| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire La manoeuvre de LutzenCommandant Lanrezac
IV - Offensive de l’armée française du Meyn à l’Elbe Plan de campagne de NapoléonLes désastres de la campagne de Russie n’avaient nullement abattu Napoléon . A aucune époque, il ne montra plus de fermeté d’âme, plus de profondeur de vues. Les Russes franchirent la Vistule : abandonnés des Autrichiens , trahis par les Prussiens , nous n’avons qu’à opposer à nos ennemis qu’une poignée de soldats ; l’Empereur ne s’émeut pas. On le voit qui médite pour le printemps un plan d’offensive grandiose : d’un bond, il reviendra sur la Vistule avec une armée nouvelle et rejettera les Russes au-delà du Niemen (Lettre écrite le 27 janvier au Prince Eugène ). La situation devient de plus en plus sombre, les Prussiens nous déclarent la guerre, les armées alliées franchissent l’Oder et marchent sur l’Elbe : Napoléon ne se départit pas de son calme et persiste dans son projet primitif. Dans une
note rédigée le 11 mars pour le Prince Eugène , il
expose en détail ce qu’il a l’intention de faire : « ......
de Havelberg , c’est la ligne la plus courte
pour se porter sur Stettin . On conçoit donc
que comme le principal but de l’armée française est d’arriver
promptement au secours de Dantzig ,
en supposant l’armée de l’Elbe réunie
à Magdeburg , à Havelberg et à Wittenberg
, et l’armée du Meyn réunie
sous Würzburg , Erfurt et
Leipzig , un mouvement naturel qui
serait facilement dérobé à l’ennemi serait de faire passer toute
l’armée de l’Elbe , suivie de l’armée
du Meyn , par Havelberg sur Stettin : de
sorte qu’on serait arrivé, dans cette ville, on se trouverait avoir passé
l’Oder et
avoir gagné dix jours de marche sans que l’ennemi qui est à Dresde
, Glogau et
Varsovie pût
être en mesure de se pelotonner pour couvrir Dantzig. Après
avoir fait des tentatives pour faire supposer que je veux me porter sur
Dresde et
dans la Silésie , mon intention sera
probablement à couvert des montagnes de la Thüringe et
de l’Elbe , de me porter par Havelberg
, d’arriver à marches forcées sur Stettin avec
300 000 hommes et de continuer la marche de l’armée sur Dantzig
, où on peut arriver en quinze jours et, le vingtième
jour du mouvement, après qu’on aurait passé l’Elbe ,
on aurait débloqué cette ville et on serait maître de Marienburg
, de l’île de la Nogat et
de tous les ponts de la Basse Vistule . Voilà
pour l’ordre offensif.... » Il est évident qu’un tel plan suppose que l’on a des forces très supérieures à celles de l’adversaire : c’est à proprement parler de la stratégie de trois contre un. Napoléon ne croit pas à l’intervention de l’Autriche , il pense donc n’avoir affaire qu’aux Russes appuyés parles Prussiens dont il ne soupçonne pas les ressources militaires. Néanmoins, on est surpris de le voir prendre Dantzig comme premier objectif. A coup sûr, si sa manœuvre réussissait (et elle réussirait certainement si la situation était telle qu’il se la figure), il en retirerait les plus grands avantages. Il aurait débloqué les places de la Vistule et de l’Oder , dont les garnisons forment une véritable armée (plus de 60 000 hommes et qui contiennent d’immenses approvisionnements. Pendant que l’armée ennemie s’affaiblirait de tous les détachements dispersés, ou détruits en chemin par l’armée française, celle-ci se renforcerait de 40 000 vieux soldats au moins qui sortiraient des places où ils seraient relevés par un même nombre de conscrits. Les coalisés, surpris, n’auraient d’autre parti raisonnable à prendre que de rétrograder prestement au-delà de la Vistule, nous abandonnant ainsi toute l’Allemagne . Les avantages perdus à la suite de la désastreuse retraite de 1812 seraient reconquis d’un seul coup : en montrant sa puissance par un tel coup de théâtre, l’Empereur retrouverait son prestige sur l’Europe ; l’Autriche et les Etats de la Confédération redeviendraient des alliés sinon sincères, du moins résignés ; la Prusse , dont nous occuperions tout le territoire, serait réduite à l’impuissance. Cela est vrai mais à ce moment, la question se trouverait ramenée au même point qu’au début de la campagne précédente. Or, nos désastres ont eu pour cause principale l’obligation de suivre les Russes jusqu’au cœur même de leur vaste pays ; ces armées adverses, insaisissables alors, sont venues se placer à portée de nos coups, entre l’Elbe et l’Oder . Pourquoi Napoléon n’emploie-t-il pas tout son génie à essayer de les atteindre et de les détruire ? Ce résultat obtenu, ne serait-il pas maître de la situation même si, entre temps, quelques unes des forteresses de l’Oder et de la Vistule tombaient entre les mains de l’ennemi ? N’est-ce pas le cas plus que jamais d’appliquer le principe fondamental de sa propre doctrine qui veut que l’on prenne pour principal objectif la principale armée adverse ? Peut-être l’Empereur se dit-il que s’il marchait droit aux coalisés par Magdeburg ou par Dresde , ceux-ci, imitant l’exemple des Russes l’année précédente, reculeraient lentement devant lui, guettant l’occasion d’une surprise que faciliterait leur immense supériorité en cavalerie et en tout cas, évitant la bataille générale jusqu’à ce que l’armée française se fût suffisamment affaiblie du fait même de l’allongement de se ligne d’opérations. En définitive, jusqu’à la Vistule au moins, les opérations se réduiraient à une poursuite directe que le manque de cavalerie rendrait forcément très lente ; le seul résultat obtenu serait l’abandon par l’ennemi de tout le pays à l’ouest du fleuve ; or, la manœuvre projetée par Napoléon est une sorte de poursuite indirecte, susceptible d’être menée très rapidement et qui, par suite, procurera plus vite le résultat en question ; non seulement, on ne risquera pas d’arriver trop tard au secours des places mais encore, l’effet moral produit sera plus grand. Un point essentiel à observer est que le plan de l’Empereur n’est praticable que parce que le théâtre des opérations a, pour ainsi dire, été machiné en vue de son exécution. Les forteresses, qui dominent le cours de l’Elbe , de l’Oder et de la Vistule nous assurent des points de passage et en outre, elles créent une situation générale qui subsistera tant que nous en serons maîtres ; situation générale qui sert de base à Napoléon dans son projet de manœuvre. En effet, comme ces forteresses commandent les seuls ponts permanents qu’on ait laissés subsister, les opérations dans le Nord de l’Allemagne sont très dangereuses pour les alliés. Assurément, l’ennemi peut jeter des ponts de circonstances et les couvrir au moyen d’ouvrages de fortification de campagne, mais c’est là un expédient d’une valeur relative. Quand il s’agit de fleuves aussi considérables que ceux énumérés ci-dessus, une armée n’est en droit de se considérer comme ayant des points de passage assurés que si elle est maîtresse de ponts assez solides pour ne pas être emportée à la moindre crue et qui, de plus, soient protégés par une place forte, de manière à être à l’abri des coups de main de l’ennemi. Or, les alliés, faute d’équipage d’artillerie de siège, sont pour quelque temps hors d’état de s’emparer des forteresses que nous occupons. Ils seront donc contraints de prendre leur ligne d’opération dans le sud de l’Allemagne ; leur masse principale sera groupée de ce côté. C’est précisément la certitude que le centre de gravité des forces adverses sera orienté sur Dresde qui permet à Napoléon d’imaginer si longtemps à l’avance son plan de manœuvre. Pendant qu’un corps d’observation amusera l’ennemi sur Dresde , l’armée, filant derrière les montagnes de la Thüringe , gagnera à la dérobée Havelberg , où des moyens de passage auront été préparés ; elle franchira l’Elbe et marchera, sans désemparer, sur Küstrin et Stettin . Comme il y a plus de 200 km de Dresde à Havelberg, l’armée française est assurée d’atteindre l’Oder avant que les coalisés aient eu le temps de faire quoi que ce soit pour gêner son mouvement. Si les coalisés ne se mettent pas en retraite au plus vite, il va sans dire que Napoléon ne continuera pas sa marche sur Dantzig : il se rabattra vers le Sud pour se jeter sur leurs communications. La réussite de l’entreprise repose sur une extrême rapidité de mouvement ; il faut que l’armée française soit leste ; or, elle ne le serait pas si elle devait traîner à sa suite les immenses parcs et convois que nécessitent ordinairement des manœuvres d’une telle amplitude (ou se propose d’aller d’un seul bond jusqu’à Dantzig qui est à 400 km de l’Elbe ). Mais la possession des places fortes du théâtre d’opérations choisi permet de réduire parcs et convois car on trouve dans ces places, outre les approvisionnements normaux de siège, des approvisionnements de réserve en vivres, munitions et matériels qui serviront à ravitailler l’armée quand les circonstances l’amèneront à proximité de l’une de ces places. Napoléon excelle à faire jouer aux forteresses un rôle qui n’a rien de passif ; pour lui, elles sont surtout des pivots de manœuvre, des têtes de pont, des centres de ravitaillement, des points d’appui pour ses lignes de communication. Dans le cas présent, elles seules rendent possible une manœuvre qui ne le serait pas autrement. Mais, à mesure que le temps s’écoule, la situation se dessine tout autre que ne l’avait prévu l’Empereur ; elle devient pour nous de moins en moins favorable. Napoléon éprouve de graves mécomptes dans l’organisation de ses forces, en ce qui concerne la cavalerie surtout ; il ne tarde pas à constater qu’un grand nombre d’unités ne seront pas prêtes à la date fixée : par suite, au début des opérations, les forces dont il disposera seront inférieures à ses prévisions, ce qui est d’autant plus fâcheux que les coalisés, de leur côté, mettent en ligne plus de troupes qu’il n’y comptait. L’occupation de Hamburg par l’ennemi provoque une vive effervescence dans toute la région, entre le Rhin et l’Elbe ; l’attitude de l’Autriche est de plus en plus incertaine, le roi de Saxe se confine dans la neutralité et les rois de Bavière et de Wurtemberg manifestent une tendance à suivre son exemple ; Dresde , qui n’est plus gardée que par une poignée d’hommes, va, d’un jour à l’autre, tomber entre les mains des coalisés qui envahiront en force la rive gauche de l’Elbe : dans ces conditions, Napoléon ne peut plus songer à aller courir la Fortune à l’autre extrémité de l’Europe ; il doit avant tout refouler l’ennemi au-delà de l’Elbe et contraindre le roi de Saxe à se conduire en allié fidèle afin de prévenir de nouvelles défections. Les premières opérations auront donc Dresde comme point de direction générale. A la fin de mars, l’armée du Meyn comprend :
Au total de 140 à 150 000 hommes [1]. Le 3ème Corps, qui s’est formé à Mayence , s’est avancé sur Würzburg dès que son infanterie a été prête pour faire de la place au 6ème Corps ; il occupe Schweinfurt , Würzburg, où est le Quartier général et Aschalfenburg ; il ne lui manque plus que son artillerie qu’il récevra du 1er au 10 avril. Le 6ème Corps est établi autour de Hanau ; son organisation ne sera pas terminée avant le 15 avril. La Garde est à Mayence . Le corps d’observation d’Italie débouche du Tyrol en une longue colonne qui doit marcher par Augsburg , Donauwerth et Nuremberg : la tête de sa première brigade atteindra Bamberg du 10 au 15 avril. La Division badoise se réunit à Würzburg ; la Division bavaroise à Bayreuth ; la Division wurtembergeoise à Mergenthei m. La place d’Erfurt , où commande le Général Dancet , a une garnison de 4 000 hommes ; Kronach , Forcheim , Koenigsholen et la citadelle de Würzburg ont été mis en état et armés. Rappelons que l’armée de l’Elbe est en train de se masser en arrière de Magdeburg et s’apprête à passer sur la rive droite de l’Elbe . L’Empereur n’a que des renseignements assez vagues sur la situation des coalisés. La position de leurs différents corps ne leur permet pas de se rendre compte de leurs intentions, mais le 29 mars, au moment où il expédie de Paris ses ordres pour l’exécution des mouvements préparatoires au rassemblement, il sait de source certaine que le 22, Grand Quartier général des alliés et de la Garde russe étaient encore à Kalisch où ils devaient rester au moins jusqu’au 1er avril. Dans ces conditions, Napoléon conclut que les coalisés ne seront pas en état d’opérer au-delà de la Saale avec l’ensemble de leurs forces, avant le 1er mai. Nos corps d’armée devant se mettre en mouvement avant le 15 avril (dès qu’ils seront prêts), l’Empereur est à peu près certain de pouvoir les rassembler sur la Saale sans que l’opération soit troublée autrement que par des partis de cavalerie légère. Néanmoins, il se garde bien de régler ses premiers mouvements sur une hypothèse aussi favorable ; il prévoit le cas où Blücher , Wittgenstein et Miloradowitch continueraient leur marche en avant sans attendre la Garde russe, ce qui leur permettrait de franchir la Saale vers le 20 avril. Napoléon prend sa ligne d’opération par Erfurt , Weymar , Naumburg et Leipzig , de manière à se lier avec son armée de couverture (armée de l’Elbe ), qui manœuvre sur Magdeburg et qu’il compte attirer à lui, au moment voulu, pour déboucher sur la rive droite de la Saale avec toutes ses forces. L’ennemi, pour les raisons développées précédemment, doit baser ses opérations au-delà de l’Elbe , sur la partie du fleuve comprise entre la Bohème et Torgau ; il est donc à supposer que le centre de gravité de son armée se trouvera au sud de Leipzig . L’armée française débouchant en masse de cette ville, deux cas peuvent se présenter : Les coalisés, ayant discerné la direction du mouvement des colonnes françaises et s’étant décidés à accepter la lutte, se concentrent en temps utile sur leur droite. Il se produira alors une bataille que l’Empereur se croit certain de gagner car il disposera de forces doubles de celles de ses adversaires ; même dans ce cas qui est le moins favorable, la défaite peut être désastreuse pour ces derniers en raison de la proximité de l’Elbe . Les coalisés se laissent attirer vers la Saale supérieure et le Frankenwald par les souvenirs de 1806 et les démonstrations que l’Empereur fait exécuter de ce côté ; l’armée française ne rencontrera devant elle que des détachements dont elle aura facilement raison, ce qui lui permettra d’avancer rapidement sur Dresde , de couper les communications du gros de l’armée adverse et de l’acculer aux montagnes de la Bohème. C’est
la manœuvre inverse de celle exécutée en 1806, sur le même théâtre
d’opération. La ligne d’opération choisie répond également bien au cas où, contre toutes prévisions, les coalisés franchiraient la Saale vers le 30 avril, avant que l’armée du Meyn est entièrement débouché sur Erfurt . Si cette éventualité se réalise, l’armée de l’Elbe , qui sera revenue sur la rive droite du fleuve, prendra position derrière la Wipper , la gauche appuyée à la Saale et la droite aux derniers contreforts du Harz , couvrant sa ligne de retraite par Halberstadt et menaçant de se porter sur le flanc des coalisés s’ils tentaient de marcher sur Erfurt ; en même temps, on pressera le mouvement du 3ème Corps et de la Division badoise, dont la préparation est plus avancée que celle des autres corps de l’armée et qui auront le temps de se réunir à Erfurt avant que les coalisés aient achevé de franchir la Saale . L’ennemi,
qui ne disposera pas de plus de 80 000 hommes, ayant, devant lui les
50 000 hommes du Maréchal Ney , appuyés à
la place d’Erfurt et
derrière lesquels accourraient le 6ème Corps et la Garde
, et, sur son flanc droit, les 70 000 hommes du Prince
Eugène , ne pourra « rien faire de
raisonnable, il sera bridé ». Remarquons que le mode d’emploi de l’armée de l’Elbe est une application de la couverture indirecte ou de manœuvre qui, souvent est plus efficace que la couverture directe, tout en exposant moins les troupes qui y sont employées. Dans le cas considéré, l’armée de l’Elbe protège plus efficacement les débouchés de l’armée du Meyn et court des risques moindres que si elle était établie derrière la Saale , immédiatement en avant de ces débouchés. Au cas où les alliés marcheraient contre le Prince Eugène , celui-ci rétrograderait lentement devant eux de manière à rester à leur contact immédiat sans courir le risque d’un engagement général. L’ennemi, entraîné à sa suite, se trouverait dans une situation des plus critiques quand l’armée du Meyn déboucherait d’Erfurt sur Aschersleben : pris entre des forces françaises d’un effectif double et la partie de l’Elbe que commande Magdeburg , il serait voué à une destruction certaine. On s’explique donc que les coalisés se soient abstenus d’attaquer le Prince Eugène quand (à partir du 10 avril), il eût pris la position que nous venons d’indiquer. S’il eût établi ses troupes derrière la Saale , vers Naumburg , de manière à barrer directement les routes qui conduisaient sur Erfurt , les coalisés n’auraient pas hésité à l’y attaquer pour essayer de le battre avant l’arrivée de l’armée du Meyn ou, tout au moins, rejeter ses troupes en désordre sur les têtes de colonnes de cette armée : à défaut d’un grand effet matériel, ils eussent obtenu un grand effet moral. Clausewitz
, dans sa relation de la campagne de 1813, voulant
expliquer pourquoi Blücher et
Wittgenstein restèrent
inactifs durant toute la seconde quinzaine d’avril, dit en substance :
« Prendre l’offensive pour opérer au-delà de la Saale
contre le
Prince Eugène sans
attendre la Garde russe,
c’eût été se placer dans une situation plus mauvaise encore que celle
où l’on se trouvait, uniquement pour satisfaire à un besoin d’action.
