Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Le maréchal Marmont, chef de guerre
et écrivain militaire

 

Bruno Colson

 

 

 

LA BATAILLE DES ARAPILES

À la fin de l’année 1811, l’armée du Nord dut détacher deux divisions en Aragon pour renforcer l’armée du maréchal Suchet. Début 1812, en vue des opérations contre la Russie, les troupes polonaises et celles de la Garde impériale furent rappelées en France et Marmont dut à son tour aider Suchet en lui envoyant deux divisions et de la cavalerie légère, ce qui le privait d’un tiers de ses effectifs. Wellington saisit l’occasion inespérée qui lui était offerte, en dépit des rigueurs de la saison, pour effectuer une tentative brusquée contre Ciudad Rodrigo. Le 17 janvier, son artillerie faisait deux brèches par lesquelles il pénétra le 19 dans la ville. Il s’y empara du parc de siège de l’armée de Portugal. Pour Thiébault, la chute de la ville résultait, encore une fois, de la mésentente entre Marmont et Dorsenne : “Marmont, fin, orgueilleux, et cependant homme de beaucoup d’esprit et raison­nant sur la guerre d’une manière aussi brillante qu’il la prati­quait mal, était outré de voir un général de division aussi médiocre que Dorsenne jouer un rôle équivalent au sien”[1] []. Marmont, convaincu que le prochain objectif de Wellington serait Badajoz, résolut de s’y porter mais un ordre de l’Empereur du 21 janvier lui recommanda de faire une diversion sur Ciudad Rodrigo et le Portugal pour y attirer l’ennemi. C’est ce qu’il fit, à contre-cœur. Badajoz tomba dans la nuit du 6 au 7 avril. Napier rend Marmont responsable de la perte des deux villes. C’est en attaquant les Anglais devant Fuente Guinaldo fin septembre 1811 qu’il aurait le mieux assuré la défense de Ciudad Rodrigo. Il avait aussi commis l’erreur d’y laisser trop peu de monde. Jomini juge lui aussi Marmont “inexcusable” sur ce point[2]. Après qu’il eut appris la chute de la ville, le duc de Raguse jugea mal le parti qu’il devait prendre : il aurait pu reprendre Ciudad, il en avait les moyens. Il n’avait pas “cette hauteur de vues qui eût pu seule lui faire apprécier le talent et l’énergie de son adversaire : aussi, ne songeant qu’à nourrir facilement ses troupes, les dissémina-t-il de nouveau sans prévoir ce que son adversaire allait entre­prendre”[3]. Le souci des subsistances, qui l’honore pourtant comme général en chef, aurait-il obnubilé Marmont, au point de l’empêcher de voir l’essentiel ? Napier estime que le plan de l’Empereur était bon et que les fautes apparurent dans l’exécu­tion : Marmont, hésitant entre ses propres désirs et les ordres de l’Empereur, ne s’arrêtait à rien. Ayant appris la prochaine expédition contre la Russie, le duc de Raguse désirait en faire partie et ne servait plus qu’à contre-cœur dans la Péninsule[4]. Napier conclut, sans appel : “Marmont n’était pas à la hauteur de la tâche que l’Empereur lui avait confiée”[5].

Des études plus objectives contredisent cette accusation. Dans sa monumentale histoire de la guerre dans la Péninsule, écrite au début du xxe siècle, Sir Charles Oman a consacré de nombreuses pages aux ordres successifs de l’Empereur à Marmont et à leur influence sur les mouvements du maréchal. Une étude minutieuse l’a convaincu que la justification de ses actions de janvier à mai, donnée par celui-ci dans le quatrième volume de ses Mémoires, était “dans l’ensemble honnête et intelli­gente, et que sa critique des ordres de son maître était aussi fondée que lucide[6]. Les arguments de Napier ne sont pas convaincants : il veut à tout prix prouver que son idole, Napoléon, était infaillible. Marmont n’a pas cru que Wellington attaquerait Ciudad Rodrigo en janvier et qu’il prendrait la ville aussi rapidement : sur ce point son aveuglement fut total. Mais celui de Napoléon ne l’était pas moins. Sans nier le fait que Marmont, Dorsenne et Soult se jalousaient, Oman voit la cause fondamentale des échecs français dans l’obstination de l’Empe­reur à tout diriger depuis Paris, fondant ses ordres sur des données vieilles de trois semaines, le même délai s’ajoutant évidemment pour l’arrivée de ceux-ci en Espagne[7]. Marmont vit correctement que le prochain objectif de Wellington serait Badajoz et il prit les bonnes dispositions pour s’y opposer[8]. Les ordres qu’il reçut de Paris, datés du 11 février, lui interdirent formellement d’y donner suite. Ces ordres étaient, d’après Oman, “tout à fait pervers” et développaient une vision complètement fausse de la situation[9]. C’était d’autant plus malheureux pour les Français que Wellington n’escomptait pas que Marmont se mettrait en mouvement pour protéger Badajoz[10]. Napoléon sous-estimait les forces de Wellington et sa disposition à livrer bataille. Le 26 février, de Valladolid, Marmont écrivit une longue lettre à Berthier. C’était, dit Oman, un admirable résumé de toute la situation en Espagne, qui aurait pu faire changer d’avis l’Empereur si celui-ci ne s’était pas enfermé dans ses fausses conceptions[11]. Le maréchal relevait notamment que l’Empereur “comptait pour rien les difficultés de vivre”[12]. Il ajoute dans ses Mémoires que Napoléon “supposait vrai tout ce qu’il voulait trouver existant[13]. La conclusion de Sir Charles Oman est sans équivoque : Napoléon fut directement et personnellement respon­sable de la chute de Badajoz. Il démontre la fausseté de toutes les critiques de Napier à l’égard de Marmont[14].

Autre grand spécialiste des opérations de la guerre d’Espa­gne, Jean Sarramon a confirmé cette appréciation. Il a souligné que Marmont était l’un des rares généraux en chef à rechercher la coordination avec ses voisins. Lorsqu’il exécuta l’ordre de l’Empereur du 21 janvier 1812 de ne pas voler au secours de Badajoz mais de retourner vers Ciudad Rodrigo, il était persuadé de l’inefficacité de cette manœuvre[15]. On peut lui reprocher de n’avoir pas eu le courage de désobéir mais pas de s’être trompé de direction. Dans sa biographie du maréchal Soult, Nicole Gotteri écrit que l’élan de Marmont pour secourir Badajoz fut brisé net par les ordres de Berthier des 11, 18 et 21 février, des ordres qui contiennent “des remarques étonnantes” : Badajoz était du ressort de l’armée du Midi qui n’avait pas besoin d’aide, ayant “80 000 hommes des meilleures troupes de l’Europe”. On se demande, ajoute Nicole Gotteri, si les états concernant la situation des effectifs étaient bien lus aux Tuileries. Convaincu du bien-fondé de son point de vue, Marmont répondit à Berthier qu’il ferait cependant tous ses efforts pour sauver Badajoz. Mais le 2 mars, les ordres des 18 et 21 février lui arrivaient alors qu’il montait à cheval : ils étaient si impératifs qu’il se résigna, malgré ce qu’il lui en coûtait, à rappeler les trois divisions envoyées vers Badajoz[16]. Il espérait du moins que s’il arrivait malheur à cette place, on ne lui en attribuerait pas la faute ! Berthier voulut rassurer le duc de Raguse et lui déclara que la prise de Badajoz ne pourrait lui être imputée et retomberait tout entière sur le maréchal Soult ! Celui-ci, qui n’avait qu’environ 23 000 hommes à conduire à la défense de Badajoz, espérait bien recevoir l’aide de Marmont. Nicole Gotteri n’hésite pas à suggé­rer que le prince Berthier nourrissait une aversion prononcée pour les généraux qui montraient du caractère et de l’énergie[17]. Les décisions du major général parurent si absurdes au général Foy, l’un des meilleurs divisionnaires de son temps, qu’il n’arri­vait pas à en admettre la réalité[18]. Marmont ne fut pas récom­pensé d’avoir suivi les ordres. Il en reçut de nouveaux le 12 mars, bien différents des précédents. Il fit remarquer à Berthier à quel point ils étaient en contradiction avec ceux des 18 et 21 février qui l’avaient forcé, contre sa conviction intime, à changer ses dispositions. Et l’Empereur lui reprocha finalement, toujours par l’intermédiaire de Berthier, d’avoir obéi à une instruction donnée à 300 lieues de distance et à six semaines d’intervalle ! Marmont supplia alors Berthier de lui expliquer “pourquoi, dans un pareil ordre de choses, les ordres sont donnés si précis, si impératifs, si ce n’est pour qu’on les suive”[19]. Mais que lui aurait dit l’Empereur s’il avait désobéi sans réussir à sauver Badajoz ?

