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La manoeuvre de Lutzen

 Commandant Lanrezac

 

V - Offensive de l’armée française de l’Elbe  à l’Oder

 

Mouvement des coalisés après leur retraite derrière l’Elbe  : Ils se concentrent à Bautzen  

Quand les alliés eurent repassé l’Elbe , ils ne purent s’entendre sur la direction à donner aux opérations. Tandis que les Prussiens  voulaient remonter vers le Nord pour couvrir Ber­lin , les Russes  exigeaient qu’on se repliât sur Breslau  afin de rester lié avec l’Autriche , dont l’adhésion à la coalition semblait devoir se produire d’un jour à l’autre. L’entente n’ayant pu s’établir, les coalisés résolurent de se séparer.

Le 9 mai, le gros de l’armée russe se replia sur Rädeberg , couvert par le corps de Miloradowitch  qui resta à Menstadt  ; l’armée prussienne se porta de Meissen  sur Grossenhayn .

Mais le roi Frédéric-Guillaume comprit que cette sépara­tion des deux armées était une lourde faute. En conséquence, le 10 mai, se résignant à abandonner la défense de sa capitale au corps de Bülow , il décida que Blücher  et York  rejoindraient l’armée russe.

Dans les journées des 10, 11 et 12 mai, les Prussiens  et les Russes  firent leur retraite concentriquement sur Bautzen , sous la protection de Miloradowitch  qui rétrogradait lentement devant les Français .

Les souverains alliés étaient tombés d’accord sur la néces­sité de ne pas rentrer en Silésie  avant d’avoir livré une nouvelle bataille. Ils résolurent de prendre position sur les hauteurs en arrière de Bautzen  et de s’y fortifier pour attendre, de pied ferme, l’attaque des Français .

Miloradowitch , après avoir disputé pied à pied tout le ter­rain entre l’Elbe  et la Sprée , se replia derrière cette rivière le 14 mai au soir ; il prit alors position sur la rive droite, occupant Bautzen  qui avait été mise en état de défense, couvert par des avant-postes établis sur la rive gauche et sur ses flancs, par des détachements de cavalerie légère placés à Wittschenau (Détache­ment Landskoï ) et à Boblitz  (Détachement Emmanuel ) et qui, de là, poussaient des partis jusqu’à l’Elbe , au milieu même des colon­nes françaises.

Le 16 mai, Barclay de Tolly , qui venait de Thorn , rejoignit l’armée alliée avec 13 500 hommes.

 

Dispositions préparatoires de Napoléon  pour les opérations au-delà de l’Elbe

Le Quartier général de Napoléon  fut maintenu à Dresde , du 8 mai au 17. Il y eut alors, pour l’armée française, une période de calme relatif, qui fut mise à profit pour faire rejoindre les uni­tés qui s’étaient formées depuis le commencement des opérations (une Division de Jeune Garde , quatre bataillons de Vieille Garde , deux Divisions de marche de Compagnie, etc), pour mobiliser les troupes saxonnes, (une Division d’infanterie destinée au 7ème Corps et une Division de Compagnie, dont les quatre régiments furent versés au 1er Corps de cavalerie) et enfin, pour attirer sur Wittenberg  et Torgau , le 2ème Corps, la Division Puthod  et le 2ème Corps de cavalerie qui, jusqu’alors, étaient restés immobiles près de Magdeburg .

Les données chiffrées ci-dessous donnent la composition détaillée de l’armée à la date du 15 mai.

 

Bons

Eons

Bies

Eff [1]

Armée du Maréchal Ney  (84 000 hommes [2])

3ème Corps Maréchal Ney

Quatre Divisions françaises

Gaux Souham , Delmas , Albert  et Ricard

1 Division badoisse-hessoise

Général Marchand

 

 

 

66

 

 

 

[3]

 

 

 

12

30 000

5ème Corps Général Lauriston

Les trois Divisions françaises

Maisons , Lagrange  et Rochambeau

Division Puthod

 

30

 

14

 

 

10

 

2

 

19 000

 

8 000

7ème Corps Général Reynier

Division française Général Durutte

Division saxonne Sahr

 

16 [4]

 

1(?)

 

2

9 500

2ème Corps Maréchal Victor

1ère et 4ème Divisions françaises

 

22

 

 

2

 

13 000

Don de cavalerie légère Gal Chatel, détachére du 1er Corps de cavalerie pour marcher avec le 5ème Corps

 

 

8 à 9

 

 

1 800

2ème Corps de cavie Gal Sébastiani

 

15 à 20

 

3 000

 


 

 

Bons

Eons

Bies

Eff [5]

Armée principale (119 000 hommes [6])

4ème Corps

1 Division française Général Morand

1 Division italienne Général Peyri

1 Don wuetembergeoise

Gal Franquemont

 

 

34

 

 

[7]

 

 

7

25 000

6ème Corps

3 Divisions françaises

Gaux Bonnet , Compans , Friederichs

 

39

 

[8]

 

10

22 000

11ème Corps

3 Divisions françaises et italiennes

Gaux Gérard  Fressinet , Charpentier

 

31

 

[9]

 

8

17 000

12ème Corps

2 Divisions françaises

Généraux Laurencez  et Pacthod

1 Don bavaroise Gal Raglowitch

 

 

33

 

 

 

7

24 000

Garde  Infanterie

Division Vieille Garde

2 Divisions Jeune Garde  

Gaux Dumonstier  et Barrois

 

6 à 7

25 à 30

 

 

14

 

4 000

15 000

Garde -Cavalerie

 

20 (?)

3

4 000

1er Corps de cavalerie du

Général Latour-Maubourg

 

Division Bruyère

 

Division Chastel  

p. m., dét. au 5ème Corps

Don de grosse cavalerie

Bourdesouble

Division de Cavalerie

Boumerc

 

 

 

8 rgts français 1 200

1 rgt de chass. it. 2 400

2 régiments saxons

 

1800 Français

 

6 rgts français 1 200

2 Dons saxons 1 200

 

6 rgts fr. 1 200

1 don nap. 1 000

 

 

 

 

 

 

45 à 50

(?)

 

 

 

 

 

 

4

8 000

 

(dont 1 brigade italienne

et 1 Don

saxonne)

           

 

Total général 203 000 hommes

 

Défalcation faite des pertes subies par le feu et par la ma­ladie, 30 000 hommes environ, l’effectif des troupes appelées à prendre part aux opérations sous les ordres de Napoléon  s’élevait à 205 000 hommes ; l’armée coalisée, qui s’était renforcée des corps de Barclay et de quelques troupes de réserve russes et prus­siennes, ne comptait pas plus de 110 000 hommes (le corps de Bülow  compris) : la supériorité numérique des Français  s’était donc accentuée depuis Lutzen .

L’armée de l’Elbe , qui n’existait plus que de nom, fut dis­soute ; le Prince Eugène  partit pour l’Italie , où il devait former un nouveau corps d’observation destiné à contenir l’Autriche  si elle se déclarait contre nous.

L’organisation de Dresde , qui allait servir de base d’opérations à l’armée française, fut l’objet de la sollicitude de l’Empereur .

Le commandement militaire de cette place et de tout le territoire de la Saxe  fut confié au Général de Division Durosuel.

L’enceinte de Menstadt  fut remise en état et palissadée.

Un pont de bateaux fut construit à côté du pont de ra­deaux de Briesnitz , de telle sorte qu’on disposât de trois points de passage sur l’Elbe . Les chemins conduisant aux ponts de Briesnitz furent soigneusement aménagés.

Des hôpitaux, des magasins, des manutentions furent or­ganisés.

Des dépôts généraux, à raison de un par corps d’armée, furent établis à Dresde , pour les 4ème, 7ème, 11ème, 12ème Corps de la Garde  et à Torgau  pour les 2ème, 3ème, et 5ème Corps. Il fut crée, en outre, deux dépôts généraux de cavalerie, un à Dresde et l’autre à Leipzig  [10].

Les troupes indiquées ci-après furent affectées à la garni­son de Dresde  :

-           4 bataillons westphaliens (Division Hammerstein ) ;

-           Un régiment de flanqueurs de la Jeune Garde , qui avait be­soin de quelque temps pour s’organiser et compléter l’organisation de ses hommes (1 800) ;

-           les dépôts emmenés ci-dessus (2 000 fantassins et 600 cava­liers) ;

-           5 à 600 hommes de troupes saxonnes ;

Au total, 6 000 à 6 500 hommes et 12 canons.

Par décision du 11 mai, les routes de l’armée furent orga­nisées comme il suit :

-           Route principale de Mayence  à Dresde  par Francfort , Fulde , Erfurt , Weymar  ; à partir de Weymar, deux embranchements, l’un par Iéna  et Altenburg , l’autre par Naumburg  et Leipzig .

-           Un embranchement de Leipzig  à Wittenberg  ;

-           Un autre d’Augsburg  à Altenburg  à Nüremberg, Bamberg , Schleiz  et Géra.

-           La route d’Augsburg  par Würzburg  était supprimée.

Les étapes étaient d’environ six lieues, avec un jour de re­pos pour six à sept jours de marche.

Il n’était pas très prudent (la suite ne le prouvera que trop) de ne pas continuer à faire passer par Würzburg  les détachements venant d’Augsburg  et d’organiser, entre Erfurt  et Dresde , pour gagner trois marches, la ligne d’étapes d’Altenburg  au lieu de se contenter de celle de Leipzig . On supposait évidemment que tout le pays à l’Ouest de l’Elbe  était à l’abri des entreprises de l’ennemi. Il avait d’ailleurs été prescrit, de la façon la plus for­melle, de ne mettre en route que dés détachements comprenant au moins 500 combattants ; ces détachements devaient se garder militairement de manière à n’avoir rien à craindre des partisans ennemis si, par hasard, quelques-uns se glissaient sur les derrières de l’armée, comme cela était déjà arrivé plusieurs fois.

Au-delà de l’Elbe , il n’y avait qu’une seule route de l’armée, celle partant de Dresde . Quand nos troupes s’avancèrent jusqu’à Bautzen , un gîte secondaire d’étapes fut organisé à Schmied­feld 

Opérations de l’armée française du 10 au 18 mai

Au moment où commence la deuxième série des opéra­tions, les forces françaises sont divisées en trois groupes :

-           l’armée principale, sous les ordres immédiats de Napoléon  ; 4ème, 6ème, 11ème et 12ème Corps, la Garde  et le 1er Corps de cava­lerie ; 120 000 hommes après l’arrivée des renforts dont nous avons parlé ;

-           l’armée du Maréchal Ney , 2ème, 3ème, 5ème, 7ème Corps et 2ème Corps de cavalerie (25 000 hommes) ;

les troupes mises à la disposition du Maréchal Davout  pour opérer sur l’Elbe  inférieur et qui forment un Corps provi­soire à trois Divisions, sous les ordres du Général Vandamme  (30 000 hommes) ; nous ne nous occuperons pas de ce groupe qui a un théâtre d’action distinct.

L’armée principale est tout entière réunie à Dresde , le 11 mai. Du 11 au 16, elle va s’étendre sur la rive droite de l’Elbe , vers Koenigsbrüch et Bautzen , pour prendre possession des débou­chés et se procurer des renseignements sur l’ennemi.

Dans l’armée du Maréchal Ney , le 11 mai, les 3ème, 5ème (moins la Division Puthod ) et le 7ème Corps, sont en avant de Torgau  ; à cette même date, le Maréchal Victor  rassemble à Bern­burg  la Division Puthod , le 2ème Corps et le 2ème Corps de cavale­rie ; le 13, il partira de Bernburg pour rejoindre le Maréchal Ney , en passant par Wittenberg . Le 16 mai, quand les ordres donnés par Napoléon  auront été exécutés en entier, les divers corps oc­cuperont les emplacements suivants en avant de Torgau, entre l’Elbe  et la Sprée  :

-           Quartier général et le 3ème Corps à Luckar, avec une avant-garde à Lüblen ;

-           5ème Corps à Dabrilugk ;

-           7ème Corps à Dahure ;

-           le 2ème Corps et le 2ème Corps de cavalerie vers Schönwald.

L’armée du Maréchal Ney  se trouvera alors à 23 lieues de l’armée principale et à 21 de Berlin  à peu près, disposée en carré, prête à marcher dans n’importe quelle direction.

Ce fractionnement des forces disponibles sur le principal théâtre d’opération à deux armées placées à trois marches l’une de l’autre est un dispositif préparatoire destiné à faciliter les manœu­vres que nécessitent les circonstances ultérieures.

L’Empereur  n’a pas encore arrêté son plan d’opérations ; il attend pour cela que les premiers mouvements des coalisés lui aient révélé ce que ces derniers comptent faire.

Le Major Général écrit au Maréchal Ney  le 13 :

 « L’Empereur , d’ici le 15, prendra sa détermination, selon ce qu’aura fait l’ennemi, pour faire occuper Berlin  ou pour ordonner tous autre mouvement ».

Le même jour, l’Empereur  lui-même au Maréchal Ney , de Dresde  : « Je ne vois pas bien ce qu’ont fait les Prussiens  ; il est certain que les Russes  se retirent sur Breslau  ; mais les Prussiens se retirent-ils sur cette ville, comme on le prétend, ou se sont-ils jetés sur Berlin , comme cela paraît naturel, pour défendre leur capitale ? C’est ce que les renseignements que j’attends cette nuit m’apprendront parfaitement. Vous sentez qu’avec des forces aussi considérables que celles que vous avez [11], ce n’est pas le cas de rester au repos. Dégager Glogau , occuper Berlin, pour mettre le prince d’Eckmühl  à même de réoccuper Hamburg  et de s’avancer, avec ses cinq Divisions[12], en Poméranie  et m’emparer de Breslau : voilà les trois buts importants que je me propose et que je voudrais remplir dans le mois. Par la position que je vous fait prendre, nous nous trou­verons toujours réunis, pouvant nous porter sur la droite ou sur la gauche et avec le plus de masses possibles, selon les renseignements ».

Deux passages de la lettre qui précède exigent quelques explications.

L’Empereur  avait espéré que la présence des 85 000 hom­mes de Ney , à trois marches de Berlin , inspirerait aux Prussiens  des craintes pour leur capitale et les déterminerait à se séparer des Russes  pour se porter à son secours : nous avons déjà dit que c’eût été de leur part une faute insigne. Quand l’Empereur  écrit « qu’il paraît naturel que les Prussiens se jettent du côté de Ber­lin », cela signifie non pas qu’il juge ce mouvement rationnel, mais bien qu’il est probable que les Prussiens ne sauront pas résister à la tentation de se placer, avec le gros de leurs forces, de manière à couvrir directement leur capitale. En restant réunis, les coalisés couvrent Berlin indirectement de la façon la plus efficace ; en effet, leur armée de Silésie , qui compte plus de 100 000 hommes, continue à être l’objectif principal de Napoléon , qui doit agir contre elle avec la presque totalité de ses forces, attendu que l’expérience de Lutzen  a démontré que, pour obtenir cette vic­toire décisive, dont il a tant besoin, il faut disposer de forces presque doubles de celles de ses adversaires.

 « Par la position que je vous fais prendre, nous serons toujours ré­unis ... ». Les deux armées françaises ne sont pas réunies, mais elle le seront quand Napoléon  le voudra. Pour s’en convaincre, il suf­fit de considérer que, d’une part, l’armée principale a un effectif sensiblement supérieur à celui de l’armée coalisée et l’armée de Ney , un effectif à peu près égal et que d’autre part, la région comprise entre la Sprée  et l’Elbe  supérieur est partout facilement praticable pour de grandes masses de troupes. Ceci étant, il n’y a que des avantages à laisser entre les deux armées, un certain inter­valle grâce auquel l’ensemble jouit de facilités de manœuvres plus grandes.

Pendant que les corps du Maréchal Ney  prennent position en avant de Torgau  dans les conditions que nous venons d’indiquer, nous jetterons un coup d’œil rapide sur les opérations de l’armée principale, du 11 au 15 mai.

Nous avons vu que le 11, les 4ème, 6ème et 11ème Corps étaient passés sur la rive droite pour dégager les abords de Mens­tad t et se procurer des renseignements précis sur l’ennemi ; la Garde  et le 12ème Corps restèrent à Dresde .

Le Maréchal Macdonald , avec le 11ème Corps et une Divi­sion de cavalerie légère, refoula devant lui le Corps de Molorado­witch qui lui disputait le terrain pied à pied ; il s’avança le 11 jusqu’à Weissuf et le 12, jusqu’à Norschofwerder, où il resta le 13 et le 14, ayant ses avant-postes au contact de ceux de l’arrière-garde russe dont le gros se tenait à Gödau.

Le 4ème Corps marcha par Attendorf sur Koenigsbrück  et Kameuz : il ne concentra que des partis de cavalerie légère. Le 13, il occupa Koenigsbrück, poussant son avant-garde jusqu’à Ka­meuz.

Le 6ème Corps prit tout d’abord position en 2ème ligne à Reichenberg, pendant que le Général Beaumont , avec son avant-garde (une brigade de cavalerie westphalienne, 3 bataillons d’infanterie et une demi-batterie) se portait à Moritzburg  pour surveiller la direction de Grossenhayn . Le 13, le gros du corps d’armée alla s’établir à Radeburg  ; le Général Beaumont  avec son détachement resta à Moritzburg pour continuer à éclairer vers Grossenhayn où se montraient des partis de cavalerie de plus en plus nombreux.

Nos corps d’armée, du 11 au 13, ayant recoupé toutes les routes suivies par les colonnes russes et prussiennes dans leur mouvement sur Bautzen , l’Empereur , en rapprochant leurs rap­ports, put se convaincre que toutes les forces des coalisés s’étaient retirées derrière la Sprée .

Maintenant, l’ennemi recevrait-il la bataille à Bautzen  ou continuerait-il sa retraite à l’approche de l’armée française ? Les grands travaux de fortification entrepris à Bautzen semblaient indiquer son intention d’accepter la bataille sur ce point ; pour­tant, des renseignements qui paraissaient fondés donnaient à sup­poser que le gros de son armée était déjà en retraite sur Görlitz. Pour être fixé à ce sujet, il était nécessaire de s’avancer sur Baut­zen ; la prudence exigeait qu’au préalable, on fit serrer les 4ème, 6ème et 12ème Corps sur le 11ème.

Le 14, en conformité des ordres donnés le même jour à 4 h du matin :

-           le 11ème Corps resta en position à Bischoffswerda  ;

-           le 4ème se porta à Kameuz, faisant avancer son avant-garde jusqu’à Closter-Marienstern , sur le chemin de Kameuz à Baut­zen  ;

-           le 6ème Corps serra sur Frankenthal, à une lieue de Bischoff­swerda , le Général Beaumont  restant toujours à Moritzburg  ;

-           le 12ème Corps, s’avançant par Weissig , poussa sa Division de tête jusqu’à Fischbach  ;

-           la Garde  et le 1er Corps de cavalerie restèrent à Dresde  et aux environs.

Le 15, de grand matin, Macdonald , débouchant de Bis­choffswerda , se heurta à Gödan, à l’arrière-garde russe qu’il réus­sit à déloger après un violent combat et à rejeter sur Bautzen . Il prit position sur les hauteurs à l’Ouest de la ville, d’où il put aper­cevoir les campements de l’armée coalisée. Le 6ème Corps, qui avait marché au soutien du 11ème, s’établit derrière lui. Le 4ème Corps occupa Closter-Marienstern  et fit avancer son avant-garde à mi-chemin de ce point et de Bautzen, de manière à se lier avec le 11ème Corps. Le 12ème Corps serra sur Bischoffswerda.

L’ennemi n’ayant pas reculé, il était à peu près certain qu’il avait résolu d’accepter la bataille à Bautzen . L’Empereur  devait donc faire serrer l’armée principale sur Bautzen et se hâter d’appeler à lui la plus grande partie de l’armée du Maréchal Ney .

Voici, en substance, les ordres donnés le 15 au soir et le 16 au matin aux corps de l’armée principale :

« Les 6ème et 4ème Corps prendront position devant Bautzen , le 6ème à hauteur et à la gauche du 11ème ; le 4ème à hauteur et à la gauche du 6ème ; le 12ème Corps se placera en réserve en avant de Bischoffswerda  et fournira trois colonnes mobiles de 1 200 à 1 500 hommes destinées à chasser des bois situés entre la grand-route et la frontière autrichienne les partis ennemis qui s’y sont glissés et de là, inquiètent les communications avec Dresde .

« Le Maréchal Mortier , avec une Division de Jeune Garde , le 1er Corps de cavalerie et le détachement du Général Beaumont , sera chargé de nettoyer le pays sur la gauche de l’armée, afin d’assurer les communications avec les Corps du Maréchal Ney  ; le 16, échelonnant son infanterie sur ses derrières, il se portera rapidement avec toute sa cavalerie sur Grossenhayn  de manière à couper tous les partis ennemis qui se trouvent de ce côté et qui ne se retireraient pas assez vite ».

Tous ces mouvements s’exécutèrent sans difficulté. Le Maréchal Mortier  ne trouva à Grossenhayn  qu’un parti de 1 500 à 2 000 cavaliers qui, à son approche, se retirèrent précipitamment sur Elsterwerda . Le Maréchal fit suivre l’ennemi par le Général Beaumont  [13] ; lui-même, avec le reste de ses troupes, se rabattit, le 17, sur Bischoffswerda  ; quant au Général Beaumont , après avoir communiqué avec le 5ème Corps, il rétrograda le 18 sur Moritz­bur g.

