| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
La manoeuvre de LutzenCommandant Lanrezac
III - L’Armée de l’Elbe Opérations de l’armée de l’Elbe du 19 février à la fin de mars Situation générale au 19 févrierLe Prince Eugène , avec les quatre petites divisions qu’il a ramenées de Posen (12 000 hommes), atteint l’Oder , à Francfort , le 18 février ; c’est le lendemain 19 qu’arrivera à Glogau le 7ème Corps (Général Reynier ), réduit à 9 000 hommes depuis la malheureuse affaire de Kalisch . Le Prince trouve à Francfort le Maréchal Gouvion Saint-Cyr , qui est venu à sa rencontre avec 2 Divisions du 11ème Corps (38ème et 36ème), 18 000 hommes ; le Maréchal Augereau est resté à Berlin avec une brigade de 31ème Division (l’autre est à Stettin ) et quelques autres troupes, en tout 6 à 7 000 hommes. Le Général Lauriston , avec un détachement de troupes saxonnes (2 000 hommes), se trouve dans la Poméranie suédoise. Les places de l’Oder sont pourvues de leurs garnisons et approvisionnées : Stettin , 9 000 hommes (en y comprenant une brigade de la 31ème Division qui n’aurait pas dû y rester) ; Küstrin , 4 000 hommes ; Glogau , 4 000 hommes. Il y en a 3 000 à Spanda u. Le prince Poniatowski , avec 8 à 9 000 Polonais , a suivi en Galicie le corps auxiliaire du prince de Schwarzenberg ; malgré ses protestations, il va être compris dans l’armistice conclu entre les Autrichiens et les Russes et se trouvera par suite réduit à l’inaction. Nous ne nous en occuperons plus. Les détachements de cosaques du corps de Wittgenstein ont franchi l’Oder en amont et en aval de Küstrin , dès le 16 février, ils battent l’estrade jusqu’à Berlin , enlevant les courriers et les isolés. Dans cette même journée du 16, un de leurs partis a rencontré un bataillon westphalien qui s’est rendu sans combattre ; le 20, un autre détachement, qui a réussi à se glisser derrière les avant-postes de la 31ème Division, apparaît tout à coup devant Berlin et y pénètre un instant, provoquant une vive échauffourée. Les gros des corps russes sont encore très loin de l’Oder . Wittgenstein , qui à dû laisser 20 000 hommes devant Thorn et Dantzig , n’a plus que 19 000 hommes ; il s’avance très lentement à travers la Poméranie : le 18, il est encore à marche en arrière de Konitz , à plus de 250 km de l’Oder . Kutuzow , avec 40 000 hommes, est à Kalisch -Sacken, avec 20 000 hommes occupe la Pologne et observe la Galicie . Les Prussiens ne nous ont pas encore déclaré la guerre mais on s’attend à les voir d’un jour à l’autre se joindre aux Russe s. Le Général York , avec son corps d’armée (10 000 hommes), suit Wittgenstein à deux ou trois marches ; Blücher organise un nouveau corps à Breslau , en Silésie et Bülow , un autre à Colberg en Poméranie . Le Prince Eugène se replie sur Berlin . – Le Prince Eugène est assez mal renseigné ; cependant, il lui est facile de se rendre compte de la situation qui est des plus nettes. L’inaction des Russes montre qu’il sont hors d’état d’entreprendre quoi que ce soit de sérieux sans le concours des Prussiens ; la défection de ceux-ci est probable à bref délai, mais si elle ne s’est pas produite encore, c’est que le roi Frédéric Guillaum e, craignant des représailles de notre part, hésite à se déclarer contre nous alors que nous sommes maîtres d’une grande partie de ses Etats et de sa capitale. La conduite à suivre est donc tout indiquée : il faut tenir la ligne de l’Oder afin de couvrir Berlin et prendre une attitude énergique, qui impose le respect à un ennemi devenu trop audacieux et maintienne le roi de Prusse dans ses hésitations. Le mieux serait de s’établir, avec le gros de ses forces dans une position offensive, en avant de Küstrin , en ayant soin de rompre tous les ponts en dehors de ceux des places fortes et de détruire systématiquement les barques et nacelles qu’il ne serait pas possible de ramener à l’intérieur de ces places. Si l’on se décidait à tenir ferme sur la rive droite de l’Oder , il n’y aurait aucun inconvénient à pousser en avant de l’Elbe , quoique leur organisation ne soit pas complètement terminée, les 2 Divisions