les
mongols, mais bien de créer le sursaut nécessaire pour changer cette réalité.
L’exemple
de la bataille de Jizhou (ville de Jixian aujourd’hui, et de la passe de
Xifengkou, voir graphique 9) nous donne un aperçu commenté du développement
de la potentialité positive que l’on doit s’appliquer à soi et la création
des conditions pour vaincre les ennemis que QI Jiguang propose de développer.
Il dit que : « les
ennemis arrivent toujours à plusieurs centaines de milliers de combattants
et face à eux les soldats de Jizhou ne sont que 100.000 ». Par
ailleurs, à partir de 10.000 soldats, il n’est pas possible d’utiliser
la méthode d’attaque qu’il qualifie de « clandestine »
(le mot guérilla n’était pas du vocabulaire de l’époque). Il faut
alors faire ouvertement face aux ennemis et remporter une victoire totale
sans essuyer le moindre fléchissement ou accepter la moindre perte de
terrain[40].
Il ne faut donc pas utiliser les mêmes armes que l’ennemi, il faut
utiliser des armes plus performantes que celles utilisées par les armées
ennemies afin que l’on puisse gagner dès l’échange des premiers coups.
Comment créer les conditions favorables pour vaincre l’ennemi?. Selon la
pensée militaire de QI, la première chose est de faire attention aux généraux.
Il a convoqué de ce fait tous ses généraux à sa résidence de Zhi zhi
Tang en demandant un changement radical dans leur comportement vis à vis de
la troupe, de relancer l’esprit de défense et la volonté de victoire
dans l’ensemble de la ville. Il dit à ce propos : « si
vous pouvez montrer la vrai volonté pour aimer nos
armées, entraîner nos soldats et combattre, penser toujours aux meilleurs
moyens de vaincre les ennemis, de bien fabriquer les armes, de bien
sensibiliser les troupes sur la vie en campagne. D’assurer les tours de
garde en faisant en sorte d’alterner
les jours de permanence et les jours de repos, mais également de bien
informer les familles sur le risque et la disponibilité que requiert notre
métier. Il est important que les soldats sachent que faire la guerre
c’est comme mourir, et c’est
à ce prix que les batailles seront gagnées ». Il est important
que selon les croyances populaires, le soldat se comporte comme un mort qui
traverse une route pour vivre, sans cette considération, la fin du soldat
sera la mort par l’ennemi ou par le non respect de la loi militaire. Ce
qui est important pour QI, c’est que s’opère un véritable changement
de mentalité pour les soldats qui montent au combat, seule alternative pour
ne pas s’engager sur « une
route de mort sans libération ». L’autre aspect fondamental,
est de bien diriger les généraux, qui sont la clé de voûte de son système.
En effet, les généraux sont en première ligne pour entraîner concrètement
les soldats, ce sont eux qui surveillent la fabrication des armes, et ce
sont eux qui aiguisent la volonté de la troupe. Pour diriger les généraux,
QI sait que la chose la plus importante est de diriger leur pensée. Si il réussit
cela, alors toutes les conditions seront réunies pour obtenir les meilleurs
résultats dans la défense de la ville de Jizhou. Cependant,
alors qu’il tentait de changer les mentalités, plus concrètement, QI
faisait pourvoir à la restauration des murs frontaliers de la grande
muraille, réaménageait l’articulation des armées, faisait améliorer
les armes à feu et les équipements individuels de protection des
combattants, tout cela afin que les troupes des Ming regagnent un avantage
psychologique sur l’envahisseur et acquièrent une position supérieure
digne d ‘assurer la victoire. Toutefois,
entre Sun Zi et QI Jiguang, l’interprétation de la notion de « projets
de la cour impériale » est fort différente. En effet, alors que Sun
Zi considère les projets de la cour impériale comme un moyen de prévoir
le résultat d’une guerre[41],
QI en revanche n’exclu pas cette interprétation mais ajoute que ces
projets doivent être vécus comme des moyens de se préparer à la guerre.
Grâce aux projets de la cour il est possible de déterminer les points
faibles qui ne permettent pas d’assurer la supériorité immédiate des
troupes des Ming sur l’ennemi. Néanmoins QI Jiguang apporte une précision
sur l’amélioration des points faibles en ajoutant « qu’il
faut le faire selon une logique globale affinée, c’est à dire du plus
essentiel au plus anodin[42] ». La
méthode de « la bataille bien
projetée » de QI montre non seulement qu’il faut être dans une
position dominante au moment du déclenchement de la guerre, mais aussi que
l’on doit l’être dans la phase de préparation de la guerre. Pour la
bataille de la ville de Jizhou, QI analyse les possibilités d’attaque de
la part des tartares.
1-les
ennemis rassemblent leur force
pour opérer l’attaque sur un front. Dans ce cas, QI estime qu’il peut
organiser la résistance de la ville, et garder le pays de toute invasion
par la passe de Xifengkou.
2-les
tartares attaquent par deux directions, l’une à l’extrême est,
l’autre à l’extrême ouest, mais les colonnes sont d’inégales
importance. Alors, dans ce cas il sera plus judicieux de protéger la partie
exposée à la colonne la moins forte, afin d’obtenir une victoire rapide
puis de basculer les forces sur la seconde colonne plus forte. Dans
les deux possibilités d’attaque, QI trouve la parade militaire ce qui
fait de lui un stratège respecté, de plus il connaît bien les tartares et
sait qu’ils ne joueront pas des deux possibilités en même temps. De ce
fait QI prévoit deux projets de défense, l’un qui envisage une sortie en
force de la ville pour surprendre et désorganiser les forces ennemies en
marche sur la ville, l’autre qui n’est qu’un projet de défense des
murs en plusieurs étapes (en série, traduction chinoise).
En
premier lieu, dès l’annonce de l’approche de l’ennemi, il envoie des
soldats en embuscade ou en évidence pour attaquer,
pour ralentir la progression des ennemis et pour toujours les tromper
quant aux véritables intentions des défenseurs de la ville. Cette tactique
permet par ailleurs de bien organiser en arrière les lignes de défense.
En
second lieu, lorsque l’ennemi arrive aux pieds des fortifications de la
ville, il faut le harceler afin de lui causer le plus de pertes.
En
troisième lieu, si les ennemis pénètrent dans la ville, il faut immédiatement
colmater et repousser vigoureusement la pénétration en engageant de fortes
troupes. Enfin, lorsque l’ennemi se repli, il faut continuer de le
harceler par des embuscades de fantassins et des charges de cavalerie. Il
faut poursuivre l’ennemi au plus loin, même au cœur de ses camps, QI se
propose de diriger personnellement avec des troupes d’élite, ces
missions. Car ce qui importe le plus c’est de mettre fin à la guerre en
ayant obtenu les résultats escomptés, qui sont la destruction irrémédiable
de l’ennemi (dans le vol. 350 du recueil des textes sur l’administration
du monde des Ming – rapport au gouvernement pour poursuivre l’ennemi).