Nous relaterons in extenso les ordres concernant les Corps du Maréchal Ney .

Le Major Général au Général Lauriston , Dresde , le 15 mai, à 10 h du soir :

« Partez de Dobrilugk  et dirigez-vous sur Hoyerswerda , l’ennemi pa­raissant vouloir tenir à Bautzen .

« Je donne ordre au Prince de la Moskowa, qui est à Werzberg , de se diriger sur Spremberg  ».

De même au Maréchal Ney , même jour, même heure, sur la copie de l’ordre précédent.

« De la position où vous êtes, à Werzberg , dirigez vous sur Sprem­ber g sur la Sprée , l’ennemi paraissant se réunir et vouloir tenir dans la posi­tion de Bautzen  ».

Ces ordres, partis de Dresde , le 15 à 11 h du soir, ne parvin­rent aux corps destinataires que le 16, dans la soirée, c’est-à-dire après la marche. A ce moment, le 5ème Corps se trou­vait effectivement à Dobrilugk , mais le 3ème Corps était à Lückau  et non à Werzberg . Comme c’était en exécution des ordres de l’Empereur  que le 3ème Corps avait marché sur Lückau le 15 et le 16, on ne s’explique pas comment le Major Général a pu supposer que l’ordre en question parviendrait au Maréchal Ney  à Werzberg. Les ordres ci-dessus restaient applicables ; seulement, ils ne pou­vaient recevoir leur exécution que le 17.

Dans sa lettre au Maréchal Ney , le Major Général n’avait pas spécifié quelles étaient les troupes qui devaient se porter sur Spremberg  avec ce Maréchal ; il s’agissait en réalité du 3ème Corps seul, l’intention de l’Empereur  étant de charger le Maréchal Vic­to r avec les 2ème et 7ème Corps et le 2ème Corps de cavalerie, soit plus de 25 000 hommes, d’opérer offensivement contre le Géné­ral Bülow .

Ney  ne le comprit pas ainsi ; il prit ses dispositions pour faire marcher sur Spremberg  non seulement le 3ème Corps, mais aussi les 2ème et 7ème. Il faut reconnaître qu’en cette circonstance, le Maréchal [14] se montra mieux avisé que Napoléon  : car la situation commandait impérieusement d’agir avec le plus de moyens possi­bles contre la principale armée des coalisés ; il fallait donc se contenter de laisser devant Bülow  quelques milliers d’hommes qui, en s’appuyant sur Torgau  et Wittenberg , suffiraient pour le contenir.

En examinant sur la carte les points de direction assignés aux 3ème et 5ème Corps, Spremberg  et Hoyerswerda , on voit que l’Empereur  ne vise pas à faire arriver ces corps devant Bautzen  par la ligne la plus courte. Sans doute, il prévoit le cas où l’ennemi, à l’approche de ce renfort qui nous assurera une si grande supériorité numérique, se déciderait à continuer sa retraite à travers la Silésie  ; les 3ème et 5ème Corps constitueraient alors un groupe de manœuvre qui se tiendrait à une marche sur la gauche de l’armée, afin d’être en situation de déborder les lignes de dé­fense successives sur lesquelles l’ennemi tenterait de s’arrêter.

Mais, à mesure que de nouveaux renseignements lui par­viennent Napoléon  acquiert de plus en plus la conviction que les coalisés sont résolus à livrer bataille quand même à Bautzen . Le 16, à 10 h du matin, de nouveaux ordres sont expédiés.

Le Major Général au Maréchal Ney  :

« ..... Votre aide de camp, parti hier à 11 h, avec vos notes à mi-chemin de Lückau , est arrivé.

« Nous sommes décidément en présence de l’ennemi à Bautzen , où l’ennemi est en forces. Sa Majesté pense donc que Vous ( ?) devez venir avec le 5ème Corps vous placer à Hoyerswerda  ».

Le 16, à 1 h du soir, en chiffres :

« L’Empereur  vous ordonne de vous porter, en toute diligence, du point où vous recevrez cet ordre sur Hoyerswerda . Je vous ai écrit ce matin par Torgau , mais ce duplicata vous est porté par un gendarme du pays qui passe par la route directe. Je fais donner le même ordre au Général Lauriston , mais adressez le lui de votre côté.... »

Le 16, à 5 h du soir.

« Je vous ai expédié hier, à 10 h du soir, l’ordre de vous diriger sur Spremberg . L’officier que je vous avais envoyé et qui est parti hier à 11 heu­res du soir et vous a laissé à mi-chemin de Torgau  à Lückau , à fait connaître à l’Empereur  la situation de votre corps d’armée. Sa Majesté approuve que vous arriviez le plus tôt possible, avec votre corps et celui de Lauriston  sur Hoyerswerda , d’où vous ne serez plus qu’à une marche de Bautzen , où l’ennemi paraît être en force et vouloir tenir.

« Ordonnez à la Division Puthod , qui appartient au Général Lau­risto n, de prendre la plus courte direction pour se rendre à Hoyerswerda .

« Envoyez des ordres à Torgau  pour qu’on arrête tout ce qui arrive­rait pour rejoindre votre Corps d’armée et celui de Lauriston  parce que, du moment où vous serez arrivé à Hoyerswerda , vous prendrez votre ligne d’opération par Dresde .

« L’intention de l’Empereur  serait que le duc de Bellune , sous les or­dres duquel vous placerez le Général Reynier , manœuvrât sur Berlin  ; qu’il prît possession de cette ville ; réoccupât Spandau  si cela est possible, dans le cas où les brèches ne seraient pas réparées ; et enfin, suivant les circonstances, poursuivît Bülow  selon la direction qu’il prendra.

« Arrivé à Berlin , il sera facile au duc de Bellune  de connaître si l’ennemi attaque Stettin , Küstrin  ou Glogau  et il irait au secours de celle de ses trois places qui en aurait le plus besoin. Si aucune n’était assiégée et qu’elles n’eussent pas besoin de sa présence, il agirait suivant les circonstances de manière à faire une diversion en passant l’Oder , soit à Küstrin, Stettin ou Glogau, pour établir un camp retranché sur la rive droite de ce fleuve et, de cette position, menacer tout le pays entre l’Oder  et la Vistule . Le Maréchal devra aussi se mettre en communication avec Davout  qui a ordre de se porter de Hamburg  sur le Mecklemburg .

« Ainsi donc, la première opération qu’aura à faire le duc de Bel­lune  sera d’obliger Bülow  à repasser l’Oder  et de forcer l’ennemi à brûler le pont de Schwedt  qu’il a établi sur l’Oder  et il aura soin de faire détruire la tête de pont ».

Ce dernier ordre était très explicite ; Ney , qui le reçut à Kahlau, le 17 au soir, prescrivit au 7ème Corps de rester le 18 à Lückau  et fit connaître au Maréchal Victor  la mission que lui confiait l’Empereur .

Le Major Général au Général Lauriston ,

Dresde , le 17 mai, à 10 h du matin.

 « D’Hoyerswerda , dirigez-vous sur Bautzen  en marchant militaire­ment par la rive droite de la Schwarze-Elster . Toute notre armée tou­che à Bautzen ; l’armée ennemie et la nôtre sont en présence. Faites-moi connaître par retour du porteur la direction du porteur et le jour où vous arriverez à Bautzen où est l’ennemi ».

De même au Maréchal Ney .

« Donnez des ordres au duc de Bellune , aux généraux Reynier  et Sé­bastian i selon ce que vous aurez appris de l’ennemi et que vous jugerez le plus convenable suivant les circonstances. Tout porte à penser que nous allons avoir une bataille ».

Le Maréchal n’hésita pas un instant à interpréter les indi­cations relatives aux troupes du Maréchal Victor  comme une au­torisation implicite de se faire suivre de ces troupes si, à son avis, les circonstances ne comportaient pas leur envoi sur Berlin .

En conséquence, il prescrivit au Maréchal Victor  et au Général Reynier  de quitter Dahme  et Lückau  le 19 pour se diriger sur Bautzen  par Kahlau et Hoyerswerda , à la suite du 3ème Corps. Il eut raison, nous le répétons ; malheureusement, les 2ème et 7ème Corps avaient perdu 24 heures : ce retard fut cause qu’ils arrivè­rent trop tard pour prendre part à la bataille.

Le 18 au matin, les corps du Maréchal Ney  occupaient les emplacements suivants :

-           le 5ème Corps (3 Divisions) à Seuftenberg  ;

-           le 3ème Corps avec le Quartier général à Kahlau ;

-           le 7ème à Lückau  ;

-           le Maréchal Victor  avec le 2ème Corps, la Division Puthod  et le 2ème Corps de cavalerie à Dahme .

En exécution des ordres envoyés par le Major Général le 16, au soir :

-           le 2ème Corps et le 2ème Corps de cavalerie restèrent à Dahme , et le 7ème à Lückau .

-           le 5ème Corps gagna Hoyerswerda , la Division Puthod , Finster­wald  et le 3ème Corps, Sorne .

Le même jour, à 10 h du matin, le Major Général écrivit de Dresde  au Maréchal Ney , en chiffres :

« L’Empereur  vous fait connaître que nous sommes à une portée de canon de la petite ville de Bautzen , que l’ennemi a occupé comme tête de posi­tion et où il a fait des retranchements ; que sur la droite, sont placés les Prus­sien s et sur la gauche, les Russes  ; qu’il désire, avec le Général Lauriston  et toutes vos forces réunies en marche militaire, vous vous dirigiez sur Dresa , près Gottamelde . (C’est la Brösa  de la carte au 1/100 000ème) ; ayant ainsi dépassé la Sprée , vous vous trouverez avoir tourné la position de l’ennemi : vous prendrez là une bonne position.

Sa Majesté suppose que vous êtes dans le cas d’arriver à Hoyers­werda  le 19, bien complètement.

Vous vous approcherez de nous le 19 et le 20 et vous pourrez, le 21, vous porter sur la position, ce qui aura l’effet, ou que l’ennemi évacue pour se retirer plus loin, ou de nous mettre à même de l’attaquer avec avan­tage » [15].

Le 18, l’Empereur  quitta Dresde  avec la Garde  pour se ren­dre à Harthau , à mi-chemin de Bautzen , où il voulait être le matin de très bonne heure. Voici les ordres donnés par lui à l’armée principale pour la journée du 18 :

L’Empereur  au Major Général à Dresde , 4 h du matin.

 « .... donnez ordre au duc de Trévise et au Général Latour-Mau­bour g de se porter aujourd’hui en avant de Bischoffswerda .

« Aussitôt que sa tête sera arrivée, le duc de Reggio  se portera entiè­rement en ligne. Vous lui réitérerez l’ordre de faire occuper Menkirch  et les positions de la droite, de manière qu’il n’y ait aucun ennemi dans ces bois.

« Donnez ordre également au Général Latour-Maubourg  de faire fouiller toute la droite et vivement poursuivre tous ces cosaques sur les routes de Menstadt  et de Menkirch .

« Donnez ordre à la Vieille Garde , avec les réserves d’artillerie, de sept à huit heures du matin pour se rendre à une journée sur la route de Bautzen .

« Donnez ordre à la Division Barrois (2ème de la Jeune Garde ) de se tenir également prête à partir à onze heures du matin. Je pense qu’il serait nécessaire de faire distribuer une livre de riz à chaque soldat de la Vieille Garde  et de la Division Barrois ; cela ferait une réserve pour quatre jours en cas d’embarras dans les transports.

« Réitérez l’ordre au Général Bertrand  de se mettre en communica­tion avec le Général Lauriston  et le Prince de la Moskowa, qui arrivent aujourd’hui à Hoyerswerda .

« Je suppose que le petit Quartier général est parti. Faites partir tout ce qui est nécessaire pour un jour de bataille.... »

(Autre lettre) : « Donnez ordre au Général Beaumont  de rester en observation pour couvrir Dresde  à Moritzburg , ayant des postes à Grossen­hayn , à Radeburg  et sur la route de Koenigsbrück  et d’instruire de tous les mouvements le Quartier général qui est à Bautzen  et le Général Durosnel  qui reste à Dresde ; d’envoyer des espions et de bien s’éclairer sur toutes les rou­tes ».

(Autre lettre) : « Donnez ordre de faire partir aujourd’hui avant neuf heures du matin pour le Quartier général (à Schmiedelfeld , dit la note rédigée par Berthier ), l’équipage de pont, les sapeurs et tout ce qui compose le génie de l’armée, en laissant à Dresde  ce qui est nécessaire pour la confection du pont et des travaux que j’ai ordonnés ; qu’ils prennent du pain pour qua­tre jours.

« Donnez ordre que tout le matériel des ponts, du génie, de l’artillerie et des équipements militaires, tous les caissons soient parqués, attelés ou non attelés sur la rive gauche, dans le lieu qui sera indiqué par le Général Durosnel  et que rien ne reste sur la rive droite.

« Réitérez l’ordre que les hôpitaux soient placés sur la rive gauche.

« Enfin, prévenez l’administration qu’il faut qu’on puisse évacuer la rive droite en six heures si les circonstances l’exigeaient... »

L’armée principale se trouve disposée comme il suit le 18 au soir :

A Harthau , à une lieue à l’Ouest de Bischoffswerda  :

-           Quartier Général,

-           La cavalerie de la Garde ,

-           La Division de Vieille Garde  

En position sur les hauteurs à l’Ouest de Bautzen  :

-           11ème Corps : au sud de la route de Dresde  à Bautzen , devant Windmühlenberg  ; dans la matinée, il a fait occuper par ses avant-postes Stiebitz , Grübschütz  et Techritz .

-           6ème Corps : au Nord de la route de Dresde  à Salzenförst , occupant Rottrvitz  par ses avant-postes.

-           4ème Corps : Lubackau  ; une brigade de la Division italienne est échelonnée sur la route de Koenigswartha .

-           12ème Corps : s’est porté à la droite du 11ème : la Division Pac­tho d à Dranschkowitz , Division bavaroise à Cofsern , Gun­thersdorf  et Gaufsig  ; la Division Laurencez  à Tröbigau  et Ob.Putzkau ; cette dernière a fourni trois colonnes de 1 200 hommes qui fouillent les forêts de Menstadt  et de Menkirch .

-           La Jeune Garde  : Division Dumonstier  à Bischoffswerda , Division Barrois à Fischbach .

-           1er Corps de cavalerie à l’Est de Bischoffswerda , faisant fouil­ler les bois au sud de la grand-route ; le détachement du Gé­néral Beaumont  à Moritzburg

Journée du 19 – Combats de Weissig  et de Koenigswartha  [16]

Le 19, à la pointe du jour, l’Empereur  se rendit sur les hau­teurs de Bautzen  pour reconnaître la position de l’ennemi.

Le Quartier Général et la Vieille Garde  s’installèrent à Klein-Görschen , la Jeune Garde  et la cavalerie de Latour-Mau­bour g à Göda  et en arrière ; le 4ème Corps envoya toute la Division italienne à Koenigswartha  pour assurer la liaison avec le 5ème Corps ; le 12ème Corps se porta en ligne droite du 11ème et fit oc­cuper devant son front Guaswitz  ; il continua à faire fouiller les forêts jusqu’à la frontière autrichienne pour essayer d’en chasser les partisans ennemis.

La Veille 18, le Maréchal Ney , en exécution de l’ordre de l’Empereur  du 17, avait prescrit :

-           que le 5ème Corps partirait d’Hoyerswerda  le 19, à la pointe du jour et, marchant par Wittichenau , irait prendre position au Füschberg  [17], la droite à Zerna , se tenant en communica­tion avec l’armée principale vers Closter-Marienstern  ;

-           que le 3ème Corps, continuant sa marche de Sorne  par Hoyers­werda , s’établirait avec son gros à Miessendorf  et Koe­nigswartha , poussant son avant-garde sur Mendorf  ;

-           que les 2ème et 7ème Corps et la cavalerie de Sébastiani  marche­raient avec la plus grande diligence sur Hoyerswarda.

            Si les mouvements indiqués ci-dessus pour les 3ème et 5ème Corps eussent été exécutés, le 19 au soir, ces deux corps d’armée se seraient trouvés en position entre Zerna  et Mendorf , faisant face au Sud, comme l’indique le croquis ci-dessous.

Le Maréchal Ney  supposait évidemment l’armée ennemie en position sur la rive gauche de la Sprée  à l’Ouest de Bautzen  et l’armée française, établie en face d’elle, sa gauche à Closter-Ma­rienstern . Il était impossible d’être plus mal orienté ; la responsabi­lité de cet état de choses retombait en grande partie sur le Major Général, dont les ordres, par trop laconiques, n’avaient pas indiqué la situation d’une façon assez précise.

Fort heureusement, l’officier (Commandant Gronchy ), chargé de porter une des expéditions de l’ordre du 18 qui dirigeait les 3ème et 5ème Corps sur Dresa  (Brösa ), joignit le Général Lauris­to n de très grand matin ; chemin faisant, il avait appris, on ne sait comment, qu’un corps ennemi marchait des environs de Bautzen  sur Koenigswartha .

            Le Général Lauriston  prévint le Maréchal Ney  et, en atten­dant ses ordres, fit serrer son corps d’armée sur Wittichenau  et Mankendorf .



            Le Maréchal arriva à Hoyerswerda
 à 11 h du matin, il or­donna :

-           au 5ème Corps de marcher sur Opitz  et Lippitsch  par Mortka  ;

-           au 3ème Corps de porter son avant-garde (Division Souham  et brigade de cavalerie Kellermann ) à Mendorf  ; deux Divisions à Miessendorf  et deux à Koenigswartha  où serait établi le Quartier général....

La Division italienne du 4ème Corps (Général Peyri ) attei­gnit Koenigswartha  à midi et s’y établit sans prendre aucune pré­caution, ne faisant même pas fouiller les bois qui se trouvaient sur son front à une portée de canon.

Revenons maintenant aux coalisés.

Wittgenstein  avait été averti par ceux de ses partisans qui battaient l’estrade du côté d’Hoyerswerda  (détachement de Land­sko ï) de l’approche du 5ème Corps français ; ne sachant pas que celui-ci était suivi à courte distance par les 3ème et 7ème Corps, il crut qu’il serait possible de le surprendre et de le détruire.

Le Général Barclay de Tolly  fut chargé de se porter à la ren­contre de la colonne française avec ses troupes et celles d’York . Il était convaincu que, pour couvrir son mouvement, les avant-postes de Miloradowitch  exécuteraient des démonstrations contre les troupes ennemies qui étaient en position en face de Bautzen .

Les troupes mises à la disposition de Barclay quittèrent leurs bivouacs de Klein-Bautzen  et de Preititz  à minuit et marchè­rent en deux colonnes ; à gauche, le corps russe (13 000 hommes) passa la Sprée  à Nieder-Gurig  et se porta directement sur John­sdorf , défilant ainsi à une demi-lieue de Lubackau , qui était oc­cupé par les avant-postes des 4ème Corps français ; à droite, le Corps prussien d’York  (9 000 hommes) se porta par Gleina , Got­tau  et Liska  sur Hermsdorf .

L’avant-garde de la colonne de gauche atteignit Johnsdorf  vers une heure de l’après-midi ; ses éclaireurs signalèrent la pré­sence de la Division italienne à Koenigswartha . Barclay fit avan­cer une de ses divisions droit sur la localité, pendant qu’une autre prenait plus à gauche afin de couper à l’ennemi la route de Baut­zen  ; en même temps, il envoya au Général York  l’ordre de se porter par le plus court chemin sur Wartha  de manière à prendre en flanc tout corps ennemi qui tenterait de déboucher de ce vil­lage sur Koenigswartha.

Les Italiens, complètement surpris, essayèrent en vain de tenir sur Koenigswartha  : ils en furent chassés et rejetés sous les bois voisins où ils se rallièrent tant bien que mal sous la protec­tion de l’avant-garde du 3ème Corps, qui parut au Sud de Wartha  vers 3 h de l’après-midi. Les pertes de la Division italienne en tués, blessés et prisonniers s’élevèrent à près de 3 000 hommes, dont le Général Peyri  lui-même et ses trois généraux de brigade ; quatre canons et tout le train restèrent entre les mains des Russes . Ces derniers avaient perdu environ 1 200 hommes, tués ou bles­sés.

Barclay, informé de l’approche du 3ème Corps, fit prendre position à ses troupes à Koenigswartha  et en arrière, laissant à ses cosaques le soin de poursuivre les Italiens.

La colonne de droite avait atteint Hermsdorf  à 3 h du soir : pendant qu’elle y faisait une courte halte, le Général York  reçut l’ordre de lui enjoignant de se porter au plus vite sur War­th a.

A ce moment même, l’avant-garde du 5ème Corps français venait d’atteindre Steinitz  ; ses détachements avancés pénétraient dans Weissig  et dans les bois à l’Est. L’avant-garde prussienne réussit à refouler les éclaireurs adverses au-delà de Weissig. York , de la hauteur du Eichberg  (au sud du village), put apercevoir la tête de colonne du 5ème Corps qui débouchait de Steinitz ; il fit aussitôt occuper par sa brigade d’avant-garde Weissig, le Eichberg  et les bois voisins ; une batterie à cheval réussit non sans peine à s’installer sur le Eichberg , d’où elle battait la clairière qui s’étend de Weissig à Steinitz ; la 2ème brigade, la cavalerie et le reste de l’artillerie se placèrent en arrière de la hauteur.

