| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
M. de La Croix
Traité
de la petite guerre dans
lequel on voit leur utilité, la différence de leur service d’avec celui
des autres corps, la manière la plus avantageuse de les conduire, de les équiper,
de les commander et de les discipliner, & les ruses de guerre qui leur
sont propres 1752 Ruse
pour attaquer avec succès une troupe qui serait supérieure
Le secret de conduire la marche de plusieurs détachements [58] divisés, et de les faire réunir à propos et en peu de temps, est d’un avantage infini, et met en état de former des attaques d’un succès d’autant plus certain que l’ennemi ne prévoit pas avoir affaire au grand nombre. Il ne prend nul ombrage de quarante ou cinquante hommes qu’il apprend être en campagne ; si on lui rapporte qu’on en a vu un autre de pareil nombre, il se persuade que c’est le même, et il n’est ordinairement détrompé que dans le temps que la réunion s’est formée pour lui porter des coups qu’il ne croyait pas devoir appréhender. Les guerres précédentes ont fourni assez de preuves de ce que j’avance ici : combien de fois des bataillons des troupes [59] d’Hannover et de Brandenbourg ont été surpris et battus de cette manière ? Précautions
dans les quartiers pour l’infanterie, les cavaliers et les dragons
Un commandant dans les endroits où il prend ses quartiers, ne doit négliger aucune des maximes qui tendent au bon ordre et à la sûreté de sa troupe : il faut, comme je l’ai dit à l’occasion des lieux de rafraîchissement, qu’il commence à son arrivée par placer des sentinelles aux clochers et autres endroits les plus convenables. Il doit enjoindre à ses soldats de ne jamais paraître hors de [60] leurs logements sans être munis de leurs armes, de ne pas même les quitter pour entendre la messe les jours d’obligation, cette précaution essentielle n’étant d’aucun obstacle au service de Dieu ; et pour éviter tout inconvénient et être prêt au premier signal, il ordonne qu’ils entendent la messe hors de l’église, en se plaçant aux entrées et sur le cimetière ; comme aussi de se rendre à la place d’armes au premier son de cloche. Ces ordres sont d’une exécution indispensable dans un quartier à proximité de l’ennemi, exposé par cette raison à toutes sortes de risques ; mais au moyen de cette prévoyance, le soldat n’étant point séparé de ses armes, et ne perdant aucun temps à les aller [61] chercher, l’on est toujours en état de défense, et l’on se met à l’abri des surprises. Les cavaliers et dragons en quartier dans des bourgs ou villages, doivent en quelque sorte prendre encore plus de mesures pour leur sûreté que l’infanterie ; car s’ils ont quelque avantage en plaine, ils ont bien de l’infériorité dans les logements, et il est très difficile que quatre cents cavaliers logés et établis puissent soutenir l’attaque de cent hommes de pied ; d’ailleurs les chevaux et les équipages sont un appas pour l’ennemi : la cavalerie ne peut donc guère se croire à l’abri des insultes, si elle n’est soutenue par une troupe d’infanterie, et si elle ne trouve ce secours, [62] elle doit plutôt se déterminer à coucher en plein air, que de s’enfermer dans un quartier, où elle court des risques si marqués. Au reste il convient à tous cavaliers et dragons pour une défense plus prompte, d’avoir toujours leurs armes avec eux, et mettre leur selle et équipages attachés à une cheville derrière leurs chevaux : de cette façon ils n’ont qu’à seller et être prêts à tous événements. C’est une règle à laquelle il faut être attentif. Marches de la cavalerie ; règles et précautions à observerLa cavalerie dans ses marches sur le pays ennemi, court infiniment plus de danger que l’infanterie : [63] celui qui la commande doit être pourvu d’une grande sagacité pour parer les inconvénients auxquels elle est exposée ; la première attention est de se précautionner de fers pour les chevaux, et avoir des maréchaux habiles et expérimentés. La règle des marches ordinaires est de deux à deux. Ceux qui sont en tête doivent observer un pas égal et modéré, et empêcher que leurs chevaux n’avancent quelquefois avec trop de précipitation, parce qu’ils entraîneraient ceux qui les suivent dans le même inconvénient, ou leur feraient perdre la file. Le chef doit défendre expressément qu’aucun cavaliers ni dragons, sous quelque prétexte [64] que ce soit, s’arrêtent au passage des villages, ou demeurent en arrière, et enjoindre aux officiers et maréchaux des logis d’y tenir la main, parce que les traîneurs pour rejoindre la troupe, sont obligés de forcer leurs chevaux, et ont souvent l’indiscrétion de les faire boire tout essoufflés au passage de quelque ruisseau, ce qui leur occasionne des tranchées, et quelquefois les fait crever. Le silence étant propre à soutenir la décence et l’attention, il doit empêcher que l’on parle, et défendre absolument de siffler, chanter et de fumer. Dans les marches de nuit, qui sont les plus difficiles, il faut observer plus de mesure et de lenteur, [65] surtout dans