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IV - Offensive de l’armée française du Meyn  à l’Elbe

 

Plan de campagne de Napoléon

Les désastres de la campagne de Russie  n’avaient nulle­ment abattu Napoléon . A aucune époque, il ne montra plus de fermeté d’âme, plus de profondeur de vues.

Les Russes  franchirent la Vistule  : abandonnés des Autri­chiens , trahis par les Prussiens , nous n’avons qu’à opposer à nos ennemis qu’une poignée de soldats ; l’Empereur  ne s’émeut pas. On le voit qui médite pour le printemps un plan d’offensive grandiose : d’un bond, il reviendra sur la Vistule avec une armée nouvelle et rejettera les Russes au-delà du Niemen  (Lettre écrite le 27 janvier au Prince Eugène ).

La situation devient de plus en plus sombre, les Prussiens  nous déclarent la guerre, les armées alliées franchissent l’Oder  et marchent sur l’Elbe  : Napoléon  ne se départit pas de son calme et persiste dans son projet primitif.

Dans une note rédigée le 11 mars pour le Prince Eugène , il expose en détail ce qu’il a l’intention de faire : « ...... de Havelberg , c’est la ligne la plus courte pour se porter sur Stettin . On conçoit donc que comme le principal but de l’armée française est d’arriver promptement au secours de Dantzig , en supposant l’armée de l’Elbe  réunie à Magdeburg , à Havelberg et à Wittenberg , et l’armée du Meyn  réunie sous Würzburg , Erfurt  et Leipzig , un mouvement naturel qui serait facilement dérobé à l’ennemi serait de faire passer toute l’armée de l’Elbe , suivie de l’armée du Meyn , par Havelberg sur Stettin : de sorte qu’on serait arrivé, dans cette ville, on se trouverait avoir passé l’Oder  et avoir gagné dix jours de marche sans que l’ennemi qui est à Dresde , Glogau  et Varsovie  pût être en mesure de se pelotonner pour couvrir Dantzig.

Après avoir fait des tentatives pour faire supposer que je veux me porter sur Dresde  et dans la Silésie , mon intention sera probablement à cou­vert des montagnes de la Thüringe  et de l’Elbe , de me porter par Havelberg , d’arriver à marches forcées sur Stettin  avec 300 000 hommes et de continuer la marche de l’armée sur Dantzig , où on peut arriver en quinze jours et, le vingtième jour du mouvement, après qu’on aurait passé l’Elbe , on aurait débloqué cette ville et on serait maître de Marienburg , de l’île de la Nogat  et de tous les ponts de la Basse Vistule . Voilà pour l’ordre offensif.... »

Il est évident qu’un tel plan suppose que l’on a des forces très supérieures à celles de l’adversaire : c’est à proprement parler de la stratégie de trois contre un. Napoléon  ne croit pas à l’intervention de l’Autriche , il pense donc n’avoir affaire qu’aux Russes  appuyés parles Prussiens  dont il ne soupçonne pas les ressources militaires. Néanmoins, on est surpris de le voir prendre Dantzig  comme premier objectif.

A coup sûr, si sa manœuvre réussissait (et elle réussirait certainement si la situation était telle qu’il se la figure), il en retire­rait les plus grands avantages. Il aurait débloqué les places de la Vistule  et de l’Oder , dont les garnisons forment une véritable armée (plus de 60 000 hommes et qui contiennent d’immenses approvisionnements. Pendant que l’armée ennemie s’affaiblirait de tous les détachements dispersés, ou détruits en chemin par l’armée française, celle-ci se renforcerait de 40 000 vieux soldats au moins qui sortiraient des places où ils seraient relevés par un même nombre de conscrits. Les coalisés, surpris, n’auraient d’autre parti raisonnable à prendre que de rétrograder preste­ment au-delà de la Vistule, nous abandonnant ainsi toute l’Allemagne . Les avantages perdus à la suite de la désastreuse re­traite de 1812 seraient reconquis d’un seul coup : en montrant sa puissance par un tel coup de théâtre, l’Empereur  retrouverait son prestige sur l’Europe  ; l’Autriche  et les Etats de la Confédération redeviendraient des alliés sinon sincères, du moins résignés ; la Prusse , dont nous occuperions tout le territoire, serait réduite à l’impuissance.

Cela est vrai mais à ce moment, la question se trouverait ramenée au même point qu’au début de la campagne précédente. Or, nos désastres ont eu pour cause principale l’obligation de suivre les Russes  jusqu’au cœur même de leur vaste pays ; ces armées adverses, insaisissables alors, sont venues se placer à por­tée de nos coups, entre l’Elbe  et l’Oder . Pourquoi Napoléon  n’emploie-t-il pas tout son génie à essayer de les atteindre et de les détruire ? Ce résultat obtenu, ne serait-il pas maître de la situation même si, entre temps, quelques unes des forteresses de l’Oder  et de la Vistule  tombaient entre les mains de l’ennemi ? N’est-ce pas le cas plus que jamais d’appliquer le principe fondamental de sa propre doctrine qui veut que l’on prenne pour principal objectif la principale armée adverse ?