Le 14 avril 1812, Marmont prit la revanche que le hasard lui accordait, en mettant en déroute les milices portugaises du général Nicholas Trant à Guarda. Celui-ci pensait surprendre le maréchal mais les rôles furent inversés. Le professionnalisme, dans ce genre d’affaires, était sans conteste du côté français. Le 13e chasseurs à cheval et l’escorte du duc de Raguse brisèrent plusieurs bataillons, firent 1 500 prisonniers et prirent cinq drapeaux. Les cavaliers de Marmont n’éprouvèrent aucune perte et épargnèrent les milices, dont ils voyaient bien qu’elles ne faisaient pas le poids[20]. En mai 1812, il y avait un an que Marmont avait pris le commandement de l’armée de Portugal. Pierre-Nicolas Rapetti, un de ses principaux détracteurs, recon­naît qu’il avait bien mérité de la France et de l’Espagne. “Les succès d’un chef d’armée se mesurent surtout aux difficultés qui sont à vaincre et aux moyens dont il a la disposition. Mal secondé, contrarié dans ses combinaisons, privé des ressources nécessaires, marchant à travers un pays ennemi et appauvri, ayant devant lui des forces toujours supérieures, Marmont maintint son armée, exécuta des marches rapides et hardies, épargna les populations indigènes, obtint quelques avantages et ne subit aucun échec, jusqu’au jour de la bataille des Arapiles, sous Salamanque”[21].

Maître de Ciudad Rodrigo et de Badajoz, Wellington avait deux portes pour entrer en Espagne. Il opta pour une offensive sur Salamanque. Il s’y présenta le 16 juin, avec une supériorité numérique considérable. L’armée de Portugal était en effet disséminée entre les Asturies et la vallée du Tage. C’était là, précise Jean Sarramon, une habitude propre à toutes les troupes impériales dans la Péninsule : faute d’administration et de fonds pour conclure des marchés, elles étaient contraintes de s’épar­piller pour vivre, ce qui permettait souvent à leurs adversaires de les surprendre en flagrant délit de dispersion[22]. Début juillet, Marmont réussit à réunir ses huit divisions derrière le Douro. Il n’avait aucune nouvelle des renforts qui auraient dû lui provenir de l’armée du Nord, désormais commandée par Caffarelli et de l’armée du Centre, où commandait le roi Joseph. Il ne savait rien non plus de la diversion que Soult devait faire en Estremadure. Lorsqu’il eut reçu le renfort de la division Bonet[23], avec un peu de moins de 47 000 hommes, il n’hésita pas à prendre l’offensive contre les 51 000 Anglo-Portugais. Il manœuvra, reconnaît Thiébault, avec assez d’habileté pour arrêter Wellington et le forcer à manœuvrer à son tour[24]. D’après Oman, Marmont avait l’intention de chercher la bataille avec Wellington, maintenant que la parité des forces était pratiquement atteinte. Pour cela, Oman reconnaît qu’il ne faut pas blâmer le maréchal. Il en informa le roi Joseph. Il avait sur Wellington l’avantage d’une armée homogène sur le plan national. Son erreur fut de sous-estimer la capacité de réaction de son adversaire. Mais celui-ci avait jusque-là bien caché son jeu[25].

Le duc de Raguse décida de franchir le Douro. Le chef d’esca­dron Girard, devenu chef d’état-major de la division Maucune, rapporte un détail peu favorable au jugement tactique de Marmont à cette occasion. Celui-ci avait décidé de passer le pont de Toro. Inquiet, le chef d’état-major de l’armée de Portugal, le général de La Martinière, serait venu demander l’avis de Girard qui, ne s’estimant pas capable de juger de la situation, finit néanmoins par conseiller plutôt le pont de Tordesillas car à Toro l’on se trouverait en face d’un ennemi beaucoup plus nombreux. L’avis et le nom de son auteur étant parvenus au maréchal, celui-ci fit appeler Girard et accepta son idée[26]. Il franchit le Douro le 17, repoussa l’avant-garde ennemie, se fit accrocher le lendemain mais poursuivit néanmoins son mouvement avec vigueur, la gauche en avant, jusqu’au-delà du Tormes, afin de menacer la retraite de Wellington sur Ciudad Rodrigo, une méthode “adroite et efficace” selon Oman[27]. Wellington fut trom­pé, exactement comme Marmont le souhaitait. Avec l’accord de ses deux principaux lieutenants, Clauzel et Foy, ce dernier entendait poursuivre sa tentative de débordement, se réservant de porter, si l’occasion s’en présentait, quelques coups sévères à l’arrière-garde alliée. À la veille de la bataille des Arapiles, Adolphe Thiers pèse ainsi les chances des soldats français de l’armée de Portugal : “Sans doute ils n’étaient pas mal comman­dés par le maréchal Marmont, mais ils ne l’étaient pas sûrement. Ce maréchal, ayant de l’esprit, de l’instruction, de la bravoure, et le talent de bien tenir ses troupes, possédait quelques qualités du général en chef, mais était loin de les réunir toutes. Quoique dissipé dans ses goûts, il pensait fort à ce qu’il avait à faire, combinait beaucoup, trop peut-être, car dans l’action la justesse des idées vaut mieux que l’abondance. L’abondance des idées, en effet, sans un jugement ferme et prompt, éblouit au lieu d’éclairer. De plus, ce maréchal ne passait pas pour heureux”[28].

