| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Le
maréchal Marmont,
Bruno
Colson
Parmi les maréchaux du Premier Empire, le nom de Marmont évoque immanquablement la défection, voire la “trahison”, d’Essonnes en 1814. Cet acte n’a certainement pas honoré Marmont, qui s’en est d’ailleurs voulu tout le restant de sa vie, mais il a suffi à noircir toute la carrière militaire du maréchal. Elle ne fut pas sans faille, effectivement. Il faudrait voir dans quelle mesure. Le paradoxe est que Marmont fut le seul des maréchaux de Napoléon à écrire un véritable traité d’art de la guerre, en plus de ses Mémoires. Intitulé De l’esprit des institutions militaires, l’ouvrage fut unanimement apprécié tout au long du xixe siècle et même jusqu’au début du xxe. Sa lecture nécessite un rappel de la carrière militaire de Marmont, car il fait de fréquentes allusions à ses campagnes. Or celles-ci, comme toute l’histoire de la période napoléonienne, ont rarement été étudiées de manière scientifique et objective. Comme l’a bien souligné Natalie Petiteau, la légende a bien davantage que l’histoire envahi les voies de la mémoire de cette époque[1]. La fascination exercée par la personnalité de Napoléon a toujours nui à l’objectivité. Les déclarations de l’Empereur, consignées dans les écrits de Sainte-Hélène, ont en particulier eu tendance à rejeter la responsabilité des échecs militaires sur les maréchaux. La correspondance de Napoléon, en grande partie publiée, a servi également aux analystes de ses campagnes, tel le général Camon. Or dans sa correspondance, reflet de sa pensée dans l’instant, Napoléon distribue facilement les blâmes et prononce des jugements de manière tranchante parce que c’est dans sa nature et qu’il est dans le feu de l’action. Les écrits de Sainte-Hélène et la correspondance ont ainsi brossé de plusieurs maréchaux un portrait sommaire qui sera bien souvent reproduit, sans que la peine soit prise de vérifier les assertions de l’Empereur. Ceci s’applique particulièrement à Marmont. Par ailleurs, celui-ci a écrit d’abondants Mémoires, publiés après sa mort, dans un but évident de justification[2]. Des réfutations parurent aussitôt, notamment sous la plume d’Albert Du Casse[3]. Charles-Augustin de Sainte-Beuve avait eu connaissance des Mémoires de Marmont avant leur parution, grâce à la comtesse de Damrémont, épouse d’un aide de camp du maréchal auquel celui-ci avait confié son manuscrit[4]. Sainte-Beuve se fit le défenseur de Marmont, attaqué lors du retour de sa dépouille en France par Pierre-Nicolas Rapetti[5]. La dimension passionnelle des écrits sur le maréchal s’est prolongée au xxe siècle, avec la parution de deux biographies favorables au personnage mais jugées médiocres, à juste titre, par Jean Tulard[6]. Cette
préface voudrait présenter succinctement le chef de guerre et l’écrivain
militaire que fut le maréchal Marmont. Elle n’a pas la prétention d’établir
la biographie que mériterait cette destinée hors du commun. Elle voudrait
tout au plus montrer la difficulté d’évaluer les talents militaires
d’un maréchal d’Empire. On a vu fort heureusement paraître quelques
travaux sérieux sur les guerres napoléoniennes. Beaucoup reste cependant
à faire. Les témoignages sur Marmont sont multiples dans les mémoires des
contemporains. Ne seront retenus ici que certains des plus représentatifs.
À côté de ces sources imprimées, certaines sources manuscrites ont été
utilisées, en l’occurrence la correspondance du maréchal pour une courte
période, lorsque celui-ci exerçait un commandement en chef en Espagne. Un
dépouillement systématique n’aurait pas eu sa place ici. DANS LE SILLAGE DE BONAPARTE, EN ITALIE ET EN ÉGYPTEAuguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont naquit à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or) le 20 juillet 1774, dans une famille de petite noblesse originaire des Pays-Bas mais implantée en Bourgogne depuis trois siècles. Son père était écuyer et servit comme capitaine au régiment de Hainaut-infanterie jusqu’en 1763. Instruit et cultivé, il était ouvert aux idées nouvelles et lisait les philosophes. Il s’occupa beaucoup de l’éducation, tant physique qu’intellectuelle, de son fils. Au collège de Châtillon, celui-ci ne se montra pas très fort en latin mais il avait des facilités et un goût prononcé pour les mathématiques et les sciences exactes. Il aimait beaucoup lire, surtout les livres d’histoire. Son ouvrage préféré était l’Histoire de Charles XII, par Voltaire, qui “faillit déranger sa raison”, tant il s’identifiait au roi de Suède et cherchait à imiter ses exploits guerriers[7]. Au commencement de 1789, le frère de sa grand-mère maternelle, le comte de Méhégan, qui était maréchal de camp, lui fit donner un brevet de sous-lieutenant dans un corps de milice, le bataillon de garnison de Chartres. Cela lui permettait de porter un uniforme pour aller achever ses humanités au collège de Dijon. C’est là qu’il fit la connaissance d’un ami de son cousin germain le chevalier Lelieur de Ville-sur-Arce : Napoléon Bonaparte, alors lieutenant au régiment d’artillerie de La Fère, en garnison à Auxonne. En 1791, Auguste Marmont suit son père à Metz, où il espère réussir le concours de l’école d’artillerie. Mais celle-ci est transférée à Châlons, et c’est là qu’il réussit son examen devant le célèbre Laplace. Le 1er septembre 1792, il est lieutenant