L’avant-garde du 5ème Corps se déploya au sortir de Stei­nit z et commença à gagner du terrain par les bois entre Men-Stei­nit z et le Eichberg  ; la fusillade devint de suite très vive mais, comme cela arrive quand les partis d’infanterie sont aux prises sous bois, le combat prit une allure traînante bien que, de part et d’autre, on renforçât peu à peu les troupes engagées tout d’abord.

Vers 5 h du soir, York  reçut un nouvel ordre lui prescri­vant de venir se placer derrière Koenigswartha  pour servir de réserve au corps russe.

Quand Barclay avait donné cet ordre, il ignorait que les Prussiens  fussent aux prises avec les Français  ; il évident que le Général York  n’avait pas à tenir compte d’un ordre donné dans ces conditions ; pourtant, il se crut obligé de s’y conformer. Pen­dant que sa deuxième brigade et sa cavalerie filaient à travers bois sur Johnsdorf , la première brigade (Général Steinmetz ) évacua successivement Weissig , puis les bois et le Eichberg .

La Division Maisons , qui marchait en tête du 5ème Corps, occupa immédiatement les positions abandonnées par les Prus­sien s et fit suivre ceux-ci pas à pas ses tirailleurs.

Entre 5 h et 6 h du soir, alors que la deuxième brigade prussienne arrivait à Johnsdorf , Barclay, voyant que rien ne venait du côté de Wartha , prescrivit à York  de réoccuper Weissig  et de s’y établir pour la nuit ; en même temps, une Division russe (2 000 hommes environ) fut dirigé à travers bois de Koenigswar­tha  sur Men-Steinitz  pour tomber sur le flanc droit des Français  ; une seconde Division fut chargée d’appuyer directement le corps prussien dans son mouvement sur Weissig.

La brigade Steinmetz , revenant rapidement sur ses pas, se jeta sur les détachements français qui la poursuivaient et les ra­mena jusque sur le Eichberg . Un combat acharné s’engagea alors pour la possession de la hauteur qui fut prise et reprise plusieurs fois ; les Français  finirent par en rester maîtres ; ils occupèrent alors les bois du côté d’Hermsdorf  mais, malgré tous leurs efforts, ne parvinrent pas à en déboucher.

La fusillade continua jusque vers 11 h du soir.

Barclay avait abandonné Koenigswartha  entre 8 et 10 h ; York  quitta Hermsdorf  à minuit seulement. Le lendemain 20, à 6 h du matin, les troupes russes étaient de retour à leurs campe­ments de Preititz  ; quant aux Prussiens , ils ne rejoignirent qu’à 5 h du soir pendant la bataille.

Les coalisés avaient perdu, tant à Weissig  qu’à Koenigs­wartha , 3 500 hommes dont 1 200 Russes  et 2 300 Prussiens  ; les pertes, de notre côté, s’élevaient à 5 000 hommes, soit 2 000 du 5ème Corps et 3 000 de la Division italienne.

Les Français  avaient engagé à Weissig  15 000 hommes et les coalisés, 12 000 ; les deux infanterie adverses avaient rivalisé de bravoure.

On a reproché au Général Lauriston  d’avoir engagé ses troupes comme au hasard ; il est possible que ce reproche ne soit pas tout à fait mérité (ce que nous savons du combat ne nous permet pas de trancher la question). Quand un combat de ren­contre se produit dans un terrain aussi couvert que celui qui s’étend autour de Weissig , le chef, qui ne connaît pas la région où l’on opère et qui, en outre, ne possède que les mauvaises cartes que l’on avait à l’époque, ne peut exercer qu’une très faible action de direction : en pareil cas, c’est l’initiative des chefs en sous-or­dres qui assure le succès.

Le bruit des combats qui s’étaient livrés à Weissig  et à Koenigswartha  avaient été entendu des hauteurs de Bautzen . L’Empereur  ne s’en était pas inquiété mais, par la suite, il repro­cha au Général Bertrand  [18] de ne pas avoir marché au soutien de la Division italienne au premier coup de canon. L’inaction de ce général est d’autant plus blâmable que ses avant-postes ont dû l’avertir de très bonne heure de la marche du corps de Barclay sur Koenigswartha.

Le Maréchal Ney , en recevant à Hoyerswerda , à midi, l’ordre expédié de Dresde  le 18, à 10 h du matin, en avait aussitôt accusé réception en ajoutant :

 « Je manœuvrerai demain 20, sur la position de Dresa  (Brösa ), mais je crois très important de faire appuyer mon mouvement afin que si l’ennemi était décidé à attendre la bataille sur les hauteurs de Bautzen , je fusse en mesure de le contenir dans le cas où il marcherait à moi par Klein-Bautzen . Mon Quartier général sera aujourd’hui à Koenigswartha  et demain Klix  probablement ».

Les événements de la journée décidèrent le Maréchal à ar­rêter son corps d’armée en arrière (au Nord), de Koenigswartha . Dans une lettre écrite à Mankendorf  à 9 h du soir, pour rendre compte de ce qui s’était passé, il disait : « ... Un prisonnier a annoncé que l’armée ennemie était en marche sur Hoyerswerda . Si cela était vrai, je recevrai la bataille demain matin. Le feu d’aujourd’hui a été nécessairement entendu par le Général Bertrand  et je crois qu’il est essentiel qu’on lui donne l’ordre de faire un mouvement à gauche pour faciliter mon débouché, pénible à cause des sables ».

Et il ajoutait en chiffres : « Deux Divisions sont ici (à Man­kendor f), avec moi, les trois autres sont à Hoyerswerda . C’est à Buch­walde  que je recevrai la bataille si l’ennemi m’attaque de­main ».

Si l’on considère sur le croquis (11ter) la position des deux armées adverses le 19 au soir, il est difficile de comprendre com­ment le Maréchal a pu concevoir l’idée de recevoir la bataille à Buchwalde . Il est surprenant d’ailleurs que le chef d’une armée de manœuvre s’arrête en plein mouvement à la première menace de l’ennemi et qu’il songe beaucoup plus à prendre position dans le sens étroit du mot qu’à manœuvrer conformément à l’esprit de ses instructions : ce chef ne comprend pas le rôle qui lui est assi­gné.


Bataille de Bautzen  [19]

Position choisie par les coalisés et plan de Wittgenstein  

Pour la configuration générale de la région autour de Bautzen , il faut se reporter à la carte au 1/100 000ème. Nous nous bornerons à donner quelques indications complémentaires.

Le champ de bataille proprement dit, qui est compris en­tre l’arête montagneuse au Schleiberg  et la plaine de Klix , est formé de collines en partie boisées, qui vont en s’abaissant lente­ment du Sud au Nord et présentent des pentes en général assez douces, coupées, sur quelques points d’escarpements rocheux.

La Sprée , dont le volume d’eau est peu considérable, est guéable partout ; depuis sa source jusqu’à Ochna , elle coule dans une vallée étroite et profonde aux flancs escarpés ; à partir d’Ochna, elle serpente à travers des prairies marécageuses.

Le Blossauer-Wasser  et le Lobauer-Wasser  sont de sim­ples ruisseaux, dont les vallées marécageuses constituent des obstacles assez sérieux pour la cavalerie et pour l’artillerie.

Les nombreux étangs qui se trouvent le long de la Sprée  ou au Lobauer-Wasser  dans le voisinage de leur confluent et aussi entre Prietitz et Pliesskowitz  sont des étangs artificiels, en général peu profonds, que l’on dessèche périodiquement ; pour savoir ceux qui existaient en 1813, il faut avoir recours au croquis 12.

Bautzen , ville de 7 à 8 000 habitants, est située dans une sorte de promontoire rocheux qui se dresse à une vingtaine de mètres au-dessus de la Sprée  et qui est dominé de tous côtés, à courte distance par les collines avoisinantes ; en 1813, elle était entourée d’un vieux mur.

Les coalisés avaient choisi leur position principale à une lieue en arrière de Bautzen , le centre sur les collines de Jenkwitz , de Baschütz  et de Litten  ; la gauche dans les montagnes de Klein-Künitz  à Kirschen  et Jenkwitz ; la droite occupant un système de petits mamelons pointus entre Kreckwitz  et Pliesskowitz , cou­verte en partie par la Sprée  ; l’extrême-droite en potence de Mals­chwit z à Gleina  entre la Sprée  et le Lobauer-Wasser .

Les hauteurs de la rive droite de la Sprée  servaient de po­sition avancée, avec Bautzen  comme point d’appui principal. 

Situation de l’armée de Wittgenstein , le 20 mai au matin

 

Bons

Eons

Bies

Eff [20]

Russes

Détachement du Général Saint-Priest

6

 

1

3 500

Détachement léger Emmanuel , Or­lo w, Kaisarow

 

34

1

3 200

Cies du Corps de Miloradowitch

 

36

1

2 800

Corps d’infanterie du Prince Eugène  de Wurtemberg

20

 

2

5 000

Corps de Gortschakow 2

22

27

6

12 000

Garde  russe (Grand duc Constantin )

30

55

20

18 000

Corps de Barclay

Avant-garde de Tscap

Corps de Langeron

Réserve

 

4

14

6

 

20

8

5

 

1

2

4

12 000

 

Détachement de Landskoï

 

47

1

3 000

Détachement de Kleist

Troupes russes

 

28

1 ½

3 000

Troupes prussiennes

4 ½

2

1

2 000

Prussiens  

Corps de Blücher

27 [21]

47

10

 

Corps d’York

16 [22]

16

6

 

 

Totaux

Russes

100 à 120 [23]

260 [24]

40

62 500 [25]

Prussiens

47 ½

65

17

29 700

Total général en hommes

61 000

22 200

9 300

600 canons

92 500

 

Le 20 mai, au matin, l’armée alliée occupe les emplace­ments suivants :

A) -25 000 hommes, sous le commandement supérieur de Miloradowitch , sont répartis sur la position avancée :

-           à l’extrême-gauche, vers Döberschau , les détachements légers de cavalerie d’Emmanuel , Orlow , Kaisarow , 3 200 hommes ;

-           détachement Saint-Priest  entre Prenschwitz  et Bautzen , 3 500 hommes ;

-           corps d’infanterie d’Eugène  de Wurtemberg , 5 000 hommes ; de Bautzen  inclus à Ochna  ;

-           détachement de Kleist , 5 000 hommes, le gros à Burk , avec des postes avancés à Malsitz , Nimmuschitz  et Nieder-Gurig  ;

-           détachement de Tschaplitz , 3 000 hommes à Klix  ;

-           à l’extrême-droite, à Milkel, le détachement de Landskoï , 3 000 hommes ;

B) – Sur la position principale :

1.      gauche et partie du centre y attenant, le corps russe du prince Gortschakow 2 , environ 12 000 hommes ;

2.      droite et partie du centre y attenant, les corps prussiens d’York  et de Blücher , 27 à 28 000 hommes (le corps d’York  n’était pas encore de retour de son expédition de Weissig  ; nous avons dit qu’il ne rejoignit qu’à 6 h du soir) ;

3.      extrême-droite, le corps russe de Barclay de Tolly  (moins le détachement de Tschaplitz ), 9 000 hommes ;

4.      en réserve, derrière Baschütz , la Garde  russe, 18 000 hommes.

La position sur laquelle est établie l’armée coalisée a un développement de 15 km, qui est hors de proportion avec son effectif d’autant plus qu’en raison de la nature accidentée du ter­rain, sa nombreuse cavalerie ne pourra jouer qu’un rôle très se­condaire. Les inconvénients inhérents à un front trop étendus sont ici rendus plus sensibles par ce fait que la position est divisée par le Blossauer-Wasser  et les étangs de Preititz  à Malschwitz  en quatre secteurs ou compagnies distincts qui n’ont, entre eux, que des communications difficiles.

La gauche (de Gross-Künitz  et Jenkwitz  par Rieschen ) pla­cée dans les montagnes, a été renforcée par des retranche­ments et des abatis ; mais les vues sont limitées à courte distance et le flanc extérieur est mal appuyé.

Les trois villages de Jenkwitz , Baschütz  et Litten  qui ont été en état de défense, constituent de solides points d’appui pour le centre ; sur leurs abords, on a construit un grand nombre de batteries, qui croisent leurs feux sur un glacis découvert d’une longueur de 1 000 mètres et plus. Le centre est inabordable mais, en face de lui, les hauteurs du Blossauer-Wasser  offrent à l’assaillant une position symétrique de valeur égale ; il en résulte que sur cette partie du front, défenseurs et assaillants, sont réduits à s’observer à distance.

La droite, appuyée à Kreckwitz , Doberschütz  et Pliessko­wit z, renforcée de plusieurs lignes de redoutes et de batteries, couverte en partie par la Sprée , est assurément très forte ; mais les troupes chargées de sa défense seront réduites à la défensive presque absolue car, en sortant de leurs lignes, elles courraient le risque d’être prises en flanc par les corps assaillants établis entre Basankwitz  et Burk  ; en outre, ces troupes sont enserrées entre le Blossauer- Wasser et les étangs de Preititz  et de Malschwitz , qui les isolent du reste de l’armée et rendent leur retraite très péril­leuse.

Quant à l’extrême-droite, elle trouve de bons points d’appui dans Malschwitz , le Windmühlenberg  et Gleina , mais son aile extérieure est en l’air, car le Lobauer-Wasser  n’est pas un obstacle sérieux ; en outre, le développement de sa position qui est de 4 km exigerait des troupes plus nombreuses.

Les communications à l’intérieur de la position sont peu commodes car, pour aller du centre, soit vers la gauche, soit vers la droite, il faut traverser la vallée marécageuse du Blossauer-Was­ser  ; des passages ont été aménagés sur divers points du ruisseau, mais ils ne qu’en partie à cet inconvénient.

La grande étendue du front et les difficultés de parcours à l’intérieur de la position rendent très difficile le jeu des réserves.

Le défaut capital de la position des alliés résulte de ce que l’extrême-droite, qui en est la partie la plus faible, est disposée de telle sorte que sa chute entraîne celle de toute la position qui se trouve prise à revers.

En résumé, il s’en faut de beaucoup que cette position soit de celles où une armée puisse tenir tête à une armée adverse d’un effectif double.

Wittgenstein  s’est bien rendu compte qu’en restant sur la défensive absolue, il s’exposerait à une défaite complète ; aussi est-il résolu à agir offensivement dès que l’occasion s’en présen­tera. Laissant les Français  prononcer leur attaque, il manoeuvrera suivant les circonstances. Dans son ordre pour la bataille, envisa­geant les différentes éventualités qu’il prévoit, l’ennemi attaquant à droite, l’attaquant à gauche, etc, etc, il formule pour chacune de ces éventualités un ensemble de prescriptions qui se résument en ceci : le ou les corps attaqués tiendront ferme sur leurs positions pendant que les corps voisins, conversant sur eux, se jetteront sur les flancs de l’assaillant.

Il n’y a qu’un seul cas que le généralissime russe n’ait pas prévu, précisément celui qui se réalisera : une partie de l’armée française attaquant l’armée alliée sur tout son front pour le fixer autant que possible, afin de permettre à un corps de manœuvre de lui porter au bon endroit le coup mortel [26]

Combats préparatoires du 20

Le 20 au matin, quand Napoléon  reçut les rapports de Ney , il lui envoya l’ordre de continuer sur-le-champ son mouve­ment sur Klix  où il fallait que toutes les troupes furent rassem­blées le soir même, afin d’être prêtes à déboucher au-delà de la Sprée  le lendemain matin. En même temps, prévoyant le cas où les coalisés chercheraient à retarder la marche des colonnes du Maréchal, l’Empereur  prescrivit que le 4ème Corps et la réserve de cavalerie de Latour-Maubourg , sous les ordres du Maréchal Soult , s’avanceraient à mi-chemin de Gross-Welkau  et de Klix, de ma­nière à pouvoir se porter, le cas échéant, au soutien des troupes de Ney . Le 6ème Corps fut invité à s’étendre par sa gauche de fa­çon à rester lié avec le 4ème qu’il suivrait sur Klix, si les circonstan­ces l’exigeaient.

Vers 8 h du matin, quand les avant-gardes des colonnes de Ney  commencèrent à déboucher sur Klix , Napoléon , complète­ment rassuré de ce côté, se décida à attaquer le jour même avec l’armée principale, afin de chasser l’ennemi de sa po­sition avancée, de l’investir de près sur sa position principale et de l’y fixer autant que possible : il craignait que l’ennemi ne décam­pât dès qu’il verrait arriver sur sa route les corps du Maréchal Ney .

Il commença l’attaque à midi afin que la nuit vint l’interrompre, comptant disposer de toute la journée du lende­main pour emporter la position principale des alliés et compléter sa victoire par une longue poursuite.

Sur son ordre, le Maréchal Oudinot  fit avancer son corps d’armée (12ème) de Dranschkowitz  sur Suigwitz . La Division Pac­tho d, sous la protection de toute l’artillerie du corps d’armée, franchit la rivière, en partie à gué, en partie aux ponts du village et prit pied, sans coup férir, sur les hauteurs de la rive droite, l’ennemi n’ayant montré tout d’abord que ses détachements de cavalerie. Le Général Saint-Priest  accourut avec la plus grande partie de son détachement, au soutien des escadrons russes de l’extrême gauche, mais il ne put que retarder pendant quelques instants la marche du 12ème Corps. Celui-ci, vers 4 h du soir, dé­boucha en entier sur Boblitz  ; la Division Pacthod , soutenue par la Division bavaroise, continua sur Brünewitz  ; une brigade de la Division Laurencez  (la seule présente) appuya à droite et escalada la montagne sur Drohmsberg .

Le 11ème Corps avait mission d’enlever Bautzen . Une Divi­sion s’empara du pont de pierre de la grand’route, que les alliés n’avaient pas détruit, on ne sait pourquoi ; les deux autres Divi­sions franchirent la Sprée  à une demi-lieue en amont sur des ponts de chevalets, enlevèrent Prenschwitz  et commencèrent à attaquer Bautzen par le Sud : les bataillons russes qui occupaient la ville se défendirent avec opiniâtreté et empêchèrent le 11ème Corps d’aller plus avant.

Mais, pendant ce temps, le 6ème Corps effectuait son pas­sage sur Ochna . Une batterie de 60 pièces, placée par le Maréchal Marmont  sur la crête 210-213, balaya les abris du point choisi pour l’établissement des ponts, réduisit au silence l’artillerie ad­verse qui se composait de quelques pièces et obligea l’infanterie à reculer. Les tirailleurs français se jetèrent alors dans la rivière et prirent position sur la crête opposée. A 4 h, le 6ème Corps débou­cha sur le plateau, refoulant au-delà de Madelwitz  le corps du Prince Eugène  de Wurtemberg . La Division Compans  attaqua aussitôt Bautzen  à revers et y pénétra ; les bataillons Russes , char­gés de la défense de la ville, eurent à peine le temps de s’enfuir ; ils laissèrent entre nos mains quelques centaines de prisonniers. Le 11ème Corps put alors s’avancer au-delà de Strehla  et prendre position sur les hauteurs en face d’Auritz . Le mouvement du 6ème Corps eut, en outre, pour conséquence de dégager la droite du 4ème Corps.

Celui-ci avait attaqué les avant-gardes de Kleist  et s’était emparé de Nimmschütz , de Nieder-Gurig  et de Briesnig . Il avait voulu franchir la Sprée  mais Blücher , ayant envoyé une de ses brigades au soutien de Kleist , ce dernier avait réussi à contenir nos troupes. Cependant, une brigade de la Division Morand  (23ème de ligne) était parvenue à occuper, sur la rive droite de la Sprée , un mamelon, où elle avait réussi à se maintenir grâce à une batterie de 22 pièces placée sur une hauteur de la rive gauche (le Gottlesberg ) et dont le tir à mitraille balayait les abords du mame­lon en question. A 6 h du soir, la Division Bonnet , du 6ème Corps, s’empara de Burk , ce qui contraignit Kleist  à se replier au plus vite sur Litten  par Basankuritz.

Entre 6 et 7 h du soir, les Français  furent donc maîtres de toute la position avancée des coalisés.

Ainsi qu’il a été dit plus haut, le détachement de Kleist  avait rétrogradé sur Litten  ; le corps du Prince Eugène  de Wurtem­ber g, le détachement de Saint-Priest  et la cavalerie de gauche s’étaient repliés sur la ligne Auritz , Daranitz , Meltheuer , Klein-Künitz . Voici quelle était à ce moment la situation exacte des corps français.

Quartier général et Division italienne à Jeschütz

4ème Corps

-           Division Morand

o          Une brigade occupant le mamelon de la rive droite de la Sprée , au sud du Gottlesberg .

o          5 bataillons à Nieder-Gurig

o          Une brigade (23ème de ligne, 5 bataillons) à Briesnig

-           Division wurtembergeoise en arrière de Gottlesberg  avec un détachement à Nimmschütz

6ème Corps

-           les trois Divisions en ligne sur le plateau au Nord de la route de Bautzen  à Löbau , la droite à la route, la gauche à Burk , ayant un régiment dans chacun des trois villages situés de­vant son front : Basankwitz , Nieder Kaynir et Nadelwitz.

11ème Corps sur les hauteurs à l’Est de Strehla  en face d’Auritz .