Ainsi, QI insiste sur le fait que toutes les situations de guerre doivent être
prévues, notamment dans les configurations positives pour les troupes Ming.
Cet état de fait doit mettre dès le début des combats, l’ennemi dans
une posture négative. Le projet de guerre est très important , mais alors comment préparer un bon projet ?. QI dit que « la réussite des projets établis par la cour impériale avant la guerre est liée à la bonne anticipation (compter en chinois, la notion de décompte) ». Cette notion de décompte, ou d’anticipation est certainement l’essentiel de la stratégie militaire de l’époque. Mais, il est au préalable sage de connaître l’état de ses propres forces et celui de l’ennemi. Car, si on ne détient pas suffisamment de renseignement sur l ‘ état de préparation des forces ennemies il est difficile de rédiger et de mettre en application les « projets de la cour impériale ». Appréhender le plus précisément possible la situation de l’ennemi est une condition indispensable et préliminaire pour établir les « projets de la cour impériale ». Pour bien connaître la situation de l’ennemi, il faut espionner. QI rappelait qu’au cours de toutes les époques seuls les généraux prudents et jugés particulièrement bons étaient affectés à la surveillance des frontières et que ceux-ci avaient toujours tirés avantage des tours de vigie égrenées le long de la grande muraille et lancés des patrouilles sur longue distance afin de reconnaître et de ramener des renseignements sur les mouvements de l’ennemi. QI de rajouter que « les patrouilles et l’observation d’en haut sont les premiers gestes de l’administration militaire » (dans « les dispositions juridiques pour augmenter les patrouilles » vol.3 du recueil sur l’entraînement militaire et dans « les conventions de la route Din-Fu »). Ainsi, QI reconnaît que le renseignement sur la situation de l’ennemi est une des choses les plus importantes de la stratégie et de la tactique militaire, tant pour les opérations offensives que défensives. Si
la situation de l’ennemi n’est pas bien connue avant l ‘élaboration
des projets de la cour impériale, ceux-ci seront de facto peu pertinents et
par voie de conséquence la conduite de la guerre sera hasardeuse. Pour
reprendre l’exemple de la préparation de la bataille de la ville de
Jizhou, QI afin d’anticiper l’attaque envoya massivement des éclaireurs
et des espions rechercher le moindre détail sur le comportement de
l’ennemi (on avance un chiffre de 5000 hommes). QI ne fait que reproduire
ce qu’il faisait déjà dans le sud au cours de sa campagne contre les
Wokou, où il envoyait de nombreux éclaireurs afin de connaître à tout
moment les intentions des pirates et leur environnement topographique et
maritime. Avant chaque attaque, QI envoyait des éclaireurs proches d’une
valeur de 100 à 200 soldats qui étaient chargés de se fondre chez
l’ennemi et autour, et de rapporter tout les évènements qui touchent
l’ennemi (sorties de camp, entrées, effectifs, parcours de
reconnaissances…). Ainsi l’ennemi se dévoile à son insu et à partir
de ces informations QI dresse soit des maquettes, soit des cartes avec des
couleurs rouge et noire pour illustrer clairement la situation de l’ennemi[43].
Puisque tous les officiers des troupes de QI connaissent les positions et
les intentions ennemies, ils ne peuvent que positionner au mieux leurs
soldats et s’assurer de la victoire. C’est pour cette raison que QI a
remporté ses nombreuses victoires dans le sud de la Chine. A
ce stade de la réflexion stratégique de QI Jiguang
« d’une guerre bien projetée », on peut résumer sa
pensée de la façon suivante :
1-avant
la guerre, il faut observer et estimer le plus objectivement possible la
puissance de l’ennemi (qualité des soldats et des équipements) et
fournir les efforts nécessaires à l’entretien d’une ambiance favorable
pour écraser l’ennemi.
2-avant
la guerre, il faut également juger les mesures et moyens pris par
l’ennemi pour s’assurer de la victoire et les contrer un à un afin de
ne pas compromettre nos chances de victoire.
3-pour
bien préparer les deux points observés ci-dessus la clé de voûte est la
connaissance de la situation ennemie basée sur l’effort de reconnaissance
et la stratégie qui en découle. La
pensée de QI Jiguang sur « la guerre bien projetée » montre
une règle générale et fondamentale dans l’histoire de la guerre en
Chine comme à travers le monde. Cette règle est
qu’une bonne préparation de la guerre fonde solidement les chances
de succès à venir. b)
Transformation selon les situations ennemies et préparer la victoire en
accord avec les situations ‘du
moment’ : Un
pays, ou un peuple à une période donnée peuvent devoir affronter des
ennemis de natures différentes. L’exemple de QI Jiguang en offre une
assertion vérifiée, il a affronté au long de sa carrière les pirates
japonais, il a réprimé les révoltes paysannes du centre de la chine (les
brigands de montagne), enfin il a combattu les tartares sur la frontière
nord de la chine. Pour faire face à autant de diversité, il aura fallu élaborer
et appliquer des stratégies et des tactiques souvent variées. En effet,
les Wokou agissaient par subterfuges visant à attirer les troupes impériales
dans de véritables embuscades, il n’existe pas un moyen unique pour répondre
à toutes les formes de combats. QI Jiguang le sait et il considère qu’un
chef militaire qui sait diriger ses hommes au combat est capable de faire
face à chacune des nouvelles situations ennemies[44].