en second au 1er régiment d’artillerie à pied, ci-devant La Fère[8]. Employé à l’armée des Alpes, il y connaît son premier combat, contre les Piémontais[9]. Il participe ensuite au siège de Toulon, où il retrouve Bonaparte, devenu chef de bataillon. Il se fait remarquer par sa grande bravoure ; le danger, loin de l’effrayer, semble être son élément. Il se distingue aussi par son instruction. Non seulement il appartient à une “arme savante” mais il a une culture générale supérieure à la moyenne. Aussi ne tarde-t-il pas à être reconnu et apprécié. Il est nommé capitaine le 12 novembre 1793. Après avoir contribué à la prise de la redoute baptisée Petit Gibraltar, le 17 décembre, il reçoit de Bonaparte le commandement de l’artillerie de l’ouvrage conquis. Bien que sa compagnie fasse partie de l’armée des Pyrénées occidentales, Marmont obtient de rester avec Bonaparte, qui vient d’être nommé général de brigade. Celui-ci, après avoir été inquiété et emprisonné suite à la chute de Robespierre, est nommé à l’armée de l’Ouest. Sur le chemin de Paris, il s’arrête quelques jours à Châtillon, où le jeune Marmont est tout heureux de présenter à ses parents un ami si haut gradé[10]. À Paris, Bonaparte apprend qu’on veut le rayer des contrôles de l’artillerie et lui donner un commandement dans l’infanterie. Il refuse, préférant demeurer sans emploi. Marmont reste avec lui. Ils forment alors, avec Junot et Bourrienne, un petit groupe désœuvré et désargenté[11]. Las de cette oisiveté, Marmont finit par solliciter une nomination à l’armée du Rhin et l’obtient. En mai 1795, il sert devant Mayence. Le lieutenant d’artillerie Jean-François Boulart (1776-1842), qui deviendra général, rapporte un épisode révélateur de certains aspects de la personnalité de Marmont : “Marmont, à qui, à l’occasion de son passage à Odernheim, je prêtai un cheval difficile pour ne pas dire rétif, en le prévenant toutefois de ses vices, voulut le monter sans précaution, se croyant un cavalier solide et nous prenant probablement pour des maladroits qui n’entendaient rien à l’équitation. Son amour-propre et sa présomption ne tardèrent pas à être punis ; deux fois de suite il fut démonté en moins d’un instant ; ses deux chutes sur le pavé furent effrayantes, mais il en fut quitte pour des déchirures dans ses vêtements, quelques contusions et une grande honte. Comme il ne se fit pas grand mal, je ne fus pas fâché de le voir puni par où il avait péché. Cela n’est peut-être pas charitable, mais pourquoi y a-t-il des rodomonts[12] ?” Cela n’empêcha pas Boulart et Marmont de se lier d’amitié. Lorsqu’ils apprirent les événements du 13 vendémiaire et le rôle que Bonaparte y avait joué, Marmont parla de celui-ci avec admiration, “et comme d’un homme appelé aux plus hautes destinées ; il en était enthousiaste[13]”. Nommé général en chef de l’armée de l’Intérieur, Bonaparte appela Marmont près de lui et le fit nommer son aide de camp, avec le grade de chef de bataillon (8 février 1796). Il ne tarda pas à obtenir un commandement plus susceptible de grandes actions : celui de l’armée d’Italie. Marmont précéda son général et était déjà aux avant-postes près de Gênes lorsque Bonaparte arriva à son quartier général, à Nice. Marmont va se distinguer particulièrement au cours de la première campagne d’Italie. Le 11 mai 1796, le lendemain de la victoire de Lodi, le commissaire du Directoire près de l’armée d’Italie, Salicetti, écrivait : “Tout le monde a fait son devoir, mais je dois à la justice la plus méritée de remarquer particulièrement le chef de bataillon Marmont et Marois, aides de camp du général en chef. Le premier qui dans toutes les affaires s’est toujours conduit avec autant d’intelligence que de bravoure, a enlevé à la tête d’un détachement de cavalerie la première pièce à l’ennemi”[14]. L’attachement de Marmont pour son chef, dont il devient le premier aide de camp, confine alors à l’exaltation. Cela transparaît dans ses lettres à ses parents : “Il est impossible de faire une campagne plus brillante, écrit-il de Cherasco le 26 avril ; nous le devons au courage de nos troupes et aux excellentes combinaisons qui ont été prises. Le général Bonaparte est heureux, et il mérite de l’être ; [...]” L’entrée triomphale à Milan, le 14 mai, le fait rêver aux triomphes des généraux vainqueurs dans l’ancienne Rome : “Nos succès sont vraiment incroyables, écrit-il à son père le lendemain. Ils éternisent à jamais le nom du général Bonaparte ; et on ne peut pas se faire d’illusion, nous les lui devons. Tout autre, à sa place, aurait été battu, et il n’a couru que de triomphes en triomphes [...] Cette campagne est la plus belle et la plus brillante qui ait jamais été faite. Elle doit être écrite et lue. Elle est savante : et ceux qui pourront la comprendre en tireront bien parti”[15]. On le voit, son intelligence, son instruction et ses lectures font comprendre à Marmont le caractère savant des manœuvres de Bonaparte : il pressent même qu’elles devront être enseignées un jour. Sur le terrain, la valeur de Marmont continue de se confirmer. Dans une lettre du 22 septembre 1796, le capitaine Joseph Sulkowski (1770-1798) le qualifie d’“excellent aide de camp du général en chef”[16]. Il a rendu de grands services à Castiglione, en commandant la “grande batterie” de douze pièces, constituée avec l’artillerie des divisions Augereau et