Peut-être l’Empereur  se dit-il que s’il marchait droit aux coalisés par Magdeburg  ou par Dresde , ceux-ci, imitant l’exemple des Russes  l’année précédente, reculeraient lentement devant lui, guettant l’occasion d’une surprise que faciliterait leur immense supériorité en cavalerie et en tout cas, évitant la bataille générale jusqu’à ce que l’armée française se fût suffisamment affaiblie du fait même de l’allongement de se ligne d’opérations. En définitive, jusqu’à la Vistule  au moins, les opérations se réduiraient à une poursuite directe que le manque de cavalerie rendrait forcément très lente ; le seul résultat obtenu serait l’abandon par l’ennemi de tout le pays à l’ouest du fleuve ; or, la manœuvre projetée par Napoléon  est une sorte de poursuite indirecte, susceptible d’être menée très rapidement et qui, par suite, procurera plus vite le résultat en question ; non seulement, on ne risquera pas d’arriver trop tard au secours des places mais encore, l’effet moral produit sera plus grand.

Un point essentiel à observer est que le plan de l’Empereur  n’est praticable que parce que le théâtre des opéra­tions a, pour ainsi dire, été machiné en vue de son exécution.

Les forteresses, qui dominent le cours de l’Elbe , de l’Oder  et de la Vistule  nous assurent des points de passage et en outre, elles créent une situation générale qui subsistera tant que nous en serons maîtres ; situation générale qui sert de base à Napoléon  dans son projet de manœuvre.

En effet, comme ces forteresses commandent les seuls ponts permanents qu’on ait laissés subsister, les opérations dans le Nord de l’Allemagne  sont très dangereuses pour les alliés.

Assurément, l’ennemi peut jeter des ponts de circonstan­ces et les couvrir au moyen d’ouvrages de fortification de campa­gne, mais c’est là un expédient d’une valeur relative. Quand il s’agit de fleuves aussi considérables que ceux énumérés ci-dessus, une armée n’est en droit de se considérer comme ayant des points de passage assurés que si elle est maîtresse de ponts assez solides pour ne pas être emportée à la moindre crue et qui, de plus, soient protégés par une place forte, de manière à être à l’abri des coups de main de l’ennemi.

Or, les alliés, faute d’équipage d’artillerie de siège, sont pour quelque temps hors d’état de s’emparer des forteresses que nous occupons.

Ils seront donc contraints de prendre leur ligne d’opération dans le sud de l’Allemagne  ; leur masse principale sera groupée de ce côté.

C’est précisément la certitude que le centre de gravité des forces adverses sera orienté sur Dresde  qui permet à Napoléon  d’imaginer si longtemps à l’avance son plan de manœuvre.

Pendant qu’un corps d’observation amusera l’ennemi sur Dresde , l’armée, filant derrière les montagnes de la Thüringe , gagnera à la dérobée Havelberg , où des moyens de passage auront été préparés ; elle franchira l’Elbe  et marchera, sans désemparer, sur Küstrin  et Stettin . Comme il y a plus de 200 km de Dresde à Havelberg, l’armée française est assurée d’atteindre l’Oder  avant que les coalisés aient eu le temps de faire quoi que ce soit pour gêner son mouvement.

Si les coalisés ne se mettent pas en retraite au plus vite, il va sans dire que Napoléon  ne continuera pas sa marche sur Dantzig  : il se rabattra vers le Sud pour se jeter sur leurs communi­cations.

La réussite de l’entreprise repose sur une extrême rapidité de mouvement ; il faut que l’armée française soit leste ; or, elle ne le serait pas si elle devait traîner à sa suite les immenses parcs et convois que nécessitent ordinairement des manœuvres d’une telle amplitude (ou se propose d’aller d’un seul bond jusqu’à Dantzig  qui est à 400 km de l’Elbe ). Mais la possession des places fortes du théâtre d’opérations choisi permet de réduire parcs et convois car on trouve dans ces places, outre les approvisionne­ments nor­maux de siège, des approvisionne­ments de réserve en vivres, mu­nitions et matériels qui serviront à ravitailler l’armée quand les circonstances l’amèneront à proximité de l’une de ces places.

Napoléon  excelle à faire jouer aux forteresses un rôle qui n’a rien de passif ; pour lui, elles sont surtout des pivots de ma­nœuvre, des têtes de pont, des centres de ravitaillement, des points d’appui pour ses lignes de communication. Dans le cas présent, elles seules rendent possible une manœuvre qui ne le serait pas autrement.

Mais, à mesure que le temps s’écoule, la situation se des­sine tout autre que ne l’avait prévu l’Empereur  ; elle devient pour nous de moins en moins favorable. Napoléon  éprouve de graves mécomptes dans l’organisation de ses forces, en ce qui concerne la cavalerie surtout ; il ne tarde pas à constater qu’un grand nom­bre d’unités ne seront pas prêtes à la date fixée : par suite, au dé­but des opérations, les forces dont il disposera seront inférieures à ses prévisions, ce qui est d’autant plus fâcheux que les coalisés, de leur côté, mettent en ligne plus de troupes qu’il n’y comptait. L’occupation de Hamburg  par l’ennemi provoque une vive effer­vescence dans toute la région, entre le Rhin  et l’Elbe  ; l’attitude de l’Autriche  est de plus en plus incertaine, le roi de Saxe  se confine dans la neutralité et les rois de Bavière  et de Wurtemberg  manifes­tent une tendance à suivre son exemple ; Dresde , qui n’est plus gardée que par une poignée d’hommes, va, d’un jour à l’autre, tomber entre les mains des coalisés qui envahiront en force la rive gauche de l’Elbe  : dans ces conditions, Napoléon ne peut plus songer à aller courir la Fortune à l’autre extrémité de l’Europe  ; il doit avant tout refouler l’ennemi au-delà de l’Elbe  et contraindre le roi de Saxe à se conduire en allié fidèle afin de prévenir de nouvelles défections.