Le 22 juillet 1812, au sud de Salamanque, la division Bonet s’empara du Grand Arapile, mamelon à sommet plat qui se dresse dans la plaine, alors que les Britanniques occupaient le Petit Arapile, plus au nord. Maître de ce point d’appui, Marmont lança vers l’ouest, au début de l’après-midi, ses divisions au fur et à mesure qu’elles débouchaient. Il avait conclu que son adver­saire avait définitivement pris le parti de battre en retraite et il ne voulait pas laisser échapper l’occasion de livrer “non une bataille mais un bon combat d’arrière-garde, dans lequel, agis­sant avec toutes ses forces à la fin de la journée, contre une partie seulement de l’armée anglaise, il devait probablement avoir l’avantage[29]. Il avait une position bien meilleure que celle des Anglais et il craignait que ceux-ci lui échappent. Peu avant deux heures de l’après-midi, accompagnées d’une abondante artillerie, les divisions Maucune et Thomières se portèrent vers l’ouest[30]. Marmont, si on l’en croit, avait prescrit à ses lieutenants de ne pas outrepasser ses ordres et de ne rien engager tant qu’il n’était pas certain de ce qu’il avait en face de lui. La manœuvre, effec­tuée en face de l’ennemi, était complexe et exigeait de la ponctua­lité de la part des exécutants et beaucoup de vigilance et d’auto­rité de la part du général en chef. Or le terrain allait piéger les premiers. Le plateau qui s’étend à l’ouest du Grand Arapile, et sur lequel évoluait la gauche française, était bordé au nord par une succession de mamelons qui allaient en s’élevant vers l’ouest. La tentation était grande, chaque fois que l’on en avait couronné un, de s’étendre jusqu’au suivant et ainsi de suite, dans l’inten­tion à la fois d’occuper une position dominante et de déborder l’ennemi. Alors qu’ils étaient moins nombreux, les Français allaient tenir un arc d’un tiers plus long que la corde tenue par les Anglais. Les mouvements prescrits par Marmont s’effectuè­rent de manière décousue. Le général Maucune ayant décidé de s’attarder au niveau du village des Arapiles pour escarmoucher avec les Britanniques de Leith et le général Thomières, qui le précédait, continuant sa progression, une brèche de près de deux kilomètres s’ouvrit entre eux. Voyant cela, Wellington, qui tenait le gros de ses forces parfaitement concentré au milieu de son dispositif, se résolut, pour une fois, à prendre l’offensive[31].

Le sous-lieutenant Parquin, du 13e chasseurs à cheval, faisait à ce moment partie de l’escorte de Marmont. Le jour de la bataille des Arapiles, il avait une très grande confiance dans son chef, qui “avait de grands talents, était très brave et très aimé pour les soins qu’il prenait du soldat”. Les généraux de division étaient d’un grand mérite et “toute l’armée était bien disposée à se mesurer en plaine avec les Anglais”[32]. Dans une proclamation lue aux troupes, le maréchal annonçait que l’armée anglaise qui, depuis deux ans, attendait les Français appuyée sur de formida­bles positions, venait de changer d’attitude, qu’elle descendait enfin dans l’arène. Avec son état-major, Marmont monta à pied sur le Grand Arapile. “Sur les onze heures du matin, par une belle journée d’été, le duc de Raguse, la lunette à la main, prome­nait sa vue sur l’armée anglaise ; son valet de chambre venait de dresser sur l’herbe la vaisselle plate, pour servir au maréchal un déjeuner froid, et son Excellence avec ses aides de camp et son chef d’état-major allaient se mettre à déjeuner, lorsque plusieurs obus sortant d’obusiers portés à bras sur la montagne opposée, mirent fin brusquement au déjeuner qui commençait”[33]. Le duc de Raguse et son état-major durent redescendre de la colline au pas de course pour regagner leurs montures. Marmont galopa vers la ligne de bataille et ordonna à la division du général Foy d’activer sa marche. Il fit monter à bras de l’artillerie sur le Grand Arapile, où il retourna bientôt. Il y fut à nouveau soumis au tir des Anglais et, cette fois, un boulet creux lui fracassa le bras droit et deux côtes. Il dut être évacué du champ de bataille. Il devait être seize heures quinze[34]. Le commandement passa au général Bonet puis au général Clauzel, qui furent blessés eux aussi, le dernier pouvant malgré tout encore se tenir à cheval. Ces incidents aggravèrent évidemment la situation de l’armée de Portugal. Dans ses Mémoires, Marmont a avancé l’heure de sa blessure à quinze heures et a vu dans celle-ci la cause de tous les maux. En réalité il était trop tard pour redresser la situation ; il n’était plus possible matériellement de renforcer le centre et la gauche avec les divisions qui étaient en arrière. La gauche fut battue en détail et il fallut se résoudre à la retraite. Clauzel la conduisit de manière exemplaire mais les conséquences de la bataille furent considérables : les Français durent évacuer Madrid et l’Andalousie. Ils avaient eu 12 500 hommes hors de combat, avaient perdu 12 canons et deux aigles, alors que les pertes du vainqueur n’atteignaient pas 6 000 hommes.

Ce même 22 juillet 1812, à des milliers de kilomètres de là, à Gloubokoïé en Russie, Napoléon évoquait justement les talents militaires de Marmont lors d’une conversation avec le général Gouvion Saint-Cyr[35]. L’Empereur, dit celui-ci, avait “l’air de mettre beaucoup d’abandon” en passant en revue la plupart des généraux et en distribuant à chacun une part d’éloge ou de blâme. Selon lui, il fallait à un général de l’esprit et, ce qui était encore plus rare, un grand caractère. Prenant pour objet de comparaison un vaisseau, il dit que l’esprit, c’était les voiles, et le caractère le tirant d’eau : si celui-ci est considérable, alors que la mâture est faible, le vaisseau fera peu de chemin mais il résistera aux coups de mer ; si au contraire la voilure est forte et élevée et le tirant d’eau faible, le vaisseau peut naviguer par beau temps mais à la première tempête il sera submergé : “Il faut, pour bien naviguer, que le tirant d’eau et la voilure se trouvent dans une exacte proportion. J’ai envoyé Marmont en Espagne ; il a beaucoup d’esprit : je ne connais pas encore son tirant d’eau, mais j’en jugerai bientôt, car aujourd’hui il est abandonné à lui-même”[36]. Le résultat malheureux de la bataille des Arapiles apportait une réponse à l’Empereur. Le rapport envoyé par Marmont lui parut insignifiant, comportant “plus de fatras et plus de rouages que dans une horloge, et pas un mot qui fasse connaître l’état réel des choses”. Napoléon reprocha au duc de Raguse d’avoir livré bataille sans les ordres de son général en chef, c’est-à-dire le roi Joseph, nommé à la tête de toutes les armées françaises en Espagne depuis le 16 mars 1812. Il y avait là “un crime d’insubordination”. Pourquoi surtout n’avait-il pas attendu, pour livrer bataille, les 15 à 17 000 hommes que lui amenait le roi ? On était fondé à penser que le maréchal, par vanité, avait craint que le roi ne participe à la victoire sur l’armée anglaise[37]. Cette explication se retrouve, comme l’on peut s’y attendre, chez Thiébault : pour ne pas partager la gloire d’une grande action avec Joseph, Marmont livra seul “cette bataille non moins criminelle que malheureuse”[38]. Marbot, qui servait alors en Russie, renchérit : “Marmont, écrit-il, était une des erreurs de Napoléon, [] l’Empereur supposait à ce maréchal des talents militaires que sa conduite à la guerre ne justifia jamais. Marmont avait, en 1811, remplacé Masséna dans le com­mandement de l’armée de Portugal, en annonçant qu’il battrait Wellington ; mais ce fut tout le contraire”[39]. Thiébault et Marbot, ne l’oublions pas, avaient servi sous Masséna dans l’armée de Portugal et étaient des inconditionnels de leur ancien chef. Parquin, qui était pour sa part très attaché à Marmont, rapporte que le roi Joseph et le maréchal Soult “furent désolés que l’ambi­tion du maréchal duc de Raguse lui eût fait livrer une bataille à lui seul”[40]. Dans le traîneau qui le ramenait de sa non moins désastreuse expédition de Russie, Napoléon disserta encore, avec le général de Caulaincourt cette fois, des “fautes d’écolier” de ses lieutenants en Espagne : “Marmont, dit-il, avec une supériorité réelle de jugement, de raisonnement quand il parle de la guerre, est plus que médiocre dans l’exécution”[41].

