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La
moyenne puissance au XXème siècle
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L'EMPIRE
OTTOMAN
A
LA VEILLE DE LA GRANDE GUERRE :
UNE
NON-PUISSANCE ?
Jacques
THOBIE
Appliquer la problématique
de la moyenne puissance au cas ottoman à la veille du premier conflit
mondial est, à la fois, séduisant et risqué. Risqué, car en tout état
de cause, il paraît audacieux de vouloir projeter, sur le concert
international de la période qui précède 1914, une notion et une réalité
que l'on voit prendre corps et s'affirmer, en demi-teinte dans
l'entre-deux-guerres, et surtout après la Deuxième Guerre mondiale.
Vouloir, en effet, individualiser la moyenne puissance, c'est dégager, d'un
côté les puissances incontestablement grandes, d'un autre les puissances
incontestablement petites, pour laisser au milieu la place aux puissances
dites moyennes. La recette, pour l'immédiat avant Première Guerre
mondiale, n'est pas facile à trouver, car il semble bien qu'à travers le
langage diplomatique on distingue les puissances qui font et mènent l'événement,
et toutes les autres qui suivront ; il arrive aussi que le terme de
puissance se dégrade pour devenir tout simplement synonyme d'État, ce en
quoi il n'est plus d'aucune utilité.
Aussi
convient-il, pour notre propos, de surmonter l'imprécision du discours
conjoncturel, afin de préciser ce dont nous nous proposons de parler. Dans
l'expression moyenne puissance, le mot puissance est sans doute le
plus important. Le terme de puissance implique une capacité à agir de façon
autonome, à puiser en soi-même, c'est-à-dire pour un État à travers la
mise en œuvre de ses atouts et richesses propres, l'énergie nécessaire
pour peser d'un poids particulier dans les affaires extérieures, locales, régionales,
voire mondiales. Être une puissance, c'est trouver les moyens de se faire
respecter et d'imprimer à l'environnement une marque, une évolution qui ne
seraient pas exactement ce qu'elles sont si cette puissance n'existait pas.
Si l'on admet cette approche, on conviendra qu'on peut parfaitement être un
État sans être une puissance, et qu'en distinguant grandes, moyennes et
petites puissances, on n'épuise pas la question.
L'établissement
d'une hiérarchie de puissances se heurte à de grandes difficultés. Car il
est trop clair que si certaines données peuvent être quantifiées,
d'autres échappent à la quantification et sans doute même irrémédiablement,
et que précisément cette appréciation de la puissance, pour l'historien,
s'exerce dans un cadre et à travers un faisceau de rapports de force extrêmement
complexes. Si la moyenne puissance existe avant 1914, où se situe-t-elle ?
Si l'on adopte le critère de la production industrielle, il y a, en 1914,
trois grandes puissances, les États-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ;
deux moyennes puissances, la France et la Russie, et cinq petites
puissances, le Japon, l'Italie, le Canada, la Belgique et la Suède .
Si l'on essaie, bien qu'on ne dispose ici d'aucun instrument de mesure adéquat,
d'intégrer les facteurs politiques et stratégiques, et si l'on veut bien
admettre que l'Europe dirige encore les affaires du monde, il existe quatre
grandes puissances, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France et la Russie ;
deux puissances moyennes, l'Autriche-Hongrie et l'Italie auxquelles on peut
ajouter les États-Unis et le Japon ; et deux petites puissances, la
Belgique et les Pays-Bas. Dans ce jeu inoffensif qui consiste à établir rétrospectivement
un classement des puissances étatiques les unes par rapport aux autres à
la veille du premier conflit mondial, je vois mal une place pour l'Empire
ottoman, sous la modalité de la puissance comparative.
Il
y a bien un autre angle d'attaque possible. Si nous prenons l'histoire d'un
État particulier, conçue dans le cadre de son évolution propre, peut-être
arrivera-t-on à une estimation plus adéquate. Ainsi, un État qui fut
autrefois un Empire-monde, redoutable et redouté sur trois continents, et
qui subit les vicissitudes du déclin, doit bien se trouver, dans son évolution
régressive, à un moment donné, en situation de moyenne puissance, avant
éventuellement de passer au statut de petite puissance, voire de sombrer
complètement. En principe, oui. La Suède, l'Espagne, l'Autriche-Hongrie
font, avec l'Empire ottoman, partie de cette cohorte, incessamment renouvelée,
d'Empires déclinants ou laminés ; mais cela ne rend pas pour autant
plus aisé de désigner la période historique où, relativement aux autres
États, ces Empires en perte de vitesse peuvent être encore qualifiés de
puissances, moyennes ou petites. Et il se pourrait bien que, pour l'Empire
ottoman, ce stade ait déjà été dépassé quand éclate le premier
conflit mondial.