du 5ème Corps qui sont à Magdeburg . Le corps ennemi le plus rapproché, celui de Wittgenstein , ne pouvant atteindre Küstrin avant une dizaine de jours, on aurait le temps de porter sur Berlin la tête du 5ème corps et de faire venir de Stettin la 2ème brigade de la 31ème Division, de manière à disposer, pour les opérations actives, de tout le 11ème corps, des troupes venues de Pose n et des débris du 7ème corps, au total 50 000 hommes environ. La présence de 4 à 5 000 cosaques sur la rive gauche de l’Oder est à coup sûr très gênante en raison du manque de cavalerie, mais on sera assez rapidement renforcé en troupes de cette arme. D’ailleurs, avec les 2 000 cavaliers dont on dispose et 7 à 8 000 fantassins et artilleurs, il serait possible de former 2 à 3 colonnes mobiles qui auraient bientôt fait de débarrasser des coureurs ennemis tout le pays, à l’ouest de l’Oder , pourvu que l’on se décidât à traiter avec la plus extrême rigueur les habitants convaincus de connivence avec l’ennemi. Si l’on réussissait à gagner, le 10 mars, le corps d’opéra-tion se renforcerait successivement des quatre divisions du 5ème Corps, qui seraient relevées dans la garde de Berlin et de Magdebur g par les 1ère et 4ème Divisions. A partir du 20 mars, on aurait plus de 80 000 hommes pour tenir la campagne en avant de l’Oder . Malheureusement, le Prince Eugène , influencé par les rapports alarmants du Maréchal Augereau , qui était convaincu que l’approche du premier détachement ennemi serait le signal d’une insurrection générale du peuple de Berlin , a jugé nécessaire de rapprocher le gros de ses forces de cette capitale. Satisfaire à ce desideratum eut été possible sans renoncer à défendre la ligne de l’Oder puisqu’il n’y a que 60 km environ de Berlin à Küstri n. En établissant les troupes vers Münschberg , on restait à même de tomber sur tout corps ennemi qui tenterait de franchir le fleuve entre Francfort et Wriezen et l’on était assez prêt de Berlin pour y arriver en quelques heures si les circonstances l’exigeaient. En tout cas, c’était indiquer qu’on avait l’intention de défendre Berlin, ce qui aurait ramené l’ennemi à une circonspection dont le moindre bénéfice eût été un gain de temps appréciable. Wittgenstein , livré à ses propres forces, 24 000 hommes en y comprenant les détachements francs, ne se serait pas hasardé à passer l’Oder en présence d’un corps français très supérieur au sien : il aurait attendu d’être renforcé, ce qui l’eût amené au-delà du 5 mars puisque les troupes de Kutuzow étaient encore, à la date du 20 février, réunies près de Kalisch . Il y avait bien, plus à portée, les corrps prussiens d’York et de Bülow mais, tant que la Prusse ne nous avait pas officiellement déclaré la guerre, on devait espérer que ses troupes ne se joindraient pas aux Russes et agir en conséquence. Le Maréchal Gouvion Saint-Cyr , qui voulait que l’on restât sur l’Oder , aurait sans doute réussi à faire prévaloir son avis, mais il tomba malade et le commandement du 11ème Corps revint provisoirement au Général Grenier , qui n’avait pas assez d’influence sur le Prince Eugène pour le convaincre. Le prince renonça donc à défendre la ligne de l’Oder pour concentrer, aux environs de Berlin , la majeure partie de ses forces ; il donna l’ordre suivant : « le 7ème Corps restera à Glogau , la Division bavaroise de Bechberg à Krossen , la Division Gérard à Francfort ; les 35ème et 36ème Divisions avec le reste des troupes venues de Posen , se replieront sur Berlin ». On commettait déjà une faute en faisant rétrograder le gros des forces sur Berlin ; on l’aggravait par des dispositions de détails en contradiction avec la résolution prise. Les ponts
de Krossen et
de Francfort étant
détruits, pourquoi laisser sur ces deux points, à 80 km derrière soi,
les 4 000 hommes des Divisions Gérard et
Bechberg qu’on exposait à être enlevées ? Dès l’instant où
on avait renoncé à défendre l’Oder , il fallait
en prendre franchement son parti et se retirer avec tout son monde ! Il
était d’autant plus indispensable de garder ses troupes réunies
