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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

 

La manoeuvre de Lutzen

 Commandant Lanrezac

 

II Moyens de lutte des deux partis

 

La France  et les Etats de la Confédération du Rhin . 

Forces disponibles en Allemagne  à la fin de 1813

A la fin de janvier 1813, l’effectif des troupes françaises et alliées disponibles au-delà de l’Elbe , en dehors de la garnison des places, ne dépassait pas 60 000 hommes de toutes armes :

-                à Posen , avec le Prince Eugène , 12 000 hommes répartis en quatre faibles divisions destinées à se fondre dans les autres corps de l’armée au cours des opérations ;

-                à Varsovie , le 7ème Corps, commandé par le général Reynier  et comprenant 2 divisions saxonnes et une division fran­çaise (32ème général Durutte ), 15 000 hommes, et le 8ème Corps qui était en voie de réorganisation et comptait à peine 8 000 polonais ; entre l’Elbe  et l’Oder , le 11ème Corps d’armée, commandé par le Maréchal Gouvion Saint-Cyr , 30 000 hommes.

Depuis sa rentrée à Paris , Napoléon  travaillait activement à refaire de toutes pièces la Grande Armée .

Organisation d’une armée nouvelle 

Au mois d’octobre 1812, de Moscou , il avait prescrit au ministre de la Guerre de faire passer des revues de rigueur dans les dépôts et dans les hôpitaux et de diriger sur Mayence  tout ce qui serait disponible ; d’après les documents authentiques, en ce qui concerne l’infanterie, on trouva 1 822 soldats en état de partir et 4 547 malades dont on attendait la guérison pour les mettre en route : c’était tout ce qui restait de la partie de la conscription de 1812 attribuée au régi­ment d’infanterie française de la Grande Armée .

A la même époque, un appel de 137 000 hommes avait été fait sur la conscription de 1813. Les opérations de recrutement durèrent tout le mois de novembre ; dans la première quin­zaine de décembre, la plupart des dépôts reçurent la majeure partie de leur contingent, les deux-tiers environ, l’arrivée du reste se prolongea jusqu’au mois de janvier.

Fort heureusement, les cohortes constituaient une force plus immédiatement disponible. L’Empereur , avant de s’engager dans la campagne de Russie , avait crée, pour garder le territoire de l’Empire , une force intermédiaire entre la l’armée régulière et la garde nationale. Par une de ces levées rétroactives qui étaient alors d’usage, il s’était procuré environ 80 000 hommes de 21 à 27 ans (classes de 1807 à 1812) qu’il avait réunis en bataillons. Afin d’atténuer le mauvais effet produit par cette mesure exception­nelle, il avait fait inscrire dans le décret d’appel la mention que ces bataillons ne seraient pas employés hors du territoire français ; en outre, il leur avait donné ce nom de Cohorte emprunté à l’Antiquité dans le but des différencier davantage des troupes de ligne. Chaque cohorte comprenait 7 compagnies d’infanterie, dont une de dépôt et une compagnie d’artillerie ; l’effectif aurait dû dépasser 1 000 hommes ; en réalité, il s’était maintenu au-des­sous de 800. 1 300 hommes de la conscription de 1813 avaient été affectés en complément des cohortes mais, en janvier, 6 000 seu­lement avaient rejoint.

Grâce à une pression habile, on réussit à provoquer de la part d’un grand nombre de ces corps le vœu de faire campagne. L’Empereur  s’empressa de faire rendre un senatus-consulte (11 janvier 1813) appelant à l’activité les 88 cohortes.

Le même senatus-consulte ordonna la levée par anticipa­tion de 150 000 conscrits de la classe 1814 et de 100 000 hommes des quatre classes de 1809 à 1812.

Pour en finir avec cette question, nous dirons de suite qu’au mois d’avril, fut décrétée une nouvelle levée de 180 000 hommes, à savoir 80 000 hommes des classes de 1807 à 1812, 90 000 hommes de la classe 1814, 10 000 gardes d’honneur à cheval. Ces derniers étaient des jeunes gens de famille noble ou de bourgeoisie aisée qui, ayant échappé aux levées précédentes par le remplacement, se trouvaient contraints au service person­nel : dans l’armée, on les nomma généralement les otages.

Il faut enfin noter les offres de cavaliers équipés et mon­tés faites par les départements et les villes.

En résumé, les diverses levées ordonnées du mois d’octobre 1812 au mois d’avril 1813 s’élèvent au total de 647 000 hommes ; il est vrai que les dernières donnèrent lieu à beaucoup de mécompte, surtout dans les nouvelles provinces de l’Empire .

Les populations de l’ancienne France , qui étaient pourtant animées d’un vif mécontentement contre l’Empereur , dont elles maudissaient l’ambition, firent preuve d’un patriotisme élevé : elles comprirent la nécessité de donner à Napoléon  les moyens de faire la guerre puisqu’il n’était pas possible d’obtenir une paix honorable tant que de nouvelles victoires n’auraient pas rétabli le prestige de nos armes.

L’ordre ne fut troublé sérieusement nulle part et, en défi­nitive, les dépôts reçurent assez d’hommes pour assurer les for­mations ordonnées. D’ailleurs, le plus difficile ne fut pas de trou­ver des hommes, mais bien des cadres pour les utiliser.