Les premières opérations auront donc Dresde  comme point de direction générale.

A la fin de mars, l’armée du Meyn  comprend :

Le 3ème Corps (Maréchal Ney ),

4 Divisions françaises

40 000 hommes

Le 6ème Corps (Maréchal Marmont ),

3 Divisions françaises

25 000 hommes

La Garde

1 Division d’Infanterie (Maréchal Mortier )

1 Division de Cavalerie (Maréchal Bessières )

4 000 hommes

 

12 000 hommes

Le Corps d’observation d’Italie , (Gal Bertrand )

3 Divisions françaises

1 Division italienne

40 000 hommes

Les contingents alliés

1 Division bavaroise Gal Raglowitch

1 Division badoise-hes­sine Gal Marelsant

1 Division wurtember-geoise Gal Franquemont

8 000 hommes

 

8 000 hommes

 

7 000 hommes

Au total de 140 à 150 000 hommes [1].

Le 3ème Corps, qui s’est formé à Mayence , s’est avancé sur Würzburg  dès que son infanterie a été prête pour faire de la place au 6ème Corps ; il occupe Schweinfurt , Würzburg, où est le Quar­tier général et Aschalfenburg ; il ne lui manque plus que son artil­lerie qu’il récevra du 1er au 10 avril.

Le 6ème Corps est établi autour de Hanau  ; son organisa­tion ne sera pas terminée avant le 15 avril.

La Garde  est à Mayence .

Le corps d’observation d’Italie  débouche du Tyrol  en une longue colonne qui doit marcher par Augsburg , Donauwerth  et Nuremberg : la tête de sa première brigade atteindra Bamberg  du 10 au 15 avril.

La Division badoise se réunit à Würzburg  ; la Division bavaroise à Bayreuth  ; la Division wurtembergeoise à Mergen­thei m.

La place d’Erfurt , où commande le Général Dancet , a une garnison de 4 000 hommes ; Kronach , Forcheim , Koenigsholen  et la citadelle de Würzburg  ont été mis en état et armés.

Rappelons que l’armée de l’Elbe  est en train de se masser en arrière de Magdeburg  et s’apprête à passer sur la rive droite de l’Elbe .

L’Empereur  n’a que des renseignements assez vagues sur la situation des coalisés. La position de leurs différents corps ne leur permet pas de se rendre compte de leurs intentions, mais le 29 mars, au moment où il expédie de Paris  ses ordres pour l’exécution des mouvements préparatoires au rassemblement, il sait de source certaine que le 22, Grand Quartier général des alliés et de la Garde  russe étaient encore à Kalisch  où ils devaient rester au moins jusqu’au 1er avril.

Dans ces conditions, Napoléon  conclut que les coalisés ne seront pas en état d’opérer au-delà de la Saale  avec l’ensemble de leurs forces, avant le 1er mai. Nos corps d’armée devant se mettre en mouvement avant le 15 avril (dès qu’ils seront prêts), l’Empereur  est à peu près certain de pouvoir les rassembler sur la Saale  sans que l’opération soit troublée autrement que par des partis de cavalerie légère. Néanmoins, il se garde bien de régler ses premiers mouvements sur une hypothèse aussi favorable ; il prévoit le cas où Blücher , Wittgenstein  et Miloradowitch  continue­raient leur marche en avant sans attendre la Garde  russe, ce qui leur permettrait de franchir la Saale  vers le 20 avril.

Napoléon  prend sa ligne d’opération par Erfurt , Weymar , Naumburg  et Leipzig , de manière à se lier avec son armée de couverture (armée de l’Elbe ), qui manœuvre sur Magdeburg  et qu’il compte attirer à lui, au moment voulu, pour déboucher sur la rive droite de la Saale  avec toutes ses forces.

L’ennemi, pour les raisons développées précédemment, doit baser ses opérations au-delà de l’Elbe , sur la partie du fleuve comprise entre la Bohème et Torgau  ; il est donc à supposer que le centre de gravité de son armée se trouvera au sud de Leipzig . L’armée française débouchant en masse de cette ville, deux cas peuvent se présenter :

Les coalisés, ayant discerné la direction du mouvement des colonnes françaises et s’étant décidés à accepter la lutte, se concentrent en temps utile sur leur droite. Il se produira alors une bataille que l’Empereur  se croit certain de gagner car il disposera de forces doubles de celles de ses adversaires ; même dans ce cas qui est le moins favorable, la défaite peut être désastreuse pour ces derniers en raison de la proximité de l’Elbe .