qu’elles étaient moins nombreuses et l’ennemi plus audacieux. Enfin, si l’on voulait absolument laisser un détachement sur l’Oder , la prudence commandait de l’appuyer à Küstrin : « Puisque vous vous retirez sur Berlin , écrira Napoléon le 5 mars, qui vous a porté à garder Francfort , vous n’aviez qu’à brûler le pont (c’était fait) ». Il ajoutera le 7 mars, en réponse à un rapport du Prince Eugène signalant que l’on était sans nouvelle du Général Gérard : « Je ne puis comprendre pourquoi compromettre ce corps d’observation, lorsque vous pouviez l’appuyer à Küstrin ». Le 20 février, c’est-à-dire le jour même où quelques centaines de cavaliers russes causaient à Berlin l’échauffourée dont nous avons parlé, le Prince Eugène mit ses troupes en mouvement en deux colonnes ; une division et un régiment de chasseurs à cheval passant par Münschberg , le reste suivant la route de Fürstenwald . Le 21, le Régiment de chasseurs italiens, qui marchait isolément sans prendre de précautions, fut surpris par les Cosaques et presque entièrement détruit. C’était la deuxième affaire de ce genre en moins de dix jours ; l’Empereur se montra très irrité de tant de négligence : « Tout cela ne serait pas arrivé, dira-t-il le 19 mars, si la cavalerie avait marché réunie et si on y avait joint un régiment d’Infanterie, ce que la prudence et la manière de faire des Cosaques indiquaient impérativement » .[1] Le 28, le
Quartier général s’établit à Köpernich avec
la Division de la Garde (Général
Roguet ), qui détacha un bataillon à Fürstenwald
pour assurer la
communication avec Francfort ; les 35ème
et 36ème Divisions prirent position face au N-E en avant de
Berlin , où fut placé le Général Girard avec
la Division polonaise et la 1ère brigade de la 31ème
Division ; la Division Gérard resta
à Francfort ; la Division Rechberg à
Krossen . Convention de Kalisch entre la Prusse et la Russie : premières opérations en commun des troupes de deux puissancesLe roi Frédéric Guillaume se décida à signer, avec les Russe s, le 28 février, la convention de Kalisch , mais il ne voulut pas qu’elle fût rendue publique immédiatement et émit la prétention de n’adresser à la France sa déclaration de guerre que quand les Russes se seraient rendus maîtres de Berlin . Kutuzow , qui n’avait que 60 000 hommes réellement disponibles pour les opérations actives, déclara qu’il ne ferait pas un pas de plus vers l’Oder tant que les troupes prussiennes n’auraient pas reçu des ordres positifs pour agir de concert avec lui. Le 1er mars, le roi Frédéric Guillaume ordonna à ses généraux de s’avancer vers l’Oder à la suite des corps russes, mais en leur recommandant d’éviter avec soin tout acte d’hostilité jusqu’au moment où il déclarerait la guerre officiellement à la France . Rappelons de suite que ce fut seulement le 15 que notre ambassadeur près la cour de Prusse eut connaissance de la convention de Kalisch, et le 27 que la déclaration de guerre parvint à Paris [2]. Les deux souverains alliés s’étaient entendus pour régler de la manière suivante la conduite des opérations. Kutuzow était désigné comme généralissime ; L’aile droite, commandée par Wittgenstein et comprenant le corps russe de ce général (19 000 hommes) et les deux corps prussiens d’York et de Bülow (30 000 hommes), en tout 50 000 hommes, franchirait l’Oder entre Küstrin et Stettin et marcherait sur Berlin puis sur Magdebourg. ile gauche, commandée par Blücher et comprenant le corps russe de Wittzengerode, (14 000 hommes, la plupart cavaliers) et le corps prussien de Blücher (27 000 hommes), en tout 40 000 hommes, se porterait sur Dresde à travers la Silésie ; La réserve, formée, sous les ordres immédiats de Kutuzow , du corps de Miloradowitch et de la garde russe, 30 000 hommes, suivrait l’aile gauche à 3 ou 4 marches. Les coalisés estimant que, pour le moment, les Français étaient hors d’état d’opposer une résistance quelconque, se croyaient certains d’aller jusqu’à l’Elbe sans avoir à combattre. Ils s’étendaient sur un très grand front, donnant à leur mouvement des allures d’invasion pour balayer d’un seul coup tout le pays entre l’Oder et l’Elbe et