En ce qui concerne l’artillerie, le Génie et le train des équipages, on avait le nécessaire ; il n’en était pas de même pour l’Infanterie et la Cavalerie.

Infanterie – Après quelques hésitations provenant de ce qu’il ne fut pas de suite exactement renseigné sur la situation, l’Empereur  arrêta comme il suit les dispositions à prendre pour la réorganisa­tion de la Grande Armée .

1.      Les 36 régiments qui avaient fait partie des 4 premiers corps devaient être reconstitués à quatre bataillons de guerre. Or, abstraction faite de ce qui était resté dans les places de l’Oder  et de la Vistule , les cadres revenus de Russie  suffisaient à peine pour un bataillon, un bataillon et demi ; il y avait donc à créer de toutes pièces plus de cent cadres de bataillon exi­geant 2 000 officiers.

2.      En dehors des bataillons de dépôt, il y avait en France  et en Italie  une centaine de bataillons appartenant à des régiments dont le gros était détaché en Espagne , en Illyrie , etc. ; ceux qui se trouvaient hors de France avaient leurs cadres complets et comptaient même un certain nombre d’anciens soldats ; ceux de France se réduisaient à des cadres, dont le tiers des emplois était vacant. Après que leurs cadres eurent été com­plétés, puis remplis au moyen de recrues de la classe 1813, 60 de ces bataillons environ furent groupés soit par deux, soit par trois pour former des régiments dits de ligne, quand les bataillons appartenaient au même régiment, et des régiments dits provisoires dans le cas contraire.

3.      Les cohortes débarrassées de leurs compagnies d’artillerie furent groupées quatre par quatre en 22 régiments de ligne (n° 139 à 156) comprenant chacun 4 bataillons de guerre à 6 compagnies et un bataillon de dépôt.

4.      L’artillerie de marine comptait près de 16 000 anciens soldats qui restaient inutilisés dans nos ports bloqués par les flottes anglaises ; 8 000 d’entre eux, mêlés à 4 000 conscrits de 1813, formèrent quatre régiments d’infanterie de marine, qui comptèrent tout d’abord 14 bataillons.

5.      Avec 5 000 hommes de la garde municipale de Paris  et des compagnies départementales, on organisa 2 régiments, le 134ème (deux bataillons) de ligne et le 37ème léger (quatre ba­taillons).

6.      Il restait, en Italie , trois vieux régiments, le 13ème de ligne (5 bataillons), le 23ème (4 bataillons) et le 101ème (3 bataillons) : on décida de les faire servir en Allemagne .

La mise sur le pied de guerre de tous ces corps exigeait beaucoup d’officiers et de sous-officiers. Il fallait non seulement pourvoir aux emplois effectivement vacants, qui étaient déjà très nombreux, mais encore assurer le remplacement d’un nombre considérable d’officiers des Cohortes, de l’artillerie de marine et de la garde municipale, qui n’étaient pas capables de faire un ser­vice de guerre. On eut recours aux cadres des dépôts, dont on combla les vacances ainsi produites en rappelant à l’activité d’anciens officiers, démissionnaires, retraités, etc.. On fit des no­minations jusqu’à l’extrême limite de la loi, au-delà même ; enfin, on trouva de grandes ressources dans l’armée d’Espagne , dont les cadres avaient été jusque là constitués avec une grande prodiga­lité. L’Empereur  prescrivit de resserrer les unités de cette armée, de manière à ne garder qu’autant de bataillons qu’il y aurait de fois 840 hommes présents et de diriger sur Paris  en poste tous les gradés disponibles.

 

Les éléments énumérés ci-dessus furent utilisés pour la formation des corps d’armée suivants :

 

 

 

Corps d’observation de l’Elbe  (plus tard, 5ème Corps)

4 Divisions d’Infanterie : Général Lauriston

11 régiments de cohortes

134ème de ligne (garde municipale de Paris )

le 2ème étranger

48 bataillons

Se rassembla à Magdebourg du 19 février au 19 mars.

 

                                                          

1er Corps d’obser-vation du Rhin  (plus tard, 3ème Corps)

4 Divisions d’Infanterie : Maréchal Ney .

8 régiments de cohortes,

13 régiments de lignes ou provisoires,

60 bataillons

Se rassembla aux envi­rons de Mayence  du commen­cement à la fin de mars

 

                                                          

2ème Corps d’obser-va­tion du Rhin  (plus tard, 6ème Corps),

4 Divisions : Maréchal Marmont

4 régiments de marine,

2 régiments de cohortes,

12 régiments de lignes ou provisoires,

37ème léger (compagnies départementales),

50 bataillons

Les trois premières Divi-sions se rassemblèrent à Mayence  la fin de mars et au commencement d’avril. Quant à la 4ème, qui ne fut prête que beaucoup plus tard vers la fin de mai, elle ne fit jamais partie du 6ème Corps

 

 

 

                                                          

Corps d’observation d’Italie ,

4 Divisions : Général Bertrand

3 vieux régiments de ligne,

2 régiments de cohortes,

8 régiments de lignes ou provisoires,

1 régiment croate,

5 régiments italiens

54 bataillons

Dès le commencement de mars, fut dirigé par le Tyrol  sur Augsburg  et de là sur Bamberg . Au cours des opérations, ce corps fut dédoublé pour former, avec deux divisions alliées, une Bavaroise et une Wurtem-ber­geoise, les 4e et 12e Corps, que commandèrent le Général Bertrand  (4e) et le Maréchal Oudinot  (12e)

 

                                                          

1er Corps d’armée,

4 Divisions (n° 1, 2, 3, 3 bis)

2ème Corps d’armée,

3 Divisions (n° 4, 5, 6)

Composé des 16 régiments français des anciens 2ème et 3ème Corps

reconstitués à 4 bataillons

12 régiments français des anciens 2ème et 3ème Corps reconstitués à 4 Bataillons.

