| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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HAUTES ÉTUDES MILITAIRES
"Atlante-Arethuse". Une opération de pacification en Indochine
Michel Grintchenko
Chapitre
Premier
On
ne peut pas sortir une opération de son contexte. L’ensemble du théâtre
exerce sur les acteurs une série de contraintes qui doivent être comprises
si l’on veut mesurer le degré de liberté, donc la marge d’initiative
dont disposaient les protagonistes. L’opération Atlante est donc étroitement
liée à la situation du Corps Expéditionnaire et au plan Navarre de
1954. Section
I - Situation générale
La
guerre d’Indochine en 1954
Si,
depuis 1945, la France s’est enlisée dans le conflit indochinois, au début
de l’année 1954 elle n’en est pas encore balayée. Certes, la situation
n’est pas des plus brillantes et cette année est considérée comme
devant être la plus dure. Courageusement, le C.E.F.E.O. fait face à une
situation qui s’internationalise d’une façon dramatique depuis deux événements
fatidiques. En 1949, la victoire de la Chine communiste offre au Viêt-minh
un espace de sûreté et d’impunité de l’autre côté de la frontière
qui lui permet de forger et d’entraîner une véritable armée. En 1953,
l’armistice en Corée concentre l’effort de guerre chinois, qui vise à
lutter contre l’impérialisme Blanc en Asie, sur le seul front restant :
l’Indochine Française. A cette même date, la France refuse d’envoyer
le contingent en renfort. Le C.E.F.E.O. se bat donc avec un effectif voisin
de 450 000[1]
hommes. Face à lui, son adversaire se renforce, apprend les leçons
de ses échecs et prépare l’action décisive. Enfin, le gouvernement français,
fragilisé par les crises ministérielles de la IVe République,
manque d’un projet bien défini et cohérent vis-à-vis de l’Indochine[2].
La
situation militaire en 1954
La
situation militaire peut schématiquement se résumer de la façon suivante.
Le Viêt-minh tire sa force de la mobilité de ses troupes, de leur nombre,
de son implantation dans la population et de la force de son idéologie. Il
infiltre les dispositifs des forces de l’Union, harcèle les petites unités,
sabote les ouvrages d’infrastructure et sème la terreur au sein des
populations. Quand il attaque, il le fait par surprise avec un rapport de
force écrasant. Lorsqu’il doit défendre, il évite le combat et laisse
les unités du C.E.F.E.O. s’enfoncer de plus en plus loin de leurs bases
de départ, les obligeant à disséminer leurs forces le long des axes
logistiques. Ceci éparpille les moyens et facilite une destruction ultérieure,
élément par élément. Quand il contrôle une zone, il implante son
administration, lève des troupes et récolte de l’argent. Il contrôle
plus des 3/5 du territoire. Le
C.E.F.E.O. fonde son action sur sa puissance de feu, la suprématie aérienne
et navale et sur l’extrême mobilité de ses unités d’intervention,
notamment les Groupements Mobiles (GM), véritables grandes unités blindées
et motorisées mobiles, ainsi que les unités parachutistes (TAP). Ses unités
cherchent à débusquer l’ennemi de ses couverts pour le détruire par des
feux massifs et puissants. Poussé
à la défensive par l’impérieuse nécessité de défendre Hanoi, le
Corps Expéditionnaire n’hésite pas cependant à reprendre
l’initiative en menant des offensives audacieuses ou des actions de harcèlement
sur les arrières de l’ennemi. La
ligne de Lattre et les hérissons
appartiennent à la défensive[4].
Cette ligne vise à protéger le Delta du Tonkin et au-delà Hanoi, véritable
enjeu stratégique. Si elle réussit à empêcher le Corps de Bataille
principal Viêt-minh de contrôler le riche Delta et de menacer directement
le symbole de la présence française, elle n’arrive pas à s’opposer à
l’infiltration de près de 30 000 Viêt-minh. Quant
aux hérissons, ils sont conçus
pour empêcher l’ennemi de développer des actions d’envergure. Ils sont
constitués par des garnisons interarmes, implantées en position défensive
autour d’un terrain d’aviation. Laichau, Nasan, Seno, la Plaine des
Jarres, Pleiku,
forment une ceinture de points d’appuis, à partir desquels on peut soit résister
à un assaut, soit développer une offensive. Le système est efficace, il a
fait ses preuves à Nasan à la fin de l’année 1952, où la garnison a résisté
victorieusement à une attaque Viêt-minh d’envergure. Mais
cette attitude défensive n’empêche pas le C.E.F.E.O. de mener des opérations
offensives de grande ampleur mettant en œuvre de véritables forces
interarmes et interarmées. Parachutistes, blindés, artilleurs,
fantassins, aviateurs ou marins à travers les Dinassauts[5]
se complètent pour compenser par la manœuvre des unités et du feu
leur infériorité numérique. Les opérations Lorraine en 1953, Camargue,
Mouette, témoignent de cette volonté de ne pas subir. Parmi
les actions offensives, il ne faut pas oublier l’action des GCMA[6]
qui, pour un faible coût d’entretien et beaucoup d’héroïsme, obligent
le Viêt-minh à maintenir des unités de protection sur ses arrières. Section
II - Le Plan Navarre
But
général et enjeux
Le
8 mai 1953, le général Navarre est nommé Commandant en Chef. Il reçoit
comme mission de créer les conditions favorables à un règlement
politique du conflit. Il établit alors un plan de bataille sur deux ans.