aussi pour tâcher d’influencer les Etats de la Confédération du Rhin et de les déterminer à faire cause commune avec la coalition : « Quand on aura atteint l’Elbe , il sera temps de serrer le jeu ; pendant que de forts partis de troupes légères déborderaient l’aile gauche de l’ennemi, l’on masserait la plus grande partie des forces sur la gauche du théâtre d’opérations en s’appuyant aux montagnes de la Bohème, afin d’agir en masse de ce côté, selon les circonstances. Le désir de rester lié à l’Autriche , dont l’adhésion à la coalition était considérée comme une affaire de temps et le souvenir de la manœuvre exécutée par Napoléon en 1806 avaient dicté aux coalisés leur résolution. Nous donnons ci-après la situation détaillée de l’armée coalisée (troupes d’opérations seulement) au 15 mars. On
remarquera la composition hétérogène des différents corps, qui doit
compliquer à l’extrême l’exercice du commandement supérieur. Situation de l’armée coalisée au 15 mars (troupes d’opérations seulement)1) Armée de Wittgenstein (49 500 h - 188 canons)
Armée de Blücher (40 800 h - 136 canons)
Armée de réserve – Général
Kutuzow (30 500
h - 272 canons)
Total général [3] = 110 800 hommes, 596 canons L’avant-garde de Wittgenstein , commandée par le Général Prince Repnin , traversa l’Oder les 1er et 2 mars, à Gustbiese , à mi-distance de Küstrin et de Stettin et s’avança sur la route de Berlin . Dans la journée du 2, le Prince Eugène replia ses troupes sur la rive gauche de la Sprée et porta son Quartier général à Schönberg , à une demie-lieue en arrière de Berlin : c’était avouer qu’on ne voulait pas courir le risque d’un combat pour rester maître de la ville. Voici le jugement porté à ce sujet par Napoléon (lettre du 9 mars) : « Puisque
le passage de l’Oder était
impraticable et que dans la Haute-Silésie ,
le Général Reynier était
encore à Bunzlau , je ne vois pas ce qui vous
a porté à quitter Berlin . Rien
n’est moins militaire que le parti que vous avez pris de porter votre
Quartier général à Schönberg en
arrière de Berlin , il était très
clair que c’était attirer l’ennemi.
Si, au contraire, vous aviez pris une situation en avant de Berlin, en
communiquant par convois avec Spandau , et de
Spandau avec Magdeburg , en faisant venir une
Division du corps de l’Elbe (5ème
Corps) ou en construisant quelques redoutes, l’ennemi aurait dû croire
que vous vouliez livrer bataille. Alors, il n’aurait passé l’Oder
qu’après
avoir réuni 60 ou 80 000 hommes et dans l’intention sérieuse de
s’emparer de Berlin, mais il était encore bien loin de pouvoir faire celà.
Vous pouviez gagner 20 jours et cela eût été bien avantageux
politiquement et militairement. Il est même probable que l’ennemi n’eût
pas risqué ce mouvement... Mais le jour où votre Quartier général a été
placé derrière Berlin, c’était dire que vous ne vouliez pas garder
cette ville, vous avez ainsi perdu une attitude que l’art de la guerre
est de savoir conserver. Un général expérimenté, qui eût établi un
camp en avant de Küstrin , aurait donné
le temps au corps de l’Elbe de
venir sur Berlin, il n’aurait pu être attaqué que par de grandes
dispositions qu’il aurait forcé l’ennemi de prendre. » Quand on
a intérêt à rester le plus longtemps possible en possession d’un point
important et qu’on est trop faible pour lutter contre son adversaire, la
pire maladresse que l’on puisse commettre est de prendre des dispositions
qui signifient clairement que l’on ne courra pas le risque d’un
engagement pour conserver le point en question. Il faut, tout en prenant ses
mesures pour se dérober au moment voulu, adopter une attitude qui fasse
croire à l’ennemi que l’on est décidé à livrer bataille : cet
ennemi, rendu prudent, manœuvrera avec méthode et par suite, perdra du
temps. Dans la correspondance de Napoléon , on
trouve de nombreuses observations de ce genre. Ainsi, plus tard, quand le
Maréchal Davout fera
sauter le pont de Dresde , l’Empereur écrira
au Prince Eugène (lettre
du 16 mars) : « J’ai vu avec peine que le prince d’Eckmühl
a fait
sauter le pont de Dresde. Cela ne peut manquer d’y attirer l’ennemi.
