| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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REFLEXIONS
SUR LE RÔLE
DES FORCES AERONAVALES DANS
LA GUERRE DES MALOUINES 19
MARS - 14 JUIN 1982
Marc Isoard Au
printemps de 1982, les îles Malouines [1]
sont le théâtre de combats aussi brefs que violents entre Argentins et
Britanniques. La soudaineté apparente du conflit stupéfie le monde. Deux
pays appartenant au même « bloc » en viennent « aux mains »,
sans se déclarer formellement la guerre, pour affirmer leur souveraineté
sur l'archipel et ses dépendances.
Ce
règlement belliqueux, à une époque où la détention de moyens de
« destructions massives » tend à dissuader de déclencher des
crises majeures, souligne une réalité contingente à l'atome : la
sanctuarisation de zones précises n'empêche pas les tensions de se développer
ailleurs.
Par
sa nature, la prise de gage argentine est limitée dans l'espace et dans le
temps. Elle vise à s'emparer d'une zone géographique dont l'immunité
n'est pas assurée par la stratégie de dissuasion nucléaire britannique,
seulement prévue pour la défense du territoire métropolitain.
Pour
la première fois de l'époque contemporaine, un pays nucléaire est
ouvertement agressé par des moyens classiques auxquels ses forces armées
ne sont pas adaptées.
Pour
le gouvernement britannique, l’alternatives est : ou accepter l’impératif
argentin ou relever le défi.
Le
choix de l'affrontement impose la mise en œuvre de moyens capables de répondre
à la nature de la crise qui se situe nettement en deçà du seuil nucléaire
mais nécessite l'emploi de forces aéronavales importantes. Elles sont le
seul instrument qui permette aux « agressés » de matérialiser
leur volonté politique et d'obtenir gain de cause sur le terrain.
Peu
importe de quel côté est le droit : en recourant à la force, les
antagonistes démontrent sa fragilité et leur sert tout au plus d'alibi.
Depuis
la fin du second conflit mondial, on assiste au déploiement de « Task
Force », forces opérationnelles, dont la réussite dépend de leur
degré d'intégration interarmées.
C'est
ainsi que les Argentins et les Britanniques s'affrontent du 19 mars au 14
juin 1982 [2]. La
communauté internationale, à la fois surprise et embarrassée, se comporte
en spectatrice, plus ou moins engagée. Américains et Soviétiques, tout
d'abord étonnés par la détermination de chaque partie, n'en essaient pas
moins d'influencer le cours des événements. Les Etats-Unis souhaitent
avant tout éviter que le conflit ne provoque une opposition durable entre
les membres de leur zone d'influence : il faut donc que les
affrontements soient limités dans le temps et l'espace. L'archipel et ses
approches immédiates en seront le théâtre. L'URSS et ses alliés
latino-américains voient l'occasion d'ouvrir une brèche dans le camp
occidental. Du
rapport de force entre les deux antagonistes, mais surtout de l'attitude des
deux « supergrands », dépendra la limitation de l'escalade
militaire.
Le
Pacifique Sud ainsi qu'un archipel quasiment inhabités laissent le champ
libre aux affrontements. N'empiétant pas sur les frontières des autres
Etats riverains, ils se prêtent parfaitement au déploiement des deux armées.
L'instauration d'une zone d'exclusion totale de 200 miles [3]
puis s'étendant jusqu'à la limite des eaux territoriales argentines, définit
le cadre des affrontements.
De
plus, la courte durée du conflit n'entraîne pas les diverses réactions
perturbatrices dues à l'enlisement des troupes sur le terrain. L'effet
« rapidité » joue sur l'issue de la crise. La force l’emporte
sur la négociation. Elle n'en soulève pas moins plusieurs observations.
Si
la crise des Malouines marque l'apparition d'affrontements d'un type nouveau
pour l'époque contemporaine, elle n'est pas sans rappeler les conflits
traditionnels. Sa principale « innovation » : une puissance
nucléaire, directement agressée par un pays non nucléaire, se trouve dans
l'obligation de répondre par des moyens identiques à ceux de l'attaquant.
La
Grande-Bretagne monte une opération géostratégique ayant pour objectif la
reconquête des possessions lointaines dont on veut la spolier.
Compensant
sa faiblesse régionale, elle dépêche à quinze mille kilomètres de ses côtes,
une force d'intervention dont la mission est de lui assurer la supériorité
militaire indispensable. Celle-ci passe avant tout par la maîtrise des mers
et la capacité de projeter des forces supérieures à celles de son
adversaire sur le théâtre des opérations.