La cause semble entendue. Jomini, pourtant, ne se montre pas aussi catégorique. Marmont avait-il reçu un message du roi Joseph lui annonçant son arrivée ? Rien ne permet de l’affirmer. Les communications étaient peu sûres ; elles étaient souvent interceptées par les guérillas. En Espagne, on était toujours dans l’ignorance de ce qui se passait autour de soi. Enfin le général Maucune, par son impétuosité, avait engagé le maréchal contre son gré[42]. Dans son Précis de l’art de la guerre, Jomini dira des manœuvres tournantes dans les batailles qu’elles sont souvent dangereuses mais qu’il n’y a pas de règle absolue : cela dépend de l’habileté de l’adversaire. Aux Arapiles, Marmont joua de malheur car le mérite le plus reconnu de Wellington était “un coup d’œil tactique éprouvé et rapide : devant le duc d’York, ou Moore, il eût probablement réussi”[43]. Tel est aussi l’avis de Thiers : sans que soient niées les qualités de Wellington et les erreurs de Marmont, il estime que “le résultat était bien dispro­portionné au mérite du capitaine anglais et aux fautes du général français. Un engagement inattendu, trois généraux en chef blessés l’un après l’autre, une confusion inouïe après plusieurs jours de la marche la plus ferme et la plus heureuse, étaient-ce assez de coups terribles, et on peut dire immérités[44] ?” Thiers pense que le roi Joseph porte une part de responsabilité. Il se mit en mouvement avec lenteur et n’annonça son départ de Madrid à Marmont que le 21 juillet. Il était impossible que le maréchal fût averti le 22 à Salamanque du secours qu’il allait recevoir : “Prévenu à temps, ce maréchal eût certainement attendu, et, quoique le nombre ne soit pas une ressource assurée dans une bataille aussi mal engagée que celle de Salamanque, probablement un tel renfort aurait ou déterminé lord Wellington à décamper en toute hâte, ou provoqué des combinaisons différentes”[45].

Dans son étude très fouillée sur la bataille des Arapiles, Jean Sarramon a conclu que l’on ne pouvait même pas détermi­ner si une lettre du roi Joseph écrite à Madrid le 9 juillet, était bien parvenue à Marmont[46]. Non seulement Joseph s’y montrait totalement imprécis sur le secours qu’il pouvait apporter au duc de Raguse mais il incitait celui-ci à livrer bataille si les Anglais l’acceptaient[47]. C’est Napoléon qui a répandu l’accusation que Marmont voulait livrer bataille pour sa propre gloire. Il y a très peu de chances, poursuit Jean Sarramon, que la lettre du 9 juillet ait atteint le maréchal. Pour Oman, elle ne lui est jamais parvenue[48]. On a fait état d’une lettre plus explicite du 21 mais ce n’est que le 23 à midi qu’un exemplaire en est parvenu à l’état-major du général Clauzel. “En conclusion, écrit Jean Sarramon, on ne saurait donc faire grief au chef de l’armée du Portugal de ne pas avoir attendu – alors que toutes ses unités étaient engagées dans une suite d’opérations jusque-là brillantes et dont rien ne laissait présager l’échec – des renforts soit trop faibles, soit dont il ignorait et la date et le lieu où ils pourraient le joindre. Le véri­table responsable de cet état de choses ne saurait être que Joseph – et aussi son chef d’état-major et conseiller militaire – qui avait pris certes de bonnes dispositions, mais en avait par ailleurs annihilé les effets par des informations aussi tardives qu’imprécises”[49].

Jean Sarramon évalue d’autre part avec beaucoup de perti­nence les performances du maréchal durant cette campagne. Sur le plan de la stratégie, il ne voit rien à lui reprocher. Il sut réunir ses forces et prit l’offensive seul, puisque le roi Joseph l’y encou­rageait et qu’il n’avait plus aucun concours extérieur à attendre. L’avance sur l’Esla de l’armée espagnole de Galice pouvait repré­senter bientôt une menace sur les arrières de sa droite : il n’avait pas intérêt à temporiser. Jusqu’au 21 juillet, ses manœuvres trompèrent Wellington et furent aussi parfaites dans la concep­tion que dans l’exécution. C’est le 22 qu’il accumula les fautes. Trop confiant, il hâta la marche de ses unités vers sa gauche au fur et à mesure qu’elles débouchaient et sans attendre qu’elles aient été au moins partiellement rassemblées. Il en découla des perturbations dans la manœuvre et des intervalles parfois consi­dérables entre les divisions. L’erreur fondamentale était le fait du général en chef et non des exécutants. Ceux-ci ne firent que rendre la situation irréversible par des fautes au stade des dispositions de détail. Marmont s’était révélé un tacticien beau­coup trop téméraire[50]. Dans ses Mémoires, il écrit à propos de l’échec de l’invasion du Portugal par Masséna en 1810-1811 que celui-ci “véritable général de bataille et sublime le jour de l’action, n’était point un général de manœuvres, ni un général capable d’administrer, de calculer ou de prévoir”[51]. C’était plutôt l’inver­se chez Marmont. Bien qu’il ait toujours été très courageux au combat, il n’avait pas, semble-t-il, le coup d’œil du maître en matière de tactique des batailles, du moins en ce qui concernait l’infanterie.

L’évacuation du général en chef de l’armée de Portugal fut douloureuse : sa blessure l’empêchait de voyager à cheval comme en voiture. Son chirurgien, qui avait décidé de ne pas amputer le bras droit, avait voulu le faire transporter sur un brancard attelé à deux mules mais les secousses provoquées par la marche inégale de ces animaux le faisaient encore horriblement souffrir. Les cavaliers de l’escorte proposèrent alors spontanément de porter la litière sur leurs épaules, preuve supplémentaire de l’attachement des soldats à Marmont. Celui-ci arriva en septem­bre à Bayonne, où la duchesse de Raguse l’attendait[52].

DANS LES GRANDES BATAILLES D’ALLEMAGNE, DE LÜTZEN À LEIPZIG

Malgré plusieurs mois de traitement à Paris, les plaies de Marmont ont du mal à se fermer. Son bras droit reste inerte. Cela ne l’empêche pas de vouloir reprendre du service. Il va faire toute la campagne de 1813 avec son bras en écharpe. Alors que les débris de la Grande Armée se regroupent à Hambourg, à Magdebourg et sur l’Elbe, Napoléon forme de nouveaux corps sur le Rhin. Il en confie un à Marmont. Ce 6e corps comprend essen­tiellement de l’infanterie de marine et de l’artillerie de marine. Le 2 mai 1813, les Prussiens de Blücher surprennent au sud de Lützen le corps de Ney, qui forme la droite de la Grande Armée en marche vers Leipzig. Napoléon doit suspendre le mouvement enveloppant qu’il avait conçu pour rabattre les Alliés sur les monts de Bohême.

