| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
M. de La Croix
Traité
de la petite guerre dans
lequel on voit leur utilité, la différence de leur service d’avec celui
des autres corps, la manière la plus avantageuse de les conduire, de les équiper,
de les commander et de les discipliner, & les ruses de guerre qui leur
sont propres 1752
Nécessité
de la subordination ; règle et discipline à observer dans les marches
[26] La subordination est la plus essentielle des lois : si elle n’est rigoureusement maintenue dans une troupe destinée à quelque expédition importante, il ne faut attendre aucun succès. Il convient pareillement que les ordres du chef soient remplis unanimement et avec soumission : quand il a parlé il doit être obéi sans réplique, sans murmure ; et comme le silence est d’une conséquence sérieuse dans les marches secrètes et nocturnes, celui qui commande doit imposer à ses soldats [27] une obéissance sévère sur ce point : s’il ordonne enfin de rester dans un endroit, on ne doit point le quitter sans un nouvel ordre. Telles étaient les maximes de feu M. de La Croix, et il savait les faire exécuter : quiconque eût osé quitter son poste en aurait été puni sur le champ, le soldat par la perte de la vie, l’officier par la dégradation ; aussi ne voyait-on jamais un de ses soldats s’abandonner à la maraude, ou jeter des pierres pour abattre des fruits ; toute la troupe gardait une parfaite retenue, soit par l’impression des principes, soit par la crainte des châtiments. J’ai déjà cité les avantages qui résultent d’une discipline aussi prudente, aussi sage ; et d’autant [28] qu’il y a de l’inhumanité à aggraver le sort des malheureux, qui ne souffrent déjà que trop par les alarmes et les révolutions auxquelles ils sont continuellement exposés, ne vaut-il pas mieux obtenir d’eux par la douceur et l’affabilité des secours souvent plus étendus que ceux que l’on pourrait se procurer par la force et le pillage ? Précautions
et soins qu’il faut prendre dans les bourgs, villages, et lieux de
rafraîchissement
[29] Une troupe ou un détachement se laisse conduire au gré de son chef, et marche sous ses ordres avec une confiance aveugle, quand il lui a donné les preuves de sa vigilance, et des attentions qu’il doit avoir pour sa sûreté. C’est pourquoi, lorsqu’il entre dans un bourg ou un village pour y prendre des rafraîchissements, il faut qu’il commence par faire poser des doubles sentinelles aux clochers ou aux autres édifices et endroits les plus élevés et propres à la découverte, [30] pour observer les environs, et se précautionner contre les surprises et attaques imprévues : ensuite il fait distribuer des vivres, et répand les ordres convenables à sa troupe ; ce n’est point à cela qu’il doit borner ses soins, il faut qu’il lève adroitement les informations qui lui sont nécessaires, qu’il parle au bourgmaître, ou autres principaux du lieu, envers lesquels il emploie les meilleures façons pour s’insinuer dans leur confiance, et tirer d’eux quelques aveux intéressants ; il leur demande des personnes sûres pour envoyer en avant, offre de bien payer les services et démarches qu’on fera pour lui ; enfin il n’épargne ni soins, ni argent : ce dernier mobile est plus efficace, [31] il faut le répandre à propos et sans regret ; on s’en trouve amplement dédommagé par les suites avantageuses qui en résultent. Autres précautions et mesures pour les marches de nuit ; attention pour les armes à feu ; usage essentiel pour les retraitesLa nuit, comme je l’ai déjà dit, est le temps le plus favorable aux marches ; l’on ne peut sans elle les rendre secrètes : mais combien ne faut-il pas encore prendre de mesure dans l’obscurité ? Une troupe doit défiler lentement, à pas égal et dans le silence ; le commandant doit ordonner des haltes, d’intervalle à [32] autre, pour les besoins indispensables, et charger des officiers de veiller, pendant que la troupe défile, à ce qu’elle ne prenne un chemin pour un autre, et de