Tout
en gardant à l'esprit que la victoire remportée est conditionnée par la
cohérence d'un système interarmées ainsi que la mise en œuvre d'une
logistique impressionnante et l'utilisation militaire de l'espace, nous étudierons
le rôle déterminant que jouent les moyens aéronautiques. Les
belligérants
Situées
dans l'Atlantique Sud à 660 km des côtes argentines et 14 560 km des îles
britanniques, les Malouines et leurs dépendances (Géorgie du Sud, îles
Sandwich) nécessitent pour leur contrôle des moyens aéronavals capable
d'aligner d'importantes forces et d'assurer un soutien logistique adéquat.
Les
Argentins, géographiquement plus favorisés semble-t-il, disposent d'un
porte-avions d'attaque, le 25 de Mayo,
qui, bien qu'ancien, reste une excellente plate-forme pour appuyer les opérations
au sol et assurer la supériorité aérienne sur la zone des combats par
ailleurs relativement restreinte.
La
Fuerza Aeria Argentina (FAA) et le Commando de Aviación Naval (CAN)
alignent 274 aéronefs opérationnels dont la plupart ont un rayon d'action
leur permettant d'atteindre les Malouines.
Cependant,
la crainte d'exposer leur porte-avions inutilement, surtout après la
destruction du croiseur Général
Belgrano et la quasi-incapacité
de ravitailler en vol leurs Dagger et Skyhawk ne permettront pas aux FAA et
au CAN d'exploiter pleinement leur puissance aérienne.
De
plus, l'aéroport de Port Stanley ne peut accueillir les avions de type
Mirage III qui auraient pu assurer une protection efficace. Ainsi sur les 22
bases aériennes que compte l'Argentine, trois seulement participent aux opérations.
Seule
l'Aviación del Ejercito (aviation légère de l'armée de Terre) assure une
présence constante sur les îles ; elle est bien vite paralysée par
les actions commando des forces britanniques. Celles-ci, défavorisés par
la distance, alignent cependant des forces intégrées et modernes dont les
structures s'adaptent aux conditions stratégiques. Bien
que la stratégie du Royaume-Uni soit de prévoir un engagement militaire en
« zone OTAN », c'est-à-dire sur l'Atlantique et la Mer du Nord
ainsi qu'en Centre Europe, les moyens engagés s’avèrent suffisants.
C'est
le statut de puissance nucléaire de la Grande-Bretagne qui lui donne
paradoxalement cet avantage conventionnel. Lorsqu'un pays maîtrise l'arme
nucléaire, il dispose nécessairement de forces terrestres, aériennes et
maritimes modernes d’accompagnement.
Le
statut de la Grande-Bretagne la place au 4e rang des puissances
militaires mondiales, c'est-à-dire disposant des moyens les plus sophistiqués
de puissance lui permettant de compenser son infériorité régionale.
Le
nombre relativement faible d'avions de combat alignés 28 Sea Harrier et 14
Harrier, est compensé par une présence quasi permanente sur la zone des
combats de deux porte-aéronefs (l'Hermès
et l'Invincible) ainsi que de
deux porte-conteneurs transformés en plates-formes aéronavales (Atlantic
Conveyor et Atlantic
Causeway). Par ailleurs, les Etats-Unis annoncent qu'en cas de destruction d'un porte-aéronefs britannique, ils mettront à la disposition de la Royal Navy un navire aux capacités équivalentes (l'USS Guam). L'autre élément qui apporte un avantage décisif à la maîtrise des airs est le nombre très important d'hélicoptères engagés : 182 aéronefs à voilures tournantes participeront aux opérations alors que les Argentins n'en alignent qu'une trentaine.
Les
déplacements tactiques, la veille aérienne, la protection de la flotte
ainsi que les multiples mais indispensables missions de « servitudes »
seront à l'avantage des forces britanniques.
Enfin,
les moyens aériens de soutien logistique sont particulièrement importants :
17 avions ravitailleurs Victor K2 et 6 Vulcan B2, bombardiers à long rayon
d'action, renforcés par 4 Hercules C 130, effectuant 600 missions de
ravitaillement en vol.
L'exemple
du raid d'un bombardier Vulcan sur l'aéroport de Port Stanley à partir de
l'île de l’Ascension est révélateur. Celui-ci se déroule sur 13 000 km
et nécessite l'engagement de 10 avions ravitailleurs.
