|
Institut
d’histoire des
Conflits Contemporains
Centre
d’Histoire
de l’Aéronautique
et de l’Espace
Commémoration
des anniversaires des premiers vols
du
premier avion à réaction français :
SO-6000
Triton (11 novembre 1946)
du
premier vol du Mirage III (17 novembre 1956)
du
premier vol du Mirage F-1 (23 décembre 1966)
LES
MIRAGE III ET F-1
DANS
L'ARMÉE DE L'AIR FRANÇAISE
Pascal de
CHASSEY [1]
Après les communications pertinentes qui ont précédé celle-ci à
propos de la conception et du développement des Mirage, on doit évoquer ce
qu'ils ont été, et ce qu'ils sont encore, pour l'armée de l'Air française.
On commencera par le Mirage III
en situant l'avion et ses performances, au moment de sa mise en service, par
rapport à ses prédécesseurs.
On mentionnera ensuite les différentes
versions de l'appareil qui ont été acquises par l'armée de l'Air, les
unités qui en ont été dotées, leurs missions et quelques comparaisons
avec les appareils contemporains de l'O.T.A.N. ou du Pacte de Varsovie.
On évoquera enfin la vie des
Mirage III et V au plan technique, leur maintenance et son évolution, les
principaux faits techniques survenus en utilisation.
Selon un schéma similaire, on
retracera dans une deuxième partie l'histoire plus simple et plus brève du
Mirage F-1 dans les unités de l'armée de l'Air.
*
*
1960 : la guerre d'Algérie
n'est pas terminée. Un quart des pilotes de chasse de l'armée de l'Air y
est engagé sur des biplaces école à hélice T-6 puis T-28, reconvertis en
avions légers d'appui aérien et armés de mitrailleuses et de roquettes.
En métropole les escadres d'avions de combat sont, pour ce faire, en voie
de réduction de trois escadrons de vingt-cinq avions, selon les normes
O.T.A.N. d'alors, à deux escadrons seulement chacune.
Entre
deux séjours en Algérie les pilotes volent, pour ne parler que des
monoplaces les plus nombreux, sur Republic F-84 F Thunderjet et North
American F-100 Supersabre s'ils appartiennent au 1er Corps Aérien
Tactique (C.A.T.A.C.), sur Marcel Dassault Mystere IV A ou Super Mystère B2
s'ils servent dans la Défense Aérienne du Territoire (D.A.T.).
Le
SM-B2 et le F-100 sont les plus récents des quatre. Ce sont les premiers
chasseurs de l'armée de l'Air équipés de post-combustion et capables de
franchir le mur du son en vol horizontal pour atteindre Mach 1,2 pour le
SM-B2, 1,4 pour le F-100, avion lisse bien entendu. L'un et l'autre sont équipés
d'un télémètre radar mais, en assaut conventionnel ou en interception,
ils ne peuvent réellement accomplir leur mission que de jour et par beau
temps. Le F-100 vient d'être doté de missiles air-air infrarouges
Sidewinder.
De
nuit ou dans les nuages les interceptions se font avec des chasseurs
subsoniques plus anciens : le S.N.C.A.S.O. Vautour N, biplace, biréacteur,
ou le North American Sabre F-86 K. Tous deux ont un radar de bord. L'assaut,
quant à lui, ne se fait pas encore en conditions IMC, la navigation pas
plus que le tir.
Les
plafonds usuels sont de l'ordre de 50 000 pieds et à basse altitude
les vitesses courantes, avec réservoirs largables, sont limitées aux
alentours de 450 nœuds.
*
*
Et
voici qu'en 1961, six ans après la mise en service du Mystère IV A, quatre
ans à peine après celles du SM-B2 et du F-100, – heureuse époque ! –,
l'escadron ½ « Cigognes » laisse ses Mystère IV A à Dijon et
part au C.E.A.M. de Mont-de-Marsan pour se transformer sur Mirage III C.