les défilés. Lorsqu’on en est sorti, il faut à une certaine distance faire arrêter toute la troupe pour la ranger en escadron ; sinon il arrive infailliblement à quelqu’un de perdre la file, et de s’écarter en prenant un chemin pour un autre. Dans ces sortes d’occasions il ne faut point crier pour se réunir, cela produirait deux choses très dangereuses, le bruit et la confusion ; pour remédier à ces inconvénients, l’on recommande aux maréchaux des logis, et aux officiers par chaque compagnie, de se donner les soins et les mouvements que la prudence exige. Il est essentiel d’avoir des guides, puisque l’on ne peut s’en passer la nuit ; mais il faut [66] s’en procurer de bons, et les faire marcher dans la circonspection et le silence, et ne point les intimider. Il est enfin nécessaire pour prévenir les dérangements et soulager les besoins de s’arrêter d’intervalle à autre, et faire des haltes fréquentes. Le passage des bois est ce qu’il y a de plus critique pour la cavalerie : aussi je conseille très fort de les éviter ; mais s’il est de nécessité de s’y exposer, il faut le faire avec des précautions infinies, et d’abord s’assurer si l’on n’est point découvert et observé de près par l’ennemi. En 1706 feu M. de La Croix ayant placé deux cent quatre-vingts hommes dans les bois de Saint-Thomas, pays de Luxembourg, [67] défit un régiment de cuirassiers dans un chemin creux, et de huit cents chevaux, il ne s’en sauva pas la moitié. Un commandant pour faire défiler sa troupe d’un pas suivi et modéré, doit, avant d’entrer dans la forêt, ordonner aux officiers et maréchaux des logis d’être attentifs sur chaque compagnie pour réveiller ceux qui s’endorment sur leurs chevaux, et leur faire attacher leurs chapeaux ou bonnets, afin que les branches ne les accrochent ou fassent tomber. Si cela n’est exécuté, la marche ne se fait jamais en bon ordre et sans inconvénients ; l’un met pied à terre pour ramasser son chapeau, un autre s’endort sur son cheval qui quitte la file ou s’arrête, et [68] dans l’obscurité ceux qui suivent, croient que c’est la tête qui fait halte ; d’où il suit une infinité d’embarras qu’il est intéressant de prévenir, et pour cela marcher toujours d’un pas très lent en défilant, employer deux heures au moins pour faire une lieue, et même trois, quand il se trouve un défilé. En plaine les marches se font toujours d’un pas plus léger, et pour cet effet le commandant fait diviser les compagnies, c’est-à-dire, si elles sont de quarante, le capitaine marche avec quinze cavaliers, le lieutenant en conduit autant, le cornette et le maréchal des logis suivent avec le reste de cette manière, et chaque officier donnant attention à [69] sa troupe, les marches se font lestement, et l’on ne court pas risque des atteintes aux chevaux. Les principaux officiers, ni le commandant même, ne doivent point s’arrêter mal-à-propos : s’il se trouve un bac ou une rivière sur leur passage pour faire boire, ils doivent soutenir la tête de leurs chevaux, et ne point la laisser baisser à l’eau, leur exemple influant sur le reste de la troupe, ne pourrait manquer d’occasionner du retard ou du désordre. Toutefois, comme l’on marche par division, et qu’il convient de rafraîchir les chevaux par des marches longues et pénibles, s’il se rencontre des endroits assez spacieux et commodes pour faire boire une troupe de front, le [70] commandant peut s’y arrêter avec la sienne, et les autre successivement faire de même. Ceux qui précèdent ont soin de modérer leur marche pour attendre les autres, et ne point se tenir trop écartés. Ce serait une indiscrétion des plus blâmables à un commandant de s’aviser de tirer ou poursuivre du gibier ; il ne doit point le faire, et doit expressément le défendre à sa troupe. Le mauvais exemple et les plaintes sont les premiers désagréments qui résultent d’une pareille faute, et en entraînent souvent beaucoup d’autres. Un chef qui conduit sa troupe à la vue d’une ville de guerre ennemie, a toujours intérêt de [71] tromper ceux qui l’observent. Il doit donc savoir lui donner telle forme qui convient à ses intentions, tantôt pour la faire paraître plus considérable, et dans d’autres temps pour la diminuer et la rendre, pour ainsi dire, imperceptible au point de vue. Par exemple, s’il veut qu’elle semble plus petite, et qu’on en puisse distinguer le nombre, en la présentant par les côtés, il n’y a qu’à la faire marcher sur cinquante de front et la tenir serrée ; et pour qu’elle paroisse au contraire plus nombreuse, il n’y a qu’à la ranger sur quatre et six de front : l’éloignement fera penser qu’il y a autant d’escadrons. S’il va droit à l’ennemi, et que la vue soit de face, pour diminuer la quantité, [72] il peut présenter un front de vingt-cinq hommes, et faire serrer sa troupe sur une même hauteur ; et pour la grossir enfin, il fera marcher son premier escadron sur un simple rang, les autres qui le suivront s’arrêteront à une certaine distance, et venant ensuite à se placer, une partie sur la droite, une