Le
lecteur aura l'indulgence de bien vouloir prendre ce papier pour ce qu'il
est : un essai approximatif et provisoire, plus qu'une classique
communication. Je sais bien qu'en essayant de montrer que l'Empire ottoman,
en 1914, ne répond pas à la réalité de moyenne puissance, mais est bien
plutôt une non-puissance, je m'avance dans un terrain hautement piégé,
car les arguments avancés pourront toujours être partiellement contestés.
En un temps où quelques bons esprits, non seulement en Turquie, mais aussi
dans certains pays successeurs, tentent de réhabiliter l'Empire défunt et
de lui accorder, dans sa phase finissante, une prise, à mon sens exagérée,
sur l'événement, cette modeste réflexion voudrait contribuer à une appréciation,
aussi ajustée que possible, des rapports de force internationaux dans cette
partie du monde.
La
puissance installée
Dans
une récente Table ronde consacrée à la notion de rapports de force ,
je suggérai de distinguer, après bien d'autres, entre la puissance installée
et la force déployée. La puissance installée est du domaine du constat,
encore que celui-ci pose, notamment sous l'angle des sources, un certain
nombre de questions. Mais, grosso modo, il est possible de chiffrer
l'essentiel des données de la puissance installée : une population,
l'étendue d'un territoire, la mesure des productions et des échanges représentent
des informations quantifiables et donc comparables. En revanche,
l'utilisation concrète de cette puissance installée, sa mise en œuvre et
en action dépendent de facteurs nombreux et variés, souvent in
quantifiables, et impliquent des choix laissant la place à une certaine
dose d'incertitudes : les choix stratégiques, les clivages idéologiques,
le degré de cohésion sociale ou nationale, le moral, le rapport à
l'environnement international, etc. entrent en jeu dans l'appréciation de
la force déployée. Ce n'est pourtant que par la combinaison des deux éléments
que l'on peut espérer approcher d'une réponse à la question posée plus
haut, en situant le poids et la place réelle de l'Empire ottoman par
rapport à ses partenaires mondiaux.
Pour
ce qui est de la puissance installée de l'Empire ottoman en 1914, nous
prendrons en considération deux paramètres : calcul de l'indice de
puissance selon la recette proposée par René Girault ;
appréciation de la diminution de la superficie contrôlée par l'Empire
depuis l'époque de son apogée.
L'indice
de puissance utilisé sera naturellement considéré, ainsi que le fait le
promoteur du système lui-même, avec toutes les réserves souhaitables,
mais il permet, malgré ses imperfections, de situer les pays les uns par
rapport aux autres, en privilégiant les données qui, à l'époque,
jouaient un rôle primordial dans la définition de la puissance. Cinq critères
sont retenus, avec une pondération de chacun dans l'indice global ainsi conçu :
chiffre de la population totale 25 %, production de charbon 20 %,
production de fonte 10 %, production de blé 25 %, commerce total
20 %. Les statistiques utilisées n'intègrent pas le phénomène
colonial et s'entendent uniquement dans le cadre européen. L'indice de
puissance qui en ressort en 1914 fait apparaître quatre grands :
l'Allemagne 63,7, la Russie 57,6, la Grande-Bretagne 57,3, la France 46,5.
Sous cet aspect, deux pays peuvent être qualifiés de moyens,
l'Autriche-Hongrie avec 27,8 et l'Italie avec 18,5. Enfin, avec 14,1 pour la
Belgique, passe-t-on sans doute à la petite puissance. L'Empire ottoman
vient encore loin derrière, avec 10,6, mais néanmoins devant l'Espagne qui
ne dépasse pas 8,4. Si l'on veut bien observer que l'Empire ottoman atteint
son indice grâce à deux seuls paramètres, sa population et sa production
de blé, on ne tirera naturellement pas de conclusion péremptoire de ces
quelques points de repère chiffrés. Ceux-ci laissent entendre que, dans la
hiérarchie ainsi dégagée, l'Empire ottoman se situe plutôt dans les
moyens, tout au plus à la frange.
Un
autre élément doit être pris en compte dans l'appréciation de la
position de l'Empire en liaison avec son déclin : la contraction de sa
superficie. À l'apogée, disons au XVIIe siècle, l'Empire
ottoman contrôle environ 7 173 000 km ; cette superficie se
trouve réduite, vers 1875, à 5 550 000 km ; en
1913-1914, l'Empire ne compte plus que 2 171 000 km, superficie
qui représente 30 % de celle de la belle époque, et 39 % de
celle du début des années 1870. Ainsi, il a fallu deux siècles à
l'Empire pour accuser une perte de 22,6 %, mais seulement 35 ans pour
perdre 61 % de sa surface. Cette rétraction entraîne naturellement
une perte de substance, tant en population qu'en ressources, mais aussi représente
un affaiblissement de l'autorité des dirigeants ottomans dans les affaires
régionales et mondiales.