Jamais avant, jamais depuis, un bond aussi grand en performances et en
capacités opérationnelles n'aura été fait dans l'armée de l'Air. Grosso
modo, du Mystère IV au Mirage III la vitesse horizontale est doublée et
atteint Mach 2, les temps de montée à 40 000 pieds sont divisés par
quatre, cinq minutes au lieu de vingt. L'avion est équipé d'un radar
d'interception CSF Cyrano 1 bis et bientôt non seulement de Sidewinder mais
de missiles air-air à moyenne portée et à guidage électromagnétique
Matra 530.
Pour
couronner le tout un moteur fusée d'appoint SEPR 841 fonctionnant à
l'acide nitrique et au triethylamine Xylidine, plus connu sous l'abréviation
TX, multiplie par deux la poussée disponible à haute altitude et permet d'évoluer
à 60 000 pieds, avec une combinaison pressurisée et un casque de
scaphandrier, le tout recouvert d'un survêtement en cuir blanc baptisé par
un journaliste du nom, qui lui restera, d'habit de lumière !
Quel
pilote de chasse de cette époque ne se souvient avec émotion de son lâcher
sur Mirage III C, curieuse machine sur laquelle on a les pieds dans la
pointe avant de l'appareil, les entrées d'air de part et d'autre des épaules
et des ailes delta avec une telle flèche qu'il faut débloquer les
bretelles pour apercevoir en se retournant leurs extrémités. Et que dire
de l'absence de plan fixe horizontal, de l'accélération au décollage, de
l'incidence et de la vitesse à l'atterrissage !
Il
s'agissait en vérité non pas d'une évolution mais d'une révolution et
aussi, il faut bien le dire, d'un avion singulièrement plus délicat à
piloter en utilisation opérationnelle et avec charges externes que ses prédécesseurs,
plus lents et moins lourds, ou que ses successeurs, aux formules aérodynamiques,
aux commandes de vol et aux équipements d'aide au pilotage plus élaborés.
Il n'est d'ailleurs pour le démontrer que de comparer les taux d'attrition
pour 10 000 heures de vol qui sont de 1,45 pour le Mirage III C et de
0,54 pour le Mirage F-1 C, avec la même mission. Ou encore toutes versions
confondues, le taux d'attrition de 0,91 pour les Mirage III et V et de 0,55
pour les Mirage F-1, toujours pour 10 000 heures de vol.
*
*
Entre
1961 et 1972 vont entrer en service dans l'armée de l'Air sept versions
différentes du Mirage III qui seront commandées, au total, en 473
exemplaires, chiffre à rapprocher des 1 407 Mirage III et V de
tous types fabriqués par les Avions Marcel Dassault.
Au
1er janvier 1975 l'armée de l'Air qui, déjà, a atteint le
nombre plancher de 450 avions de combat que depuis elle s'efforce de
maintenir, comporte onze escadres de chasse regroupant vingt-neuf escadrons.
Dix-huit d'entre eux sont équipés de Mirage III ou V soit 270 appareils
sur ces 450 en ligne ou encore 60 % des avions d'armes. C'est le moment
ou la proportion de Mirage III et V est la plus forte. Le reste de la flotte
se compose de Jaguar et des premiers escadrons de Mirage F-1.
À
cette date si on rapproche les 270 Mirage III et V en service dans les unités
opérationnelles des 473 commandés par l'armée de l'Air la différence est
constituée par les appareils du C.E.A.M., par ceux des unités d'entraînement
tel le Centre d'Instruction des Forces Aériennes Stratégiques (C.I.F.A.S.)
à Bordeaux-Mérignac, par l'attrition, notamment celle des Mirage III C qui
sont en service – déjà – depuis treize ans, par des Mirage V
non encore livrés, par un certain nombre d'avions stockés longue durée à
l'entrepôt de Châteaudun pour pallier les pertes à venir, enfin par des
avions en entretien majeur dans l'industrie ou à l'Atelier industriel de
l'Air de Clermont-Ferrand.
*
*
Chacune
des sept versions mériterait des commentaires détaillés dont on fera grâce
pour n'en citer que les traits dominants et quelques bribes d'histoires,
plus quelques appréciations qualitatives malgré les risques encourus
devant un auditoire aussi averti et donc certainement qualifié pour les
contester et en tout cas pour employer une expression anglo-saxonne,
« emotionnaly involved ».