Son idée est de constituer au cours de la première année un Corps de
Bataille capable, en 1954-1955, d’infliger au Viêt-minh des revers pour
l’amener à négocier. Pour l’année 1953-1954, il prévoit de garder
une attitude stratégiquement défensive au nord et de prendre
l’offensive au sud, pour le pacifier et y récupérer des moyens. Le
fondement de ce plan est donc de former une armée vietnamienne, associée
au C.E.F.E.O. Militairement, ceci permettrait de disposer d’effectifs
importants pour renforcer les troupes du C.E.F.E.O. et, politiquement, cela
créerait une alternative d’engagement à une jeunesse avide d’idéal
en enlevant au Viêt-minh le monopole de la guerre d’indépendance. Le
problème réside dans la définition du degré d’indépendance que l’on
veut accorder au Viêt-nam. La France espère obtenir une association au
sein de l’Union Française mais la classe politique vietnamienne n’en
est pas convaincue. Le 22 octobre 1953 est signé un traité d’amitié et
d’association avec le Laos, qui prévoit la reconnaissance de la pleine et
entière souveraineté du Royaume et son association dans l’Union Française,
envisagée comme une confédération. Pendant
l’été 1953, le général Navarre entreprend une série d’opérations
pour contrarier les préparatifs de l’offensive d’automne du Viêt-minh
au nord (opérations Hirondelle, Camargue, Mouette) qui obligent Giap à
renoncer à son projet d’offensive contre le Delta. Modifiant
ses plans, Giap reporte alors son action principale en Haute Région. Le 15
novembre, la division 316 Viêt-minh pénètre en pays Thaï et menace le
Laos. C’est là un test redoutable pour la crédibilité du plan
Navarre. La
réponse à la menace Viêt-minh sur le Laos
Politiquement,
le général Navarre ne peut pas admettre d’abandonner le Laos, il en va
de la crédibilité de l’Union Française. Or, cette défense est
impossible sur le territoire même du Royaume et la solution la moins
mauvaise se trouve à Dien Bien Phu que le C.E.F.E.O. vient de reprendre.
Sans directives précises de Paris[7],
il se trouve acculé à cette défense et poussé malgré lui dans
l’engrenage de la bataille décisive. Du fait de l’habileté du général
Giap, celle ci arrive un an trop tôt et au mauvais endroit. En effet, en
1954, il fallait marquer l’effort du C.E.F.E.O. au sud du 18e
parallèle et non au nord de celui-ci. Mais
on ne peut pour autant abandonner Atlante qui doit prouver la crédibilité
de la solution d’un Viêt-nam libre associé à l’Union Française.
Maintenir Atlante, c’est sauver ce symbole. Mais, à Dien Bien Phu,
c’est également le symbole de la puissance militaire du C.E.F.E.O. qui
est en jeu. Deux symboles qui lient le destin de deux opérations, dans un
pays où on ne peut être crédible si l’on a perdu la face. Le
drame est de ne pas avoir tranché et de ne pas avoir donné une priorité.