Il est évident que nous n’aurions pas pû atteindre le Prince qui se
serait mis en retraite à l’approche de nos corps d’armée ; en le
poursuivant, nous eussions été exposés à nous trouver pris entre
Magdeburg et
des forces françaises d’un effectif très supérieur ». Mise en marche de l’armée du Meyn vers la SaaleLes 28 et 29 mars, l’Empereur donne des ordres pour qu’à partir du 18 avril, les 3ème et 6ème Corps de la Garde soient échelonnés sur leur route de marche vers Erfurt . Le 3ème Corps marchant par Schweinfurt et portant sa tête à Meiningen et, si les circonstances le permettent, à Erfurt et même à Weymar ; Le 6ème Corps marchant par Fulde et avançant sa tête jusqu’à Eisenach , ou jusqu’à Gotha si le 3ème Corps occupe Erfurt ; La Garde suivant le 6ème Corps ; Les Divisions bavaroises et badoises assureront la garde des passages du Frankenwald , les Bavarois à Bayreuth , avec une avant-garde à Münchberg pour observer les directions de Kof et de Schleiz , et un détachement s’appuyant à Kronach pour tenir la route de Schleiz à Bamberg ; les Badois , à Coburg , avec une avant-garde à Grafenthal pour observer le débouché de Saalfeld . Le Corps d’Italie , à la date indiquée ci-dessus, 18, devra avoir ses deux Divisions de tête réunies à Bamberg , prêtes à marcher ensemble sur Saalfeld dès le lendemain. Le 9 avril, l’Empereur reçoit la nouvelle que les coalisés se sont emparés de Dresde et qu’ils portent leurs avant-gardes sur la Saale . Le lendemain ou le surlendemain, il apprend que le Prince Eugène , dont la démonstration sur la rive droite de l’Elbe n’a eu qu’un succès relatif, va ramener ses troupes sur la rive gauche et prendre position derrière la basse Saale et la Wipper . Il écrit
alors à ses lieutenants pour leur prescrire d’accélérer la marche de
leurs colonnes. La lettre que nous reproduisons ci-après et qu’il
adresse, le 12 avril, au Général Bertrand , donne
toute l’économie de son mouvement. Lettre du 12 avril au Général Bertrand « Vous
aurez reçu, le 12, les ordres que je vous ai expédiés le 8 pour porter
votre Quartier général à Bamberg
. Je suppose que le 14 et le 15, vous y aurez été [2]
de votre personne avec vos 1ère et 4ème
Divisions.... « Le
Prince de la Moskowa vous aura fait connaître que mon intention est de
refuser ma droite... faisant un mouvement inverse de celui que j’ai fait
dans ma campagne d’Iéna
, de sorte que si l’ennemi pénètre sur Bayreuth
, je puisse arriver avant lui sur Dresde
et le
couper de la Prusse . « Le
duc d’Istrie ,
ayant sous ses ordres le duc de Raguse, 40 000 hommes d’infanterie et
10 000 de cavalerie, se porte sur Eisenach où
il sera arrivé du 18 au 20. Le prince de la Moskowa se porte également sur
Erfurt où
il sera également arrivé le 20 ; il a sous ses ordres 60 000
hommes, y compris les alliés et quelques milliers de chevaux.... Je serai
à Mayence le
20. Le
prince de la Moskowa dirigera votre mouvement ; mais comme je suppose
que votre cavalerie et vos deux Divisions seront à Bamberg le
16, vous appuierez le mouvement du prince de la Moskowa en vous portant avec
ses deux Divisions et votre cavalerie sur Coburg .
Ce mouvement est le plus naturel parce qu’il est le plus court et
que de Coburg, vous ne vous trouverez éloigné que de deux grandes journées
de Meiningen , que de trois d’Erfurt
et de trois
d’Iéna et
qu’ainsi, vous pourrez toujours manœuvrer vers la Saale .
Ainsi donc, si les choses sont telles que le prince de la Moskowa se porte
sur Erfurt, votre position sur Coburg vous placera sur sa droite et de là,
vous pourrez vous porter, suivant les circonstances sur Iéna, sur Erfurt ou
sur Meiningen. Ce qu’il est convenable de vous recommander, c’est de
marcher serré, vos deux Divisions réunies, votre artillerie placée
convenablement, n’ayant pas de queue, bivouaquant tous les soirs dès
que vous serez sorti de Bamberg.... L’ennemi est loin de se douter des
forces considérables qui vont se porter sur la Saale .
Si nous étions assez heureux pour que l’ennemi fit réellement un gros
mouvement sur Bayreuth , il serait bientôt
rappelé sur Dresde . Vous
pourrez, comme je vous l’ai mandé, diriger la ligne de vos 2ème
et 3ème Divisions sur Würzburg .
Au reste, je serai moi-même à Mayence et
je pourrai diriger leur marche selon les circonstances ». Une autre raison de faire passer le Corps d’Italie par Coburg et Saalfeld , c’est que la route Gotha-Erfurt -Weymar est déjà très encombrée et que les ressources de cette région en moyens de subsistances seront en grande partie épuisées par les corps de l’armée du Meyn . On ne doit pas oublier que pendant les marches de rassemblement, nos troupes vivent entièrement sur la pays. On peut considérer les forces françaises, pendant leur mouvement vers la Saale , comme divisées en trois groupes ou Armées. L’armée de l’Elbe , 60 à 65 000 hommes, (non compris les 18 à 20 000 laissés avec le Maréchal Davout sur le bas Elbe ) ; c’est une armée de couverture qui a pris position derrière le Wippe r afin de protéger indirectement les débouchés est du Thüringenwal d. L’armée du Meyn proprement dite, formée des corps qui se sont organisés dans la vallée du Meyn , les 3ème et 6ème Corps, la Garde et les Divisions badoises et wurtembergeoises, 105 à 110 000 hommes ; c’est l’armée principale avec laquelle marchera Napoléon ; elle va se rassembler dans la région d’Erfurt . Le Corps d’Italie , auquel il faut rattacher la Division bavaroise, environ 40 000 hommes ; à la date du 12 avril, il est formé en une longue colonne qui se dirige sur Coburg par Bamberg . Dès que l’armée du Meyn aura terminé son rassemblement près d’Erfurt , elle se portera droit sur Naumburg ; l’armée de l’Elbe et le corps d’Italie appuieront sur elle en manœuvrant derrière la Saale . Au début du mouvement, l’armée du Meyn se trouvera séparée de l’armée de l’Elbe par une très grande distance (80 km). Nous avons exposé précédemment comment ces deux armées manœuvraient, si contrairement aux prévisions, Blücher et Wittgenstei n entreprenaient d’opérer au-delà de la Saale sans attendre la Garde russe, avec moins de 80 000 hommes par conséquent. Il est bien évident que si l’effectif total de nos deux armées n’était pas double ou presque double des forces adverses immédiatement disponibles, il serait imprudent de leur faire opérer leur jonction vers Naumburg , au contact même de l’ennemi. Quant au corps d’Italie , nous avons vu les raisons qui ont poussé Napoléon à le diriger de Bamberg par Coburg sur Saalfeld et de là sur Naumburg : il a à jouer un rôle de démonstration. Sa marche vers la Haute-Saale a pour but d’attirer l’ennemi, de ce côté si possible, afin de faciliter la manœuvre enveloppante que projette l’Empereur . Il y a de grandes précautions à prendre pour que ce corps ne soit pas compromis, si l’adversaire, donnant dans le piège qui lui est tendu, se porte en masse vers le Frankenwald . Le corps d’Italie suivra donc la direction Saalfeld -Naumbur g, tant qu’il pourra le faire sans danger mais, au premier indice de péril, il appuiera vers le Nord-Ouest pour rallier l’armée du Meyn , laissant l’ennemi donner dans le vide s’il persiste dans son offensive. Depuis deux mois, Napoléon fait étudier avec un soin extrême la viabilité de la région comprise entre Mayence et la Saale , portant particulièrement son attention sur les chemins transversaux qui font communiquer entre elles les routes que suivront ses corps d’armée. Il s’est ainsi rendu compte que le corps d’Italie pourra effectuer son changement de direction, quel que soit le point où sera arrivée sa tête, lorsque ce mouvement deviendra nécessaire. D’ailleurs, au cas où, pour une raison quelconque, le changement de direction ne pourrait s’effectuer en temps utile, le Général Bertrand aura toujours la ressource de faire rétrograder sa tête de colonne pour concentrer ses troupes soit à Coburg , soit même plus en arrière si c’est nécessaire pour éviter l’étreinte de l’ennemi. On le voit, ce qui fait la sécurité du Corps d’Italie , comme ce qui faisait la sécurité de l’armée de l’Elbe dans le cas précédent, c’est la possibilité de se soustraire aux attaques d’un ennemi supérieur en nombre par un mouvement rétrograde, prévu et par conséquent, préparé. Beaucoup d’officiers ne veulent pas entendre parler des mouvements rétrogrades, sous prétexte qu’ils démoralisent les troupes, qui ne font aucune différence entre un mouvement de ce genre et une retraite pure et simple. Pourtant, les corps de démonstration, les corps d’avant-garde, etc, à moins d’agir avec une timidité presque toujours incompatible avec la mission dont ils sont chargés, seront souvent entraînés à se placer dans une situation périlleuse dont ils ne pourront sortir que par un mouvement rétrograde. Il importe donc, d’une part, de propager cette idée qu’un tel mouvement est une manœuvre qui n’implique nullement un aveu de faiblesse et d’autre part, d’étudier les procédés tactiques spéciaux que comporte ce genre de manœuvre. Quand l’armée du Meyn et le Corps d’Italie auront atteint la Saale , cette rivière se trouvera bordée par nos troupes surtout son développement de Saalfeld à son confluent dans l’Elbe : Napoléo n donnera les ordres les plus formels pour que tous les passages soient gardés d’une façon permanente. Cette rivière sera alors, selon l’expression même de l’Empereur , « comme un rideau tendu entre l’armée française et l’ennemi ». A défaut d’une cavalerie assez nombreuse pour tenir à distance celle des alliés, il utilisera un obstacle naturel continu pour se ménager une zone où il puisse faire mouvoir ses corps d’armée relativement en secret et préparer sa manoeuvre débordante par Leipzig en s’assurant le bénéfice de la surprise. Le mérite des dispositions prises par Napoléon résulte de ce qu’elles réalisent le rassemblement de toutes nos forces, sur la Saale , à portée du point sensible de l’ennemi, dans des conditions de sécurité complètes et aussi dans le minimum de temps, ce qui est essentiel car les circonstances sont pressantes ; dès le début des opérations, nos armées seront en situation d’infliger aux alliés une défaite désastreuse pour peu que ceux-ci commettent la moindre imprudence. Le commandement jusqu’à l’arrivée de l’Empereur avait été réglé de la manière suivante : Lettre du 10 avril au Maréchal Ney « Le duc d’Istrie commandera au duc de Raguse comme plus ancien et lui-même sera sous vos ordres pour la même raison. Le duc d’Istrie n’a d’ordre que de prendre position à Eisenach ; si je ne suis pas arrivé, c’est de vous qu’il recevra l’initiative de se porter sur Gotha si vous vous portez sur Erfurt .... Dans les cas imprévus, vous commanderez aussi au Général Bertrand ... ». En définitive, Napoléon ne veut pas se dessaisir du commandement ; les pouvoirs qu’il accorde au Maréchal Ney sont illusoires ; jusqu’à son arrivée, l’armée sera privée de toute direction supérieure ce qui est d’autant plus grave que, fidèle à son système ordinaire, il ne rejoindra ses troupes que très tard. Il
n’est donc pas étonnant que nos premières opérations aient présenté,
dans le détail, un certain décousu, bien que l’ennemi n’ait rien fait
pour les troubler. Mouvements
du 12 au 24 avril
Armée du Meyn – Le 3ème Corps rompt par brigades, le 15 avril et, marchant par Gotha et Erfurt , se porte sur Weymar où sa tête, 1ère brigade de la Division Souham (6 000 fantassins, 1 000 chevaux et 16 canons) arrive le 18 ; à cette date, le corps d’armée s’échelonne en arrière jusqu’à Schweinfurt ; il mettra sept jours, du 18 au 24, pour se rassembler sur sa brigade de tête et prendre position à hauteur de Weymar, sa droite bordant l’Ilm . On avouera qu’il eût été prudent de reformer au moins les Divisions avant de leur faire repasser Erfurt. Le 6ème Corps et la Garde , se suivant dans cet ordre, se mettent en marche par brigades, le 12 avril, et se portent par Fulde , Hacha et Eisenach sur Gotha : le 16, la tête de la colonne, (1ère brigade de la Division Compans du 6ème Corps) débouche d’Eisenach pour gagner Gotha, mais elle est obligée de s’arrêter en arrière de cette ville pour laisser défiler le 3ème Corps [3]. Du 15 au 21, la colonne serre lentement sur sa tête ; la Garde , doublant le 6ème Corps, se porte sur Gotha ; le 6ème Corps s’établit entre cette ville et Eisenach avec un détachement à Langensalza comme nous le dirons plus loin. Le Corps d’Italie , dont les fractions s’échelonnent sur une profondeur de douze étapes, marche par Auspach et Nuremberg vers Bamberg ; le 16, sa tête arrive à Bamberg où elle s’arrête, poussant sur Coburg une avant-garde destinée à relever les Divisions Marchand (badoise) ; les deux premières divisions (Division Morand et Division italienne du Général Peyri ) se réunissent à Bamberg, du 16 au 19 inclus ; le 20, elles partent pour Coburg où elles arrivent le 21. Là, le Général Bertrand les arrête parce qu’il ne juge pas prudent de continuer sur Saalfeld tant que le 3ème Corps n’aura pas dépassé Weymar ; il se contente d’envoyer une avant-garde à Grafenthal , pour tenir la tête du défilé qui conduit à Saalfeld. L’attitude louche du Général Raglowitch , commandant la Division bavaroise, avait déterminé le Général Bertrand à agir avec la plus extrême circonspection ; Raglowitch , contrairement aux ordres de l’Empereur qui lui prescrivaient de concentrer sa Division sur les hauteurs d’Ebersdorf pour surveiller de près les débouchés de Hof et de Schleiz , avait retiré les détachements qui étaient sur la Saale et commencé à réunir ses troupes à Bayreuth . Le 16, quand le Général Bertrand lui demanda des explications à ce sujet, il dit qu’il se conformait aux instructions du roi de Bavière qui lui avait ordonné de ne pas dépasser la frontière saxonne. Cependant, sur les instances de Bertrand , il consentit à laisser une avant-garde à Münchberg. L’incident ne manquait pas de gravité car il révélait l’hésitation du roi de Bavière à rester fidèle à la cause française ; ce fut seulement le 22 que ce souverain se décida à prescrire au Général Raglowitch de se mettre, avec ses troupes, à la disposition du Général Bertrand . La Division badoise du Général Marchand quitte Coburg le 17 (nous avons dit plus haut qu’elle est remplacée par l’avant-garde du Corps d’Italie ) et se porte sur Thémar , d’où elle part le 21, pour se diriger sur Ilmenau afin d’assurer la liaison entre le 3ème Corps et le Corps d’Italie. La Division wurtembergeoise quitte Mergentheim le 19 ; elle marche par Würzburg et Schweinfurt sur Hildburghause n. Armée de l’Elbe – Depuis le 11, ainsi que nous l’avons dit précédemment, l’armée de l’Elbe était en position à Aschersleben . Le 21, elle fit un léger mouvement en appuyant un peu sur sa droite afin d’occuper Leinbach et d’être à portée de surveiller Eisleben : le Quartier général se transporta à Hoym . Une Division westphalienne, Général Hammerstein , qui s’organisait à Heiligenstadt , fit occuper en avant d’elle Mulhausen et Nordhausen : elle était chargée d’assurer la liaison entre l’armée de l’Elbe et l’armée du Meyn . Depuis le 10 avril, la cavalerie légère ennemie bordait la Saale sur tout son développement, poussant de nombreux partis à l’Ouest de la rivière. Un fort détachement (2 000 hommes environ), qui était posté à Eisleben , se tenait en contact avec l'armée de l’Elbe ; d’autres détachements de force variable battaient l’estrade vers Nordhausen , Mulhausen , Gotha, Coburg et Bayreuth , semant partout l’alarme et le désordre. Le 12, le major Blücher (fils du Général), avec 200 cavaliers prussiens, s’était présenté devant Weymar ; un bataillon formé des contingents des maisons ducales de Saxe , qui se trouvait dans cette ville, avait immédiatement fait défection. Le 17, un autre officier prussien, le major Helwig , avec un escadron de 150 hommes, tomba à l’improviste près de Langensalza, sur l’avant-garde de la Division Rechberg (2 000 hommes, dont 1 500 fantassins et 300 cavaliers) qui se dirigeait sur Erfurt ; à la faveur de la panique provoquée par la surprise, les Prussiens enlevèrent une centaine d’hommes et deu canons. Le lendemain, le 18, le même escadron dispersait près de Wanfried (sur la route de Cassel ) un régiment de cavalerie westphalienne de la Division Hammerstein . Ce dernier, qui avait pourtant 4 à 5 000 hommes à Heiligenstadt , prit peur et envoya au roi Jérôme des rapports où il était question « d’un corps ennemi de toutes armes comprenant plusieurs milliers d’hommes et qui était en train de marcher sur Cassel ». Le 21, la Division Compans du 6ème Corps et 500 chevaux de la Garde , commandés par le Général Lefebvre-Desnouettes , se portèrent d’Eisenach et de Gotha sur Langensalza, menaçant de couper la retraite aux détachements adverses qui s’aventureraient sur Cassel . CE mouvement détermina les partisans ennemis à se replier vers l’Est tout en continuant à surveiller de près la marche des colonnes françaises. Ces incidents, grossis par la rumeur publique, causèrent une certaine émotion au Quartier général du Maréchal Ney , à Erfurt , où l’on était assez mal informé. Le 19, au soir, sur de faux renseignements, le Maréchal se figura que les coalisés marchaient en force sur Naumburg et Iéna ; dans la nuit même, il envoya des ordres pour accélérer la marche des troupes en arrière. Mieux renseigné le lendemain matin, il donna aussitôt contrordre. Une lettre écrite à ce sujet par le Maréchal Bessières au major général permet d’entrevoir quel désarroi régnait alors dans le haut commandement. « Je
dois vous dire franchement que si le mouvement de l’ennemi eût été véritablement
prononcé sur Naumburg et
Iéna , comme me l’a écrit cette nuit le
prince de la Moskowa, nous n’aurions pas été en mesure, ni lui non
plus ». Fort heureusement, l’ennemi, rendu circonspect par la faiblesse de ses moyens, demeura dans l’inaction. Le 15, Napoléon apprit que le Quartier général des alliés et de la Garde russe avait quitté Kalisch le 7 avril pour se rendre à Dresde ; il partit de Paris le 16 et arriva à Mayence le 17. Ne jugeant pas les circonstances trop pressantes, il resta à Mayence jusqu’au 25, occupé à résoudre les mille difficultés de détails qu’avait soulevées la mise sur pied de sa nouvelle armée. Quelques modifications furent apportées à l’organisation de celle-ci : Le Corps d’Italie fut dédoublé : la Division Morand et la Division italienne Peyri formèrent, avec la Division wurtembergeoise Franquemont , le 4ème Corps d’armée dont le Général Bertrand eut le commandement ; les Divisions Pacthod et Laurencez constituèrent avec la Division bavaroise Raglowitch le 12ème Corps à la tête duquel fut placé le Maréchal Oudinot ; La Division badoise Marchand fut attribuée au 3ème Corps. En annonçant
ces dispositions au Maréchal Ney , l’Empereur
eut soin de lui
faire remarquer que son corps d’armée était le seul qui comptât cinq
divisions. Situation des forces françaises qui marchent vers la Saale le 25 avril [4]
Le 24 avril, au soir, les mouvement préparatoires sont terminés. L’armée du Meyn a son corps de tête, le 3ème, en position à hauteur de Weymar , la Garde et le 6ème Corps s’échelonnent en arrière jusqu’à Eisenach . L’armée de l’Elbe est toujours dans sa position d’Hoym ; Le Corps d’Italie a ses deux Divisions de tête réunies à Coburg et prêtes à se porter sur Saalfeld ; les deux autres Divisions serrent sur Nuremberg. Il devient certain que le rassemblement de l’ensemble de nos forces s’achèvera sur la Saale sans avoir été gêné par l’ennemi. L’Empereur , dès le 22, a expédié de Mayence de nouveaux ordres pour que la marche en avant continue le 25. L’armée du Meyn se portera sur Iéna et Naumburg , l’armée de l’Elbe remontera la Saale et viendra occuper Halle et Merseburg ; enfin, le Corps d’Italie , si les circonstances le permettent, marchera par Saalfeld sur Iéna en remontant la Saale par la rive gauche. Ordre adressé par le Major Général au Prince Eugène . « Mayence
, le 22 avril, « L’Empereur
est encore
aujourd’hui à Mayence . Le Corps du Prince
de la Moskowa ne pouvant être entièrement réuni que le 24, il est nécessaire
que vous occupiez Querfurt afin
que les communications soient directes entre vous et le Prince, qui va faire
occuper les hauteurs de Naumbur g. « Détruisez
le pont que l’ennemi avait, sur la Saale
, près de Wettin . Occupez
Halle et
Merseburg comme
têtes de pont et mettez ces places à l’abri des Cosaques en palissadant
les portes. Occupez d’abord Halle et après Mersebur g.