Une
diminution de superficie n'a pas que des inconvénients si elle s'accompagne
d'une amélioration de l'avantage stratégique et d'un meilleur consensus
socio-ethnique. Force est de constater que ce n'est pas le cas : l'étirement
encore considérable de l'empire d'Edirné à Bagdad et de Trabzon à
Djedah, l'énorme développement des côtes sur au moins quatre mers, l'éminente
position de carrefours stratégiques, imposent à Constantinople des
exigences de sécurité et de défense auxquelles elle est parfaitement
incapable de faire face. Quant à la cohérence socio-ethnique, elle ne s'en
trouvera nullement améliorée : à des degrés divers, les Arabes, à
travers une palette très variée de contestations et d'actions, les Arméniens,
les Kurdes, mettent en danger, de l'intérieur, les fondements mêmes de
l'Empire multinational et en sapent la crédibilité internationale. Mais
celle-ci est beaucoup plus difficile à jauger, car elle nous mène aux
limites de la puissance installée et de l'utilisation qui peut en être
faite.
La
force déployée
Il
s'agit ici d'estimer, d'un côté, la capacité réelle que possède
l'Empire ottoman d'utiliser la puissance installée, dont il dispose théoriquement,
et d'autre part, d'apprécier la manière dont il exploite cette force déployée,
dans la mesure même où il en est le maître. Cette procédure ne manque
pas de poser de nombreux problèmes. Dans tout conflit où est engagé un
pays, ici l'Empire ottoman, que les militaires interviennent directement ou
indirectement, l'efficacité liée à la manière d'utiliser la puissance
installée pour en faire une force effective (les forces armées,
comme on dit), reste du domaine de la spéculation tant que la sanction
n'intervient pas sur le terrain même où la lutte est engagée. Cela laisse
à l'appareil d'État, aux partis, aux médias, un certain jeu pour les
illusions, le bluff, l'intox, disons la politique. Mais en ce qui
concerne notre propos, l'historien est en quelque sorte comblé, puisqu'il
dispose des scores réalisés, en l'occurrence par l'Empire ottoman
finissant dans les domaines essentiels du commerce, des finances, des armées.
Les futurs historiens de notre présente période n'auront jamais cet
avantage – du moins faut-il l'espérer – puisque l'équilibre
de la terreur et autre dissuasion ont précisément pour corollaire
l'absence de tout affrontement décisif sur le terrain. Mais l'avantage de
l'historien d'aujourd'hui est tout relatif, car la marge d'appréciation
reste encore fort large.
C'est
essentiellement à partir du deuxième quart du XIXe siècle que
les autorités ottomanes ont perdu peu à peu la maîtrise de certains
attributs de la souveraineté, de certaines manettes de la décision. Le
traité de commerce anglo-ottoman de 1838 et le rescrit impérial de Gülhane
de 1839 marquent la fin de la résistance de l'empire monde ottoman à l'économie
monde capitalise qui implique l'Empire progressivement à partir de 1750 .
L'ouverture libérale au commerce étranger et la mise en place de réformes
destinées à moderniser les structures internes de l'Empire, l'entraînent
en fait dans une dépendance qui ne cessera, en dépit de sursauts inopérants,
de s'approfondir jusqu'à sa propre disparition.
En
effet, le traité de commerce imposé par la Grande-Bretagne en août 1838,
en supprimant les monopoles d'État encore en vigueur dans l'Empire, et en
fixant un droit unique à l'importation de 5 % ad valorem, ouvre
très largement le marché ottoman à la première puissance industrielle du
monde, dans des conditions qui, selon Palmerston, dépassent toutes nos
espérances .
Les clauses de ce traité sont, du reste, si avantageuses qu'au nom des
Capitulations, et en vertu de la clause de la nation la plus favorisée, la
France, dès 1838, puis une dizaine d'États européens signent avec
Constantinople des traités analogues. Ces traités représentent d'une part
le prix payé par Mahmoud II aux puissances européennes, notamment
l'Angleterre et la France, qui, par leur soutien diplomatique, éviteront la
désintégration territoriale de l'Empire (Russie, Méhémet Ali), mais
correspondent aussi aux intérêts de certains groupes sociaux ottomans
(grands propriétaires terriens, haute bureaucratie, minoritaires) ;
enfin, cela correspond, chez certains réformateurs ottomans
pro-occidentaux, à une adhésion idéologique au libéralisme : ainsi
Rechad pacha estime que la politique de libre-échange favorisera
l'industrialisation de l'Empire, pensant naïvement (à ce moment même les
pays européens protègent leur industrie de solides barrières douanières)
que ce qui a si bien réussi à la Grande-Bretagne se reproduira dans
l'Empire ottoman.