D’effet majeur du plan Navarre, l’opération Atlante est dès le début
sous-dimensionnée par rapport au plan initial, et du fait des événements,
rapidement amputée de ses moyens. La
course militaire provoquée par la négociation de Genève
Au
moment de la chute de Dien Bien Phu, l’opération Atlante est complètement
arrêtée. Les troupes quittent la zone et rejoignent leurs bases de départ
dans la région de Tourane ou de Nha-Trang. La défense du terrain conquis
est confiée à l’armée vietnamienne. Lorsque s’ouvre la conférence de
Genève, le Viêt-minh entreprend une véritable course contre la montre,
cherchant à anéantir la présence militaire française avant la fin des
négociations. Simultanément, le nouveau gouvernement français impose à
l’état-major d’Hanoi la rétraction du dispositif, afin de sauvegarder
le C.E.F.E.O. Ces mouvements entraînent des vides qu’exploite immédiatement
le Viêt-minh. Ainsi, bien que l’opération Atlante fût arrêtée au début
du mois de mai 1954, on peut considérer qu’elle ne cessa réellement
qu’au moment du cessez-le feu. Les
principales périodes de l’opération d’Atlante
Ainsi,
on ne peut étudier Atlante indépendamment de la situation
politico-militaire résultant du Plan Navarre. Atlante vécut donc trois périodes
bien distinctes qui ne coïncident absolument pas avec les trois phases
qui devaient rythmer le déroulement de l’opération. De
janvier à mars 1954, les forces du C.E.F.E.O. vivent à travers Atlante une
période de conquête. Elles ont l’initiative, et l’apparence du Plan
Navarre est sauvegardée. Certes le Viêt-minh encercle Dien Bien Phu, mais
on pense y tenir, et reprendre l’initiative ailleurs. Cette période
correspond à la phase Aréthuse et au début de la phase Axelle de l’opération
Atlante. De
mars à mai 1954, l’ensemble de l’Indochine vit au rythme de Dien Bien
Phu. L’opération Atlante est gelée, mais la présence des forces du
C.E.F.E.O. est encore significative sur l’ensemble du théâtre. Le Viêt-minh
effectue de violents coups de butoir, mais, la menace du déclenchement de
la troisième phase Attila, le contraint à garder des troupes en réserve. Enfin
de mai à juillet 1954, la zone Atlante passe au second plan des préoccupations
des Français, accaparés par la situation dans le Delta du Tonkin.
Toutefois, cette période n’est pas homogène, car deux politiques bien
distinctes ont été suivies, liées à la personnalité des deux généraux
en chef qui se sont succédés à la barre de l’Indochine. Le
général Navarre croyait en la “carte de guerre”. Pour lui, tout le
terrain tenu était un point fort à partir duquel les diplomates pouvaient
négocier. Il fit donc tout pour préserver les conquêtes d’Atlante. En
revanche, le général Ely qui lui succéda à la mi-juin 1954, appliqua à
la lettre les directives gouvernementales. Pour lui, le seul bien à
sauver était le C.E.F.E.O. Il fallait donc regrouper les forces en
abandonnant éventuellement le terrain au Viêt-minh. Ce dernier lança
alors toute ses forces dans la bataille, faisant voler en éclats la jeune
armée vietnamienne et contraignant le C.E.F.E.O. à écrire de nouvelles
pages de gloire qui n’eurent rien à envier ni à Bazeilles, ni à
Camerone[8]. Section
III - Schéma général de la pacification au Viêt-nam
Généralités
sur la pacification
Selon
le Petit Robert, la pacification peut se définir comme étant l’action
qui consiste à ramener à l’état de paix un pays ou un peuple. Cette définition
peut paraître élémentaire, mais elle est riche de conséquences. Ramener
l’état de paix exige au mieux de vaincre les forces de l’adversaire, au
pire de les neutraliser, puis de reconquérir la confiance de la population
en redonnant force et pouvoir à des institutions légales qui émanent
d’un gouvernement légitime et reconnu. Si
le Maréchal Lyautey et la pacification du Maroc restent souvent une référence,
bien des armées ont eu a pratiquer cette forme décisive de conquête, qui
est la conquête d’un peuple et non uniquement celle d’un territoire, en
mêlant répression et clémence. Les Colonnes infernales pacifièrent la
Vendée en 1794 par la terreur, les Sections Administratives Spécialisées
tentèrent de le faire en Algérie en restaurant la confiance. Pacifier
exige de combiner l’action d’acteurs civils et militaires. Une première
difficulté consiste à définir la limite entre ces deux protagonistes.