Les coalisés se laissent attirer vers la Saale  supérieure et le Frankenwald  par les souvenirs de 1806 et les démonstrations que l’Empereur  fait exécuter de ce côté ; l’armée française ne ren­contrera devant elle que des détachements dont elle aura facile­ment raison, ce qui lui permettra d’avancer rapidement sur Dresde , de couper les communications du gros de l’armée ad­verse et de l’acculer aux montagnes de la Bohème.

C’est la manœuvre inverse de celle exécutée en 1806, sur le même théâtre d’opération.

La ligne d’opération choisie répond également bien au cas où, contre toutes prévisions, les coalisés franchiraient la Saale  vers le 30 avril, avant que l’armée du Meyn  est entièrement débouché sur Erfurt . Si cette éventualité se réalise, l’armée de l’Elbe , qui sera revenue sur la rive droite du fleuve, prendra position derrière la Wipper , la gauche appuyée à la Saale  et la droite aux derniers contreforts du Harz , couvrant sa ligne de retraite par Halberstadt  et menaçant de se porter sur le flanc des coalisés s’ils tentaient de marcher sur Erfurt ; en même temps, on pressera le mouvement du 3ème Corps et de la Division badoise, dont la préparation est plus avancée que celle des autres corps de l’armée et qui auront le temps de se réunir à Erfurt avant que les coalisés aient achevé de franchir la Saale .

L’ennemi, qui ne disposera pas de plus de 80 000 hom­mes, ayant, devant lui les 50 000 hommes du Maréchal Ney , ap­puyés à la place d’Erfurt  et derrière lesquels accourraient le 6ème Corps et la Garde , et, sur son flanc droit, les 70 000 hommes du Prince Eugène , ne pourra « rien faire de raisonnable, il sera bridé ».

Remarquons que le mode d’emploi de l’armée de l’Elbe  est une application de la couverture indirecte ou de manœuvre qui, sou­vent est plus efficace que la couverture directe, tout en exposant moins les troupes qui y sont employées. Dans le cas considéré, l’armée de l’Elbe  protège plus efficacement les débouchés de l’armée du Meyn  et court des risques moindres que si elle était établie derrière la Saale , immédiatement en avant de ces débou­chés.

Au cas où les alliés marcheraient contre le Prince Eugène , celui-ci rétrograderait lentement devant eux de manière à rester à leur contact immédiat sans courir le risque d’un engagement gé­néral. L’ennemi, entraîné à sa suite, se trouverait dans une situa­tion des plus critiques quand l’armée du Meyn  déboucherait d’Erfurt  sur Aschersleben  : pris entre des forces françaises d’un effectif double et la partie de l’Elbe  que commande Magdeburg , il serait voué à une destruction certaine.

On s’explique donc que les coalisés se soient abstenus d’attaquer le Prince Eugène  quand (à partir du 10 avril), il eût pris la position que nous venons d’indiquer.

S’il eût établi ses troupes derrière la Saale , vers Naumburg , de manière à barrer directement les routes qui conduisaient sur Erfurt , les coalisés n’auraient pas hésité à l’y attaquer pour essayer de le battre avant l’arrivée de l’armée du Meyn  ou, tout au moins, rejeter ses troupes en désordre sur les têtes de colonnes de cette armée : à défaut d’un grand effet matériel, ils eussent obtenu un grand effet moral.

Clausewitz , dans sa relation de la campagne de 1813, vou­lant expliquer pourquoi Blücher  et Wittgenstein  restèrent inactifs durant toute la seconde quinzaine d’avril, dit en substance : « Prendre l’offensive pour opérer au-delà de la Saale  contre le Prince Eugène  sans attendre la Garde  russe, c’eût été se placer dans une situation plus mau­vaise encore que celle où l’on se trouvait, uniquement pour satisfaire à un besoin d’action. Il est évident que nous n’aurions pas pû atteindre le Prince qui se serait mis en retraite à l’approche de nos corps d’armée ; en le poursui­vant, nous eussions été exposés à nous trouver pris entre Magdeburg  et des forces françaises d’un effectif très supérieur ».  

Mise en marche de l’armée du Meyn  vers la Saale

Les 28 et 29 mars, l’Empereur  donne des ordres pour qu’à partir du 18 avril, les 3ème et 6ème Corps de la Garde  soient échelon­nés sur leur route de marche vers Erfurt .

Le 3ème Corps marchant par Schweinfurt  et portant sa tête à Meiningen  et, si les circonstances le permettent, à Erfurt  et même à Weymar  ;

Le 6ème Corps marchant par Fulde  et avançant sa tête jusqu’à Eisenach , ou jusqu’à Gotha si le 3ème Corps occupe Er­furt  ;

La Garde  suivant le 6ème Corps ;

Les Divisions bavaroises et badoises assureront la garde des passages du Frankenwald , les Bavarois  à Bayreuth , avec une avant-garde à Münchberg pour observer les directions de Kof  et de Schleiz , et un détachement s’appuyant à Kronach  pour tenir la route de Schleiz à Bamberg  ; les Badois , à Coburg , avec une avant-garde à Grafenthal  pour observer le débouché de Saalfeld .