Les 7 Divisions des 1er et 2ème Corps durent être formées succes­sivement de la manière suivante :

-           les 28 bataillons n° 2 composèrent les 1ère et 4ème Divisions ; les cadres prélevés sur ceux rentrés de Russie  avaient été ar­rêtés à Erfurt  où on leur envoya leurs recrues.

L’organisation de ces deux Divisions fut terminée dès la fin de février ; mais comme les recrues n’avaient fait que de tra­verser les dépôts et que leurs cadres de conduite, réduits à quelques gradés, n’avaient pu les discipliner et à les instruire au cours du voyage, ces Divisions ne furent en état de rendre des services que vers le commencement d’avril.

Les 28 bataillons n°4, organisés dans les dépôts, se rassem­blèrent à Hesel et formèrent les 2ème et 5ème Divisions qui fu­rent dirigées sur Brême  où elles arrivèrent du 10 au 15 avril. Ces 2ème et 5ème Divisions constituèrent jusqu’à l’armistice, avec la Division dite de Hamburg , un Corps d’armée provi­soire destiné à opérer sur le bas-Elbe  et qui eut pour chef le général Vandamme .

Les 3ème et 6ème Divisions furent également formées à Hesel avec les 28 bataillons n°1, puis dirigées sur Brême  où elles n’arrivèrent qu’à la fin de mai. On les employa tout d’abord à renforcer le corps de Vandamme .

Quant aux 28 bataillons n° 3, ils ne furent prêts à marcher qu’au mois de juin ; en principe, ils devaient servir les 16 ba­taillons du 1er Corps à former la Division 3 bis, les 12 du 2ème Corps à compléter à quatre bataillons les régiments des Divi­sions 4, 5, 6.

Cette organisation n’était que provisoire ; il était entendu qu’on grouperait les bataillons de chaque régiment dès que les circons­tances le permettraient. C’est seulement pendant l’armistice que l’opération put être effectuée et encore pas complètement.

On usa de procédés identiques à ceux que nous venons d’indiquer pour assurer la réorganisation successive de la Division Durutte  (32ème) du 7ème Corps et la formation de deux divisions nouvelles, une affectée jusqu’à nouvel ordre à la place d’Erfurt , l’autre desti­née en principe à Hamburg  et qui fit partie du Corps provisoire de Vandamme  jusqu’à l’armistice.

La garde fut reconstituée à 4 divisions ; une de Vieille Garde , formée de ce qui était revenu de Russie  et de 3 000 vieux soldats d’élite tirés de l’armée d’Espagne  ; trois de jeunes gardes formées de conscrits choisis et qui se rassemblèrent successivement à Mayence , la 1ère à la fin de mars, la 2ème à la fin d’avril et la 3ème en juin.

Enfin, le 4 avril, l’Empereur  prescrivit la formation de 2 Corps d’armée de réserve qui se réuniraient l’un à Mayence  et l’autre en Italie  ; les bataillons destinés à former ces deux Corps d’armée étaient à organiser de toutes pièces : ils ne purent être mis sur pied qu’au mois d’août.

Cavalerie – La Cavalerie était encore plus difficile à rétablir que l’Infanterie. Il n’était rentré de Russie  que 9 ou 10 000 cavaliers et, dans les dépôts, il n’y avait guère que des cadres. On compléta les cadres par les mêmes moyens que pour l’Infanterie ; pour les ca­valiers, on prit des conscrits en s’efforçant de choisir ceux qui avaient une certaine habitude du cheval.

Il fut décidé :

1.      Que la cavalerie de la garde serait entièrement reconstituée ;

2.      Que les 52 régiments qui avaient fait partie de la Grande Ar­mée  seraient réorganisés et que l’on en formerait deux Corps : le 1er, sous le Général Latour-Maubourg , comptant quatre Di­visions, deux de grosse cavalerie et deux de légère ; le 2ème, sous le Général Sébastiani , comptant trois Divisions, deux de légère et une de grosse cavalerie ;

3.      Que les 31 régiments de l’armée d’Espagne , indépendamment des cadres qu’ils céderaient pour la réorganisation des 52 ré­giments des 1er et 2ème Corps, fourniraient des éléments (cha­cun un escadron) pour la formation d’un 3ème Corps comptant quatre Divisions et dont le commandement serait exercé par la Général Orrighi .