« L’intention
de l’Empereur est
de garder toute la Saale afin
d’empêcher l’ennemi de détacher aucun parti sur la rive gauche de
cette rivière. Vous
devez donc être très alerte pour marcher sur l’ennemi s’il voulait
prendre l’offensive par Iéna et
Naumburg . » Concentration sur Naumburg de l’armée du Meyn et de l’armée de l’ElbeL’Empereur , le 25 au soir, quitte Mayence et le 25, arrive à Erfurt dans l’après-midi. Son premier soin est de s’occuper de la question des subsistances qui va probablement soulever de grosses difficultés par suite de la concentration de toutes nos forces sur Naumburg . Les Corps d’armée ont dû se mettre en route avec 12 à 14 jours de pain, biscuit ou farine, 4 jours de pain sur le sac des hommes et 8 à 10 jours de biscuit ou de farine sur les caissons du train ; la Garde a même une réserve de 10 jours de farine de plus que transporte un convoi de voitures de réquisition. Jusqu’au 25, les troupes ont vécu sur le pays mais, à partir de cette date, elles sont trop concentrées pour continuer à user de ce mode de subsistance ; l’Empereur ordonne donc de constituer à Erfurt des magasins destinés à assurer les ravitaillements de l’armée. [10] Lettre au Maréchal Duroc : Erfurt
, le 25 au soir. « Réunissez
cette nuit l’Intendant et deux ou trois des principaux membres de
l’administration du pays ainsi que le commissaire des guerres et avisez
aux moyens à prendre pour constituer à Erfurt
des
approvisionnements. Il faut, sous quatre jours, 200 000 rations de
pain à livrer à raison de 50 000 par jour ; il faut se procurer,
en outre, le plus tôt possible, deux millions de rations de farine, autant
d’eau-de-vie, autant de viande sur pied, deux millions de rations
d’avoine, etc... ; pour obtenir plus vite les denrées, on les payera
comptant. » Des ordres antérieurs avaient prescrit d’organiser à Erfurt , une manutention de 24 jours, des hôpitaux pour 4 000 malades. La route de l’armée est prise de Mayence par Fulde , Eisenach , Gotha et Erfurt ; Erfurt jouant le rôle de gîte principal d’étapes. Dès que les 4ème et 12ème Corps auront dépassé Saalfeld , on abandonnera la route de Nuremberg, Coburg ; les communi-cations de ces corps avec Augsburg se feront par Würzburg et Fulde. Le Maréchal Augereau , dont le Quartier général est à Mayence , a le commandement de tout le territoire que traverse la route de l’armée jusqu’à Gotha ; le Général Doucet, commandant la place d’Erfurt , commandera dans toute la région qui s’étend de Gotha à l’armée. A partir du 26, l’Empereur est au milieu de ses corps d’armée ; il leur donne jour par jour des ordres, presque tous reproduits soit dans sa Correspondance, soit dans le Livre d’ordres de Berthier , dont il existe une copie aux archives du Ministère de la Guerre. On trouvera aux appendices un tableau qui fait connaître le détail des mouvements exécutés par les diverses factions de l’armée française jusqu’au 30 avril, c’est-à-dire jusqu’au moment où elle débouche sur la rive droite de la Saale pour marcher sur Leipzig . Quand on rapproche les indications de ce tableau des ordres de l’Empereur , on constate que pour tous les corps de l’armée du Meyn , il y a concordance complète entre les prescriptions des ordres et les mouvements exécutés ; mais pour l’armée de l’Elbe et le corps d’Italie , l’exécution est en retard de vingt-quatre et même parfois de quarante-huit heures. En ce qui concerne l’armée de l’Elbe , le retard provient, d’une part, de ce que, sans qu’on sache pourquoi, elle a commencé son mouvement le 26 au lieu du 25 et d’autre part, de ce que le Prince Eugène , poussant la circonspection au-delà de ce qu’exigeait la prudence, a fait marcher ses corps d’armée lentement si bien qu’ils ont mis cinq jours pour franchir les 55 km qui séparent Meyn de Merseburg . Pour le corps d’Italie (4ème et 12ème Corps), la lenteur de son mouvement provient des difficultés de marche qu’il a eu à surmonter de Coburg à Saalfeld ; le chemin de montagne qu’il a suivi était si mal entretenu que, sur plusieurs points du parcours entre Sonnenberg et Grafenthal , l’artillerie n’a pu passer qu’en doublant les attelages. Nous résumerons en quelques mots les faits saillants de la période du 26 au 30. 26 – La Division Souham , qui marche en tête du 3ème Corps, s’empara de Naumburg sans coup férir ; le 4ème corps avance sa tête jusqu’à Rudolstadt, l’armée de l’Elbe se poste d’Hoym à Mansfeld . L’ennemi brûle son pont de Stettin . 27 – L’armée du Meyn serre sur Naumburg , le 4ème Corps sur Rudolstadt ; l’armée de l’Elbe avance de Mansfeld à Eisleben . 28 – Le Quartier général de l’Empereur est transféré d’Erfurt à Echartsberg ; le 3ème Corps se masse à Naumburg , la Garde et le 6ème Corps à Ouerstadt ; la 1ère Division du 4ème Corps occupe Iéna ; la tête du 12ème arrive à Coburg ; l’armée de l’Elbe marque un temps d’arrêt pendant que la Division Maisons du 5ème Corps essaye en vain de s’emparer de Halle , dont l’ennemi brûle le pont. 29 – La Division Souham s’empare de Weissenfels , dont elle chasse le détachement de Landskoï ; le 3ème Corps serre sur la Division Souham ; le Quartier général et la Garde se placent à Naumburg , le 6ème Corps à Kösen ; le 4ème Corps serre sur Iéna ; le 12ème porte son avant-garde sur Saalfeld ; l’armée de l’Elbe enlève Merseburg . 30 – Le Quartier général de l’Empereur et la Garde rejoignent le 3ème Corps Weissenfels , le 6ème Corps occupe Naumburg ; le 4ème Corps occupe Dornburg et Iéna ; le 12ème débouche sur Saalfel d ; l’armée de l’Elbe serre sur Merseburg . En étudiant
le détail des mouvements au moyen du tableau, on remarquera qu’à
partir du 26, les passages de la Saale entre
Saalfeld et
Naumburg d’une
part, et Bernburg et
Wettin de
l’autre, ne cessent pas d’être gardés, toute fraction qui occupe
l’un de ces passages ne quittant son poste qu’après l’arrivée de la
fraction appelée à la relever ; les partisans ennemis, qui ne peuvent
plus franchir la rivière que sur les deux ponts de Merseburg et
de la Halle , n’osent pas s’aventurer au loin. A
partir du 29, Mersebur g et Halle étant à leur
tour occupées par nos troupes, plus un seul détachement ennemi ne pénètre
sur la rive gauche de la Saale : « Tous
les mouvements des corps français s’exécutent derrière cette rivière
comme derrière un rideau ». Les
Français débouchent
au-delà de la Saale –
1er mai
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
Quartier
général de l’Empereur à
Weissenfels |
|
||
|
La
Garde |
Division
Vieille Garde Cavalerie Division
Jeune Garde |
}à
Weissenfels |
|
|
à
Naumburg |
|
||
|
3ème
Corps |
QG
et 4 Dons Division
Marchand |
en
position à l’est de Weissenfels à
Stoessen |
|
|
6ème
Corps |
QG
et 2 Dons Don
Friedrich |
à
Naumburg à
Kösen |
|
|
4ème
Corps |
QG
Don Morand Don
italienne Peyri Don
wurtembergeoise Franquemont |
à
Dornburg avec
3 bat. à Camburg à
Iéna à
Burgau , Kola et
Rudolstadt |
|
|
12ème
Corps |
|
s’échelonne
entre Saalfeld et
Coburg |
|
Armée de l’Elbe
|
|
Quartier
général Division
Roguet |
}à
Merseburg |
|
1er Corps de cavalerie 11ème
Corps |
en
position à une lieue à l’est de Merseburg |
|
|
5ème Corps |
3
Divisions |
en
arrière de Merseburg , détachant un Rgt, 4
bat. à Halle |
|
32ème
Don Général Durutte |
à
Schafstadt |
|
|
4ème
Don, Maréchal Victor Quartier
général 10
bataillons |
à
Bernburg en
cordon le long de la Saale , de Barby à
Wettin |
|
|
Division
westphalienne |
se
rassemble à Sandershausen |
|
La cavalerie légère ennemie est partout en contact avec nos avant-postes ; le service des renseignements a fait connaître qu’il y avait de gros corps ennemis constitués en toutes armes à Dessau , à Leipzig , à Altenburg et Zwickau .
Le rassemblement des troupes françaises n’est pas complètement terminé ; la Division wurtembergeoise et tout le 12ème Corps ont besoin de deux jours au moins pour serrer avec le gros de l’armée.
A première vue, il semble que la prudence impose un temps d’arrêt d’autant plus que l’effectif de l’armée de l’Elbe est très inférieur aux prévisions de l’Empereur , car en raison des détachements laissés mal à propos sur le bas Elbe avec Davout , cette armée ne compte que 60 000 hommes au lieu de 80 000.
Napoléon n’a que des renseignements assez vagues sur les coalisés. Conformément à son habitude invétérée, évaluant les forces de ses adversaires plutôt au-dessous qu’au-dessus de la réalité, il estime qu’ils ont sur la rive gauche de l’Elbe beaucoup moins de cent mille hommes. Il voit leurs corps dispersés depuis Dessau jusqu’à Zwickau , la masse principale se tenant entre Leipzi g et Altenburg . En définitive, les coalisés sont placés à peu près comme il avait désiré qu’ils le fussent.
Abstraction faite de la Division wurtembergeoise et du 12ème Corps et aussi de la Division Durutte , qui est chargée de garder Merseburg que l’on a mis en état de défense pour servir de tête de pont sur la Saale et d’un régiment (4 bataillons) du 5ème Corps affecté à la garde de Halle , l’Empereur dispose encore au moins de 150 000 combattants tous présents sous les armes, 135 000 fantassins, 10 000 cavaliers, 400 canons : avec Napoléon pour chef, c’est assez pour assurer la victoire sur une armée d’un effectif inférieur de près de moitié, composée, il est vrai, de très bonnes troupes mais qui n’est que médiocrement conduite ; on pense bien, en effet, que l’Empereur spécule sur la faiblesse du commandement supérieur chez ses adversaires, dont le généralissime est un homme d’une valeur plus ou moins contestée, subissant l’influence de l’entourage des monarques alliés et obligé, par suite, de mettre à exécution un plan qui est une sorte de compromis entre ses idées personnelles et celles des généraux formant les Etats-Majors de l’Empereur Alexandre et du roi Frédéric Guillaume .
Napoléon a besoin de remporter, à bref délai, une victoire décisive, qui lui rende tout son prestige de général invincible et lui ramène l’opinion de l’Autriche et des Etats de la Confédération du Rhin . On comprend qu’il ne redoute rien tant que de voir ses adversaires se dérober à ses coups en se retirant derrière l’Elbe avant qu’il ait pu les atteindre.
En admettent que jusqu’ici, l’ennemi ne se soit pas rendu compte de la grande supériorité numérique de l’armée française et qu’il n’ait pas discerné les intentions de l’Empereur , il est peu probable qu’il persiste longtemps encore dans son erreur ;
Quand les quatre Divisions, qui se trouvent sur la Haute-Saale , auront serré sur Naumburg , il ne pourra plus s’y méprendre ; or, le but de l’Empereur étant de déborder la droite du gros de l’armée adverse, afin de la contraindre à une bataille à front renversé, sa manœuvre n’a chance d’aboutir que si l’ennemi ne s’en aperçoit que trop tard.
Dès l’instant où il dispose de forces suffisantes pour être certain que le résultat de la bataille lui sera favorable, l’Empereur doit agir sans retard et exploiter les deux principaux facteurs du succès, la rapidité et la surprise ; il ne doit donc pas hésiter à se passer des quatre Divisions qui sont sur la Haute-Saale et qui contribuent, dans une large mesure, à la réussite de sa manœuvre en attirant de ce côté l’attention de l’ennemi.
Telles sont, croyons-nous, les raisons qui déterminent Napoléon à déboucher au-delà de la Saale , le 1er mai pour marcher par Lutzen sur Leipzig . D’ailleurs, l’armée française ne peut rester collée à la Saale ; il faut qu’elle gagne du terrain au-delà de la rivière afin de se ménager l’espace qui lui est nécessaire pour manœuvrer.
La veille, au soir, des ordres ont été donnés pour réorganiser la Garde par la fusion de la Division Roguet et de la Division Dumonstier ; tout ce qui appartient à la Vieille Garde rallie la Division Roguet (3 bataillons, 3 000 hommes) et tout ce qui appartient à la Jeune Garde rallie la Division Dumonstier (16 bataillons en 3 brigades) ; cinq bataillons de la Division Durutte , qui ont marché avec le 6ème Corps depuis Mayence , rejoignent cette Division dont l’effectif est ainsi porté de 1 000 à 4 500 hommes.
Pour la journée du 1er mai, il est ordonné :
- A l’armée de l’Elbe , de se porter en avant de Merseburg jusqu’à hauteur de Schladebach ; Merseburg doit être mis en état de défense « afin de pouvoir être facilement défendue en cas de retraite » ; le Parc, le Quartier général administratif viendront s’établir dans cette ville où seront organisés des hôpitaux pour 4 000 malades ;
- Au 3ème Corps, renforcé de la cavalerie de la Garde , de déboucher de Weissenfels pour se porter sur Lutzen ;
- Au 6ème Corps d’appuyer le mouvement du 3ème avec deux de ses Divisions, le 3ème restant à Naumburg .
Dans cette journée, nous n’avions pas à craindre une attaque du gros des forces adverses, mais nous pouvions être assaillis par la nombreuse cavalerie des alliés à laquelle la plaine de Lutzen offrait un terrain d’action particulièrement favorable. Obligés de nous avancer dans cette plaine et ne disposant que d’une cavalerie très inférieure à celle de l’adversaire, nous avions à prendre de grandes précautions pour éviter une surprise très dangereuse avec des troupes de nouvelles formation. Pendant cette journée du 1er et aussi pendant celle des 2 et 3 mai, nos corps d’armée marchent en masse de guerre à travers champs, dans des formations analogues à celles que nous indiquerons plus loin pour le 3ème Corps. Dans ces conditions, la marche est très fatigante et, de plus, très lente car, au moindre obstacle, il faut quitter la formation pour la reprendre au-delà.