Le Corps d’Italie , à la date indiquée ci-dessus, 18, devra avoir ses deux Divisions de tête réunies à Bamberg , prêtes à mar­cher ensemble sur Saalfeld  dès le lendemain.

Le 9 avril, l’Empereur  reçoit la nouvelle que les coalisés se sont emparés de Dresde  et qu’ils portent leurs avant-gardes sur la Saale . Le lendemain ou le surlendemain, il apprend que le Prince Eugène , dont la démonstration sur la rive droite de l’Elbe  n’a eu qu’un succès relatif, va ramener ses troupes sur la rive gauche et prendre position derrière la basse Saale  et la Wipper .

Il écrit alors à ses lieutenants pour leur prescrire d’accélérer la marche de leurs colonnes. La lettre que nous repro­duisons ci-après et qu’il adresse, le 12 avril, au Général Bertrand , donne toute l’économie de son mouvement. 

Lettre du 12 avril au Général Bertrand

« Vous aurez reçu, le 12, les ordres que je vous ai expédiés le 8 pour porter votre Quartier général à Bamberg . Je suppose que le 14 et le 15, vous y aurez été [2] de votre personne avec vos 1ère et 4ème Divisions....

« Le Prince de la Moskowa vous aura fait connaître que mon intention est de refuser ma droite... faisant un mou­vement inverse de celui que j’ai fait dans ma campagne d’Iéna , de sorte que si l’ennemi pénètre sur Bayreuth , je puisse arriver avant lui sur Dresde  et le couper de la Prusse .

« Le duc d’Istrie , ayant sous ses ordres le duc de Raguse, 40 000 hommes d’infanterie et 10 000 de cavalerie, se porte sur Eisenach  où il sera arrivé du 18 au 20. Le prince de la Moskowa se porte également sur Erfurt  où il sera également arrivé le 20 ; il a sous ses ordres 60 000 hommes, y compris les alliés et quelques milliers de chevaux.... Je serai à Mayence  le 20.

Le prince de la Moskowa dirigera votre mouvement ; mais comme je suppose que votre cavalerie et vos deux Divisions seront à Bamberg  le 16, vous appuierez le mouvement du prince de la Moskowa en vous portant avec ses deux Divisions et votre cavalerie sur Coburg . Ce mouvement est le plus naturel parce qu’il est le plus court et que de Coburg, vous ne vous trouverez éloigné que de deux grandes journées de Meiningen , que de trois d’Erfurt  et de trois d’Iéna  et qu’ainsi, vous pourrez toujours manœuvrer vers la Saale . Ainsi donc, si les choses sont telles que le prince de la Mos­kowa se porte sur Erfurt, votre position sur Coburg vous placera sur sa droite et de là, vous pourrez vous porter, suivant les circonstances sur Iéna, sur Erfurt ou sur Meiningen. Ce qu’il est convenable de vous recommander, c’est de marcher serré, vos deux Divisions réunies, votre artillerie placée convena­blement, n’ayant pas de queue, bivouaquant tous les soirs dès que vous serez sorti de Bamberg.... L’ennemi est loin de se douter des forces considérables qui vont se porter sur la Saale . Si nous étions assez heureux pour que l’ennemi fit réellement un gros mouvement sur Bayreuth , il serait bientôt rappelé sur Dresde .

Vous pourrez, comme je vous l’ai mandé, diriger la ligne de vos 2ème et 3ème Divisions sur Würzburg . Au reste, je serai moi-même à Mayence  et je pourrai diriger leur marche selon les circonstances ».

Une autre raison de faire passer le Corps d’Italie  par Co­burg  et Saalfeld , c’est que la route Gotha-Erfurt -Weymar  est déjà très encombrée et que les ressources de cette région en moyens de subsistances seront en grande partie épuisées par les corps de l’armée du Meyn . On ne doit pas oublier que pendant les marches de rassemblement, nos troupes vivent entièrement sur la pays.

On peut considérer les forces françaises, pendant leur mouvement vers la Saale , comme divisées en trois groupes ou Armées.

L’armée de l’Elbe , 60 à 65 000 hommes, (non compris les 18 à 20 000 laissés avec le Maréchal Davout  sur le bas Elbe ) ; c’est une armée de couverture qui a pris position derrière le Wip­pe r afin de protéger indirectement les débouchés est du Thürin­genwal d.

L’armée du Meyn  proprement dite, formée des corps qui se sont organisés dans la vallée du Meyn , les 3ème et 6ème Corps, la Garde  et les Divisions badoises et wurtembergeoises, 105 à 110 000 hommes ; c’est l’armée principale avec laquelle marchera Napoléon  ; elle va se rassembler dans la région d’Erfurt .

Le Corps d’Italie , auquel il faut rattacher la Division bava­roise, environ 40 000 hommes ; à la date du 12 avril, il est formé en une longue colonne qui se dirige sur Coburg  par Bam­berg .

Dès que l’armée du Meyn  aura terminé son rassemble­ment près d’Erfurt , elle se portera droit sur Naumburg  ; l’armée de l’Elbe  et le corps d’Italie  appuieront sur elle en manœuvrant derrière la Saale .