Le
transport aérien militaire est assuré par quelque 35 Hercules et VC 10 de
la Royal Air Force qui acheminent 5 907 tonnes de fret et 5 242 hommes entre
la Grande-Bretagne et l'île de l'Ascension, dernière base opérationnelle
située à 6 480 km des Malouines. Enfin,
13 Nimrod MK2 contribuent depuis l'île de l'Ascension à la surveillance
des Task Force 317 et 324 [4]. Les
Etats-Unis, pour leur part, aident les forces anglaises en faisant effectuer
des vols de reconnaissance par des SR 71 Black Birds de l'armée de l’Air
et en leur fournissant des clichés et des écoutes satellitaires. Une
opération interarmées
La
combinaison des moyens de combat, de soutien ainsi que la maîtrise de
l'espace maritime donnent la supériorité dans les airs. L'engagement des
forces aériennes dépend de plusieurs facteurs.
Aux
impératifs stratégiques et tactiques s'ajoutent les capacités opérationnelles
des belligérants ainsi que l'intégration de l'arme aérienne dans
l'appareil militaire.
Si
le théâtre des opérations est relativement limité, les forces engagées
nécessitent un impressionnant soutien logistique du fait de l’éloignement.
Ce soutien n'est concevable que par la maîtrise des mers. La
Grande-Bretagne aligne une flotte totalisant 1 085 000 tonnes et 123
navires dont 50 de combat, parmi lesquels 4 plates-formes aéronavales évoquées
précédemment.
Cependant,
la plupart des navires de combat peuvent mettre en œuvre des hélicoptères
qui contribuent à la suprématie britannique. Face
à cette « invincible armada », les Argentins ne mettent en
ligne que 29 bâtiments représentant 115 000 tonnes.
La
crainte, une fois l'invasion des Malouines terminée, est de les voir
prendre à parti par les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA)
britanniques, ils les cantonneront donc dans les ports.
La
maîtrise des mers acquise, il est possible de mettre en œuvre les moyens aériens
à partir de plates-formes situées à proximité du champ de bataille.
Ainsi
la quarantaine d'avions de combat des forces britanniques prendra
l'ascendant sur son adversaire grâce à sa rapidité de réaction ainsi qu'à
un taux de disponibilité exceptionnel (95 %).
Cette
supériorité globale, qui aboutit à la destruction de 37 % du potentiel
argentin, soit 101 aéronefs, dont un bon tiers en combat aérien, ainsi qu'à
la paralysie des défenses navales et terrestres de celui-ci, ne se fait pas
sans perte : 11 Harrier soit plus du quart des effectifs engagés. Côté
argentin, le couple Super Etendard AM 39 - Exocet cause des destructions
spectaculaires dont celles du Sheffield
et de l'Atlantic Conveyor. Il
faut aussi souligner le rôle primordial de l'arme aérienne argentine dans
les combats. La plupart des pertes en hommes et en matériels lui sont
imputables [5].
Par
ailleurs, la bravoure des pilotes argentins ne sera pas toujours récompensée.
Afin d'échapper aux défenses sol-air les Skyhawk et Dagger volent aux ras
de leurs cibles et font coup au but sans que leurs bombes, faute d’une
course assez longue, puissent s'armer : 16 navires seront ainsi mis
hors de combat dont 6 coulés.
Autre
clé du succès : la supériorité aérienne a permis l'emploi intensif
d'hélicoptères. Le corps expéditionnaire a pu s'affranchir des
contraintes du terrain accidenté et particulièrement inhospitalier en ce début
d'hiver austral. Les voilures tournantes constituent le fer de lance des
mouvements tactiques du corps expéditionnaire
britannique et permettront, une fois les têtes de pont établies après les
débarquements du 21 mai à Port San Carlos, de désorienter les défenses
argentines.
Grâce
à la flexibilité et à la puissance de leur arme aérienne, les forces
britanniques choisiront un port relativement modeste pour débarquer et
resteront à l'abri pour préparer leur assaut dans les meilleures
conditions.
Les
Anglais bénéficieront aussi d’un avantage tactique déterminant leur
permettant de prendre à revers, lors du débarquement, le dispositif
terrestre argentin d’autant que celui-ci, très peu mobile, faute de
moyens et à cause d'un relief et d'un climat hostiles, reste
essentiellement regroupé autour de Port Stanley attendant un assaut dans la
baie.
Ainsi,
la combinaison britannique de moyens navals et aériens offre une supériorité
décisive pour la victoire terrestre. L'infanterie du Royaume-Uni par
ailleurs plus fraîche, mieux équipée et ravitaillée que ses adversaires
les surprend par son aéromobilité et obtient la victoire tactique non sans
avoir âprement combattu.