Le
Mirage III C, bien que le premier en service et donc, au plan du système
d'armes, le moins fiable quoique le plus rudimentaire, restera pour beaucoup
le plus agréable à piloter et le meilleur en combat rapproché parce que
la plus légère des versions opérationnelles.
Il
est vrai qu'en échange son pétrole interne de 2 550 litres ne
permettait pas de faire durer un engagement. Il partageait cependant cette
caractéristique avec ses contemporains et rivaux, notamment le Lockheed
F-104 Starfighter préféré par la Luftwaffe qui, très chargé, emportait
plus mais consommait davantage en évolutions serrées, ou le Lightning de
la Royal Air Force qui, avec 200 litres supplémentaires seulement, devait
alimenter non pas un mais deux réacteurs.
Et
puis le Mirage III C fut aussi acheté par Israël. Les six premiers pilotes
israéliens de Mirage furent transformés au C.E.A.M. en 1962 en même temps
que l'escadron 1/13 « Artois ». L'actuel chef d'État-major de
l'armée de l'Air israélienne était du lot ainsi que son prédécesseur.
Avant d'en arriver là lui et ses collègues démontrèrent au monde entier,
en même temps que leur valeur et leur motivation, les qualités des Mirage
III C au cours des innombrables engagements qui, au fil des années et
notamment pendant la guerre des Six jours en juin 1967, les opposèrent aux
forces aériennes égyptiennes et surtout syriennes.
Des
Mirage III biplace, B et plus tard BE, qui équipèrent l'escadron de
transformation 2/2 « Côte d'Or » à Dijon, on retiendra qu'en
plus de tous les pilotes français volant sur Mirage à partir de 1965, ils
servirent à l'instruction du personnel navigant d'une quinzaine de pays
d'Europe, d'Amérique du Sud, d'Afrique et d'Asie et, au sein du Centre
d'Instruction des Forces Aériennes Stratégiques déjà cité, à celle des
pilotes de Mirage IV.
À
la différence des Mirage F-1, et aujourd'hui 2 000, biplace, ces
Mirage III B et BE n'ont pas de système d'armes et sont principalement
utilisés à faire découvrir aux jeunes pilotes sortant d'école les
particularités de pilotage de l'aile delta en transsonique, en combat et à
l'atterrissage.
En
temps de guerre les Mirage III B se transforment en monoplace en remplaçant
le moniteur en place arrière par un châssis radio tandis que les Mirage
III BE sont, eux, directement utilisables. Avec comme tous les autres
Mirage, deux canons internes de 30 mm plus, en externe, deux Sidewinder et
deux réservoirs largables ou deux lance-roquettes, ces appareils peuvent,
au besoin, apporter un complément de puissance de feu en appui direct ou
indirect à condition qu'il fasse beau et que la situation tactique soit
simple.
Le
Mirage III E restera probablement des sept versions la plus réussie sur le
plan opérationnel au moment de sa mise en service. Avec près de 3 000
litres de pétrole interne, 400 litres de plus que le Mirage III C, un radar
CSF Cyrano 2 permettant l'interception tous temps aussi bien que le suivi de
terrains à basse altitude en aveugle, un radar Doppler alimentant un
calculateur de navigation, une radio sonde et des aides au pilotage sur les
trois axes, une caméra oblique OMERA 60, un réacteur donnant une poussée
accrue à partir de Mach 1,4 grâce à une survitesse et, le cas échéant
un moteur fusée, dérivé de celui du Mirage III C mais plus souple
d'emploi parce qu'utilisant du pétrole au lieu du TX, le Mirage III E était
en 1965 un outil polyvalent et brillant, sans équivalent à l'étranger.
Seul le Phantom F-4 de l'USAF, biplace biréacteur pesant 50 % de plus,
pouvait faire mieux et surtout, compte tenu de sa taille, aller plus loin.
Encore était-ce deux versions distinctes et non une seule, l'une pour
l'interception et l'autre pour la pénétration à basse altitude.