En
réalité, la conjonction de l'ouverture libérale et de l'interprétation
abusive des Capitulations, aboutit à limiter considérablement la liberté
d'action de Constantinople. L'instauration d'une taxation unique, faible et ad
valorem, empêche toute modulation du système, et l'Empire se trouve
bientôt dans l'incapacité de modifier son tarif douanier sans l'accord
unanime des puissances ;
cette situation est d'autant plus fâcheuse que les rentrées douanières
représentent environ 70 % des ressources du budget de l'État. Il
s'ensuit maintes conséquences négatives : impossibilité de différencier
le commerce extérieur, et notamment de limiter ou de moduler l'importation
de produits fabriqués ; impossibilité en conséquence d'appliquer un
programme cohérent et progressif d'équipement, moins encore
d'industrialisation ; ainsi, l'évolution économique et financière de
l'Empire se fera désormais au coup par coup, au jour le jour, en fonction
des intérêts des pays industriels.
Cette
situation favorise également un endettement de l'État ottoman qui conduit
à l'aggravation de sa dépendance. Les dépenses considérables entraînées
par la guerre de Crimée, la nécessité de mettre en place un minimum d'équipement,
l'archaïsme de la gestion des finances de l'État, créent des besoins
financiers renouvelés, qui ne peuvent être satisfaits que par l'emprunt
extérieur. Or, la rencontre organisée de l'accumulation du capital,
d'abord en Angleterre, en France et dans l'Europe du Nord-Ouest, et des
besoins chroniques de souverains en difficulté, conduit les emprunteurs à
un état de cessation de paiement, qui va permettre aux créanciers, tout en
assainissant la situation financière, d'accentuer leur contrôle sur les
finances locales, et aux gouvernements anglais et français d'approfondir la
dépendance ottomane : telle est la genèse du décret de Mouharrem de
1881.
Les
banquiers de Londres et de Paris sont très largement responsables de
l'engouement des épargnants anglais et français pour les valeurs à
turban. Entre 1854 et 1877, l'État ottoman contracte 17 emprunts d'État
ou assimilés, qui représentent un nominal de 5,3 milliards de F., un
produit effectif de 3,21 milliards, et un acquis réel pour le gouvernement
ottoman de 2,64 milliards. Les exigences du profit et de sa sécurité
impliquent la mise en place d'une infrastructure bancaire moderne : en
1863 est créée la Banque Impériale Ottomane qui a la particularité d'être
une banque privée franco-anglaise dirigée par les comités de Paris et de
Londres, et une banque d'État à Constantinople. Les chiffres ci-dessus
montrent que les conditions des prêts sont particulièrement lourdes pour
l'emprunteur, les commissions encaissées par les banques se situant entre
10 et 12 % des sommes effectivement drainées. Les sommes touchées par
Constantinople ont été englouties dans des dépenses essentiellement
improductives : remise en ordre militaire, retrait du papier-monnaie,
conversion de la dette extérieure, réduction partielle de la dette
flottante, dépenses entraînées par l'insurrection de Crète ; les
derniers emprunts ont uniquement servi à boucher les trous du budget et à
assurer le service de la dette. Une telle gestion ne pouvait que conduire à
la banqueroute.
Accablé
par les désastres financiers et militaires (la guerre russo-turque de
1877-1878), Abdul Hamid II devra se résoudre à signer le décret de
Mouharrem du 20 décembre 1881. Ce décret met en place l'Administration de
la Dette publique ottomane, chargée de gérer l'ancienne dette turque ramenée
aux sommes réellement encaissées par le Trésor ottoman. Pour assurer le
service de la dette, le gouvernement doit concéder certains revenus. Ainsi,
cet organisme cosmopolite, présidé alternativement par un Français et un
Anglais, véritable État dans l'État, gère 25 à 30 % des ressources
de l'Empire qui échappent ainsi au gouvernement ottoman. Le Conseil de la
Dette gérera ensuite nombre d'emprunts émis à partir de 1886 et qui
culmineront avec l'énorme emprunt parisien d'avril 1914. À travers cette
demande, incessamment renouvelée, au crédit extérieur, les puissances de
Mouharrem exercent une véritable tutelle sur l'ensemble de la gestion
financière de l'Empire et donc sur les décisions touchant très
directement à la souveraineté de l'État, notamment en matière d'armement
et de défense.