Le 3ème Corps d’armée se met en marche à 11 h du matin, couvert par une avant-garde comprenant la brigade de cavalerie, 2 bataillons, et une demie batterie légère ; le gros, qui suit à une demi-lieue est formé en autant de lignes qu’il compte de brigades ; dans chaque brigades, les régiments en colonne à demi-distance par division [11] afin de pouvoir former rapidement les carrés par régiment ; l’artillerie entre les régiments des brigades de tête de chaque division.
La cavalerie du corps de Wittzengerode, qui était en observation devant Weissenfels , refoulée par le 3ème Corps, se replie lestement derrière le Rippach pour essayer de nous en disputer le passage.
Après avoir perdu quelque temps pour franchir le ruisseau (plutôt du fait du terrain que de celui de l’ennemi), le 3ème Corps débouche au-delà et s’avance à travers la plaine.
Les Divisions Souham et Girard , qui tiennent la tête, ont à repousser plusieurs charges de la cavalerie russe. Celle-ci, voyant l’inutilité de ses efforts, se retire dans la direction de Pegau .
Nos pertes se réduisaient à quelques tués ou blessés ; malheureusement, parmi les morts, se trouvait le Maréchal Bessières , tué raide par un boulet au passage de Rippach .
L’attitude de nos soldats avait été très ferme : « tous ces jeunes gens sont gens sont des héros, écrivit le Maréchal Ney à l’Empereur , le soir même ; je ferai avec eux tout ce que vous voudrez ». Cet excès d’éloges à propos d’un combat sans importance démontre que nos généraux avaient quelque appréhension au sujet de la manière dont leurs nouvelles troupes se comporteraient au feu.
Les autres corps s’étaient conformés strictement aux prescriptions de l’Empereur .
Armée
de l’Elbe
- L’Empereur est à Lutzen
- 11ème Corps : Quesitz et Markranstaedt
- 5ème Corps : en arrière de Punthersdorf (un rgt détaché à Halle )
- 1er Corps de cavalerie : entre Schladebach et Oetzsch
- 32ème Division Durutte à Merseburg
Armée
du Meyn
- Cavalerie de la Garde à Lutzen
- Division Vieille Garde à Weissenfels
- Division Jeune Garde à Weissenfels
3ème Corps
- Quartier général et Division Souham occupant les quatre villages de Kaja , Ralsna , Klein et Gross-Görschen
- Division Girard : Starsiedel
- Divisions Brennier et Ricard : près de Lutzen ( ?)
- Division Marchand : Lutzen
6ème Corps
- Quartier général : près de Rippach
- Division Bonnet : sur les hauteurs à l’est de Rippach . Détachement de 2 bataillons à Mellschütz
- Division Compans : près de Lösau (à l’Ouest du Rippach )
- Division Friederichs à Naumburg
4ème Corps
- Quartier général : Stoessen
- Division Morand : Stoessen avec avant-garde à Pretzsch
- Division italienne Peyri : Gross-Gesterwitz
- Division wurtembergeoise à Iéna
12ème Corps
- la tête à Kahla , la queue en arrière de Saalfeld .
Les renseignements recueillis sur l’ennemi sont les mêmes que la veille.
Le 1er mai, au soir, l’armée française est divisée en deux groupes :
- le 12ème Corps et la Division wurtembergeoise, qui sont en train de serrer sur Naumburg , forment un corps de démonstration, dont la présence sur la Haute-Saale déterminera l’ennemi (on l’espère, du moins) à maintenir le gros de ses forces au sud de Leipzig ;
- le reste de l’armée, qui forme la masse de manœuvres, concentré entre Markranstaedt et Stoessen , dans un rectangle dont le front est de 30 km et la profondeur de 15, est prêt à livrer bataille de quelque côté que débouche l’ennemi, par Leipzig , par Pegau ou par Zeitz .
Dans la
nuit du 1er au 2 mai, l’Empereur apprend
que les corps ennemis qui se trouvaient à Leipzig sont
descendus sur Zwickau : il en conclut que
l’armée alliée est en train de se concentrer sur ce dernier point, peut-être
dans l’intention de l’attaquer sur la rive droite de l’Elster
.
Cette attaque ne semble pas très vraisemblable car en la tentant, les coalisés se mettront d’eux-mêmes dans une situation encore plus défavorable que celle ou Napoléon s’efforce de les placer.
Néanmoins, l’Empereur désire tellement que cette attaque se produise qu’il en vient à la croire probable ; sa conviction à ce sujet s’appuie sur la connaissance du caractère de Wittgenstein .
« Wittgenstein , écrivait-il quelques jours avant au Prince Eugène , est d’un tempérament hardi ; en débouchant avec de fortes masses, on pourrait lui infliger de grosses pertes ».
Il va sans dire que Napoléon ne tiendra pas ses troupes immobilisées dans l’attente de l’attaque qui n’est rien moins que certaine ; il ne doit pas perdre de vue le plan qu’il a formé de déboucher en masse par Leipzig pour déborder les coalisés sur leur droite. Tout en jouant très serré afin d’être prêt à mettre à profit la témérité de l’ennemi si celui-ci l’attaque, il va étendre sa gauche vers l’Elster pour mettre la main sur Leipzig dont la possession lui importe à tant de titre et en même temps, il fera serrer les corps de sa droite sur son centre de manière à dérober de plus en plus son aile droite.
Le centre
restera immobile à Kaja et
à Lutzen , face à Pega u
et à Zwenckau qui
sont les débouchés dangereux ; il servira de pivot à toute la manœuvre.
Dans la dernière partie de la journée, si l’attaque ne s’est pas produite, l’Empereur achèvera de masser sa gauche à Leipzig et portera une partie des corps de son centre vers l’Elster , afin de s’emparer des passages de Pegau et de Zwenckau , qui lui sont nécessaires pour sa manœuvre du lendemain.
En raison de leur importance, nous reproduisons presque in extenso les ordres donnés par l’Empereur pour la journée du 2 mai [12].
L’Empereur au Maréchal Mortier . Lutzen , 1er mai à (?) heures du soir.
« Partez
demain à 5 heures du matin avec la Division du Général Roguet
, la Division Dumonstier ,
toute l’artillerie et tout ce qui appartient à la Garde ,
afin d’arriver de bonne heure à Lutzen ».
Au Maréchal Marmont . Lutzen , 1er mai à (?) heures du soir.
« Votre
Quartier général, comme je vous l’ai mandé, sera ce soir au ravin, sur
la route entre Weissenfels et
Lutzen . Réunissez-y tout votre corps d’armée.
Faites partir la Division qui est à Naumburg à
cinq heures du matin pour rejoindre. Placez des troupes à la tête du défilé.
Renvoyez les bataillons du Général Marchand qui
avaient été mis là en position. Faites vous éclairer sur la route de
Pegau . Le Quartier général est à Lutzen où
s’est faite notre jonction avec le vice-roi, qui occupe Markranstaedt
. L’ennemi s’est retiré sur Zwenckau et
Pegau ».
Au Maréchal
Oudinot
« Portez-vous
sur Naumburg ;
faites moi connaître quand vous y serez ».
Au Général
Bertrand
« Partez
demain à 6 heures du matin pour vous porter sur Starsiedel. Vous
communiquerez avec Marmont qui
est au défilé de Weissenfels , sur la route
de Weissenfels à Lutzen . Si la Division
italienne est fatiguée et ne peut vous suivre, vous la laisserez un jour à
Naumburg . Si elle vous a rejoint (c’est le
cas), elle marchera avec vous. Donnez ordre à la Division wurtembergeoise
de se rendre à Naumburg ; faites moi connaître quand elle y arrivera.
« Faites
partir demain, à quatre heures du matin, un officier qui vienne prévenir
l’Empereur ,
au Quartier général, de l’heure où vous arriverez et de la route que
vous suivrez.
« Prenez
langue avec le duc de Raguse au passage, au défilé sur le chemin de
Weissenfels à
Lutzen , parce que c’est là que
j’adresserai mes ordres si j’avais à vous en donner.
« Donnez
ordre que ce qui vous vient d’Iéna
et tout ce
qui vous arrive passe sur la rive gauche de la Saale ,
d’Iéna à Naumburg ; de Naumbur
g, en reprenant la rivière à Weissenfels de
manière à être sur la rive gauche de la Saale :
cela est très important ».
Au Major Général. Lutzen , le 2 mai à 4 h du matin.
« Donnez
ordre au vice-roi de faire partir aujourd’hui le Général Lauriston
pour se
porter sur Leipzig . Le 11ème
Corps se portera sur Markranstaed t, d’où
il enverra une reconnaissance sur Zwenckau et
une sur Leipzig ; pour rester en
communication avec le Général Lauristo n
et favoriser ses opérations sur Leipzig. La reconnaissance que le 11ème
Corps enverra sur Zwenckau se liera avec la reconnaissance que le prince de
la Moskowa y enverra. Le Quartier général du 11ème Corps sera
à Markranstaed t ».
« Donnez
ordre au prince de la Moskowa de ses cinq Divisions [13]
et d’envoyer deux fortes reconnaissances, une sur Zwenckau
et
l’autre sur Pegau . Prévenez
le que le 11ème Corps aura son Quartier général à
Markranstaedt et
enverra une reconnaissance sur Zwenckau ; que le 5ème
Corps, que commande le Général Lauriston et
qui est sur la route de Leipzig , se portera
sur Leipzig ; que le Général Bertrand doit
arriver aujourd’hui, à 3 heures de l’après-midi près de Kaja
; que le duc de Raguse est au débouché ».
En exécution de ces ordres, de cinq à 9 h du matin, le 5ème Corps, avec une partie du 1er Corps de cavalerie (20 000 hommes), se portera sur Leipzig ; le 11ème Corps, avec le reste du 1er Corps de cavalerie (25 000 hommes), se massera à hauteur de Markranstaedt , prêt à appuyer soit le 5ème, soit le 3ème Corps ; le 3ème Corps devra se rallier à Kaja pour observer les débouchés de Pegau et de Zwenckau ; les 2 Divisions du 6ème Corps qui sont à Rippach y resteront ; elles seront rejointes, entre 9 et 10 h du matin par la 3ème Division venant de Naumburg ; la Garde à pied marchera de Weissenfels à Lutzen qu’elle atteindra vers 9 h ; le 4ème Corps (2 Divisions) se portera de Stoessen sur Kaja où l’on pense qu’il arrivera à 3 h au soir.
En cas d’attaque sur Pegau ou Zwenckau , le 3ème Corps, rallié à Kaja et orienté sur les directions dangereuses, est destiné à servir d’avant-garde ; c’est à lui qu’incombera la mission d’arrêter l’ennemi et de le fixer pour permettre au reste de l’armée de le manœuvrer.
Kaja est à 19 km de Leipzig , 9 de Markranstaedt , 7 de Rippac h, 15 de Weissenfels et à 20 de Stoessen .
A quelque moment que l’attaque se produise, le 3ème Corps, qui compte à lui seul 45 000 combattants, sera soutenu en moins de trois heures par les 50 000 hommes du 11ème Corps, des deux premières Divisions du 6è, de la Garde à cheval et du 1er Corps de cavalerie ; six à sept heures au plus après le commencement de l’action, tout le reste de l’armée sera entré en ligne ; nous opposerons alors 150 000 combattants aux 80 000 que les coalisés peuvent, tout au plus [14], concentrer de ce côté dans la journée pour livrer bataille.
Dans la matinée du 2, les ordres donnés s’exécutent ponctuellement sauf que les Divisions du 3ème Corps, au lieu de se rallier, restent sur les emplacements où elles ont passé la nuit.
A mesure que le temps s’écoule, rien ne bougeant, ni du côté de Pegau , ni du côté de Zwenckau , l’Empereur renonce peu à peu à l’espoir de voir les coalisés prendre l’offensive sur la rive droite de l’Elster .
Dans une nouvelle série d’ordres expédiés de Lutzen , entre 8 h et 10 h du matin, il prescrit au 5ème Corps de continuer son attaque sur Leipzig ; au 11ème Corps de s’avancer au-delà de Markranstaed t, prêt à se porter soit sur Leipzig, soit sur Zwenckau ; au 3ème Corps de rester à Kaja , où on le croit rallié ; au 6ème Corps de se porter sur Pegau ; au 4ème Corps d’échelonner ses trois Divisions de Taucha à Stoessen , si la fatigue des troupes ne permet pas de les faire serrer sur Taucha [15] ; à la Garde de rester à Lutzen, prête à marcher au premier ordre.
Nous reproduisons l’ordre adressé au Maréchal Ney qui résume tous les autres :
Lutzen , 2 mai, 9 h 30 du matin.
« J’ai
donné ordre au duc de Raguse de se porter sur Pegau
. Si, en approchant, il apprend qu’il y ait quelque
chose, il prendra position entre Pegau et Zwenckau .
Si vous entendez la canonnade de ce côté, tenez vous prêt à marcher au
secours.
« Le Général Bertrand arrivera ce soir à Taucha avec une Division, une autre Division au Gleissberg et une autre à Stoessen afin d’observer Zeitz et de se porter demain sur Pegau et Zwenckau . Tous les rapports qu’on a sont que l’ennemi se réunit à Zwenckau et que Wittgenstein a été nommé commandant en chef. Faites-moi connaître la position de vos cinq Divisions. Vous pouvez retirer le Général Bertrand de la route de Leipzig , toute ma garde étant là pour l’appuyer (la Division Marchand ) dans la direction de Zwenckau. J’attends le rapport de ce que vous pouvez avoir appris ce matin ».
La Division de tête du 5ème Corps (Division Maisons ) [16] refoulant devant elle une ligne de postes de cavalerie ennemie, s’avance sur Leipzig par Gunthersdorf . Quand elle arrive sur les hauteurs de Ruckmarsdorf , elle aperçoit, dans la plaine, une masse de 3 à 4 000 cavaliers et plus en arrière, près de Lindenau , quelque infanterie avec de l’artillerie. La canonnade s’engage. La Division Maisons, avançant rapidement, oblige l’ennemi à se replier ; elle le suit, pénètre dans Lindenau sur ses talons et s’empare des ponts de l’Elster qui sont intacts. Pendant que la Division Maisons se place en avant de Leipzig pour tenir le débouché, les deux autres Divisions du 5ème Corps occupent la ville. Il est 11 h.
La Division Gérard du 11ème Corps et le 1er Corps de cavalerie, pour appuyer le mouvement du 5ème Corps, se sont avancés de Markranstaedt sur Schönau et se sont établis au sud de ce village. Le reste du 11ème Corps s’est placé entre Lausen et Markranstaedt.
Le 6ème Corps, rallié par sa 3ème Division, se met en mouvement entre 10 h et 11 h pour se porter sur Pegau en passant par Starsiedel de façon à rester lié au 3ème Corps.
Le Général
Bertrand , qui n’a pas reçu à temps le deuxième
ordre de Napoléon , marche par Aupitz sur
Taucha avec
ses deux premières Divisions. Le Général, qui a appris l’arrivée
d’un corps ennemi à Zeitz (c’est
simplement l’avant-garde du Corps de Miloradowitc h),
a prévenu l’Empereur en
lui faisant savoir qu’il arrêtera son corps d’armée sur la hauteur
de Dippelsdorf afin d’être à même de marcher soir sur Taucha et Kaja
, soit sur Zeitz, si l’Empereur le
juge plus convenable. A midi, au reçu du dernier ordre visé ci-dessus, le
Général Bertrand continue
son mouvement ; à une heure de l’après-midi, la Division Morand
est établie
entre Taucha et Aupitz, face à Hohen-Molsen ;
la Division Peyri est
en train de serrer sur Aupitz. A ce moment, la canonnade et la fusillade
font rage du côté de Görschen et
de Starsiedel, à moins de 6 km à vol d’oiseau ; le Général
Bertrand ne
s’en émeut pas : il attend des ordres ! ! !
Quant au
3ème Corps, il n’a pas bougé depuis le matin, malgré les
prescriptions formelles de l’Empereur ; le
Maréchal Ney n’a
pas rallié ses Divisions sur Kaja . La Division
Souham , qui occupe ce village ainsi que Ralsna
et les deux Görschen
, a des avant-postes à Hohenlohe ,
du côté de Zwenckau , mais elle ne se garde pas
du côté de Pegau .
Des
patrouilles de cavalerie légère ennemie tiennent la plaine de Bösdorf
, à Hohen-Molsen ; on les aperçoit
qui galopent sur toutes les crêtes ; mais on n’y prend pas garde
car c’est là un spectacle avec lequel on est déjà blasé.
L’Empereur , accompagné du Maréchal Ney , s’est rendu à Markranstaedt avec la cavalerie de la garde ; là, il s’est arrêté pour passer en revue le 11ème Corps ; puis, son attention s’est fixée sur le combat que livre le 5ème Corps qui, déjà, pénètre dans Leipzig .
Tout à coup, vers midi, une violente canonnade retentit derrière lui, du côté de Görschen ; il se retourne et examine l’horizon avec sa lunette. En un instant, il a compris ce qui se passe et arrêté ses dispositions. Des ordres de quelques lignes écrits au crayon sous sa dictée par les aides-de-camp vont suffire à mettre en mouvement tous les corps de l’armée française. L’un de ces ordres, celui adressé à la Vieille Garde , ne contient que cette phrase courte et énergique : « La Garde en feu ».
Les dispositions prises se résume en ceci :
Le 3ème Corps se maintiendra sur ses positions coûte que coûte, afin d’arrêter l’ennemi, de le fixer et de permettre aux autres Corps de manœuvrer sur lui. Le 6ème Corps prolongera le 3ème sur sa droite ; le 4ème Corps agira contre l’aile gauche ennemie ; le 11ème et le 1er Corps de cavalerie contre l’aile droite ; le 5ème Corps fera occuper Leipzig par l’une de ses Divisions et tiendra les deux autres échelonnées sur Markranstaedt et prêtes à se porter sur Kaja .