À
son arrivée en unité, le Mirage III E équipa d'abord deux escadres de défense
aérienne, la 13e et la 2ème à Colmar et Dijon, puis
deux escadres d'attaque au sol, la 3e et la 4e à Lahr
et Luxeuil. Il fut plus tard le premier vecteur de l'arme nucléaire
tactique nationale AN 52, avec la 4e escadre de chasse à
Luxeuil. Le Mirage III E n° 617 de cette unité effectua un tir de
validation de son arme au Centre d'Essais du Pacifique le 27 août 1973 à
Mururoa.
Pendant
ce temps la 3e Escadre de chasse à Nancy s'était, elle aussi,
spécialisée dans la pénétration à basse altitude par tous temps, en
accompagnement des vecteurs nucléaires de la 4, pour neutraliser les moyens
de détection adverses avec des missiles AS 37 anti-radar.
Ceux
qui ont pratiqué la navigation IMC à 500 pieds sol au radar sur cet
appareil en gardent le souvenir d'une des missions les plus « pointues »
de l'armée de l'Air, en avance sur son temps et aux limites de l'homme et
de la machine, surtout avec un monoplace. Nul doute que le successeur du
Mirage III E dans cette mission, le Mirage 2 000 N biplace, permette
dans un an de faire mieux encore, avec la sécurité, le confort et la
tranquillité d'esprit accrus qu'autorisent les techniques d'aujourd'hui.
*
*
Domaine
réservé de la 33e Escadre à Strasbourg, la reconnaissance, à
vue et photo dans un premier temps, infrarouge et radar ensuite, a été
confiée au Mirage III R, dérivé du Mirage III C avec des caméras à
la place du radar, puis au Mirage III RD, dérivé du III E, avec, en plus
du III R, un radar Doppler et un calculateur de navigation. Ainsi équipée,
la 33 remportera avec le Mirage III le concours annuel de reconnaissance de
l'O.T.A.N. « Royal Flush » plus souvent qu'à son tour, pour être
précis six fois sur neuf.
Dernière
en date, la version Mirage V F du Mirage III arriva dans l'armée de l'Air
par raccroc, si on peut dire. En construction pour Israël, ces cinquante
appareils furent victimes de l'embargo décidé en 1969 par le général de
Gaulle, président de la République, à l'occasion d'une des péripéties
diplomatiques qui suivirent la guerre des six jours. Leur fabrication terminée,
ils furent stockés quelques années puis rachetés par l'armée de l'Air
qui se trouva ainsi dotée d'un avion d'assaut par beau temps avec une
charge militaire et un rayon d'action relativement élevés par rapport aux
autres versions du Mirage III.
Plusieurs
appareils furent d'ailleurs entre-temps prélevés pour l'exportation et
« remboursés » en nature par les A.M.D.-B.A. quelques années
plus tard, ce qui permet de constater que les Mirage III C les plus anciens
de l'armée de l'Air lui furent livrés au début de 1961 et les Mirage V F
les plus récents à la fin de 1984. Vingt-trois ans d'écart, une génération !
*
*
Si
les avions volent, c'est grâce aux ingénieurs d'abord, aux pilotes
ensuite, aux mécaniciens enfin. Le point de vue de l'ingénieur et celui du
pilote ont déjà été donnés au cours de ce colloque. Celui des mécaniciens
de l'armée de l'Air sur Mirage mérite quelques développements.
Il
y eut d'abord quelques maladies de jeunesse dont les principales furent
certaines faiblesses du train d'atterrissage et du relais d'accessoires du réacteur
ATAR 9B sur Mirage III C. Pour le train les ruptures de fût et de tiges
coulissantes étaient peut-être dues à des vitesses verticales
d'atterrissage plus élevées que sur Mystère IV A et SM-B2, toujours
est-il qu'après moult ressuages et passage au magnaflux pour déceler des
criques éventuelles on se résolut à remplacer les fûts par de nouveaux,
plus épais. Des témoins d'atterrissage dur furent par ailleurs ajoutés
dans les caissons de train afin de mieux déceler les efforts anormaux.
Quant
aux relais d'accessoires et plus précisément à son arbre d'entraînement,
leur mise au point nécessita quelques années et valut d'une part des
essais prématurés du siège éjectable Martin Baker, très fiable, d'autre
part l'adjonction d'une lubrification et d'une régulation de secours sur le
réacteur pour pallier les pannes du circuit d'huile.