autre sur la gauche, le front de la troupe s’étendra à proportion, les autres suivront le même manège, et l’on fera parcourir sur les côtés de droite et de gauche, des maréchaux des logis, et quelques cavaliers détachés, dont les mouvements, joints à l’étendue du front de la troupe, persuaderont qu’elle est des plus considérables. Les plus [73] expérimentés s’y trompent dans l’éloignement. En 1707, M. de La Croix, à son bombardement de Cologne, fit paraître d’un seul régiment de Pot Dragons, plus de vingt-cinq escadrons, les ayant fait mettre à dix de hauteur avec une perche et un mouchoir au bout. En parlant des lieux propres aux rafraîchissements et aux quartiers, j’ai observé combien la cavalerie courait de risque, lorsqu’elle n’était soutenue par aucun détachement d’infanterie : je répéterai ici que le commandant d’un escadron qui se trouve dans ce cas, ne saurait trop se tenir sur ses gardes ; il ne doit pas faire la moindre démarche sans répandre des espions de tous côtés pour [74] découvrir si l’ennemi ne rode point autour de lui : lorsqu’il approche d’un bourg ou village, il ne doit point y entrer sans le faire reconnaître par un brigadier soutenu de quelques cavaliers ou dragons : pendant ce temps-là il fait halte avec sa troupe, en ordonnant de veiller sur les derrières : si on lui rapporte que l’endroit est praticable, il y fait préparer les vivres et fourrages nécessaires : j’observe avec tout cela qu’il ne serait pas prudent de tenir sa troupe dans le centre du village ; il doit chercher quelque verger commode où il puisse également lui faire distribuer ses rafraîchissements, et faire casser et abattre les haies pour en sortir sans embarras en cas d’alarme. [75] Il ne doit point avoir oublié, en arrivant dans le lieu, d’envoyer des sentinelles au clocher, et s’il est à la proximité de quelque hauteur, il y fait poster une grande garde pour observer les environs. Après avoir pourvu aux rafraîchissements et avant de se mettre en marche, il ordonnera à chaque cavalier de cordeler du fourrage, et de se munir de piquets, et à la nuit tombante, lorsque les sentinelles et vedettes ne peuvent plus rien découvrir, il parlera au bourgmaître, et fera semblant de vouloir se rendre à quelque village aux environs ; il lui en demandera la distance : après avoir marché l’espace d’une demi-heure en silence et sans bruit, il quittera [76] le chemin, dont il s’éloignera d’un quart de lieue au moins, et se jettera dans la première plaine convenable pour y ranger sa troupe ; il choisira l’endroit le plus commode à mettre pied à terre ; et après avoir formé son escadron à dix de hauteur, il fera doubler les rangs, planter des piquets avec des cordages, et ordonnera à huit ou dix cavaliers de se poster à quelque distance pour écouter, s’ils n’entendront pas de bruit ni l’aboiement des chiens : on donnera ensuite le fourrage, et pour que cela se puisse faire sans débrider les chevaux, je conseille d’avoir des brides qui se défont sur le côté du mord, et qui se remettent en moins de rien : pendant ce temps les cavaliers ne doivent [77] quitter ni leurs armes, ni leurs manteaux. Voilà à peu près le plan que l’on doit observer pour se mettre à l’abri des mauvais événements ; tout chef ou commandant de cavalerie fera beaucoup mieux de s’y conformer, que de rester dans un village, où il peut à la vérité se procurer plus d’aisance et de commodités, mais où il est évidemment exposé à une surprise ou attaque, dans laquelle j’ai démontré qu’il devait succomber. L’objet de sa marche étant de se rendre en un certain lieu pour favoriser la retraite d’une troupe d’infanterie avancée pour quelque exécution, s’il voit qu’il ne puisse s’y transporter avant le jour, il [78] fera en sorte d’aller occuper une cense au milieu de la plaine, qu’il fera reconnaître et environner, afin que personne n’en sorte ; il parlera à ceux qui l’habitent avec douceur, ne leur fera pas tort, reconnaîtra leur zèle, et tirera d’eux les informations qu’ils seront en état de lui donner ; il fera ensuite visiter les places les plus convenables pour les chevaux, que l’on tiendra dessellés pendant trois ou quatre heures de la journée : il défendra à ses cavaliers de se répandre dans les jardins, ou de sortir de la cense, et les fera rester auprès de leurs armes et de leurs chevaux. Il aura soin aussi de faire monter quelqu’un sur le toit de la maison pour découvrir les environs. La [79] nuit suivante il reprendra sa marche, en observant toujours les précautions qui lui sont utiles ; et lorsqu’il arrivera à l’endroit convenu pour soutenir la retraite de l’infanterie, il fera en sorte de se mettre à couvert d’un bois, où il se tiendra aux aguets pour paraître lorsqu’il sera temps. Utilité
particulière de la cavalerie pour les retraites d’infanterie
