| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Conclusion
Avec tout le respect dû au soldat doué d’une indomptable volonté
qui avait eu des succès au combat et, de surcroît, s’était hissé au
sommet de l’administration, de l’organisation du génie militaire et de
la rédaction de manuels du combat, les admirateurs de QI devaient reconnaître
que leur héros devait être une bête politique pour mener à bien tout ce
qu’il avait accompli. Après tout QI avait atteint les honneurs à une période
où les familles militaires héréditaires
auraient du être complètement abolies au profit de l’établissement
d’une armée recrutée, et le réseau de lignes d’intendance aurait du
être éliminé par un système de finance intégré. Dans la mesure où les
lettrés bureaucrates d’un empire sédentaire étaient incapables
d’accomplir ces changements, le seul moyen de stimuler la force de combat
de l’armée était le compromis, c’est à dire le mélange du Yin et du
Yang.
Le
talent de QI Jiguang fut de percevoir cette inévitable nécessité et
d’accepter de travailler avec des outils qui étaient loin d’être idéaux.
A l’âge de la poudre à canon, il revint aux fortification de briques.
Dans sa brigade mixte, on pouvait voir de l’artillerie moderne aussi bien
que des boucliers de rotin. Son observation méthodique des heures du lever
et du coucher du soleil contrastaient avec sa coutume rétrograde qui
consistait à couper les oreilles des soldats récalcitrants.
L’incorporation simultanée sous son commandement d’éléments de
civilisation qui, dans d’autres pays auraient été séparés par des siècles,
créa pourtant une difficulté quand il fallut les intégrer à un haut
niveau. En pratique, les nouveaux éléments devaient ralentir leur allure
pour observer la même que les anciens. Quand les moyens institutionnels
pour réaliser la coordination avaient été épuisés, c’était alors à
l’initiative privée de jouer. De même que le commandement de Jizhou
devait subir l’influence de son commandant, de même le lien qui unit ce
dernier avec le maître du Pavillon Wen Yuan devint aussi inévitable. QI
Jiguang s’adonnait-il à l’étude du surnaturel ? Sans doute, dans
un certain sens, comme le faisaient beaucoup de ses contemporains. Mais
comme eux, il faisait parfois preuve d’une tendance au fatalisme et à
l’agnosticisme en plus de son adhésion à la doctrine de Karma[1],
qui était chose courante dans les publications du temps des Ming au XVIème
siècle. De plus il prodiguait à ses troupes un endoctrinement à base de légendes,
de folklore et de religion populaire, c’était pour une raison bien précise
qui tenait à la qualité de ceux à qui ces messages s’adressaient. Dans
un message à l’empereur, il indiquait que, dans les troupes du nord,
seuls un ou deux officiers sur dix avaient atteint un niveau minimum
d’instruction. Il était donc compréhensible qu’en s ‘adressant
aux soldats paysans, dont le niveau culturel était encore plus bas, il
n’utilisât que le genre de vocabulaire qu’ils pouvaient comprendre. En
face d’un auditoire d’une autre trempe, le commandant en chef de Jizhou
pouvait modifier son langage sur le champ. Par exemple, il donnait le nom de
Zhi zhi Tang à sa résidence[2].
Cela signifiait « salle de la fin bien heureuse », il
contribuait ainsi à faire savoir qu’il avait déjà atteint le but
dernier de sa carrière dans l’armée et n’avait pas d’autre ambition
personnelle. La sympathie, quand elle est guidée par la perspective
historique, permet de montrer que le général QI n’a jamais eu comme but
la poursuite d’un bénéfice
personnel. S’il a parfois fait preuve d’opportunisme, on s’est aussi
largement servi de lui. Comme
il savait que les affaires de l’armée, y compris la technologie
militaire, n’étaient pas en état d’exercer
l’influence nécessaire pour reconstruire la société chinoise,
mais au contraire continueraient à subir sa pression, QI Jiguang rechercha
des moyens viables de créer, dans ces limites, les forces de combat les
meilleures possibles et tout en agissant dans ce sens, il lutta aussi pour
mener une vie agréable. Parce qu’il avait travaillé si longtemps avec
Zhang Juzheng et Tan Lun, son rôle de général politique n’apparut pas
toujours clairement ; mais cela n’échappa pas à l’attention des
bureaucrates et de l’Empereur. Il restait pour eux une sorte de monstre
tapi devant le palais, qu’aucune institution ne pouvait maîtriser. Sur le
plan de l’organisation, les innovations limitées de QI Jiguang pour élever
le niveau de l’armée allaient déjà à l’encontre du principe d’équilibre
de la bureaucratie. Et pour ce crime, il devait payer le prix d’une mort
solitaire après destitution. Mais personne dans l’empire ne pouvait
songer qu’avec la disparition de ce général fidèle, avait disparu la
dernière occasion de l’empire d’apporter à son armée la modernisation
minimale dont elle avait besoin pour survivre à une ère nouvelle. Trente
ans plus tard, son armée allait affronter les hordes mandchous sans bénéficier
de la tactique de la brigade mixte de QI. Quand sa faiblesse eut été démontrée,
les barricades de la grande muraille mal équipées furent abattues par les
envahisseurs mandchous. Mais le vieux général, bannis de son époque à
traversé le temps dans de bien meilleures conditions. En effet, au cours de
la première moitié du vingtième siècle, en chine, ce n’est pas moins
que les deux principaux chefs de guerre qui firent réimprimer ses écrits
et les méditèrent. Le généralissime Jiang jieshi et dans une moindre
mesure le guide de la révolution Mao ze dong se réclamèrent dépositaires
de son travail, notamment en ce qui concerne tous les couplets sur la
discipline et le courage du soldat. Aujourd’hui également, aucun lettré
n’ignore les succès de ce général remportés contre l’ennemi de
toujours, le japon mais également le désordre régulièrement apporté par
les hordes tartares au nord de l’Empire. C’est donc bien véritablement
un pan de la culture stratégique militaire chinoise que le général QI
Jiguang a contribué à édifier en son temps et que l’inconscient
collectif chinois reproduit presque au quotidien. La mémoire du général
est bien vivace, à en croire également l’ambitieux projet d’espace des
affaires en cours dans sa ville natale de Penglai (province du Shandong). Ce
personnage est un théoricien incontournable de la pensée militaire
chinoise. [1]
Qi in « Lianbing Shiji »
p.212 passage dans lequel il admet l’effet intimidant d’ une
punition en enfer, dans l’avenir, comme ayant une valeur utilitaire. [2]
Qi in « Lianbing Shiji »
p.196
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