Kilmaine[17]. Mais il est toujours dévoré d’amour-propre. Il est choqué de n’avoir pas été désigné pour porter au Directoire les drapeaux pris à l’ennemi. Il s’en explique en termes fort vifs devant Bonaparte, qui l’envoie se calmer sur la flottille chargée de reconnaître les rives du lac de Garde[18]. Le 15 septembre, Marmont se distingue à nouveau à la bataille de Saint-Georges, devant Mantoue. Il enlève la tête de pont intérieure du faubourg avec deux bataillons de grenadiers et repousse la charge d’un régiment de cuirassiers. Le lendemain, le général en chef l’envoie à Paris porter vingt-deux drapeaux autrichiens. Marmont passe par Châtillon, présente ses trophées au Directoire et est nommé colonel du 2e régiment d’artillerie à cheval, tout en restant le premier aide de camp de Bonaparte. Il le rejoint une heure avant la bataille d’Arcole. Le 17 novembre, troisième jour de la bataille, il poursuit les Autrichiens au-delà du pont, emporte le village d’Albaredo et prend deux canons[19]. Albert Du Casse en convient : Marmont était pour Bonaparte un aide de camp précieux. “Non seulement on pouvait l’employer comme officier de son arme, mais aussi l’utiliser pour des opérations de toute nature ; car il était plein d’instruction, d’activité et de bravoure, propre aussi bien à un coup de main qu’à une mission délicate”[20]. Il fut ainsi dépêché à Venise pour proposer une alliance avec la République française et remplit sa mission avec beaucoup de tact, même si elle échoua. Toujours désireux de s’instruire, il aimait parler avec Monge et Berthollet, qui accompagnaient le quartier général. Envoyé à Rome auprès du Pape, il étudia la ville autant que possible[21]. Marmont gardera un souvenir émerveillé de cette première campagne d’Italie : “Nous étions tous très jeunes, depuis le chef suprême jusqu’au dernier des officiers, tous brillants de force, de santé, et dévorés par l’amour de la gloire. Notre ambition était noble et pure ; aucun sentiment d’envie, aucune passion basse ne trouvait accès dans nos cœurs, une amitié véritable nous unissait tous”[22] [...]. Bonaparte était l’idole incontestée : “Si vous étiez à même de voir, comme moi, la grandeur et la sagesse de ses plans, la beauté de son âme, écrit Marmont à son père le 22 juillet 1797, vous auriez peine à la concevoir. Je ne crois pas qu’il puisse exister un homme qui lui soit comparable”[23]. En mai 1798, après avoir épousé Hortense Perregaux, fille d’un richissime banquier, Marmont embarque pour l’expédition d’Égypte. À Malte, il est le premier à se distinguer. Emmenant cinq bataillons, il investit la ville de La Valette, repousse une sortie et s’empare du drapeau des chevaliers de l’Ordre de Malte. Cela lui vaut les étoiles de général de brigade. À la tête d’une brigade de la division Bon, il contribue à la prise d’Alexandrie, le 2 juillet, et se bat aux Pyramides le 21. Il est ensuite gouverneur de la ville d’Alexandrie, où il révèle des talents d’administrateur et de pacificateur, cherchant à comprendre les habitants, s’occupant activement du ravitaillement, inspectant les hôpitaux[24]. Lorsque Bonaparte décide de quitter l’Égypte, laissant le commandement de l’armée d’Orient à Kléber, Marmont est du petit nombre de ceux qui l’accompagnent. Il soutient évidemment le coup d’État du 18 brumaire, même s’il n’y joue qu’un rôle secondaire, et devient un des favoris du Premier Consul. Paul Thiébault (1769-1846), qui sera général en 1800, ne se place pas à cette époque “sur la ligne de Marmont comme officier instruit ou comme orateur militaire”[25]. Le compliment n’est pas mince de la part de ce soldat-écrivain, un des plus cultivés de sa génération, auteur de romances et du premier manuel sur le service des états-majors, dont les Mémoires égratignent beaucoup de monde, comme nous le verrons plus loin à propos de la suite de la carrière de Marmont. Le 25 décembre 1799, à vingt-cinq ans, celui-ci est nommé conseiller d’État : le plus jeune de tous. Lorsque se forme au pied des Alpes, en avril 1800, l’armée de réserve destinée à intervenir en Italie, il reçoit le commandement en chef de l’artillerie. PREMIERS COMMANDEMENTS DANS LA “GRANDE GUERRE D’INVASION”La deuxième campagne d’Italie de Bonaparte inaugure une nouvelle période dans la carrière militaire de Marmont. Il va exercer désormais un grand commandement, qui constituera un des rouages essentiels des opérations de plus grande envergure que mènera le Premier Consul, puis l’Empereur, de plus en plus maître de tous les aspects, politiques et militaires, de ses campagnes. À la suite d’une première reconnaissance, le général Marescot, commandant le génie de l’armée, avait annoncé à Bonaparte que l’artillerie ne passerait le col du Grand Saint-Bernard qu’au prix d’efforts extraordinaires. Marmont accomplit d’abord un travail considérable pour établir convenablement le parc d’artillerie et organiser le service du passage. Il donna l’exemple, maniant la pioche et la hache comme un simple pionnier[26]. Le chargement des pièces sur des traîneaux, initialement prévu par le prédécesseur désigné de Marmont, le général Saint-Rémy, ne donna pas satisfaction. Un paysan rapporta alors les propos d’un vieux soldat entendus dans sa jeunesse, selon lesquels il fallait d’abord démonter tous les canons, prendre un tronc de gros sapin, l’arrondir aux deux bouts pour qu’il ne pique pas en terre, creuser