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RIHM
 

 

 

Le maréchal Marmont, chef de guerre
et écrivain militaire

 

Bruno Colson

 

 

 

De Zara à Znaïm et le bâton de Maréchal

À la fin de l’année 1808, alors que se répandent les rumeurs d’une nouvelle guerre avec l’Autriche, les troupes de Marmont sont regroupées autour de Zara, face à la frontière de l’empire des Habsbourg[1]. De solides garnisons sont installées à Raguse et à Cattaro. Marmont songe à armer les Croates et réclame 15 000 fusils. Par l’intermédiaire du général Clarke, ministre de la Guerre, Napoléon lui fait répondre que cette demande est bien prématurée et bien hasardeuse. Les Croates ne sont pas sûrs et il ne faut pas en armer plus d’un millier. La légèreté de Marmont, dans une affaire de cette importance, lui paraît “fort extraor­dinaire”[2]. Le 27 janvier 1809, Marmont reçoit l’ordre de former deux divisions, de quatre régiments chacune, et d’être prêt à se porter sur le flanc gauche de l’armée autrichienne qui cherche­rait, en Italie, à défendre la ligne de l’Isonzo face à l’armée du prince Eugène de Beauharnais. Les Autrichiens prennent l’offen­sive dans les derniers jours d’avril. Le 30, Marmont se porte en avant. Il compte fixer de front ses adversaires et les tourner en même temps avec la brigade du général Soyez. Mais le général autrichien Stoïcevitch est averti de la manœuvre et dépêche une colonne de soldats d’élite pour attaquer Soyez par le flanc. Celui-ci subit des pertes importantes et est contraint de reculer pour revenir à sa position de départ. L’échec de Marmont dans ce combat de Kravni-Brod n’est pas trop grave dans la mesure où, apprenant le soir du 30 avril la défaite du prince Eugène devant l’archiduc Jean à Sacile le 16, il doit de toute façon rompre le combat, reculer et attendre de nouveaux ordres[3].

Il prend sa revanche le 16 mai, après avoir appris que l’armée d’Italie s’est remise en marche. Son armée se présente une nouvelle fois au pied des montagnes où l’ennemi est posté, ainsi que le raconte Marc Desbœufs (1782-1859), sergent-major au 81e de ligne : “Le général dirigea les pièces et une partie des troupes contre les batteries, afin que les Autrichiens, qui ne croyaient pas qu’il fût possible de passer ailleurs que sur la route, y portassent leurs principales forces. Ce stratagème ayant réussi, le 23e régiment, qui formait la tête de colonne à droite, s’élança tout à coup sur le mont Kita avec une audace et une rapidité sans égales ; le manque de sentiers et le feu roulant des grenadiers hongrois ne purent l’arrêter et ces braves soldats, chargés d’un poids énorme que la gloire leur rendait plus léger, couronnèrent en moins d’une heure la cime du mont. Chacun de nous sembla avoir emprunté des ailes pour les suivre. Vainqueurs des lieux et du fardeau, nous le fûmes bientôt de l’ennemi. Le général Stoïcevitch, qui était accouru sur ce point, fut pris avec six cents hommes. Les Autrichiens, privés de leur chef et tournés par leur gauche, se retirèrent en toute hâte ; la nuit favorisa leur fuite. Je vis le général Stoïcevitch ; c’était un vieillard vêtu simplement et qui paraissait consterné”[4]. On voit que Marmont a su entretenir un moral très élevé dans son armée. Il a fait preuve d’habileté, il a manœuvré, au lieu de prendre le taureau par les cornes.

Il répète son mouvement tournant en utilisant des sentiers de montagne le 17 mai devant Gracac (ou Gradschatz), contrai­gnant les défenseurs d’une redoute à évacuer celle-ci. Marmont reçoit une balle dans la poitrine au cours de ce combat mais la blessure est légère et il peut remonter à cheval. Les Autrichiens contre-attaquent vigoureusement à Gospic le 21. Dans ce pays montagneux et hostile, dépourvu de ressources, l’armée de Dalmatie est dans une position critique, malgré sa progression. L’obstination des Autrichiens à défendre chaque position rend vraisemblable l’arrivée prochaine de renforts. S’ils perdent beaucoup de monde, chaque jour de retraite leur donne tous les hommes du pays qu’ils parcourent en se retirant. Ils consomment tous les vivres ou les emmènent avec eux. L’armée française vit sur les huit jours de vivres portés dans le sac des soldats. Marmont va sortir de cette position par une “manœuvre merveil­leuse”, écrit l’abbé Pisani. Il feint de dédaigner Gospic et prend une direction latérale, qui le rapproche des principaux magasins de la région et des Turcs. Les Autrichiens veulent empêcher ce mouvement et gagner les Français de vitesse. C’est ce que le duc de Raguse attendait : par un rapide mouvement de flanc, il se retourne sur Gospic, où il fait prisonniers un millier de Croates et où il trouve des magasins abondamment pourvus. Cette fois, il est sorti du défilé qu’il a suivi pendant huit jours et devant lui s’ouvrent plusieurs routes. Pour les défendre toutes, les Autri­chiens doivent diviser leurs forces et il suffit qu’ils en laissent une libre pour que les Français en profitent. Le 28 mai, Marmont entre à Fiume. Il a encore 9 664 hommes sous les armes[5].

À Laybach le 3 juin, il reçoit d’importants renforts. Le général autrichien Chasteler évacue à ce moment le Tyrol et cherche à se frayer un passage sur les derrières de l’armée du prince Eugène. Il eût été perdu si Marmont avait marché plus vite. Séjournant du 3 au 16 juin à Laybach, celui-ci laisse également filer les troupes de Giulay, détaché sur la Croatie par l’archiduc Jean pour y lever des milices. Giulay rassemble finalement 20 000 hommes sous les murs de Graz, espérant y empêcher la jonction de l’armée d’Italie avec Marmont. Mais ce dernier, mis au courant, accélère sa marche, passe la Drave et arrive près de Graz, où le prince Eugène a laissé la division Broussier. Grâce à la résistance acharnée du 84e de ligne, assailli soudain par toutes les forces de Giulay et qui pourra faire graver sur son aigle Un contre dix, la jonction peut s’opérer entre l’armée de Dalmatie et l’armée d’Italie. Marmont continue vers Vienne et rejoint Napoléon dans l’île de Lobau le 1er juillet.