12ème Corps

-           la Division Pacthod  à Binnewitz

-           Brigade de la Division Laurencez  sur le Drohmsberg

-           Quartier général à Ebendörfel

-           Division bavaroise à Ebendörfel

Le Quartier général de l’Empe-reur

La Garde

La réserve de cavalerie de Latour-Maubourg

}

 

 

à Bautzen  et environs

 

Le 12ème Corps, poursuivant des offensives malgré la tom­bée de la nuit, parvint vers 7 h du soir à pénétrer jusqu’à Mel­theue r et Klein-Künitz , mettant ainsi la main sur les points d’appui de l’extrême-gauche de la position principale de l’ennemi. Cet incident émut vivement l’empereur Alexandre  et la plupart des généraux russes qui, déjà, étaient persuadés que Napoléon  dirigerait son effort principal de ce côté, où la configuration géné­rale du terrain était très favorable à sa nombreuse infanterie. Wittgenstein , quoique ne partageant pas cette manière de voir, dut envoyer à Miloradowitch , qui avait pris le commandement de toutes les troupes de l’aile gauche, un renfort de 3 à 4 000 hom­mes de la réserve générale. Miloradowitch  reprit alors l’offensive et refoula les troupes d’Oudinot  sur Bümewitz et la Drohmsberg . De ce côté, les derniers coups de fusil ne furent tirés qu’à 10 h du soir.

Pendant la bataille, les 3ème et 5ème Corps s’étaient rassem­blés à Sörchen  ; l’avant-garde du 3ème Corps (Division Souham ) avait chassé de Klix  et rejeté au-delà de la Sprée  le détachement de Tschaplitz , qui s’était établi à Salga  et Brösa  ayant sur sa droite, à Lömischau , le détachement de Landskoï .

Les autres corps de l’armée du Maréchal Ney  avaient at­teint :

-           la Division Puthod , Steinitz  ;

-           le 7ème Corps, Hoyerswerda  ;

-           le 2ème Corps et la réserve de cavalerie de Sébastiani , Döbern .

Les pertes des coalisés, dans la journée du 20, s’élevaient à environ 3 000 tués, blessés et prisonniers ; celles des Français  à 4 000.

La situation de l’armée coalisée, le 20 au soir, est la sui­vante :

La Gauche et la partie du centre y attenant :

Miloradowitch , avec le corps d’infanterie d’Eugène  de Wurtemberg , le détachement de Saint-Priest , le corps de Gort­schakow 2 , divers détachements légers et d’une brigade de la Garde  russe, sont établis sur une position fortifiée, jalonnée par les villages de Klein-Künitz , Meltheuer , Rieschen , Daranitz , Jenk­witz  et Baschütz  ;

La Droite et la partie du centre y attenant occupent :

Le corps d’York , Kreckwitz  et Litten , le corps de Blücher , les hauteurs du Nord de Kreckwitz, Doberschütz  et Pliesskowitz  ; le détachement de Kleist  formant réserve, Dürsckwitz.

A l’extrême-droite, le gros du Corps de Barclay tient Mals­chwit z, le Windmühlenberg  et Gleina  ; le détachement d’avant-garde de Tschaplitz , Salga  et Brösa , le détachement de Landskoï , Leichmann .

La Réserve générale formée de la Garde  russe (moins une bri­gade) et de la cavalerie de Miloradowitch  est réunie en arrière de Baschütz .

Bataille du 21

Le plan de bataille de Napoléon  pour le 21 est le suivant :

L’aile droite : 12ème Corps et une partie du 11ème, attaquera à fond la gauche adverse sur les hauteurs de Rieschen  et de Mel­theue r afin d’attirer l’attention de l’ennemi de ce côté ; pendant ce temps, l’armée du Maréchal Ney  débouchera au-delà de la Sprée  par Klix , culbutera l’extrême-droite adverse et s’avancera sur Prei­tit z de manière à prendre à revers les positions occupées par les troupes de Blücher  ;

Les corps du centre : 11ème, la Garde , la réserve de cavale­rie de Latour-Maubourg , les 6ème et 4ème Corps, resteront tout d’abord immobiles en face du centre et de la droite des coalisés, se contentant d’entretenir le combat au moyen de leur artillerie et de leurs tirailleurs. Dès que le Maréchal Ney  sera maître de Prei­tit z, entre 11 h et midi probablement, l’Empereur  donnera le si­gnal de l’attaque générale.

Napoléon , des hauteurs à l’Est de Bautzen , où il se tiendra pendant la bataille, découvre tout le terrain qui s’étend des mon­tagnes aux mamelons boisés occupés par les Prussiens  ; mais il ne voit pas les prairies basses entre Preititz  et Klix , par lesquelles doit se faire le mouvement du Maréchal Ney . Ajoutons que les ordres envoyés à ce dernier devant passer par Klix, mettront au moins une heure et demie pour lui parvenir. Le Maréchal sera donc complètement livré à lui-même et devra agir en s’inspirant des circonstances.

Le 20 au soir, le Major Général lui adresse la note qui suit :

« L’Empereur  veut que vous vous dirigiez sur Dresa  (c’est la Brösa  de la carte au 1/100 000 è), chassant l’ennemi de ses positions, vous liant avec nous et que, de là, vous vous dirigiez sur Weissemberg  de manière à trouver l’ennemi ».

Le 21, entre 8 h et 10 h, une seconde note sera remise au Maréchal par un officier de son Etat-Major qu’il avait envoyé à l’Empereur  pour lui rendre compte de la situation de ses troupes et lui faire connaître ses intentions.

Au bivouac devant Bautzen , 21 mai, à 8 h du matin :

« L’intention de l’Empereur  est que vous suiviez toujours le mouve­ment de l’ennemi.

« Sa Majesté a fait voir à votre officier d’Etat-major la position de l’ennemi qui paraît définitive par les redoutes qu’il a construites et qu’il oc­cupe.

« L’intention de l’Empereur  est que vous soyez, ce matin, à onze heu­res, au village de Preititz . Nous attaquerons franchement sur tous les points. Faites marcher Lauriston  sur votre gauche pour être en mesure de tourner l’ennemi si votre mouvement le décide à abandonner sa position ».

Sans doute, les officiers porteurs de ces notes ont pu donner au Maréchal des renseignements complémentaires ; ce­pendant, il est certain que Napoléon , conformément à son habi­tude, n’orienta pas suffisamment son lieutenant sur la situation.

Il aurait dû au moins lui faire connaître ce qu’il savait des forces des coalisés et indiquer, d’une façon plus précise, comment agirait l’armée principale.

Au lever du jour, le Maréchal Oudinot  fit avancer la Divi­sion Pacthod , de Binnewitz  sur Duramitz et Meltheuer  et la Divi­sion Laurencez  (une brigade) du Drohmsberg  sur Klein-Künitz  et Pielitz  ; la Division bavaroise, qui formait la réserve du 12ème Corps, suivit la Division Pacthod . Le 11ème Corps, pour flanquer le mouvement du 12ème, se porta sur quelques centaines de pas en avant et s’arrêta en face d’Auritz  et du Falkenberg , évitant de s’engager.

L’attaque du 12ème Corps fut conduite avec la plus extrême vigueur ; malgré la résistance opiniâtre des Russes , la Division Pacthod  s’avança jusqu’à Rieschen  et s’en empara pendant que la Division Laurencez , débordant l’extrême-droite de l’ennemi, en­levait successivement Pielitz  et Döhlen et débouchait sur Rachlau .

A l’autre extrémité du champ de bataille, du côté de Klix , la canonnade et la fusillade s’étaient également fait entendre dès 5 h du matin et, depuis, avaient toujours été en croissant d’intensité : les corps du Maréchal Ney  débouchaient sur la rive droite de la Sprée .

Quant aux corps français du centre, ils restaient immobi­les, couverts par de forts détachements avancés, dont les tirail­leurs échangeaient des coups de fusil avec ceux de l’ennemi.

Les souverains alliés s’étaient placés pour suivre les péri­péties de la bataille sur un rocher, en arrière de Baschütz  ; de là, ils apercevaient, en face d’eux, sur le plateau compris entre le Blossauer-Wasser  et la Sprée , le 6ème Corps déployé entre Madel­wit z et Burk  et, plus en arrière, entre Radelwitz  et Bautzen , la Garde  et la réserve de cavalerie de Latour-Maubourg  ; ils aperce­vaient aussi, un peu plus à gauche, la plus grande partie du 11ème Corps. C’était au total plus de 60 000 hommes que Napoléon  leur montrait et qui semblaient prêts à fondre sur la gauche et le cen­tre de l’armée alliée.

Quand arriva la nouvelle des avantages remportés par notre 12ème Corps, l’Empereur  Alexandre , convaincu plus que jamais que l’effort principal des Français  serait dirigé contre l’aile gauche, ordonna d’envoyer au soutien de Miloradowitch , qui dis­posait déjà de près de 20 000 hommes, 4 à 5 000 hommes de la Garde . L’infanterie de la réserve générale se trouva donc réduite à moins de 6 000 hommes dès le début de la bataille ; cette réserve comprenait, il est vrai, une grande quantité de cavalerie (7 à 8 000 hommes) et d’artillerie (100 à 150 pièces), mais cela ne compen­sait pas la faiblesse numérique de l’infanterie.

Miloradowitch , aussitôt après avoir reçu les renforts dont nous venons de parler, reprit l’offensive et, après une lutte achar­née, réussit à refouler les 15 000 hommes du 12ème Corps sur le Dromhsberg et les hauteurs à l’Est de Binnewitz .

Le Maréchal Oudinot , enragé de perdre du terrain, envoya prévenir l’Empereur  qu’il avait sur les bras des forces très supérieu­res et qu’il allait être rejeté dans la plaine d’Ebendörfel , si on ne lui envoyait pas du secours au plus vite : Napoléon  ne ré­pondit même pas.

Vers midi, les bataillons désunis des Divisions Pacthod  et Laurencez  furent contraints d’abandonner les hauteurs ; ils rétro­gradaient lentement, contenant l’ennemi par de vigoureux retours offensifs partiels ; la Division bavaroise était toujours à peu près intacte, mais Oudinot  ne voulait l’engager qu’à la dernière extré­mité. Il adressa une nouvelle demande de secours, plus pressante que la première : Napoléon , après avoir jeté un coup d’œil rapide sur le champ de bataille, répondit en ces termes à son aide de camp : « Dites à votre Maréchal que la bataille sera gagnée à trois heures et que, d’ici là, il tienne comme il pourra ».

En réalité, le 12ème Corps, bien qu’il eût subi de grosses pertes, pouvait tenir encore longtemps, puisque l’une de ses Divi­sions n’avait pas encore été engagée ; d’ailleurs, le 11ème Corps était à portée de l’appuyer si c’était nécessaire : il n’y avait pas besoin d’un ordre de l’Empereur  pour cela.

Et en effet, la Division Gérard , soutenue par une brigade de la Division Fressinet , prononça un mouvement par Grubnitz  sur Binnewitz  ; cette démonstration obligea les Russes  à marquer un temps d’arrêt ; le 12ème Corps en profita pour se reformer ; il occupa Ebendörfel  et les hauteurs en arrière de Binnewitz, sa ligne placée à portée de mitraille de la lisière des bois qu’il venait d’abandonner à l’ennemi. Ce dernier, qui ne pouvait utiliser qu’une très faible partie de l’artillerie faute d’emplacements favo­rables pour la mettre en batterie, s’efforça en vain de déboucher des bois : les braves troupes d’Oudinot  réussirent à le tenir en échec jusqu’au soir.

Le 12ème Corps avait rempli et au-delà, les intentions de Napoléon  : il avait attiré sur lui l’effort de toute l’aile gauche des alliés et une fraction importante de leur réserve générale ; il avait dû céder une partie du terrain conquis la veille, mais cette cir­constance elle-même favorisait le plan de l’Empereur  car, plus l’aile gauche ennemie gagnerait du terrain vers Bautzen , et plus il lui serait difficile de se retirer du combat quand la défaite de l’extrême-droite rendrait nécessaire un mouvement de retraite général.

Les Corps du Maréchal Ney  s’étaient ébranlés entre 4 et 5 h du matin.

La Division Pacthod  était partie de Steinitz  à 5 h ; ayant parcouru 15 km par de mauvais chemins pour gagner Klix , elle n’y arriverait que vers 11 h.

Le 7ème Corps, parti à Hoyerswerda  à 4 h du matin, ne pou­vait atteindre Klix  avant 1 heure de l’après-midi.

Le 5ème Corps, qui avait reçu l’ordre de se diriger sur Got­tau  et de là, sur Baruth , en marchant à la gauche du 3ème Corps, se porta sur Klix . Sa Division de tête, Division Maisons , traversa le village occupé depuis la veille par la Division Souham  du 3ème Corps et commença à déboucher au-delà de la Sprée  ; elle tomba alors sous le feu de la batterie du détachement de Tschaplitz  qui était en position près de Salga . Le Général Maisons déploya sa brigade de tête en avant de Klix, sa brigade de queue en arrière et attendit. Le Général Lauriston , prévenu, ne crut pas devoir conti­nuer son mouvement de ce côté par crainte de se trouver être engagé sérieusement dans une direction tout autre que celle qui lui avait été indiquée. « Me trouvant au milieu des bivouacs du 3ème Corps, dit-il dans son rapport officiel et mes ordres portant de me rendre à Baruth par Gottamelde  (Gothau ), je laissai à Klix la Division Maisons et me portai avec les deux autres, au débouché de Leichnam qui conduit à Gottamelde par Dresa  (Brösa ). Cette manœuvre était d’autant plus nécessaire que j’eus à combattre, de ce côté, de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie qui m’auraient pris en flanc toute la journée si, moi-même les débordant d'abord par Lömisch , je ne les eusse forcées à se retirer derrière Dresa que l’ennemi incendia ».

Nous savons que le parti rencontré à Lömischau  était ce­lui de Landskoï .

Le Général Lauriston  franchit donc la Sprée  à Leichmann  avec les Divisions Lagrange  et Rochambeau  qui ne comptaient ensemble que dix-huit faibles bataillons (12 000 hommes) et s’arrêta en face de Brösa , faisant occuper Lömischau  sur sa gau­che

Les cavaliers de Landskoï  se replièrent au sud de Gottau .

Le 3ème Corps s’était mis en mouvement à son tour. Le Maréchal Ney , qui le dirigeait en personne, trouvant à Klix  la Division Maisons  du 5ème Corps, la poussa à sa droite sur Mals­chwit z ; les Divisions Souham  et Delmas , débouchant de Klix, emportèrent Salga  et se déployèrent pour attaquer le Windmü­hlenber g et Gleina  ; les trois autres Divisions serrèrent sur Klix.

Ordre fut envoyé au Général Lauriston  de s’emparer de Brösa , puis de Gottau  et de s’avancer sur Baruth , de manière à déborder l’extrême-droite de l’ennemi.

Barclay, en voyant la grande quantité de troupes qui s’avançaient contre lui, avait demandé du renfort. Mais, la réserve générale, déjà affaiblie des fractions envoyées au soutien de Milo­radowitc h, ne comptait plus que 6 000 hommes d’infanterie que l’Empereur  Alexandre  jugeait indispensable de maintenir derrière le centre pour parer à une attaque possible des masses françaises que l’on apercevait devant Bautzen  ; il fut répondu à la de­mande de renfort de Barclay par l’ordre de tenir ferme sur sa position.

Le 3ème Corps français gagna du terrain sans se laisser in­timider par le feu des quatre-vingts pièces russes établies sur le Windmühlenberg .

Entre 8 et 9 h, pendant que la Division Maisons  attaquait Malschwitz  et qu’à sa gauche, le 5ème Corps, maître de Gottau , débouchait sur Buchwalde , le 3ème Corps s’élança à l’assaut de Windmühlenberg  et de Gleina  et s’en empara.

Barclay, forcé sur son front et débordé sur ses deux flancs, fit rétrograder une partie (?) de ses troupes sur Preititz  et envoya le reste au soutien de Tschaplitz  qui, avec son détache­ment et celui de Landskoï , devait s’efforcer de disputer Baruth  au 5ème Corps.

La nouvelle de la défaite de son extrême droite ne suffit pas pour convaincre l’Empereur  Alexandre  de son erreur ; tou­jours persuadé que c’était son aile gauche qui aurait à supporter l’attaque principale, il persista à n’envoyer aucun renfort à Bar­clay, auquel il prescrivit : « de tenir au moins Preititz  jusqu’à la dernière extrémité et d’arrêter les progrès des Français  au moyen de sa nombreuse artillerie ».

Entre 9 h trente et 10 h, le Maréchal Ney  reçut la note du Major Général qui l’invitait à être à Preititz  à 11 h. Avant même d’avoir reçu cette note, il avait fait avancer la Division Souham  vers le Blossauer-Wasser  à la poursuite de l’ennemi : il n’avait donc qu’à continuer son mouvement. Comme Malschwitz  était encore occupé par les Russes  et que, sur les hauteurs du Nord de Preititz, il voyait les Prussiens  de Blücher , dont il s’exagérait le nombre, le Maréchal se crut obligé à beaucoup de circonspec­tion. Laissant la Division Souham  marcher sur Preititz, suivie à distance par la Division Delmas , il arrêta au Windmühlenberg  et à Gleina  les Divisions Albert  et Ricard  et maintint à Klix  la Divi­sion Marchand  pour assurer la garde de ce débouché jusqu’à l’arrivée de la Division Puthod .

Il est bien évident que la Division Souham , qui allait s’avancer en pointe sur les derrières de la position ennemie, cou­rait le risque de se faire détruire.

Le Général Lauriston , qui s’était emparé de Buchwalde  presque sans combat, continuait lentement son mouvement sur Baruch , très préoccupé d’assurer son flanc gauche contre toute surprise.

Les vaillants fantassins de Souham  se jetèrent tête baissée sur Preititz  et s’en emparèrent. Il était environ 10 h.

Barclay laissa trois bataillons de chasseurs et quatre esca­drons (1 500 à 2 000 hommes) pour contenir les Français  et rallier le reste de son corps d’armée sur la forte position de Rachel  et de Briesnitz , afin de tenir en échec le 5ème Corps qui venait d’enlever Baruth  et cherchait à en déboucher.

L’Empereur  Alexandre , informés que les Français  étaient maîtres de Preititz  et de Baruth , comprit enfin son erreur. Les alliés se trouvaient dans une situation des plus périlleuses car, s’ils ne reprenaient pas Preititz au plus vite, toutes les troupes de la droite allaient être coupées.

Malgré l’imminence du péril, Alexandre  ne crut pas devoir diriger sur Preititz  la moindre partie du peu qui restait disponible de l'infanterie de la Garde  russe ; il envoya à Blücher  l’ordre de lancer sur le village tout ce qu’il pourrait tirer de sa réserve parti­culière.

Quand cet ordre lui parvint, Blücher  n’était pas encore en­gagé ; il put donc diriger sur Preititz  la brigade de réserve de son corps d’armée (Brigade Röder ) et le détachement de Kleist . Ces troupes, jointes aux chasseurs de Barclay, marchèrent résolument à l’attaque. Au premier coup de canon, le village prit feu. La Divi­sion Souham , assaillie par des forces doubles, fut contrainte d’abandonner le point d’appui après une résistance opiniâtre.

Il était midi. A ce moment, le centre français, qui n’avait pas encore bougé, se mit en mouvement.

Le 6ème Corps se porta au-delà de Blossauer-Wasser , comme s’il voulait assaillir Jenkwitz  et Baschütz  mais, après avoir franchi le ruisseau, il s’arrêta, laissant son artillerie engager contre les batteries russes un duel à grande distance qui ne pouvait don­ner aucun résultat sérieux.

La Jeune Garde  et la réserve de cavalerie, filant derrière le 6ème Corps, se placèrent vers Burk  pour appuyer l’attaque que le 4ème Corps devait diriger contre les troupes prussiennes qui dé­fendaient les hauteurs entre Kreckwitz  et Pliesskowitz .

Depuis que les Prussiens  de Blücher  avaient perdu le ma­melon de la rive droite de la Sprée , sur lequel s’était logé un régi­ment de la Division Morand , le 23ème de ligne, ils n’avaient plus de vues sur la partie de la vallée comprise entre Nimmschütz  et Nie­der-Guri g. Le Maréchal Soult , profitant de cette circonstance, avait fait passer sur la rive droite de la Sprée , sans que l’ennemi s’en aperçût, la plus grande partie du 4ème Corps ; la Division wurtembergeoise s’était placée à la droite du 23ème de ligne avec la brigade de cavalerie du Général de Briche  ; la Division italienne, réduite et très mal remise de son affaire d’Hemerswerda , s’était rassemblée derrière les wurtembergeoises. La Division Morand  avait un régiment, le 23ème (quatre bataillons) au mamelon visé ci-dessus, trois bataillons légers à Nieder-Gurig, un régiment léger, le 13ème de ligne (cinq bataillons) à Briesnig , 12 pièces étaient res­tées en batterie sur le Gottlesberg , d’où elles balayaient tout le terrain jusqu’aux retranchements prussiens.

A 2 h de l’après-midi, l’artillerie de Gottles­ber g et quatre batteries établies sur le front de la division wurtembergeoise ou­vrirent un feu très vif contre le mamelon retranché, cote 189, qui était le point d’appui principal du corps de Blücher . Au même moment, les pièces de l’artillerie de la Garde  établie à l’Ouest de Basankwitz , sous la protection d’une Division de la Jeune Garde  qui occupait ce village, commencèrent à canonner Kreckwitz  et les hauteurs voisines.