Au début du mouvement, l’armée du Meyn  se trouvera séparée de l’armée de l’Elbe  par une très grande distance (80 km). Nous avons exposé précédemment comment ces deux armées manœuvraient, si contrairement aux prévisions, Blücher  et Witt­genstei n entreprenaient d’opérer au-delà de la Saale  sans attendre la Garde  russe, avec moins de 80 000 hommes par conséquent. Il est bien évident que si l’effectif total de nos deux armées n’était pas double ou presque double des forces adverses immédiate­ment disponibles, il serait imprudent de leur faire opérer leur jonction vers Naumburg , au contact même de l’ennemi.

Quant au corps d’Italie , nous avons vu les raisons qui ont poussé Napoléon  à le diriger de Bamberg  par Coburg  sur Saalfeld  et de là sur Naumburg  : il a à jouer un rôle de démonstration. Sa marche vers la Haute-Saale  a pour but d’attirer l’ennemi, de ce côté si possible, afin de faciliter la manœuvre enveloppante que projette l’Empereur .

Il y a de grandes précautions à prendre pour que ce corps ne soit pas compromis, si l’adversaire, donnant dans le piège qui lui est tendu, se porte en masse vers le Frankenwald .

Le corps d’Italie  suivra donc la direction Saalfeld -Naum­bur g, tant qu’il pourra le faire sans danger mais, au premier indice de péril, il appuiera vers le Nord-Ouest pour rallier l’armée du Meyn , laissant l’ennemi donner dans le vide s’il persiste dans son offensive. Depuis deux mois, Napoléon  fait étudier avec un soin extrême la viabilité de la région comprise entre Mayence  et la Saale , portant particulièrement son attention sur les chemins transversaux qui font communiquer entre elles les routes que suivront ses corps d’armée. Il s’est ainsi rendu compte que le corps d’Italie pourra effectuer son changement de direction, quel que soit le point où sera arrivée sa tête, lorsque ce mouvement deviendra nécessaire.

D’ailleurs, au cas où, pour une raison quelconque, le changement de direction ne pourrait s’effectuer en temps utile, le Général Bertrand  aura toujours la ressource de faire rétrograder sa tête de colonne pour concentrer ses troupes soit à Coburg , soit même plus en arrière si c’est nécessaire pour éviter l’étreinte de l’ennemi.

On le voit, ce qui fait la sécurité du Corps d’Italie , comme ce qui faisait la sécurité de l’armée de l’Elbe  dans le cas précédent, c’est la possibilité de se soustraire aux attaques d’un ennemi supé­rieur en nombre par un mouvement rétrograde, prévu et par conséquent, préparé.

Beaucoup d’officiers ne veulent pas entendre parler des mouvements rétrogrades, sous prétexte qu’ils démoralisent les troupes, qui ne font aucune différence entre un mouvement de ce genre et une retraite pure et simple.

Pourtant, les corps de démonstration, les corps d’avant-garde, etc, à moins d’agir avec une timidité presque toujours in­compatible avec la mission dont ils sont chargés, seront souvent entraînés à se placer dans une situation périlleuse dont ils ne pourront sortir que par un mouvement rétrograde.

Il importe donc, d’une part, de propager cette idée qu’un tel mouvement est une manœuvre qui n’implique nullement un aveu de faiblesse et d’autre part, d’étudier les procédés tactiques spéciaux que comporte ce genre de manœuvre.

Quand l’armée du Meyn  et le Corps d’Italie  auront atteint la Saale , cette rivière se trouvera bordée par nos troupes surtout son développement de Saalfeld  à son confluent dans l’Elbe  : Na­poléo n donnera les ordres les plus formels pour que tous les pas­sages soient gardés d’une façon permanente.

Cette rivière sera alors, selon l’expression même de l’Empereur « comme un rideau tendu entre l’armée française et l’ennemi ». A défaut d’une cavalerie assez nombreuse pour tenir à distance celle des alliés, il utilisera un obstacle naturel continu pour se mé­nager une zone où il puisse faire mouvoir ses corps d’armée rela­tivement en secret et préparer sa manoeuvre débordante par Leipzig  en s’assurant le bénéfice de la surprise.

Le mérite des dispositions prises par Napoléon  résulte de ce qu’elles réalisent le rassemblement de toutes nos forces, sur la Saale , à portée du point sensible de l’ennemi, dans des conditions de sécurité complètes et aussi dans le minimum de temps, ce qui est essentiel car les circonstances sont pressantes ; dès le début des opérations, nos armées seront en situation d’infliger aux alliés une défaite désastreuse pour peu que ceux-ci commettent la moindre imprudence.

Le commandement jusqu’à l’arrivée de l’Empereur  avait été réglé de la manière suivante :

Lettre du 10 avril au Maréchal Ney

« Le duc d’Istrie  commandera au duc de Raguse comme plus ancien et lui-même sera sous vos ordres pour la même raison. Le duc d’Istrie  n’a d’ordre que de prendre position à Eisenach  ; si je ne suis pas arrivé, c’est de vous qu’il recevra l’initiative de se porter sur Gotha si vous vous portez sur Erfurt .... Dans les cas imprévus, vous commanderez aussi au Général Ber­trand ... ».