Sa marche depuis Zara a été jugée lente par Jomini, qui lui a reproché d’être resté trop longtemps à Laybach. Il se serait montré plus actif dans sa marche sur Graz[6]. Ses informations sont incomplètes car Napoléon reprocha précisément à Marmont la lenteur de sa marche sur Graz, où il n’était pas encore le 27 juin, alors que Jomini l’y fait arriver le 24. Marmont rejeta la faute sur un de ses divisionnaires, le général Montrichard, qui refusa de marcher le 25. La réprimande de l’Empereur fut sévère : “Monsieur le duc de Raguse, le 27, vous n’étiez pas à Gratz. Vous avez fait la plus grande faute militaire qu’un général puisse faire. Vous auriez dû y être le 23 à minuit, ou le 24 au matin. Vous avez dix mille hommes à commander, et vous ne savez pas vous faire obéir ; au fond, votre corps n’est qu’une division. Je crois que Montrichard n’est pas grand’chose ; mais vous avez mauvaise grâce à vous plaindre. Que serait-ce si vous commandiez cent vingt mille hommes ? [] Il faut plus d’activité et plus de mouvement qu’il ne paraît que vous vous en donnez pour faire la guerre”[7]. Comment Louis Madelin peut-il alors écrire que Marmont avait accompli une marche “aussi ferme qu’heureuse”[8] ? Abordant le point de vue autrichien, Gunther Rothenberg estime que Marmont a mené une défense active contre Stoïcevitch, qu’il a réussi à rendre son armée très mobile en réquisitionnant les mules et en ne laissant des garnisons que sur quelques points importants. Il signale aussi que, dans son “avance rapide”, Marmont s’est assuré du concours des Bosnia­ques qui ont mené des raids plus à l’est contre les confins mili­taires autrichiens, provoquant la désertion de nombreux hommes de Stoïcevitch, désireux de protéger leurs villages[9].

À l’opposé, dans une étude qui reste sans doute la plus complète en français sur l’ensemble de la campagne de 1809, le général Buat fustige les lenteurs de Marmont durant toute sa marche depuis Zara. Il écrit, certes, dans le contexte des années 1900, où le culte de la guerre napoléonienne conduit à incriminer les généraux dès qu’ils n’agissent pas avec la rapidité exigée par l’Empereur. Mais le général Buat analyse minutieusement les opérations et s’appuie à la fois sur la Correspondance publiée de Napoléon, sur les Mémoires de Marmont et sur les archives de la Guerre. Marmont, selon lui, inaugura dès le 19 mai à Gradschatz “la série de ses lenteurs”[10]. Après sa victoire de Gospic, “il ne mit aucune ardeur à exploiter son succès”. Marmont accusa plusieurs fois le général Montrichard de n’être pas présent au moment désiré. Mais l’Empereur lui fit répondre que les ordres avaient certainement été mal donnés. Du reste, Marmont avait person­nellement réclamé l’affectation de Montrichard à l’armée de Dalmatie. Il laissa échapper Chasteler, malgré les ordres de l’Empereur et d’autres lettres du prince Eugène et du général Rusca, qui commandait à Villach et à Klagenfurth[11]. Enfin, le général Buat ajoute à la critique par l’Empereur de la marche trop lente sur Graz l’indignation du général Broussier. Celui-ci, outré d’avoir été abandonné à lui-même devant Graz, récusa l’autorité de Marmont. Il fallut que Berthier le ramenât au calme et lui fît savoir que l’Empereur espérait qu’il n’y aurait “aucun tiraillement”[12]. Conscient de n’avoir pas été exactement à la hauteur des espérances de Napoléon, Marmont lui écrivit qu’il “payerait volontiers au prix de tout son sang le bonheur de le satisfaire à l’avenir”[13].

L’armée de Dalmatie est placée au centre du dispositif fran­çais à Wagram le 6 juillet, mais en soutien. Marmont s’entend fort bien avec le général Macdonald, qu’il doit appuyer[14]. Albert Du Casse, pourtant peu prodigue d’éloges envers Marmont, estime qu’il se montra très brillant durant la bataille[15]. Il contint l’ennemi au centre lorsque Macdonald dut opérer un changement de front pour s’opposer aux Autrichiens qui poussaient Masséna à l’extrême gauche de la ligne française. Après la bataille, Napoléon vint se placer au milieu des troupes de Marmont. Il y eut tout d’un coup une alerte, comme cela se produisait parfois après une journée de combat. Mais les soldats du duc de Raguse, parfaitement disciplinés, coururent aux armes, formèrent leurs rangs et en imposèrent tellement que tout rentra dans l’ordre. Comme elle avait été peu engagée à Wagram, l’armée de Dalmatie, devenue le 11e corps de l’armée d’Allemagne, fut à l’avant-garde de la poursuite de l’ennemi. Elle marcha assez lentement et Napoléon le reprocha à Marmont[16]. Celui-ci arriva le 10 juillet à Znaïm, où il trouva en face de lui une grande partie de l’armée autrichienne. Dans la nuit du 10 au 11 juillet, Napoléon fit de nouvelles remontrances au duc de Raguse. Celui-ci n’avait envoyé qu’un seul officier pour avertir l’Empereur de sa position : il devait en envoyer trois à demi-heure de distance les uns des autres. Sur les ponts qu’il avait franchis à Laah, il n’avait laissé ni commandant ni garnison, pas même un poste. Des hussards autrichiens rôdant dans les parages auraient pu les détruire et sa retraite eût été compro­mise : Vous n’avez pas appris cette insouciance en servant avec moi”, lui lançait-il. Il aurait dû demander avec plus d’insistance au maréchal Davout de l’appuyer avec son 3e corps[17]. Marmont répondit qu’il avait d’abord cru n’avoir devant lui qu’une simple arrière-garde. Lorsqu’il s’est rendu compte, après deux heures de combat, qu’il avait affaire à environ 30 000 hommes, Masséna était là pour marcher à eux et il se trouvait “encore à même d’obtenir les plus grands succès sans secours”. Plus tard, apercevant encore 30 000 hommes à une lieue de lui, il a jugé nécessaire le concours de Davout et lui a écrit en toute hâte[18]. Pour le général Buat, Marmont “fit preuve d’une parfaite compréhension de la situa­tion”. Il s’efforça d’inquiéter les Autrichiens, de les maintenir en face de lui et de leur donner le change sur sa faiblesse. Il réussit à retarder leur marche. Il ne pouvait faire davantage. L’absence du 3e corps de Davout sur le champ de bataille de Znaïm, écrit Buat, “est bien plutôt imputable à l’Empereur qu’à Marmont qui, simple général, ne pouvait guère se croire autorisé, qu’à bon escient, à adresser des lettres ‘pressantes’ à un maréchal et surtout à un homme du caractère de Davout”[19].