Le Maréchal Ney , au premier coup de canon, est parti ventre à terre dans la direction de Lutzen , pour faire avancer les Divisions Marchand , Brennier et Ricard au soutien des Divisions Souham et Girard [17].
Avant de
continuer l’exposé des mouvements des Français ,
il est indispensable de jeter un coup d’œil sur la situation des coalisés.
Dans la dernière quinzaine d’avril, pendant que l’armée française marchait vers la Saale , les coalisés avaient lentement rassemblé toutes leurs forces sur la rive gauche de l’Elbe .
Le Corps de Miloradowitch avait passé le fleuve à Dresde du 16 au 19 et rejoint le Corps de Blücher qui, depuis le 14 avril, était établi en cantonnements autour d’Altenburg . Ce fut seulement le 24 avril qu’arrivèrent à Dresde les souverains alliés et la Garde russe.
Le 28, on apprit la mort de Kutuzow , qui était resté malade à Bunzlau . On décida de ne pas faire connaître cette nouvelle dans la crainte de porter atteinte au moral des troupes russes qui avaient une confiance superstitieuse dans leur vieux Général. D’un commun accord, les souverains alliés nommèrent Commandant en chef le Général russe Wittgenstein , qui s’était acquis une grande réputation dans la campagne précédente, à peu de frais d’ailleurs.
A la date du 30 avril, l’armée prusso-russe occupe les emplacements suivants :
Le Corps de Berg , 7 500 hommes, et celui d’York , 10 000 hommes, sont en marche de Skenditz et de Leipzig sur Zwenckau pour se rapprocher de Blücher ;
Le détachement de Kleist , 6 000 hommes, est chargé de garder Leipzig ;
Du Corps de Wittzengerode, 13 500 hommes, la cavalerie (5 000 hommes) est près de Lutzen ; l’infanterie en avant de Zwenckau entre l’Elster et Flossgraben ;
Le Corps de Blücher , 27 000 hommes, est aux environs de Borna ;
Le Corps de Miloradowitch , 12 000 hommes, près de Peni g ;
La Garde russe, 18 500 hommes, à Frohburg et Kohren
Corps
russes (54 300 h)
|
Berg
, 22 bons, 1 rgt de cavalerie, 1 rgt de cosaques, 3
bies. |
7 500 h |
|
Wittzengerode :
20 bons, 6 rgts cavalerie, 9 rgts cosaques, 6 bies |
13 500
h |
|
Miloradowitch : 22 bons, 9 rgts cavalerie, 7 rgts cosaques, 10 bies |
12 000
h |
|
Garde : 30 bons, 15 rgts cav., (55 eons) 7 rgts de cosaques, 15 bies |
18 500
h |
Kleist
[18]
|
Troupes russes : 5 rgts de cavalerie, 3 rgts de cosaques, 2 bies |
2 800
h |
|
Troupes prussiennes : 4 ½ bons, 4 eons, 1 bie, |
3 200
h |
Corps
prussiens (37 700 h)
|
Blücher : 22 bons, 43 eons, 11 bies |
27 000 h |
|
York : 12 bons, 12 eons, 7 bies |
7 500
h |
Les effectifs indiqués ci-dessus sont un peu faibles parce que les situations prussiennes ne mentionnent que les compagnies et les escadrons de chasseurs volontaires qui étaient rattachés aux troupes de ligne. On peut admettre que l’effectif total est de : 95 000 hommes soit 65 000 fantassins, 22 000 cavaliers, 8 000 artilleurs servant 530 à 550 pièces.
Les coalisés s’étaient demandés s’ils accepteraient la bataille sur la rive gauche de l’Elbe , ou s’ils se replieraient derrière le fleuve pour essayer de la défendre. Ils avaient reconnu que la ligne de l’Elbe n’étant pas défendable dès l’instant où l’ennemi était maître de Wittenberg et même de Torgau , le parti pris de refuser la bataille les conduirait à reculer bien au-delà du fleuve, jusqu’au fond de la Silésie et peut-être même plus loin, attendu que les renforts, landwehrs prussiennes et troupes de réserve russes, ne pourraient pas entrer en ligne avant deux grands mois ; or, il était à craindre qu’une retraite aussi prolongée ne ruinât le moral des troupes et n’amenât un revirement de l’opinion en Allemagne et en Autriche où, jusqu’alors, on s’était montré très favorable à la cause de la coalition.
On espérait d’ailleurs que la qualité des troupes compenserait leur infériorité numérique, car Russes et Prussiens étaient d’accord pour considérer les troupes françaises comme n’ayant que peu de valeur. Les coalisés pensaient, en outre, qu’avec une cavalerie aussi nombreuse et aussi bonne que la leur, ils seraient très exactement informés de tous les faits et gestes de l’ennemi et qu’ils pourraient facilement lui cacher leurs propres mouvements ; pour combattre, ils auraient donc le choix du lieu et du moment, ce qui leur assurerait de grandes chances de vaincre. Enfin, si le résultat de la bataille ne leur était pas favorable, cette même supériorité en cavalerie leur permettrait de battre en retraite sans trop de difficultés.
Les alliés avaient donc décidé de livrer bataille sur la rive gauche de l’Elbe , en profitant de la première occasion favorable pour attaquer les Français .
En apprenant qu’une grande quantité de troupes adverses venaient d’atteindre la Saale entre Naumburg et Merseburg , Wittgenstei n avait pensé que l’intention de Napoléon était de marcher directement sur Leipzig . En conséquence, il avait donné des ordres pour concentrer l’armée entre Leipzig et Würzen . C’est en exécution de ces ordres que le Corps de Blücher avait quitté la région d’Altenburg pour se porter sur Borna .
Mais l’Empereur Alexandre , arrivé au Quartier général sur ces entrefaites, n’approuva pas les dispositions du Généralissime, estimant qu’elles exposaient les coalisés en cas de défaite à être acculés à l’Elbe , du côté de Torgau : il décida que son armée se rassemblerait plus au Sud, entre Leipzig et Borna .
Les conseillers militaires de l’Empereur Alexandre et parmi eux, le Général prussien Scharnhorst qui étaient le plus écouté, ne croyaient pas que l’armée française se risquât à marcher sur Leipzig par Lutzen . Il ne leur paraissait pas admissible que Napoléon , qui n’avait pour ainsi dire pas de cavalerie, s’aventurât dans une plaine aussi favorable à l’action des nombreux escadrons des alliés ; ils pensaient que l’Empereur replierait sa droite sur Naumburg et déboucherait vers Zeitz et Altenburg , de manière à se maintenir dans une région moyennement accidentée très favorable à l’action de l’infanterie et très peu à celle de la cavalerie.
En outre, la présence de colonnes françaises considérables sur la Haute-Saale semblait obliger Napoléon , s’il voulait prendre l’offensive immédiatement, à déboucher plutôt par Zeitz que par Naumburg , afin d’être à même d’attirer plus facilement à lui les colonnes en question.
Ce raisonnement était parfaitement juste, mais il ne tenait pas compte de ce que la direction de Lutzen , moins favorable au point de vue tactique que celle de Zeitz , l’était davantage au point de vue stratégique.
Quoi qu’il en soit, ce furent les raisons exposées ci-dessus qui déterminèrent les coalisés à placer le gros de leurs forces entre Borna et Leipzig .
Le 1er mai, quand les Français s’avancèrent de Weissenfels et de Merseburg sur Lutzen , il devint évident que leur offensive, contrairement aux prévisions, allait se produire par Lutzen sur Leipzig .
Au reçu des rapports de se cavalerie, qui avait relevé d’une façon très précise la position des détachements avancés de l’armée française, l’Etat-Major coalisé s’imagina cette armée formée en une longue colonne qui marchait processionnellement sur Leipzig , ne se gardant du côté de Pegau que par de faibles détachements.
Wittgenstein jugea qu’il fallait profiter de la disposition des corps français pour les attaquer brusquement sur Lutzen en débouchant par Pegau , de manière à jeter dans les marais de l’Elster tout ce qui aurait dépassé Lutzen.
A la suite des marches effectuées dans la journée du 1er mai, les corps russes et prussiens occupent les emplacements indiquées ci-après : (Voir le croquis)
- Le Corps de Wittzengerode (le gros) à Stönzsch , au contact des Français ;
- Le détachement de Kleist à Leipzig ;
- Les Corps d’York et de Berg autour de Zwenckau ;
- Le Corps de Blücher à Rotha et en arrière ;
- La Garde russe à Borna et en arrière ;
- Le Corps de Miloradowitch à Altenburg et en arrière ;
- Le Quartier général à Zwenckau ;
L’ordre pour la bataille, qui est signé à 11 h 30 du soir, prescrit ce qui suit :
-
Le détachement de Kleist assurera
la garde de Leipzig ;
-
Le Corps de Miloradowitch se
portera sur Zeitz pour
surveiller les directions de Naumburg et
d’Iéna .
-
Le Corps de Wittzengerode, moins un détachement
de 1 500 hommes environ qui est affecté à la garde du pont de Zwenckau
, prendra position à Werben pour
couvrir le débouché du gros de l’armée au-delà de l’Elster
et du
Flossgraben ;
-
Le Corps de Blücher marchera
en deux colonnes qui franchiront l’Elster ,
celle de droite à Storkwitz et celle de gauche à Pegau ;
-
Le Corps d’York passera
l’Elster à
Pegau derrière
la colonne de gauche de Blücher ; le
corps de Berg à
Starkwitz , derrière la colonne de droite ;
-
La Garde suivra
les Corps d’York et
de Berg ;
-
L’armée se formera au-delà du
Flossgraben , la droite appuyée à ce canal
près de Werben et
la gauche au Grünabach près
de Söhesten .
-
Le Corps de Blücher devra
commencer à passer l’Elster à
5 heures du matin, de façon que le mouvement de l’armée soit terminé
vers 7 heures.
L’Ordre n’est expédié qu’à minuit, mais il est probable qu’un avis préalable a été adressé aux commandants de corps car les troupes sont toutes en marche entre 1 h et 2 h du matin.
Comme aucune prescription n’a été faite en ce qui con-cerne les mouvements sur la rive droite de l’Elster , les colonnes d’York et celles de Blücher se croisent ; le désordre qui en résulte amène une perte de temps de deux heures, si bien que les troupes de Blücher ne commencent à passer l’Elster qu’à 7 h du matin.
C’est seulement à 11 h que l’armée a fini de déboucher au-delà de Flossgraben . Elle se trouve alors formée sur trois lignes, derrière la crête située à environ 2 000 mètres au sud de Gross-Görschen :
- en 1ère ligne, le corps de Blücher , la droite à Werben ayant à sa gauche la réserve de cavalerie du colonel Dolfs qui se tient en face de Starsiedel ;
- en 2ème ligne, les corps de Berg , d’York et de Wittzengerode se succédant de la droite à la gauche dans l’ordre où ils sont énumérés ; en réserve, la Garde russe, qui a laissé un détachement de 2 000 hommes pour tenir les passages de Stönzsch et de Werben .
Les troupes, dont beaucoup ont marché presque sans repos depuis vingt-quatre heures, sont très fatiguées : on décide de leur faire prendre une heure de repos avant de donner le signal de l’attaque.
La carte au 1/100 000ème [19] donne une idée très nette de la configuration générale du champ de bataille.
C’est une plaine mollement ondulée, s’étendant entre l’Elster , qui est une rivière non guéable et le Grünabach , un petit ruisseau sans importance ; le terrain est très solide ; partout, l’on circule facilement à travers champs. Un canal d’irrigation, appelé le Flossgraben , serpente à travers la plaine qu’il coupe en deux ; très étroit et peu profond, il coule entre des berges assez raides, couvertes d’arbres et de broussailles ; l’infanterie le traverse aisément, mais c’est un obstacle presque partout infranchissable pour la cavalerie et l’artillerie ; ajoutons que la végétation qui croît sur ses bords forme un rideau qui masque les vues. Les nombreux villages de la région sont entourés de vergers fermés par des haies ou des levées de terre ; les habitations, assez solidement construites, sont couvertes en chaume si bien que l’artillerie peut facilement les incendier.
Du sommet de la hauteur qui est au Sud de Gross-Görschen , les généraux coalisés découvrent toute la plaine de Lutzen . A l’Est de cette localité, le long de la route de Leipzig , on voit d’épais nuages de poussière qui révèlent que des colonnes françaises sont en marche vers Markranstaedt .
A Gross-Görschen , on aperçoit des troupes au bivouac ; après avoir cru que ce n’était qu’un faible détachement qui se retirerait au plus vite dès que l’armée coalisée se montrerait, on finit par constater qu’il y a là plusieurs milliers d’hommes. Cette circonstance jette le trouble dans l’esprit de Wittgenstein qui s’était figuré qu’il pourrait porter son armée en bloc jusqu’à Lutze n sans éprouver la moindre résistance.
Au lieu de profiter de ce que ses troupes sont toutes déployées pour faire déborder par les deux ailes les villages occupés par l’ennemi en même temps qu’il les fera attaquer de front, Wittgenstei n décide qu’une avant-garde, composée de la 1ère brigade et de la réserve de cavalerie de Blücher , sera chargée de nettoyer la place et d’ouvrir le chemin de Lûtzen au gros de l’armée.
A midi, Blücher s’approche de Wittgenstein , le salue du sabre et lui demande l’autorisation de commencer le combat : « A la grâce de Dieu », répond Wittgenstein ; quelques minutes plus tard, le premier coup de canon retentit.
Midi. – La brigade du Général Klüx (6 bataillons, 6 escadrons, 4 batteries), marche droit à Gross-Görschen pendant que la cavalerie du colonel Dolfs (23 escadrons et 3 batteries à cheval) s’avance à sa gauche vers Ralsna ; la cavalerie de Wittzengerode suit le mouvement et prend sa direction sur Starsiedel.
L’artillerie de la brigade Klüx (36 canons) se met en batteries à 800 pas de Gross-Görschen et ouvre le feu sur un bivouac français qui se trouve à l’Est du village. Les Français , quoique surpris, se forment assez rapidement et mettent douze pièces en batteries ; mais cette artillerie est de suite réduite au silence. L’infanterie prussienne s’avance alors au pas de course et s’empare de Gross-Görschen presque sans coup férir. Mais, quand le colonel Dolfs veut jeter sa cavalerie sur les Français en retraite, des batteries établies entre Ralsna et Klein-Görschen l’accueillent par un tir à mitraille et l’obligent à se retirer précipitamment. Le Général Souham a rallié sa Division (12 000 hommes) ; il lui fait prendre position, la droite à Kalsna, la gauche à Klein-Görschen et empêche la brigade Klüx de dépasser Gross-Gorschen.
Pendant ce temps, Starsiedel, la Division Girard prend les armes dans un certain désordre, résultat de la surprise : il faut envoyer chercher les attelages de l’artillerie qui sont allés au fourrage dans les villages voisins. Fort heureusement qu’à ce moment même, arrive le Maréchal Marmont avec tout le 6ème Corps. Le Maréchal jette un détachement dans Starsiedel pour s’en servir comme point d’appui et porte ses Divisions en échelons, la gauche en avant vers la crête, sur laquelle se montrent les masses de la cavalerie ennemie. Mais le bruit de la canonnade et de la fusillade augmentant d’intensité du côté de Görschen , le Maréchal craint de se trouver compromis ; il arrête ses troupes qui supporte avec le calme le plus admirable le feu de la nombreuse artillerie adverse. La Division Girard , qui s’est rassemblée sous la protection du 6ème Corps, s’engage vers Ralsna , à la droite de la Division Souham .
En résumé, à une heure du soir, 75 000 coalisés ont devant eux, sur la ligne Klein-Görschen , Ralsna , Starsiedel, un peu plus de 40 000 Français .
Une heure. – Blücher , voyant que sa première brigade est arrêtée devant Ralsna et Klein-Görschen , fait avancer sa deuxième brigade, Général Ziethen (7 bataillons, 6 escadrons et 6 batteries) à l’Est de Gross-Görschen et lui fait prolonger à droite la ligne de la première ; les deux brigades attaquent simultanément Ralsna et Klein-Görschen. Il se livre alors, dans les vergers qui entourent les deux villages, un combat des plus acharnés ; partout, on se fusille à bout portant, on s’attaque à la baïonnette ; de part et d’autre, on déploie la plus brillante bravoure. Les Prussiens finissent par s’emparer des deux villages ; ils s’élancent aussitôt sur Kaja .
Mais le Maréchal Ney a fait avancer ses trois dernières divisions ; il a dirigé la Division Marchand sur Eisdorf pour contenir le mouvement débordant de la brigade Ziethen et fait serrer sur Kaja les Divisions Brennier et Ricard . Le Maréchal se met lui-même à la tête de la Division Brennier , la porte en avant et, entraînant les Divisions Souham et Girard , les ramène d’un bond jusqu’à Ralsna et Klein-Görschen . Blücher envoie deux bataillons à Eisdorf pour arrêter la Division Marchand et jette dans la mêlée sa troisième brigade (celle de la Garde , Général Röder ), dont l’entrée en ligne détermine un retour offensif de toutes les troupes engagées ; les Prussiens s’emparent de nouveau de Klein-Görschen et de Ralsna. En même temps, la cavalerie du colonel Dolfs s’élance à la charge sur les Divisions Compans et Bonnet du 6ème Corps ; malgré la vigueur de l’attaque, nos bataillons tiennent ferme, pas un ne se laisse entamer ; néanmoins, le Maréchal Marmont croit devoir reporter ses troupes un peu plus en arrière, à hauteur de Starsiedel.
2 h 30. – Napoléon vient d’arriver en arrière de Kaja avec la Garde . Sa présence produit un effet inexprimable sur les troupes françaises qui font retentir l’air du cri de « Vive l’Empereur » ; « les blessés et les mourants eux-mêmes le saluent de leurs vivats » [20].