dedans pour y loger la pièce, y fixer des cordages par un piquet de fer et y atteler des hommes ou des mulets. Marmont ordonna aussitôt d’abattre des sapins. Les canons furent démontés et toutes leurs pièces numérotées pour faciliter le remontage. Mais on manquait de bras pour transporter les bagages, les paysans suisses refusant de servir malgré la prime proposée par Marmont. Celui-ci ne disposait pas des moyens nécessaires pour accomplir un travail cyclopéen. Le quartier général ne secondait pas suffisamment ses efforts et Berthier jalousait son talent et son activité. Certains chefs de corps traitaient en subordonné ce général de vingt-six ans. Il s’adressa alors par lettre au Premier Consul, répondant du succès de l’entreprise si les hommes des divisions Chambarlhac et Monnier venaient le seconder. Cette aide lui fut accordée. Restait un obstacle avant de descendre dans la plaine du Piémont : le fort de Bard. L’avant-garde de Lannes avait pu passer outre mais sans artillerie. Marmont devait trouver le moyen de lui en fournir avant que le siège du fort fût entrepris. D’après Édouard Gachot, c’est lui qui imagina de fixer des tresses de foin et de paille autour des roues des canons et des caissons et de garnir la route d’une couche de fumier jusqu’à 200 mètres au-delà du fort. Un orage éclata au milieu d’une nuit et les eaux rapidement grossies de la Doire étouffaient les bruits, déjà amoindris par la paille et le fumier. Pour tromper davantage les Autrichiens, cinquante clairons et tambours devaient battre la diane à un signal convenu. Le stratagème réussit[27]. Au cours de la bataille de Marengo, le 14 juin 1800, le rôle de Marmont fut important. L’artillerie n’avait rejoint l’armée que le 12 juin[28]. Alors que la bataille était perdue, le retour de Desaix et de ses deux divisions changea la donne. Desaix estima qu’avant d’intervenir, un feu vif d’artillerie devait en imposer à l’ennemi. On put rassembler dix-huit pièces : deux de la division Gardanne, trois de celle de Watrin, huit de celle de Boudet et cinq d’origine autrichienne, prises à Montebello. Les divisions Chambarlhac et Monnier avaient perdu les leurs, de même que, semble-t-il, la Garde consulaire. Marmont organisa la batterie. Son feu fit hésiter les Autrichiens puis les arrêta. La division Boudet et les cavaliers de Kellermann les firent refluer[29]. Le 9 septembre 1800, Marmont était nommé général de division. Ses nouveaux succès devaient lui monter à la tête. Jean-François Boulart, qui n’était encore que capitaine en 3e, le retrouva à Milan en 1800 mais, comme il l’écrit dans ses Mémoires, “Sa Grandeur” ne daigna pas reconnaître son ancien camarade du blocus de Mayence[30]. Marmont servit encore en Italie, comme commandant en chef de l’artillerie, et devint premier inspecteur général de cette arme le 16 septembre 1802. À ce titre, il présida une commission chargée de revoir le matériel hérité de Gribeauval. Outre des simplifications dans les véhicules, elle proposa d’élargir la gamme des pièces mais seulement après qu’on eut procédé à certaines expériences, l’unanimité ne s’étant pas faite sur ce point. Les expériences ne se montrèrent pas concluantes et le “système de l’an XI” qui sortit de la commission ne laissa guère de traces[31]. Après la rupture de la paix d’Amiens, Marmont est désigné pour commander le camp de Zeist ou d’Utrecht, composé d’un corps français et de l’armée batave, 35 000 hommes au total, qui forment l’aile droite extrême de l’armée destinée à envahir l’Angleterre. Dans ce premier commandement indépendant, il révèle des talents d’organisateur remarquable. Bien qu’il ait conçu un dépit certain de n’avoir pas été compris dans la première promotion des maréchaux, il travailla avec ardeur et donna tous ses soins à l’habillement, à l’hygiène, à l’entraînement et aussi aux divertissements de ses soldats. Napoléon craignait que l’établissement d’un vaste camp en Hollande ne soit un foyer d’infection[32] mais Marmont réussit parfaitement. Le Belge François Dumonceau (1790-1884), fils du général comte de Bergendael qui commandait la division batave, a laissé une description admirative des revues organisées tous les dimanches par Marmont, qui avait le sens de la mise en scène : “Après avoir longé rapidement toute la ligne, composée d’environ 20 000 hommes, divisés en 28 bataillons, 12 escadrons et 5 batteries, dont une d’artillerie légère batave, le général en chef retournait se placer en face du centre, puis faisait d’abord exécuter à son commandement personnel, répété par les autres généraux, les maniements d’armes successifs par bataillons sur toute l’étendue de la ligne et ensuite passer aux évolutions d’ensemble, avec accompagnement de feux divers”[33]. Vers trois heures de l’après-midi, un grand dîner rassemblait les généraux et leurs états-majors, pendant que la foule considérable qui avait assisté à la revue circulait dans le camp et se mêlait aux soldats. Des cantines, des guinguettes et des hôtels improvisés s’étaient établis derrière le camp. On s’y restaurait et on restait attablé pendant toute la soirée, jusqu’à l’heure de la retraite militaire, annoncée par un coup de canon. Au cours de l’automne 1804, Marmont fit construire par ses troupes une pyramide carrée, en terre recouverte de gazon, de vingt mètres de haut, surmontée d’un obélisque en bois haut de douze mètres. Quatre