À dix heures du matin le 11 juillet, Napoléon rejoignit Marmont devant Hödnitz et tous deux montèrent sur le plateau de Zuckerhandel. Les Autrichiens furent culbutés dans l’après-midi et demandèrent un armistice que Napoléon accorda[20]. Le lendemain 12 juillet, Marmont alla voir l’Empereur. Celui-ci était radieux : la dure campagne de 1809 était terminée. Mais, tel un maître avec son élève, il le loua et le blâma tour à tour pour ses opérations de la veille et de l’avant-veille. Il entra ensuite dans le détail de sa marche depuis la Croatie, en faisant la critique, demandant les motifs des diverses opérations : “Ses conclusions m’étaient favorables et mes réponses le satisfaisaient, écrit Marmont ; mais il semblait prendre à tâche de me trouver en faute et le chercher avec ardeur. Ma conversation, en me prome­nant avec lui devant sa tente, dura plus de deux heures et demie”[21]. À Sainte-Hélène, Napoléon confiera au général Gourgaud qu’il aurait dû pousser les Autrichiens plus vite après Wagram, “mais ce polisson de Marmont fit mal à Znaïm” et il dut consentir à la paix[22]. Dans ses Mémoires, très peu fiables comme l’on sait, la duchesse d’Abrantès (1785-1838) rapporte que Napo­léon aurait terminé l’entretien du 12 juillet 1809 en déclarant à Marmont, au sujet de la poursuite après Wagram et du combat de Znaïm : “Vous avez manœuvré comme une huître”[23]. Toujours est-il que Marmont était, d’après ses propres dires, “accablé de fatigue et mécontent”. Il était en train de faire la confidence du long examen qu’il venait de subir au général Delort, son chef d’état-major, quand un aide de camp du maréchal Berthier entra et lui remit sa nomination de maréchal d’Empire[24].

Les généraux Oudinot et Macdonald faisaient l’objet de la même promotion. Dans les bivouacs, écrit Charles Parquin (1786-1845), le soldat français fit le classement suivant :

La France a nommé Macdonald ;

L’armée a nommé Oudinot ;

L’amitié a nommé Marmont[25].

On prétendit aussi dans l’armée que l’Empereur, ne pouvant remplacer le maréchal Lannes, avait voulu en avoir la monnaie, allusion à la “monnaie de Turenne”. On avait ainsi raillé la nomination de huit nouveaux maréchaux de France le 30 juillet 1675, lendemain du jour où Louis XIV avait appris la mort de Turenne[26].

Plus instruit que Parquin dans l’art de la guerre, Marcellin Marbot (1782-1854) déplore qu’il n’ait pas été dans le pouvoir de Napoléon de donner aussi des talents de chef d’armée. Il écrit des trois nouveaux maréchaux que “courageux et bons généraux d’exécution, entre les mains de l’Empereur, ils se mon­traient embarrassés lorsqu’ils étaient loin de lui, soit pour conce­voir un plan de campagne, soit pour l’exécuter ou le modifier, selon les circonstances”[27]. Influencée par des événements ulté­rieurs, cette critique peut éventuellement s’appliquer au Marmont de 1809 pour sa marche sur Graz mais elle est injuste en ce qui concerne ses opérations de Zara à Laybach et le combat de Znaïm. Du reste, aux membres du grand état-major qui émirent des doutes quant aux mérites de Marmont et d’Oudinot, Napoléon disait de “considérer l’ensemble de leurs travaux[28]. Tous les colonels de l’armée de Dalmatie sauf un passèrent généraux. “Un pareil avancement, écrit Marc Desbœufs, prouvait que notre marche dans un pays difficile et sans ressources, et les combats que nous avions livrés à un ennemi triple en nombre, maître de choisir son terrain et bien pourvu d’artillerie, avaient été appréciés par l’Empereur, qui, nous voyant arriver de si loin à jour fixe, comme en temps de paix, en avait témoigné, dit-on, sa satisfaction”[29]. Ceci est confirmé par le général Savary, duc de Rovigo. Rappe­lant que Marmont n’avait rencontré en venant de Dalmatie que soulèvement et mauvaise volonté, il a ces mots : “Il fallait être animé par un sentiment plus fort que celui de l’amour du devoir, pour vaincre toutes ces difficultés et amener un corps de vieilles troupes en bon état ; ce service fut senti par l’Empereur, qui aimait Marmont, et fut bien aise d’avoir une occasion de lui témoigner qu’il était content de lui”[30].