L'engagement
des forces aériennes au cours de cette crise, caractérisé par sa brièveté,
bénéficie également du développement de « Crash Programs [6] »
et de l’aide matérielle des Etats-Unis.
Soixante
millions de dollars, l’équivalent de la moitié du budget annuel de l'armée
de l'Air Argentine, sont débloqués. Cette somme correspond, notamment au
don de 200 missiles AIM 9L Sidewinder, de pylônes de tir afin de les
adapter à certains avions de la RAF notamment chargés de la reconnaissance
et du transport, à 4 700 tonnes de matériel pour la reconstruction et
la mise aux normes de la piste de Port Stanley et à 51 millions de litres
de carburéacteurs.
Les
aéronefs de la Royal Air Force et de la Fleet Air Arm voient en outre
renforcées leurs capacités air-sol et air-air ainsi que leur autonomie,
par l'adjonction de perches de ravitaillement en vol.
La
guerre des Malouines, première intervention majeure depuis la fin des
guerres de décolonisation, souligne donc le besoin de disposer d'un
appareil militaire polyvalent et modulable.
Mais
l'arme aérienne, si elle assure une supériorité déterminante, ne détient
pas à elle seule les clés de la victoire. Son autonomie, comme celle de
chaque armée, est à préserver mais ne peut se concevoir sans une
collaboration stratégique et tactique très étroite, soumise au concept de
globalité des missions.
Si
cette guerre souligne que les intérêts stratégiques susceptibles de
convoitises varient selon les pays, leur protection se caractérise par des
contraintes communes. Cette
diversité rend nécessaire la possession d'une puissance militaire globale,
apte à se porter sur les différents lieux de tensions, afin de résoudre
au mieux les conflits.
En
raison de l'éloignement du territoire national, il est indispensable de
disposer d’une puissance militaire conventionnelle ayant de fortes capacités
stratégiques. Sa fonction est d'assurer la souplesse d'emploi de l'appareil
militaire ainsi que la continuité de son engagement, aussi bien dans des
actions à dominante terrestre que maritime, mais avec une parfaite coopération
interarmées. L'exploitation de la troisième dimension assure la cohérence
du système ainsi que sa souplesse et sa rapidité de réaction.
Pour
entreprendre la reconquête des îles Malouines et entretenir une force
terrestre capable de défaire l'armée argentine, il était nécessaire que
la Grande-Bretagne possède une force opérationnelle. Pour
acquérir la puissance terrestre, dans ce cas bien minime, les belligérants
doivent se rendre maîtres des mers. De cette suprématie, dépend leur
liberté d'action. Cette liberté se fonde sur la constitution d'un outil
polyvalent, adaptable à des théâtres d'opérations divers et, fortement
mobile pour compenser les insuffisances régionales. Ainsi, ne disposant que
d'une poignée d'hommes, dans l'Atlantique Sud, les Britanniques peuvent dépêcher
un corps expéditionnaire de neuf mille soldats et une armada de plus de
cent vingt navires pour rétablir leur supériorité. Les
leçons de la crise
Plusieurs remarques quant à la polyvalence des forces s’imposent après ce conflit. A la différence d'autres crises périphériques des années 70 où s'affrontent des forces locales prépositionnées se limitant à compenser les pertes subies par les belligérants et à les alimenter en fournitures de guerre, il oblige le déplacement d'appareils militaires dans leur ensemble et nécessite une forte intégration des forces.
Il
ne s'agit pas de mener une guerre par procuration mais de défendre un
espace et des intérêts nationaux situés à des milliers de kilomètres de
la métropole ; telles sont les dimensions de l'affrontement.
Les
pays confrontés à ce type de conflit occupent, par leur héritage
historique ou leur « poids » politique et économique, un rang
de puissance mondiale ou régionale. Il doivent donc disposer de capacités
militaires susceptibles d'assumer la défense de leurs intérêts. Qui
acquiert un certain rayonnement politique, s'expose à différentes tensions
qui sont d'autant plus fréquentes et intenses que l'influence du pays est
grande. Les Etats-Unis, l'URSS, le Royaume-Uni et la France en font l'expérience.
Ces nations se trouvent périodiquement impliquées dans des crises de plus
ou moins forte intensité. C'est
cependant la Grande-Bretagne qui, malgré son repli sur la seule zone européenne,
se trouve la plus directement menacée dans ses intérêts par la crise des
Malouines et joue involontairement le rôle de pionnier en matière
d'interventions extérieures. Acculée à une riposte qui, pour réussir,
doit brièvement venir à bout de l'agression argentine, elle crée
empiriquement une force d'action rapide.