Il disait également que « seul
l’aspect tactique pouvait prévaloir lors d’un combat car cet aspect ne
pouvait être appréhendé en temps réel par l’ennemi »(la
traduction dit : que la forme ne peut être aperçue, dans le rapport
de QI Jiguang sur l’administration de Guangdong – chapitre 346 du
recueil de textes sur l’administration du monde des Ming). S’adapter
selon la situation de l’ennemi est également une règle de portée générale
que QI n’a de cesse d’asséner à ses généraux. Sun Zi a dit :
« la forme des armées est
semblable à l’eau ; l’eau coule naturellement vers le bas et en
suivant la topographie. Aussi, les armées doivent éviter les pleins et
attaquer les vides », c’est à dire s’adapter sans cesse aux
nouvelles configurations de l’ennemi. En effet, à la guerre, la puissance
n’est pas constante comme
l’eau qui revêt en permanence des formes différentes, aussi celui qui
veut gagner la guerre doit profiter des situations de l’ennemi, c’est ce
que Sun Zi appelle le « génie »
(dans l’art de la guerre – chapitre des vides et des pleins). C’est à
l’origine des écrits de QI sur la transformation des armées selon les
situations de l’ennemi. Toutefois, tant dans le discours que la pratique,
QI Jiguang donne une interprétation de ce principe plus riche. Globalement,
il existe deux points distincts :
-Premièrement,
en fonction des différentes variétés d’ennemis il est nécessaire
d’utiliser différentes stratégies et tactiques. C’est autant pour
s’assurer une supériorité de tous les instants que pour faire face aussi
aux différentes postures et stratégies ennemies. Par exemple, pour faire
face aux envahisseurs du sud (les Wokou) et du nord (les tartares), les
stratégies adoptées par les empereurs Ming ont été toutes les deux défensives.
Pourtant QI Jiguang a estimé
plus adapté d’appliquer une stratégie offensive vis à vis des pirates
japonais en lançant des attaques, qui ont été baptisées attaques défensives
et répressives pour ne pas froisser la pensée impériale. En revanche,
face aux tartares du nord, la stratégie du général QI Jiguang a bien été
une stratégie défensive, c’est à dire basée sur une protection poussée
des passes tout au long de la grande muraille. Bien entendu, il a également
combiné, chaque fois que de nécessité l’offensive et la défensive. Du
point de vue tactique, QI Jiguang utilisait pendant la guerre contre les
envahisseurs du sud les postures du « canard mandarin » et
« d’une tête, deux ailes et une queue ». Il disait que la
posture du canard mandarin était adaptée à la topographie du Zhejiang et
aux manœuvres des bandes de pirates. Mais au nord de la chine, la
topographie était bien différente. Il y a la présence de grandes plaines.
Les tartares attaquent toujours à plusieurs dizaines de milliers de
cavaliers, ce qui rend la manœuvre trop rapide pour adopter la position du
canard mandarin. Au nord, QI utilise majoritairement les bataillons de
chars, l’infanterie et la cavalerie.
-Deuxièmement,
au cours des combats, il est également nécessaire d’adopter différentes
postures en fonction des réactions et des initiatives ennemies. Par
exemple, lorsque l’on attaque l’ennemi en l’encerclant, il faut
toujours laisser un côté vide (Sun Zi dans l’art de la guerre –
chapitre sur la lutte militaire). QI Jiguang va plus loin en spécifiant que
« la conduite d’un
encerclement n’est pas unique et qu’elle dépend avant tout de la
situation dans laquelle se trouve
l’ennemi » (dans ji xiao xin shu – Tome.8). QI dit que
« si l’ennemi exerce sur les armées Ming une poussée trop forte en
raison du nombre plus important de sa troupe et d’une topographie qui peut
être défavorable aux armées
Ming, il est dans ce cas préférable de laisser un côté plus faible pour
permettre le retrait de l’ennemi tout en essayant de le gêner par le
montage d’embuscades. En revanche, si l’ennemi se révèle plus faible
et que les armées de Ming le surclasse en nombre et que le terrain est
globalement favorable, alors il est impératif d’encercler de toute part
l’ennemi sans lui laisser la
moindre chance de retraite ». Une fois de plus il faut se fier à
l’observation en temps réel de la situation. Sun Zi dit qu’il ne faut
pas croire à la défaite fictive, c’est à dire qu’il ne faut pas
poursuivre l’ennemi quand l’impression que l’on peut se faire de sa défaite
et de sa retraite paraît infondée. Sun Zi a raison reconnaît QI Jiguang,
mais comment savoir concrètement si la défaite ou la retraite de
l’ennemi sont fictives. QI Jiguang explique qu’il ne faut poursuivre
l’ennemi que lorsque nous gagnons la guerre et sans précipitation
mais seulement centaine de mètre par centaine de mètre. Il faut
prendre soin de se ré-articuler en permanence afin d’éviter d’être
surpris par une réaction de l’ennemi. Ces ré-articulations sont ordonnées
par les commandants des troupes engagées dans la poursuite de l’ennemi et
non pas par le commandement suprême des opérations. La poursuite de
l’ennemi doit s’effectuer sans répit et l’ennemi ne doit avoir de ce
fait aucune opportunité de contre-attaque.
D’autre part il est tout aussi important dans une opération de
poursuite, de mener des reconnaissances auprès de toutes les anfractuosités
du terrain (collines, forêts…) et au plus près des fuyards afin d’éviter
les conséquences de la défaite fictive de l’ennemi. En effet, celui-ci
pourrait se mettre en embuscade et tenter d’encercler à nouveau les
troupes des Ming. Par ailleurs, ce processus de reconnaissance couplée avec
la ré-articulation constante du gros de la troupe Ming lancée en poursuite
doit permettre de juger avec exactitude de la défaite réelle ou fictive de
l’ennemi. Ainsi, si l’ennemi est en position d’échec avéré, QI
Jiguang dit que « les troupes
peuvent avancer sans hésitation et surtout sans laisser aucun échappatoire
à l’ennemi ». Ces prescriptions concrètes permettent donc de
ne pas tomber dans le piège de la défaite fictive et de laminer
l’ennemi. QI Jiguang indiquait en plus, qu’en cas de nécessité tous
les chefs de formations doivent donner des ordres pour diriger leurs
batailles avec le plus de mobilité possible, sans attendre les ordres du
commandement en chef. Le maître mot est bien la capacité de changer de méthodes
de combat selon les circonstances imposées par l’ennemi afin d’être en
posture pour l’anéantir (notion d’initiative). c)
Arranger la victoire selon la topographie : La
topographie des champs de bataille est une donnée extrêmement variable. Il
y a des plaines, des montagnes, des vallées, des rivières, des rizières
irriguées dans le sud de la chine et non irriguées dans le nord etc… .