Entre 2 et 3 h, le 4ème Corps attaqua à fond sur tout son front ; le 13ème de ligne se porta de Briesnig , en partie sur Pliessko­wit z pour appuyer l’attaque que la Division Maisons  diri­geait sur ce point, partie sur Doberschütz  pour appuyer les trois bataillons légers qui débouchaient de Nieder-Gurig  ; le 23ème de ligne et la Division wurtembergeoise attaqua le mamelon 189. Le combat prit de suite un caractère d’acharnement inouï ; les Prus­sien s défendirent leur terrain pied à pied avec une ténacité admi­rable ; leur cavalerie exécuta plusieurs charges contre le 23ème de ligne et les Wurtembergeois sans réussir à entamer aucun de nos bataillons.

Pendant que le 4ème Corps entrait en action, la Division Maisons  enlevait Malschwitz  puis Pliesskowitz  ; son artillerie se mettait en batterie en avant de ce village et ouvrait le feu contre la droite de Blücher .

Le Maréchal Ney , se voyant couvert sur sa droite, avait aussitôt pris ses dispositions pour se réamparer de Preititz . Il avait, sous la main, outre le 3ème Corps, la Division Puthod  ; de plus, la tête du 7ème Corps était en train de franchir la Sprée  à Klix  ; il disposait donc de plus de 45 000 hommes, défalcation faite des pertes déjà subies par le 3ème Corps. C’était plus que suf­fisant pour triompher de toutes les résistances qu’il pouvait ren­contrer et s’il eût été bien inspiré, il se fût hâté d’envoyer au Gé­néral Lauriston  au moins la Division Puthod  qui appartenait à son corps d’armée. Le Général, disposant alors de 20 000 hommes, eût été en mesure de culbuter Barclay et d’atteindre Belgern sur la route de retraite des coalisés. Malheureusement, le Maréchal comprit si peu la situation qu’il prescrivit au Général Lauriston  d’appuyer à droite sur le 3ème Corps pour coopérer à l’attaque de Preititz et de Klein-Bautzen . Un tel ordre surprit Lauriston  qui eut peur que Barclay ne se jetât sur le flanc de ses colonnes dès qu’il les verrait se mettre en mouvement pour marcher vers Prei­tit z. « Le Maréchal Ney , dit-il dans son rapport officiel déjà cité, m’envoya l’ordre de l’Empereur  [27] de me porter sur Preititz et Klein-Bautzen ... Pour gagner Preititz, il fallait évacuer les positions que j’avais prises et prêter constamment le flanc à l’ennemi. Je me décidai à y laisser la Division Ro­chambea u et je gagnai Buchwalde  avec la Division Lagrange  et, de là, je me dirigeai sur Preititz, dont les Français  venaient de s’emparer ».

En effet, vers 3 h, le Maréchal Ney  avait fait avancer tout le 3ème Corps sur Preititz  et en avait chassé le détachement de Kleist  qui y était resté seul, la brigade Röder  ayant été rappelée par Blücher  dès que le 4ème Corps avait commencé son attaque contre les hauteurs de Kreckwitz .

Entre 2 et 3 h, Blücher , vivement pressé par le 4ème Corps et la Division Maisons , avait fait avancer au soutien de son corps d’armée la 1re brigade du corps d’York , dont il avait laissé la se­conde brigade à Litten  pour faire face à la Division de la Jeune Garde  qui commençait à déboucher de Basankwitz . Obligé de céder peu à peu du terrain et menacé d’être rejeté sur le Blos­sauer-Wasser , Blücher  avait demandé à grands cris du renfort. L’Empereur  Alexandre  s’était enfin décidé à lui envoyer la Divi­sion Yermoloss de la Garde  russe, la seule qui restât disponible ; mais cette Division n’arriva pas à temps, car la reprise de Preititz  obligea Blücher  à se replier derrière le Blossauer-Wasser.

Le 4ème Corps et la Division Maisons  couronnèrent la crête qui domine le ruisseau de Litten  à Klein-Bautzen  ; leur artille­rie et celle de la Garde  dirigèrent un feu très vif sur Litten, Durochwitz  et Klein-Bautzen , où voulaient tenir les détache­ments chargés de couvrir la retraite des Prussiens  qui se rétrogra­daient vers Würschen .

Si, à ce moment, les Corps du Maréchal Ney  avaient dé­bouché en masse dans la plaine à l’Est de Preititz , ils auraient rejeté les colonnes prussiennes en retraite sur Pürschwitz  et Bas­chütz , c’est-à-dire sur le centre de la position des coalisés ; ce centre étant à peu près à revers, toute la position tombait : la vic­toire eût été décisive.

Mais dans cette journée, comme à Lutzen , la Fortune ré­servait toutes ses faveurs pour nos adversaires ; les Prussiens  pu­rent se retirer sans être inquiétés. Voici ce qui s’était passé.

Quand le 3ème Corps eut enlevé Preititz , le Maréchal Ney , voyant devant lui dans la plaine, 10 à 12 000 cavaliers ennemis appuyés d’un grand nombre de batteries et, d’autre part, enten­dant toujours la canonnade et la fusillade retentir avec autant de violence sur sa droite, n’avait pas cru pouvoir s’aventurer au-delà de Blossauer-Wasser . Il avait prescrit au 3ème Corps, qui formait sa première ligne, (la Division Puthod  et le 7ème Corps se trouvaient plus en arrière sur le Windmühlenberg ) de gravir les hauteurs au Nord de Preititz, de telle sorte que nos troupes étaient montées sur ces hauteurs au moment même où les Prussiens  les abandon­naient. Le 3ème Corps vint donner sur le 4ème pendant que le 5ème serrait sur lui. Il se produisit là un désordre dont on peut se faire une idée et qui eut pour conséquence désastreuse d’immobiliser momentanément toute la gauche française, sur l’action de laquelle reposait la réussite du plan de Napoléon .

L’artillerie de la Garde , celle des 6ème et 11ème Corps, dirigè­rent sans succès un feu des plus violents contre les troupes russes qui défendaient Jenkwitz  et Baschütz  : ces troupes restè­rent inébranlables ; Grâce à l’appui de l’artillerie et de la cavalerie de la Garde  russe, elles purent tenir en échec tout le centre fran­çais jusqu’à 5 h du soir. Les détachements, laissés par Blücher  à Litten , Pürschwitz  et Klein-bautzen, étaient ainsi couverts sur leur gauche et, n’ayant rien à craindre par suite des faux mouvements de Ney , prolongèrent leur résistance assez longtemps pour per­mettre au corps prussiens de gagner Belgern sans se presser.

L’aile gauche des coalisés, engagée sur Brünewitz , avait commencé à rétrograder entre 3 et 4 h du soir sur ordre de l’Empereur  Alexandre . Dès que le maréchal Oudinot  s’en était aperçut, il reprit aussitôt l’offensive mais ses Divisions, très éprouvées et très fatiguées, ne purent mener la poursuite assez vite pour entamer les bataillons russes de Miloradowitch .

Vers 5 h, les corps du Maréchal Ney , 3ème, 5ème et 7ème, en­fin remis dans la bonne direction, marchèrent sur Würschen  pen­dant qu’à leur droite, le 4ème Corps s’avançait sur Pürschwitz  et la Jeune Garde  sur Litten . Les Russes , menacés d’être débordés sur leur droite, abandonnèrent Jenkwitz  et Baschütz . Dès que leur artillerie eût cessé son tir, les 6ème et 11ème Corps se portèrent en avant pour occuper la position. Napoléon  fit avancer, à l’Est de Baschütz, la réserve de cavalerie, mais celle-ci ne put rien faire, car les Russes exécutèrent leur retraite dans un ordre parfait.

Les corps prussiens d’York  et de Blücher , le détachement de Kleist  et le corps de Barclay se replièrent sur Weissemberg , les corps russes sur Löbau .

A 10 h du soir, un violent orage arrêta la poursuite.

Les corps de l’armée française occupaient alors les empla­cements suivants (en partant de la gauche) :

-           le 7ème Corps et la réserve de cavalerie à Nockern  ;

-           le 5ème Corps à Würschen , Camenwitz  et Rockel  ;

-           le 3ème Corps derrière le 5ème avec son Quartier général à Klein-Bautzen  ;

-           le 4ème Corps à Dresa  ;

-           le 11ème Corps à Wöchkirch  ;

-           le 12ème Corps en arrière du 11ème ;

-           le Quartier général de l’Empereur  et la Garde  à Men-Pürs­chwit z.

Ajoutons que le Maréchal Victor , avec le 2ème Corps et la réserve de cavalerie de Sébastiani , venait d’atteindre Wittichenau .

Les pertes pour les 3 journées des 19, 20 et 21 étaient à peu près égales de part et d’autre ; on peut les évaluer approxima­tivement à 20 000 hommes tués, blessés ou prisonniers.

Nous étions vainqueurs, puisque le champ de bataille nous restait, mais notre victoire n’était rien moins que décisive, car l’armée alliée effectuait sa retraite dans le plus grand ordre, ne laissant entre nos mains ni canon sur roues, ni un drapeau.

Observations sur la bataille de Bautzen  et les mouvements qui l’ont précédé

 

Opérations des coalisés.

Nous avons examiné en détail la position de Bautzen  ; nous ne reviendrons pas sur ce sujet.

On ne s’explique pas comment les généraux alliés eurent l’idée d’attendre sur une pareille position l’attaque de l’armée française ; le récit de la bataille nous a montré, en effet, que leur armée courut le risque d’être complètement détruite.

Dans l’état de leurs forces, les coalisés n’avaient qu’un but à poursuivre : gagner du temps pour permettre aux troupes de nouvelles formations, troupes de réserves russes et Landwehrs prussiennes, d’achever de s’organiser et pour attendre que l’Autriche , dont on se croyait sûr, se déclarât en faveur de la coali­tion.

Napoléon , ayant envoyé une partie de ses forces sur Tor­ga u, ils avaient eu raison de s’arrêter à Bautzen , où ils trouvaient une position assez forte pour pouvoir tenir tête facilement aux corps français rassemblés aux environs de Dresde . En agissant ainsi, ils obligeaient Napoléon à rappeler à lui ceux de ses corps qui étaient détachés du côté de Torgau : ils gagnaient trois ou quatre jours et dégageaient la direction de Berlin . Mais le 21, quand ils apprirent l’arrivée des colonnes du Maréchal Ney  à Klix , ils auraient dû décamper immédiatement pour aller occuper à quelques distances en arrière une autre position préparée à l’avance en vue de cette éventualité. Ils pouvaient jouer le même jeu longtemps sans courir grand risque, en raison de leur supé­riorité en cavalerie, qui les mettait à l’abri de toute surprise.

L’armée française, mal éclairée faute de pouvoir opposer une cavalerie suffisante à la leur, aurait avancé à tâtons ; elle eût dû par conséquent rester toujours très concentrée si bien que sa marche eût été extrêmement lente. Peut-être les alliés auraient-ils trouvé une occasion d’attaquer isolément quelques-uns de ces corps et de les détruire.

En tout cas, les lignes de communication de l’armée fran­çaise, s’allongeant de plus en plus, devenaient très vulnérables, car Napoléon  ne disposait pas de troupes spéciales d’étapes. Les dé­tachements de convalescents et les quelques bataillons de nou­velles formations qu’il laissait dans les principaux gîtes étaient tout justes capables d’en assurer la garde, ils étaient hors d’état d’agir à l’extérieur. Quand on considère les résultats obtenus par les bandes de partisans qui se jetèrent sur les communications de l’armée française après Bautzen , on demeure convaincu qu’en multipliant ces bandes, les alliés seraient arrivés à interrompre si complètement les communications de cette armée que Napoléon aurait dû se résigner à s’affaiblir des troupes nécessaires pour nettoyer le pays sur ses derrières. A mesure que les alliés recu­laient, leur situation matérielle devenait donc meilleure.

Assurément, une retraite prolongée était de nature à por­ter atteinte au moral des troupes et devait impressionner favora­blement l’Autriche  ; mais l’effet produit serait certainement moin­dre si l’on se repliait en bon ordre devant l’armée française sans s’être laissé entamer par elle, que si l’on attendait pour rétrograder d’avoir subi une nouvelle défaite.

Or, nous le répétons, en recevant la bataille à Bautzen , non seulement les coalisés n’avaient aucune chance de vaincre mais encore, ils s’exposaient à être détruits. Ils commirent donc une faute capitale en n’évacuant pas leur position, le 21 au matin.

Des écrivains militaires étrangers ont prétendu que les coalisés auraient dû attaquer à fond l’armée principale française, quand elle passa la Sprée , le 23, dans l’après-midi, alors que l’armée du Maréchal Ney  n’était pas encore en situation d’intervenir. A coup sûr, cela eût mieux valu que de livrer, le len­demain, une bataille purement défensive ; mais, en admettant que la manœuvre eût réussi, ce qui n’est pas prouvé, la situation géné­rale n’en aurait pas été sensiblement modifiée. Les coalisés au­raient peut-être refoulé les corps français sur la rive gauche de la rivière, mais ils n’auraient certainement pas dépassé celle-ci, si bien que le lendemain, la bataille eût commencé sur la Sprée  ; or, les hauteurs de la rive droite formaient des positions plus vulné­rables que celles que les alliés occupèrent à Litten , Baschütz  et Rieschen . En résumé, l’armée principale française eut bien plus de facilités pour remplir sa mission, qui était de lier le combat de front avec l’armée coalisée.

Il convient d’observer que, si les alliés exécutèrent si faci­lement leur retraite c’est grâce, non seulement aux faux mouve­ments du Maréchal Ney , mais encore à ce fait que l’armée princi­pale française n’a pu engager dans le combat de front que les deux corps de ses ailes, le 12ème et le 4ème, tandis que les corps du centre, 11ème et 6ème, la Garde  et la réserve de cavalerie ne purent approcher des retranchements de Baschütz  et de Jenkwitz  que quand les Russes  les abandonnèrent : vainqueur à sa gauche, n’ayant aucune inquiétude pour son centre, l’ennemi n’était que très imparfaitement fixé. 

Opérations des Français .

La division des forces françaises en deux armées placées, l’une à Dresde , l’autre à Torgau , a donné lieu à de très vives critiques. On a fait remarqué que si Napoléon  avait rassemblé tous ces corps d’armée aux environs de Dresde sous sa direction immédiate, ils auraient eu plus de facilités pour régler leurs mouvements en vue de la manœuvre qu’ils devaient exécuter ; le Maréchal Ney , rece­vant ses instructions de l’Empereur  lui-même, aurait été mieux orienté et, par suite, n’eût pas commis cette série d’erreurs qui firent manquer la manœuvre ; celle-ci, d’ailleurs, aurait eu ce ca­ractère d’imprévu sans lequel une opération de ce genre n’a guère de chance de réussir.

Ces opérations sont fort justes en elles-mêmes mais, pour les formuler, on s’est placé au point de vue étroit des événements qui se sont réalisés.

Napoléon , en arrêtant son plan d’opérations, à dü tabler sur des hypothèses multiples, dont la plus probable n’était certes pas celle qui s’est produite.

Nous savons qu’en réunissant à Torgau , sous les ordres du Maréchal Ney , une armée de 85 000 hommes, Napoléon  s’était proposé :

1.      de faire tomber la ligne de l’Elbe  supérieur si les alliés es­sayaient de la défendre ;

2.      de menacer Berlin  afin de déterminer, si c’était possible, les Prussiens  à se séparer des Russes  pour courir au secours de leur capitale.

Malheureusement, les coalisés n’étaient pas tombés dans le piège ; après quelques hésitations, ils s’étaient rassemblés à Bautzen .

Quand l’Empereur  fut informé de leur mouvement, le 14 mai, il ne supposa pas tout d’abord qu’ils recevraient la bataille à Bautzen , ce qui n’était nullement rationnel de leur part ; il leur prêta l’intention d’opérer, comme nous l’avons dit précédem­ment, c’est-à-dire de reculer lentement dès qu’il aurait concentré devant eux la plus grande partie de ses forces ; rétrogradant de position en position dans le but soit de gagner du temps, soit d’attendre une occasion favorable pour attaquer par surprise comme à Lutzen .

Ainsi s’explique que sa première préoccupation ne fut pas d’attirer à lui, par la ligne la plus courte, le Corps du Maréchal Ney  ; en effet, comme nous l’avons vu par son ordre du 15, il dirigea le 5ème Corps de Dobrilugk  sur Hoyerswerda  et le 3ème, de Werzberg  sur Spremberg . Cet ordre, bien qu’il n’ait pas reçu un commencement d’exécution, est cependant d’un intérêt capital car il contient en germe l’idée de la manœuvre que projetait Na­poléo n pour déjouer le plan qu’il prêtait à ses adversaires : l’Empereur  voulait, avec l’armée principale dont l’effectif était sensiblement supérieur à celui de l’armée adverse, marcher sur les talons de cette dernière, pendant que l’armée du Maréchal Ney , qui opérerait à une ou deux marches sur sa gauche et qui pourrait marcher rapidement puisqu’elle n’aurait devant elle que de la ca­valerie, déborderait les lignes de défense successives sur lesquelles l’ennemi essaierait de tenir. En résumé, la poursuite, car tout se réduirait à une poursuite tant que l’adversaire refuserait systéma­tiquement la bataille, serait menée très vivement.

Si les coalisés, voyant leur plan déjoué, s’arrêtaient pour livrer combat, l’armée principale les attaquerait pour les fixer ; l’armée du Maréchal Ney , disposant de ses débouchés propres, aurait alors toute facilité pour se jeter sur leur flanc.

Une faute très grave, que commit l’Empereur , fut de vou­loir opérer activement à la fois contre la principale armée coalisée et contre le corps qui couvrait Berlin  (Général Bülow ). Nous l’avons montré, le 17 au soir, prescrivant à Ney  de le rejoindre avec les 3ème et 5ème Corps et de laisser les 2ème et 7ème Corps et la réserve de cavalerie de Sébastiani , soit 50 000 hommes au Maré­chal Victor  qui aurait pour mission d’occuper Berlin et de déblo­quer les places de l’Oder .

Napoléon  a maintes fois formulé ce principe qu’on ne doit jamais faire de détachements à la veille d’une bataille ; or, en affectant un corps de 30 000 hommes à une opération secondaire sur Berlin , il faisait sans nécessité un énorme détachement : 5 à 6 000 hommes appuyés sur Torgau  et Wittemberg suffisaient pour observer Bülow  et le contenir ; tout le reste des troupes du Maréchal Ney  devait se mettre sur-le-champ en mouvement pour se rapprocher de Bautzen  et se trouver en mesure de prendre part aux opérations contre la principale armée adverse.

Mieux avisé et probablement aussi, mieux renseigné, l’Empereur  ne donna pas suite à son idée ; les 2ème et 7ème Corps et la réserve de cavalerie suivirent les 3ème et 5ème Corps sur Bautzen . Cependant, l’ordre du 16 occasionna un retard de vingt-quatre heures qui ne put être réparé : le 7ème Corps n’arriva sur le champ de bataille le 21, qu’à 2 h du soir ; le 2ème Corps et la réserve de cavalerie de Sébastiani  n’atteignirent Würschen  que le lendemain.

Nous formulerons quelques observations au sujet de la conduite de l’attaque de front par l’armée principale, le 21.

Jusqu’à 2 h de l’après-midi, à l’exception des corps de droite, le 12ème, qui attaqua à fond l’aile gauche ennemie, l’armée principale demeura dans l’inaction : le combat fut seulement en­tretenu par les tirailleurs des détachements avancés qui étaient aux prises avec ceux de l’ennemi et par l’artillerie qui échangea des coups de canon à très grande distance avec l’artillerie adverse.

Un principe fondamental est qu’on ne peut manœuvrer l’ennemi qu’autant qu’il est fixé : pour obtenir ce résultat, on est généralement obligé de l’attaquer à fond sur tout son front. Dans le cas considéré, les alliés étaient, dans une certaine mesure, fixés par leur résolution même à défendre les positions qu’ils oc­cupaient, résolution qui révélait les travaux de fortification exé­cutés par eux et leur déploiement sur ces positions. Pourtant, ils restaient libres d’esquiver la bataille, en battant en retraite dès que le mouvement du Maréchal Ney , en se dessinant contre leur ex­trême-droite, leur montrerait à quel péril ils étaient exposés.

Le but de l’Empereur  n’était pas d’obliger les alliés à éva­cuer leurs positions, mais bien de les détruire car la situation poli­tique exigeait qu’il remportât une victoire complète : ils devaient donc redouter par-dessus tout que ses adversaires ne se dérobas­sent.

On est ainsi amené à se demander pourquoi il n’a pas mis en action l’armée principale dès le matin du 21, afin de lier le combat de front si étroitement que l’ennemi fût dans l’impossibilité de se dégager quand apparaîtraient les colonnes du Maréchal Ney .

La raison principale est sans doute que les positions re­tranchées des coalisés étaient extrêmement difficiles à aborder de front. L’Empereur , qui avait été très impressionné des pertes énor­mes subies par ses troupes à la bataille de Lutzen , se croyait obligé de les ménager. Il décida donc d’attendre, pour donner le signal de l’engagement général, que le mouvement de Ney  eût, pour ainsi dire rendu toute défense sérieuse impossible pour les coalisés. En opérant ainsi, il risquait de voir l’ennemi lui échap­per : il s’en rendait compte, d’ailleurs, comme le prouvent ses ordres au Maréchal Ney .

Ordre du 18 :

 « Sa Majesté suppose que le 21, vous pourrez vous porter sur la position, ce qui aura l’effet ou que l’ennemi évacue pour se retirer plus loin, ou de vous mettre à même de l’attaquer avec avantage ». 