La lutte prend un caractère d’acharnement inouï. Les Prussiens gagnant toujours du terrain, sur ordre de Napoléon , le Général Mouton, un de ses aides-de-camp, se lance à la contre-attaque avec la Division Ricard , la dernière du 3ème Corps ; l’ennemi est refoulé ; nous sommes encore une fois maîtres de Ralsna et de Klein-Görschen . A l’aile gauche des coalisés, la cavalerie de Wittzengerode reste immobile derrière ses batteries qui sont engagées contre celles du 6ème Corps ; de ce côté, tout se réduit à un duel d’artillerie.
Le Maréchal Marmont , se laissant impressionner par la grande quantité de cavalerie et d’artillerie qu’il a en face de lui, bien que son corps d’armée n’ait pas été sérieusement engagé, envoie demander du renfort. L’Empereur répond à l’officier porteur de cette demande : « Dites à votre Maréchal qu’il se trompe, qu’il n’a personne devant lui, que la bataille est à Kaja ».
4 h. – Wittgenstein , qui est informé de l’approche des 4ème et 11ème Corps, comprend enfin qu’il faut en finir rapidement avec les troupes qui sont devant lui ; il fait donc avancer un soutien de Blücher , d’abord, le corps d’York puis, presque aussitôt après, celui de Berg . Les coalisés reprennent l’avantage ; ils chassent les Français de Ralsna et de Klein-Görschen et s’avancent jusqu’à Kaja . Tous les villages du champ de bataille sont en feu.
L’instant est solennel ; le 3ème Corps, dont les Divisions désunies se sont mélangées, ne tient presque plus ; le 6ème Corps est intact, mais il semble nécessaire de le laisser à Starsiedel pour empêcher l’ennemi de déborder la droite du 3ème Corps et assurer la liaison avec le 4ème Corps ; les 4ème et 11ème Corps ne sont pas encore assez rapprochés pour faire sentir leur action à l'’nnemi ; la Garde , qui forme la réserve générale est, il est vrai, disponible derrière le 3ème Corps, mais l’Empereur hésite à l’engager car il ne trouve pas que « la bataille soit mûre ».
Quelques bataillons du 3ème Corps se débandent ; Napoléo n court au-devant d’eux au milieu des balles et les rallie d’un geste. Une brigade de la Jeune Garde (Général Lanusse ) se jette sur Kaja , baïonnettes basses, en chasse les Prussiens et les Russes et ramène en avant tout le 3ème Corps.
5 h. – Enfin, vers 5 h, le 11ème Corps débouche sur Eisdorf et Kitzen , précédé de ses soixante bouches à feu et, en même temps, apparaît du côté de Pablès la 1ère Division du 4ème Corps, la Division Morand .
Wittgenstein oppose la cavalerie de la Garde russe (6 à 7 000 hommes) à la Division Morand et prescrit au Prince Eugène de Würtemberg, qui commande l’infanterie de Wittzengerode, d’appuyer directement l’attaque de Blücher sur Kaja avec la moitié de sa Division et de porter l’autre moitié au-delà du Flossgraben sur Eisdorf pour contenir le 11ème Corps.
Les coalisés réussissent encore une fois à s’avancer jusqu’à Kaja ; mais nos ailes gagnent du terrain ; à la gauche, le 11ème Corps, maître d’Eisdorf et de Kitzen , commence à progresser au-delà du Flossgraben , menaçant de prendre à revers la droite ennemie ; à notre droite, la Division Morand , dont le fond se compose de deux vieux régiments, les 13ème et 23ème de ligne (ensemble 9 bataillons), continue sa marche à travers la plaine sans se laisser intimider par la cavalerie russe.
6 h. – Napoléon juge que l’instant décisif est arrivé. Par son ordre, le 3ème Corps, entraîné par la Division de la Jeune Garde , reprend l’offensive sur Ralsna et Klein-Görschen ; une Division du 6ème Corps, la Division Bonnet , appuie le mouvement en marchant sur Ralsna ; le Général Drouot met en batterie à l’Est de Starsiedel les 60 canons de la Garde qui mitraillent en flanc les bataillons prussiens et russes et tiennent à distance la cavalerie adverse.
Les coalisés font preuve d’une ténacité incroyable ; néanmoins, ils doivent céder sur tous les points ; vers 7 h, ce n’est plus qu’à grand peine qu’ils réussissent à se maintenir dans la partie sud de Gross-Görschen .
La tombée de la nuit vient heureusement pour interrompre le combat et leur permettre de se dérober. Ils se replient sur les crêtes entre Werben et Tornau et se rallient sous la protection de l’infanterie de la Garde russe (11 000 hommes) qui n’a pas été engagée.
L’armée française s’arrête à hauteur de Gross-Görschen .
Quelques escadrons prussiens, qui donnent par mégarde sur la Division Compans du 6ème Corps, provoquent une panique dans le 37ème léger, qui se met à fuir en désordre. Le Maréchal Marmont et son Etat-major, entraînés par les fuyards, passent sous le feu des autres régiments de la Division qui les prennent pour l’ennemi. Le Maréchal parvient à rallier le 37ème ; il reporte alors ses Divisions un peu plus en arrière et les dispose en vue d’une nouvelle attaque qu’il prévoit plus sérieuse.
Wittgenstein , qui juge la partie perdue, donne des ordres pour la retraite mais Blücher , quoique blessé, veut combattre encore ; il finit par arracher à Wittgenstein l’autorisation de lancer une partie de la cavalerie prussienne sur les Français . 11 escadrons du colonel Dolfs , partant de Söhesten , se dirigent, au milieu de l’obscurité la plus complète, vers l’intervalle compris entre Starsiedel et Ralsna . Ils s’égarent et se jettent dans un terrain coupé de chemins creux, où ils se désunissent et se séparent en deux groupes, dont l’un va donner sur l’infanterie de Marmont et l’autre sur les carrés de la Vieille Garde qui protégeaient le bivouac de l’Empereur ; sur les deux points, les cavaliers prussiens sont repoussés avec de grandes pertes. Leur tentative généreuse n’a pas réussi ; elle aura pourtant un résultat avantageux : les Français , dans la crainte de nouvelles attaques, resteront sur pied toute la nuit si bien que le lendemain, leur état de fatigue les empêchera de mener la poursuite avec toute la rapidité nécessaire.
Le Corps de Miloradowitch , qui était arrivé à Zeitz à 11 h 30 du soir seulement (sans qu’on sache pour quelle raison car il n’y a que 30 km d’Altenburg à Zeitz), y était resté immobile dans l’attente d’ordres qui ne vinrent pas.
D’autre part, le Général Bülow , qui avait appris que Halle était très faiblement occupée, s’était porté sur cette localité avec une partie de son corps d’armée, 5 à 6 000 hommes, et s’en était emparé. Les quatre bataillons français du 5ème Corps, qui s’étaient emparés de la garde de cette ville, rejetés sur la rive gauche de la Saale , s’étaient repliés sur Merseburg , où ils avaient été recueillis par la Division Durutte .
Avant la fin de la nuit, l’armée coalisée se mit en retraite dans le plus grand ordre, ne laissant entre nos mains aucun trophée et emmenant la plupart de ses blessés ; elle passa l’Elster en amont de Pegau aux gués d’Ostran et de Predel et, sous la protection du Corps de Miloradowitch renforcé de Wittgenstein , gagna Frohburg et Borna . Quand le mouvement du gros fut complètement terminé, Miloradowitch se replia sur Lucka .
Les souverains alliés ayant décidé que l’armée se retirerait derrière l’Elbe , la retraite continua en trois colonnes, les corps prussiens marchant par Codlitz sur Meissen , les corps russes, par Rochlitz sur Dresde , les parcs et les convois par Freyberg et Chernnitz également sur Dresde.
Miloradowitch fut chargé de faire l’arrière-garde ; le 4 mai, il rétrograda sur Rochlitz .
Le Général Kleist , dont les cosaques étaient rentrés dans Leipzig , abandonné par le 5ème Corps français, ainsi que nous le dirons plus loin, reçut l’ordre de se retirer sur Mühlberg par Würze n
Le Général
Bülow , auquel revenait la mission de couvrir Berlin
, fut prévenu du mouvement de retraite de l’armée et
invité à se replier derrière l’Elbe à
Rosslau .
Opérations des alliés – C’est une idée fausse qui sert de point de départ à Wittgenstein pour l’établissement du plan de sa manœuvre. Interprétant à sa manière les renseignements assez complets que lui fournit sa cavalerie, il s’imagine que les corps de l’armée française sont placés les uns derrière les autres, formant une longue colonne, dont la tête est entre Lutzen et Leipzig , pendant que la guerre est encore à Naumburg et même à Iéna et qui va marcher processionnellement sur Leipzig sans prendre d’autre mesure de précaution que de placer « un faible détachement à Gross-Görschen ».
Il n’est pas permis de mettre en mouvement une armée sur des superstitions aussi folles, quand on a en face de soi un adversaire tel que Napoléon .
Le plan de Wittgenstein pêche donc par la base.
Quoi qu’il en soit, l’opération qu’il projette n’est pas autre chose qu’une embuscade tendue avec une armée entière à une armée adverse qui se garde avec négligence : en pareil cas, la principale condition du succès est la surprise. Le Général russe s’en rend compte et s’efforce de prendre des dispositions en conséquence.
Mettre la nuit à profit pour masser ses troupes à portée de Görschen , à moins de deux lieues de Lutzen , est parfaitement rationnel car, d’une part, on a plus de chances pour que ce rassemblement s’effectue à l’insu de l’ennemi et d’autre part, c’est le seul moyen d’être prêt à agir de très grand matin, c’est-à-dire avant que la situation sur laquelle on table ait eu le temps de se modifier d’une façon sensible. En France , on a été longtemps très contraire aux marches de nuit, sous le prétexte qu’elles entraînent de grandes fatigues pour les troupes et donnent lieu aux plus graves mécomptes. Cependant, il est des cas (celui que nous considérons en est un), où une marche de nuit seule permet de réaliser une opération avantageuse : il ne faut donc pas en proscrire systématiquement l’emploi.
L’idée était excellente, nous le répétons, mais l’exécution fut déplorable ; la mise en marche tardive des troupes et de mauvaises dispositions qui amenèrent des croisements de colonnes firent perdre quatre heures, si bien que le rassemblement, au lieu d’être achevé à 7 h, comme on le désirait, ne le fut qu’à 11 h. Sans entrer dans le détail du problème, ce qui n’est pas possible attendu que nous n’en possédons pas tous les éléments, il est facile de voir qu’en désignant les troupes d’York et de Berg , qui étaient les plus rapprochées des points de passage, pour franchir l’Elster les premières, on aurait pu commencer l’opération dès 3 h du matin de telle sorte qu’elle aurait été terminée vers 7 h.
D’un autre côté, on ne s’explique pas pourquoi Wittgenstei n a attendu pour mettre son armée en mouvement que la Garde russe, qui était destinée à former sa réserve, eût complètement serré sur les autres troupes. Puisque la négligence de l’ennemi le permettait, il convenait de rassembler les troupes afin d’être à même d’agir du premier coup avec des masses et d’obtenir une action brusque, quasi-instantanée. Il était non seulement inutile, mais encore dangereux de les entasser comme on l’a fait sur moins d’une lieue carrée ; un tel bloc, même dans un terrain aussi praticable aux masses que la plaine de Lutzen , devait être très difficile à faire mouvoir. Il aurait fallu mettre en mouvement les troupes de la première ligne, dès que les têtes de colonnes de la Garde russe atteignirent Stönzsch et Werben : on aurait ainsi gagné environ une heure.
On observera que Wittgenstein sut retenir sa cavalerie, dont l’apparition prématurée dans la plaine de Lutzen aurait sûrement mis les Français sur leurs gardes ; jusqu’au moment où fut tiré le premier coup de canon contre Görschen , la cavalerie alliée ne montra que « son service ordinaire ».
Un chose singulière, c’est que la formation que Wittgenstei n fait prendre à son armée, au sud de Görschen , n’est pas une simple formation de rassemblement, mais bien un ordre de combat. C’est dans cet ordre, en effet, que le Général russe, amateur de batailles rangées à la mode frédéricienne, entend faire évoluer et combattre ses troupes. La lecture de son ordre pour la bataille [21] ne laisse aucun doute à ce sujet ; l’expérience de quinze ans de guerre ne lui a pas appris que des troupes ainsi entassées les unes sur les autres perdent toute aptitude à la manœuvre ; elle ne lui a pas appris non plus que l’on ne règle pas d’avance une bataille comme on règle un ballet.
L’ordre de Wittgenstein , qui n’avait pas moins de quatre grandes pages, était une macédoine de prescriptions de tout genre ; si long qu’il fût, il était pourtant incomplet puisqu’il ne réglait pas les mouvements à exécuter sur la rive droite de l’Elster , ce qui occasionna les croisements de colonnes que l’on sait. On se figure aisément l’embarras des commandants de corps d’armée recevant un tel document entre 1 h et 2 h du matin, alors que les circonstances exigent la mise en marche immédiate des troupes.
Vers midi, le rassemblement de l’armée est terminé ; on va pouvoir enfin attaquer.
Mais, entre-temps, on s’est aperçu que Gross-Görschen et les villages en arrière sont occupés, non pas par un faible détachement, comme on l’avait cru tout d’abord, mais par plusieurs milliers d’hommes qui ne manqueront pas de se défendre énergiquement et qu’il faudra déloger de leurs points d’appui à coups de canon, ce qui donnera l’alarme aux corps voisins que l’on comptait surprendre. Ce simple incident suffit pour déconcerter Wittgenstei n.
Ayant toutes ses troupes sous la main, il lui serait facile de faire déborder par la droite et par la gauche les points d’appui de l’ennemi, en même temps qu’il les ferait attaquer de front ; il est probable que, sous l’effet combiné de la surprise et d’une attaque en masse, la résistance des Français serait de courte durée. Une fois maîtres de Kaja et aussi de Starsiedel, les coalisés, ayant pris pied solidement en avant de l’Elster , pourraient se lancer en toute tranquillité vers Lutzen .
Wittgenstein ne l’entend pas ainsi ; il envoie à l’attaque de Görschen une brigade prussienne qui est appuyée par 5 ou 6 000 cavaliers.
Mais, le premier coup de canon produit un effet magique : des Français se montrent partout en grand nombre, à Gross-Görschen , dans les 3 villages au Nord et aussi à Starsiedel ; il y a là 40 000 hommes de toutes armes.
La situation est donc différente de celle que l’on avait prévue ; la surprise, la surprise tactique est manquée ; on veut quand même livrer bataille ; on espère remporter un succès grâce à la surprise stratégique sur laquelle on compte encore.
Soit, mais étant donné la grande supériorité numérique des troupes françaises qui peuvent, en quelques heures, se réunir aux environs de Lutzen , il est évident que les coalisés n’ont de chances de succès qu’à la condition d’agir très vite : il faut à tout prix qu’ils aient complètement écrasés les corps français postés à Kaja et à Starsiedel avant l’arrivée des autres corps, qui vont se hâter d’accourir sur le terrain de la lutte, attirés par le bruit de la fusillade et de la canonnade.
La négligence de l’ennemi a permis aux coalisés de rassembler toutes leurs forces à portée de canon de ses positions ; c’est là une bonne fortune inouïe dont il importe de profiter pour attaquer franchement partout à la fois en mettant, sur-le-champ, en ligne, toutes les troupes nécessaires pour triompher promptement de la résistance de l’adversaire. En un mot, la situation comporte un coup de boutoir rapide ; si l’on réussit, on poursuivra son succès ; dans le cas contraire, on se retirera lestement derrière l’Elster sans attendre d’avoir sur les bras toute l’armée française.
Wittgenstein ne le comprend pas. Maître de Gross-Görschen que lui a livré la surprise, il poursuit l’attaque des villages en arrière, que ses troupes abordent de front. La première brigade est bientôt serrée de près par des forces supérieures, il en fait avancer une deuxième, puis une troisième et ainsi de suite, à mesure que les Français se renforcent : peu à peu, toute son infanterie vient s’user à l’attaque de Gross-Görschen, de Ralsna et de Kaja .
En engageant ainsi successivement ses troupes, le Général russe fait le jeu de ses adversaires.
Vers 5 h du soir, quand les 4ème et 11ème Corps français apparaissent sur les deux flancs de l’armée alliée, celle-ci, presque toute entière engagée à fond, est si bien fixée et usée que, sans la bravoure des soldats et une faveur particulière de la fortune, elle n’échapperait pas à un désastre.
Les coalisés avaient beaucoup compté sur leur cavalerie à laquelle la plaine de Lutzen offrait un terrain d’action exceptionnellement favorable et qui avait sur la cavalerie française une supériorité numérique écrasante.
Avant la bataille, la cavalerie alliée avait assez exactement renseigné le commandement ; pendant la bataille, elle ne rendit pas tous les services qu’elle aurait pu rendre, mais son rôle ne fut pas aussi nul qu’on le dit généralement.
Les escadrons des corps de Blücher et de Wittgenstein ne réussirent pas à entamer l’infanterie du 6ème Corps à laquelle ils étaient opposés, mais ce fut leur action combinée avec celle de leur artillerie et d’une partie de l’artillerie de la Garde russe (150 pièces en tout) qui arrêta le 6ème Corps et l’empêcha de prendre en flanc les bataillons qui attaquaient Kaja .
Entre le Grünabach et le Flossgraben , à hauteur de Starsiedel, le terrain n’était praticable à des masse de cavalerie qu’entre l’intervalle compris entre Starsiedel et Kaja ; cet intervalle n’étant que de 2 000 mètres, la cavalerie ne pouvait espérer forcer la ligne d’infanterie et d’artillerie établie entre les deux villages ; par suite, dès l’instant où elle restait collée à sa propre infanterie, elle était contrainte de demeurer inactive jusqu’à ce que les Français eussent été chassés soit de Kaja, soit de Starsiedel.