QI Jiguang considère que puisque la topographie est différente, les méthodes
pour obtenir la victoire sur le champ de bataille sont aussi différentes
(exposé sur l’entraînement dans « recueil de textes sur
l’administration du monde des Ming » chapitre 347 et ji xiao xin shu
chap. 8). Il prend pour exemple la tactique d’attaque du canard mandarin
qui est bien adaptée aux conditions de manœuvre de l’ennemi dans le sud
de la chine, mais plus particulièrement en raison de la topographie régionale
du Zhejiang. En effet, cette région se caractérise par une forte présence
de petites collines et de nombreuses rivières laissant le terrain très marécageux
et peu propice aux grands mouvements d’ensemble et à l’engagement de
moyens de combat lourds. Mais,
lorsque le terrain se fait plus ouvert, la position du canard mandarin
devient la position des trois talents. De même, QI Jiguang fait remarquer
que les classiques ont toujours affirmé que le combat dans les collines ne
doit pas se faire vers le haut (Zhu ge lian – chap. 9 de
l’administration militaire). Cela veut dire qu’il faut éviter d’avoir
à attaquer des positions ennemies situées en hauteur. Face à cette
assertion, QI s’inscrit en faux, car pour lui, des postures telles que le
canard mandarin permet de mener des attaques victorieuses tant vers le haut
que le bas des collines. En 1561 le combat de Shang Feng est un bon exemple
à mettre au crédit de QI Jiguang : il s’exprima ainsi « j’étais
autrefois au sud et les japonais que je combattais possédaient leurs bases
dans les grandes montagnes, dans les forêts denses ou dans les vallées
profondes, mais nos armées les ont vaincus au cours de combats du haut vers
le bas comme du bas vers le haut ». Mais,
la topographie de la région de la ville de Jizhou (graphique 10) est très
différente de celle du sud. QI Jiguang
montre que la région de Jizhou peut être partagée en trois
compartiments. Une vaste plaine fait face à la ville, l’approche de ses
remparts met en relief de petites zones assez escarpées, enfin de part et
d’autre de la ville il y de grandes vallées et des montagnes. La différence
de topographie rend nécessaire l’adaptation par la diversité des méthodes
de combat. Lorsque
les tartares attaquent par la plaine, il faut utiliser une tactique mettant
en œuvre les chars de combat, si ils s’en prennent aux premiers murs de
fortification, il faut donner la cavalerie, enfin à l’intérieur de
l’enceinte c’est le combat d’infanterie qui doit s’appliquer.
C’est pour cette raison que QI Jiguang disposait toujours des trois forces
au sein de ses garnisons. Les
classiques ont dit que l’avantage du « moment » (notion de
temps) n’était pas plus important que celui de la position géographique.
La prise d’une position avantageuse peut révéler l’intelligence d’un
commandant mais celui qui tire avantage d’un environnement topographique
pour vaincre l’ennemi est encore meilleur. QI Jiguang a montré que sans
un terrain favorable au déploiement en sûreté des troupes Ming, tels que
marais, rivières, collines, pitons…, ce qu’il appelle « des
fosses à eau », les armées doivent donc occuper l’ensemble du
terrain pour attendre l’ennemi et effectuer l’attaque dès que
l’ennemi se présente. Dans le cas contraire, si l’ennemi ne rentre pas
sur ce compartiment de terrain, il devient nécessaire de feindre une
retraite afin de l’attirer dans les fosses à eau et de monter des
embuscades afin de le détruire. Ainsi, connaître et s’adapter à la
situation ennemie et tirer partie de la topographie avant et pendant les
batailles, sont deux règles de portée générale qu’il convient de
pratiquer si l’on veut obtenir le plus de succès au combat. QI Jiguang
utilise l’expression suivante : « bien
sues comme mettre ses chaussures », pour bien nous en faire sentir
l’aspect incontournable mais également naturel. d)
De grandes souffrances et détruire l’ennemi une fois pour toute : QI
Jiguang préconise l’attaque volontariste à l’encontre de l’ennemi
afin d’arrêter son invasion. Il dit que pour faire face aux envahisseurs
japonais, la seule façon de les dissuader de continuer inlassablement leurs
raids, est de leur infliger de grandes souffrances et de les détruire complètement.
Quand aux tartares du nord, il faut leur livrer une bataille décisive dont
le succès est calculé à coup sûr (QI Jiguang in chap.2 du « livre
sur l’entraînement des troupes », en ces termes- pour achever
l’objectif une fois pour toujours). Pour
atteindre cet objectif, il est contre une division des moyens mais au
contraire pour une concentration
de la force militaire. Il disait : « les
envahisseurs japonais ont des soldats bien entraînés. Nous devons leur
opposer de très fortes et nombreuses armées, assurer un rapport de force équivalent
à 5 soldats de Ming contre 1
wokou afin de s’assurer la victoire ». QI s’assure avant
chaque bataille que ses troupes soient plus nombreuses et mieux équipées
que l’ennemi. Lorsqu’il était commandant en chef à Taizhou dans le
Zhejiang, il commandait une garnison de 4000 hommes. En temps de paix, il
les divisait en deux pour assurer la surveillance simultanée de Sanmen et
Lipu. Quand les japonais attaquaient, il ne divisait plus ses forces pour
tenter de contrôler tous les points de débarquement des wokou, mais
rassemblait toutes ses troupes en un ensemble compact et puissant pour
s’attaquer successivement à chacune des escouades ennemies, toujours
moins nombreuse et moins puissante que les troupes de QI Jiguang. Ainsi, il
utilisait ses forces pour un seul but, réduire tour à tour chacune des
formations ennemies avec comme objectif final de les défaire toutes
totalement. Une autre façon d’illustrer ces propos peut être trouvée
dans la bataille de Shan Feng Lin[45],
au cours de laquelle QI Jiguang ne dispose que de 1000 hommes contre une
troupe de 2000 wokou. Mais ces derniers sont étirés sur plus de vingt
kilomètres, alors QI Jiguang applique « la position du long serpent »,
en concentrant ses forces pour attaquer le milieu du dispositif ennemi.
Cette bataille partielle remportée, QI jiguang réussit à mettre
l’ennemi en déroute puis à le réduire petits groupes par petits groupes
grâce à la quantité rassemblée de ses troupes. Quand
QI s’estimait être dans une position défavorable, il se gardait bien de
lancer une attaque brutale. Il s’attachait au préalable à diminuer les désavantages
de sa position. Ainsi, en juin 1563, 10.000 wokou attaquent la ville de
Fuzhou (dans le Fujian), QI Jiguang ne dispose sur place que de 6000 hommes
pour empêcher les wokou de prendre cette ville. QI Jiguang demande des
renforts de l’armée du Zhejiang et va à leur rencontre personnellement.
Peu de temps ne s’écoule avant l’arrivée des renforts, ces derniers
permettent à QI de disposer en tout d’une force de 10.000 hommes, soit
autant que l’ennemi. Au moment où les wokou attaquent la ville de Fuzhou,
chaque porte est prise d’assaut par des forces de 2000 hommes environ.