Une troupe d’infanterie munie de chariots, comme je l’ai dit ci-devant, et soutenue à propos par un détachement de cavalerie ou de dragons, est en état de braver la poursuite des ennemis, et de faire une bonne retraite. [80] Mais si dans ces occurrences l’infanterie manquait de chariots, elle pourrait se couvrir de la cavalerie, en marchant très serrée entre les escadrons, ou en masquant simplement le côté qu’elle présente à l’ennemi. Cette disposition est très avantageuse, et la cavalerie ennemie, quoique supérieure en nombre, attaquerait vainement une troupe soutenue de cette manière, parce que celle-ci se tenant toujours à couvert par l’escadron, ne laisserait pas de paraître tantôt sur la droite, ou sur la gauche, et de faire feu avec ménagement, sans tirer à la fois. Méfiance et prévoyance qu’on doit observer pour se garantir des attaques[81] Avant de faire mettre pied à terre, et de prendre ses postes pour y camper, il faut que tout officier chargé d’une troupe aille reconnaître avec plusieurs officiers, même des maréchaux des logis, les environs du poste, et fixer à la portée du fusil un endroit pour s’en servir en cas de besoin, et pour y envoyer trois ou quatre hommes faire patrouille jusqu’à la troupe, pour à la moindre alarme se conformer aux ordres donnés par le chef qui commande ; et pour lors, après avoir pris toutes ses mesures, on ordonne [82] aux troupes de se ranger, de faire des feux, d’avoir leurs armes entre leurs bras, et mettre des postes avancés, et des petites gardes du côté que l’ennemi pourrait survenir ; dans cette tranquillité il faut être très alerte, ne point faire de bruit, avoir de bons espions en avant qui puissent vous venir avertir du danger : M. de La Croix s’en est parfaitement bien trouvé ; car ayant toujours été à la tête de l’armée, par conséquent exposé à être enlevé d’un moment à l’autre, il lui est arrivé trois fois que les ennemis sont venus pour le charger nuitamment, et qui n’ont trouvé que les feux qui avoient été faits. M. de La Croix avait eu soin d’envoyer des espions en avant pour être informé [83] du mouvement des ennemis ; à leur rapport ils lui ont toujours donner le temps de décamper de son poste, pour aller se mettre dans l’endroit qu’il avait remarqué avant de se camper ; il est vrai qu’il ne dormait jamais de nuit, au moindre mot toute la troupe était alerte et prête à obéir ; sans ces précautions une troupe de cavalerie court de grands risques, et on ne saurait assez se précautionner de l’aboiement des chiens à proximité du lieu qu’on a pris pour son quartier. Il convient à la cavalerie et aux dragons d’exercer leurs chevaux pendant l’été à passer des rivières à la nage ; ils peuvent monter dessus pour les y dresser : cela est [84] très nécessaire, et de dix en dix on s’habitue les uns et les autres jusqu’au nombre de vingt : il faut toujours que la gauche soutienne la droite, ou la droite la gauche, suivant le cours de la rivière, prendre bien garde que la rapidité de l’eau ne gagne la croupe, et avoir toujours soin de couper l’eau : par cette utile maxime on pouvait passer le Rhin ; tout dépend de l’exercice ; avoir grande attention de ne pas avoir des juments, et observer, avant que de s’y exposer, s’il y a une rive de l’autre côté pour aborder. En 1745 le nommé Smite, officier de hussards de la compagnie de La Croix, fut enveloppé à Clausen par trois escadrons, ayant sur sa droite la Moselle, il la passa à [85] la surprise des ennemis, et se sauva. Qualités
essentielles d’un commandant en chef de troupe ; attentions
particulières qui lui conviennent
Une troupe ne peut sortir de la dépendance de son chef ; elle ne doit donc se mouvoir et agir que par ses ordres ; d’où il suit que les bons et mauvais événements dérivent presque toujours du savoir, ou de l’incapacité de ce chef. Ce que j’ai observé à l’égard des marches, des attaques et des retraites, démontre assez sensiblement cette vérité ; mais pour mieux l’établir encore, je vais parcourir les autres [86] devoirs d’un commandant. Je regarde comme une des principales obligations de l’état d’un commandant, de se faire aimer de sa troupe, de ne point s’en éloigner, d’y être très sédentaire, et de se tenir à portée de recevoir tous les avis, et distribuer ses ordres dans les moindres occasions. Il doit en tous temps et en tous lieux se montrer actif, surveillant, sobre, ennemi de la mollesse ; et comme l’exemple est la leçon la plus efficace et la plus glorieuse qu’il puisse donner à sa troupe, il doit tout le premier pratiquer les maximes qu’il veut faire suivre aux autres. Dans les quartiers et logements, il ne doit point rechercher ses commodités, [87] ni affecter de se procurer un lit ; il doit être muni d’une peau d’ours pour se reposer dans le besoin : cette fourrure, avec quelque peu de linge, doivent suffire à un guerrier. Que servent les attirails du luxe, et les pompeux équipages, sinon à causer de la dépense et de l’embarras ? Il ne faut point épargner l’argent, ni le répandre indiscrètement : il faut surtout user de réserve et de méfiance envers ceux qui viennent lui apporter des avis ; la précaution dans ces cas est de retenir le quidam jusqu’à la vérification du fait ; si son rapport est fidèle