Marmont reçoit le premier l’ordre d’aller appuyer Ney. Il marche au canon et vient s’interposer devant le village de Starsiedel, ôtant tout espoir aux Alliés de percer là avec leur cavalerie[53]. On sait que l’armée française, suite à la désastreuse campagne de Russie, était nettement inférieure en cavalerie par rapport aux Alliés et craignait beaucoup la leur. Suivant les instructions de l’Empereur, Marmont était entré sur le champ de bataille en disposant ses troupes en neuf colonnes échelonnées, prêtes à se former en carrés. Lorsqu’il fut attaqué par la cava­lerie prussienne, un de ses régiments, le 37e léger, fut surpris et dispersé mais le 1er d’artillerie de marine eut le temps de former le carré et repoussa le régiment des cuirassiers de Brandebourg. L’ensemble du 6e corps fut alors disposé en carrés[54]. Jean-Pons-Guillaume Viennet (1777-1819), futur député, pair de France et académicien, était capitaine dans le 2e régiment d’artillerie de marine en 1813. Il a raconté l’arrivée de son unité dans la plaine de Lützen : “J’entendis à l’instant même la voix du général Bonnet, chef de notre division, qui demandait avec colère quel était l’imbécile qui avait envoyé dans la plaine deux bataillons sans l’attendre. Cet imbécile n’était autre que le maréchal Marmont, qui, voyant à sa gauche le maréchal Ney aux prises avec des forces quadruples, était impatient de marcher à son secours”[55]. Voyant les gestes du général Bonet et entendant ses plaintes, Marmont lui dit “avec une grande aménité” de disposer de sa division comme il le voudrait. Bonet arrêta ses deux bataillons sur place, disposa ses deux brigades en six carrés et s’avança en échelons vers le village qu’il devait défendre. Comme il passait à l’angle du carré de Viennet, celui-ci l’entendit grommeler : “Ce b..... là allait me compromettre ; mon petit doigt en sait plus que toute sa tête !” Viennet ajoute qu’il eut, pendant cette campagne, plus d’une occasion de s’en convaincre. À en croire ce témoignage, Marmont n’a pas eu l’idée de former son infanterie en carrés dans une plaine où elle pouvait être facile­ment balayée par la nombreuse cavalerie alliée. Ceci confirme le peu d’à-propos du duc de Raguse en matière de tactique d’infan­terie sur un champ de bataille. Viennet exprime cela de cette façon : “Le maréchal Marmont était aussi brave qu’un homme puisse l’être. Il était beau à voir sous le feu de l’ennemi. C’était un sang-froid imperturbable, une attitude cheva­leresque. Sa tête bronzée, ses yeux brillants et fiers ne pouvaient appartenir qu’à un homme de guerre. Il avait une instruction solide, une théorie profonde de son noble métier, mais il manquait de cette intelli­gence pratique, de cet instinct qui maîtrise les hasards et saisit toutes les occasions de vaincre. Ses dispositions étaient toujours fausses ou tardives et, en définitive, il était incapable de mener une armée”[56]. Il n’empêche que le corps de Marmont joua parfaitement son rôle à Lützen. Les divisions Compans et Bonet, formées en carrés, repoussèrent toutes les charges des cavaleries prussienne et russe[57]. À la fin de la bataille, le 6e corps fit pression sur le flanc gauche des Alliés, alors que le 11e de Macdonald faisait de même à droite, mena­çant d’envelopper leur masse désordonnée[58].

À Bautzen les 20 et 21 mai, Marmont donna encore satis­faction. Il passa la rivière au moment convenu, s’empara du village de Burk, en dépit d’une vive résistance des Prussiens et détacha la division Compans pour aider Macdonald à se rendre maître de Bautzen[59]. Marmont eut à commander toute l’artille­rie de la Garde, en plus de celle de son corps d’armée, le 21. Il était dans son élément quand il s’agissait de disposer efficace­ment ses batteries. Il ouvrit un feu effroyable sur les redoutes du centre allié, puis dirigea une partie de son feu un peu oblique­ment sur le village de Kreckwitz, où se trouvait le flanc de l’armée de Blücher[60]. Le Bulletin de la Grande Armée du 24 mai 1813 précise que le duc de Raguse “occupa tous les villages retranchés, et toutes les redoutes que l’ennemi était obligé d’éva­cuer, s’avança dans la direction d’Hochkirch, et prit ainsi en flanc toute la gauche de l’ennemi, qui se mit alors dans une épou­vantable déroute”[61]. Battus par deux fois en trois semaines, les Alliés sollicitèrent un armistice. À en croire un témoin, le capitaine suisse Jean-Louis Rieu (1788- ?), Marmont paraissait à ce moment un peu las de la guerre et présentait une mine sombre[62]. Il est vrai qu’à Reichenbach le 22 mai, le général Duroc, un des premiers compagnons d’armes de Napoléon et de Marmont, avait été frappé mortellement par un boulet. Il venait juste de parler avec Marmont de la mort, ce jour-là aussi, du général Bruyère, qu’ils connaissaient tous les deux depuis la première campagne d’Italie. Duroc aurait dit à Marmont : “Mon ami, l’Empereur est insatiable de combats ; nous y resterons tous, voilà notre destinée”[63] !

Au cours de l’été 1813, l’armistice conclu par les belligérants permit cependant au maréchal de renouer avec son goût pour les réceptions fastueuses[64]. Mais l’armistice n’est qu’une pause durant laquelle les adversaires reconstituent leurs forces. L’Autriche, qui a feint de jouer les médiateurs, déclare la guerre à la France le 10 août. Devant la multiplication de ses adver­saires, Napoléon crée trois masses. Il dispose sa Garde en masse centrale à Gœrlitz, le 14e corps de Gouvion Saint-Cyr et le corps de cavalerie de Pajol à Dresde et trois corps sur le défilé de Zittau, l’ensemble montant à 100 000 hommes ; il confie trois corps d’armée au nord au maréchal Oudinot (70 000 hommes), pour marcher sur Berlin ; enfin, sur le Bober, il donne quatre corps d’armée et deux de cavalerie au maréchal Ney (120 000 hommes)[65]. Napoléon pense manœuvrer sur lignes intérieures contre les armées de Bohême et de Silésie. Mais les armées françaises vont se trouver séparées par sept journées de marche au moins. Pour la première fois, l’Empereur demande à ses maréchaux de lui donner librement leurs observations sur ce projet[66]. Marmont répond qu’une grande bataille est, comme le pense l’Empereur, indispensable au début de la campagne car sans un premier succès, qui donnera de l’ascendant sur l’ennemi, la marche de l’armée française sera incertaine. Cette bataille ne peut être livrée que sous le commandement immédiat de l’Empereur, “quel que soit le côté par lequel se présente l’ennemi ; et, pour qu’il en soit ainsi, l’armée, quoique très-nombreuse, doit être réunie le plus possible”. Marmont désapprouve la création de trois armées distinctes et séparées par de grandes distances car, écrit-il à l’Empereur, “Votre Majesté renonce encore aux avanta­ges que sa présence sur le champ de bataille lui assure, et je crains bien que, le jour où elle aura remporté une victoire et cru gagner une bataille décisive, elle n’apprenne qu’elle en a perdu deux”[67]. Marmont est-il prophète[68] ? Le maréchal voit juste et tout se réalisera suivant ses craintes. Le maréchal Gouvion Saint-Cyr appuie l’idée de Marmont d’aller d’abord frapper un grand coup en Bohême[69].