L'Angleterre
est une île et par là-même, se trouve séculairement amenée à concevoir
les menaces à une échelle globale. Son passé et la situation qui en découle
l'obligent à être très attachée à la liberté de circulation maritime,
garantissant ses approvisionnements. Malgré sa politique de sanctuarisation
de la métropole, elle conserve une marine importante [7]
lui donnant, avec l'adjonction d'une flotte civile de soutien, des
possibilités d'interventions outre-mer. Un seul inconvénient subsiste :
les forces ainsi utilisées lui ôtent toute possibilité de défendre la
zone européenne pourtant jugée prioritaire pour ses intérêts. Dans le
cadre d'une crise limitée, cela ne porte pas à conséquence, du moment que
les Etats-Unis relèvent les troupes retirées à l'OTAN.
L'engagement
de la force opérationnelle britannique est un test d'efficacité pour ses
différentes composantes. C'est aussi l'occasion de vérifier la valeur des
choix de ses systèmes d'armes et matériels. Il souligne en outre la
globalité des missions que les forces conventionnelles sont appelées à
assumer. Elles vont de la défense d'une zone préparée aux hypothèses
d'interventions extérieures, souvent lointaines. Leur
instrument de prédilection est la Marine. Sur elle repose la réussite ou
l'échec des forces conventionnelles dans leur rôle géostratégique. Sans
sa participation, aviation et corps de bataille aéroterrestre ne peuvent
intervenir de façon durable et massive sur les lieux des tensions.
Essentielle à leur déploiement, elle se trouve l'élément central de la
coopération interarmées.
La
Marine permet d'établir la continuité des actions militaires en transférant
indifféremment les forces conventionnelles d'un théâtre d'opérations à
un autre. Elle étend le cadre de la confrontation en faisant de la mer
l'enjeu nécessaire à l'acquisition d'une supériorité intercontinentale.
Il
lui est donc indispensable d'aligner une flotte de combat et ses éléments
de soutien, indispensables pour
conserver la maîtrise des mers.
Passé l'effet de la surprise, la marine argentine est incapable de
participer massivement au conflit, rompant ainsi la continuité et la complémentarité
de l'appareil militaire indispensable à la poursuite des opérations.
Face
à elle se déploie un ensemble polyvalent qui, par son tonnage, se situe au
troisième rang des appareils navals mondiaux. Si la permanence de son
action est étroitement liée au soutien logistique, elle se caractérise
par sa combativité. La complémentarité [8]
des systèmes d'armes en est le fondement. De leur diversité et de leur
quantité dépend l'efficacité opérationnelle de la flotte. Elle
se traduit par une supériorité que l'on peut qualifier de verticale :
elle s'étend des profondeurs des océans à la maîtrise de l'espace aéronaval.
La marine de guerre combine l'action de sous-marins, de bâtiments de
surface et d'aéronefs à tous les niveaux du combat. C'est ainsi qu'avions,
hélicoptères et navires de surface forment, entre autres, une triade
anti-sous-marins pour leur repérage et leur neutralisation. Les mêmes
caractéristiques s'appliquent dans les domaines de la guerre de surface ou
dans les opérations surface-air et vice versa.
Cette
complémentarité s'illustre aussi dans de nombreux autres aspects :
les débarquements, les opérations aéroportées, les actions de soutien
des troupes au sol et le pilonnage d'objectifs. De là apparaît la supériorité
horizontale permettant d'assurer la projection de forces aéroterrestres
depuis la mer.
La
guerre des Malouines apporte plusieurs enseignements relatifs à l'établissement
et au maintien de la supériorité navale. Elle confirme que le rôle de la
force navale ne se résume pas à l'accomplissement de missions limitées
mais tend à leur diversification.
La
Royal Navy en fournit le meilleur exemple. En restructuration depuis plus de
vingt ans, sa tâche principale est la protection des voies maritimes du
flanc nord de l'OTAN ce qui consiste essentiellement à lutter contre les
sous-marins et à assurer une défense de zone contre les navires et aéronefs
ennemis ; le tout en liaison étroite avec les forces aériennes basées à
terre.
Durant
la campagne des Malouines, elle supporte seule toutes ces missions avec en
plus la responsabilité de reconquérir les îles. Par
chance, les insuffisances de son adversaire puis, les conditions géographiques
et climatiques dans lesquelles se déroulent les opérations, lui assurent
une certaine immunité en la mettant hors de portée de son ennemi [9].