L’un et l’autre ont des atouts qu’il faut savoir utiliser à bon
escient. Le
rôle essentiel de l’armée est de créer des conditions favorables à
la pacification en exploitant les capacités de réaction et la variété
des savoir-faire de ses unités. Avec un très faible préavis, l’armée
est capable de ravitailler une population, de la protéger ou de remettre en
état des infrastructures vitales. Mais, comme l’armée dispose de
personnels enthousiastes et polyvalents, la tentation est grande de la
faire intervenir bien au-delà de ses compétences traditionnelles. Ceci est
d’autant plus vrai qu’elle le fait “gratuitement” au regard du titre
budgétaire prévu pour une opération de pacification. Or
l’armée ne doit pas se substituer aux administrations civiles. Elle doit
uniquement leur permettre de mener leur action dans des conditions
favorables. Le glissement des pouvoirs de l’autorité civile à
l’autorité militaire ne doit être qu’exceptionnel et limité dans le
temps. L’administration
civile possède, en plus des compétences qui lui sont propres, la légitimité
de l’action de l’État vis-à-vis des populations. Puisque l’armée
n’est pas dépositaire de la totalité des pouvoirs régaliens de l’État
elle n’a pas à assumer seule une opération de pacification. Si elle le
faisait, son action secréterait une réaction de défense légitime. De
nos jours, on ne parle plus de pacification. Le terme est tombé en désuétude
après la guerre d’Algérie. Pourtant les zones grises ou les aires de
non-droit se multiplient en France ou à l’étranger. L’armée française
pourrait donc avoir à conduire des opérations de pacification très
voisines de celles qu’elle a pu mener en Algérie ou en Indochine, dans le
cadre d’accords de défense avec des pays amis, ou pire sur son propre
territoire. Or, il est de bon ton aujourd’hui d’aller chercher la
nouveauté et la modernité chez nos amis américains ; ainsi tout ce
qui touche de près ou de loin aux opérations de maintien de la paix ou aux
actions civilo-militaires s’habille de plus en plus de termes
anglo-saxons. Ne sommes nous pas en train d’oublier les savoir-faire de
nos aînés dans ces domaines ? L’armée française n’a-t-elle pas
une expérience extraordinairement riche et variée qu’il serait blâmable
d’oublier ? La
pacification et la guerre révolutionnaire
L’opération
Atlante eut donc pour but de permettre la pacification de la zone
conquise. Les opérations militaires ne furent alors considérées que comme
une raison nécessaire mais non suffisante pour obtenir la victoire. Vaincre
en neutralisant les forces de l’ennemi sans obligatoirement les détruire,
voilà une rupture hardie avec la pensée stratégique classique. Si
la guerre d’Indochine avait été une guerre de libération, le mode
d’action aurait pu être fort approprié : en ramenant à la vérité
les esprits égarés par la propagande Viêt-minh, les forces du C.E.F.E.O.
auraient généreusement cédé aux autorités vietnamienne une zone éradiquée
de toute subversion. Il n’y aurait pas eu de tueries inutiles, et avec
panache, les forces françaises auraient donné l’indépendance au
Vietnam. Mais
la guerre d’Indochine n’était pas qu’une guerre d’indépendance.
C’était une guerre révolutionnaire, dans laquelle un parti structuré
avait agencé toutes les énergies de la société dans le but d’obtenir
la victoire et celle-ci passait par la destruction du corps de bataille
ennemi. Les
deux logiques étaient donc radicalement opposées. Peut-on alors obtenir la
victoire en développant une stratégie de guerre limitée face à un
adversaire qui joue avec les règles de la guerre totale ? Comment
conquérir alors une population ? Celui qui suit les règles de la
guerre totale peut jouer sur tous les registres, de la séduction à la
terreur ; quant à celui qui suit les règles de la guerre limitée, il
ne peut compter que sur la séduction ou sur une contrainte “modérée”.
Les jeux sont ainsi très déséquilibrés. Dans
la guerre d’Indochine, même si certains officiers auraient aimé pouvoir
secouer cette population parfois apathique et souvent complice, les règles
ont toujours été très claires : les troupes devaient conduire une
guerre civilisée et respectant, dans la limite de la compatibilité avec
les nécessités militaires, les biens et les personnes. Il y a là un
handicap dans l’utilisation des moyens, mais une démocratie qui fait la
guerre a-t-elle une autre alternative ? Les
principes fondamentaux de la pacification
La
pacification est donc le seul mode d’action permettant de reconquérir une
population. C’est le cœur du sujet. En
1953, une note d’organisation en trace les grands traits[9].
Les principes généraux précisent qu’elle est une affaire purement
vietnamienne. Elle doit être décentralisée, poursuivie jusqu’à un
retour de la vie normale et strictement contrôlée : en effet, il ne
s’agit pas d’armer des éléments non sûrs, car cela reviendrait immédiatement
à faire le jeu du Viêt-minh. La
pacification est une affaire purement vietnamienne. Le commandement
militaire doit donc s’effacer devant l’administration nationale dans
toute la mesure du possible. Néanmoins elle est aussi une épreuve de
force qui ne peut s’appuyer que sur la présence et l’action des forces
armées, et c’est à ce titre que le commandement militaire peut et doit
intervenir…[10] Il
y a donc un équilibre à trouver entre confiance et prudence, ces deux
sentiments étant également partagés par le pacificateur et par la
population. L’administrateur
qui vient pacifier doit être crédible.