L’Empereur reconnut également les talents d’organisateur de son protégé. Aux termes du traité de Schönbrunn (14 octobre 1809), l’Autriche avait cédé à la France le cercle de Villach, la Carniole, le nord de l’Istrie, la Croatie, la région de Fiume et de Trieste. La Dalmatie et Cattaro furent réunis à ces territoires pour constituer les “Provinces illyriennes”. Détachées du royau­me d’Italie, elles étaient placées directement sous l’autorité de Napoléon, qui voulait en faire une position avancée vers l’Orient, une frontière militaire comme l’étaient au Moyen Âge les margraviats. Marmont en fut nommé gouverneur général. Son ambition et sa vanité allaient se trouver largement satisfaites : il s’agissait d’une sorte de vice-royauté[31]. En 1810, il eut à mener quelques opérations contre les musulmans de Croatie. Ceux-ci avaient profité de la guerre l’année précédente pour rentrer en possession de territoires dont ils se prétendaient injustement dépouillés et Marmont les y avait même encouragés. Mais il se trouvait maintenant responsable de l’ancienne Croatie militaire autrichienne et il ordonna aux musulmans de restituer les territoires. Il obtint même pour cela un firman de la Sublime Porte prescrivant aux dirigeants musulmans, les begs, de procéder à cette évacuation. Ils refusèrent et obtinrent le soutien des begs bosniaques. Au printemps 1810, Marmont entama contre eux une courte campagne. Il dispersa les rebelles à coups de canon et fit piller deux villages, qu’il livra ensuite aux flam­mes, pour épouvanter les Bosniaques et satisfaire les Croates, en leur permettant d’assouvir leur vengeance. Dans ses Mémoires, il considère qu’en la circonstance la peine du talion était la plus juste et “les représailles toujours naturelles et opportunes avec des gens semblables, et l’unique moyen d’assurer le repos de l’ave­nir”[32]. Cet épisode témoigne d’un Marmont à la morale relative. L’organisation des Provinces illyriennes fut modifiée par le décret de Trianon du 15 avril 1811 qui en faisait un groupe de départements. Ses fonctions se voyant réduites, Marmont solli­cita un commandement actif et reçut celui de l’armée de Portu­gal. Il laissa un bon souvenir en Illyrie, même s’il a eu tendance à surestimer sa popularité dans ses Mémoires. Les habitants aimaient sa munificence. Brouillé avec sa femme, n’ayant pas d’enfants à pourvoir, le “roi Marmont”, comme l’appelait avec ironie Napoléon, dépensait sans compter les larges revenus que lui donnaient ses charges et sa dotation, et tout autour de lui on suivait son exemple[33]. Le général Bertrand lui succéda en Illyrie. L’agent français Pellenc a noté cette différence entre les deux gouverneurs : “Si le nouveau gouverneur n’a pas l’activité de son prédécesseur, on en sera dédommagé par d’autres qualités, il y aura moins d’actes irréguliers et moins de faveur”[34].

Commandant en chef de l'armée de Portugal en Espagne

Le maréchal Masséna avait échoué dans son invasion du Portugal au cours de l’automne 1810. Il n’avait pu franchir les lignes fortifiées de Torres Vedras, au nord de Lisbonne, derrière lesquelles l’attendait Wellington. Le 5 mars 1811, il entamait sa retraite. Le 4 avril, il réintégrait l’Espagne. Mécontent, l’Empe­reur remplaça Masséna par Marmont. À la fin du mois d’avril, celui-ci partit pour l’Espagne, accompagné de celui qui sera un de ses aides de camp favoris, Charles-Nicolas Fabvier (1783-1855). Le biographe de ce dernier a laissé ce portrait de Marmont : “Parmi les maréchaux de Napoléon, Marmont était le plus jeune et non le moins brillant. Aussi brave et plus instruit que ses collègues, hardi, généreux, ardent, il plaisait singulière­ment à l’Empereur, qui l’appelait son enfant et qui, comme il le dit plus tard avec tristesse, l’avait élevé sous sa tente. Malheu­reusement l’excès de la faveur avait développé en lui une vanité qui devait le perdre. Il se croyait supérieur à tous les généraux de son temps. Les récompenses qu’il avait reçues lui paraissaient à peine en rapport avec son mérite. [] Aimé de ses soldats, qu’il savait enlever devant l’ennemi en payant d’exemple, il était adoré de ses officiers pour sa sollicitude, son obligeance et la constante aménité de ses manières. Ceux qui, comme Fabvier, sortaient des armes d’élite, appréciaient particulièrement son savoir et professaient la plus haute admiration pour ses talents, aussi bien que pour son caractère”[35]. D’après Charles Parquin, alors sous-lieutenant au 20e chasseurs à cheval, le duc de Raguse arriva à l’armée de Portugal le 12 mai 1811 et y fut bien accueilli. Il réorganisa ses forces et leur assura de bons cantonnements, tout en observant l’armée anglaise[36]. Comme il était de coutume, il amenait avec lui ses propres aides de camp, qui remplacèrent non seulement ceux de Masséna mais aussi ceux des généraux qui servaient sous lui, tel le maréchal Ney. Le chef de bataillon Étienne-François Girard (1766-1846) fut le seul des officiers de Ney à être conservé par Marmont, étant donné les rapports élogieux sur sa manière de servir. Le duc de Raguse lui confia la garde du fort qui commandait la ville de Salamanque, un poste excellent selon lui. Girard, qui avait suivi tous les travaux de construction de cette forteresse par l’aménagement d’un ancien couvent de Franciscains, était moins convaincu des mérites de l’ouvrage. Une visite de celui-ci eut lieu. Comme Girard réitérait ses doutes en les appuyant d’arguments solides, le maréchal en fut irrité et lui ordonna de quitter son état-major pour gagner les arrières de l’armée[37].

Le 30 mai, les Anglais entamèrent un deuxième siège de la ville de Badajoz. Couvrant sa manœuvre par une pointe vers Ciudad Rodrigo, Marmont marcha à partir de Salamanque avec une extrême célérité. Traversant le Tage à Almaraz, il se trouva le 17 juin à Mérida, se réunit au maréchal Soult, qui commandait l’armée du Midi, et tous deux se présentèrent le 20 à Badajoz, alors que les Anglais se retiraient sur la Caia, en avant d’Elvas. Soucieux avant tout de l’Andalousie, Soult y retourna aussitôt, laissant le 5e corps à la disposition de Marmont pour tenir Wellington en échec. Marmont se plaignit de Soult auprès du ministre de la Guerre, l’accusant d’inefficacité dans l’approvision­nement de Badajoz, de dispositions incomplètes et mal calculées, ce qui l’obligeait à y pourvoir lui-même[38]. On peut y voir de la mauvaise volonté[39] ou plutôt cette tendance viscérale de Marmont à se mettre en avant au détriment de ses collègues et qui exaspérait ceux-ci. Mais le souci de l’approvisionnement était réel et constant chez Marmont, en Dalmatie comme en Espagne. Napoléon fut satisfait de son mouvement sur Badajoz et le lui fit dire par le ministre de la Guerre. Il lui reprocha par contre de n’avoir pas encore envoyé l’état de situation de son armée[40]. D’après l’Anglais William Napier (1785-1860), les deux maré­chaux manquèrent l’occasion de porter un rude coup à leur adversaire, qui eût peut-être renvoyé Wellington à Lisbonne et même hors de la Péninsule. Mais ils croyaient que l’armée anglaise était plus forte qu’elle ne l’était réellement et la grande bataille n’eut pas lieu[41].