Cette
amputation grave de la capacité de décision, dont nous venons de montrer
les racines fondamentales, est révélée par des indices peut-être moins
criants, mais dont l'accumulation finit par peser lourd dans les destinées
de l'Empire. Notons l'installation, dans l'Empire, sans qu'aucun texte ne
vienne en justifier l'existence, des postes étrangères, françaises,
anglaises, autrichiennes, russes, allemandes, alors que l'Empire ottoman est
accueilli, dès sa création en 1874, à l'Union Postale Internationale. Les
protestations ottomanes n'empêcheront nullement les bureaux de postes étrangers
de se multiplier. Comment apprécier, d'autre part, cette habitude prise par
certaines puissances au tournant du siècle, de construire des écoles sans firmans
(autorisations) ? Enfin, des experts, ingénieurs, officiers, étrangers
assument d'importantes charges dans divers ministères et administrations :
des Français aux Finances, des Anglais aux Douanes ; la modernisation
de la marine ottomane est confiée à un amiral anglais, celle de l'armée
de Terre à un général allemand, et la création d'une aviation à un
capitaine français. En soi, l'appel à des experts étrangers n'est pas
forcément négatif pour le pouvoir qui les embauche, mais dans le contexte
de dépendance de l'Empire, ils représentent un danger supplémentaire pour
sa liberté d'action.
Nous touchons ici, en
effet, à une constatation qui, au premier abord, peut sembler paradoxale :
la mise en œuvre de réformes destinées, dans l'esprit de leurs
promoteurs, à moderniser le pays, et donc à renforcer son potentiel et son
influence, bref, sa puissance, aboutit, dans l'exemple ottoman, à un effet
pratiquement inverse, dont nous avons déjà noté le processus essentiel.
Il est vrai que ces réformes, qui sont loin de faire l'unanimité, restent
partielles, ne sont jamais poussées jusqu'au bout, et surtout consistent à
se glisser sans discernement dans les vêtements du modèle occidental, sans
que soient assurés les moyens de sauvegarde des intérêts vitaux de
l'Empire, ni de son autonomie de décision.
C'est
dans cette optique qu'il convient d'apprécier les efforts de réforme de la
période des Tanzimat, esquissés sous Mahmoud II, mais proclamés
avec solennité par le hatt-i chérif de Gülhane de 1839, sous Abdul
Medjid, complétés par la hatt-i humayoun de 1856, et réitérés en 1861,
sous Abdul Aziz, en 1870 sous l'influence des groupes Jeunes Ottomans, et en
1876 à l'arrivée au pouvoir d'Abdul Hamid. Il n'est naturellement pas
indifférent que l'Empire fasse un effort notoire pour affermir le pays
comme État de droit, en publiant plusieurs codes, inspirés de ceux de
l'Europe occidentale, pour donner un statut plus égalitaire aux communautés
non sunnites, pour moderniser les structures économiques et éducationnelles.
Mais la répétition même de ces réformes témoigne du peu d'efficacité
de leur application pratique et, loin de renforcer le développement économique
de l'Empire, la période du Tanzimat a été le prélude au démantèlement
de l'Empire, à la désintégration de la formation socio-économique
ottomane dans son ensemble ,
et a contribué, sur le plan de l'action internationale, à affaiblir un
pouvoir central qu'elle devait, en principe, consolider. Et les événements
révolutionnaires, impulsés par les Jeunes-turcs en 1908-1909,
engendreront, dans un contexte international plus sévère encore, des
gouvernements constitutionnels victimes de la même ambiguïté et de la même
cruauté dialectique. En un mot, les responsables ottomans ont raté ce que
le Japon, dans le même temps, était en train de réussir.
Signes
concrets économico-politiques de la non-puissance
La
faiblesse de la prise sur l'événement par les autorisations ottomanes ne
signifie ni qu'elles n'aient point été conscientes de la gravité de la
situation, ni qu'elles n'aient pas tenté d'y remédier.
Sous
Abdul Hamid II, la résistance à la désintégration interne et externe
est, la plupart du temps, de type conservateur, voire réactionnaire,
souvent sous le couvert des intérêts de l'Islam.
Les
rapports tumultueux de la société (française) des Quais de Stamboul et du
Sultan en sont une bonne illustration. Abdul Hamid déclare, en 1900,
vouloir racheter la Société. Il craint sans doute que ne se reproduisent
les événements de 1896 où, sous la surveillance de l'ambassadeur de
France et sans que le Sultan en soit informé, les auteurs arméniens du
coup de main sur la Banque ottomane avaient été embarqués sur un navire
britannique à destination de Marseille. Il est aussi sensible, s'il ne le
soutient pas en sous-main, aux arguments du parti religieux musulman, qui s'élève
contre l'attribution à des infidèles de terres sacrées de l'Islam ;
en effet, conformément à sa convention, la société réclame les titres
de propriété des terres gagnées sur la mer lors de la construction des
quais. Quoi qu'il en soit, les ennuis naissent de l'impossibilité de se
mettre d'accord sur un prix de rachat ; du reste, le Trésor ne dispose
pas de la moindre piastre pour procéder à l'opération. La société réclame
donc d'entrer pleinement dans ses droits contractuels. Le Palais résiste,
appuyé par des interventions du Cheikh-ul-Islam. L'ambassadeur français
donne de la voix, annonce son départ et une intervention navale de la
France. Abdul Hamid cède sur toute la ligne, ce qui n'empêchera pas l'expédition
navale de Métélin (voir plus loin). Les résistances, contemporaines, à
la multiplication sauvage des écoles étrangères, subiront le même sort.