Face à cela QI, concentre ses forces sur le défense d’un seul côté de
la ville ce qui lui permet de briser l’élan ennemi de ce côté-ci puis
il profite de ce succès pour défaire un à un les assauts ennemis sur les
portes sud, est et nord. La ville ne sera pas prise et l’ennemi battu. Au
nord de la Chine, il préconise aussi de concentrer les forces pour la défense
de la frontière. Il pense que la ville de Jizhou à une ligne défensive
trop longue et que si on installe des soldats sur toute la longueur de cette
ligne, il n’y aura certes, aucun endroit sans surveillance, mais également
il n’y aura aucun endroit où la présence de soldat sera en nombre
suffisant pour empêcher l’attaque ennemie. Il y a lieu donc de considérer
plus précisément les postes d’observation nécessaires, les lieux qui
doivent être impérativement gardés afin de concentrer les forces et de
calculer le temps qu’il est exigé pour acheminer des renforts en tout
point de la ligne de défense. Concrètement, d’une part QI répartissait
ses soldats aux points névralgiques des murs de défense de la ville,
d’autre part, il divisait son armée en trois groupes, afin de pouvoir la
concentrer pour, premièrement renforcer la défense des murs de la ville,
deuxièmement, si les murs tombaient à l’ennemi, la concentration des
forces devait empêcher les tartares d’entrer dans la ville. Attaquer
là où la surprise est la plus totale, telle est la meilleure stratégie
selon QI. Il l’utilisait très souvent afin d’atteindre l’objectif
d’infliger de grandes souffrances à l’ennemi et de le détruire. Il
utilisait beaucoup les tactiques de l’embuscade et de l’attaque de nuit,
de la rapidité et de la mobilité dans la manœuvre, de la déception afin
de cacher sa véritable force positive. Lors de la bataille de Hua-Jie (dans
le Zhejiang) en avril 1561, les troupes de QI se déplacent à marche forcée
jour et nuit de Ninghai à Taizhou afin de surprendre les wokou, ce qu’ils
réussissent à faire, et lancent l’attaque aussi brutalement. La victoire
est rapidement obtenue. C’est la surprise de cet assaut dans les rangs
ennemis qui causa leur perte. Au cours du combat de Shan-Feng-Lin, QI mit en
avant de ses troupes ses soldats d’embuscade dans les montagnes autour de
la ville. Quand les éléments avancés de l’ennemi passèrent les cols,
les hommes de QI attaquèrent si soudainement et violemment le milieu de la
troupe wokou, la portion la plus faible de la longue colonne, que ceux-ci
furent mis en déroute et réduits aisément. De même, en mai 1561, la
bataille de Sansha (dans le Zhejiang) fut conduite de nuit à la totale
surprise de l’ennemi qui fut massacré sans avoir pu répondre. En
septembre 1562, QI fit courir le bruit dans les rangs ennemis, que ses
troupes étaient fatiguées par un long déplacement et n’étaient pas
disposées à attaquer les wokou avant plusieurs jours. Or, c’est la nuit
même de leur arrivée sur zone que QI lança l’offensive, qui se solda
par une mise en coupe réglée des forces ennemies. « Attaquer au
moment où l’ennemi s’y attend le moins et par surprise. », ce précepte
maintes fois répété de Sun zi était fort difficile à réaliser.
Pourtant le général QI y avait réussit mais en plus il y avait ajouté la
grande souffrance infligée à l’ennemi et la destruction de ce dernier.
QI
Jiguang se plaisait à répéter à ses officiers : « si
nous voulons faire trembler de frayeur nos ennemis, il faut s’en prendre
à leur spécialité » (commentaire dans « textes sur
l’entraînement militaire » Tome.8). Cela veut dire, qu’il faut
attaquer l’ennemi là où il croit avoir un avantage certain, avantage
tant de terrain, que de tactique, que d’équipement… . QI
Jiguang montra que la spécialité des tartares était d’attaquer avec une
cavalerie forte de dizaines de milliers avançant en même temps, affichant
une puissance semblable à une montagne s’écroulant ou un fleuve se déversant
par une brèche que l’on ne peut colmater. Alors, attaquer la spécialité
des tartares c’était résister à leur cavalerie et même la vaincre. La
méthode proposée par le général QI Jiguang est simple, il faut résister
à une force de plusieurs dizaines de milliers de cavaliers par une force équivalente
en nombre et ne pas craindre d’engager le combat au corps à corps pour
vaincre l’ennemi. Pour cela, il faut également utiliser conjointement des
chars, de la cavalerie et l’infanterie. QI entraînait très durement une
force semblable à Jizhou, afin de pouvoir mettre en œuvre cette idée de
combat dès le moment venu. La suite lui a donné raison, non à
l’occasion d’un combat mais par le simple fait que de maintenir en état
une pareille force n’engageât pas les tartares à attaquer Jizhou, ce qui
porta à croire que l’objectif de faire trembler de frayeur l’ennemi fut
atteint. Dans
l’art de la guerre, Sun Zi a dit : « l’armée
doit être semblable à l’eau, comme l’eau elle évite les hauteurs et
se précipite dans les creux, l’armée évite les
pleins et attaque les creux » (chap. 6 – du vide et du plein).