Le meilleur moyen de l’utiliser eût été de la retirer du milieu de l’infanterie (la plus grande partie du moins), de la grouper et de lui confier la mission d’aller avec son artillerie à cheval, au devant des colonnes de renfort de l’ennemi pour les retarder ; on n’y songea que trop tard, alors que déjà apparaissaient sur le champ de bataille les 4ème et 11ème Corps français.
Wittgenstein a commis une faute capitale en envoyant à Zeitz le corps de Miloradowitch ; cette mesure fut motivée par la crainte que les troupes françaises signalées à Naumburg et à Iéna ne vinssent tomber sur les derrières de l’armée alliée pendant que celle-ci serait engagée du côté de Lutzen . Il était naturel de prendre des mesures en vue de cette éventualité mais, en examinant la carte, on voit que ce n’est pas sur Zeitz mais bien sur Predel (deux lieues en amont de Pegau ) qu’aurait dû être dirigé Miloradowitc h. Là, il était tout aussi en situation de contenir une attaque venant de Naumburg et il se trouvait à portée d’appuyer sur le gros de l’armée si les circonstances l’exigeaient.
Si la marche de ce corps avait été bien réglée, il aurait quitté Altenburg entre 4 et 5 h du matin et fût arrivé à Predel (30 km environ) entre midi et 1 h. A ce moment, sa cavalerie l’aurait informé que rien n’avait bougé du côté d’Iéna et que les troupes françaises de Naumburg avaient appuyé vers Lutzen . L’absence d’ennemi dans les directions indiquées rendant inutile le maintien de son corps à Predel, Miloradowitch eût pu, sans attendre d’ordre, continuer sur le champ son mouvement vers Pegau , marchant à la bataille dont le bruit provenait jusqu’à lui.
Maintenant, nous avons vu que Miloradowitch , pour des causes inconnues, n’atteignit Zeitz que vers 4 h 30 du soir. La distance de cette ville à Pegau étant de 17 km, le corps russe n’aurait pu arriver à Pegau avant 9 h du soir. C’est donc a tort qu’on a blâmé Wittgenstein d’avoir laissé Miloradowitch immobile à Zeitz pendant toute la bataille. La faute commise fut tout aussi grave, mais d’une nature différente.
Clausewitz a dit que l’idée stratégique qui fut, pour les alliés, le point de départ de la bataille de Lutzen , est une des plus belles que l’on ait jamais conçues mais que, si la conception fut excellente, par contre, l’exécution fut déplorable.
Assurément, Wittgenstein mérite d’être loué pour avoir compris que c’était seulement par un retour offensif brusque, exécuté au bon moment et dans la direction convenable, qu’il pourrait remporter un succès marqué sur Napoléon ; mais, le principe une fois posé, quand il s’agit de passer de la théorie au fait, il ne montra guère d’habileté et de coup d’œil. Son plan pour la bataille du 2 mai fut conçu en partant d’une appréciation complètement fausse de la situation de l’armée française ; par conséquent, dans sa manœuvre, la conception ne valut pas mieux que l’exécution.
Il n’est pas sans intérêt d’observer que c’est précisément le retard dû à la mauvaise organisation de la marche sur la rive droite de l’Elster qui sauva les coalisés d’une destruction totale. Nous avons vu, en effet, que les Français furent arrêtés par la tombée de la nuit, juste au moment où ils n’avaient plus qu’un dernier effort à faire pour consommer la défaite de l’armée alliée, usée et à moitié enveloppée.
De ce
fait, ressort l’enseignement suivant : un Corps, obligé pour une
cause quelconque d’attaquer son adversaire et qui craint que l’opération
ne tourne mal pour lui, devra commencer son mouvement assez tard pour que la
nuit vienne interrompre le combat avant que l’ennemi ait pu lui donner
tout son développement.
La correspondance de Napoléon établit que, dans les journées du 1er au 2 mai, l’Empereur ne cessa de voir clair dans le jeu de Wittgenstein et qu’il manœuvra très serré afin d’être prêt à mettre à profit l’imprudence de son adversaire, si celui-ci osait l’attaquer sur la rive gauche de l’Elster .
Cette attaque, qu’il désirait si vivement, se produisit ; une bataille générale eut lieu : elle resta indécise bien qu’il eût mis en action des forces très supérieures à celles de l’ennemi et bien que ce dernier eût commis des fautes multiples.
L’études des faits démontre que la responsabilité du peu de résultats obtenus incombe au Maréchal Ney et au Général Souham .
L’un des principaux facteurs sur lesquels reposent les calculs du Général en chef est la capacité de résistance des corps d’avant-garde ; si, par l’effet d’une surprise, cette capacité est réduite à néant, les plus belles conceptions sont compromises.
L’Empereur avait prescrit, dès 4 h 30 du matin, au Maréchal Ney « de rallier les cinq Divisions de son corps d’armée et d’envoyer de fortes reconnaissances sur Zwenckau et sur Pegau ». Malgré un ordre aussi catégorique, le Maréchal maintint les trois Divisions Brennier , Ricard et Marchand , près de Lutzen , sur les emplacements où elles avaient passé la nuit et, ce qui est plus grave, n’envoya aucune reconnaissance sur Pegau.
Certains écrivains ont dit que la faiblesse numérique de la cavalerie du Maréchal Ney (1 000 chevaux) ne lui permettait pas d’exécuter l’ordre de l’Empereur : cette opinion n’est pas acceptable car il s’agissait d’aller, au plus, à une lieue et demie de Görschen , ce que pouvait faire sans peine un détachement mixte.
La responsabilité du Général Souham est également engagée car, en admettant même qu’il n’eût pas reçu l’ordre d’envoyer une reconnaissance sur Pegau , il avait le devoir d’organiser son service de sûreté de manière qu’une armée de 80 000 hommes ne pût pas se rassembler à son insu à 2 km des positions qu’il occupait. Son incurie lui a fait courir le risque d’être enlevé avant même de s’être mis en défense.
L’Empereur reçut pourtant, vers 10 h du matin, des rapports de reconnaissance fournis par le 3e Corps et dont le fond était la formule « rien de nouveau ; l’ennemi n’a montré que le service ordinaire ». On s’était borné à envoyer à portée de fusil de la lisière de Görschen des patrouilles, qui avaient constaté que les postes de la cavalerie légère ennemie étaient à la même place que la veille. Il n’est pas permis de penser que le Maréchal Ney et le Général Souham se soient imaginé ainsi avoir rempli les intentions de l’Empereur . Un commandant d’armée n’intervient pas dans ce qui est le service normal des avant-postes ; quand il prescrit d’envoyer une reconnaissance sur un point, cela veut dire qu’il faut mettre en mouvement un détachement assez fort pour pouvoir aller, sans se compromettre, jusqu’à ce point.
Quoi qu’il en soit, l’Empereur , qui supposait que les détachements dont il recevait les rapports étaient allés assez loin pour découvrir la sortie de Pegau , resta convaincu qu’aucune colonne ennemie n’avait encore commencé l’Elster à 8 h du matin : il tira de ce fait la conclusion logique que l’ennemi ne l’attaquerait pas de ce côté.
C’est probablement pourquoi il autorisa et, peut-être même, engagea le Maréchal Ney à le suivre à Markranstaedt .
Si, conformément aux ordres formels de l’Empereur , le Maréchal Ney eût réuni tout son corps d’armée autour de Kaja entre 5 et 6 h du matin et s’il se fût éclairé avec soin vers Zwencka u et vers Pegau , il est clair que les choses auraient pris une tournure différente. Le 3ème Corps, engagé avec calme et méthode, eût opposé une résistance beaucoup plus grande aux coalisés, même si ces derniers avaient procédé moins maladroitement.
Nous avons vu que ce corps d’armée, qui comptait 45 000 combattants, se trouva complètement usé dès 4 h du soir, bien que l’ennemi n’eût pas engagé contre lui plus de 30 000 hommes : un pareil résultat ne s’explique que par la surprise du début, qui livra aux coalisés, dès le commencement du combat les deux Görschen et Ralsna , de telle sorte que le 3ème Corps dût agir offensivement toute la journée pour reprendre ses points d’appui.
Le 4e Corps n’est arrivé sur le champ de bataille qu’à 5 h du soir ; or, à une heure de l’après-midi, « la Division Morand était en position à Gramschutz et la Division italienne serrait sur Lupitz. » (Rapport du Général Bertrand ). A ce moment, la canonnade faisait rage à Starsiedel et à Görschen ; le Général Bertrand l’a certainement entendu car la distance de Gramschutz au champ de bataille n’est que de 6 km. Il aurait dû marcher immédiatement au canon, cela n’est pas contestable : il n’en fit rien et c’est seulement vers 3 h, après avoir reçu l’ordre de Napoléon , qu’il mit ses Divisions en mouvement.
En
cette circonstance, le Général Bertrand a
commis la faute la plus grave que puisse commettre un chef à la guerre.
Un
commandant de troupes, qui a une mission spéciale à remplir et qui, tout-à-coup,
entend retentir le bruit du canon à quelque distance de lui, peut parfois
être très embarrassé : doit-il ou ne doit-il pas marcher au canon ?
Il faut qu’il prenne une décision en s’inspirant de la situation et
de l’esprit de ses instructions. Mais, un Chef qui, n’ayant pas de
mission spéciale, attend des ordres quand un combat se livre à quelques
kilomètres, c’est une monstruosité : avec de tels chefs, une armée
est vouée à la défaite.
A cet égard, le Général Lauriston n’est pas non plus indemne de tout reproche. Il s’était emparé de Leipzig presque sans coup férir et s’était vite aperçu qu’il n’avait presque personne devant lui. En conformité des ordres de l’Empereur , il avait laissé une Division à Leipzig et retiré les deux autres en arrière de la ville. Toute l’après-midi, il resta immobile, attendant des ordres qui ne vinrent pas par suite d’un malentendu, l’Empereur ayant compté sur le Prince Eugène pour donner au 5e Corps, qui faisait partie de l’armée de l’Elbe , les ordres que comporteraient les circonstances et le Prince Eugène n’ayant pas cru pouvoir modifier les ordres donnés au 5ème Corps par l’Empereur lui-même. Le devoir du Général Lauriston était tout tracé : s’il ne croyait pas pouvoir de lui-même faire marcher une partie de son Corps d’armée vers Kaja , il fallait qu’il envoyât un de ses officiers pour rendre compte de la situation de son côté et réclamer des ordres et cela plutôt dix fois qu’une.
Napoléon , qui ne récriminait pas d’ordinaire sur le passé, lui reprocha son inaction en termes très vifs (Voir mémoires de Berthozène ) [22] et pourtant le malentendu, cause première de cette inaction, était dû à la détestable méthode de commandement de l’Empereur [23].
Pertes. – La bataille de Lutzen coûtait aux Français 18 000 hommes, tués, blessés ou prisonniers, dont 12 000 pour le 3ème Corps qui se trouvait avoir perdu plus du quart de son infanterie. Les coalisés ont accusé une perte de 10 000 hommes environ ; en réalité, les pertes furent sensiblement égales de part et d’autre mais, tandis que du côté des alliés, les hommes légèrement atteints restèrent dans le rang et ne furent pas comptés parmi les blessés, de notre côté, une foule de soldats, qui n’avaient que des égratignures ou de simples contusions, se précipitèrent dans les ambulances et réussirent, par subterfuge, à se faire évacuer avec les vrais blessés.
Ajoutons que durant la marche vers l’Elbe à la poursuite des alliés, le nombre des traînards et des déserteurs fut considérable. Quand l’armée française atteignit le fleuve, elle comptait environ 35 000 hommes de moins qu’au moment où elle avait franchi la Saale .
« Ce
que, les vrais blessés partis, l’armée perdait en force matérielle et
numérique, l’évasion des déserteurs et des faux blessés le lui rendait
en force morale, les mauvais n’étant plus là pour infecter la masse généralement
bonne, mais facile aux impressions les plus opposées, prompte à
l’enthousiasme, mais prompte aussi au découragement et à
l’indiscipline. »
(Camille Rousset , la Grande Armée ,
1913).
Dès la fin de la bataille, à 11 h du soir, Napoléon avait prescrit au Prince Eugène de retirer le 5ème Corps de Leipzig et d’être prêt dès 4 h du matin à poursuivre l’ennemi avec le 1er Corps de cavalerie et les 5ème et 11ème Corps qui avaient été très peu engagés.
Le 3, à
la pointe du jour, quand on constata que l’ennemi s’était retiré, il
ordonna d’entamer immédiatement la poursuite ; il eut à déployer
une grande somme d’énergie et de volonté pour mettre en branle ses
troupes fatiguées.
L’armée, exécutant une grande conversion à gauche, franchit l’Elster à Zwenckau , Pegau , Predel et Ostran .
Le 11ème Corps et le 1er Corps de cavalerie s’avancèrent jusqu’à Poldewitz , à deux heures de Pegau ; le 5ème Corps prit position à Pérès , à la gauche du 11, le 6ème Corps à Lobnitz , le 4ème à Ostran , la Garde et le Quartier général à Pegau, le 3ème Corps resta à Lutzen pour se rallier et se reposer.
Le 12ème Corps, n’ayant pas reçu en temps utile l’ordre de changer de direction pour se porter sur Zeitz , continua sur Naumburg ; le 3, la tête du Corps d’armée atteignit cette localité et la queue atteignit Iéna . Les troupes ne firent pas plus de quatre lieues pendant la journée du 3 ; leur état de fatigue ne leur permettait pas de leur demander davantage et d’ailleurs, Napoléon ne savait pas encore exactement dans quelle direction les coalisés s’étaient retirés.
Dans la nuit du 3 au 4, il reçut les renseignements les plus précis à ce sujet : les coalisés effectuaient leur retraite sur Dresde , en deux colonnes, par Codlitz et Roschlitz ; ils marchaient en très bon ordre ; cependant, leur défaite les avait impressionnés plus qu’ils ne le disaient ; la mésintelligence régnait entre eux, Russes et Prussiens s’accusant réciproquement d’avoir causé la perte de la bataille.
L’Empereur décida de se porter droit sur Dresde en pressant sa marche le plus possible dans l’espoir de couper quelques colonnes ou, tout au moins, d’enlever les traînards et les convois. En même temps, il ordonna de constituer, sous les ordres du Maréchal Ney , une armée auxiliaire destinée à manœuvrer sur la gauche de l’armée principale (nous désignons ainsi l’ensemble des corps placés sous les ordres immédiats de Napoléon ) et qui comprendrait :
- le 3ème Corps ;
- le 7ème, qui se composerait de la Division Durutte et des troupes saxonnes qu’on allait faire sortir de Torgau ;
- le 2ème Corps provisoire, que commanderait le Maréchal Victo r et qui serait formé des 1ère et 4ème Divisions ;
- le corps provisoire du Général Sébastiani , 2ème Corps de cavalerie (2 500 hommes) et Division Puthod du 5ème Corps, dont la présence sur le bas Elbe n’était plus nécessaire attendu que le corps de Vandamme , à peu près organisé, suffisait pour garder le fleuve en avant de Magdeburg et même reprendre Hamburg .
Le Maréchal Ney devait tout d’abord débloquer Torgau et Wittenberg et reconstituer le 7ème Corps ; pendant ce temps, le 2ème Corps et le corps provisoire de Sébastiani se réuniraient à Bernburg et rejoindraient ensuite le Maréchal. Celui-ci passerait alors sur la rive droite de l’Elbe et prendrait position avec toutes ses forces, 75 000 combattants, en avant de Torgau.
L’Empereur , qui n’avait pas d’équipage de pont, prévoyait le cas où les coalisés chercheraient à défendre le passage de l’Elbe à Dresde : en faisant déboucher l’armée du Maréchal Ney par Torgau , il les empêchait de mettre ce projet à exécution.
Le 4 au matin, l’armée principale se mit en mouvement en trois colonnes :
- Colonne du centre : le 1er Corps de cavalerie et le 11ème Corps, sous les ordres du Prince Eugène , formaient l’avant-garde : ils s’engagèrent sur la route de Borna qu’avaient prise les Prussiens et s’avancèrent jusqu’à Laussigk ; le 6ème Corps, la Garde et le Quartier général suivirent l’avant-garde et, à la fin de la journée, s’établirent à Flossberg et à Borna ;
- Colonne de droite : le 4ème Corps, marchant sur les traces des Russes , se porta d’Ostran sur Frohburg , suivi par le 12ème Corps qui, de Naumburg , alla directement sur Zeitz ;
- Colonne de gauche : Le 5ème Corps, marchant parallèlement au 11ème et à la même hauteur, se porta de Pérès à Stockheim .
L’armée était tenue très rassemblée dans la crainte d’un retour offensif de l’ennemi, dont les partis de cavalerie légère se montraient de tous côtés à proximité de nos colonnes.
Des renseignements erronés ayant fait croire qu’un corps prussien d’un effectif élevé se rassemblait aux environs de Mülhberg (en réalité, il n’y avait dans cette direction que le détachement de Kleist ), Napoléon prescrit au 5ème Corps de marcher le 5, sur Würzen afin d’être à même d’appuyer, en cas de besoin, le Maréchal Ney , qui, déjà, commençait à pousser sur Torgau une partie du 3ème Corps et la Division Durutte .
Le 5 mai, pendant que le 5ème Corps effectuait le mouvement indiqué ci-dessus, le reste de l’armée continua sur Dresde .