Même
si l'on considère le meilleur des cas, jugé comme la réussite du régime,
la construction de la ligne sacrée du Hedjaz, on peut encore mesurer
les limites de l'autorité de Constantinople. Il est bien vrai que le rail,
parti de Damas, atteint Médine en 1908. Il faut pourtant noter que les
dons, volontaires ou non, intérieurs et extérieurs, liés à
l'appartenance à l'Islam et donc à une confiance affirmée pour le projet
du Sultan-calife, n'ont rapporté qu'un tiers du coût réel du chemin de
fer ;
que l'entreprise est pilotée par un étranger, en l'occurrence un Allemand ;
que la ligne du pèlerinage qui devait naturellement aller jusqu'à La
Mecque, voire Sanaa, ne dépassera pas Médine, car les bédouins arabes
s'opposent violemment à son prolongement, conscients des desseins stratégiques
du rusé Sultan ; que les embranchements prévus vers El-Arish et Aqaba
ne seront pas construits, car les Anglais (qui occupent l'Égypte) s'y
opposent.
La
résistance des Jeunes-turcs au pouvoir choisit de s'exercer dans une
ambiance essentiellement libérale et en utilisant, en quelque sorte, l'idéologie
de ceux mêmes dont on dénonce, parfois avec une grande violence de
langage, les visées impérialistes. Or, les besoins financiers ne cessent
d'être contraignants. L'amélioration et l'accélération de l'équipement
du pays appellent placements et investissements, tandis que la politique de turquisation
ne fait qu'approfondir les tendances centrifuges liées aux revendications
nationales, et aiguise les ambitions des puissances : modernisation, répression
et défense nationale sont de véritables gouffres. Et c'est dans la
recherche de crédits extérieurs que l'on peut mesurer la futilité de la
stratégie jeune-turque.
Ainsi
voit-on, en 1909, le ministre jeune-turc des Finances, Djavid bey, désireux
de secouer le joug de la Banque Impériale Ottomane et de l'Administration
de la Dette, faire le tour des capitales européennes, persuadé qu'en
mettant en concurrence les places financières importantes, il trouverait
vite de l'argent en abondance et à bon marché. Las ! L'abstention
calculée de la France et de ses amis oblige Constantinople à négocier,
tant bien que mal, avec des banques allemandes et autrichiennes réticentes
un emprunt modeste et hors de prix. Il faudra bien, devant l'accumulation de
revers militaires, en revenir à la place de Paris et donc aux exigences de
la Banque Ottomane et bientôt de l'Administration de la Dette, après de
longues négociations qui sont un désastre pour le pouvoir ottoman.
En
effet, les gouvernants ottomans doivent bien tenir compte d'une évidence :
si les pays industriels sont, en effet, en compétition dans le développement
de leurs intérêts divers et parfois contradictoires, ils serrent les rangs
lorsque le patient regimbe et semble devoir mettre en péril des relations
inégales fructueuses pour les entreprises, les firmes, les écoles, le
commerce de tous les États intéressés. Au lieu alors de s'entredéchirer,
les puissances impérialistes, qui trouvent encore un intérêt à maintenir
hors de l'eau un empire au bord de l'asphyxie, décident de se distribuer
des zones d'influence, en attendant des jours meilleurs, ceux du partage.
C'est ainsi que, sur la base de concessions acquises ou réclamées en matière
de communications (chemins de fer, ports, routes), de mines, d'organismes
bancaires, d'exploitations agricoles, d'établissements hospitaliers et d'écoles,
Français, Anglais, Allemands, Russes, Italiens s'attribuent, avec l'aval même
des autorités de Constantinople, des zones d'action économique et
culturelle. La France surtout, grâce aux disponibilités financières de la
place de Paris, qui sera pratiquement seule à fournir les premiers 500
millions de francs nominaux émis en avril 1914, obtient de considérables
privilèges dans tous les secteurs, rétablissant ainsi une situation qui
avait pu paraître compromise dans les dernières années du XIXe
siècle. Sans doute, ces accords ne sont-ils pas tous ratifiés avant le déclenchement
de la Grande Guerre, mais ils marquent la profondeur de la dépendance
ottomane, tandis que la concurrence entre les larrons se poursuit avec
vigueur sur le plan commercial et pour le contrôle renforcé des finances
ottomanes, à travers une action revigorée du Conseil de l'Administration
de la Dette publique, symbole même de la suggestion de Constantinople.
Les marques diplomatico-militaires de la
non-puissance
Deux
types d'exemples suffiront ici à caractériser la perte progressive de
toute puissance ottomane : les pressions diplomatico-militaires des
puissances industrielles, et l'inexorable recul intérieur et extérieur des
forces armées ottomanes.