Dès qu'elle s'engage plus avant dans des activités de débarquement ou
d'appui des troupes au sol, elle subit des pertes [10]. La plupart des pertes maritimes sont causées, tant des côtés argentin que britannique, par les aéronefs et les missiles antinavires. Dans la majorité des cas, elles sont dues à l'absence de systèmes d'alerte lointaine ou de couverture aérienne. Cela prouve la nécessité de disposer d'une composante aérienne embarquée assez nombreuse et performante.
Le
porte-avions, qu'il soit traditionnel ou dit « léger », est
irremplaçable dans la recherche de la polyvalence des forces. S'il s'avère
coûteux [11]
et offre une cible de choix, il donne néanmoins l'immense avantage
d'assurer pour une large part la protection aéronavale et anti-sous-marine
de la flotte. Le
porte-avions est aussi l'élément sans lequel toute intervention lointaine
est impossible ; ne serait-ce que dans le domaine de la couverture aérienne
ou de l'assaut héliporté [12]. Le
prétexte invoqué pour sa suppression, par exemple au profit des seuls
sous-marins nucléaires d'attaque, est irréaliste. Si le SNA voit son
« rendement » substantiellement augmenté par la propulsion nucléaire,
son rôle dans un conflit, bien que nécessaire, reste limité. La
protection (sous-marine) de la flotte ainsi que le harcèlement des bâtiments
ennemis restent ses seules missions. Bien que constituant une arme « anti-flotte »
redoutable, il ne peut assurer à lui seul la maîtrise des mers.
Certes,
le porte-avions est vulnérable. Ce n'est cependant pas une nouveauté. Les
combats de la Seconde Guerre mondiale l'ont amplement démontré. Leur vulnérabilité
aux attaques conventionnelles ne s'en est pas accrue. Cependant, ce sont ces
mêmes porte-avions qui apportent la victoire sur mer et sont, par leurs rôles
multiples, des éléments indissociables de la réalisation d'actions
lointaines. Sans cette composante de la flotte, les Britanniques n'auraient
pu mener à bien leur entreprise de reconquête.
Il
faut enfin souligner que la puissance navale peut être soumise à la menace
nucléaire. Si aux Malouines la question ne se pose pas, les confrontations
futures ne l'excluent pas. En
effet, l'existence quasiment nulle de dégâts collatéraux lors de son
emploi en mer la rend fortement probable. Elle apparaît comme l'élément
égalisateur entre deux rivaux de puissances différentes. Ainsi la crainte
qu'elle inspire se rapproche plus du jeu de la dissuasion. Mais son emploi
marquerait le début d'une escalade qui dépasserait le cadre d'un conflit
conventionnel et entraînerait une escalade politique puis militaire. A ce
niveau-là, le conflit serait stoppé net ou dégénérerait en
confrontation totale.
La
recherche de la polyvalence des forces ne se limite pas à la seule Marine.
Les conditions d'un conflit moderne imposent également le développement de
la puissance aérienne. Elle est l'élément de couverture des forces
maritimes et du corps de bataille aéroterrestre. Elle assure également la
rapidité des interventions ; que ce soit à l'intérieur des frontières ou
dans les opérations extérieures.
Comme
la Marine, elle accomplit de multiples missions, allant de la supériorité
aérienne à l'appui au sol en passant par le transport, la reconnaissance
et la lutte anti-sous-marine, qui en font une arme polyvalente. Ses
possibilités d'opérer à partir de bases terrestres ou de porte-avions
sont les principaux facteurs de sa souplesse d'emploi. Elles joignent à la
diversité des missions la mobilité stratégique, complétant le rôle de
la marine dans la recherche de la suprématie globale. Les
performances des avions de combat et de transport offrent des capacités
stratégiques non négligeables. Les notions de rapidité et de puissance
des systèmes d'armes font de l'avion un outil précieux dans les différents
aspects de la guerre. Il permet de se rendre dans les plus brefs délais sur
le théâtre des opérations par ses capacités propres ou son intégration
dans un ensemble opérationnel. Si par sa nature l'avion se place en arme spécifique,
il n'en participe pas moins au renforcement des capacités de la Marine et
de l'armée de Terre dans leurs missions de combat et de soutien.
Aux
Malouines, la force aérienne augmente la puissance de feu du corps de
bataille [13].
Pour répondre à certaines urgences, les livraisons de matériels
prioritaires s'opèrent par air [14].