La nécessité d’utiliser les moindres fractions de cavalerie à mesure qu’elles étaient prêtes conduisit à adopter les dispositions suivantes :

Les premières compagnies formées dans chaque Division seraient réunies en un régiment provisoire de telle sorte que le corps de cavalerie, lors de sa mise en route, compterait autant de régiments qu’il devait avoir de Divisions quand son organisation serait achevée ;

A mesure que de nouvelles compagnies seraient prêtes, les dépôts les dirigeraient sur un point de rassemblement fixé, où l’on en formerait des régiments de marche, se composant chacun des compagnies appartenant à la même Division ; ces régiments de marche, groupés en une Division provisoire, seraient dirigés sur l’Armée ; dès que la Division provisoire aurait rejoint le corps de cavalerie correspondant, elle serait dissoute, les diverses compa­gnies ralliant leurs régiments respectifs.

Quand les effectifs le permettraient, on reconstituerait les brigades, puis les divisions définitives.

Le noyau du 1er Corps fut organisé à Magdebourg et celui du 2ème à Brunswick  ; ils comptèrent l’un et l’autre 3 500 à 4 000 cavaliers montés. Les Divisions de marches de ces deux Corps se réunirent à Mayence  ; les deux premières (une pour chaque Corps) en partirent vers la fin d’avril, les autres ne furent formées qu’après l’armistice.

La cavalerie de la garde s’organisa, en partie à Mayence , en partie à Paris . Lors de l’entrée en campagne, son effectif s’éleva à près de 4 000 cavaliers.

L’Empereur  avait espéré (voir la correspondance) que le 1er et le 2ème Corps réuniraient à la fin d’avril, 15 000 cavaliers montés ; mais la perte de Hamburg  et les incursions des cosaques dans le Hanovre  ayant désorganisé le service des remontes, le Général Bourcier , commandant supérieur des dépôts de l’Allemagne  du Nord, ne put obtenir l’exécution des marchés qu’il avait passés, si bien que les cavaliers remontés par ses soins ne dépassèrent pas 8 000 à l’époque indiquée ci-dessus.

Les dépôts de France  se procurèrent, sans trop de peine, les chevaux nécessaires, mais la plupart de ces animaux étaient d’une qualité médiocre et peu propre au service de la selle. Néanmoins, ce fut le manque absolu de cavaliers exercés qui re­tarda surtout l’organisation de la cavalerie. 

Valeur des nouvelles troupes

Pour apprécier la valeur des troupes dont va disposer Na­poléo n, il faut distinguer celles qui prirent part aux opérations antérieures à l’armistice de Pleis­chwit z, de celles qui n’ont pu être employées activement qu’après l’armistice.

C’est pour n’avoir pas fait cette distinction que certains écrivains ont été amenés à représenter l’Armée de 1813 comme composée d’un ramassis de conscrits adolescents, jetés pêle-mêle dans des cadres insuffisants en nombre et en qualité.

Cette appréciation vraie, dans une certaine mesure, pour l’armée telle qu’elle fut constituée après l’armistice, n’est pas applicable à l’armée avec laquelle Napoléon  prit l’offensive sur la Saale , au mois d’octobre 1813.

Si l’on se reporte à ce que nous avons dit précédemment, il est facile de se convaincre [1] que les 3ème, 4ème, 5ème, 6ème, 11 et 12ème Corps, qui formèrent le gros de cette armée, se composaient en presque totalité d’éléments permanents mobilisés, ayant naturellement une valeur beaucoup plus grande que des éléments constitués, pour ainsi dire, de toutes pièces comme ceux qui ser­virent à former les sept Divisions destinées aux 1er et 2ème Corps.

D’après une situation originale, datée du 20 avril, la Grande Armée  (et sous cette dénomination, on comprend : les six corps énumérés plus haut, les quatre divisions alliées, la garde (deux divisions), les 1ère, 4ème et 32ème divisions) compte 210 000 fantassins présents sous les armes, dont 35 000 alliés et 175 000 français.

Sur les 175 000 Français , 7 000 au plus, provenant de la classe 1813, 105 000 appartiennent donc aux classes antérieures et ont accompli au moins une année de service effectif : ce sont des soldats rigoureux et instruits.

En ce qui concerne les soldats de la classe 1813, il importe de remarquer qu’à la date indiquée (20 avril), ils ont déjà quatre mois de service. En outre, au point de vue de la vigueur physique, ils ne laissent pas autant à désirer qu’on pourrait le croire au pre­mier abord, en raison de leur âge, 20 ans en moyenne, attendu que la sélection s’est faite parmi eux au cours des longues mar­ches qu’ils ont exécutées pour se rendre des dépôts à l’armée : les malingres sont restés en route, les sujets vigoureux seuls sont arrivés à destination ; le déchet d’effectifs a été considérable, plus d’un cinquième, mais ce qui est resté est bon.

Quant aux cadres, malgré le renvoi au dépôt des officiers âgés ou incapables, ils ont pu être complétés à la date du 20 avril. On y trouve, c’est vrai, un certain nombre de gradés très jeunes et très ignorants du métier, mais la grande majorité se compose de gradés anciens ayant l’expérience de la guerre. Or, à la date du 15 avril [2], une situation originale nous montre l’infanterie du 3ème Corps comptant 1 170 officiers et 36 289 hommes de troupes présents, soit un officier pour trente et un soldats, ce qui est une proportion assez forte.

Dans les autres Corps d’armée, la situation est moins bonne, mais dans aucun d’eux, on ne trouve moins d’un officier pour quarante soldats, ce qui est encore suffisant.