Autrement dit, l’armée évite les points forts de l’ennemi et attaque
ses parties faibles. Ce principe largement accepté s’est trouvé enrichi
par une extension que QI à développé, l’attaque de la spécialité de
l’ennemi. En revanche, comme ce n’est certainement pas le point faible
de l’ennemi cette attaque se révélera plus difficile mais aussi plus
payante. En effet, il peut être aisé de s’en prendre aux points faibles
de l’ennemi, mais il faudra à un moment élargir les attaques et le coup
fatal sera plus long et difficile à porter. Il est contrairement très
difficile de s’en prendre directement à la spécialité au combat de
l’ennemi, mais si ce combat est gagné alors l’ennemi ne peut que courir
à sa perte. QI Jiguang a donc raison de considérer cette méthode comme véritablement
novatrice. Cependant, QI reconnaît que pour s’attaquer à la spécialité
de l’ennemi, il faut particulièrement bien préparer le combat. Ainsi sa
pensée s’enchaîne de la manière suivante, qui veut vaincre rapidement
et complètement l’ennemi doit s’attaquer
à sa spécialité, la réalisation de ce principe implique qu’il
faut bien préparer la manœuvre qui permettra d’atteindre ce but. QI
Jiguang résume donc sa pensée sur l’application d’une grande
souffrance à l’ennemi, par une concentration de la force militaire,
l’attaque surprise et l’attaque de la spécialité ennemie. Le
général QI Jiguang fait bien comprendre à ses officiers qu’il
n’existe pas de modèle fixe de combat, qu’il n’y a que des principes
issus de l’expérience pratique et que la pensée stratégique et tactique
du chef doit s’adapter sans cesse. e)
La position du canard mandarin et la position d’une tête et deux ailes : C’est
à l’époque où QI Jiguang luttait contre les envahisseurs japonais au
sud de la Chine qu’il développa les positions de combat du canard
mandarin, la position d’une tête, deux ailes et une queue, ainsi que les
positions des deux manières et des trois talents. Ces postures sont issues
du combat d’embuscade et de contre embuscade. Ces modèles sont
fondamentaux dans les écrits tactiques de QI Jiguang. -Les
positions du canard mandarin, des deux manières et des trois talents. La
position du canard mandarin est la tactique de base du combat de QI Jiguang
contre les wokou. Cette position de combat est composée de 11 soldats, un
capitaine en tête et le reste de la troupe répartie en deux groupes. Les
premiers éléments portent des boucliers en rotin, les deux soldats suivant
mettent en œuvre des arbalètes puis les quatre sur les côtés sont
armés de longues lances, enfin les deux derniers sont équipés de courtes
lances. -l’installation
d’embuscade et la contre embuscade sont également deux tactiques majeures
employées lors des combats menés par QI Jiguang contre les envahisseurs
japonais. Pour l’installation d’une embuscade il y a deux façons de
procéder : soit la monter avant l’attaque générale de l’ennemi,
soit après, lors de sa retraite. Pour
le premier cas, il faut disposer les soldats d’embuscade aux points de
passage obligés de l’ennemi. Le combat devant se dérouler après son
passage, sur ses arrières de sorte qu’il se retrouve face à deux fronts. Pour
le second cas, il s’agit de disposer des embuscades le gênant
tant dans sa retraite que dans ses tentatives de poursuite de nos
troupes, après la confrontation majeure. En mai 1561, lors de la bataille
de Shan Feng Lin, cette méthode fut utilisée. Le général QI Jiguang
commanda à ses troupes d’installer l’embuscade à Shan Feng Lin
(colline de Shan Feng) avant l’arrivée
de l’ennemi. Ces soldats d’embuscade lancèrent leur assaut en plein
milieu du franchissement de cette colline par l’ennemi, ce qui le désorganisa
et conduisit à sa défaite. Ce fut un exemple important pour la théorie
militaire de QI , puisque avec 1000 hommes seulement il remporta cette
victoire sur un ennemi qui en comptait plus de 2000. Si
le montage des embuscades préoccupait le général, il s’attacha également
aux techniques de contre embuscade. Les wokou sont maîtres dans l’art de
monter des embuscades, même en cas de défaite, ce qui nuit à
l’efficacité des troupes Ming. Pour cette dernière raison, QI s’est
penché sur l’étude de la contre embuscade et son entraînement.
L’essentiel de sa réflexion porte sur l’étude de toutes les parties du
terrain favorables à la mise en œuvre de ces contre embuscades (bois,
vallons, zones habitées, marécages, champs avec herbes hautes...).
La méthode consiste à disposer des troupes le long des axes de
repli potentiels de l’ennemi, et en même temps d’engager des escouades
pour fouiller directement les endroits susceptibles d’embuscades. En cas
de mouvement, des éléments de reconnaissance sont chargés de débusquer
les wokou et d’empêcher toute action d’embuscade de leur part. Dans la
stratégie de QI, l’embuscade sert à détruire l’ennemi, et la contre
embuscade a pour objectif de conserver les armées Ming. Les
postures fondamentales de combat que préconise QI Jiguang dans la lutte
contre les wokou sont une combinaison d’actions offensives et défensives[46].
La position du « canard mandarin » possède ces deux attitudes.
Dans la posture de « une tête, deux ailes et une queue » la
combinaison de l’attaque et de la défense, par la tête (attaque), et les
deux ailes (défense). Ces postures qui associent la défense et l’attaque
ont pour but de se mettre dans une situation qui doit éviter de perdre une
bataille, c’est le côté protection du dispositif et des hommes, mais également
il doit permettre aux forces Ming de battre l’ennemi, c’est l’aspect
offensif. 2.3-
La reconnaissance en profondeur et la défense entrée / sortie. Pour
empêcher l’invasion mongole au nord, la stratégie de défense de la
dynastie Ming a été très différente en fonction des périodes considérées.
Sous le règne de Yung-le (1403-1425), les ordres étaient d’attaquer sans
cesse les insoumis du nord, ce qui fut fait à cinq reprises jusqu’aux
portes de la capitale des « barbares ». C’était une
stratégie militaire très offensive. Mais, dès l’époque de Chen-tung
(1436-1450), la puissance militaire des Ming déclina et il devint
impossible de maintenir une politique offensive. Les directives militaires
furent de protéger l’empire par une orientation défensive des moyens
militaires. Des murs frontaliers et des fortins furent édifiés. Ces
constructions protégeaient quelque peu mais n’étaient pas assorties de
missions de surveillance actives. En effet, les officiers lançaient des
attaques contenues uniquement contre de petits éléments ennemis, mais étaient
dans l’incapacité de porter de sérieux coups à la cavalerie tartare, en
raison de leur faible puissance militaire. Au début,
de l’ère Cheng-De (1506-1522), le général Yang-yi Qin proposa
pour défendre la frontière nord, d’envoyer des renforts de troupe
pendant les périodes où les tartares étaient susceptibles d’agir. Cette
idée ne fut pas suivie par bon nombre de chefs militaires qui continuaient
à attendre l’attaque tartare pour réagir, souvent trop tard lorsque
l’ennemi avait déjà franchi les murs de défense. C’est à l’époque
Jia Qing (1522-1567), l’intendant Dung-wan da insista pour relancer la
construction et la fortification de la grande muraille ainsi que pour la
mise en œuvre de détachements de surveillance sur tout son long en
permanence. En effet, il identifie le danger en affirmant que les tartares
ne doivent en aucun cas occuper des positions stratégiques le long de cette
muraille, ce qui aurait pour effet de leur permettre de lancer en sûreté
des raids dévastateurs, et il ajoute que l’importance des murs de défense
est liée à la présence des troupes Ming dessus. Ces murs fortifiés sont
dressés aux principaux carrefours (humains, commerciaux, caravaniers) de la
frontière nord. Ces positionnements stratégiques les rendent
incontournables à toute action militaire. QI
Jiguang, contemporain de cette époque a bien assimilé la pensée stratégique
de l’intendant et des classiques en particulier. Aux réflexions de
l’intendant, il confère une illustration en volume de force à appliquer
sur la frontière. Sa pensée revêt deux aspects, tout d’abord
l’implantation d’une importante armée permanente sur la frontière,
d’autre part le durcissement du dispositif de défense constitué par les
murs fortifiés. Ce dernier point est important car, ce dispositif doit empêcher
l’ennemi d’accéder au territoire impérial mais également pour gêner
leur retrait si d’aventure les tartares passaient. En effet, QI expose que
les tartares devront être pris dans une nasse composée d’un côté par
les armées des fortifications et de l’autre par les armées venues en
renfort de l’intérieur du pays. Il insiste sur cette combinaison dans la
bataille, il l’appelle même « coopération
organique ». Cette tactique très dynamique appliquée à la défense
de la frontière est innovante et met en exergue la capacité à actionner
une ligne de défense en deux dimensions contrairement à la tactique
ancienne qui ne s’appuie que sur une ligne de défense (la muraille). QI
a participé activement aux travaux de durcissement des murs de la ville de
Jizhou. Il fit utiliser des pierres et des briques ce qui renforça considérablement
leur résistance. Toutefois, QI ne mésestime pas la capacité offensive de
l’ennemi et sait que si il attaque avec grande virulence à la fois à
l’est et à l’ouest de la ville, il s’offrira la possibilité de créer
une brèche. Cependant QI Jiguang préconise dans ce cas de lancer chars,
cavalerie et infanterie sur cette brèche pour mener les combats majeurs,
pendant que l’armée de défense des murs continue de protéger
l’enceinte non encore perforée sans fuir. Cette tactique, que QI Jiguang
nomme « frapper le chien derrière
les portes closes »
permet de prendre en tenaille l’ennemi dans la ville et de le détruire.