Lorsque les Alliés marchent sur Dresde, comptant sur l’absence de Napoléon qui a d’abord attaqué Blücher plus au nord, le corps de Marmont est un des premiers à être dépêchés vers la place, avec la Garde impériale et la réserve de cavalerie. Le 27 août, le duc de Raguse organise une forte canonnade au centre de la ligne française. Son rôle est de tenir le centre allié en échec, pendant que la gauche et la droite de la Grande Armée exécutent les attaques principales[70]. Celles-ci sont couronnées de succès. Marmont s’aperçoit que les Alliés entament leur repli et en avertit l’Empereur qui lui ordonne de les suivre sur la route de Dippoldiswalde. La poursuite n’est pas des plus vigoureuses mais elle commence sous les yeux de Napoléon, qui accompagne le 6e corps. Le 28 août après-midi, il retourne à Dresde avec sa Garde, laissant ses généraux continuer. Marmont accroche sé­rieusement l’arrière-garde alliée à Possendorf et Dippoldiswalde. Il fait 2 500 prisonniers, prend 12 canons, plusieurs chariots et des bagages. En recourant à une manœuvre tournante comme en Dalmatie et en Espagne, il remporte de nouveaux succès. La nouvelle de la défaite du corps de Vandamme à Kulm l’arrête, alors que les résultats de sa poursuite sont, d’après ses dires, parmi les plus brillants : trente pièces de canon, sept à huit cents voitures d’artillerie ou d’équipages, neuf à dix mille ennemis hors de combat, tués, blessés ou prisonniers[71]. Dans son étude de la bataille de Dresde, George Nafziger estime cependant que la poursuite fut lente et peu vigoureuse. Chez Marmont comme chez d’autres généraux, un manque de motivation se faisait sentir. La destruction du corps de Vandamme, imprudemment avancé, fut le résultat de l’insuffisance du soutien des autres corps participant à la poursuite. Du moins le corps de Marmont avait-il été le moins lent. Le 31 août, il était le seul à avoir pénétré dans les montagnes de Bohême[72].

Au début du mois d’octobre, Napoléon pense être fixé sur le plan des Alliés. Ceux-ci veulent réunir leurs grandes masses, celles du nord conduites par Blücher et Bernadotte et celles du sud menées par Schwarzenberg, autour de la ville de Leipzig. Pour l’Empereur, l’objectif est donc de se concentrer à Leipzig pour, de là, se porter rapidement sur l’une des masses puis sur l’autre. Il quitte Dresde le 7 octobre. Marmont entre-temps s’est rapproché de Ney au nord mais les deux maréchaux s’entendent mal. Napoléon les rejoint. À Düben, le 11 octobre, il a une longue conversation nocturne avec Marmont. Celui-ci le presse de renoncer à se battre sous les murs de Leipzig, “au fond d’un entonnoir, en avant d’horribles défilés, longs et faciles à boucher”. Il est impossible de vérifier ce que rapporte le duc de Raguse dans ses Mémoires : peut-être cette remarque a-t-elle été forgée de toutes pièces a posteriori. En revanche, il est fort probable que Marmont attira l’attention de l’Empereur sur le manque de soins, de vivres et de secours dont étaient victimes les soldats. Il lui fit remarquer que si Dresde avait contenu les approvi­sionnements nécessaires pour nourrir l’armée, si les hôpitaux avaient été pourvus de tout ce dont ils avaient besoin pour que les malades et les blessés reçussent des secours convenables, la Grande Armée serait plus forte de cinquante mille hommes : “Alors, ajoutai-je, indépendamment de l’intérêt qu’il y a à sauver la vie à cinquante mille hommes, vous auriez été dispensé, pour conserver la même force à votre armée, d’ordonner une levée de cinquante mille conscrits. Au lieu d’avoir en espérance cinquante mille hommes, vous auriez en réalité cinquante mille vieux soldats aguerris, et sur le terrain même des opérations. Ces cin­quante mille soldats à lever, à habiller, à armer, à faire arriver, coûteront sans doute bien cinquante millions. Or, en supposant, ce qui est énorme, que l’augmentation de dépense exigée par un meilleur entretien de l’armée se fût élevée à vingt-cinq millions, il en résulte que cette dépense de vingt-cinq millions, faite à propos, vous eût épargné cinquante mille hommes et vingt-cinq millions”[73]. L’Empereur lui répondit que s’il avait donné cette somme pour l’entretien de l’armée, on la lui aurait volée, ce qui montrait son peu d’intérêt réel pour cette question car il n’eût tenu qu’à lui de mieux contrôler ces opérations. Marmont a bien souligné une carence majeure du style de guerre napoléonien, un style que Guglielmo Ferrero qualifiait de fondamentalement “aventureux”, basé sur l’activité fébrile et l’improvisation cons­tante, et qui empêchait Napoléon de prendre les mesures adéquates pour les blessés, même à tête reposée comme il aurait pu le faire en préparant l’expédition de Russie[74]. “Napoléon, conclut Marmont, a toujours été dans l’usage de prodiguer les moyens pour créer de nouvelles forces ; mais jamais il n’a voulu faire le moindre sacrifice pour entretenir celles qui existaient, et sans doute la raison commande une marche inverse”[75].

Le 14 octobre 1813, Napoléon quitte Düben pour Leipzig. Il a ordonné à tous ses corps d’armée, à l’exception des garnisons des places d’Allemagne, de se concentrer au nord ou au sud de Leipzig. Avec les 200 000 hommes dont il disposera, il pourra s’opposer aux Coalisés, dont les forces s’élèvent à 300 000 hom­mes, mais qui sont encore divisés en deux masses, apparemment sans liaison. Marmont installe son 6e corps à Breitenfeld, au nord de Leipzig, pour surveiller l’arrivée de Blücher. D’après les reconnaissances effectuées, il anticipe une attaque pour le lendemain. Mais ce jour-là il ne rencontre qu’une force considé­rable de cavalerie alliée et un peu d’artillerie, pas d’infanterie. Il a fortifié sa position et pense que les Alliés n’oseront pas l’attaquer de front et essayeront plutôt de la tourner[76]. Le 16 au matin, Schwarzenberg attaque au sud de Leipzig. La bataille de Wachau s’engage. Blücher, entendant gronder le canon, hâte sa marche depuis Halle. Marmont a reçu à huit heures l’ordre de l’Empereur de se porter en appui du corps de Lauriston sur la gauche de la ligne sud.

Cette journée du 16 octobre 1813 est un des épisodes controversés de la carrière militaire de Marmont. G. Clément et George Nafziger attribuent au maréchal une lourde responsa­bilité dans la défaite finale de Leipzig. Le 15, à 11 heures du soir, Marmont était informé que l’Empereur allait livrer une bataille le lendemain au sud de Leipzig et qu’il devait se tenir prêt à le rejoindre, s’il n’avait devant lui que de la cavalerie et peu d’infanterie. Si le 6e corps avait été rassemblé, le 16, de très bonne heure, il pouvait arriver en temps utile du côté de Probstheyda et participer à l’attaque. Marmont aurait surestimé la force des ennemis qui lui faisaient face le matin. Il avait vu la nuit une grande quantité de feux de bivouac mais ceux-ci auraient été allumés pour le tromper. Lorsque l’ordre de Napo­léon lui arrive à huit heures de marcher vers le sud pour participer à la bataille de Wachau, Marmont hésite. Il ne voit toujours devant lui que de la cavalerie mais il envoie un aide de camp demander de nouveaux ordres à l’Empereur. Lorsqu’il réalise qu’il n’est pas encore attaqué, il n’est plus temps de renverser le cours de la bataille de Wachau. Vers dix heures, il envoie ses réserves rejoindre la ligne sud. C’est à ce moment qu’il apprend que 15 000 fantassins ennemis environ se présentent devant lui. Ce nombre ne fait ensuite que croître. Blücher et son armée de Silésie attaquent à treize heures. La résistance fran­çaise va se montrer particulièrement opiniâtre. Les conditions sont pourtant défavorables. Les Prussiens sont plus forts d’un tiers en infanterie, ils ont trois fois plus de cavalerie et de canons. Ils bénéficient aussi d’une unité de commandement qui manque aux Français. Marmont n’a en effet d’autorité que sur son 6e corps, alors que les divisions Dombrowski, Fournier, Defrance et Delmas se trouvent dans le secteur[77].