Surtout, s’il a fait sauter une pile.... « Les
Russes ne
voulant pas venir à Dresde en
force, il était plus facile de barricader le pont et de rester tranquille
dans la ville ; et si, enfin, on devait faire sauter le pont, il
fallait n’en faire sauter qu’une arche de manière à pouvoir
sur-le-champ la réparer avec des pièces de bois pour rester maîtres de la
ville, sauf à jeter ses bois dans la rivière à l’approche de
l’ennemi. » En faisant sauter le pont de Dresde , on avouait implicitement qu’on disposait de trop peu de troupes pour défendre cette partie de l’Elbe et, par conséquent, on incitait l’ennemi à pousser de suite une avant-garde de ce côté, alors qu’il n’y aurait pas pensé sans cela. « Vous avez perdu une attitude que l’art de la guerre est de savoir conserver », voilà un précepte qu’il convient de méditer. A la guerre, malheur à celui qui laisse son adversaire perdre le respect de ses armes, surtout quand il est le plus faible, il est à la merci de l’ennemi qui se croit, dès lors, avec raison, le droit de tout tenter. Les événements que nous allons raconter en sont une preuve convaincante. L’avant-garde de Wittgenstein a franchi l’Oder le 1er mars et s’est avancée dans la direction de Berlin . A la nouvelle que les Français se sont repliés derrière la Sprée , le Prince Repnin , le commandant de cette avant-garde, marche droit sur Berlin ; chemin faisant, il est rejoint par les détachements francs de Tschernitche w, Bekendorf et Tettenborn , si bien qu’il dispose de 12 000 hommes soit 7 000 cavaliers, 5 000 fantassins et 30 canons. Dans la
nuit du 3 au 4, les troupes françaises se mettent en retraite sur
Wittenberg . Le prince Repnin entre
aussitôt à Berlin aux
acclamations enthousiastes de la population et laisse sa cavalerie légère
à la poursuite des colonnes françaises. A cette même date du 4, la tête
du Corps de Wittgenstein est
encore à Landsberg , à deux marches à
l’est de Küstrin , c’est-à-dire à plus
de cinq jours de Berlin. Ainsi,
plus de 30 000 hommes de bonnes troupes françaises se retirent
devant 12 000 hommes de troupes légères russes, leur abandonnant
Berlin dont
la possession était pour nous d’une si grande importance au double point
de vue politique et militaire. Les Français évacuent Berlin et se replient sur l’Elbe supérieur [4]Du 4 au 7 mars, les troupes françaises effectuèrent leur retraite vers l’Elbe ; le corps principal, harcelé par la cavalerie ennemie, se dirigea de Berlin sur Wittenberg , où il fut rejoint par la Division Gérard qui avait réussi à se faire jour. La Division Rechberg , passant par Sübben et Lücken , gagna Torgau où le commandant de la place, le Général saxon Thielman , refusa de la recevoir ; elle appuya alors sur Meissen . Le Général Reynier , avec le 7ème Corps, avait quitté Slogau , le 26 février, au moment où les troupes légères de Wittzengerode franchissaient l’Oder et le 2 mars, avait pris position à Bautzen ; à la nouvelle de l’évacuation de Berlin, il se replia sur Dresde . Voici quelles dispositions furent prises par le Prince Eugène pour annoncer la défaite de l’Elbe . Le Maréchal Davout fut désigné pour commander l’aile droite, composée du 7ème Corps réduit à 6 000 hommes par la fièvre typhoïde et la désertion, de la Division Rechberg , de la 31ème Division dans laquelle furent fondues les Divisions Gérard et Girard et enfin, de la 1ère brigade de la 1ère Division, en tout, 7 000 hommes avec lesquels le Maréchal devait tenir Dresde et défendre l’Elbe de Koenigstein à Torgau . A Koenigstein, petite forteresse sans valeur, il y avait une garnison de quelques centaines de soldats saxons. La place de Dresde avait été délaissée en 1806, mais le faubourg de Menstadt , qui est situé sur la rive droite du fleuve, était couvert par un rempart bastionné d’ailleurs en très mauvais état. Quant à Torgau, où commandait le général Thielma n, c’était une place assez forte ; sa garnison se composait de 5 à 6 000 hommes de troupes saxonnes de nouvelles levées. Les 35 et 36ème Divisions, 18 000 hommes, sous le général Grenier , formèrent le centre : elles se placèrent en colonnes, la tête en avant