Ainsi, cette tactique permet d’utiliser les murs de protection pour éviter
l’entrée et la sortie de l’ennemi. Mais le général QI Jiguang a également
consacré beaucoup de son temps à mettre sur pied cette grande armée qui
doit protéger l’intérieur de la ville. Ce concept repose sur
l’engagement coordonné d’une division de chars, de cavalerie et
d’infanterie. Ces trois moyens sont complémentaires et se renforcent
mutuellement. La division de chars revêt un fort caractère défensif avec
une grande puissance de frappe et de feu, c’est à elle seule un corps
combiné d’attaque et de défense. QI Jiguang décrit ainsi comment dans
la pratique le combat doit se dérouler et l’effet que doit produire sa
division de chars. Si la cavalerie ennemie nous charge, nous devons faire
feu sans cesser de toutes nos armes, arcs, armes à feu et missiles-fusées.
Les chevaux tartares seront effrayés et ralentiront leur allure jusqu’à
parvenir au contact. Alors les soldats des chars sortiront en lançant des
fusées et se disposeront en posture du canard mandarin afin de couper les
pieds des chevaux pour mettre à bas les cavaliers ennemis, qui une fois à
terre seront neutralisés. L’infanterie est postée derrière les chars et
est chargée de les protéger en cas de débordement de l’ennemi. La
cavalerie est plus spécialement chargée de poursuivre l’ennemi en déroute
de semer la panique et de l’exterminer.
-Les
armes à feu : QI Jiguang préconise
l’emploi de ces armes par l’infanterie et la cavalerie, en plusieurs
vagues. D’abord des tirs au canon en ligne à plusieurs reprises pour
freiner l’ennemi, puis les bataillons d’infanterie se préparent aux
tirs de contact. La cavalerie est toujours en réserve d’attaque pour
surprendre l’ennemi, au besoin avec des armes à feu. Mais, QI Jiguang,
tout en préconisant l’emploi des armes à feu, au pouvoir dévastateur,
n’a pas articulé ses postures et sa tactique autour de ces nouveaux
genres d’armes, qui pourtant peuvent véritablement modifier la tournure
d’une bataille. La raison majeure vient du fait qu’à l’époque la
technique n’était pas encore parfaitement maîtrisée et de nombreux
soldats se défiaient de telles armes. Mais aussi, elles ne paraissaient pas
nobles aux yeux de nombreux généraux, et QI était l’un d’eux. En tant
que stratège, il ne pouvait pas ignorer, et encore moins ne pas utiliser de
tels moyens, mais il ne l’affectionnait pas. Par
la suite, le général QI entraîna pas moins de 12 divisions
chars-cavalerie-infanterie, on parlerait aujourd’hui de divisions
interarmes. Cela représenta 40.000 hommes, mais QI se garda bien de donner
l’effectif réel et parla toujours de 100.000 hommes sachant que les
tartares ne pouvaient excéder un effectif de 50 à 60.000 hommes pour une
grande attaque. Ainsi, les tartares n’osèrent pas commettre de raids de
grandes envergures car la crainte les rendait hésitants. La frontière était
bien gardée, excepté quelques légères escarmouches qui tournèrent à
l’avantage des troupes de QI. Ce qu’il faut retenir, c’est cette
organisation supérieure des troupes de QI Jiguang en combinant les chars,
la cavalerie et l’infanterie contre une forme unique de combat ennemi, la
charge, ou le déferlement de la cavalerie. Telle est la raison prépondérante
qui endigua la pénétration des tartares au nord. Le double avantage
d’une armée lourde comme QI Jiguang la confectionna, était d’une part
d’empêcher toute pénétration ennemie, mais d’autre part de pouvoir le
poursuivre dans sa déroute sans dégarnir les troupes chargées de la défense
de la muraille. Dans
Ji Xiao Xin Shu, Tome 13, QI dit que « ce
qu’il faut avoir à la fois, c’est la capacité d’attaquer mais également
de se défendre. Qu’il doit y avoir
de la défense dans l ‘attaque et de l’attaque dans la défense ».
C’est le fil conducteur de l’ensemble de sa pensée stratégique.
Cantonner une grande armée à proximité de la muraille pour dissuader
l’ennemi (c’est l’offensif), bien faire garder en permanence la ligne
de défense que constitue la grande muraille pour éviter les incursions mêmes
très légères de l’ennemi (c’est le défensif). Les bataillons de
chars sont la défense dans l’attaque et les fortifications sont
l’attaque dans la défense. En effet, cela peut paraître paradoxal, mais
dans la vision du général QI Jiguang, les chars entourent l’infanterie
et la cavalerie pour les protéger des projectiles (flèches, lances…),
ils forment un obstacle difficile à franchir pour les cavaliers tartares.
C’est plutôt défensif puisqu’ils coupent le passage à l’ennemi.