En définitive, Napoléon  ne veut pas se dessaisir du com­mandement ; les pouvoirs qu’il accorde au Maréchal Ney  sont illusoires ; jusqu’à son arrivée, l’armée sera privée de toute direc­tion supérieure ce qui est d’autant plus grave que, fidèle à son système ordinaire, il ne rejoindra ses troupes que très tard.

Il n’est donc pas étonnant que nos premières opérations aient présenté, dans le détail, un certain décousu, bien que l’ennemi n’ait rien fait pour les troubler. 

Mouvements du 12 au 24 avril

Armée du Meyn  – Le 3ème Corps rompt par brigades, le 15 avril et, marchant par Gotha et Erfurt , se porte sur Weymar  où sa tête, 1ère brigade de la Division Souham  (6 000 fantassins, 1 000 chevaux et 16 canons) arrive le 18 ; à cette date, le corps d’armée s’échelonne en arrière jusqu’à Schweinfurt  ; il mettra sept jours, du 18 au 24, pour se rassembler sur sa brigade de tête et prendre position à hauteur de Weymar, sa droite bordant l’Ilm . On avouera qu’il eût été prudent de reformer au moins les Divisions avant de leur faire repasser Erfurt.

Le 6ème Corps et la Garde , se suivant dans cet ordre, se mettent en marche par brigades, le 12 avril, et se portent par Fulde , Hacha  et Eisenach  sur Gotha : le 16, la tête de la colonne, (1ère brigade de la Division Compans  du 6ème Corps) débouche d’Eisenach pour gagner Gotha, mais elle est obligée de s’arrêter en arrière de cette ville pour laisser défiler le 3ème Corps [3]. Du 15 au 21, la colonne serre lentement sur sa tête ; la Garde , doublant le 6ème Corps, se porte sur Gotha ; le 6ème Corps s’établit entre cette ville et Eisenach avec un détachement à Langensalza comme nous le dirons plus loin.

Le Corps d’Italie , dont les fractions s’échelonnent sur une profondeur de douze étapes, marche par Auspach  et Nurem­berg vers Bamberg  ; le 16, sa tête arrive à Bamberg où elle s’arrête, poussant sur Coburg  une avant-garde destinée à relever les Divisions Marchand  (badoise) ; les deux premières divisions (Division Morand  et Division italienne du Général Peyri ) se ré­unissent à Bamberg, du 16 au 19 inclus ; le 20, elles partent pour Coburg où elles arrivent le 21. Là, le Général Bertrand  les arrête parce qu’il ne juge pas prudent de continuer sur Saalfeld  tant que le 3ème Corps n’aura pas dépassé Weymar  ; il se contente d’envoyer une avant-garde à Grafenthal , pour tenir la tête du dé­filé qui conduit à Saalfeld.

L’attitude louche du Général Raglowitch , commandant la Division bavaroise, avait déterminé le Général Bertrand  à agir avec la plus extrême circonspection ; Raglowitch , contrairement aux ordres de l’Empereur  qui lui prescrivaient de concentrer sa Division sur les hauteurs d’Ebersdorf  pour surveiller de près les débouchés de Hof et de Schleiz , avait retiré les détachements qui étaient sur la Saale  et commencé à réunir ses troupes à Bayreuth . Le 16, quand le Général Bertrand  lui demanda des explications à ce sujet, il dit qu’il se conformait aux instructions du roi de Ba­vière  qui lui avait ordonné de ne pas dépasser la frontière saxonne. Cependant, sur les instances de Bertrand , il consentit à laisser une avant-garde à Münchberg. L’incident ne manquait pas de gravité car il révélait l’hésitation du roi de Bavière  à rester fi­dèle à la cause française ; ce fut seulement le 22 que ce souverain se décida à prescrire au Général Raglowitch  de se mettre, avec ses troupes, à la disposition du Général Bertrand .

La Division badoise du Général Marchand  quitte Co­burg  le 17 (nous avons dit plus haut qu’elle est remplacée par l’avant-garde du Corps d’Italie ) et se porte sur Thémar , d’où elle part le 21, pour se diriger sur Ilmenau  afin d’assurer la liaison entre le 3ème Corps et le Corps d’Italie.

La Division wurtembergeoise quitte Mergentheim  le 19 ; elle marche par Würzburg  et Schweinfurt  sur Hildburghau­se n.

Armée de l’Elbe  – Depuis le 11, ainsi que nous l’avons dit précédemment, l’armée de l’Elbe  était en position à Aschersle­ben .

Le 21, elle fit un léger mouvement en appuyant un peu sur sa droite afin d’occuper Leinbach et d’être à portée de sur­veiller Eisleben  : le Quartier général se transporta à Hoym .

Une Division westphalienne, Général Hammerstein , qui s’organisait à Heiligenstadt , fit occuper en avant d’elle Mulhausen  et Nordhausen  : elle était chargée d’assurer la liaison entre l’armée de l’Elbe  et l’armée du        Meyn .

Depuis le 10 avril, la cavalerie légère ennemie bordait la Saale  sur tout son développement, poussant de nombreux partis à l’Ouest de la rivière. Un fort détachement (2 000 hommes envi­ron), qui était posté à Eisleben , se tenait en contact avec l'armée de l’Elbe  ; d’autres détachements de force variable battaient l’estrade vers Nordhausen , Mulhausen , Gotha, Coburg  et Bayreuth , semant partout l’alarme et le désordre.