Ordre du 21 :

 « L’intention de l’Empereur  est que vous soyez à Preititz  à onze heu­res. Nous attaquerons franchement sur tous les points. Faites marcher Lauriston  sur votre gauche pour être en mesure de tourner l’ennemi si votre mouvement le décide à abandonner sa po­sition ».

Le centre des alliés était inabordable, il fallait renoncer à s’en approcher ; mais l’attaque de l’aile droite ne présentait pas des difficultés insurmontables à la condition d’y employer une partie des nombreuses troupes qui restèrent inactives sur le pla­teau de Bautzen  pendant toute la bataille. Le 4ème Corps, réduit effectivement à deux Divisions puisque la Division italienne, mal remise de l’affaire d’Hoyerswerda , ne pouvait être engagée de quelque temps, n’était pas en état d’attaquer seul les hauteurs en­tre Kreckwitz  et Pliesskowitz . Ileût fallu mettre à la disposition du Maréchal Soult , qui avait la direction de cette attaque, outre le 4ème Corps, tout ou partie du 3ème.

Dans la bataille du 21, il n’y a eu de sérieusement engagés que les 3ème, 4ème et 12ème Corps et une très faible partie des 5ème et 11ème, soit 80 000 hommes sur un effectif total de 180 000. C’est toujours une faute que de ne faire donner dans une bataille qu’une partie des troupes dont on dispose : « cette faute, dit Gouvion Saint-Cyr , est souvent la cause des plus grands revers ; et quand, par une faveur particulière de la fortune, elle ne les occasionne pas sur-le-champ, elle diminue au moins les succès qu’on ne peut encore obtenir qu’au moyen d’une perte considérable. Alors, on voit les plus nombreuses armées détruites après la répétition d’un petit nombre de victoires si chèrement achetées, comme cela eut lieu dans la campagne de 1813 ».

Il est vrai qu’à Bautzen , les coalisés poussèrent l’aveuglement si loin qu’ils ne commencèrent à s’inquiéter de l’attaque débordante de Ney  que quand il était déjà trop tard pour esquiver le combat ; par conséquent, sans les faux mouvements de ce Maréchal, nous aurions obtenu une victoire décisive pres­que sans pertes. Dans ce cas, c’est la sottise de nos adversaires qui aurait assuré la réussite complète du plan de Napoléon .

Maintenant, nous pensons que si l’attaque contre la posi­tion de Blücher  entre Kreckwitz  et Pliesskowitz  avait été commen­cée au moment où les corps de Ney  marchèrent contre le Windmühlenberg , le Maréchal, à peu près orienté par le fait même de cette attaque, n’aurait pas eu l’idée singulière de faire serrer sur Preititz  et les hauteurs au nord, toutes les troupes de sa première ligne. En tout cas, Blücher  n’aurait pas pu envoyer la brigade de réserve de son corps d’armée contre Preititz, dont la Division Souham  fut probablement restée maîtresse.

En ce qui concerne les opérations du Maréchal Ney , leur simple exposé se passe de critique.

On ne comprend pas comment Napoléon  a pu confier le commandement de son armée de manœuvre à ce Maréchal. Celui-ci était un superbe soldat, un enfonceur de bataillons, le brave des braves, mais ce n’était rien moins qu’un commandant en chef.

Il aurait fallu que l’action de l’armée de manœuvre fut si prompte que l’ennemi n’eût pas le temps de se reconnaître ; il était d’autant plus nécessaire que cette action fût d’une rapidité extrême que Napoléon  voulait attendre que le mouvement de l’armée de manœuvre fût presque terminé pour lancer à l’attaque l’armée principale.

Les avant-gardes auraient dû occuper, de grand matin, les passages de la Sprée , afin de les aménager de leur mieux ; pendant ce temps, le 3ème Corps se serait placé derrière Klix  et le 5ème, der­rière Lüchmann , prêts à déboucher en masse sur la rive droite de la rivière au premier signal. Il n’était pas d’ailleurs indispensable que leur mouvement commençât à 5 h du matin ; mieux valait le retarder jusqu’à 8 h pour attendre l’arrivée des têtes de colonnes de la Division Puthod  et du 7ème Corps, auxquels on avait fait quitter leurs bivouacs de Steinitz  et d’Hoyerswerda  entre minuit et une heure du matin, de façon à les faire arriver sur la Sprée , à l’heure que nous venons d’indiquer.

Il est vrai que les troupes de la Division Puthod  et du 7ème Corps étaient très fatiguées car, les 19 et 20 mai, elles avaient exé­cuté de longues marches, 40 km en moyenne, mais on devait pas­ser sans hésiter par dessus cette considération puisqu’il s’agissait de réunir ses forces pour la bataille ; il serait resté beaucoup d’hommes en route, mais le gros fût arrivé et c’était là l’essentiel.

Le 3ème Corps, suivi du 7ème destiné à servir de réserve gé­nérale, aurait attaqué le corps de Barclay sur le Windmühlenberg . A sa gauche, le 5ème Corps en entier, avec la plus grande partie de la cavalerie de Sébastiani , soit 30 000 hommes, se fût avancé sur Gottau , Buchwalde  et Baruth , débordant l’extrême-droite des Russes , faisant tomber leur résistance et, par contrecoup, déga­geant le terrain devant le 3ème Corps. Il est bien certain que, si le Général Lauriston  avait eu à sa disposition 30 000 hommes au lieu de 12 000, il n’aurait pas hésité et tâtonné comme il l’a fait, devant la poignée d’hommes que lui a opposée Barclay ; il eût continué franchement sa marche en avant jusqu’à Belgern, où il serait arrivé presque sans coup férir, au moment même où le 3ème Corps se serait emparé de Preititz , entre 11 h et midi.

 « La victoire remportée dans ces conditions eût été décisive ; elle nous eût procuré plus de trophées qu’Austerlitz  ».

Pour bien apprécier la responsabilité qui incombe au Ma­réchal Ney , il importe de ne pas perdre de vue que les mauvaises cartes topographiques de l’époque ne donnaient qu’une idée très grossière de la configuration générale du champ de bataille et ne permettaient pas de se rendre un compte exact de l’importance de Belgern.

Opérations après la bataille de Bautzen  [28]

Dans la dernière partie de la nuit du 21 au 22, les coalisés se replièrent sur Reichenbach . Pendant que leurs arrière-gardes contenaient les Français , ils franchirent le long défilé qui s’étend de cette ville à Görlitz.

Le 23, en quittant Görlitz, ils se fractionnèrent en deux groupes :

-           le groupe d’aile droite comprenant, sous les ordres de Barclay de Tolly , les corps prussiens d’York  et de Blücher , le détache­ment de Kleist  et le corps russe de Barclay, prit sa di­rection sur Leignitz  par Waldau  (23 mai), Bunzlau  (24), Haynau  (25) ;

-           le groupe d’aile gauche, formé du gros de l’armée russe et placé sous le commandement supérieur de Wittgenstein , se dirigea sur Goldberg  par Laubau  (23 mai), Lowenberg  (24), Goldberg (25)... !

Pendant toute cette retraite, de fortes arrière-gardes, ap­puyées par la nombreuse cavalerie légère des alliés, se maintinrent au contact des Français , procédant à une destruction systématique des passages sur les cours d’eau, à mesure qu’elle les dépassaient.

22 mai – Nous avons vu qu’à la fin de la bataille, le 21, vers 10 h du soir, l’armée française s’était trouvée établie sur la ligne Mec­ker n-Hochkirch .

Le lendemain matin, vers 3 h, la fusillade et la canonnade recommencèrent entre nos avant-postes et ceux de l’ennemi qui étaient, pour ainsi dire, restés mêlés les uns aux autres, le combat n’ayant pris fin la veille, qu’à la tombée de la nuit.

A 7 h du matin, le 7ème Corps, soutenu par le 1er Corps de cavalerie, déboucha de Meckern  et se porta sur Reichenbach , ayant à sa gauche le 5ème Corps et suivi par la Garde  et le 6ème Corps ; le 3ème Corps prit position à Weissenberg ; le 12ème, qui avait beaucoup souffert et dont les nombreux détachements n’étaient pas encore rentrés, fut laissé à Bautzen  pour se reposer et se rallier.

A la droite, le 11ème Corps, appuyé sur sa gauche par le 4ème, se porta par Löbau  sur Reichenbach .

L’Empereur , escorté par la cavalerie de la Garde , marcha avec le 7ème Corps.

De ce côté, la poursuite fut menée assez rapidement ; à 10 h, notre avant-garde arriva devant Reichenbach . Les détache­ments russes, qui nous avaient tenu tête jusque là, traversèrent rapidement la ville et démasquèrent une nouvelle arrière-garde formée du Prince Eugène  de Wurtemberg , 6 à 7 000 hommes de toutes armes, qui s’étaient établis à sur les hauteurs à l’Est. La position était très forte ; l’ennemi avait résolu d’y tenir le plus longtemps possible afin de permettre au gros de l’armée de s’écouler au-delà de Görlitz. Mal éclairés et, par suite, ne sachant pas trop à quelles forces nous avions à faire, nous dûmes agir avec circonspection, ce qui entraîna une grande perte de temps.

Le 7ème Corps se déploya pour attaquer de front pendant que le 5ème manœuvrait afin de déborder la position par le Nord. Comme le combat traînait, Napoléon , impatienté, se décida à envoyer sa cavalerie. Sur son ordre, la Division de la Garde  fran­chit la petite vallée au fond de laquelle se trouve Reichenbach , à 2 km environ en amont de la ville et prononça un mouvement pour menacer la retraite de l’arrière-garde ennemie. Mais, dès que nos escadrons commencèrent à s’élever vers la hauteur, ils tombèrent sous le feu de deux batteries à cheval russes qui leur firent essuyer de grandes pertes ; presque aussitôt, ils virent arriver sur eux une grande quantité de cavalerie russe. Les escadrons de Latour-Mau­bour g ayant marché au soutien de la Division de la Garde , il se produisit alors un engagement général de courte durée, sans ré­sultat marqué.

A 3 h de l’après-midi, l’arrière-garde ennemie, menacée d’être enveloppée par les 5ème et 7ème Corps, se replia lestement sur Makersdorf , où des troupes de repli avaient pris position à l’avance.

Après une heure employée à remettre les troupes en or­dre, les Français  débouchèrent de Reichenbach . L’ennemi, obligé d’abandonner Makersdorf , rétrograda en bon ordre sur les hau­teurs à l’Ouest de Görlitz.

Le 7ème Corps, qui, depuis le 17, n’avait cessé d’exécuter des marches forcées, était extrêmement fatigué ; son chef, le Gé­néral Reynier , demanda l’autorisation de s’arrêter, mais Napoléon  lui répondit par l’ordre formel de continuer sur Görlitz. Le corps d’armée franchit le ruisseau de Makersdorf  des deux côtés du village et commença à attaquer les hauteurs de Görlitz. A ce mo­ment, un boulet perdu qui vint tomber au milieu de l’Etat-Major de l’Empereur , tua le Général du Génie Körgener  et blessa à mort le Maréchal Duroc . Ce malheur émut profondément Napoléon qui ordonna de cesser le combat.

Les corps d’armée de notre gauche (5ème, 6ème, 7ème  et la Garde ) prirent position pour la nuit autour de Makersdorf  ;

Les corps de la droite, (4ème et 11ème) étaient parvenus à Ober-Solham , à une lieue au sud de Reichenbach  ;

Le 3ème Corps était resté à Weissemberg  ;

Le Corps du Maréchal Victor  (2ème Corps d’armée provi­soire et cavalerie de Sébastiani ) était arrivé à Baruth .

Dans cette journée, l’armée française avait marché et combattu de 5 h du matin à 7 h du soir ; malgré la résistance opi­niâtre de l’ennemi, elle avait parcouru sept lieues. Ce résultat, qui est des plus remarquables, était dû à la présence de l’Empereur  à l’avant-garde.

C’était la première fois, depuis le commencement de la campagne, que les Français  engageaient leur cavalerie en masse. En fait, la Division de la Garde  seule avait réellement donné, ainsi qu’on peut s’en convaincre, en examinant les états de pertes : cette Division, sur un effectif de 4 000 cavaliers, en avait perdu 300, tués, blessés ou faits prisonniers ; les pertes de la cavalerie de Latour-Maubourg , dont l’effectif atteignit 10 000 cavaliers, se réduisaient à environ 150 hommes [29].

Les pertes du 7ème Corps s’élevaient à 400 hommes.

23 mai. – Le 23 au matin, on constata que les coalisés avaient évacué Görlitz.

Le 5ème Corps, passant par Eberlach , prit la route de Bun­zlau  ; son avant-garde, toujours combattant, s’avança jusqu’à Stut­zenha m pendant que le gros s’arrêtait à Hochkirch  ;

Le 7ème Corps continua sur Laubau  mais, le rétablissement des passages sur un ruisseau marécageux à l’Est de Görlitz lui ayant pris beaucoup de temps, il ne put dépasser Troitschendorf  ;

Le 6ème Corps se plaça à Hermsdorf  ;

Le Quartier général et la Garde  s’étaient établis dès le ma­tin à Görlitz ;

Le 3ème Corps était resté à Weissemberg  ;

Le 2ème s’était avancé jusqu’à Crobnitz .

A notre droite, le 11ème Corps, qui avait ordre d’occuper Schönberg , arrêté au passage de la Meisse , ne put atteindre cette localité que par son avant-garde ;

Le 4ème Corps, attiré vers la gauche par le bruit du combat que livrait le 5ème, s’était porté vers Troitschendorf , que son avant-garde atteignit très tard dans la soirée.

On avait parcouru environ cinq lieues.

21 mai. – Dans la nuit, l’Empereur  donna des ordres pour que la poursuite continuât le lendemain, le plus rapidement possible, les 5ème,, 6ème,et 7ème,Corps, sous les ordres du Maréchal Ney , se por­tant sur Bunzlau , les 4ème et 11ème Corps marchant de concert sur Laubau , prêts à se rabattre sur Laubau si les circonstances l’exigeaient, la Garde  suivant les Corps du Maréchal Ney , le 3ème Corps avançant de Weissenberg sur Görlitz. Quant au Corps du Maréchal Victor , il devait gagner « Kothenburg  et, de là, suivre franche­ment l’ennemi vers l’Est, marchant toujours sur la gauche à plusieurs lieues de grand’route Görlitz-Breslau , parallèlement au gros de l’armée ».

Le 12ème Corps était chargé de protéger le flanc gauche de la ligne d’opérations ; il lui était prescrit en conséquence de se diriger de Bautzen  par Hoyerswerda  dans la direction du Nord pour opérer contre Bülow , qui semblait vouloir concentrer le gros de ses forces dans la région de Lückau .

Les ordres de l’Empereur  ne purent recevoir leur com­plète exécution ; la résistance des arrière-gardes ennemies et sur­tout les difficultés de passage de la Meisse  et de la Queiss  ne per­mirent pas d’attaquer les points indiqués.

A la fin de la journée du 24, l’armée française occupa les positions suivantes :

-           5ème Corps et 1er Corps de cavalerie (moins une Division déta­chée avec le 11ème Corps), à hauteur de Thiergarten , où s’appuyait la droite ;

-           7ème Corps, en avant de Naumburg  ;

-           6ème Corps, 2 Divisions à droite du 7ème, une Division plus en arrière sur la rive gauche de la Queiss  ;

-           Quartier général de la Garde  à Görlitz et en avant ;

-           le 3ème Corps en arrière de Görlitz ;

-           le 4ème Corps, qui avait marché par Lanterbach  et Geibsdorf s’était croisé à Lichtenau  avec le 11ème Corps, dont l’avant-garde s’était par erreur dirigé sur Loeben  au lieu de Laubau  ; le 4ème Corps s’était établi au sud de la ville, que le 11ème Corps avait occupée ;

-           2ème Corps à Nieder-Briehla  ;

Les coalisés avaient rétrogradé derrière la Bober , à Bun­zlau  et Lowenberg , laissant leurs arrière-gardes sur la rive gauche au contact de nos avant-postes ; leur Quartier général à Lowen­ber g.

25 mai. – Ordre était donné pour le 25 :

-           au 5ème Corps, de s’avancer par Bunzlau  jusqu’à hauteur de Kreibau , poussant son avnt-garde au-delà jusqu’au débouché de Haynau  ;

-           au 7ème Corps, de franchir la Bober  à Schimmar  et de porter son avant-garde à Modelsdorf  et son gros à Mittlau  ;

-           au 6ème Corps, de traverser la Bober  à Ottendorf  et d’occuper Alt-Jaschwitz  par son gros ; son avant-garde à Hartmans­dor f ;

-           au 4ème et 11ème Corps, de s’avancer le plus rapidement possi­ble vers Lowenberg .

Pour les mêmes raisons que les jours précédents, nos corps d’armée ne purent aller aussi loin que les ordres le prescrivi­rent. Le 5ème Corps et le 1er Corps de cavalerie occupèrent Wolfsh, Martinswald , Thomaswald , Schneibendorf  ; le 7ème Corps, Men-Jaschwitz , le 6ème Corps, une Division Alt-Jaschwitz , le reste sur la Bober  à Ottendorf .

Le 11ème Corps, en sortant de Löbau , se trouva aux prises avec une arrière-garde russe qui lui opposa une résistance si éner­gique que le Maréchal Macdonald  se figura qu’il avait eu à faire « à des forces triples des siennes », bien qu’en réalité, l’ennemi n’eût pas engagé plus d’une dizaine de milles hommes. L’engagement (combat de Kimzendorf ), commencé à 10 h du matin, ne se ter­mina qu’à 10 h du soir. Le 11ème Corps prit position à Steckicht .

Le 4ème Corps, après avoir laissé défiler le 11ème Corps, l’avait suivi jusqu’à Jeifersdorf, puis s’était dirigé par Giessmans­dorf sur Weissig -Rachwitz afin d’assurer la liaison entre le 11ème Corps et le gros de l’armée. Au bruit du canon de Macdonald , il avait appuyé à droite sur Steckicht , mais était arrivé trop tard pour prendre part à l’engagement [30].

La Garde  et le 3ème Corps avaient fait une grande marche (?) dans la direction de Bunzlau  ; la Division Marchand  du 3ème Corps avait occupé Görlitz où était resté le Quartier général.

Le 2ème Corps de Nieder-Briehla  avait gagné Holsfurt  et, de là, Ehommensdorf  parcourant ainsi une étape de huit lieues afin de se placer à hauteur du gros de l’armée.

Dans le camp des alliés, depuis la bataille de Bautzen , la si­tuation de Wittgenstein  était devenue impossible. Le Général russe offrit sa démission de commandant en chef qui fut accep­tée ; on lui donna le commandement supérieur de l’aile gauche et on nomma Généralissime Barclay de Tolly , que l’Etat-major prus­sien voyait d’un assez bon œil.

A ce moment, la discorde la plus complète régnait entre les Prussiens  et les Russes , comme cela arrive toujours entre alliés après une défaite ; de part et d’autre, on s’accusait de la perte de la bataille de Bautzen . Les Prussiens, en outre, se plaignaient amère­ment de ce que l’Intendance russe ne prît aucune mesure pour assurer la subsistance de ses troupes qui se livraient à la maraude et causaient ainsi plus de mal que l’ennemi lui-même.

La satisfaction causée par la nomination de Barclay fut de courte durée, car les Prussiens  s’aperçurent bien vite que le nou­veau commandant en chef partageait absolument la manière de voir de son prédécesseur au sujet de la direction générale à im­primer aux opérations militaires.

Barclay, envisageant les choses de sang-froid, voyant les troupes des deux nations affaiblies (l’effectif des combattants atteignait à peine 80 000 hommes) et constatant des symptômes de démoralisation aussi bien chez les Prussiens  que chez les Rus­se s, était fermement résolu à refuser la bataille. Il proposa, si les Français  continuaient la poursuite, de se retirer par Breslau  et de rentrer en Pologne  de manière à se rapprocher des renforts rus­ses. Les Prussiens refusèrent d’accepter ce projet et demandè­rent que l’on continuât la retraite sur Schweidnitz , afin de rester le plus longtemps possible en Silésie  et de ne pas s’éloigner de la Bo­hème, où se réunissait une nombreuse armée autrichienne dont on escomptait l’intervention en faveur de la coalition.

L’Empereur  Alexandre , sur les instances du roi Frédéric, se­rallia à ce dernier parti ; il fut donc convenu qu’après avoir franchi la Hatzbach , les alliés se dirigeraient sur Schweidnitz .

Barclay, ayant été appelé à Jauer  le 25, passa le commande­ment supérieur de l’aile droite à Blücher . Les généraux prussiens, qui n’avaient cessé de protester contre la continuation de la retraite, résolurent de profiter de cette occasion pour exé­cuter contre les Français  un retour offensif destiné à les rendre plus circonspects et à les obliger, par conséquent, à marcher plus lentement.

Comme on avait constaté que le 5ème Corps, qui formait en quelque sorte l’avant-garde de la gauche française, se gardait très mal, en marche comme en station, l’Etat-Major prussien dé­cida de lui tendre une embuscade au sortir d’Haynau .

A l’est de cette ville, on trouve une série de mouvements de terrain bas, mollement ondulés, partout aisément praticables pour les masses de cavalerie ; où que l’on se place, la vue est ar­rêtée à courte distance ; en résumé, le site était particulièrement favorable pour tenter une surprise contre un ennemi négligent qui marchait sans se faire éclairer au loin.