Assurément, cette infanterie ne vaut pas, tant s’en faut, celle détruite en Russie  ; cependant, elle est bonne ; son attitude sur les champs de bataille de Lutzen  et de Bautzen  le démontre mieux que tous les raisonnements.

L’artillerie était excellente, quoique ses chevaux d’attelage fussent un peu jeunes. Malheureusement, son organisation n’était pas terminée lorsque commencèrent les opérations ; la plupart des corps d’armée n’avaient encore reçu que la moitié de leur réserve d’artillerie ; les deux batteries qui leur manquaient ne les rejoigni­rent qu’après Lutzen .

Quant à la cavalerie, au début des opérations, elle se ré­duisait à 15 000 hommes presque tous anciens soldats, 11 000 français, 4 000 alliés. En présence de la cavalerie coalisée, trois fois plus nombreuse, très bonne et, de plus, très favorisée par les populations du théâtre de la guerre, notre cavalerie, condamnée à une extrême circonspection, ne put rendre que des services très relatifs. Après Lutzen , elle reçut, il est vrai, des renforts qui portè­rent son effectif à 25 000 hommes mais, comme ses renforts se composaient en grande partie de recrues montées sur des chevaux de réquisition, sa qualité diminua à mesure que son effectif aug­mentait. C’est seulement à la fin du mois d’août, postérieurement à l’armistice de Pleischwitz , que nos nouveaux escadrons présen­tèrent assez de consistance pour pouvoir être employés active­ment. Il fallut donc plus de neuf mois pour mettre sur pied les formations de cavalerie ordonnées par l’Empereur  : il avait été démontré, une fois de plus, que la cavalerie est une arme qui ne s’improvise pas.

En résumé, l’armée qui franchit la Saale , à la fin d’avril 1813, était dans les mains de Napoléon  un bon instrument de guerre.

Le Major Odleben , un officier saxon qui suivit la campa­gne à l’Etat-Major de l’Empereur  et dont la partialité s’est exercée contre nous à plusieurs reprises, n’a pu s’empêcher de témoigner l’admiration que lui inspira la valeur des troupes françaises :

« La bonne tenue militaire qui régnait dans cette nouvelle armée, sortie de terre pour ainsi dire et rassemblée d’un coup de baguette, était vrai­ment admirable et si l’on éprouvait de l’horreur pour les excès des soldats français, l’esprit militaire, l’activité dans les marches et la bravoure des jeunes troupes si rapidement formées que l’on opposait tout d’un coup à des soldats exercés n’en excitaient pas moins l’étonnement. »

Il y eut, dans cette armée, des traînards en grande quan­tité, mais ce n’était pas là chose nouvelle dans nos armées. On se rappelle en effet que, dès le commencement de la campagne de 1812, avant même le passage du Niemen , le nombre de soldats ayant quitté leurs drapeaux était considérable et que ce fut en vain que l’Empereur  usa de mesure de sévérité pour tenter d’enrayer le mal. Celui-ci tenait à deux causes :

1.      La méthode de guerre de Napoléon  qui imposait à ses troupes des fatigues extraordinaires parce qu’il estimait que les succès décisifs ne s’obtiennent qu’à force d’activité.

2.      La mauvaise organisation du service des subsistances qui met­tait le soldat dans l’obligation de marauder pour ne pas mou­rir de faim.

La méthode de guerre de l’Empereur  échappe à la critique attendu qu’elle lui procurait des succès proportionnels aux pertes subies, soit par le feu, soit par les maladies.

D’une façon générale, un chef d’armée doit ménager ses troupes avec soin ; mais, quand l’occasion se présente d’obtenir de grands avantages par des marches très rapides, il ne doit pas hésiter à y avoir recours malgré les pertes qu’elles occasionnent. Dans chaque cas, c’est une question de proportion à établir entre la perte et le gain probables. L’étude de l’histoire démontre d’ailleurs que c’est au moyen d’opérations menées avec une ex­trême rapidité que l’on obtient les succès les plus décisifs.

Par contre, on ne s’explique pas comment l’expérience de 20 ans de guerre n’avait pas démontré la nécessité d’organiser le service des subsistances sur de meilleures bases.

On en était arrivé à croire que quand les administrateurs n’intervenaient pas en temps utiles, il n’y avait qu’à laisser le sol­dat se pourvoir lui-même.

« Le Maréchal Duroc , dit le Major Odleben , déjà cité, se ren­dit à la maison de ville (à Hamburg ) pour hâter les préparatifs de la fourni­ture de vivres. Mais le désordre résultant de l’accumulation de toutes ces trou­pes était si grand et les besoins si urgents qu’il n’était pas possible d’organiser une distribution régulière. Les officiers haussaient les épaules et disaient : "ils pilleront" et cela arriva régulièrement partout où on ne pouvait pas pourvoir aux besoins de ces oiseaux de proie affamés. ».