Wellington pensait que les actions combinées de Soult et de Marmont manqueraient toujours d’un accord rigoureux qui en garantirait le succès. Le premier, selon lui, avait de l’habileté, concevait de vastes plans mais était trop circonspect dans leur exécution. Le second par contre avait beaucoup de vigueur mais aussi de la témérité. Le général anglais prépara une nouvelle offensive, plus au nord, vers Ciudad Rodrigo, en espérant que Marmont n’aurait pas le temps d’arriver au secours de la place[42]. Le 10 août, il commençait l’investissement de la ville. Le général Dorsenne commandait l’armée française du Nord. S’estimant trop faible pour agir seul, il réclama le secours de Marmont. Convaincu de la nécessité de réunir toutes les forces françaises[43], le duc de Raguse quitta la vallée du Tage pour se joindre à Dorsenne. Il fut frappé par le mauvais traitement des blessés et des convales­cents à l’armée du Nord[44]. Dans ces opérations que Marmont veut rapides pour secourir une place assiégée, le soin des hommes et la question des vivres sont fondamentaux. Le pays est naturellement pauvre, pratiquement inculte et entièrement dévasté, écrit le maréchal : “N’ayant aucun moyen de transport qui me donne la faculté de former des magasins, il faudra bientôt reculer l’armée pour la faire subsister et ainsi d’époque en époque, car puisque les vivres ne peuvent pas venir trouver l’armée, il faut que l’armée aille chercher ses vivres. Le moindre mouvement de troupes est la chose la plus difficile et exige beaucoup de tems [sic] et de grands préparatifs de manière que si les Anglais manœuvrent je n’y pourrai d’aucune circons­tance pour leur faire du mal étant arrêté dans mes combinaisons par les obstacles insurmontables qu’il y a à faire vivre l’armée réunie dans des pays qui ne produisent rien”. Il supplie le maréchal Berthier de rappeler à l’Empereur sa demande de deux transports de vivres pour l’armée de Portugal, soit 200 caissons de vivres ou des mulets de bât à proportion : il n’y a pour le moment que 18 caissons ! Si ces moyens lui sont refusés, il ne saurait envisager l’avenir sans les plus vives inquiétudes “car une armée perd les moyens d’agir lorsque les moyens de vivre sont la seule chose qui absorbent [sic] ses facultés ainsi que les combinaisons du général ; elle n’est plus qu’une population vagabonde et dispersée dont les mouvemens sont constamment commandés par l’empire de ses besoins”[45].

Marmont ne se contente pas de demander. Il prend l’initia­tive de faire construire des moulins portatifs et un ouvrier d’artillerie parvient à en exécuter un d’une extrême simplicité, solide et pesant seulement 15 livres. Mû par un seul homme avec facilité, il donne environ 18 livres de farine par heure. Le maréchal en fait construire un par compagnie. Avec six moulins que la plus faible bête de somme peut porter, qu’au pis aller des hommes peuvent transporter, un bataillon aura constamment avec lui ses moyens de mouture. Cela permettra de ne plus distribuer que du grain. Les villages ne manquent généralement pas de fours en Espagne ni en Portugal. “Nous ne faisons aucun mouvement en Espagne sans distribuer aux soldats pour 15 jours de vivres, écrit-il au maréchal Berthier. Distribués en pain ils seraient beaucoup trop lourds, aussi les donne-t-on en biscuit mais le biscuit se gâte avec une extrême facilité exposé à la pluie. Sans pluie il se réduit en poussière par la sécheresse. Enfin il est difficile d’empêcher un soldat qui a 15 jours de vivres de ne pas consommer dans les 5 premiers jours plus qu’il ne devrait. Le blé porté par le soldat n’éprouvera aucune détérioration et les consommations seront réglées puisque la confection des vivres ne précédera que de deux jours au plus la consommation. Enfin le transport n’en sera pas plus lourd que si les vivres étaient confectionnés en biscuit. J’y trouve donc toute espèce d’avantage, une grande simplification dans une des choses les plus difficiles que l’administration de la guerre présente, et une grande mobilité dans les troupes”[46]. Le rôle crucial des vivres dans les opérations en Espagne et au Portugal a été souligné par Napier. Il précise que cela entrait dans les plans de Wellington, qui connaissait les difficultés d’approvisionnement de Marmont[47]. Celui-ci, pour nourrir ses troupes, prescrira même au général Foy de s’emparer des magasins d’Aranjuez, dont les ministres du roi Joseph avaient ordonné la vente : les acheteurs seraient tout simple­ment renvoyés par-devant le gouvernement espagnol pour être indemnisés[48].