L’infanterie et la cavalerie dépendent des chars pour attaquer
l’ennemi. Donc, dans cette méthode de combat, il existe bien de la défense
dans l’attaque et du combat dans la défense, c’est un corps associé
d’attaque et de défense. En
revanche, les murs des fortifications, sont évidemment défensifs, mais
servent aussi de base de départ pour l’envoi de troupes au-delà des murs
pour fomenter des embuscades ou pour attirer ou tromper l’ennemi. C’est
également un moyen pour briser l ‘élan de l’ennemi et de lancer
des troupes sur lui lorsqu’il se repli. Alors, les murs de fortification
sont non seulement pour la défense mais aussi pour l’attaque dans la défense. QI
Jiguang aimait à répéter « qu’un
spécialiste de la guerre pense d’abord qu’il
n’est pas possible de gagner le combat puis ensuite pense comment gagner
la guerre ». QI a associé l’attaque et la défense dans un
corps intégral de pensée stratégique. L’objectif de la guerre pour QI
est de conserver la puissance de l’empire Ming et d’exterminer les
ennemis ( le terme est volontairement fort). La force de sa pensée stratégique
a été de fonder cet objectif sur des bases concrètes, qui englobent la préparation
à la guerre jusqu’à sa conduite. C’est la transformation de la stratégie
en un art tout fait d’exécution qui positionne l’armée Ming dans tous
les cas de figure, afin de ne pas perdre son combat. [1]
Fan Zhong yi« Mémoires et
commentaires de Qi jiguang » - p.43-66 [2]
Fan Zhong yi « Mémoires et
commentaires de Qi jiguang » - p.122-143. [3]
Hucker in « système de
censure » p.34-35 [4]
Da Ming Huidian p.129.23 et
152.14 [5]
Xie et Ning in « Qi
Jiguang » p.116 [6]
Xie et Ning in « Qi
Jiguang » p.124 [7]
Qi in « Lianbing Shiji »
p.258-261 [8]
Qi in « Jixiao Xinshu »
Tome.15 §24-25 [9]
Qi in « Lianbing Shiji »
p.103 [10]
Qi in « Lianbing Shiji »
p.99-100 [11]
Xie et Ning in « Qi Jiguang »
p.127 [12]
voir biographie de Altan dans le dictionnaire
(Goodrich, Carrington et Fang). [13]
Qi in « Lianbing Shiji (de
l’entraînement des troupes)» p.251 [14]
Lu Dajie in « an
introduction to books on art of war of all ages of china »
Hong-Kong – éditions Zhongson 1969 [15]
Lei Bailun in « chinese
culture and the chinese soldier » Taipei – éditions
Wannianging 1971. [16]
He Liangchen in « a note of
formation (Zhenji) » p.67-68, 87-88collection of chinese books
on the art of war – éditions Li Yuri – Taïpei 1957 [17]
Niquet Valérie in « les
fondements de la stratégie chinoise » p.27-43 [18]
Mao Yingbai in « an
introduction to the arts of war of sun zi and sunbin » p.20
Hong-Kong éditions Yinhua
1979 et Niquet Valérie in « deux
commentaires de Sun zi ». [19]
Wang Heming in « Bingfa
Baizhanjing » the collection of chinese books on the art of
war, éditions Li Yuri Taïpei 1957 [20]
Chapitre Shu Wu- Tome N°1 de Ji
Xiao Xin Shu [21]
(Chapitre ‘entraînement des commandants d’unité’ - Tome n°14 de
Ji Xiao Xin Shu ; et Tome n°9 de Lian Bing Ji Shi dans le chapitre intitulé « entraînement
des commandants d’unité » . [22] QI in Ji Xiao Xin Shu – Tome.1 « contrôle d’armée » chap.18 [23]
Tome.1,
chap.18 – Ji Xiao Xin Shu [24] Tome.3, « Les règles militaires » in Ji Xiao Xin Shu – Tome.4 « Lian Bing Shi Ji » [25] Tome.6 –« les comparaisons », chap.14 in Ji Xiao Xin Shu [26] Tome n°3 -« La discussion sur l’entraînement des soldats de la province du Zhejiang » Nouveaux recueils des commentaires des points essentiels de l’ensemble des livres sur l’entraînement des soldats. =Zhong Ding Pi Dian Lei Ji Lian Bing Zhou Shu. [27] Tome 2, 8 et 16 =Les règlements simplifiés des codes et ordres importants dans les combats = Jin Yao Cao Di Hao Ling Jian Ming Tiao Ling Pian de Ji Xiao Xin Shu [28]
Chapitre 2
« L’entraînement à la transmission des ordres = Lian Chu Ling »-
Tome 16 Ji Xiao Xin Shu. [29] Tome 6 intitulé « La récompense et la punition des contrôles de l’art du combat = Bi Jiao Wu Yi Shang Hang Fa Pian - Ji Xiao Xin Shu. C’est également la notion de comparaison des résultats par rapport à une attente. [30]
Tome.7 et 9 -
Les formations des soldats lors des combats – chap.10 et14 de Ji
Xiao Xin Shu. [31] Tome.2- l’esprit courageux- de Lian Bing Shi Ji. [32]
Tome.2
- l’esprit courageux- in Lian
Bing Shi Ji.
[33] Tome.4 = les ordres et les interdits les plus importants pour les soldats – Yu Ping Jin Yao Jin Ling Pian – Ji Xiao Xin Shu. [34] Tome.6-L’entraînement des chefs militaires =Lian Jiang Pian, in Lian Bing Shi Ji. [35] Tome.6 « L’entraînement des généraux = Lian Jing Pian », in Lian Bing Shi Ji. [36] Tome 6, L’entraînement des chefs militaires = Lian Jiang Pian, in Lian Bing Shi Ji. [37] Chapitre 11 L’esprit courageux, Tome 14, Ji Xiao Xin Shu. [38]
QI in « Lianbing Shiji »
Tome 1 -chap.IV, recueil des discours oraux. [39]
QI in « Lianbing Shiji »
Tome 1 -chap.IV, recueil des discours oraux. [40] QI in « Lianbing Shiji » Tome 1 -chap.IV, recueil des discours oraux. [41]
Niquet Valérie in « deux
commentaires de Sun zi » - Economica 1994. [42]
Fan Zhong yi« Mémoires et
commentaires de Qi jiguang » - p.153-161 [43]
QI in « Ji Xiao Xin Shu »
chap. préliminaire [44]
Fan Zhong yi« Mémoires et
commentaires de Qi jiguang » - p.162-164 , extraits du Tome.8
de Ji xiao xin shu [45]
Fan Zhong yi in « Mémoires
et commentaires de Qi jiguang » - p.164-165. [46]
Fan Zhong yi« Mémoires et
commentaires de Qi jiguang » - p.168-173
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