il faut le bien récompenser ; mais aussi le punir s’il a voulu tendre un piège. La trahison est d’une conséquence trop funeste [88] pour la pardonner, et ce n’est point envers les traîtres qu’il faut user de clémence. Le libertinage et l’ivrognerie sont des vices sur lesquels il doit veiller attentivement. Si les châtiments ne peuvent corriger ceux qui en sont atteints, on doit les exclure d’une troupe ; car enfin quel service peut-on attendre d’un homme à qui le vin a ôté les forces et la discrétion ? Ce défaut est encore moins excusable dans un officier, parce qu’il est d’une conséquence plus sérieuse ; non-seulement il lui abat le courage et le rend méprisable auprès du soldat ; mais souvent il le rend assez imprudent pour exposer une troupe entière à sa perte ; ces cas malheureux ne sont pas sans exemple. [89] S’il est important de ne point souffrir dans une troupe les hommes vicieux et incorrigibles, il faut aussi porter l’attention sur les animaux, et se défaire des chevaux qui ont des défauts capables de la mettre en danger, comme ceux qui sont extrêmement ombrageux, ou rétifs, ceux qui hénissent ou qui ont quelqu’autre tic semblable. Il ne faut pas non plus y souffrir de chiens, ils ne sont d’aucune utilité, et causent souvent de grands inconvénients. Enfin, l’on ne peut précisément exprimer tous les points sur lesquels l’attention d’un commandant de troupes légères, ou officier partisan, doive s’étendre ; mais en général je remarque, en reprenant ce que j’ai déjà [90] dit à son sujet, qu’il lui faut beaucoup de pénétration et d’intelligence pour saisir le nœud, et la difficulté d’une entreprise ; de la prudence et de la justesse dans le choix des moyens et ressorts propres à l’exécution, du secret et de la circonspection dans sa conduite, de la dextérité à manier les esprits, un extérieur et des façons pour gagner la confiance, de la fécondité dans les expédients, de la grandeur d’âme et de l’intrépidité à la vue du péril ; enfin, une présence d’esprit en toute rencontre, et jusque dans le feu même de l’action. Parallèle
de l’infanterie et de la cavalerie ; leurs avantages réciproques
[91] Il y a sans contredit une différence à établir entre l’infanterie et la cavalerie, relativement à l’utilité dont elles sont l’une et l’autre pour faire la guerre. Je crois que l’on peut apercevoir aux détails dans lesquels je suis entré en parlant des règles qu’il faut suivre pour en tirer parti dans les expéditions : mais pourrait-on décider laquelle des deux, par sa force, a l’avantage sur l’autre, en les opposant à nombre égal ? Il se trouve d’un côté et de l’autre des gens expérimentés qui prétendent réciproquement s’adjuger la supériorité ; on peut considérer [92] leur opinion comme l’effet d’une prévention naturelle en faveur du parti auquel ils sont attachés. Je ne prétends pas non plus porter une décision sur ce point, mais je me propose, en suivant l’objet de mes observations, d’examiner dans l’opposition de ces deux corps, quelles sont les règles et les dispositions qui conviennent le mieux à leur utilité réciproque. Un bataillon bien formé aux exercices, conduit et dirigé par les ordres d’un commandant habile et expérimenté, est sans doute un corps bien redoutable à un régiment de cavalerie, quelque adresse et impétuosité qu’il soit capable de lui opposer. Le premier, s’il est retranché, n’a rien à craindre des [93] efforts du second ; mais si celui-ci peut l’attaquer à découvert et au milieu d’une plaine, il semble qu’il doit le renverser : je ne dis pas néanmoins que ce bataillon, par le feu, la résistance et la solidité de son corps, ne puisse se rendre impénétrable et se retirer avantageusement ; mais si la cavalerie exercée au feu parvient à entamer les rangs du bataillon, jamais il ne pourra résister au poids et à la violence des escadrons par lesquels il sera écrasé. Mais ce n’est point en tâtonnant qu’un escadron se fera jour dans un bataillon. Pour rendre l’attaque de la cavalerie plus violente, il faudrait qu’elle eût en tête un certain nombre distingué de cavaliers tirés de chaque compagnie [94] bien cuirassés, et à l’exemple de l’exercice de l’infanterie, les habituer au feu, ils en auraient à la vérité un terrible à essuyer ; mais de soixante si quatre pour cent, en voilà assez pour faire jour, la fumée de la poudre augmente la vivacité des chevaux, et tout ce qu’ils trouvent devant eux est culbuté. Pour former solidement la cavalerie aux attaques, et l’affermir contre la résistance d’un bataillon, il faut dresser les chevaux au bruit, et les accoutumer au feu : on commence par les faire escadronner à droite et à gauche, et petit à petit on y parvient : il ne faut pas s’obstiner à dompter les chevaux ombrageux, il vaut mieux s’en défaire ; cependant il y en a [95] que l’on habitue au manège en les conduisant d’abord par la bride et leur couvrant les yeux : c’est enfin par un exercice réitéré et suivi qu’on les met en état de ne pas s’effaroucher. L’on ne peut disconvenir que dans un terrain