rester à la queue jusqu’au moment qu’elle soit rassemblée. Il faut défendre de fumer, même dans les embuscades, par rapport à l’inconvénient de la fumée, et des exhalaisons du tabac : si l’on passe dans des terres labourées, il faut, pour effacer la trace des pieds, et en ôter la connaissance aux paysans, faire traîner avec soi de gros fagots d’épines : quand on arrive dans un bois à la pointe du jour, comme les feuilles sont ordinairement chargées de rosées ou de pluie, il faut avoir des espèces de mantelets de toile cirée, pour [33] couvrir ceux qui sont à la tête de la troupe qui frayent le passage aux autres, afin qu’ils ne soient point percés. Pour tenir les armes à feu en bon état, et les empêcher d’être mouillées par les mauvais temps, il y a une méthode excellente qui s’est toujours pratiquée du temps de feu M. de La Croix, et très peu connue, laquelle serait très utile et peu coûteuse ; c’est d’avoir une espèce de poche ou bisac qui se porte en guise d’havresac, dans lequel on met la crosse du fusil ; par cet expédient la pluie la plus forte n’en peut empêcher l’effet, et le soldat se trouve toujours en état de tirer, ce qui n’est pas communément ; car combien de régiments, lorsqu’il pleut, marchant [34] sans attention, et le soldat indifféremment, la crosse du fusil derrière, et exposée à la pluie, peuvent être attaqués par une troupe bien inférieure, comme cela s’est vu du temps de M. de La Croix. Cela ne doit pas dispenser des autres soins que l’on doit donner à l’entretien des armes ; il faut tous les jours en faire faire la visite par les sergents ; et comme les munitions sont en quelque sorte plus précieuses que les vivres, il faut qu’elles soient ménagées. Un soldat doit avoir au moins cent coups à tirer, et il ne convient pas qu’il en perde un sans utilité, les compagnies franches n’ayant point de chariots préparés. Enfin, comme il faut prévoir [35] tous les cas, et se prémunir pour toutes sortes de conjonctures, il est nécessaire d’avoir avec soi des grenades, des brûlots, des clous à trappes, des clous à enclouer, des pétards, des haches, des pelles, de la mèche, des herses qui se divisent : l’on sent aisément l’utilité de toutes ces choses ; elles servent soit à brûler des fourrages, à empêcher ou retarder la poursuite de la cavalerie dans une retraite. J’ai fait mention du secours que l’on tirait des chariots pour soulager l’infanterie et servir à sa défense, dans les longues retraites qui se faisaient dans les guerres précédentes. En effet, rien de plus avantageux que cette méthode quand il est question de se [36] tirer d’un pays ennemi par des marches longues et précipitées que l’infanterie aurait peine à soutenir : ces chariots qui la transporte commodément deviennent pour elle un abri contre les atteintes de la cavalerie ennemie, qui ne manque jamais de la poursuivre en plaine. Maxime
utile pour les rencontres et attaques nocturnes et imprévues
[37] Toutes les précautions et les ruses employées par un chef de troupe, sont dans la vue dans la vue de consommer l’entreprise qu’il a formée : cette même raison doit le rendre attentif à ne rien tenter sur l’ennemi qui puisse en détourner, ou en retarder l’exécution. Quelquefois l’occasion se présente où il pourrait battre, écraser un détachement qui passe près de son embuscade ; il doit bien se garder d’en tirer avantage pour ne point déranger son projet, et si par hasard une troupe nuitamment [38] venait à se rencontrer, voici, pour arriver à ce point, comment il doit se comporter. Son avant-garde doit être précédée par deux ou trois hommes, qui s’avancent le plus lourdement qu’il est possible, et s’arrêtent de temps à autre pour écouter, s’ils entendent quelque chose, ils viennent à petit bruit en rendre compte ; mais s’il arrive qu’ils donnent improvisement dans la rencontre de l’ennemi, ils doivent crier Qui vive. A ce bruit la troupe met la baïonnette au bout du fusil, se tient serrée, et se jette au moment même sur la droite