pierres commémoratives, placées au bas des marches qui, sur les quatre faces, menaient au sommet, glorifiaient l’Empereur, ses victoires, ses gestes politiques et les troupes qui avaient construit la pyramide[34]. L’Empereur témoigna sa satisfaction : il aimait, disait-il, “à voir ces idées grandes et élevées qui caractérisent aujourd’hui le soldat français, résultat de la gloire qu’il a acquise et présage de celle qu’il acquerra de nouveau”[35]. Lorsque Napoléon renonce à l’invasion de l’Angleterre pour se retourner vers l’Autriche qui a envahi la Bavière, les troupes de Marmont deviennent le 2e corps de la Grande Armée. Elles passent le Rhin à Mayence le 25 septembre, traversent Augsbourg sous une neige précoce le 11 octobre et y sont haranguées par l’Empereur. La marche est pénible. Le soldat Pierre Robinaux (1783-1854), alors voltigeur au 11e de ligne (division Boudet), trouve difficilement de la nourriture. La plupart des habitants ont fui car les Autrichiens leur ont raconté des atrocités sur le compte des Français. Mais, écrit Robinaux, “ils ne trouvèrent parmi nous qu’humanité, protection et justice ; le général en chef, Marmont, qui commandait l’armée de Hollande, tenait une excellente discipline et chacun faisait exactement son devoir”[36]. Le 2e corps contribue à l’encerclement de l’armée de Mack à Ulm. Le 20 octobre, pour la capitulation autrichienne, les divisions Grouchy et Boudet, commandées par Marmont, sont rangées sur les pentes face à la ville. La garnison, forte de 25 000 hommes, sort et défile, tambours battant, pour se constituer prisonnière et déposer aux pieds de Napoléon 63 canons attelés et 40 drapeaux[37]. Sur ordre de l’Empereur, Marmont avait laissé sa division batave à Augsbourg pour n’emmener vers Ulm que ses deux divisions françaises. Mais il emmena aussi toute la cavalerie, les approvisionnements en cartouches et la meilleure partie des attelages d’artillerie de la division batave, sans en prévenir son commandant, le général Jean-Baptiste Dumonceau[38]. Naturellement contrarié, celui-ci écrivit à Marmont qui lui répondit aimablement, en précisant ceci : “Si vous étiez plus accoutumé à la grande guerre d’invasion, faite toujours et nécessairement avec rapidité et peu de moyens matériels, vous sauriez que constamment on emploie toutes les ressources à l’objet le plus puissant et à celui qui se présente le premier ; […] L’Empereur, qui commande en personne son armée, sait mieux que qui que ce soit ce qui convient au succès de ses opérations et il décompose et recompose son armée dans une campagne chaque fois qu’il y trouve un but d’utilité. Il n’a pas l’usage de consulter l’intérêt des généraux qu’il commande mais seulement le but unique où il veut arriver, et moi qui suis habitué à sa manière, je commanderais indifféremment aujourd’hui ou un autre jour quatre mille hommes ou vingt mille avec le même plaisir et le même empressement”[39]. Le général Dumonceau trouva les explications et les promesses diverses contenues en cette lettre obligeantes de la part d’un supérieur et en fut assez satisfait, “quoique le ton présomptueux de ses raisonnements lui déplût”[40]. On peut le comprendre et la personnalité de Marmont apparaît bien ici. Cependant, outre qu’ils témoignent toujours de l’enthousiasme de Marmont pour son chef, les “raisonnements” de cette lettre constituent aussi un beau morceau de pédagogie en matière de stratégie napoléonienne[41]. Marmont est un bon élève de l’Empereur, il exécute bien sa pensée. Napoléon le confirme lui-même dans une lettre à son frère Joseph le 15 novembre : “[…] Je me convaincs tous les jours davantage que les hommes que j’ai formés sont, sans comparaison, les meilleurs. Je continue à être fort content de Murat, de Lannes, de Davout, de Soult, de Ney et de Marmont”[42]. Au terme de la campagne, fin décembre, Dumonceau et Marmont se sépareront en très bons termes, celui-ci se montrant toujours fort aimable et obligeant. Il répétera cependant son “abus” du mois d’octobre en emmenant avec lui en Italie les obusiers, les caissons, divers objets et deux cents chevaux de trait de la division batave, alors que celle-ci regagne la Hollande[43]. Marmont a été nommé au commandement du 1er corps de l’armée d’Italie le 23 décembre 1805. Dans le Frioul, il se fait attribuer 325 000 francs sur le produit de la vente du mercure des mines d’Idria. Napoléon en est très fâché et lui ordonne de rendre l’argent. Le 13 juin 1806, il se plaint à Berthier des sommes immenses que Marmont réclame pour payer son armée[44]. Cela ne l’empêche pas de le nommer au même moment général en chef de l’armée de Dalmatie. Marmont exerce pour la première fois un commandement en chef sur un théâtre indépendant. Général en chef en DalmatieAu traité de Presbourg, l’Autriche avait dû céder au royaume d’Italie le Frioul et la Vénétie, et avec celle-ci les anciennes possessions vénitiennes d’Istrie et de Dalmatie. Pour Napoléon, c’était une porte ouverte sur la péninsule des Balkans. À l’égard de l’Empire ottoman, cela lui permettait une politique d’alliance et de conseil plus active, avec la perspective de fermer les ports du Levant aux Anglais. Ceux-ci devraient également compter avec une présence française dans les îles Ioniennes. Au besoin, les Russes pourraient être tournés par le Danube et la mer Noire, tandis qu’une autre armée les attaquerait de