plat et découvert, on ne puisse l’emporter sur l’infanterie ; mais celle-ci qui d’ailleurs a l’avantage dans une infinité d’autres positions, a aussi des ressources pour se parer en plaine de l’attente des escadrons. Je ne parlerai point de ces machines trop embarrassantes par leur grosseur et leur pesanteur, qui ne peuvent se transporter qu’avec des chariots. Il en est d’une espèce bien plus commode et peu dispendieuse, ce sont des chevaux de frise portatifs, [96] c’est-à-dire, formés de morceaux de bois, qui en se joignant les uns aux autres en visses, ont les deux extrémités serrées, le milieu percé par intervalle pour y poser des pointes, qui se trouvent d’une longueur suffisante pour se couvrir ; toutes les pièces sont distribuées à chaque soldat de la troupe ; le poids ne consiste pas à quatre livres, au reste on peut avoir avec soi une petite voiture traînée par un cheval. Le soldat n’a d’autre soin que celui d’observer le commandement pour transporter les chevaux de frise lorsqu’ils sont montés, par le moyen de deux anneaux, de façon qu’ils peuvent au moment même se porter sur les derrières, devant, de côté, soutenu du feu de sa troupe. [97] En 1706 feu M. de La Croix s’en servit très avantageusement contre les gardes palatines, soutenues de trois compagnies de cavalerie de troupes hanoveriennes, qui ne purent l’empêcher de faire sa retraite au milieu des plaines de Juliers avec deux cent cinquante hommes d’infanterie. L’exercice est nécessaire à toutes les troupes ; c’est le seul moyen de les former. Je n’impute pas tout-à-fait défaut de courage de tourner la tête, ou fermer des yeux en tirant ; mais plutôt au défaut d’être exercés : on a plusieurs fois remarqué dans les cérémonies d’enterrement, où l’usage est de tirer sur la fosse, que de cinquante soldats, on en a vu plus du tiers tomber dans ce défaut ; [98] il n’y a donc que l’habitude continuelle qui les fortifie. Il est essentiel de ne pas donner aux soldats les moindres relâches ; le temps de la paix peut les former ; il convient de les faire tirer au blanc, leur apprendre à connaître une arme et à en avoir soin, à poser une pierre, et à donner la charge convenable à un fusil ; tous ces points sont de conséquence. Il faut avoir des balles de dix-huit à la livre pour un calibre moins de seize, attendu que le volume de la balle se trouvant grossi par le papier qui l’enveloppe, il y a de la difficulté à la faire descendre jusqu’au fond du canon, dans lequel ordinairement il se donne une crasse après avoir [99] tiré plusieurs coups, d’où il arrive que le soldat se pressant, perd un temps considérable, et souvent encore ne peut la faire descendre à fond, ce qui met le fusil en danger de crever. Il faut donc les prendre d’une grosseur bien au-dessous du calibre, pour qu’elles descendent facilement d’elles-mêmes, les attaques étant bien différentes des manières de défendre un siège. La charge de la poudre se règle suivant sa force ; mais il ne faut pas s’imaginer que toutes celles que l’on emploie prenne feu ; néanmoins comme l’effet du coup est proportionné à la quantité, si l’on en met trop, elle fait repousser le fusil, et relève le coup ; [100] il faut donc s’habituer à une charge médiocre. Dans un choc entre deux troupes de cavalerie, le pistolet devient plus embarrassant qu’utile ; aussi la plupart des cavaliers le jettent-ils par terre, ou le laissent tomber, par l’empressement qu’ils ont de mettre le sabre à la main ; d’ailleurs il n’est guère possible de le faire en même temps du même bras l’usage du sabre et du pistolet, l’un empêche l’usage de l’autre : il est plus convenable de s’armer simplement du sabre, et de préférer les lames droites à celles qui sont courbes, parce que la pointe supplée au pistolet. Il est de l’avantage des cavaliers et dragons de mettre des chaînettes [101] à la têtière de leurs chevaux ; car si d’un coup de sabre la bride se trouve abattue de la bouche d’un cheval, on ne peut plus s’en rendre maître, et l’on est bientôt démonté. Il ne faut jamais manquer d’avoir un bridon, outre qu’il sert au cas que le mord de la bride soit cassé, la plupart des nouveaux cavaliers et dragons ne sachant manier ni gouverner un cheval, souvent ils lui rompent les barres, et le mettent dans le cas de prendre le mors aux dents. Il est essentiel qu’un maréchal des logis soit d’une activité très grande pour le service, et veille attentivement à le faire exécuter ; il convient pour cela qu’il sache se concilier l’estime et la confiance [102] du cavalier ; il ne lui faut pas une expérience médiocre pour remplir son poste comme il le doit. Le dragon étant propre à plus d’un objet, il ne lui faut qu’un pistolet ; il doit avoir à la place de l’autre, hache, pelle, hoyaux et serpette, pour s’en servir à couper des haies, relever des fossés, ou les combler : il doit avoir une plate-longe, pour la donner à son camarade lorsqu’il est obligé de mettre pied à terre, soit pour travailler, soit pour combattre : il est néanmoins dangereux à un