Marmont déboucha par le col de Banos le 20 septembre 1811. Réunies en une masse de 60 000 hommes, les armées de Marmont et de Dorsenne entrèrent à Ciudad Rodrigo le 23 et, le 25, accrochèrent Wellington à El Bodon. En état d’infériorité numérique car il avait commis l’erreur de disperser ses forces, celui-ci avait fait construire trois redoutes en bois sur la position de Fuente Guinaldo. Marmont manquait de renseignements précis sur les forces et la position des Anglais. Il fit faire dans la plaine quelques manœuvres inutiles et comme par ostentation, pour montrer ses forces, au lieu d’attaquer un adversaire si faible qu’il n’aurait pu accepter le combat. Le général Thiébault, qui a écrit ses Mémoires en trempant sa plume dans le vinaigre, était présent et a laissé une description indignée de l’attitude de Marmont devant Fuente Guinaldo. À travers son télescope appuyé sur l’épaule d’un de ses aides de camp, le maréchal s’efforçait de voir ce qui n’était pas et répétait que la ligne anglaise était appuyée à un escarpement impraticable. Thiébault et Dorsenne n’en croyaient pas leurs oreilles mais ne purent convaincre le duc de Raguse d’attaquer les Anglais[49]. Wellington retira son armée le 26 septembre à minuit et Marmont, ne se doutant nullement de son avantage, au lieu de harceler les Anglais, se retira aussi. Dorsenne insista pour que Marmont fît un mouvement de conversion et se mît à leur poursuite mais Wellington occupait déjà une forte position derrière le ruisseau de la Villa Mayor, avant de se retirer en Portugal.

Pour Thiébault, cette “inconcevable manière de servir” n’était pas due à l’impéritie : “Quoique le maréchal Marmont ne fût pas un homme de guerre, encore moins un homme de bataille, il était certes assez militaire pour comprendre que le général anglais, n’ayant pas prévu le passage de l’Agueda, aurait été morcelé, anéanti, si, la nuit de notre arrivée à Rodrigo, nous avions fran­chement marché à lui. Il savait également que le même général, se trouvant, à Fuenteguinaldo, séparé de deux de ses meilleures divisions, aurait encore été battu si, au lieu de braquer des lunettes contre lui, à neuf heures du matin, nous l’avions abordé dès la pointe du jour. Non, la question se posait autrement et résidait tout entière dans la vanité du général Dorsenne et dans l’orgueil du maréchal Marmont. L’armée du Nord était plus forte, plus belle que celle du Portugal ; son artillerie était plus nom­breuse, mieux attelée, mieux servie, et il paraissait indubitable que sur un champ de bataille elle jouerait le premier rôle. Or cette armée était commandée par un général de division, et l’armée de Portugal par un maréchal de l’Empire ; et ce général de division disait : « Je suis général en chef tout comme le maréchal, et nul ne disposera de mes troupes et ne les commandera que moi ». Dès lors le maréchal n’entendait pas s’exposer à un rôle secondaire à côté d’un général de division. Et ni le général de division, ni le maréchal n’eurent assez de patriotisme, assez de dévouement pour le maître qui les comblait outre mesure, assez de sentiments d’honneur pour sacrifier les plus misérables considérations personnelles au salut et à la gloire de l’armée, pour en finir avec l’armée anglaise[50] []. La page est belle mais l’on doit se rappeler que Thiébault a porté “des jugements pleins de parti-pris à l’égard de ses supérieurs”[51].

Marmont a rendu compte au maréchal Berthier de ces opérations. Il a donné sa version des faits. Il a bien réalisé, écrit-il, “dans quelle crise se trouvait l’armée anglaise”. S’il avait pu dans ce moment se porter à Fuente Guinaldo avec seulement trois divisions d’infanterie, une grande partie de l’armée de Wellington était détruite. Mais il n’avait que de la cavalerie sous la main : “Je pensai qu’il y avait tant d’avantage à s’emparer sans retard de Guinaldo qui se trouve être le nœud des différentes routes et que l’ennemi était tellement en désordre, qu’il fallait tenter de le faire avec la seule division qui nous avait suivis et en même temps j’envoyai l’ordre à l’armée de Portugal et le général Dorsenne donna l’ordre à celle du Nord, de nous rejoindre à marches forcées ; la division de l’armée du Nord que nous croyions pouvoir arriver de jour pour attaquer Fuente Guinaldo, n’arriva que de nuit et l’opération fut impossible. L’armée du Nord arriva pendant la nuit, l’armée de Portugal dans le courant de la journée du lendemain, mais le lendemain la situation des choses était bien changée ; les redoutes et les ouvrages exécutés d’avance par l’ennemi et qui présentaient une position très redoutable, étaient garnis de troupes et de canons et la plus grande partie de l’armée anglaise était arrivée, on ne pouvait l’attaquer qu’après avoir reconnu avec soin dans tous ses détails, cette position, et les choses en étaient là lorsque Lord Wellington se décida à la retraite”[52]. Même si elle corrige quelque peu le témoignage de Thiébault, la lettre de Marmont révèle l’embarras du maréchal. On constate une accumulation de justifications : “Rarement une armée a courru [sic] un aussi grand risque que l’armée anglaise dans ces circonstances et elle eût été détruite s’il eût été possible de supposer qu’elle ne fut pas rassemblée lorsque l’armée française était en présence ; [] Si les armées par la situation de leurs subsistances eussent été en état de se porter plus avant, il n’y a aucun doute que ces avantages n’eussent été poussés beaucoup plus loin []. Encore une fois, Marmont n’avait avec lui que pour peu de jours de vivres et il n’en trouvait pas dans le pays.

Les Français avaient employé près d’un mois à préparer et à exécuter une grande opération qui se terminait une nouvelle fois sans aucune affaire majeure, “et si brusquement qu’il était évident que leurs généraux n’avaient ni les mêmes vues, ni la même volonté, ni les mêmes intérêts”[53]. Mais, ajoute Napier, la nature du pays, montagneux et coupé par des bois et des ravins, neutralisait leur supériorité en cavalerie et en artillerie. Mar­mont ne pouvait livrer une bataille générale sur un tel terrain “sans avoir fait de plus grandes combinaisons que ne le permet­taient la stérilité du pays et l’exiguïté des ressources que l’armée avait pu rassembler”. Il était raisonnable de croire que Marmont se retirerait plutôt que de combattre et, en même temps, celui-ci n’avait “pas suffisamment médité son entreprise, ne sut bien connaître ni le point ni le moment où il devait frapper”. Les Alliés anglo-portugais n’échappèrent que par l’aveuglement de leur adversaire. Marmont, conclut Napier, “se montra général plus brillant qu’habile. Il fut constamment dans l’erreur”[54]. Jomini, pour sa part, estime que Marmont fit bien en n’attaquant pas “la redoutable position de Guinaldo”, bien qu’il désirât “avec ardeur l’occasion de se signaler et d’engager son adversaire à combattre”[55].