Le maraudage était donc organisé en système ; quelques officiers s’efforçaient de réagir mais la masse trouvait tout naturel de laisser faire. Or le maraudage, qui est le dissolvant le plus actif de la discipline, détruit une énorme quantité de subsistances sans profit pour personne : un maraudeur n’hésitera jamais à tuer un bœuf pour se procurer quelques livres de viandes. Puis, il arrive un moment où les maraudeurs ne se contentent plus d’enlever des vivres ; ils volent tout ce qui leur tombe sous la main : organi­sés en bande armées, ils mettent le pays en coupe réglée comme cela est arrivé en 1812 et 1813. La haine que nous portaient les peuples auxquels nous avions fait la guerre provenait bien plus des excès commis par nos soldats au détriment des habitants que de la dureté avec laquelle l’Empereur  traitait ses ennemis vaincus ; dureté qui s’exerçait surtout contre les gouvernements et dont les peuples ne souffraient que de façon très indirecte. Hâtons-nous d’ajouter que la plus grande part de ces excès était imputable à nos alliés, Bavarois , Saxons , Italiens, etc..

Or, à la date du 16 mars 1913, on voit le Grand Prévôt de l’armée « qui rend compte que les colonnes mobiles organisées pour ramasser les traînards en ont trouvés entre Pegau  et Dresde , 5 200 dont les trois-quarts italiens ».

L’armée du début de la campagne de 1813 est bonne, nous le répétons, mais elle porte en elle-même les germes de sa ruine. Les cadres sont complets, ou peu s’en faut, mais elle ne possède pas les éléments nécessaires pour réparer les pertes que vont subir ces cadres. Le nombre des soldats diminuant dans la même proportion que celui des gradés, l’inconvénient sera tout d’abord de peu d’importance. Mais après l’armistice, quand les détachements de renforts rehausseront les effectifs, les cadres se trouveront insuffisants. La valeur des diverses unités sera d’autant plus réduite que les renforts seront composés de soldats et plus jeunes et moins instruits que ceux du début de la campagne [3].

D’un autre côté, il faut bien reconnaître que le sentiment de l’honneur militaire ne suffit pas pour soutenir longtemps le moral des soldats qui ne sont pas de vrais professionnels, c’est-à-dire d’hommes dont l’esprit n’a pas été façonné par une longue éducation militaire. Sous l’action déprimante qu’exercent sur le moral de tout homme de caractère ordinaire, des périls et des privations de toute sorte qui se renouvellent sans cesse et dont on n’entrevoit pas le terme, les courages faiblissent. Il arrive un moment où la lassitude est telle que le premier revers détermine un effondrement général ; la plus insignifiante défaite dégénère en déroute. Pour maintenir hauts les cœurs en dépit des vicissitudes de la Fortune, il ne faut pas moins que ce sentiment de patrio­tisme élevé qui élevait jadis les soldats des armées républicaines et qui, maintenant, anime l’armée prussienne.

Il importe de ne pas s’y tromper : dans la coalition qui contre la France  en 1813, seule la Prusse  est vraiment redoutable parce que son armée est une armée de patriotes qui luttent pour l’indépendance de leur pays.

Il y a là une leçon qui ne doit pas être perdue : un peuple menacé dans son indépendance ne peut périr que s’il s’abandonne lui-même ; si, au contraire, il fait tête au danger sans se troubler, il développe des forces morales si supérieures à celles de son adver­saire qu’il finit par en triompher.

Nous ne parlerons pas de l’organisation intérieure des unités parce que cette organisation reste, à peu de choses près, ce qu’elle était dans les campagnes précédentes.

La seule modification importante consiste dans la sup­pression de la plupart des voitures des trains régimentaires et leur remplacement par des animaux de bât (Décret du 16 février 1813 – Voir le moniteur à cette date).

Par exemple, le train d’un régiment d’infanterie est cons­titué comme il suit :

Etat-Major

 {

une voiture à deux chevaux,

un mulet de bât pour la comptabilité,

une voiture de cantinière,.

Un bataillon

 {

cinq mulets de bât pour les bagages des 21 offi­ciers du bataillon

un mulet de bât pour le transport des paniers d’ambulance,

une voiture de cantinière.

On adopte, pour le train des équipages, des voitures plus légères que dans les campagnes précédentes ; l’emploi des voitu­res dites à la Courtoise se généralise.

Contingents des Etats de la Confédération du Rhin

Les Etats de la Confédération du Rhin  mirent sur pied au commencement de la campagne :

Bavière                :         une Division mixte Général Raglowitch

Wurtemberg        :          une Division mixte Général Franquemont

Bade-Hesse , etc :          une Division mixte Général Marchand

Westphalie           :          une Division mixte Général Hammerstein

Au total, quatre divisions mixtes de troupes assez bonnes, mais d’une fidélité problématique.

Quant à la Saxe , elle garda la neutralité jusqu’après Lut­ze n ; à ce moment elle mit sur pied une division d’infanterie et une division de cavalerie.

L’Empereur  eut soin de répartir les troupes alliées entre ses corps d’armée, afin de se prémunir contre les conséquences de la défection éventuelle de certaines d’entre elles :

-           la Division bavaroise fut affectée au 12ème Corps ;

-           la Division wurtembergeoise au 4ème ;

-           la Division badoise au 3ème ;

-           quant à la Division westphalienne, qui ne put être réunie assez à temps pour participer aux premières opérations et qui, d’ailleurs ne valait pas grand-chose, elle fut disloquée : l’infanterie fut affectée à la garnison de Dresde , la cavalerie at­tribuée au 6ème Corps.