Pour cela il doit susciter la confiance, en obtenant du concret. Le retour
de la liberté, de la sécurité et de la justice sont les preuves
qu’attend le peuple. Mais, pour réussir ce retour à la vie normale,
l’administrateur a besoin de ce peuple qui est malheureusement emprisonné
par la peur des représailles. La
pacification doit être poursuivie à condition que les objectifs soient
limités aux villages suffisamment couverts par nos postes militaires, et
que l’administration nationale soit aux yeux de la population aussi présente
et aussi concrète que l’était le Viêt-minh[11]. La
pacification n’est cependant pas une entreprise que l’on peut conduire
à la légère car il n’y a aucune
réversibilité possible de l’action. Le rallié a franchi le Rubicon.
Son avenir et sa vie dépendent du succès et de la persévérance de
l’action. La
crédibilité du retour de l’administration légale vient avant tout de la
force, de la puissance des armes et de la dynamique de la victoire. Ce
sentiment d’une reconquête irréversible est certainement l’élément
clef des ralliements. En se ralliant, on se condamne à mort vis-à-vis de
l’ancien maître ; on peut le faire par idéal ou par raison
religieuse, mais on agit plus facilement si l’ancien maître n’a plus de
pouvoir. Toutes les forces d’Atlante sont donc à la fois la couverture de
ce dispositif de pacification face à un retour des forces du Lien Khu V, et
le meilleur agent de propagande possible. Mais
cette crédibilité de l’administration légale vient également
d’elle-même. L’action des administrateurs doit être cohérente et désintéressée.
Les agents civils ont un rôle capital à tenir et personne ne pourra le
faire à leur place. Et c’est sur ce point que le bât blesse. Ce rôle,
si important et si difficile à tenir, exige un personnel formé, et cette
formation prend du temps. Il n’y a
donc aucune entreprise de pacification possible dans la précipitation.
L’armée sait peut-être réagir rapidement, mais elle ne doit pas se
substituer aux autorités civiles car, sans autorité civile, il n’y a pas
de légitimité possible de l’action. [1]
Général Navarre, Le
temps des vérités. Effectifs du Corps Expéditionnaire :
Terre 175 000 réguliers et 55 000 supplétifs ; Air 10 000
h ; Mer 5 000 h. + Armées associées Viêt-nam 150 000 réguliers
et 50 000 supplétifs ; Laos 15 000 h, Cambodge 10 000.
[2]
Le général Ely, L’Indochine
dans la tourmente, Paris, Plon, 1964, p. 33 montre qu’il faut
attendre la fin de l’année 1953 pour que la France décide de ses
buts de guerre. Pendant plus de 8 ans, ceux-ci ont donc évolué au gré
des événements et des 17 gouvernements qui se sont succédé aux
affaires ! [3]
Voir p. 304 en annexe la légende des cartes. [4]
Carte 1. La Ligne de Lattre immobilisa plus de 80 000
hommes, 10 000 armes automatiques, 2 200 blockhaus. Le principe était
de couvrir ces petits postes par l’artillerie amie et l’aviation. [5]
Les Dinassauts, Divisions navales d’assaut, étaient des unités
de la marine qui agissaient sur les fleuves. Elles apportèrent
localement aux unités du C.E.F.E.O. une puissance de feu très appréciable. [6]
Les GCMA, Groupements de Commandos Mixtes Aéroportés, représentaient
au total 15 000 hommes. Ces unités regroupaient des partisans
anticommunistes sous la direction de cadres français. Bernard Fall
estimait leur action très importante. A titre de comparaison, au moment
où la garnison de Dien Bien Phu fixait environ 28 bataillons VM, 6 000
hommes des GCMA en immobilisaient 12. [7]
Le général Navarre soutint cette thèse dans Le
temps des vérités,
Plon, 1979, p. 276. Cet argument avait pourtant été réfuté par
Joseph Laniel, Président du Conseil au moment des faits, dans Le
drame indochinois, Plon,
1957, p. 20. [8]
Les combats de Bazeilles et de Camerone symbolisent l’héroïsme
et le sacrifice. Bazeilles pour les Troupes de Marine (Coloniale) et
Camerone pour la Légion. [9]
Note 92/PAC/CVN du Bureau Régional de Liaison pour la
Pacification (S.H.A.T.-10H 3167). [10]
Idem. [11]
Idem.
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