ou la gauche du chemin pour attendre le résultat. Le chef attentif aux mouvements de l’ennemi, qui, comme cela arrive souvent, peut n’être [39] venu à lui que par hasard, le laisse passer ; mais si les ennemis s’avançaient imprudemment, fussent-ils supérieurs en nombre, il est en état de les recevoir avec sa troupe qu’il a fait mettre genoux à terre et baïonnette au bout du fusil ; au reste ce sont des cas qu’il est toujours de la prudence d’éviter ; car tout victorieux que l’on sorte d’un pareil choc, l’on en demeure affaibli, et ces sortes de succès très souvent ôtent le pouvoir de parvenir au seul que l’on s’était proposé. Effet naturel de la confiance du soldat envers l’officier ; remarque à ce sujet[40] Un commandant dont le mérite est connu du soldat, qui en toutes occasions ne s’est pas moins distingué par la douceur et la droiture de son caractère que par sa haute capacité et sa bravoure, est si fort aimé et révéré des troupes qu’il n’y a point de temps où elles ne briguent de marcher et de se signaler sous ses ordres. J’observerai ici que dans les anciennes guerres, lorsqu’il s’agissait de mettre un détachement en campagne, il suffisait de faire battre la caisse ; ce signal rassemblait [41] dans un moment plus de gens de bonne volonté qu’il n’en fallait : le détachement formé, l’on voyait des soldats au désespoir de n’y être point compris, et qui auraient acheté la place de ceux qui partaient : quel éloge plus pur et moins équivoque pour l’officier qui en avait le commandement ? Sa troupe animée de zèle et de gloire se préparait à la légère, ou laissait l’uniforme au quartier ; on se couvrait simplement d’un bon fareau de coutil, et d’un havresac, d’un bon fusil, et de beaucoup de munition ; au tambour battant chacun était sur pied et en état de marcher. Maxime indispensable pour toutes sortes d’expéditions[42] J’ai détaillé ci-devant de quelle manière on parvenait dans les guerres précédentes à exécuter toutes sortes d’entreprises sur l’ennemi, et les précautions que l’on prenait lorsqu’il s’agissait d’enlever des postes, des troupes en quartier d’hiver, ou de mettre des villes et pays à contribution. Il est constant que toutes les mesures dont j’ai fait mention sont indispensables, et je répète qu’un partisan qui prétend réussir dans ses coups, ne doit rien tenter qu’il n’ait pris les informations les plus précises ; c’est par [43] les différents espions qu’il envoie, et la conformité de leurs rapports, qu’il parvient à savoir la situation des lieux, le nombre, le logement des troupes ennemies, le quartier du commandant, les forces qu’on peut lui opposer : alors il pense à tout ce qui convient à l’attaque ; il dispose la marche de sa troupe par différents détachements qu’on fait marcher par division, et qui doivent se réunir à un endroit indiqué ; et s’étant enfin rendu au lieu proposé, il choisit le moment le plus favorable pour l’attaque ; elle se fait ordinairement deux heures avant le jour. Les moyens de sa retraite doivent également faire l’objet de son attention, et les choses disposées à cet égard dans [44] la forme que j’ai rapportée ci-devant. Autre maximeFeu M. de La Croix a bien souvent battu les ennemis assez singulièrement, ce qui ne pouvait se faire ni s’exécuter que par des troupes dont on a le commandement, comme chef de compagnie franche ; car inutilement voudrait-on l’entreprendre avec une troupe formée de soldats tirés des compagnies d’un bataillon : ce sont bien des soldats, des hommes comme les autres ; mais avec cette différence qu’ils ne sont pas subordonnés, comme s’ils étaient sous le commandement [45] d’un chef auquel ils sont attachés, et on doit parfaitement connaître qu’un soldat détaché de sa compagnie n’obéit jamais avec la même hardiesse qu’il agirait avec ses camarades ordinaires. Voici comment on s’y prenait lorsqu’on voulait attirer les ennemis. Les ordres étaient donnés pour faire partir une troupe de trois ou quatre cens hommes, tous marchaient par