Seul
point de fragilité dans la souplesse d'emploi de l'appareil aérien : le
besoin d'infrastructures au sol importantes donc vulnérables. Dans les opérations
lointaines, la possession de « bases relais » est aussi
indispensable. Si
certain avions de transport, tel le Hercules, ou de combat, tel le Harrier,
se contentent d'infrastructures relativement modestes, ce n'est pas le cas
pour l'ensemble de la composante aérienne. Ce fait se confirme durant la
guerre des Malouines. Le ravitaillement aérien de l'archipel est limité
par les faibles capacités de son aéroport. Par contre, les forces
britanniques peuvent disposer de l'île de l'Ascension, à mi-chemin des
Malouines, leur donnant la possibilité de soutenir leurs opérations aéronavales.
Sans ce relais, elles seraient privées de tout support aérien, aussi bien
en ce qui concerne le ravitaillement que la surveillance et le contrôle de
la zone des combats. Le
contrôle de points d'appui est donc indispensable à la souplesse d'emploi
de l'appareil militaire car ils lui offrent les facilités nécessaires au
support de ses interventions extérieures. L'intérêt affiché par les différentes
puissances mondiales en témoigne. La campagne des Malouines l'illustre. Ces
îles mêmes, situées aux portes du Cap Horn et contrôlant l'accès au
continent antarctique, sont l'exemple de telles positions.
La
combinaison des forces navales et aériennes ne serait pas complète sans
l'adjonction d'un corps de bataille aéroterrestre. Sa nature en fait un élément
modulaire totalement adaptable aux opérations interarmées. Qu'il soit le
rempart dressé aux frontières du pays ou le maillon final d'une force opérationnelle,
son rôle est irremplaçable.
Doté
des matériels lui assurant une très large mobilité tactique, il est
l'outil concluant toute entreprise militaire. Elément
de prédilection des luttes continentales, son adaptation aux caractéristiques
de l'aérotransport lui donne les capacités géostratégiques pour son déploiement
lors d'opérations lointaines. Il ne peut cependant s'opposer de façon
durable à un ennemi puissamment armé que par l'intervention de la Marine
qui assure le transport des hommes et des matériels. Rapidité, durée et
importance de son engagement sont étroitement liées aux capacités
maritimes et aériennes des forces armées [15].
La
triade artillerie, infanterie, cavalerie (terrestre ou héliportée) est le
fondement de sa souplesse d'emploi et de sa puissance de feu, assurant ainsi
sa supériorité tactique.
Les
forces britanniques opèrent à l'aide de ces trois éléments. Ils leur
donnent dans l'offensive sur Port-Stanley et la maîtrise des hauteurs
environnantes une extrême mobilité et une précision extraordinaire dans
les coups portés à l'ennemi. En outre, leurs systèmes d'armes antiaériens
et antinavires leur permettent d'assurer, en plus du combat terrestre, leur
propre sécurité. Elles étendent ainsi leurs capacités opérationnelles.
La
polyvalence des forces, induite par la globalité des missions, se marque
par leurs facultés à mener et à soutenir toute action dans n'importe
quelles conditions d'engagement.
Elle
se marque par la complète intégration des trois armées dans un système
d'ensemble et modulable selon la nature de la crise. Dans
le cas des affrontements périphériques, la menace s'évalue à une échelle
globale et nécessite le développement des forces conventionnelles structurées
et équipées pour se déployer n'importe où dans le monde.
La
création de Forces à Déploiement Rapide au cours des années 80 marque
cette volonté de polyvalence et d'adaptabilité de l'outil conventionnel.
Elles sont l'avant-garde destinée à circonscrire, avant qu'il ne soit trop
tard, une crise périphérique ou bien comme ce fut le cas en 1990-1991 lors
de la guerre du Golfe de se métamorphoser en armée capable de combattre et
de vaincre.
Par
là-même, les forces conventionnelles entament un processus de
restructuration destiné à leur assurer les capacités stratégiques nécessaires
dans la conduite des conflits que l'atome est impuissant à prévenir puis
à traiter.