L'intervention
des puissances extérieures est capable ou d'atténuer les conséquences de
défaites ottomanes ou de rogner les fruits qu'elle pourrait tirer d'une
victoire. Ainsi, au Congrès de Berlin (1878), Londres, Paris, Berlin et
Vienne s'entremettent pour sauver partiellement la mise à Constantinople en
remplaçant les clauses de San Stéphano par un traité moins défavorable
à l'Empire ottoman, l'Angleterre occupant Chypre pour prix de ses bons
offices. On tirera les mêmes conclusions, du point de vue qui nous occupe,
de la pression des puissances maritimes qui volent au secours de la Grèce,
pays agresseur, complètement écrasé (avril-mai 1897) par l'armée
ottomane. Ainsi, malgré une victoire sans appel, Abdul Hamid devra évacuer
la Thessalie, diminuer de moitié l'indemnité de guerre exigée d'Athènes,
et accepter, quelques mois plus tard, d'accorder un nouveau régime
d'autonomie à la Crète, avec un gouverneur chrétien.
Que
dire alors des reculs et des défaites ? La destruction de la marine
ottomane à Navarin, en 1827, marque sans doute une date-clé dans le déclin
de la puissance ottomane. Malgré un certain effort de réorganisation sous
Abdul Aziz, l'Empire ne s'en est jamais remis, qui n'a jamais pu
reconstituer une marine digne de ce nom, à la fois parce qu'il n'en a pas
eu les moyens financiers et parce que de vigilants protecteurs ont veillé
à ce qu'il en fût ainsi. Cette situation est catastrophique pour un Empire
aussi largement ouvert sur plusieurs mers. Dans la période hamidienne,
l'Empire se trouve à la merci de la politique de la canonnière, ainsi que
le montre le coup de Métélin, dont la douane est occupée
(octobre-novembre 1901) sous la protection d'une division navale (2 cuirassés,
3 croiseurs et 2 contre-torpilleurs) de l'escadre française de la Méditerranée,
à la suite du refus opposé par le Sultan à toute une série de
revendications touchant aux intérêts français dans l'Empire. Suivie avec
sympathie par les autres puissances, cette intervention contraint le Sultan
à céder sur tous les points. On n'a même pas songé, au Palais, à faire
sortir la flotte de la Corne d'Or .
Les
gouvernements constitutionnels, conscients de cette carence, versent, quant
au programme naval, en plein romantisme. Les bateaux font tourner la tête
aux Turcs, écrit l'attaché militaire français en août 1910 .
On passe d'un projet grandiose, en 1909 (7 cuirassés, 6 croiseurs, 6
sous-marins et 60 autres unités) à une décision parlementaire plus réaliste,
en 1910 (2 cuirassés, 1 croiseur et 10 canonnières), étant entendu que la
puissance navale ottomane doit toujours être supérieure à celle de la Grèce.
En définitive, faute d'argent, 1 cuirassé et 1 croiseur seront commandés,
en 1910, en Angleterre, et 6 canonnières en France. Ainsi, même les
objectifs modestes
de Hakki pacha ne seront pas atteints. Ces quelques précisions chiffrées
sont destinées à expliquer l'abstention pratiquement complète de la
marine ottomane dans deux guerres perdues.
En
1911, l'armée ottomane doit faire face, au Yémen, à la phase ultime d'une
véritable guerre de décolonisation. Devant le soulèvement général appelé
par l'Imam Yahia, le gouvernement décide, en mars 1911, l'envoi immédiat
d'un renfort de 12 000 hommes à Djeddah. Ni la marine de guerre, ni la
marine de commerce ne sont capables de faire face à cette mission. Il faut
affrêter, à grand prix, des navires russes, seul pays à offrir cette
opportunité. De plus, Constantinople se plaint de l'effet nocif de la
contrebande d'armes en Mer Rouge au profit des rebelles. Outre qu'en
vertu des capitulations, Français, Anglais et Italiens refusent, en
parfaite mauvaise foi, tout droit de visite même dans les eaux ottomanes,
Constantinople ne dispose que de trois ou quatre canonnières pour 600 km de
côte. Finalement, des négociations avec l'Imam Yahia aboutiront au retrait
des troupes ottomanes et à l'octroi d'une autonomie qui confine à l'indépendance.
C'est
encore l'abstention forcée de la marine ottomane qui empêche
Constantinople de venir efficacement au secours de la résistance intérieure
opposée aux Italiens en Tripolitaine et Cyrénaïque, et qui permet à
ceux-ci d'occuper, sans coup férir, Rhodes et les îles du Dodécanèse.