Jusqu’en décembre, l’armée de Portugal conserva ses canton­nements près du Tage, fortifiant la position du pont d’Almaraz pour s’en assurer le passage permanent. De là elle était en mesure d’intervenir soit sur Badajoz soit sur Ciudad Rodrigo, ce qui avait pour effet d’immobiliser Wellington[56]. Le 13 décembre, Napoléon faisait écrire à Marmont que lui était “réservée la conquête du Portugal et l’immortelle gloire de battre les Anglais”. L’Empereur comprenait l’impossibilité momentanée de prendre l’offensive. Marmont lui avait décrit sa difficulté essentielle à se procurer des subsistances. Mais l’Empereur ne croyait pas non plus que Wellington prendrait l’offensive : “Les Anglais savent bien que, s’ils serrent ou assiègent Ciudad-Rodrigo, ils s’exposent à recevoir bataille, ce qu’ils sont bien loin de vouloir faire. Enfin, s’ils s’y exposaient, il faudrait, Monsieur le Maréchal, réunir toute votre armée et marcher droit à eux”[57]. Napoléon croit que Wellington ne souhaitera pas la bataille mais il dit à Marmont de la rechercher.



[1]        Zara était cette place refuge, place centrale ou place de dépôt que Napoléon avait désignée dans deux lettres, l’une au général Dejean et l’autre à Marmont, le 3 septembre 1806 ([Napoléon], Correspondance …, XIII, n° 10.726 et 10.728, pp. 131-138 et 139). Dans son esprit, sur un théâtre secondaire isolé, il était indispensable que le défenseur, après avoir disputé le plus longtemps possible les frontières terrestres et maritimes sur des lignes de défense successives, trouve une telle place où il attendrait que les actions décisives se dénouent sur le théâtre principal (Hubert Camon, La guerre napoléonienne. Les systèmes d’opérations. Théorie et technique, Paris, Chapelot, 1907 ; ISC-Économica, 1997, pp. 327-333).

[2]        [Napoléon], Correspondance inédite de Napoléon Ier conservée aux Archives de la Guerre, publiée par Ernest Picart et Louis Tuetey, 5 vol., Paris, Charles-Lavauzelle, 1912-1925, II, n° 2640, p. 613.

[3]        P. Pisani, op. cit., pp. 307, 310-311.

[4]        [Desbœufs], Les étapes d’un soldat de l’Empire (1800-1815). Souvenirs du capitaine Desbœufs, publiés par Charles Desbœufs, Paris, Picard, 1901, pp. 99-100.

[5]        P. Pisani, op. cit., pp. 314-318.

[6]        [Jomini], Vie politique et militaire de Napoléon, racontée par lui-même, au tribunal de César, d’Alexandre et de Frédéric, 2 vol., Bruxelles, J.-B. Petit, 1842, II, pp. 67-68.

[7]        Lettre de Napoléon à Marmont, Schönbrunn, 28 juin 1809, citée dans [Marmont], Mémoires …, III, p. 294 et dans [Napoléon], Correspondance …, XIX, n° 15.453, pp. 184-185.

[8]        Louis Madelin, Histoire du Consulat et de l’Empire, VIII. L’apogée de l’Empire 1809-1810, Paris, Hachette, 1945, p. 63.

[9]        Gunther E. Rothenberg, Napoleon’s Great Adversary : Archduke Charles and the Austrian Army, 1792-1814, Stapelhurst, Spellmount, 1995, pp. 186-187.

[10]      Edmond Buat, 1809. De Ratisbonne à Znaïm, 2 vol. et un atlas, Paris, Chapelot, 1909, II, p. 95.

[11]      Ibid., II, p. 98.

[12]      Ibid., II, p. 105.

[13]      Lettre de Marmont à Napoléon, Graz, 29 juin 1809, citée dans [Marmont], Mémoires …, III, p. 297.

[14]      [Macdonald], Souvenirs du maréchal Macdonald, duc de Tarente, avec une introduction de Camille Rousset, 10e éd., Paris, Plon, 1910, p. 154.

[15]      A. Du Casse, “Marmont …”, p. 25.

[16]      Édouard Gachot, 1809. Napoléon en Allemagne, Paris, Plon-Nourrit, 1913, p. 300.

[17]      Lettre de Napoléon à Marmont, Laah, le 11 juillet 1809, deux heures du matin, citée dans [Marmont], Mémoires …, III, p. 316.

[18]      Lettre de Marmont à Napoléon, Znaïm, 11 juillet 1809, citée dans Ibid., pp. 317-318.

[19]      E. Buat, op. cit., II, pp. 350-351 et 358-359.

[20]      É. Gachot, 1809 …, pp. 340-342.

[21]      [Marmont], Mémoires …, III, pp. 254-255.

[22]      G. Gourgaud, Sainte-Hélène …, II, p. 114.

[23]      La duchesse d’Abrantès dit tenir ce détail d’un témoin oculaire et auri­culaire et place ce bon mot “le soir de la bataille”, sans préciser davantage. Cela n’a du reste guère d’importance, vu le caractère fantaisiste de ces mémoires ([Abrantès], Mémoires de Madame la duchesse d’Abrantès. Souve­nirs historiques sur Napoléon, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Restauration, 10 vol., Paris, Garnier, s.d. [1895-1897], VII, p. 485).

[24]      [Marmont], Mémoires …, III, p. 255.

[25]      [Parquin], Souvenirs du Commandant Parquin, présentés et annotés par Jacques Jourquin, Paris, Tallandier, 1979, p. 169.

[26]      Jean Bérenger, Turenne, Paris, Fayard, 1987, p. 415.

[27]      [Marbot], Mémoires du général baron de Marbot, édition présentée et annotée par Jacques Garnier, 2 vol., Paris, Mercure de France, 1983, I, p. 482.

[28]      É. Gachot, 1809 …, p. 344.

[29]      [Desbœufs], op. cit., p. 112.

[30]      [Savary], Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l’histoire de l’empereur Napoléon, 8 vol., Paris, Bossange et Delaunay, 1828, IV, pp. 136-137.