de Wittenberg , la queue à Elenburg . Wittenberg était une ancienne place forte déclassée depuis longtemps, mais facile à remettre en état, attendu que sa principale défense consistait dans ses fossés plein d’eau. Le 5ème Corps, 35 000 hommes, forma la gauche à Magdebur g où il se trouva bientôt rassemblé en entier. Magdeburg était une place très forte qui renfermait des approvisionnements considérables en matériels de toute espèce. Le général Montbrun , avec quelques escadrons destinés au 1er Corps de cavalerie, 1 500 hommes, se plaça à Dessau pour lier le centre et la gauche. La 4ème Division et la 2ème brigade de la 1ère Division, 12 000 hommes, se réunirent à Bernburg pour achever de s’y organiser, le Maréchal Victor en eut le commandement. Le Quartier général et la Division Roguet , 3 000 hommes, s’établirent à Leipzig . A Hamburg , il y avait le général Carra-Saint-Cyr , avec un millier de soldats et quelques centaines de douaniers et gendarmes ; la population, très hostile à la cause française, manifestait ouvertement les intentions les plus malveillantes. Enfin, le
Général Morand , que l’on avait oublié en Pomérani
e avec 2 bataillons saxons et qui avait appris fortuitement
l’évacuation de Berlin , battait en retraite vers
Hamburg ; on se demandait avec inquiétude
s’il réussirait à se frayer un passage. Critiques de Napoléon au sujet des dispositions prises pour la défense de l’Elbe supérieurLe Prince Eugène a compris qu’il ne peut garder tout le cours de l’Elbe de la Bohème à Hamburg : il doit opter entre la défense du bas Elbe et celle de l’Elbe supérieur. En s’établissant sur le bas Elbe , on abandonne la Saxe et l’on découvre les autres Etats de Confédération du Rhin ; en s’établissant sur l’Elbe supérieur, on abandonne la 32ème Division militaire qui fait partie intégrante du territoire français et l’on découvre la Hollande ; on permet aux coalisés de mettre la main sur Hamburg par où ils seront en communication facile avec l’Angleterre . Chacun des deux partis présente donc des inconvénients. Après mûre réflexion, le Prince Eugène se décide à couvrir l’Elbe supérieur ; il veut garder Dresde et couvrir les routes qui conduisent directement du Meyn sur l’Elbe ; l’armée de secours s’organisant dans la vallée du Meyn , il se croit obligé de prendre sa ligne d’opération sur Mayence pour rester en liaison avec cette armée. Il adopte, en conséquence, les dispositions que nous avons exposées plus haut. Il
fallait que le Prince eut des idées bien étranges sur la guerre pour
disperser ainsi en cordon, le long de l’Elbe , sur
un front de plus de 250 km, une armée de 90 000 hommes, en conservant
pour unique réserve les 3 000 de la Division Roguet . Lettre de l’Empereur du 19 mars « Par
vos dispositions du 10, vous placez parfaitement vos troupes pour empêcher
aux cosaques et aux troupes légères de passer la rivière. Vous placez
votre armée comme une arrière-garde ou comme on placerait une avant-garde,
mais il n’y a point de dispositions réelles. » En effet, si l’on n’est pas au courant de la situation, on est tenté de considérer les corps placés le long de l’Elbe comme des détachements de couverture et on cherche immédiatement, à quelque distance en arrière du centre de la ligne qu’ils occupent, soit vers Leipzig , ce que nous appelons aujourd’hui la masse de manœuvre et que Napoléon va appeler, un peu plus loin, la « masse offensive ». « Il
n’y a pas de dispositions réelles. » Le Prince Eugène n’acceptera pas cette critique ; il répliquera que les mesures prises par lui permettent de maîtriser, d’une façon absolue, le cours de l’Elbe des montagnes de la Bohème à Magdeburg , si bien que tout le pays à l’Ouest du fleuve est parfaitement couvert, ce qui est le but à atteindre. Napoléon , prévoyant les objections du Prince Eugène , a pourtant pris soin de lui expliquer pourquoi ses dispositions ne sont pas des dispositions réelles. « En
effet,
dit-il, vous ne faites pas connaître ce que feront le Prince d’Eckmühl
, le duc de Bellune et
vos officiers généraux si l’ennemi passait l’Elbe | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||