Comment Marmont aurait-il pu se diriger vers le sud à huit heures pour prendre part à la bataille de Wachau, alors qu’à partir de treize heures Blücher attaquait au nord de Leipzig avec plus de 40 000 hommes ? Qui eût été là pour les arrêter ? Les autres forces prévues par l’Empereur, à savoir les 3e et 4e corps de Souham et de Bertrand, n’interviendront guère contre Blücher. Plusieurs historiens militaires français, privilégiant comme souvent le point de vue de Napoléon devant ses cartes sans tenir compte des difficultés rencontrées par ses lieutenants sur le terrain, infligent ainsi un blâme à Marmont qui a livré un combat “inopportun” autour de Möckern, privant l’Empereur de 20 000 hommes sur lesquels il comptait pour l’instant décisif[78]. G. Clément reconnaît cependant à Marmont une circonstance atténuante : les ordres transmis n’étaient pas très clairs, “et il eût été désirable que Napoléon lui expliquât son projet plus en détail, en spécifiant au besoin, comme il le faisait d’habitude, la conduite à tenir”[79]. Pour Thiers, l’ordre de Napoléon était condi­tionnel et subordonné à ce qui se passerait sur la route de Halle : “L’ennemi s’y montrant en force, l’ordre tombait, et résister à l’armée de Blücher devenait le devoir indiqué, devoir que le maré­chal Marmont était disposé à remplir dans toute son étendue”[80].

Jomini, qui était présent mais dans le camp allié, a dévelop­pé le point de vue suivant. Napoléon s’attendait le 14 octobre à ce que Marmont soit attaqué au nord de Leipzig et il lui ordonna pour cela de prendre une bonne position. Le 15, tous les rapports de Marmont signalent l’approche de l’armée de Silésie mais l’Empereur lui répond le 16 au matin qu’il est dans l’erreur et ne sera point attaqué, qu’il doit en conséquence venir se joindre à lui. Marmont, qui venait d’apercevoir du haut de la tour de Lindenthal les immenses feux de cette armée, ne pouvait exécuter cet ordre qu’après avoir été relevé par les troupes du maréchal Ney, chargées de contenir Blücher. Or, écrit Jomini, la plus grande obscurité règne sur les mouvements opérés dans la matinée du 16 par les douze divisions françaises encore déta­chées au nord de Leipzig. Il a pu néanmoins apprendre que Marmont, jusqu’à dix heures, ne voyait venir aucune troupe pour le relever. Lorsqu’il se mit en marche pour obtempérer à l’ordre de Napoléon, on lui annonça l’approche de fortes masses enne­mies. S’il continuait sa marche rétrograde, il risquait d’être fort maltraité au passage de la Partha. Il envoya donc un aide de camp à Ney pour savoir s’il pouvait compter sur l’appui du 3e corps de Souham ou non. La réponse fut affirmative et Marmont s’arrêta pour défendre la position entre Möckern et Euterisch. Il ne fut pas appuyé par Ney car celui-ci, instruit sans doute que l’Empereur avait demandé le 6e corps, jugea que le sien était plus rapproché et prit la résolution de se porter là où le canon se faisait entendre.

Marmont eut donc à subir seul l’assaut de Blücher. Jomini souligne qu’il disposa parfaitement son artillerie sur un monti­cule à l’est de Möckern. Après que ses vaillantes troupes de marine eurent repoussé quatre assauts prussiens, dit-il, Mar­mont se mit en personne à la tête de deux masses d’infanterie, entre lesquelles marchait une batterie de douze pièces de gros calibre, pour achever la défaite du corps prussien. Mais le général Yorck fit cracher toute son artillerie sur ces colonnes. Plusieurs caissons sautèrent qui blessèrent beaucoup d’hommes et le maréchal lui-même. Le désordre se mit dans les troupes françaises et Yorck en profita pour y jeter sa cavalerie. Les régiments de marine formèrent le carré et protégèrent la retraite vers Euterisch[81]. Cette version des faits ne correspond pas tout à fait à ce que raconte le duc de Raguse dans ses Mémoires mais la conclusion est la même[82]. Marmont avait été blessé à la main gauche, non par l’explosion d’un caisson mais par une balle[83]. Ney ne fut d’aucune utilité du côté de Wachau car, lorsqu’il se rendit compte que Marmont était fortement attaqué, il se sentit obligé de revenir vers lui pour le recueillir. Son 3e corps perdit ainsi toute la journée en marches et contre-marches. Joint à Marmont, il lui eût permis de repousser Blücher. Le 6e corps avait bien résisté mais il avait eu affaire à trop forte partie[84]. Avec 25 000 hommes, dont tous n’étaient pas sous son comman­dement direct, Marmont avait soutenu l’assaut de 72 000 Prus­siens et Russes[85]. Möckern fut une petite victoire pour Blücher, qui s’imaginait avoir battu non seulement le 6e corps mais aussi le 4e, le 7e, un corps polonais et une partie de la Garde impé­riale[86] ! Pour Louis Madelin, Blücher était tout simplement arrivé quelques heures trop tôt par rapport aux calculs de Napoléon[87]. Pour le général J.F.C. Fuller, Napoléon s’est trom­pé. Marmont avait bien vu la ligne des feux de bivouac prussiens. Mais l’Empereur ne croyait pas que Blücher attaquerait le 16. Durant toute la campagne de 1813, il aurait sous-estimé l’énergie et la pugnacité du vieux feld-maréchal et il en sera de même en 1815[88]. George Nafziger, s’il voit dans le 6e corps de Marmont la force qui eût permis à Napoléon de finir l’armée de Bohême à Wachau, constate que l’Empereur ne s’est pas donné suffisam­ment d’espace et de temps pour exécuter sa manœuvre.

La bataille de Leipzig n’était pas terminée. Le 18 octobre, Marmont se retrouve face à Blücher et défend vigoureusement le village de Schönfeld qui est pris et repris. Lorsque les Saxons passent à l’ennemi, la ligne française fléchit un peu et Marmont, qui continue de défendre Schönfeld, doit s’aligner sur la division Durutte, qui a dû rétrograder[89]. Sept fois le village fut perdu, sept fois il fut repris par les troupes du 6e corps, pourtant épui­sées par leurs efforts de l’avant-veille. Marmont et Ney durent finalement se replier jusque sous les murs de Leipzig. Marmont mena plusieurs contre-attaques brillantes mais la retraite était inévitable. La pression des Alliés était trop forte. Après avoir traversé la ville, les restes de son corps d’armée purent passer le pont de l’Elster et prendre la direction de la France. Le 31 octobre, Marmont participait brillamment à la bataille de Hanau, où il enlevait la ville aux Bavarois qui espé­raient empêcher les Français de passer. Il permit ainsi à l’arrière-garde de s’écou­ler[90]. Le 2 novembre, il arrivait à Mayence avec les débris de son 6e corps. Rien n’avait été préparé dans cette ville pour recevoir les troupes françaises, qui toutes convergeaient de ce côté. Il s’ensuivit un encombrement et une épidémie de typhus qui fit de terribles ravages. Marmont y révéla une fois de plus son souci des hommes et ses talents d’organisateur. Par son énergie et en montrant l’exemple, il rendit d’inappréciables services, qui contribuèrent à soutenir le moral et à enrayer le fléau[91].