La
Grande-Bretagne, avec l'aide discrète des Etats-Unis, monte en un temps
record une opération géostratégique limitée qui est la première
application opérationnelle des Forces à Déploiement Rapide et qui préfigure
ce que seront les appareils militaires du début du XXIe siècle. Résumé Le conflit des Malouines a été un affrontement entre une puissance nucléaire, le Royaume-Uni, et une puissance conventionnelle, l’Argentine, pour la possession d’îles à l’intérêt stratégique contestable. Le rapport de force déséquilibré entre les deux belligérants associé à l’attitude des deux superpuissances, Etats-Unis et Union soviétique, entraîne une limitation de l’escalade militaire. La victoire britannique a été conditionnée par la cohérence d’un système interarmées ainsi que par la mise en œuvre d’une logistique impressionnante avec un rôle non négligeable joué par les satellites de communication. Défiée conventionnellement, le Royaume-Uni a été obligé d’engager, à près de 15 000 km de Londres, et pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une force combinée mettant en œuvre l’essentiel de ses moyens militaires et nécessitant une très importante logistique. L’Argentine, qui a pensé pouvoir défier le Royaume-Uni, n’a pas su, malgré le courage des personnels de ses unités aériennes, inverser une situation compromise par un pouvoir politique contesté. Limité dans le temps et dans l’espace mais caractérisé par l’emploi de moyens qui préfigurent les conflits ultérieurs, la guerre des Malouines est une première application opérationnelle des forces à déploiement rapides. Summary
The
Falklands War was a confrontation between a nuclear power, the United
Kingdom, and a conventional power, Argentina, for the possession of islands
of questionable strategic value.
The imbalance in the strength of
the two belligerents, as viewed by the two super-power, resulted in a
limitation of the military escalation.
The victory of the British
forces came about as a result of the high level of coordination among the
services, an impressive transport and supply system, and the significant
role played by communication satellites.
Challenged by conventional
forces, the United Kingdom was required to send in, from a distance of over
9,000 miles, and for the first time since the end of the Second World War, a
combined force requiring the mobilization of its basic military resources as
well as very considerable transport ans supply services.
Argentina, which thought it
could defy the United Kingdom, had no chance, despite the courage of its air
crews, of changing a situation which was compromised from the start by the
political upheaval in Argentina.
Though limited in duration and
in scope, the Falklands Wae provided the first example of rapid force
deployment in time of war, and the methods employed foreshadow the character
of conflicts in the future. [1]. Dans cet article, les îles Falkland-Malvinas sont désignées sous leur nom français de Malouines. [2]. Pour une parfaite compréhension du déroulement des événements, consulter la chronologie « La guerre des Malouines au jour le jour », placée à la fin de l’article. [3]. Soit 12 miles marins. Les 188 miles s'y ajoutant en tant que zone économique exclusive ne sont pas considérés durant le conflit comme relevant de la souveraineté argentine. Cela s'explique par le fait qu'ils recouvrent en partie la zone économique exclusive des Malouines (1 mile nautique = 1,852 km). [4]. Forces opérationnelles et de soutien. [5]. Cf. la chronologie. [6]. Programmes lancés en urgence et en priorité absolue. [7]. Abstraction faite des réductions préconisées par le plan de restructuration en cours de réalisation à l’époque du conflit. [8]. Ainsi que celle des procédures de combat employées et des personnels participant à leur mise en œuvre. [9]. Exception faite des sous-marins argentins. Malgré leurs modestes performances, ils réussissent à approcher puis inquiéter la flotte britannique. [10]. Notamment dans le détroit des Malouines lors des opérations de débarquement, dans les missions de surveillance avancées, fatales aux Sheffield et Coventry et dans l'attaque d'objectifs terrestres où le Glamorgan est atteint par un Exocet tiré depuis la Côte. [11]. Par lui-même, sa composante embarquée et l'environnement en navires de surface qu'il nécessite pour sa protection. [12]. Lors des débarquements de San-Carlos et de Bluff-Cove (voir carte) les déficiences de la couverture aérienne sont à l'origine de la plupart des pertes. Les Sea Harrier en nombre insuffisant et dont l'autonomie de vol est limitée, ne peuvent l'assurer de façon permanente. [13]. Sur les 1.315 missions effectuées par les Sea Harrier FRS 1 et les Harrier GR3, 215 (90+125) sont consacrées à l'appui au sol et la reconnaissance. Les Vulcan bombardent de leur côté l'aéroport de Port-Stanley et attaquent une fois le radar argentin basé à l'extérieur de la ville. [14]. Notamment pour les livraisons d'hélicoptères indispensables au combat aéroterrestre et la lutte ASM. 23 d'entre eux sont aéroportés jusqu'à l'île de l'Ascension et sont ensuite acheminés vers le front par les bâtiments de la force opérationnelle. [15]. Essentiellement pour le transport. Le conflit des Malouines souligne la part prise par les infrastructures et matériels civils.
Chronologie de la guerre des Malouines
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