Ainsi que nous le verrons plus loin, l’opération réussit complètement : le 26 mai, vers 9 h du soir, la Division Maisons , qui tenait la tête du 5ème Corps, fut assaillie à l’improviste au mo­ment où elle débouchait d’Haynau  et mise en déroute.

Dans la journée du 26, les alliés se replièrent derrière la Hatzbach , l’aile droite à Leignitz , l’aile gauche à Goldberg .

Le 27, le mouvement de retraite vers Schweidnitz  com­mença ; l’aile gauche, de Leignitz , gagna Merschütz , laissant son arrière-garde (détachement Eschaplitz  et brigade Ziethen ) à Klos­ter-Waldstadt ; l’aile gauche alla de Goldberg  à Jauer , laissant son arrière-garde (Division Pahlen ) à Hermansdorf .

Le 28, l’armée rétrograda sur Stiegau  et le 29, sur Schweidnitz . Cette place, démolie en 1807 par les Français , n’avait pas été rétablie depuis ; on ne jugea pas possible de s’y arrêter ; le 30, les troupes furent ramenées plus en arrière sur les hauteurs de Pilzen  où elles devaient rester en position jusqu’au 3 juin.

Le Maréchal Marmont , placé par l’Empereur  sous les or­dres de Ney , avait été très mécontent de cette mesure car il était extrêmement jaloux du Prince de la Moskowa. Influencé par son désir de se soustraire à l’influence de celui-ci, Marmont , interpré­tant les renseignements qui arrivaient de diverses sources, en était venu à se persuader dès le 25, que l’ennemi n’avait qu’une faible arrière-garde, sur la route de Bunzlau  à Leignitz  et que son gros se retirait par Lowenberg  et Goldberg . En conséquence, le 26 au matin, le Maréchal avait demandé l’autorisation de marcher non sur Ottendorf , comme cela lui avait été prescrit, mais sur Lowen­ber g : Ney , se basant sur les ordres formels de l’Empereur , avait refusé d’autoriser ce mouvement.

Napoléon , très vivement frappé par le rapport du Maré­chal Marmont , qui se montrait des plus catégoriques dans ses affirmations, donna, pour le 27, les ordres suivants :

-           Le Maréchal Ney , avec les 5ème et 7ème Corps et une Division de cavalerie, se porterait sur Haynau  et pousserait une avant-garde sur Leignitz  et une autre vers Glogau  ;

-           Le Général Latour-Maubourg , avec deux Divisions de cavale­rie, irait rejoindre le Maréchal Marmont  sous les ordres duquel il serait placé ;

-           Le Maréchal Marmont , avec le 6ème Corps et les 2 Divisions de cavalerie visées ci-dessus, manoeuvrerait pour couper l’arrière-garde de l’aile gauche ennemie, que les 4ème et 11ème Corps pousseraient sur Goldberg .

Enfin, comme le bruit courait qu’une partie de l’armée adverse s’étaitdérobée vers le Nord pour aller se joindre à Bülow , Napoléon  prescrivit au Maréchal Victor  de gagner Sprottau  ; « si là, il apprenait que quelque chose s’était dirigé dans la direction de Berlin , il marcherait à sa suite ».

L’Empereur , ayant voulu attendre, pour faire avancer les corps de sa gauche, que le mouvement du Maréchal Marmont  fût assez prononcé pour assurer leur droite, les 5ème et 7ème Corps ne furent mis en marche sur Haynau  qu’à 11 h du matin.

La Division Maisons  (réduite à 4 000 hommes), qjui faisait l’avant-garde du 5ème Corps, traversa Haynau  vers 3 h de l’après-midi et se porta sur les hauteurs à l’Est de Michelsdorf . Là, elle s’arrêta, couverte par ses tirailleurs qui, depuis le matin, n’avaient pas cessé d’être aux prises avec ceux de l’ennemi ; le soin d’assurer la sécurité sur les flancs était confié à une cinquantaine de cavaliers qui s’acquittaient de ce service avec la plus grande négligence, ne prenant même pas la peine de monter jusqu’aux crêtes qui masquaient les vues à courte distance.

Par suite d’un malentendu, la Division de cavalerie Chas­tel , qui aurait dû accompagner la Division Maisons , s’était arrêtée en arrière de Haynau , « croyant la journée faite ». Le Général Lau­risto n, s’en étant aperçu, avait prescrit au Général Chastel  de faire rejoindre l’avant-garde par une de ses brigades.

Cet ordre venait d’être envoyé quand un moulin à vent, situéau sud de la grand-route, commença à brüler ; presque aus­sitôt, une batterie à cheval prussienne se mit en batterie à moins de quatre cents pas du flanc droit de la Division Maisons .

Cette artillerie avait à peine tiré cinq à six coups à mitraille quand près de 3 000 cavaliers ennemis surgirent d’un plis de ter­rain, fondirent sur la droite de notre infanterie qui fut bousculée et sabrée avant d’avoir pu se mettre en défense. Nos fantassins se réfugièrent dans Michelsdorf , où se trouvaient fort heureusement deux tirailleurs d’une autre Division qui empêchèrent l’ennemi de pénétrer dans le village et lui firent essuyer quelques pertes.

L’engagement dura seulement quelques minutes : les es­cadrons aalliés qui, de suite, s’étaient trouvés dans le plus grand désordre, se retirèrent rapidement pour aller se rallier sur les hauteurs de Pahlsdorf .

La Division Puthod , qui s’était avancé au pas de course, prit position à Michelsdorf  ; le gros du 5ème Corps s’établit en ar­rière de Haynau .

La Division Maisons , dont l’effectif, le 26 au matin, était inférieur à 4 000 hommes, avait perdus dans cette échauffourée environ 1 000 tués, blessés ou faits prisonniers. Le désastre eût été bien plus complet si la Divisions’était laissée entraîner plus à l’Est de Michelsdorf  et si l’annonce de l’arrivée prochaine des colonnes du 7ème Corps n’avait pas déterminé le commandant de l’arrière-garde alliée, le Général Ziethen , à donner le signal de l’attaque plus tôt qu’il n’était convenu.

Les pertes de l’ennemi s’élevaient à 300 hommes, dont le Colonel Dolfs , le commandant de la réserve de cavalerie du Corps de Blücher , qui avait été tué raide.

Le 7ème Corps avait reçu un premier ordre lui prescrivant de prendre position à la gauche du 5ème sur la route de Glogau . Mais, un rapport du Maréchal Victor  ayant fait connaître que l’ennemi n’avait personne du côté de Glogau, Napoléon  avait annulé l’ordre dont nous venons de parler et prescrit au Général Reynier  d’aller s’établir à Steinsdorf , à la droite du 5è.

Le Maréchal Marmont , retardé par son artillerie qui avait eu beaucoup de mal à franchir la Bober , avait quitté Jaschwitz  assez tard et s’était porté par Gross-Hartmannsdorf  sur Wilhems­dor f, où il avait été rejoint par les deux Divisions de cavalerie de Latour-Maubourg  ; à 2 h du soir, bien que l’avant-garde du 4ème Corps, qui marchait à droite du 6è, fût assez loin en arrière, le Maréchal Marmont  s’apprêtait à continuer son mouvement sur Goldberg , « quand quelques coups de canon se firent entendre du côté du Sud et en même temps, on vit s’élever un épais nuage de poussière révélant la présence d’une forte colonne en marche sur la route de Goldberg ».

Marmont  lança aussitôt sa cavalerie droit sur Pilgrains­dor f ; malheureusement, quand celle-ci atteignit le village, il était déjà nuit. L’ennemi, ayant occupé une forte position sur les hau­teurs à l’Est, le Maréchal, dont l’avant-garde d’infanterie était en­core à une demi-lieue en arrière, crut prudent de suspendre le mouvement commencé et fit prendre position à ses troupes sur Graditz .

Le 4ème Corps, qui avait passé la Bober  à Gross-Raschwitz , atteignit Deutmansdorf  à 7 h 30 du soir.

Le 11ème Corps, obligé d’attendre les détachements qu’il avait envoyés au sud de la ville, s’était mis en mouvement très tard : il ne put dépasser Lauterseifen .

Le Quartier général était resté à Bunzlau , où s’était arrêté la Vieille Garde  ; la Jeune Garde  avait poussé jusqu’à Thomas­wal d ; le 8ème Corps avait porté sa tête à Bunzlau ; la Division Marchand  à mi-chemin de Görlitz et de Bunzlau.

Le 2ème Corps n’avait pas pu atteindre Sprottau  ; sa cavale­rie avait occupé Puschkau  et Loos  et son infanterie, Menkammer  et Zetsau .

27 mai – Le 27, nos corps d’armée exécutèrent les mouvements suivants :

-           le 5ème Corps se porta d’Haynau  sur Leignitz  et s’établit à l’Est de la ville, vers Gross Reckern ;

-           le 7ème Corps,marchant à droite du 5è, se plaça à sa hauteur, observant du côté de Janer ;

-           le Quartier général et la Garde  se rendirent à Leignitz  ;

-           le 3ème Corps s’avança jusqu’à Haynau , la Division Marchand  occupa Bunzlau .

Le Maréchal Marmont , qui avait reçu pour instruction d’appuyer soit sur Leignitz , soit sur Goldberg , « selon que les renseignements qu’il recueillerait lui montrerait le gros de l’armée adverse dans l’une ou l’autre de ces directions », se dirigea vers Kroitzsch  afin de couper la route de Goldberg à Leignitz.

Les 4ème et 11ème Corps continuèrent leur mouvement sur Goldberg . Le 11ème Corps trouva une forte arrière-garde ennemie en position entre Pilgramsdorf et Goldberg ; il attaqua avec vi­gueur et le combat prit, de suite, une tournure très vive. Le Maré­chal Macdonald  lança contre la cavalerie adverse la Division du 1er Corps de cavalerie mise à sa disposition mais, bien que le Maré­chal eût conduit en personne la dernière charge, nous eûmes le dessous ; « les cuirassiers avaient fait leur devoir, mais les autres régiments ne les avaient pas soutenus » [31]. L’ennemi céda devant les attaques de notre infanterie ; le 11ème Corps s’empara de Goldberg et prit po­sition en avant, entre les deux routes de Leignitz  et de Janer, en liaison avec le 6ème Corps établi à Kroitzsch .

Le 4ème avait voulu suivre le mouvement du 11ème ; mais, le 6ème Corps lui ayant coupé la route, il s’était arrêté à Giersdorf .

Pas plus que les jours précédents, nous n’avions réussi à mettre la main sur les arrière-gardes des alliés.

Le 2ème Corps avait occupé Sprottau  et enlevé, chemin fai­sant, un convoi d’artillerie russe égaré de ce côté.

Le 28 – Les Corps de la gauche ne bougèrent pas ; le 6ème Corps franchit la Hatzbach  vers Kroitzsch  et culbuta un détachement ennemi de plusieurs milliers d’hommes ( ?) ; le 11ème Corps poussa jusqu’à Janer ; le 4ème s’établit à Selsloup et Hermansdorf  ; le 2ème Corps se rabattit sur Primkenau , d’où il entra en communication avec Glogau , dont les alliés venaient de lever le siège.

Les négociations entaméesdepuis Lutzen  pour la conclu­sion d’un armisticesemblaient sur le point d’aboutir ; pour le cas où l’on traiterait sur la base de « l’utis possidetis », Napoléon  ju­gea utile de mettre la main sur Breslau .

29 mai. – Le 29 au matin, pendant que le 3ème Corps remplaçait le 5ème dans ses positions en avant de Leignitz  et que la Division Marchand  serrait sur Haynau , les 5ème et 7ème Corps, suivis par la Garde , s’avancèrent vers Menmarkt .

Le 5ème Corps d’établit à Kammendorf, moins la Division Maisons  qui se porta au Nord de Menmarkt , face à Pfaljendorf .

Quant au 7ème Corps, auquel le Maréchal Ney  avait pres­crit de se maintenir à hauteur du 4è, il fut arrêté à Kloster-Wald­stadt par un ordre de l’Empereur . Ney , qui n’avait pas été pré­venu en temps utile, fut très mécontent : dans un accès de mau­vaise humeur, il écrivit au Major Général pour lui demander « de le faire remplacer à la tête de l’avant-garde, ses blessures le fati­guant beaucoup et ne lui permettant pas de monter à cheval ». Ce n’est pas sans peine que l’on parvint à calmer son irritation. Cet incident avait une certaine importance car il était un symptôme du découragement auquel nos généraux commençaient à se laisser aller.

30 mai. – Le 30, le 5ème Corps ne bougea pas ; le 7ème se porta à sa hauteur ; la Garde  serra sur Menmarkt  où le Quartier général s’établit très tard dans la soirée ;

Le 6ème Corps et le 1er Corps de cavalerie se portèrent sur Eisendorf et Ober-Moys  pour prendre une position intermédiaire entre la gauche et la droite, formée des 4ème et 11ème Corps qui avaient ordre de s’avancer jusqu’à Striegau .

Les 4ème et 11ème Corps se bornèrent à déboucher au-delà de Jauer  ; le Maréchal Macdonald , qui avait appris que la majeure partie de l’armée alliée se repliait sur Schweidnitz , n’avait pas jugé prudent d’aller plus avant.

Le 2ème Corps, continuant son mouvement vers l’Est, ga­gna Maudten .

31 mai. – Le 31, le 5ème Corps se mit en mouvement à 11 h du matin, refoulant devant lui le détachement du Général Schuhler  (5 à 6 000 hommes) accouru de Glogau  pour essayer de couvrir Breslau  le plus longtemps possible ; il s’arrêta après avoir franchi la Weistritz  ; à 7 h du soir, sur l’ordre de l’Empereur , le corps d’armée se remit en marche mais, la nuit étant arrivée et le déta­chement ennemi continuant à tenir ferme, il dut s’arrêter à Men­kirc h.

Le 7ème Corps prit position à Ornaldsmühl, le Quartier gé­néral et la Garde  restèrent à Menmarkt  ; le 3ème Corps serra sur cette ville, la Division Marchand  sur Leignitz  ; le 6ème Corps resta à Eisendorf.

Les 4ème et 11ème Corps avaient reçu l’ordre d’occuper Striegau . Le 4ème marcha par Prossen  sur Gross-Rosen , où il trouva établie une arrière-garde de quelques milliers d’hommes ; le Général Bertrand , s’exagérant les forces adverses en présence, se crut obligé à beaucoup de circonspection ; ses troupes, enga­gées les unes après les autres, furent facilement contenue par un ennemi inférieur en nombre. Le Maréchal Macdonald , inquiet plus que de raison pour sa droite, avait voulu attendre, pour faire avancer le 11ème Corps, que le 4ème eût contraint à la retraite l’adversaire qu’il avait en tête. Voyant que le combat traînait, il se dirigea auprès du Général Bertrand , auquel il conseilla d’agir en vigueur, lui affirmant qu’il n’avait que peu de monde devant lui. Bertrand  ne crut pas devoir se rendre à cet avis ; craignant d’être compromis, il résolut de se replier sur Janer.

Le Maréchal Macdonald , prévenu par lui, fit immédiate­ment rétrograder le 11ème Corps sur ses positions du matin ; les troupes du 4ème Corps en firent autant au milieu de la nuit.

Dans les rapports qu’ils adressèrent à l’Empereur , le Maré­chal Macdonald  et le Général Bertrand  ne manquèrent pas de rejeter l’un sur l’autre la responsabilité de cet insuccès, respon­sabilité qui incombait à tous les deux pour une part égale.

Napoléon  reçut en même temps communication d’un rapport de Marmont  adressé au Major Général et dans lequel on relevait le passage suivant écrit en chiffres :

« Je vous supplie de me permettre de vous prier de faire observer à l’Empereur  que je suis dans un pays tout à fait ouvert ; sans aucune espèce de point d’appui et sans qu’il y ait à portée une position déterminée et qui puisse équivaloir à une augmentation de forces et qu’avec assez peu de monde, je suis très loin de tout secours. Si j’étais attaqué par des forces considérables, il serait difficile que le Général Bertrand  et Macdonald  arrivassent à temps pour me secourir, car leur marche rencontrerait bien des obstacles avant qu’ils pussent me joindre. Enfin, nous sommes bien près de l’ennemi, divisés quand il est rassemblé et en masse.

« L’ennemi a reporté ses troupes de Striegau  sur tout mon front : la poursuite continuelle pendant la journée me l’indique ».

(En clair) « Il est difficile ou plutôt impossible d’être en communi­cation directe avec Macdonald  en raison de la nombreuse cavalerie que l’ennemi a sur son flanc et de la grande distance d’ici (Eisendorf) à Jauer  et si je devais marcher à son secours, ma marche serait lente et difficile, comme elle l’a été hier, sous peine de perdre, avant de combattre, un grand nombre de soldats ».

Voici la réponse de Napoléon  à ce cri d’alarme que rien ne justifiait :

Au Major Général. Menmarkt , 31 mai 1813, 11 h ½ soir.

« Ecrivez sur-le-champ au duc de Raguse que vous avez reçu sa let­tre d’aujourd’hui... que le 3ème Corps est à Diezdorf  et le Général Latour-Maubourg  à Moys ; que de Diezdorf à Moys, il n’y a que 3 300 toises, que vous ne concevez pas comment il se trouve en l’air, ayant trois Divisions et un Corps de cavale­rie et à 3 000 toises de l’armée. Dites lui que, dans ce genre de guerre, il faut éviter de se trop serrer et que, les Russes  ayant beaucoup de cavalerie, leur situation est toute différente....

« Dites lui qu’il n’entre pas dans les détails qu’il fasse connaître s’il a devant lui de l’infanterie ; que toutes les reconnaissances faites près de son camp n’ont vu que de la cavalerie fort loin ; qu’on assure aussi avoir entendu une canonnade aujourd’hui entre Zohtenberg  et Schweidnitz  ou Striegau  et qu’il fasse connaître s’il n’a rien entendu. Recommandez lui de vous faire savoir, demain à la pointe du jour, ce qu’il a devant devant lui et répétez lui qu’il faut éviter de prendre une position trop serrée, qui empêche les armes de se déployer et donne un grand avan­tage à la cavalerie ennemie.

« Dites lui que tout ce qui est à Menmarkt  et à Diezdorf  viendrait rapidement à son secours, de tâcher de communiquer avec le duc de Tarente et de vous donner de ses nouvelles ; qu’avec la cavalerie du Général Latour-Maubourg , en la faisant soutenir par quelques batail­lons et de l’artillerie, il aurait pu pousser très loin au­jourd’hui ses reconnaissances et savoir positivement ce qu’il a devant lui ; il paraît qu’il n’en a rien fait, puisqu’il a des inquiétudes là-dessus... etc. ».

La leçon était donnée de main de maître.

Les incidents que nous venons de rapporter montre à quel degré de lassitude morale en étaient arrivés nos généraux, obligés de manœuvrer sans cesse avec une cavalerie peu nombreuse et de qualité médiocre contre un ennemi disposant d’une excellente cavalerie, d’un effectif plus que double, toujours prête à fondre à l’improviste sur celles de nos troupes qui se gardaient mal. Cette guerre à tâtons était bien faite pour provoquer l’événement chez les commandants des grandes unités.

1er juin. – Le 1er juin, l’Empereur , avisé que le gros de l’armée adverse s’était replié sur Schweidnitz , orienta ses corps d’armée dans cette direction (voir le croquis).

-           5ème Corps, un détachement à Breslau , trois Divisions à Kryp­tanet Mochkbern  face au sud, une Division à Pürs­chwit z ;

-           7ème Corps à Pürschwitz , gardant par ses avant-postes les débouchés vers Kant  et Kostenbluth  ;

-           la Division de cavalerie légère Chastel  à Hartlieb  ;

-           le 3ème Corps au sud de Menmarkt  appuyant sa droite à Mi­chelsdor f ;

-           le 6ème Corps et le 1er Corps de cavalerie (2 Divisions) dans leurs positions d’Eisendorf et de Moys ;

-           les 4ème et 11ème Corps à Jauer  ;

-           le 2ème Corps fut invitéà se tenir prêt à se rendre à Sargau  pour coopérer aux opérations sur Berlin  avec le 12ème Corps.

Comme les mouvements en cours modifiaient à chaque instant la situation et rendaient très difficile la conclusion de l’armistice pour lequel on négociait, on convint d’arrêter les opé­rations pendant trente-six heures, puis pendant trois fois vingt-quatre heures.

Le 2 juin, dans un conseil de guerre tenu à Schweidnitz , Barclay fit observer que, si au cours des négociations, les Français  faisaient serrer leurs troupes du cöté du Breslau , l’armée serait exposée à être coupée de l’Oder .

Les souverains alliés reconnurent qu’il y avait là un danger sérieux et décidèrent que l’on appuierait vers l’Est de manière à se placer à portée de la partie de l’Oder  comprise entre Brieg  et Ohlau , sur laquelle on ferait jeter des ponts.

En conséquence, le 3 juin, les coalisés se portèrent de Pil­ze n à Heidersdorf.

Cette disposition provoqua le mécontentement de tous les généraux prussiens qui ne voulaient pas entendre parler d’abandonner la Silésie .

Blücher  et York  écrivirent au roi Frédéric pour lui propo­ser, au cas où les Russes  se retireraient en Pologne , de se séparer d’eux pour se replier d’une position à l’autre le long du pied de la chaîne de montagnes qui limite le comté de Glatz , pendant que la Landwehr  se rassemblerait à portée des places de Meisse  et de Glatz.

Le moment était des plus critiques pour les alliés ; les troupes très réduites, fatiguées à l’extrême, commençaient à se laisser aller au découragement ; les généraux des deux nations étaient en complet désaccord, ainsi que nous venons de le voir, au sujet de la direction à donner aux opérations.