front par l’Allemagne. Enfin, si l’Empire ottoman s’effondrait, la France serait bien placée pour intervenir et se tailler sa part. Napoléon attachait donc une grande importance à cette région et les Russes, voyant le danger, ne cessèrent d’entretenir l’esprit de rébellion parmi les Dalmates[45]. L’administration civile fut confiée au Vénitien Vincent Dandolo qui, avec le titre de provéditeur général, s’imaginait avoir la préséance sur les militaires, ce qui entraîna des conflits permanents avec Marmont. Celui-ci était heureux d’occuper son nouveau poste. Alors que la Grande Armée était sur le pied de paix, l’Europe entière avait les yeux fixés sur le littoral de l’Adriatique car les Russes avaient débarqué à Cattaro (Kotor) en mars 1806 et 1 500 soldats français étaient assiégés dans Raguse (Dubrovnik) avec le général Lauriston. Ils furent dégagés par le général Molitor le 15 juillet. Début août, Marmont arrivait à Raguse. L’abbé Pisani a dressé de lui ce beau portrait : “C’était un brillant officier que Marmont, et de plus un homme de grand mérite ; ses façons d’homme bien élevé, qu’il devait à son éducation première, le faisaient remarquer au milieu de l’État-major impérial, rempli de gens braves et fidèles, mais trop souvent grossiers et incapables de faire autre chose que la guerre. Marmont avait au contraire des talents de diplomate et d’organisateur, dont il avait déjà eu, à plusieurs reprises, l’occasion de donner les preuves. Cependant, pas plus que personne, il n’était exempt de défauts ; son orgueil, comme celui de Dandolo, était sans bornes ; il était avide de gloire, mais aussi de vaines satisfactions d’amour-propre ; il aimait à parader, à se faire applaudir et acclamer. Pour grossir ses mérites, il ne se faisait aucun scrupule de défigurer la vérité, soit qu’il racontât ses exploits, soit qu’il parlât de ceux des autres ; si une mesure sage ou une action d’éclat méritaient l’attention, il en revendiquait le mérite : Me, me adsum qui feci … les faiblesses, les imprévoyances étaient toujours le fait de ses lieutenants ; aussi Marmont était-il détesté de ses camarades et de ses subordonnés immédiats, mais il avait pour lui le troupier, auprès duquel il soignait sa popularité. Quand il paraissait sur le front de bataille, revêtu d’un uniforme étincelant, sa belle prestance, ses formes athlétiques, sa parole vibrante enflammaient les soldats, qui croyaient voir autour de ce beau général un reflet de l’auréole de l’Empereur”[46]. Marmont trouve une armée en piètre état : des hôpitaux encombrés, des services d’approvisionnement insuffisants, des vivres de mauvaise qualité, des employés montés les uns contre les autres. En quelques semaines, il réorganise tout. Il dispose d’environ 13 000 hommes. Début septembre 1806, la guerre menaçant entre la France et la Prusse, il reçoit l’ordre d’abandonner Cattaro, de s’établir fortement à Raguse et de concentrer ses troupes plus au nord, autour de Zara (Zadar), dans l’hypothèse de complications avec l’Autriche. Les Russes et les Monténégrins tentent de couper la route de Raguse. Les 29 et 30 septembre, Marmont les contre-attaque avec succès à Castelnuovo, tournant leurs positions à travers les montagnes. Il ramène ensuite ses troupes vers Raguse, dont il améliore les défenses[47]. Il s’occupe avec une grande activité du bien-être de ses hommes. L’escadre russe quitte le pays à la fin de l’année 1806. Si la lutte continue sur mer avec l’Angleterre, la Dalmatie connaît en 1807 une période de calme relatif. Dans cette région sauvage et inculte, Marmont va en profiter pour réaliser une œuvre civile remarquable. Il encourage l’industrie, le commerce et l’instruction publique, fait construire des hôpitaux et surtout améliore le réseau routier. Ses relations avec le provéditeur Dandolo sont moins tendues et sa collaboration permet d’associer les populations à cette entreprise. L’émulation est suscitée parmi les soldats français : Marmont rappelle l’exemple des armées romaines, habituées à employer ainsi leurs loisirs, et annonce que chaque régiment aura son nom gravé sur une plaque de marbre dans la partie de la route qu’il aura construite[48]. Près de 120 kilomètres de routes restèrent ainsi témoins du passage de l’armée française. L’Empereur se montra très satisfait de cette preuve du zèle de Marmont[49]. Ce dernier suscita l’admiration de tous les habitants, qui en firent un personnage légendaire, un général bâtisseur à l’image de Trajan en Pannonie. Il circula longtemps parmi eux cette sorte d’apologue : “Marmont est monté à cheval et a dit : Qu’on fasse les routes ; et, quand il en est descendu, les routes étaient faites”[50]. Son prestige augmenta encore avec la clémence dont il fit preuve envers des insurgés condamnés à mort par une cour martiale. En mars 1808, le pacificateur de la Dalmatie reçut le titre de duc de Raguse. La seule ombre à ce tableau provenait de ses dépenses. Sans que sa probité puisse être mise en doute, son train de vie inquiétait Napoléon, qui se demandait aussi si les troupes étaient régulièrement payées[51]. Marmont a donné une explication de son train de vie en campagne : “Afin de rendre supportable la carrière agitée et errante que j’ai menée, j’ai toujours eu pour principe de m’arranger dans chaque circonstance comme si je devais passer ma vie dans la situation présente. Cette habitude m’a toujours