Le 12, le major Blücher  (fils du Général), avec 200 cava­liers prussiens, s’était présenté devant Weymar  ; un bataillon formé des contingents des maisons ducales de Saxe , qui se trou­vait dans cette ville, avait immédiatement fait défection.

Le 17, un autre officier prussien, le major Helwig , avec un escadron de 150 hommes, tomba à l’improviste près de Langen­salza, sur l’avant-garde de la Division Rechberg  (2 000 hommes, dont 1 500 fantassins et 300 cavaliers) qui se dirigeait sur Erfurt  ; à la faveur de la panique provoquée par la surprise, les Prussiens  enlevèrent une centaine d’hommes et deu canons. Le lendemain, le 18, le même escadron dispersait près de Wanfried  (sur la route de Cassel ) un régiment de cavalerie westphalienne de la Division Hammerstein .

Ce dernier, qui avait pourtant 4 à 5 000 hommes à Heili­genstadt , prit peur et envoya au roi Jérôme des rapports où il était question « d’un corps ennemi de toutes armes comprenant plusieurs milliers d’hommes et qui était en train de marcher sur Cassel  ».

Le 21, la Division Compans  du 6ème Corps et 500 chevaux de la Garde , commandés par le Général Lefebvre-Desnouettes , se portèrent d’Eisenach  et de Gotha sur Langensalza, menaçant de couper la retraite aux détachements adverses qui s’aventureraient sur Cassel . CE mouvement détermina les partisans ennemis à se replier vers l’Est tout en continuant à surveiller de près la marche des colonnes françaises.

Ces incidents, grossis par la rumeur publique, causèrent une certaine émotion au Quartier général du Maréchal Ney , à Erfurt , où l’on était assez mal informé.

Le 19, au soir, sur de faux renseignements, le Maréchal se figura que les coalisés marchaient en force sur Naumburg  et Iéna  ; dans la nuit même, il envoya des ordres pour accélérer la marche des troupes en arrière. Mieux renseigné le lendemain ma­tin, il donna aussitôt contrordre. Une lettre écrite à ce sujet par le Maréchal Bessières  au major général permet d’entrevoir quel désar­roi régnait alors dans le haut commandement.

« Je dois vous dire franchement que si le mouvement de l’ennemi eût été véritablement prononcé sur Naumburg  et Iéna , comme me l’a écrit cette nuit le prince de la Moskowa, nous n’aurions pas été en mesure, ni lui non plus ».

Fort heureusement, l’ennemi, rendu circonspect par la faiblesse de ses moyens, demeura dans l’inaction.

Le 15, Napoléon  apprit que le Quartier général des alliés et de la Garde  russe avait quitté Kalisch  le 7 avril pour se rendre à Dresde  ; il partit de Paris  le 16 et arriva à Mayence  le 17.

Ne jugeant pas les circonstances trop pressantes, il resta à Mayence  jusqu’au 25, occupé à résoudre les mille difficultés de détails qu’avait soulevées la mise sur pied de sa nouvelle armée.

Quelques modifications furent apportées à l’organisation de celle-ci :

Le Corps d’Italie  fut dédoublé : la Division Morand  et la Division italienne Peyri  formèrent, avec la Division wurtember­geoise Franquemont , le 4ème Corps d’armée dont le Général Ber­trand  eut le commandement ; les Divisions Pacthod  et Laurencez  constituèrent avec la Division bavaroise Raglowitch  le 12ème Corps à la tête duquel fut placé le Maréchal Oudinot  ;

La Division badoise Marchand  fut attribuée au 3ème Corps.

En annonçant ces dispositions au Maréchal Ney , l’Empereur  eut soin de lui faire remarquer que son corps d’armée était le seul qui comptât cinq divisions.

Situation des forces françaises qui marchent vers la Saale  le 25 avril [4]

 

Bons

Eons

Bies

Eff [5]

Armée du Meyn

 

 

 

140 000

3ème Corps Maréchal Ney

8ème Don Gal Souham

9ème Don Gal Brennier

10ème Don Gal Girard

11ème Don Gal Ricard

39ème Don badoisse-hessi-ne Gal Marchand

 

16

15

14

14

10

 

}4

 

}10

1

45 000

6ème Corps Maréchal Marmont

20ème Don Gal Compans  

21ème Don Gal Bonnet

22ème Don Gal Friederichs

23ème (pour mém., non formée)

 

12

13

14

 

}1 [6]

 

 

}8

25 000

4ème Corps Général Bertrand

12ème Don Gal Morand

15ème Don italienne (Gal Peyri )

38ème Don wurtembergeois

Gal Franquemont

 

13

13

8 (?)

 

}11

4

 

}7

2

30 000

12ème Corps Maréchal Oudinot

13ème Don Gal Pacthod

14ème Don Gal Laurencez

29ème Don bavaroise

Gal Raglowitch

 

12

15

10

 

 

 

3

 

}3

2

25 000

La Garde

Division Dumonstier

Cavalerie

 

16

 

 

?

 

}7

 

11 000

4 000

 

           

 

Bons

Eons

Bies

Eff </