Les renforts russes étaient encore très éloignés du théâtre de la lutte ; quant aux Landwehr  prussiens, faute d’armes [32] et d’effets d’habillement, il n’était pas possible de les mettre sur pied avant plusieurs semaines.

L’Autriche , faisait, il est vrai, les plus belles promesses, mais son armée de Bohème n’était pas prête et ne pouvait l’être avant un grand mois.

Aujourd’hui, on peut facilement se rendre compte que si­les opérations eussent continué encore pendant quelques jours, c’en était fait de la coalition ; malheureusement, il était impossible à Napoléon  de se douter jusqu’à quel point était difficile la posi­tion des alliées.

Les effectifs de nos troupes fondaient à vue d’œil ; nos généraux, fatigués et énervés, n’avaient plus le sentiment exact des choses. Les partisans de l’ennemi, dont l’audace allait toujours croissant, parcouraient le pays sur nos derrières, poussant leurs pointes jusqu’à Erfurt  et Brunswick , enlevant nos détachements et nos convois ; il fallait prévoir qu’avant peu, on serait contraint d’employer de grosses colonnes pour les mettre à la raison.

Malgré toute son activité et toute son énergie, Napoléon  n’avait pu rendre la poursuite assez vive pour entamer sérieuse­ment ses adversaires ; du 22 mai au 1er juin, en onze jours, l’armée française n’avait avancé que de quarante quatre lieues (distance mesurée à vol d’oiseau). De plus, en admettant que l’ennemi s’arrêtât encore une fois pour recevoir la bataille, il était peu pro­bable qu’on remportât une victoire plus complète qu’à Lutzen  et à Bautzen .

On exposera brièvement ce qui s’était passé sur les derriè­res de l’armée française pendant qu’elle s’avançait de Bautzen  jusqu’à Breslau  [33].

Coup de main tenté par les coalisés contre Leipzig .

Profitant de ce que l’Elbe  moyen était absolument dé­garni, les Cosaques de Tschernitchew  avaient repris leurs incur­sions sur la rive droite de l’Elbe .

Le 25 mai, ils détruisaient, près de Halle , un régiment de marche de cavalerie ; le 30, ils enlevaient, près d’Halbersadt un convoi d’artillerie escorté par 1 600 fantassins, westphaliens, il est vrai et contraignaient une colonne de quatre bataillons, accourue de Brunswick , à se replier sur cette ville.

A Leipzig , où se trouvait le Grand parc d’artillerie del’armée et un important dépôt de prisonniers, nous n’avions, pour toute garnison, que 2 à 3 000 convalescents très mal enca­drés et une Division de marche de cavalerie encadrée par le Gé­néral Orrighi  et composé entièrement de conscrits ne sachant même pas se tenir à cheval. Le Commandant de la place, le Géné­ral Bertrand , avait exprimé à diverses reprises, l’inquiétude que lui causait cette situation en présence de l’audace croissante des par­tisans ennemis.

L’événement ne devait pas tarder, d’ailleurs, à justifier ses craintes ; en effet, le Général Worouzow , qui était chargé d’observer Magdeburg , laissant devant cette place un millier de cavaliers et 7 000 hommes de Landwehr  prussienne, franchit l’Elbe , près de Dessau , dans la nuit du 5 au 6 juin, avec 5 000 cavaliers et fantassins et se dirigea à marches forcées vers Leipzig , faisant transporter son infanterie sur des voitures ; il avait donné rendez-vous devant la ville à Tschernitchew , qui opérait alors du côté de Bernburg  avec 1 200 cavaliers.

Le 7 juin, à l’aube, les deux colonnes ennemies parurent à l’improviste devant Leipzig , bousculèrent en un instant nos cava­liers novices et allaient pénétrer dans la ville quand nos généraux les arrêtèrent, non sans peine, en leur notifiant l’armistice.

Opérations de Bülow  – Combats d’Hoyerswerda  et de Luc­kau.

Nous savons que le Maréchal Oudinot , après la bataille de Bautzen , avait reçu la mission de marcher sur Berlin  avec son corps d’armée, renforcé de la brigade mixte du Général de Beau­mont  (4 escadrons westphaliens, 2 bataillons du 6ème Corps et 2 canons).

L’obligation de rassembler ses troupes, qui étaient très dispersées, ne permit pas au Maréchal de commencer son mou­vement avant le 26 mai. Le 27, il atteignit Hoyerswerda  avec tout son monde.

Le Général Bülow , qui était chargé de couvrir Berlin , avait réussi, à force d’activité, à réunir, une trentaine de mille hommes, dont il est vrai, beaucoup de Landwehr , sans grande consistance mais qui faisaient nombre.

Au moment de la bataille de Bautzen , voyant que les Corps français, qui avaient opéré jusque là par Wittenberg  et Tor­ga u, semblant menacer Berlin , étaient rabattus vers le Sud, le Géné­ral prussien avait marché dans la direction de Lückau .

Après Bautzen , Wittgenstein  lui avait envoyé l’ordre d’opérer activement contre le flanc gauche de l’armée française.

Le 28 mai, informé que les Français  venaient d’occuper Hoyerswerda  et voyant qu’il s’agissait d’un faible détachement, il vint attaquer la ville avec son avant-garde et se trouva aux prises avec le 12ème Corps. Complètement battu, il fit sa retraite précipi­tamment après avoir subi des pertes considérables.

Tenu au courant des progrès des Français  en Silésie  et pré­venu que le Maréchal Victor  se portait sur Sargau , avec un gros Corps d’armée, il se replia dans la direction de Kottbus  et, maladroitement, dispersa ses troupes sur une étendue de plus de 100 km, voulant à la fois couvrir Krossen  (sur l’Oder ) et Berlin .

Si Oudinot  avait marché droit sur Lückau , qui était le point de concentration obligé des détachements prussiens, il au­rait eu beau jeu de les détruire les uns après les autres, mais il ne sut pas prendre un parti en temps utile. C’est seulement le 4 juin qu’il s’avança vers Lückau. Bülow , comprenant le danger qui le menaçait, fit converger ses détachements à marches forcées sur cette ville ; le 6 juin, au matin, il avait réussi à réunir la presque totalité de ses forces, lorsque les Français  parurent devant Lüc­ka u. La position des Prussiens  était presque inexpugnable ; Oudi­no t, qui s’entêta à vouloir l’attaquer de front, ne put réussir à l’enlever. Il dut ramener sur Uebigau  son corps d’armée qui avait perdu près de 2 000 hommes.

La fatigue des troupes prussiennes ne permit pas tout d’abord à Bülow  de poursuivre le 12ème Corps ; le 9 juin, il allait se mettre en mouvement quand il apprit la nouvelle de l’armistice. 

Opérations sur le Bas-Elbe . – Le Maréchal Davout  réoccupe Hamburg

En revanche, sur l’Elbe  inférieur, grâce à l’habileté et à l’énergie du Maréchal Davout , nos affaires avaient pris une tour­nure favorable : le Corps de Vandamme  serrait Hamburg  de très près.

Le roi de Danemark , qui s’était enfin décidé à faire cause commune avec nous, ordonna à une Division danoise de 8 000 hommes, qui se trouvait à Altona , de se mettre à la disposition du Maréchal Davout .

Le 30 mai, nos troupes occupèrent Hamburg .

Aux termes de l’armistice du 4 juin, il était convenu qu’on adopterait pour ligne de démarcation entre les deux armées la Hatzbach  afin de laisser Breslau  comme neutre ; qu’après la Hatz­bach , on prendrait l’Oder , ce qui nous assurait la basse Silésie  pour y stationner et y vivre ; après l’Oder , l’ancienne frontière, qui avait toujours séparé la Saxe  de la Prusse , ce qui laissait en notre possession tous les Etats de la Saxe ; enfin, la ligne de l’Elbe  de­puis Wittenberg  jusqu’à la mer, sauf ce qui serait advenu des villes hanséatiques. Il fut stipulé, en outre, que les garnisons bloquées de la Vistule  et de l’Oder  seraient successivement approvision­nées à prix d’argent.

Le jour même de la signature de l’armistice, on apprit que Hamburg  et les villes hanséatiques étaient rentrées dans les mains du Maréchal Davout , ce qui nous en assurait la possession pen­dant la suspension d’armes [34].

 

 

Paris , le 25 août 1898

 

Le Chef de Bataillon Lanrezac

 

(signature)

 

Appendice 2

Ordre donné pour la journée du 19 avril – 1er mai (armée russe)

Le Corps du Général de cavalerie Blücher  formera deux colonnes. La colonne de droite se trouvera demain matin à 5 h, à Storknitz ; celle de gauche sera rendue à la même heure à Hars­dorf, non loin de Pégau. A 6 h, ce Corps aura franchi le canal et marchera dans la direction de Werben  sur Sitteln. Toutefois, la colonne de l’aile gauche traversera le canal une demi-heure avant celle de l’aile droite.

Les Corps des lieutenants généraux York  et Berg  se trouve­ront également à 5 h du matin immédiatement en arrière des colonnes du Général Blücher . Le Corps de Berg  se dirigea sur Stockwitz et celui d’York  prendra le chemin qui conduit d’Audigast sur Pégau.

Les batteries lourdes russes affectées au corps Blücher  mar­cheront en tête de la colonne de ce général qui en disposera comme il l’entendra.

Le lieutenant-général baron Wittzengerode laissera trois bataillons d’infanterie et une batterie légère pour tenir les défilés de Zwenkau. Il laissera, en outre, les deux régiments de cosaques dans la position qu’ils occupent actuellement devant l’ennemi ; si ces régiments sont assaillis par l’ennemi, ils se retireront aussi lentement que possible dans la direction de Zwenkau. Le Général Wittzengerode prescrira à l’officier qui commande qui commande à Zwenkau de rendre impraticables tous les points de passage de l’île entre Zwenkau et Leipzig  ; il se mettra en relation à ce sujet avec le général Kleist . A 6 h du matin, le reste du Corps de Witt­zengerode sera formé en ordre de bataille à Werben  où il couvrira la marche du Corps de Blücher . A cet effet, le détachement du Colonel Oclow étendra sa ligne de poste jusqu’au canal et sur­veillera la route de Weissenfels . En même temps, le Général Witt­zengerode aura sous son commandement la cavalerie de réserve prussienne et cédera à la colonne de Blücher , à Werben, sa compa­gnie d’artillerie lourde.

A sept heure du matin, la Garde  russe sera rendue à Pegau  et à Stockwitz, couvrant avec de l’infanterie et de l’artillerie légère les défilés de Steutsch, Kirsdorf, Werben  et Stockwitz ; elle for­mera la réserve de l’armée alliée.

Dès qu’il en recevra l’ordre du Général en Chef, le Géné­ral Blücher  marchera en première ligne en obliquant à gauche. Son aile gauche tâchera de gagner aussi rapidement que possible le ruisseau qui coule de Gross-Grimma à Delitsch (la Grüma).

La deuxième ligne et la réserve se conformeront exacte­ment aux mouvements exécutés par la première ligne, de façon à pouvoir la soutenir en temps opportun. Elles garderont leurs dis­tances pour ne pas avoir à souffrir du feu que l’ennemi dirigerait contre la première ligne.

Le Général Blücher  enverra immédiatement de la cavale­rie et de l’artillerie à cheval sur son flanc gauche, au-delà du ruis­seau et sur les hauteurs qui dominent la rive opposée. Pendant toute la bataille, il refusera autant que possible son aile droite qu’il appuiera au canal.

Nous prendront l’offensive de ce côté en nous avançant entre les deux cours d’eau, c’est-à-dire entre la Rippach  et le canal. Si l’ennemi cherchait à déborder notre aile droite, l’artillerie agirait immédiatement contre lui ; l’infanterie, en colonnes de bataillon, suivrait de près l’artillerie : elle serait soutenue par la cavalerie. Si l’ennemi se présentait en forces nombreuses, la cavalerie de ré­serve et l’artillerie à cheval se porteraient rapidement en avant ; l’artillerie, par son tir à mitraille, le mettrait en désordre ; la cava­lerie l’attaquerait ensuite pour le mettre en déroute.

Le Corps du lieutenant-général Kleist  n’entrera en action que lorsqu’il entendra, de nôtre côté, un feu bien nourri ; il se porterait également en avant si l’ennemi, se détournant de lui, marchait sur nous. Si, par contre, il était vivement pressé par un ennemi supérieur en nombre, il se retirerait sur Wurzen et défen­drait le mieux possible la route de Dresde . Il détruirait le pont qu’on rencontre sur cette route, ainsi que celui de la route d’Enlenburg  et resterait en liaison avec nous au moyen des cosa­ques.

Le Corps du Général d’infanterie Miloradowitch  marchera sur Zeitz . Si l’ennemi, venant de Weissenfels , se présentait en forces et dirigeait son action contre notre aile gauche ainsi portée en avant, la garde russe, placée en réserve Stentsch ferait à gauche et tomberait sur le flanc droit de l’ennemi.

En raison du terrain découvert, les Divisions de cuiras­siers et l’artillerie à cheval pourront rendre les plus grands servi­ces.

Le but principal de tous nos mouvements consistera à ga­gner le flanc droit de l’ennemi ; à cet effet, toutes les troupes de­vront appuyer à gauche en ayant comme pivot, jusqu’à nouvel ordre, le village de Stentsch. En terrain découvert, les tirailleurs surtout devront le moins possible s’amuser à tirer : les colonnes de bataillon qui les soutiennent ne devront pas non plus faire battre la charge. La cavalerie, qui sera déployée en ligne, devra profiter immédiatement de tout désordre observé dans les rangs de l’ennemi.

Chacune des brigades de l’armée alliée détachera un offi­cier d’ordonnance auprès du Général Commandant en chef, Comte de Wittgenstein  qui, pendant le combat, se tiendra à la réserve de la première ligne, entre celle-ci et la seconde ligne.

Pour le cas d’une retraite inattendue, celle-ci s’effectuera entre Altenburg  et Frohburg  : c’est pourquoi le commandant du corps de bataille et ceux des ailes reconnaitront exactement les chemins qui mènent dans ces deux directions. Tous les bagages seront dirigés sur Borna . En cas de retraite, ils iront à Dresde  par Rochlitz . Les blessés et les prisonniers seront envoyés à Froh­burg.

 

Quartier Général de Zwenckau ,

le 1er mai 1813, à 11 h ½ du soir

Signé de Diebitsch II

Général de Brigade et Quartier-maître général

 

Appendice 3

Extrait de l’Ordre donné par le Comte de Wittgenstein  avant la bataille.

Dans le cas où des troupes ennemies passeraient la Sprée  en forces, le Général Miloradowitch  se retirera sur les hauteurs entre les villages d’Auritz  et de Klein-Jenkwitz  qu’il tiendra le plus possible : si l’ennemi l’oblige à continuer sa retraite, la cavalerie, avec la batterie lourde et l’artillerie à cheval, passera derrière la ligne de bataille et se placera en réserve à gauche de la Garde  ; mais l’infanterie, avec l’artillerie légère, sous le Prince de Wur­tember g, se retirera sur les hauteurs du village de Rieschen . Dès que l’avant-garde sera arrivée sur la position principale, le comte Miloradowitch  prendra le commandement de tous les corps rus­ses de l’aile gauche.

Dans le cas où l’ennemi continuerait à se porter en avant, on devra appliquer les dispositions suivantes : si l’attaque est diri­gée contre les troupes du lieutenant général Kleist , celui-ci sera d’abord soutenu par les deux Divisions de cuirassiers et, plus tard, par les autres Corps d’armée qui exécuteront un mouvement de flanc vers la droite ; mais, si l’ennemi se jette, avec toutes ses for­ces, sur le centre de l’armée alliée, le corps du Général Kleist  et les Divisions de cuirrassiers le prendront en flanc ; les réserves et l’aile gauche soutiendront alors le Général Blücher , en faisant un à-droite. Si l’ennemi attaque notre aile gauche avec ses forces principales, le Corps de Kleist  et les deux Divisions de cuirassiers le prendront en flanc et à revers ; en même temps, le Corps de Blücher  exécutera un changement de front en portant l’aile droite en avant, pour rejeter l’armée ennemie dans les montagnes ; enfin, si l’attaque est dirigée simultanément sur les deux ailes de l’armée alliée, la majeure partie des réserves soutiendra l’aile droite du Général Blücher  qui, étant ainsi renforcée, rejettera l’ennemi dans les montagnes. Dans le cas où des forces nombreuses de l’ennemi se porteraient sur Klix , afin de couper Barclay de Tolly  du reste des troupes alliées, les deux Divisions de cuirassiers franchiront aussitôt la Sprée  pour se porter contre l’ennemi (?) Elles seront suivies par le Corps de Kleist , celui de Blücher  et par toute la première ligne de l’aile gauche sous le prince de Gortschakow II ; la deuxième ligne et la réserve d’artillerie resteront en position. Le Général Miloradowitch  prendra position à Jenkwitz  et à Baschütz  et se retirera, en cas de retraite, sur Löbau  et Reichembach. Mais, si les alliés étaient obligés de battre directement en retraite de la position qu’ils occupent, les troupes de l’aile droite, c’est-à-dire les Corps de Kliest et de Blücher  et les deux Divisions de cuirassiers se retireront sur Weissemberg  ; les troupes russes de l’aile gauche iront à Löbau et se réuniront au reste de l’armée à Reichenbach . Dès que la bataille commencera, le parc se transportera à Rei­chenbac h ; c’est sur ce point que seront évacués les blessés et les prisonniers.



[1]           En nombres ronds, l’effectif est celui des combattants sous les armes

[2]           Effectif réel de combattants est compris entre 80 et 85 000 h.

[3]           3 à 4 escadrons du 10e hussard français et 4e escadron badois.

[4]           Saxons

[5]           En nombres ronds, l’effectif est celui des combattants sous les armes

[6]           115 à 120 combattants présents sous les armes.

[7]           Brigade Wurtembergoise.

[8]           Brigade westphalienne commandée par le Général Bammiot

[9]           Du 4ème régiment de chasseurs italiens et des chasseurs de Würzburg .

[10]          Antérieurement, on en avait créé un à Iéna .

[11]          Napoléon  évaluait à 100 000 l’effectif des Corps du Maréchal Ney  ; l’effectif ne dépassait pas 85 000 hommes.

[12]          Nous avons dit plus haut que, pour le moment, Davout  ne possédait que trois Divisions.

[13]          Un détachement de 5 à 600 hommes, appartenant à une Division de cavalerie légère, qui marchait avec le 5ème Corps, suivit le Général Beaumont  afin de rejoindre sa Division.

[14]          Il paraît qu’il agit sous l’inspiration du Général Gomini  qui était son chef d’Etat-Major.

[15]          L’Empereur , dans sa lettre au Major Général, avaient indiqué d’autres dates que celles mentionnées ci-dessus :

« Je suppose, disait-il, que le Maréchal Ney  est dans le cas d’arriver bien entièrement le 19, à Hoyerswerda  ; il s’approchera de nous le 19 et le 20, il pourra se porter sur la position. »

Le mouvement n’était que difficilement exécutable dans ces conditions de temps, même si l’on ne considère que les 3ème et 5ème Corps ; c’est là sans doute la raison des modifications introduites par le Maréchal Berthier , avec l’assentiment de l’Empereur  bien entendu.

[16]         Voir le croquis 11 ter.

[17]         C’est probablement la hauteur de Manslitz , cote 147, carte au 1/100 000ème.

[18]         Leignitz , le 6 juin. L’Empereur  au Général Bertrand  : « Il est vrai que je n’ai pas été satisfait de la manière dont vos troupes se sont trouvées placées le 19 et qu’au premier coup de canon, vous ne vous êtes pas informé de ce que c’était et n’avez pas marché au secours de la Division italienne... Vous avez fait preuve, sous différentes circonstances, de talents distingués ; mais la guerre ne se fait qu’avec de la vigueur, de la décision et une volonté constante;  il ne faut ni tâtonner, ni hésiter. Employez le temps de l’armistice à bien organiser votre corps... L’expérience que vous avez acquise, quoiqu’en peu de mois, doit d’être d’un grand profit dans un esprit comme le vôtre...

« Croyez, du reste, que mes sentiments pour vous sont toujours les mêmes et que je pense qu’avec un peu d’expérience de manier les troupes, vous mériterez de moi dans l’arme de l’infanterie comme vous en avez mérité dans votre arme primitive (le Génie). »

[19]         Carte au 1/100 000ème

[20]         En nombres ronds, l’effectif est celui des combattants sous les armes

[21]          Dont 5 de réserve venus depuis Lutzen .

[22]          Dont 5 de réserve venus depuis Lutzen .

[23]          Il est impossible de déterminer le nombre de bataillons et de régiments

[24]          Ou setinas de cosaques

[25]          Soit 40 000 fantassins + 16 000 cavaliers + 6 500 artilleurs.

[26]          Nous donnons en appendice l’extrait de la partie principale de l’ordre de Wittgenstein .

[27]          C’est une manière de parler ; l’Empereur  a prescrit au Maréchal Ney  d’enlever Preititz  ; il ne lui a jamais d’enfourner sur ce point les 60 000 hommes des 3ème, 5ème et 7ème Corps.

[28]          Nous donnons à titre de renseignement sans commentaire l’exposé succinct des opérations de la bataille de Bautzen  à l’armistice de Pleisschwitz (Voir les croquis 13, 14, 15)