commandant de se servir de ce moyen pour attaquer l’ennemi, cela ne se faisant jamais sans confusion, puisqu’il rend par là le reste de sa troupe à cheval presque [103] inutile. Ces sortes de manœuvres ne se doivent faire que lorsqu’il se sent soutenu par d’autres troupes ; il n’appartient d’en user ainsi qu’à un général, qui juge par la pleine connaissance qu’il a du service, en avoir extrêmement besoin : il lui est facile de réparer les événements par le nombre des troupes qui sont à ses ordres, ce qu’on ne peut faire quand on n’a à son commandement qu’une compagnie franche, qui dans un moment peut devenir à rien ; car il est très aisé de concevoir que si de cent hommes à cheval on en emploie quarante pour mettre pied à terre, ceux qui tiendront leurs chevaux, seront obligés de les abandonner pour défendre au moment qu’on s’y attend le moins. [104] Il y a cependant des cas où l’on se trouve obligé de faire mettre pied à terre, lorsqu’une troupe se voit forcée de prendre sa route par des chemins creux, au travers des bois, qui sont des passages fort critiques, où il faut nécessité défiler : si cette même troupe est suivie de près par une autre, comme cela arrive quelquefois ; la première sera certainement obligée, ne pouvant faire volte face, de forcer sa marche, pour éviter que son arrière-garde ne soit maltraitée : il n’y a pas d’autres moyens dans un aussi triste cas que de chercher un terrain pour se dégager de cette trouée ; si heureusement on peut en trouver, le commandant doit sans perdre de temps faire placer sa troupe en escadrons, [105] et faire mettre sur le champ pied à terre à un certain nombre, jusqu’à ce que toute la troupe arrivant successivement, soit rangée pour faire feu sur ceux qui sont à la poursuite, et par ce moyen pouvoir rassurer sa troupe, et la faire remettre en marche, après avoir fait combler le défilé, ou boucher le passage en coupant des arbres. Lorsque j’ai été fait prisonnier en 1743, j’avais pour quartier dans la Bavière la ville de Pharkivich, très à proximité des ennemis. Après leur avoir enlevé près de vingt-cinq grandes gardes et quartiers entre Charding et mon poste, j’appris que M. le Prince Charles était en mouvement sur Lints ; j’eus l’honneur [106] d’en informer S.A.S. Monseigneur le Prince de Conti ; deux jours après je fus informé que les ennemis avaient passé la ville de Charding avec plus de quarante mille hommes, et qu’ils arrivaient en force à 3 lieues du poste que nous occupions avec un lieutenant-colonel d’infanterie ; j’en informai les généraux, et me disposai à partir. Ayant reçu des ordres, je fis sortir la compagnie de dragons et celle de Dumoulin que je commandais, pour s’aller placer sur une hauteur et être plus en état de voir arriver les ennemis ; j’y fus donner des ordres, et défendis à l’officier qui commandait en mon absence de bouger sans mes nouveaux ordres : je retournai dans la ville [107] pour y concerter avec le lieutenant-colonel qui commandait l’infanterie, et qui ne jugea pas à propos de sortir de la ville. Peu de temps après les ennemis se firent voir, marchant sur deux colonnes ; je n’eus que le temps d’en informer les généraux, et de monter à cheval pour rejoindre les dragons sur la hauteur ; mais l’officier qui commandait en mon absence, au lieu de m’attendre, avait préféré de se retirer : il s’engagea dans un défilé étroit à n’y pouvoir marcher qu’un à un : je rejoignis cependant la troupe pour remédier au mal ; et après beaucoup de peine pour parvenir à la tête, je trouvai un petit terrain, où je fis ranger les dragons en escadrons sur [108] cinq à six rangs : pressé que j’étais par les avant-coureurs détachés de l’armée ennemie qui harcelaient l’arrière-garde, je descendis de cheval et fis mettre à 25 dragons pied à terre ; je donnais mes ordres à l’officier le plus ancien de reprendre le défilé, de suivre le chemin sans se presser, et de m’attendre à une certaine distance, tandis que je défendrais le défilé : en effet, les ennemis jugèrent à propos de replier ; mais lorsqu’il fut question de rejoindre la troupe qui conduisait nos chevaux, l’officier à qui j’avais ordonné de s’arrêter à une certaine distance, fut se jeter dans une prairie sur la droite du vrai chemin : et ayant perdu la tête, au lieu de s’arrêter pour m’attendre, m’abandonna : [109] il n’en fut pas plus heureux, car les ennemis l’ayant vu passer la rivière avec une troupe entièrement dérangée, il en fut attaquée et perdit la vie, et nombre d’officiers d’un vrai mérite y furent pris ; un autre officier avec une partie de la troupe se partagea pour faire retraite ; la déroute devint générale, et je restai abandonné, n’ayant plus qu’un officier de la compagnie de Dumoulin et un dragon. Nous ne pûmes résister à vingt hussards qui vinrent nous environner et nous faire prisonniers. État
ancien des compagnies franches ; leur changement, et utilité
qu’on peut en retirer