[31]      R. de Lachadenède, art. cit., p. 83 ; P. Pisani, op. cit., pp. 331-332.

[32]      [Marmont], Mémoires …, III, p. 354 ; P. Pisani, op. cit., pp. 399-401.

[33]      Ibid., pp. 338-339 et 341 ; Henry Gatien Bertrand, Lettres à Fanny 1808-1815, annotées et présentées par Suzanne de la Vaissière-Orfila, Paris, Albin Michel, 1979, pp. 101-102.

[34]      Archives nationales, Paris, AF IV 1713 – Rapport de Pellenc n° 38, cité par Monika Senkowska-Gluck, “L’Illyrie sous la domination napoléonienne (1809-1813)”, Acta Poloniae Historica, n° 41, 1980, p. 108.

[35]      A. Debidour, Le général Fabvier, sa vie militaire et politique, Paris, Plon, 1904, pp. 57-58.

[36]      [Parquin], Souvenirs …, p. 219.

[37]      [Girard], Les Cahiers du colonel Girard, 1766-1846, publiés d’après le manuscrit original par Paul Desachy, Paris, Plon, 1951 ; Club des Éditeurs, 1961, pp. 161-163.

[38]      Archives du Service historique de l’Armée de terre, Vincennes (S.H.A.T.), C713. Armée de Portugal. Correspondance du duc de Raguse (1er juillet-31 décembre 1811) – Lettre de Marmont au ministre de la Guerre, Mérida, 9 juillet 1811.

[39]      Nicole Gotteri, Soult. Maréchal d’Empire et homme d’État, Besançon, La Manufacture, 1991, pp. 352-353.

[40]      S.H.A.T., C713 – Copie d’une lettre du ministre de la Guerre au duc de Raguse, Paris, 10 juillet 1811 : “L’Empereur a besoin de connaître, dans les plus petites parties de détail, la situation de ses armées pour les commander”. Un mois plus tard, Marmont n’aura toujours pas envoyé d’état détaillé (S.H.A.T., C713 – Copie d’une lettre chiffrée du ministre de la Guerre au duc de Raguse, Paris, 24 août 1811).

[41]      [Napier], Histoire de la guerre dans la Péninsule et dans le Midi de la France, depuis l’année 1807 jusqu’à l’année 1814, publiée à Londres par W. F. R. Napier, lieutenant-colonel, traduit de l’anglais, revu, corrigé et enrichi de notes par le lieutenant général comte Mathieu Dumas, 13 vol., Paris, Treuttel et Würtz, 1828-1844, VII, pp. 255-256.

[42]      Ibid., VII, pp. 277 et 280-281.

[43]      S.H.A.T., C713 – Copie d’une lettre chiffrée du duc de Raguse au ministre de la Guerre, Naval Moral, 16 août 1811.

[44]      S.H.A.T., C713 – Copie d’une lettre chiffrée du duc de Raguse au ministre de la Guerre, Naval Moral, 22 août 1811. La brutalité du général Dorsenne est confirmée par Thiébault ([Thiébault], Mémoires … [extraits], pp. 321 et 342).

[45]      S.H.A.T., C713 – Traduction d’une lettre chiffrée du duc de Raguse au maréchal Berthier, Elvilar, 29 août 1811.

[46]      S.H.A.T., C713 – Lettre de Marmont à Berthier, Placenzia, 10 septembre 1811. D’après le général Bardin (1774-1840), on s’était déjà servi de moulins portatifs dans l’armée romaine, dans la milice anglaise au XIVe siècle, en Allemagne durant les guerres de Louis XIV, etc. En Espagne, précise-t-il, les armées napoléoniennes n’en tirèrent que peu d’utilité. L’Empereur en fit cependant construire pour la campagne de Russie. Mais le général Philippe-Paul de Ségur (1780-1873) rapporte qu’ils ne parvinrent à la Grande Armée que le 5 novembre 1812 à Dorogobouje et qu’“on en fit une tardive et bien inutile distribution” (Étienne-Alexandre Bardin, Diction­naire de l’armée de terre ou Recherches historiques sur l’art et les usages militaires des Anciens et des Modernes, 8 vol., Paris, Perrotin et Dumaine, 1851, VI, p. 3731 ; Philippe-Paul de Ségur, Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l’année 1812, 3e éd., Paris, Baudouin, 1825 ; repro­duit en 2 vol. avec des extraits de la réfutation du général Gourgaud, préface et notes de Jean Burnat, Paris, Hachette, s.d., II, pp. 116-117). Dans ses “Dix-huit notes sur l’ouvrage intitulé Considérations sur l’art de la guerre” (du général Rogniat), Napoléon mentionne néanmoins, parmi les avantages des armées modernes en matière de subsistances, “l’invention des moulins portatifs, qui pèsent 8 livres et donnent d’excellente farine” ([Napoléon], Correspondance …, XXXI, Œuvres de Napoléon à Sainte-Hélène, p. 341, n. 1).

[47]      [Napier], op. cit., VIII, pp. 71-73.

[48]      Lettre de Marmont à Foy, Talavera, 21 octobre 1811, citée dans Ibid., VIII, pp. 330-332.

[49]      [Thiébault], Mémoires du général baron Thiébault, publiés sous les auspices de sa fille Claire Thiébault d’après le manuscrit original par Fernand Calmettes, 5 vol., Paris, Plon, 1894-1896, IV, pp. 513-514.

[50]      Ibid., IV, pp. 518-519.

[51]      J. Tulard et al., Nouvelle bibliographie …, p. 283.

[52]      S.H.A.T., C713 – Lettre de Marmont à Berthier, Ciudad Rodrigo, 30 septembre 1811.

[53]      [Napier], op. cit., VII, pp. 304-309. 

[54]      Ibid., VII, pp. 310-317.

[55]      [Jomini], Vie politique et militaire de Napoléon …, II, p. 174.

[56]      Jean Sarramon, “Espagne (guerre d’). Opérations, 1807-1814”, Dictionnaire Napoléon, …, p. 681.

[57]      [Napoléon], Correspondance inédite …, IV, n° 6.475, pp. 845-849.

 

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