Après Lutzen , la Division d’infanterie saxonne forma, avec la 32ème Division française, le 7ème Corps, dont le Général Reynier  prit le commandement.

 

La Prusse

Réorganisation de l’armée prussienne après 1806

Le traité de Tilsitt  avait réduit la Prusse  à 4 500 000 habi­tants et ruiné ses finances en lui imposant une indemnité de guerre de 120 millions en même temps que l’obligation de se soumettre au système de blocus continental.

Le Roi Frédéric Guillaume  eut le bonheur de trouver dans le baron de Stein  un ministre dont le génie fut à la hauteur de circonstances aussi difficiles.

Le soin de réorganiser l’armée fut confiée au général Scharnhorst  : la tâche était des plus ardues. L’armée ancienne n’existant pour ainsi dire plus, il fallut créer de toutes pièces une armée nouvelle, nationale, comme celle du vainqueur, ce qui exigea la réforme complète de toutes les lois militaires.

Tous les citoyens furent astreints au service personnel : être soldat fut désormais considéré comme un honneur. Le peu­ple prussien tout entier, sans distinction de classe, comprenant que c’était l’armée qui jouerait le rôle principal dans l’œuvre de relèvement du pays, se prêta à un revirement d’opinion qui plaça au premier rang de la Société le Militaire qui, jusqu’alors, avait été relégué au dernier. Les règlements furent modifiés en consé­quence ; pour assurer le respect de la discipline, on fit appel au sentiment de l’honneur et non plus seulement à celui de la crainte ; les peines corporelles furent supprimées sauf pour les fautes contre l’honneur. Le grade d’officier devint accessible à tous sans distinction de naissance.

En même temps, Scharnhorst  poursuivit, avec la plus ex­trême rigueur, la punition des officiers qui, dans la campagne précédente, n’avaient pas fait leur devoir ; les commandants de place qui avaient livré leur forteresse sans combattre furent tra­duits devant des conseils de guerre et condamnés ; des tribunaux d’honneur, institués pour examiner la conduite des officiers qui avaient capitulé à Prenzlau  et ailleurs, chassèrent de l’armée tous ceux qui ne purent se justifier.

Pour se ménager de grandes ressources en soldats exercés sans dépasser l’effectif de paix de 42 000 hommes imposé par le traité de Tilsitt , on organisa les réserves en réduisant la durée du service dans l’armée active et en astreignant les hommes libérés à rejoindre leur corps en cas de guerre. On prépara la réquisition des chevaux et on créa des magasins contenant tout le matériel nécessaire pour la mise sur pied de guerre de l’armée active et de sa réserve.

Les règlements de manœuvre furent remaniés ; on sup­prima les exercices de parade pour ne laisser subsister que ceux qui constituaient une véritable préparation à la guerre. Des écoles de guerre furent créées pour développer l’instruction profession­nelle des officiers.

L’armée fut divisée en 6 corps constitués en toutes armes que l’on appela des Brigades et dont chacun était fort de 6 à 7 000 hommes. La Prusse  fut partagée en trois commandements militai­res : 1) La Prusse proprement dite ; 2) La Silésie , 3) La Marche  avec la Poméranie .

Mobilisation de l’armée prussienne en 1813.

En 1812, après avoir vainement essayé de s’entendre avec l’Empereur  Alexandre , le roi de Prusse  avait signé avec Napoléon  un traité par lequel il mettait à la disposition de son vainqueur, pour la campagne qui allait s’ouvrir, un corps d’armée de 20 000 hommes, c’est-à-dire près de la moitié de ses forces militaires actives ; beaucoup d’officiers patriotes, entre autres Scharnost, Gueisenau , Clausewitz , qui avaient été les conseillers militaires du roi, quittèrent leur pays pour prendre du service en Russie  ; d’autres, parmi lesquels Blücher , signalés comme ennemis irré­conciliable des Français , se virent enlever leur commandement. Il en résulta que l’organisation militaire, préparée avec tant de soin, fut en grande partie bouleversée si bien que, quand la Prusse se déclara contre la France  en 1813, la mise sur pied de ses forces ne s’effectua pas aussi rapidement qu’on l’avait espéré [4]

A la fin de janvier 1813, le rappel de ses réservistes permit de porter à l’effectif de guerre les troupes de l’armée active (800 hommes par bataillons, 150 hommes par escadrons) et, en outre, de former 52 bataillons de réserve, qui devaient porter à 90 000 hommes le total des troupes de ligne.

Le 3 février, le roi Frédéric signa un édit qui organisait des compagnies et des escadrons de chasseurs dits volontaires et dont devaient faire partie les jeunes gens de 17 à 24 ans qui, n’appartenant pas à l’armée active, n’avaient pas de cas de dis­pense. Ces jeunes gens étaient tenus de s’habiller, de s’équiper et même de s’armer à leurs propres frais (ou aux frais des commu­nes). Les compagnies et escadrons ainsi constitués furent annexés aux régiments de cavalerie et d’infanterie de l’armée active.

Le 9 du même mois, un nouvel édit compléta celui du 3 en supprimant les cas de dispense et en définissant les pénalités dont seraient frappés tous ceux qui ne prendraient pas du service (ils ne pourraient plus exercer de fonctions publiques et seraient privés des droits de bourgeoisie et de patente ; il leur serait inter­dit de porter la cocarde nationale ; etc.) [5].