division, ainsi qu’il a déjà été dit, au nombre de trente, quarante et soixante, les uns d’un côté et d’autre, pour se rassembler à un jour préfixé : pour lors on se tenait à couvert dans un bois ; on détachait une troupe de soixante à quatre-vingts hommes qui allaient rafraîchir [46] à la proximité de l’endroit où l’on voulait attirer l’ennemi : le gouverneur ou le commandant de la ville la plus prochaine, sur le récit qu’il apprenait des habitants du lieu, ne manquait pas de faire sortir de gros détachements proportionnés aux nouvelles qu’il avait apprises ; plusieurs ont été très maltraités, qui ne s’attendaient pas d’être coupés par d’autres troupes que celles dont le bruit était répandu : les villes de Juliers, Duvein, Mastricht, ont servi à l’épreuve de cette méthode. La ville de Bonne fut la première en 1706 : feu M. de La Croix ayant su que ladite ville avait levé une compagnie de deux cents cadets, envoya un détachement de 80 hommes, commandé par le sieur Pauly, qui [47] se rendirent à la proximité de la porte de Bonne, et furent s’embusquer dans les grains à la portée du fusil, pour attaquer les marchands à une foire qui se tient tous les ans sur le glacis : cette exécution se termina dans une demi-heure ; pendant ce temps-là, la compagnie des cadets pour se signaler prit les armes, et poursuivit le sieur Pauly pendant quatre heures, mais M. de La Croix avec un gros corps de troupe les ayant coupés, cette compagnie fut totalement défaite, sans que la ville du depuis ait pris la résolution de la rétablir. Peu de temps après feu M. de La Croix se rendit pareillement avec trois cent cinquante hommes à une lieue de Juliers ; cent hommes [48] furent détachés pour se rendre sur les six heures du soir au bourg de Hambach. M. de Kowroy gouverneur de Juliers, en fut aussitôt informé, et fit sortir une troupe de quatre cents hommes ; en même temps les cent hommes furent renforcés de deux cent cinquante, qui se placèrent de vingt-cinq à trente hommes dans toutes les granges, de manière à ne pas se croiser par le feu des uns et des autres. Les ennemis arrivèrent avec cette vivacité ordinaire comme toute troupe qui attaque. L’ordre étant donné de les laisser avancer à une certaine distance, l’avant-garde fut reçue d’une décharge de la moitié d’un poste de cinquante hommes, lesquels étaient le genou à terre, baïonnette [49] au bout du fusil ; ce premier signal fit faire feu par tous les autres postes de droite à gauche, de manière que les ennemis avançant toujours comme un troupeau, se virent de part et d’autre dans le cas d’essuyer une décharge qui les mirent en confusion et hors d’état de se rallier : ce sont de ces horreurs de nuit que la bravoure ne peut pas vaincre, et il n’y a point d’intrépidité à l’épreuve de pareille surprise : il est donc très prudent de ne pas compter sur ses forces, et de toujours reconnaître l’attaque avant de s’y engager : il est très certain qu’une troupe de trente ou quarante hommes, genou en terre, baïonnette au bout du fusil, nuitamment, et ne se dérangeant [50] point, ne peut être entreprise sans témérité ; car comme on ne la voit point, on s’expose non-seulement à essuyer la mousqueterie, mais encore à se précipiter sur la baïonnette ; plusieurs exemples prouvent cette vérité ; de cinq cents hommes qui sortirent de Durech, ville du pays de Cologne, près de trois cents y furent tués, sans que les troupes de feu M. de La Croix bougeassent de leur position dans aucun des postes qu’elles occupaient. Avantage
des attaques de nuit ; méfiance et précaution dans les logements