procuré des jouissances, du bien-être, et m’a préservé de l’ennui”[52]. Mais cela n’impliquait pas uniquement une vie de fêtes et de réceptions. En Dalmatie, il consacra beaucoup de temps à l’étude. Il avait toujours avec lui une bibliothèque choisie de six cents volumes, dont profitaient aussi les officiers de son entourage. Il recommença en particulier à étudier l’histoire et lut avec plus de méthode et de fruit qu’autrefois[53]. [1] Natalie Petiteau, Napoléon, de la mythologie à l’histoire, Paris, Seuil, 1999, pp. 11-14. [2] [Marmont], Mémoires du duc de Raguse de 1792 à 1832 imprimés sur le manuscrit original de l’auteur, 9 vol., Paris, Perrotin, 1857 ; les tomes II et III portent le titre : Mémoires du maréchal duc de Raguse …, les tomes IV et suivants, Mémoires du maréchal Marmont duc de Raguse … ; à partir du tome IV, 1792 à 1832 devient 1792 à 1841 ; Jean Tulard et al., Nouvelle bibliographie critique des Mémoires sur l’époque napoléonienne, écrits ou traduits en français, Genève, Droz, 1991 (Hautes Études médiévales et modernes, 67), pp. 196-197. [3] [Albert Du Casse], Le maréchal Marmont, duc de Raguse, devant l’histoire. Examen critique et réfutation de ses Mémoires d’après des documents historiques, la plupart inédits, Paris, Dentu, 1857. La famille impériale réagit violemment aux assertions du maréchal Marmont et Albert Du Casse s’en fit le porte-parole. Il était proche de Jérôme Bonaparte et avait notamment publié, parmi ses nombreux travaux sur l’époque napoléonienne, les Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph (10 vol., Paris, Perrotin, 1853-1854) et ceux du prince Eugène de Beauharnais (10 vol., Paris, Lévy frères, 1858-1860). Voir aussi Paul-Mathieu Laurent, dit Laurent de l’Ardèche, Réfutation des “Mémoires” du maréchal Marmont, duc de Raguse, Paris, Plon, 1857. [4] Charles-Augustin de Sainte-Beuve, “Le maréchal Marmont, duc de Raguse”, Le Constitutionnel, 5, 12 et 19 avril 1852, reproduit dans les Causeries du Lundi, 4e éd., 15 vol., Paris, Garnier, s.d., VI, pp. 1-63. [5] Pierre-Nicolas Rapetti, La défection de Marmont en 1814, Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1858. Né à Bergame en 1812, Rapetti était docteur en droit. Il fut secrétaire de la commission chargée de publier la correspondance de Napoléon Ier sous le Second Empire. [6] Pierre Saint Marc, Le maréchal Marmont, duc de Raguse 1774-1852, Paris, Fayard, 1957 ; Robert Christophe, Le maréchal Marmont, duc de Raguse, Paris, Hachette, 1968. La seconde biographie, plutôt populaire et romanesque, n’apprend rien sur la pensée militaire de Marmont. Si la première n’apporte pas beaucoup plus et sent le plaidoyer, elle a au moins le mérite de signaler les principales sources d’archives, dont les papiers du maréchal (68 liasses), qui se trouvent à la Bibliothèque municipale de Châtillon-sur-Seine ; Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, 2e éd., Paris, Fayard, 1977, p. 200. [7] [Marmont], Mémoires …, I, p. 14. On croirait entendre le prince de Ligne (1735-1814), que “Charles XII et Condé empêchaient de dormir” (Charles-Joseph de Ligne, Fragments de l’histoire de ma vie, tome I, établissement du texte, introduction et notes par Jeroom Vercruysse, Paris, Honoré Champion, 2000, p. 54). Les vocations militaires ont souvent le même point de départ. [8] Georges Six, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux de la Révolution et de l’Empire (1792-1814), 2 vol., Paris, Saffroy, 1934, II, p. 158. [9] Albert Du Casse, “Marmont (Auguste-Frédéric-Louis Viesse de)”, [Michaud], Biographie universelle ancienne et moderne, nouvelle éd., 45 vol., Paris, Delagrave, s.d., XXVII, p. 19. [10] Napoléon s’en souviendra à Sainte-Hélène : “J’ai logé chez le père de Marmont. C’était un bien brave homme !” (Gaspard Gourgaud, Sainte-Hélène. Journal inédit de 1815 à 1818, 2 vol., 3e éd., Paris, Flammarion, 1899, I, p. 447). [11] Louis Chardigny, Les maréchaux de Napoléon, Paris, Tallandier, 1977, p. 33. [12] [Boulart], Mémoires (1792-1815) du général d’artillerie baron Boulart, réédition de l’édition originale de 1892, présentation de Jacques Jourquin, Paris, Tallandier, 1992, pp. 14-15. [13] Ibid., p. 15. [14] Lettre citée par J. Margerand, Les aides de camp de Bonaparte, 1793-1804, Paris, Pierre Bossuet, 1931, pp. 27-28. [15] Lettres citées dans [Marmont], Mémoires …, I, pp. 318, 322-324. [16] Marcel Reinhard, Avec Bonaparte en Italie. D’après les lettres inédites de son aide de camp Joseph Sulkowski, Paris, Hachette, 1946, p. 120. [17] Bernhard Voykowitsch, Castiglione 1796. Napoleon Repulses Wurmser’s First Attack, Maria Enzersdorf, Autr., Helmet Military Publications, 1998, p. 75. [18] A. Du Casse, “Marmont …”, p. 20. [19] Lettre de Joseph Sulkowski, Milan, 2 décembre 1796 (M. Reinhard, op. cit., p. 181). [20] A. Du Casse, “Marmont …”, pp. 20-21. [21] [Marmont], Mémoires …, I, pp. 262 et 289, 264. [22] Ibid., I, p. 296. L’historien italien Guglielmo Ferrero a partiellement démystifié le caractère “miraculeux” de la première campagne d’Italie en soulignant notamment que les Piémontais se croyaient trahis et ne voulaient pas se battre. Son explication de l’exaltation particulière des soldats français victorieux peut s’appliquer à Marmont : “Les jeunes soldats d’Italie ne savaient pas qu’ils étaient arrivés en quatre semaines de Montenotte à Milan parce que la cour de Turin