Le 27 mars, parut un décret sur l’organisation de la Land­weh r.

Pour compléter les cadres des troupes de campagne, on avait fait appel aux anciens officiers encore en état de servir et fait des promotions non seulement parmi les enseignes porte-épée, mais encore parmi les cadets et les sous-officiers. Comme cela ne suffisait pas, on nomma officiers des volontaires n’ayant que quelques semaines de service.

Quand on forma la Landwehr , on éprouva naturellement des difficultés plus graves encore que l’on résolut de la même manière. En résumé, les compagnies et les escadrons de chasseurs volontaires furent, dès le principe, considérés comme des pépi­nières d’officiers.

Les troupes de l’armée active proprement dite eurent ter­miné leur mobilisation au commencement de mars. La formation des bataillons de réserve se prolongea jusqu’au milieu de mai ; une partie, 15 à 20, marchèrent avec les troupes actives, le reste fut employé à constituer les corps de blocus des places occupées par les Français .

Quand à la Landwehr , son organisation fut entravée par le manque de cadres et d’effets de toute sorte et d’armes. Au mo­ment de l’armistice, cette organisation était à peine ébauchée.

D’après les prévisions, la mobilisation terminée, l’effectif de l’armée prussienne s’élèverait à plus de 250 000 hommes, ainsi répartis :

 

 

 

 

 

 

Armée de campagne

 

 

 

 

Armée active

46 bataillons à 800 h

36 800

Cavalerie

19 Régts à 4 esca-drons

2 escadrons indépendants

11 700

Artillerie

45 batteries :

36 à pied,

9 à cheval

3 compies de pion-niers à 200 h.

6 600

Total

55 100

Détachement de chasseurs volontaires à pied et à cheval

10 000

52 bataillons de réserve à 800 h

41 600

Total

106 700

 

Landwehr

149 bataillons

124 escadrons

140 000

3 régiments de cavalerie nationale

1 650

Divers détachements de partisans

5 000

Total

253 350

Les troupes de l’armée active, renforcées des détachement de volontaires et d’une partie des bataillons de réserve, formèrent, au début des opérations, trois corps d’armée de composition très différente, ayant à leur tête les généraux Blücher , Bülow  et York . De ces trois corps, celui de Blücher  est le seul qui conserva toute son organisation durant toute la première partie de la campagne ; les deux autres furent fractionnés dès le début.

Chaque fois que cela sera nécessaire, on donnera dans le texte l’ordre de bataille de l’armée prussienne.

Lorsque commença la campagne, en mars, les Corps d’York  et de Bülow , éprouvés par la fièvre typhoïde, avaient un très grand nombre de malades, 10 000 d’après Clausewitz .

La Russie

Situation de l’armée russe au moment où elle franchit la Vistule , en février 1813.

Les corps russes, qui avaient atteints la Vistule  au com­mencement de février, comprenaient ensemble 150 régiments d’infanterie, 63 de cavalerie et plus de 50 batteries ; l’effectif des présents sous les armes ne dépassait pas 110 000 hommes, dont 70 000 fantassins, 30 000 cavaliers et cosaques 10 000 artilleurs.

Les régiments d’infanterie étaient réduits, pour la plupart, à un seul bataillon et le bataillon ne comptait pas, en moyenne, plus de 350 hommes. Les régiments de cavalerie comptaient seu­lement quatre escadrons (au lieu de 8) de cent hommes chacun.

Organisation d’une armée de réserve. Un ukas du 5 février avait prescrit l’organisation d’une armée de réserve comprenant 173 bataillons, 92 escadrons, 37 batteries et qui devait se réunir autour de Bialistock . Le manque de cadre, joint au manque de matériel et d’armes, retarda de beaucoup la formation des unités de toutes armes.

Du commencement de mars à la fin de juillet 1813, l’armée de réserve envoya à l’armée d’opération 68 000 fantassins, 14 000 cavaliers, 5 batteries.

Les détachements, mis en route successivement, marchè­rent très lentement et perdirent, avant d’arriver à destination, par désertion ou maladie, près du tiers de leur effectif. En définitive, les renforts qui parvinrent à l’armée active pendant la première partie de la campagne ne suffirent pas, tant s’en faut, pour la maintenir au faible effectif indiqué ci-dessus.

Les Corps d’armée, d’infanterie et de cavalerie furent à peu près tous fractionnés et mélangés à un tel point que, suivant un témoin oculaire, « les généraux ne savaient plus à quelles troupes commander et réciproquement, les troupes ne savaient plus à chef obéir ».

On sera obligé d’indiquer, pour chaque affaire, la compo­sition des troupes russes qui y prennent part.

L’armée russe d’Allemagne  ne se compose que de vieux sol­dats éprouvés ; elle est à coup sûr redoutable, mais pas autant que l’armée prussienne qui compte pourtant dans ses rangs beau­coup de jeunes soldats. Le soldat russe montre, dans les combats, sa ténacité ordinaire mais il n’est plus animé de cette ardeur pa­triotique que l’on constatait en lui quand il luttait pour chasser l’étranger du territoire national.

Une partie des Landwehr