[110] En 1736 il y eut un règlement qui fixa à trente hommes les compagnies franches ; elles étaient pour lors aux ordres de M. le Maréchal Duc de Bellisle ; mais des occupations plus importantes et plus sérieuses l’engagèrent, au grand regret des compagnies, de les abandonner sous d’autres ordres, qui les firent entièrement changer de système, et leur ôtèrent tout encouragement. Le véritable devoir et emploi des compagnies franches, est d’observer les démarches de l’ennemi, ce qui ne peut s’exécuter [111] que par le moyen des espions, des correspondances secrètes, et de certaines personnes affidés, que l’on est obligé de pensionner ; feu M. de La Croix suivait cette méthode, et c’était pour lui chaque année une dépense très considérable, dont il n’était point remboursé par la Cour, mais par ses courses sur les ennemis. Il n’y avait anciennement, à compter des guerres de 1702, que quatre à cinq compagnies franches, composées de quatre à cinq cents hommes chacune, dont le service était très avantageux ; par la suite il s’en est formé davantage, et il semble que c’est ce titre de partisan qui a déterminé grand nombre d’officiers à en faire le métier. Je ne dirai pas [112] que ces troupes aient mal servi depuis le changement ; mais on doit remarquer qu’elles n’ont point été employées à leur véritable destination, quoique composées de soldats semblables aux autres corps, elles auraient dû servir pour des expéditions particulières, et n’être point sur le pied de troupes réglées, ni exposées continuellement comme on a voulu qu’elles le soient. S’il y avait à la suite d’une armée plusieurs compagnies franches, commandées par un chef habile et expérimenté, qui fut néanmoins tenu de rendre compte de ses démarches et opérations au général seul de l’armée, il n’y a point de doute qu’on en tirât de grands avantages : le chef [113] de ces compagnies s’appliquerait avec sa troupe à recueillir l’attention de toute l’armée ; il serait d’une vigilance infatigable sur les mouvements de l’ennemi, et sans cesse en avant pour examiner le terrain où le général voudrait faire avancer l’armée : il irait s’embusquer pour couvrir les convois, faciliter le transport des équipages et des vivres ; enfin, il ne négligerait aucune ruse ni manœuvre pour incommoder et harceler l’ennemi : il serait continuellement à portée de faire les découvertes les plus intéressantes pour informer le général. On tirerait encore de ces compagnies un avantage dont elles sont capables par leur agilité ; [114] c’est dans le cas où les deux armées seraient à proximité ; ces compagnies, en leur joignant quelques détachements de l’armée, seraient en état d’aller déranger celle de l’ennemi par les derrières, ou sur les ailes ; quelque difficile que cela paraisse, elles en viendraient à bout avec les précautions nécessaires. On a suffisamment remarqué de quelle façon ces compagnies doivent marcher ; toujours à la légère, sans embarras d’équipages, exposées à tout événement, avec d’abondantes munitions d’armes et d’outils ; on trouve infiniment de courage et de bonne volonté dans les soldats, il n’y a qu’à les bien commander ; on peut y admettre toutes les nations, des chasseurs, des espions, et surtout des officiers avec des sentiments. Post
Scriptum
[116] Ce traité ne renferme pas toutes les ruses et pratiques dont s’est servi avec succès le feu sieur de La Croix, maréchal des camps et armées du roi, dans nombre d’occasions ; on les trouvera dans les mémoires qu’il a laissées, et que son fils se propose de donner au public ; il y a des maximes et des façons d’attaquer qui ne peuvent être séparées des actions où elles ont été employées, sans perdre la meilleure partie de leur prix ; le commandant attentif prend ses précautions, et fait ses dispositions suivant les conjonctures, les lieux où il se trouve et le genre de troupes qu’il a à [117] combattre : c’est par cette raison que le sieur de La Croix fils ne fait entrer dans ce Traité de la petite Guerre rien de ce que renferment les mémoires mentionnées. On sait que feu M. son père, zélé serviteur du roi, et entièrement occupé de son état, travaillait continuellement à s’instruire et à acquérir des connaissances utiles pour le service, en prenant dans celui de l’étranger tout ce qui était avantageux ; c’est aussi cette sage conduite qui dans toutes les rencontres lui a fait, quoiqu’inférieur en nombre, battre les ennemis, et lui a mérité une place parmi les grands capitaines : il a joint à l’intelligence une grande expérience : on verra dans son histoire des faits particuliers [118] et intéressants, et des réflexions solides. Elle commence en 1680, et finit en 1718 ; comme il était originaire Anglais, il est entré dans un détail circonstancié des événements arrivés en Angleterre sous les rois Guillaume et Jacques et qui ont échappé aux historiens : il fait la description des combats avec une scrupuleuse exactitude, nommant les régiments qui s’y sont distingués ; son fils qui a servi sous les ordres depuis 1702, a continué cet ouvrage jusqu’à la paix dernière.
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