avait jeté les armes au moment où elle pouvait détruire leur petite armée ; ils avaient cru à l’apparence des événements, flatteuse pour leur amour-propre, et aux proclamations ampoulées de leur général : qu’ils auraient remporté une si rapide victoire parce qu’ils étaient tous des héros ! Ajoutez la beauté et la richesse incomparables du pays, que ces héros avaient conquis en un mois ; et cette merveilleuse Vénétie, où la civilisation qualitative de l’Ancien Régime avait atteint sa perfection suprême et dont les femmes étaient, elles le sont encore aujourd’hui, parmi les plus belles du monde … Ajoutez l’abondance des vivres, qui avait succédé aux mélancoliques abstinences de la stérile côte ligurienne ; et les facilités du pillage … Un théâtre de guerre limité, en grande partie couvert de collines ; un pays riche, fertile, peuplé, surabondant en tout ; une armée petite, jeune, ardente : Guibert et Bonaparte ne retrouveront jamais plus un ensemble de circonstances si favorables pour opposer la vitesse à la masse, pour lancer l’esprit à l’assaut de la matière” (G. Ferrero, Bonaparte en Italie (1796-1797), Paris, 1936 ; Éditions de Fallois, 1994, pp. 87-88). [23] Lettre citée par P. Saint Marc, op. cit., p. 30. [24] Ibid., p. 46. [25] [Thiébault], Mémoires du général baron Thiébault 1792-1820 [extraits], introduction et notes de Robert Lacour-Gayet, Paris, Hachette, 1962, p. 149. [26] Édouard Gachot, La deuxième campagne d’Italie (1800), Paris, Perrin, 1899, p. 82. [27] Ibid., pp. 134-135, 138-141, 143, 158, 198 et 208-210. Curieusement, le rôle de Marmont n’est guère évoqué dans une étude plus récente : Karl A. Frey, “Le fort de Bard, mai 1800 : une fâcheuse affaire”, Revue historique des armées, n° 181, 1990-4, pp. 48-53. [28] Caspar J. M. R. de Cugnac, La campagne de Marengo, Paris, Chapelot, 1904, p. 190. [29] É. Gachot, La deuxième campagne d’Italie …, pp. 301-305 ; Allain Bernède, “Autopsie d’une bataille : Marengo, 14 juin 1800”, Revue historique des armées, n° 181, 1990-4, pp. 42-43. [30] [Boulart], Mémoires …, pp. 306-307. [31] Bernard Cazelles, “Artillerie”, Dictionnaire Napoléon, sous la dir. de Jean Tulard, Paris, Fayard, 1987, p. 129. [32] Lettre de Napoléon à Marmont, Saint-Cloud, 27 germinal an XII (17 avril 1804), citée dans [Napoléon], Correspondance de Napoléon Ier publiée par ordre de l’empereur Napoléon III, 32 vol., Paris, Plon et Dumaine, 1858-1870, IX, n° 7.691, p. 329. [33]
[Dumonceau],
Mémoires du général comte François
Dumonceau, I. 1790-1811,
publiés d’après le manuscrit original par Jean Puraye, Bruxelles,
Brepols, 1958, p. 51. [34] Le monument fut appelé “Montagne Marmont” (Marmontberg) ou “Pyramide d’Austerlitz”. Un particulier le fit restaurer à la fin du 19e siècle (J. Puraye, dans [Dumonceau], Mémoires …, pp. 58-60). [35] Lettre de Napoléon à Marmont, Saint-Cloud, 10 brumaire an XIII (1er novembre 1804), citée dans [Napoléon], Correspondance …, X, n° 8.152, p. 39. [36] [Robinaux], Journal de route du capitaine Robinaux, 1803-1832, publié par Gustave Schlumberger, Paris, Plon-Nourrit, 1908, p. 33. [37] Henry Lachouque, Napoléon à Austerlitz, Paris, Guy Victor, 1961, pp. 109, 142-143. [38] [Dumonceau], Mémoires …, pp. 86-87. [39] Lettre de Marmont à Dumonceau, Schwanstadt, 12 brumaire an XIV (3 novembre 1805), citée dans Ibid., pp. 110-111. [40] Ibid., p. 111. [41] Outre l’énonciation de certains “principes de la guerre” (objectif, unité d’action, économie des forces), on relèvera aussi le “peu de moyens matériels”. C’est “l’esprit à l’assaut de la matière”, pour reprendre la belle expression de Guglielmo Ferrero (cf. supra la note 22). [42] Lettre de Napoléon au prince Joseph Napoléon, Schönbrunn, 24 brumaire an XIV (Napoléon Ier, Lettres inédites (an VIII-1815), publiées par Léon Lecestre, 2 vol., Paris, Plon, 1897, I, p. 62). [43] Le général Dumonceau se plaignit auprès du maréchal Augereau des “procédés” de Marmont. Celui-ci avait aussi emmené avec lui cent vingt-cinq soldats du train mais Dumonceau ne put en donner “une notice exacte, vu que cette partie du service se trouvait dans le plus grand désordre au corps d’armée du général Marmont” ([Dumonceau], Mémoires …, pp. 170 et 176). [44] Lettre de Napoléon à Berthier, Saint-Cloud, 13 juin 1806, citée dans [Napoléon], Correspondance …, XII, n° 10.357, p. 463. [45]
Paul Pisani, La Dalmatie
de 1797 à 1815, épisode des conquêtes napoléoniennes, Paris,
Alphonse Picard et Fils, 1893, pp. 145-146.
[46] Ibid., p. 193. [47] Ibid., pp. 258-262 ; René de Lachadenède, “La France en Illyrie et les opérations maritimes côtières”, Revue historique des armées, n° 146, 1982-1, p. 79. [48] [Marmont], Mémoires …, III, p. 38. [49] Lettre de Napoléon au général Dejean, Saint-Cloud, 31 juillet 1807, citée dans [Napoléon], Correspondance …, XV, n° 12.964, p. 460. [50] P. Pisani, op. cit., pp. 265, 268-272. [51] Lettres de Napoléon au prince Eugène, La Malmaison, 12 avril 1806, Saint-Cloud, 21 avril, 13 juin et 9 août 1806 ; au ministre de la Guerre Clarke, Paris, 16 février 1808 ; à Marmont, Bayonne, 8 mai 1808, citées dans [Napoléon], Correspondance …, XII, n° 10.089, pp. 277-278, n° 10.115, pp. 296-297, n° 10.358, pp. 464-465 ; XIII, n° 10.628, pp. 59-60 ; XVI, n° 13.563, p. 333 ; XVII, n° 13.833, p. 79. [52] [Marmont], Mémoires …, III, p. 123. [53]
Idem.
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