[1]        [Thiébault], Mémoires …, IV, p. 553.

[2]        [Jomini], Vie politique et militaire de Napoléon …, II, p. 176.

[3]        [Napier], op .cit., VIII, pp. 97-104.

[4]        Lettre de Marmont à Berthier, Valladolid, 23 février 1812, citée dans [Savary], Mémoires …, V, p. 248 et dans [Marmont], Mémoires …, IV, pp. 90-100.

[5]        [Napier], op .cit., VIII, pp. 182-185.

[6]        Charles William Chadwick Oman, A History of the Peninsular War, 7 vol., Oxford, Clarendon Press, 1902-1930 ; Londres, Greenhill Books, 1996, V, p. IX.

[7]        Ibid., V, pp. 188 et 193-194.

[8]        Ibid., V, p. 199. Sur ce point, Oman accuse Napier, désireux de justifier Napoléon en tout, d’une véritable suggestio falsi.

[9]        Ibid., V, p. 206.

[10]      Ibid., V, p. 202.

[11]      Ibid., V, p. 209.

[12]      [Marmont], Mémoires …, IV, p. 344.

[13]      Ibid., IV, p. 310.

[14]      C. W. C. Oman, op. cit., V, pp. 214-216.

[15]      J. Sarramon, “Espagne (guerre d’) …”, op. cit., pp. 681-682.

[16]      N. Gotteri, op. cit., pp. 369-370. Les deux lettres sont évidemment reproduites dans [Marmont], Mémoires …, IV, pp. 320-337. Le maréchal les fait précéder d’observations où il souligne les erreurs et les aberrations des ordres de l’Empereur en février 1812. Il se reproche encore d’avoir obéi.

[17]      N. Gotteri, op. cit., p. 371.

[18]      Lettre du général Foy au général Drouet d’Erlon, 19 mars 1812, citée dans Ibid., p. 371.

[19]      Ibid., p. 372.

[20]      C. W. C. Oman, op. cit., V, pp. 285-287 ; [Parquin], Souvenirs …, pp. 243-245.

[21]      Rapetti, op. cit., p. 38.

[22]      J. Sarramon, “Espagne (guerre d’) …”, op. cit., p. 683.

[23]      Parfois écrit, à tort, Bonnet.

[24]      [Thiébault], Mémoires …, IV, p. 572.

[25]      C. W. C. Oman, op. cit., V, pp. 381-382.

[26]      [Girard], Les Cahiers …, pp. 174-175.

[27]      C. W. C. Oman, op .cit., V, p. 397.

[28]      Adolphe Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire, 21 vol., Bruxelles, Wouters-Tarride, 1845-1862, XV, p. 59.

[29]      [Marmont], Mémoires …, IV, p. 136.

[30]      Jean Sarramon, La bataille des Arapiles (22 juillet 1812), Toulouse, Publications de l’Université de Toulouse-Le Mirail, 1978, pp. 202-204.

[31]      J. Sarramon, “Arapiles (bataille des, dite de Salamanque par les Britanniques), 22 juillet 1812”, Dictionnaire Napoléon, …, p. 102. Ici encore, le jugement du chef d’escadron Girard, à en croire ses Cahiers, aurait été supérieur à celui de son général en chef. Il prétend s’être rendu compte que la volonté de Wellington n’était pas de retraiter mais d’attaquer. Il connais­sait parfaitement le terrain des environs de Salamanque et en particulier l’existence d’un ravin qui permettait au chef anglais de dissimuler sa marche. Il le dit à Fabvier, un aide de camp de Marmont, puis au colonel Richemont, qui se rangea à l’évidence et partit au galop en avertir le maréchal. Mais il était trop tard ([Girard], Les Cahiers …, pp. 176-177).

[32]      [Parquin], Souvenirs …, pp. 247-248.

[33]      Ibid., pp. 248-249.

[34]      J. Sarramon, La bataille des Arapiles …, p. 212.

[35]      Christiane d’Ainval, Gouvion Saint-Cyr, soldat de l’An II, maréchal d’Empire, réorganisateur de l’armée, Paris, Copernic, 1981, pp. 109-110.

[36]      Paroles de Napoléon rapportées par Laurent Gouvion Saint-Cyr, Mémoires pour servir à l’histoire militaire sous le Directoire, le Consulat et l’Empire, 4 vol., Paris, Anselin, 1831, III, pp. 47-49.

[37]      Lettre de Napoléon au général Clarke, Ghiast (ou Ghjatsk), 2 septembre 1812, citée dans [Napoléon], Correspondance …, XXIV, n° 19.175, pp. 201-203.

[38]      [Thiébault], Mémoires …, IV, p. 572.

[39]      [Marbot], Mémoires …, II, p. 248.

[40]      [Parquin], Souvenirs …, p. 253.

[41]      [Caulaincourt], Mémoires du général de Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l’Empereur, introduction et notes de Jean Hanoteau, 3 vol., Paris, Plon, 1933, II, p. 236.

[42]      [Jomini], Vie politique et militaire de Napoléon …, II, p. 266.

[43]      Antoine Henri Jomini, Précis de l’art de la guerre ou Nouveau Tableau analytique des principales combinaisons de la stratégie, de la grande tacti­que et de la politique militaire, éd. définitive, Paris, Tanera, 1855 ; Champ Libre, 1977, p. 225.

[44]      A. Thiers, op. cit., XV, p. 68.

[45]      Ibid., XV, p. 71.

[46]      J. Sarramon, “Espagne (guerre d’) …”, op. cit., p. 683 et La bataille des Arapiles …, pp. 191-194.

[47]      Ibid., p. 192 ; C. W. C. Oman, op. cit., V, pp. 394-396, cite également une lettre du maréchal Jourdan, chef d’état-major de Joseph, datée du 30 juin et arrivée à Marmont le 12 juillet, qui confirme une lettre du roi datée du 18 juin. Oman répète que l’on ne peut reprocher à Marmont d’avoir livré bataille : son commandant en chef, le roi Joseph, l’y incitait.

[48]      J. Sarramon, La bataille des Arapiles …, p. 193 et C. W. C. Oman, op. cit., V, p. 394.

[49]      J. Sarramon, La bataille des Arapiles …, p. 193.

[50]      Ibid., pp. 401-402 et 205-206.

[51]      [Marmont], Mémoires …, IV, p. 20.

[52]      [Parquin], Souvenirs …, pp. 255-256.

[53]      Louis Madelin, Histoire du Consulat et de l’Empire, XIII. L’écroulement du Grand Empire, Paris, Hachette, 1950, pp. 107-110.

[54]      George Nafziger, Imperial Bayonets. Tactics of the Napoleonic Battery, Battalion and Brigade as Found in Contemporary Regulations, Londres, Greenhill Books, 1996, p. 175.

[55]      [Viennet], “Souvenirs de la vie militaire de Jean-Pons-Guillaume Viennet de l’Académie française (1777-1819)”, Carnet de la Sabretache, 4e série, 2e vol., 1929, p. 351.

[56]      Ibid., p. 352. Marmont faisait toujours la guerre en satrape, ainsi que le rapporte Viennet : “Ses cent mulets chargés de bagages, ses cinquante valets à livrée rouge croisaient sans cesse notre marche, les mouvements de notre artillerie et provoquaient l’impatience de tout le monde” (Ibid., p. 360).

[57]      Antoine-Henri Jomini, Précis politique et militaire des campagnes de 1812 à 1814, publié par Ferdinand Lecomte, 2 vol., Lausanne, 1886 ; Genève, Slatkine, 1975, I, pp. 2