La brigade Steinmetz , qui formait l’arrière-garde de la colonne prussienne, avait pris position derrière la Mulde à Codlitz ; l’arrière-garde russe, que commandait Miloradowitch et qui se composait du corps de ce général et de celui de Wittzengerode, était encore en grande partie sur la rive gauche de la rivière en avant de Rochlitz . Le Prince Eugène força le passage de la Mulde à Codlitz et refoula la brigade Steinmetz jusqu’à Karta , menaçant ainsi de couper la retraite à Miloradowitch . Ce dernier, qui était en train de franchir la Mulde sans se presser, car l’avant-garde du 4ème Corps français n’avait pas encore dépassé Frohburg , envoya en toute hâte au soutien de Steinmetz toutes les troupes qu’il avait sous la main ; ayant réussi non sans peine à se dégager, il prit position derrière la Tschoppau à Waldheim . Le Prince Eugène s’arrêta à Karta, poussant ses avant-postes jusqu’à la Tschoppau ; le 6ème Corps se plaça immédiatement derrière lui ; la Garde et le Quartier général s’établirent à Codlitz.
Dans la colonne de droite, le 4ème Corps, dont la lenteur avait permis à Miloradowitch de s’échapper, atteignit Rochlitz très tard dans la soirée ; le 12ème Corps porta sa tête de Zeitz jusqu’à Altenburg .
Les nouvelles recueillies dans la journée du 5 démontrèrent que toute l’armée coalisée se retirait sur Meissen et Dresde et qu’il n’y avait qu’un faible détachement du côté de Mühlberg . Napoléon prescrivit en conséquence au 5ème Corps de se rabattre de Würzen sur Dresde en marchant le plus vite possible.
L’Empereur au Major Général, Codlitz , le 5 mai (9 h)
« Ecrivez
au Général Lauriston par
un homme du pays, à qui vous promettez vingt Napoléons de récompense
s’il apporte la réponse avant six heures du matin. Faites connaître au Général
qu’il se porte à grandes marches et par la grande route sur Dresde
, de manière à faire sept à huit lieues par jour ;
que mon Quartier général est arrivé ici aujourd’hui ; que tous les
corps sont passés par ici et qu’il ne doit rien y avoir de considérable
du côté du Prince de la Moskowa ».
L’Empereur au Major Général, Codlitz , 6 mai, 3 h et demie du matin.
« Ecrivez
au duc de Raguse que le vice-roi a défait, hier, le corps de Miloradowitch
, au village de Gersdorf ; que son avant-garde était
sur les hauteurs de Karta ; qu’il est
nécessaire que sa 1ère Division commence à entrer dans la
ville à quatre heures du matin et se porte, en toute diligence, sur
Waldheim ; qu’une Division du Général
Kleist , qui venait du côté de Wittenber
g, est retournée sur Würzen par
Leipzig où
il est bon que l’on entre pour savoir ce qui est passé ; que cela ne
doit pas arrêter la marche de son corps d’armée dans la direction du
vice-roi.
Ecrivez au vice-roi que j’ai vu avec plaisir sa relation d’hier, mais qu’il y a bien peu de prisonniers ; que, dans un pays où la cavalerie ne peut rien, on aurait dû prendre 2 à 3 000 hommes ; qu’il parte à la pointe du jour pour arriver à Mossen dans la journée ; que le duc de Raguse le soutient à trois heures de marche ; que toute la Garde est en avant de Codlitz ; qu’il peut donc marcher droit et rapidement ; que, comme toutes les colonnes de l’ennemi convergent sur Dresde , il est important d’arriver rapidement devant cette ville, puisque tout ce qui n’aurait pas passé serait rejeté sur la Bohème ; que le Général Lauriston a reçu l’ordre de se diriger à grandes marches de Würzen , par le grand chemin, sur Dresde. Donnez l’ordre au Général Bertrand , qui est à Rochlitz , de marcher sur deux colonnes, l’une pour passer la rivière entre Waldheim et Mittweida , l’autre sur Mittweida ; faites-lui connaître que le vice-roi est à Waldheim, qu’il a défait le corps de Miloradowitc h, que le vice-roi a ordre d’aller aujourd’hui à Mossen ; qu’il faut donc qu’il s’approche ; que le Général Lauriston part aujourd’hui pour faire huit lieues par jour sur la grande route de Dresde ; qu’il est donc nécessaire d’arriver tous à la fois sur Dresde ; qu’il envoie deux officiers au duc de Reggi o pour avoir de ses nouvelles car il est à prévoir que, s’il y a une colonne ennemie qui ne soit pas encore arrivée à Dresde, l’ennemi voudra tenir pour gagner vingt-quatre heures. »
L’Empereur au Maréchal Ney , Codlitz , 6 mai, 3 h et demie du matin.
(Après diverses indications de la situation)
« J’ai
bien de l’impatience de vous savoir sur Torgau
et de voir débloquer
Wittenberg , car les choses prennent une
tournure telle qu’il serait très possible que je prisse le parti de me
porter de suite sur Berlin ».
Au moment où l’Empereur écrit les lignes qui précèdent, il vient d’apprendre de source sûre que les Prussiens et les Russes se sont formés pour la retraite en deux colonnes distinctes. Il déduit, de ce fait et de divers bruits recueillis par ses agents secrets, que les alliés ont l’intention de se séparer aussitôt après avoir franchi l’Elbe , les Prussiens remontant vers le Nord pour couvrir Berlin , les Russes continuant vers l’Est à travers la Silésie pour se rapprocher de leurs centres de renforts et de ravitaillements.
Si cette éventualité se réalisait, ce serait pour lui un coup de fortune : laissant un corps d’observation devant les Russes , il marcherait sur Berlin avec le gros de ses forces sans perdre un instant ; disposant alors de 170 à 180 000 hommes, il aurait bientôt fait de mettre à raison les 60 à 80 000 soldats que pourraient lui opposer les Prussiens . Il n’est donc pas étonnant qu’il soit impatient de voir l’armée du Maréchal Ney groupée en avant de Torgau , à vingt lieues de Berlin seulement, car sa présence sur ce point inspirera aux Prussiens des craintes pour leur capitale et achèvera peut-être de les décider à se séparer des Russes.
Les 6, 7 et 8 mai, l’armée principale poursuivit son mouvement sur Dresde .
Le Prince Eugène et Macdonald s’efforcèrent en vain d’obliger Miloradowitch à hâter sa retraite. Le Général russe, grâce à sa nombreuse cavalerie, qui le renseignait très exactement, opérait en toute sécurité ; il s’arrêtait derrière chaque coupure de terrain, obligeant les Français à manœuvrer pour déborder sa position, qu’il abandonnait pour en prendre une autre à quelques distances en arrière, dès que ses flancs étaient menacés de trop près. Pour déjouer ce système, il aurait fallu que la colonne de droite, dont l’effectif dépassait 50 000 hommes et qui n’avait devant elle que des partis de cavalerie, avançât rapidement afin de dépasser la colonne du centre et d’être à même de couper l’arrière-garde ennemie si elle s’arrêtait. Malheureusement, le 4ème Corps, qui tenait la tête de la colonne de gauche, marcha si rapidement qu’il ne parvint même pas à se tenir à la hauteur de la colonne du centre.
Le tableau ci-dessous indique le détail des mouvements des corps français, du 6 au 8 inclus.
|
Armée
française principale |
6
mai |
7
mai |
8
mai |
|
|
Colonne
du centre |
||||
|
Avant-garde
|
1er
Corps de Cavie 11ème
Corps |
Ersdorf En
arrière de Mossen |
}
Lembach |
}
Dresde |
|
6ème
Corps |
Rosswein |
Deutsch-Bohren
|
En
arrière de Dresde |
|
|
Quartier
général de l’Empereur et
de la Garde |
Waldheim
|
Mossen
|
Dresde
|
|
|
Colonne
de droite |
||||
|
4ème
Corps |
Mittweida
et en
arrière |
Courarsdorf
à Freyberg |
Pottzehapel
à Elsaarandt |
|
|
12ème
Corps |
Senig
et en arrière |
Hartmansdorf
à
Senig |
Odersau
et en arrière |
|
|
Colonne
de gauche |
||||
|
5ème
Corps |
Dahlen
|
Lommatzch
|
Meissen
|
|
Situation
de l’ennemi
|
Arrière-garde
de Miloradowitc h |
Mossen
|
Wilsdurf
|
passe
l’Elbe à
Dresde |
|
Gros
de l’armée russe Gros
de l’armée prussienne Détachement
de Kleist |
Wilsdurf
Meissen
Mühlberg
|
passent
l’Elbe : les
Russes à
Dresde , les
Prussiens à
Meissen |
en
arrière de l’Elbe |
De Gross-Görschen à Dresde , par la route qu’a suivi le 11ème Corps, il y a environ 120 km. L’armée française mit six jours pour franchir cette distance.
Dès son arrivée à Dresde , l’Empereur exécuta la reconnaissance de l’Elbe . Les coalisés, en se retirant, avaient incendié leurs ponts de bateaux et de radeaux et détruit l’arche en bois qu’ils avaient édifiée pour rétablir le passage sur le pont de pierre.
Comme cela arrive fréquemment en pareil cas, les mesures de destruction avaient été prises avec négligence ; les Français arrivèrent à temps pour sauver un grand nombre de bateaux et de radeaux.
Les Russes occupant Menstadt , il n’était pas possible de réparer le pont de pierre ; l’Empereur prescrit de rétablir le pont de radeaux de Briesnitz . Il y avait sur ce point un emplacement favorable pour un passage de la rive gauche à la rive droite : le fleuve y faisait un coude très prononcé dont la convexité était tournée du côté de la rive gauche ; les hauteurs de cette rive dominaient celles de la rive droite.
L’opération fut commencée le 9, dès 7 h du matin. On établit des batteries à droite et à gauche de Briesnitz pour balayer sous les feux croisés la plaine comprise dans le rentrant du fleuve. Deux bataillons passèrent sur quelques radeaux et prirent position dans des tranchées en avant de l’emplacement du pont pour protéger les travailleurs.
L’ennemi tenta de s’opposer à l’opération : il mit soixante pièces en batteries ; l’Empereur en fit avancer quatre-vingts : l’avantage nous resta. Au même moment, les Russes , qui occupaient Menstadt , dirigeaient contre Dresde un feu violent d’artillerie et de mousqueterie. Vingt pièces de la Garde , que l’on mit en batterie sur la terrasse de Bühl , obligèrent les Russes à s’éloigner des bords du fleuve et permirent de faire passer sur des barques 300 voltigeurs qui se logèrent dans un grand bâtiment situé au débouché du pont de pierre sur la rive droite. La réparation de ce pont fut immédiatement entreprise.
Pendant ce temps, l’armée avait serré sur Dresde . Des ordres furent donnés pour que les 11ème, 6ème et 4ème Corps passassent l’Elbe , le lendemain matin, sur le pont de radeaux de Briesnitz ; mais, dans la nuit (9 au 10), une crue fit lâcher les ancres de ce pont ; il fallut le réparer, ce qui occupa toute la journée du 10.
Dans l’après-midi, la Division Charpentier du 11ème Corps passa sur la brèche du pont de pierre au moyen de longues échelles à incendie et occupa Menstadt .
Avant d’aller plus loin, il faut revenir en arrière pour examiner les opérations exécutées par les troupes du Maréchal Ney .
Le 4 mai, le Maréchal avait réuni le 3ème Corps et la Division Durutte à Leipzig .
Bülow , qui avait évacué Halle , le 3 au soir, s’était replié sur son pont de Rosslau ; ses partisans parcouraient tout le pays entre la Mulde et la Saale . Sans s’inquiéter de cette cavalerie, qui allait être contrainte de repasser l’Elbe dès que le Maréchal Victor déboucherait de Bernburg , Ney commença le 5 mai son mouvement pour s’approcher de Torgau par Enlenburg , pendant que deux Divisions du 3ème Corps descendaient la Mulde pour communiquer avec Wittenberg .
Le 7, le Général Reynier arriva devant Torgau avec la Division Durutte ; le Général Thielman , s’abritant derrière les ordres formels du roi de Saxe , refusa d’ouvrir les portes de la place aux Français . L’Empereur , le 8, quand il apprit le refus de Thielman , fit envoyer sur-le-champ, au roi de Saxe, à Prague , une note comminatoire dans laquelle il le sommait :
- de rentrer immédiatement à Dresde , avec sa cavalerie ;
- d’ordonner à Thielman de se mettre entièrement à la disposition du Maréchal Ney ;
- de déclarer par écrit, d’une façon explicite, qu’il était prêt à remplir tous les engagements auxquels il était tenu en qualité de membre de la Confédération du Rhin .
Le roi était avisé que, s’il ne donnait pas satisfaction sur ces trois points dans un délai de six heures, il serait déclaré félon et aurait cessé de régner.
Ce contretemps se compliquait d’un autre d’un genre différent : le corps provisoire de Sébastiani ne pouvait atteindre Bernburg que le 12 mai, c’est-à-dire sept à huit jours plus tard que ne l’avait prévu Napoléon .
Ce dernier, qui tenait essentiellement (nous savons pourquoi) à faire déboucher le plus tôt possible un gros corps de troupes sur la rive droite de l’Elbe , prescrivit :
- Au Maréchal Ney de faire serrer le 3ème Corps et la Division Durutte au nord de Torgau et de rassembler tous les matériaux nécessaires pour jeter un pont à Belgern, à une demi-marche en amont de la place ;
- Au Général Lauriston , de laisser un détachement à Meissen et de se porter avec son corps d’armée (5ème) entre ce point et Torgau , afin d’être à portée de se joindre au Maréchal Ney si les circonstances l’exigeaient.
Ces ordres furent promptement exécutés et dès le 11 mai, le Maréchal Ney aurait pu franchir l’Elbe à Belgern, avec 60 000 hommes.
Mais les événements prirent une tournure plus favorable qui rendit ce mouvement inutile. Les coalisés ne défendirent pas sérieusement le passage de l’Elbe si bien que, le 11mai au matin, l’armée principale pût sans peine prendre pied sur la rive droite. En outre, le roi de Saxe ayant fait soumission complète, le 11, les portes de Torgau s’ouvrirent devant le Maréchal Ney qui passa aussitôt le fleuve avec les 3ème, 5ème et 7ème Corps ; ce dernier, composé de la Division Durutte et de la Division saxonne du Général Sahr (9 000 fantassins, 250 cavaliers, 3 batteries).
[1]
Voir le croquis n°5.
[2]
Cette lettre parviendra le 16 seulement au destinataire.
[3]
L’Empereur avait
pensé que le 3ème Corps se porterait directement de Meiningen sur
Erfurt ;
mais faute d’instructions précises, le Maréchal Ney avait
jugé bon de prendre la route d’Eisenach -Gotha,
qui était bien meilleure que la précédente.
[4]
D’après les Etats qui existent dans les archives du Ministère
de la Guerre.
[5] En nombres ronds, leffectif est celui des combattants sous les armes
[6] Lanciers de Berg
[7]
Non-compris le 152ème détaché à la Division de
Hamburg .
[8] Pour mémoire, détaché sur le bas-Elbe .
[9]
Y compris 5 bataillons qui marchent avec la Division Bonnet
du
6ème Corps.
[10]
Des ordres avaient été donnés antérieurement à ce sujet,
mais ils n’avaient pas été exécutés.
[11]
Les subdivisions de cette colonne étant formées de 2 Compagnies
(ou pelotons) accolées. L’expression de division a disparu de
notre terminologie militaire en 1875 seulement. Il ne faut pas perdre de
vue non plus que de 1791 à 1875, les expressions peloton et compagnie
ont été synonymes.
[12]
La Correspondance de Napoléon contient
la série complète de ces ordres ; ce qui le prouve, c’est que
le livre d’ordres du Maréchal Berthier n’en
contient pas un seul édictant des prescriptions nouvelles.
[13]
L’Empereur ne
précise pas où doit se rallier le 3ème Corps, mais c’est
évidemment à Kaja où
se trouve le Quartier général.
[14]
Nous calculons le temps très largement pour tenir compte de ce
que nos troupes marchent à travers champs, en masses de guerre.
[15]
Le 4ème Corps recevra cet ordre trop tard et fera
serrer ses deux Divisions de tête sur Taucha .
[16]
Voir la carte au 1/100 000ème de l’Etat-Major
prussien.
[17]
La lecture des ordres, que nous avons reproduits textuellement,
montre combien se sont trompés les nombreux écrivains militaires qui
ont prétendu que le jour de Lutzen ,
Napoléon avait
été surpris par l’attaque des coalisés.
Il
est vrai qu’à partir de dix heures du matin, l’Empereur a
cessé de croire à la probabilité de cette attaque, mais il n’en a
pas moins pris toutes ses précautions pour y parer si elle se
produisait.
Partant
de cette idée fausse d’un Napoléon surpris
en flagrant délit de manœuvre, ces mêmes écrivains se sont émerveillés
de la rapidité avec laquelle il avait vu clair dans la situation au
premier coup de canon tiré à Kaja et
« renversé son ordre de bataille ». Cette rapidité
s’explique par ce fait que Napoléon avait mûrement réfléchi à
l’éventualité qui se présentait et pris ses dispositions en conséquence :
il ne fut pas surpris le moins du monde.
Mr.
Thiers , en
cette circonstance, a vu très juste : l’Empereur ,
dit-il, put arrêter ses dispositions en un clin d’œil parce qu’il
avait pris la précaution de s’assurer à Kaja avec
le 3ème Corps, un solide pivôt de manœuvre.
[18]
Le détachement de Kleist a
été constitué avec des fractions empruntées à l’ancien Corps de
Wittgenstein et
au Corps d’York .
[19]
Voir le croquis 10 qui est la reproduction pour la partie qui
avoisine Kaja .
[20]
Major Odleben
[21]
Nous le donnons en appendice, à titre de curiosité.
[22]
D’après Berthozène ,
un aide-de-camp du Général Lauriston venu
le 3 mai, au matin, au Grand Quartier Général, fut interpellé en ces
termes par Napoléon :
« Que faisiez-vous hier pendant que nous nous battions ici, vous
vous chauffiez les C...... au
soleil ».
[23]
Le Généralissime ne doit donner directement des ordres aux
Commandants de Corps d’armée que dans des circonstances
exceptionnelles sans quoi il se produira fatalement des malentendus du
genre de celui dont il est question ci-dessus.
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