Plus
significative encore est la défaite de la première guerre balkanique, car
éclate là l'impuissance de l'armée ottomane, objet des soins attentifs de
toutes les autorités ottomanes pendant plusieurs décennies. Depuis 1885
(date de l'arrivée à Constantinople de von der Goltz), l'instruction de
l'armée ottomane est menée par l'Allemagne dont les matériels, notamment
les canons, équipent les meilleures unités. Or, cette armée ne résiste
pas aux coups des armées de la Ligue balkanique ; Andrinople (Edirne)
est prise, et la capitale, menacée, n'est sauvée que par la présence dans
la mer de Marmara, d'une Armada internationale.
Ajoutons,
enfin, que la politique de répression, voire de terreur, menée par l'armée
ou ses supplétifs, à l'encontre de populations refusant l'autorité de
Constantinople, Bulgares, Albanais, Arméniens, Arabes, est un signe
manifeste de faiblesse et d'impuissance.
La
non-puissance ottomane, une question de survie
Les
nombreux accords inégaux signés au printemps 1914, la cascade de défaites
aboutissant à d'amples amputations de territoire, n'apportent-ils pas
suffisamment d'arguments à la proposition selon laquelle l'Empire ottoman,
en 1914, est une non-puissance ?
Pourtant,
diront certains, le diagnostic est excessif. S'il était juste, comment
alors expliquer la partielle mais relative bonne tenue des troupes ottomanes
pendant la Première Guerre mondiale, et surtout, comment expliquer le
sursaut qui conduira à l'émergence d'une République turque réellement
indépendante ? Tenir une telle argumentation serait faire une double
confusion, méthodologique et chronologique.
L'Empire
ottoman est une non-puissance, parce qu'il se trouve dans l'impossibilité
de transformer efficacement en force réelle une puissance installée qui va
elle-même s'amenuisant. Mais cette impuissance de l'État ne signifie
nullement qu'il n'existe plus. Et, en l'occurrence, il reste bien encore un
État ottoman, avec ses services et ses grands corps, une structure
bureaucratique éprouvée, sans doute sclérosée par certains côtés, mais
qui maintient, tant bien que mal, une possibilité relative de décider ;
toutefois ses décisions sont, pour l'essentiel, des réactions à des événements
que le pouvoir ne maîtrise pas et qu'il domine moins encore. Et c'est même
dans la mesure où cet État est en position de non-puissance qu'il est
encore toléré par les puissances qui font l'événement.
Et,
bien sûr, aussi existent les peuples. Et c'est bien ce pluriel qui est
inquiétant car, en dépit d'une suicidaire politique de turquisation,
l'Empire est encore un État multinational. Or, le pouvoir central a de plus
en plus de mal à obtenir, à tous les niveaux des rouages et des structures
étatiques, et notamment dans l'armée, un consensus favorable à
l'efficacité qui pourrait en être attendue. C'est lorsque le lien
multinational, devenu bien ténu, sera complètement tranché, que le
mouvement national turc pourra engager un combat décisif.
Dans
ces conditions, le gouvernement ottoman ne peut compter que sur une
exploitation aléatoire de la division retardent encore mais guette sa
disparition. Or, la traditionnelle et salutaire rivalité anglo-russe sur
les détroits s'est beaucoup atténuée depuis les accords de 1907 entre les
deux pays. Si bien que l'excellente position géostratégique de l'Empire se
retourne contre l'Empire lui-même. Et pourtant, deux opportunités se présentent.
La
division des alliés balkaniques crée une situation inattendue que le
gouvernement ottoman a bien failli ne pas pouvoir exploiter. Tous les prêteurs
traditionnels ayant fermé leur porte, il a fallu réellement mendier
une avance de 500 000 LT auprès de l'Administration des Phares (société
française) pour remettre une armée sur pied de guerre et permettre ainsi
la reprise d'Andrinople. Mais si Constantinople récupère cette ville, elle
perd définitivement toutes ses possessions balkaniques.
L'éclatement
du premier conflit mondial a-t-il réellement offert au gouvernement ottoman
la possibilité de choisir son camp ou celui-ci n'a-t-il pas été le jouet
d'une provocation habilement montée par l'Allemagne ? Il n'existe pas
de réponse pertinente à cette question. Que le triumvirat au pouvoir ait
considéré l'impérialisme allemand comme plus favorable aux intérêts de
l'Empire que les autres, c'est là une illusion de plus à mettre au débit
des Jeunes-turcs alors aux affaires. Et cependant, si le gouvernement en a
vraiment fait le calcul, le choix du camp allemand n'était pas relativement
mauvais, dans la mesure où il pouvait éventuellement permettre de secouer
à terme les liens les plus contraignants pour l'Empire, ceux tissés par
les puissances de l'Entente, France, Angleterre et Russie. Disons simplement
que si véritablement décision il y eut, de cet Empire décidément
vermoulu, elle fut bien malheureuse.
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