[51] Les attaques de nuit se font presque toujours avec succès : l’on en conçoit aisément la raison. L’assaillant est instruit de la position et des forces de son ennemi ; celui-ci ignore le nombre et les manœuvres que l’on emploie contre lui ; l’un sait, pour ainsi dire, où il doit frapper, et ne porte que des coups sûrs ; l’autre distingue à peine par où il doit se défendre. C’est par l’effet de ces circonstances que l’on a vu des bataillons entiers battus et déroutés par des détachements médiocres. [52] Il y en a qui se reposant sur le nombre et la valeur de leur troupe, et contents d’être informés qu’ils ne sont à portée d’aucun corps d’ennemis considérable, s’abandonnent à la tranquillité, et ne peuvent se persuader qu’un détachement de deux ou trois cents hommes puisse venir les insulter : dans cette fausse opinion, sitôt qu’ils sont arrivés dans un bourg ou village, après avoir ordonné les quartiers, désigné les postes, fait poser les gardes, le commandant se choisit un gîte commode, et se livre tranquillement au repos ; les autres officiers a son exemple donnent leur principale attention à ne se laisser manquer de rien ; et tous enfin s’assoupissent mollement au milieu du danger. Il en [53] coûte souvent bien cher pour une conduite aussi imprudente : l’ennemi surveillant est informé de leur arrivée ; des espions de toutes parts lui rapportent l’état naturel des choses, et déjà il sait où sont les gardes avancées, et le quartier du commandant. On a toujours regardé ces sortes d’entreprises comme très hardies et même téméraires, d’oser attaquer un bataillon de six à sept cents hommes ; on ne doit point cependant douter qu’un vrai partisan devant savoir le local du pays, et venant à reprendre la marche d’une troupe supérieure à lui, ne puisse facilement former son attaque de nuit au moment de la tranquillité, et bien [54] mieux dans le mauvais temps que dans le calme, en ce qu’il a toutes ses armes en état, tel temps qu’il puisse faire, par la raison qui a été dite ; car pour lors il s’approche avec sa troupe, du premier village éloigné d’une lieue ou plus de l’ennemi, où en reposant il s’informe du bourgmaître de toutes les particularités ; celui-ci ne manquera guère de déférer obéissance ; on lui demande quelques sujets du lieu pour s’en servir à reconnaître l’ennemi, on en trouve assez que la récompense et l’inclination d’être contraire aux troupes différentes de passage détermine ; on les instruit de ce qu’ils doivent faire et observer, de savoir où sont postés les gardes, où le commandant est [55] logé, si on ne pourrait point le surprendre sur les derrières en passant par quelques jardins ; on leur demande s’ils n’ont point de parents dans lesdits lieux à nommer, au cas que les gardes les arrêtent, et ôter par ce moyen les soupçons. Après toutes ces mesures on leur ordonne de revenir dans un endroit proposé lorsqu’ils auront à faire leur rapport. On n’a guère vu de ces expéditions sans succès ; pour y parvenir on divise sa troupe en trois ou quatre détachements dans l’objet de donner tous à la fois, et d’ôter à l’ennemi le temps de se reconnaître ; mais, dira-t-on, quelle confusion la nuit ? comment se rassembler ? A cela on répond qu’en [56] effet ces sortes d’attaques sont très risquables et embarrassantes pour celui qui est attaqué et celui qui attaque ; mais on n’a jamais cependant vu le dernier embarrassé, par la raison suivante, et très aisée à concevoir : avant l’attaque on a soin d’envoyer huit à dix soldats chargés chacun d’une ou deux bottes de paille avec des piquets, pour y mettre le feu au moment même de l’attaque ; ce feu sert de signal aux attaquants pour se retirer à l’endroit de la clarté après avoir fait des prisonniers. Toutes ces sortes d’attaques se font en moins d’une demi-heure et l’ennemi ne peut pas même savoir ce que c’est que cette clarté, on lui ôte par cette [57] ruse la possibilité de reconnaître les attaquants pour les poursuivre dans leur retraite. Pour se mettre en garde contre de semblables échecs, le chef d’une troupe ne saurait veiller trop attentivement à la sûreté de ses logements, et observer de trop près tout ce qui se passe aux environs, surtout tant qu’il réside sur le terrain de l’ennemi, où l’aversion naturelle de l’habitant se joint à l’activité des troupes pour l’harceler et l’accabler.
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