Enfin
il y a huit ans, on installa dans les soutes de train droit de huit Mirage
III E des accéléro-compteurs destinés à suivre de plus près la vie en
fatigue des cellules. Tout dernièrement des criques furent d'ailleurs décelées
sur les nervures d'aile au voisinage des aérofreins. Les remises en état nécessitèrent
quelques renforcements et changements de voilure.
On
passera sur les autres faits techniques survenus en utilisation pour
constater qu'au total la flotte des Mirage III et V de l'armée de l'Air est
maintenue depuis 25 ans à un niveau de disponibilité opérationnelle de
l'ordre de 75 % non sans un travail soutenu mais sans difficultés
majeures, bel hommage à la fois au constructeur de l'appareil et aux mécaniciens
qui le mettent en œuvre et l'entretiennent.
Ceci
est d'autant plus remarquable que l'allègement et l'évolution de la
maintenance furent sans cesse recherchés et que la périodicité des
visites cellule au 2ème échelon est passée de 300 heures
de vol ou un an à 600 heures ou deux ans et celle des visites réacteur de
75 heures à 200 heures de fonctionnement.
Aujourd'hui
le Mirage III de l'armée de l'Air qui a le plus volé est un biplace
produit en 1962 et qui a atteint 5 350 heures de vol. Il a subi deux
entretiens majeurs au cours de sa carrière. Plusieurs Mirage III C ont un
peu moins d'heures mais sont plus anciens puisque, sortis d'usine en 1961,
ils ont dépassé vingt-cinq ans d'âge. Ils coulent des jours heureux au
soleil de Djibouti au sein de l'escadron de chasse 3/10 « Vexin »
en attendant une retraite qui sera moins due à des performances dépassées,
dans le contexte local, qu'à l'atmosphère saline du lieu.
*
*
On
n'arrête pas cependant les bureaux d'études et en 1974 apparaissaient à
la 30ème Escadre à Reims les premiers Mirage F-1 C de l'armée
de l'Air, en remplacement des Vautour N de la chasse tous temps, lourde
succession !
Monoplace,
à la différence de son prédécesseur, le F-1 C se distinguait d'abord par
des commandes de vol d'un confort, d'une précision et d'une souplesse
jusqu'ici inégalées. Si on y ajoute un pilote automatique parfaitement
fiable, du pilotage de base à l'ILS, équipement jusqu'ici inconnu sur les
avions de chasse français, un radar Cyrano IV dont la portée atteignait
d'entrée une quarantaine de milles nautiques et 4 200 litres de
carburant interne, le Mirage F-1 C était vraiment l'avion sûr avec lequel
on n'hésite pas à se lancer dans les missions les plus délicates et les météo
les plus tangentes. Ceci d'autant plus que de 180 nœuds en finale sur
Mirage III la vitesse d'approche du Mirage F-1 passait aux alentours de 150
nœuds.
Tous
ces facteurs sont particulièrement importants car ils permettent d'abaisser
les minima d'atterrissage de nos intercepteurs de 350 pieds de plafond à 2
km de visibilité avec le Mirage III à 250 pieds, 1 500 m avec le F-1,
performance plus précieuse en utilisation opérationnelle en Europe
occidentale que d'atteindre Mach 2 avion lisse…
Rien
cependant n'est parfait et le F-1 C avait quand même trois désavantages
importants par rapport aux concurrents étrangers qui se profilaient à
l'horizon et qu'il allait rencontrer à partir de 1975, pour le Mc-Donnell
F-15, et de 1978, pour le General Dynamics F-16.
En
premier lieu sa charge alaire, avion lisse, supérieure à 400 kg au m2,
comparée à 260 pour le Mirage III E, dans la même mission, était
davantage celle d'un avion de pénétration à basse altitude et grande
vitesse que d'un appareil destiné à évoluer en combat à haute altitude.
Certes, très fin, le F-1 reprenait de la vitesse dans le plan vertical
mieux que nul autre mais en montée et, pour compenser la charge alaire, en
manœuvres dans le plan horizontal il lui eût fallu une poussée que ne délivrait
pas, malgré toutes ses autres qualités, notamment une robustesse et des
performances à haute altitude remarquables, le réacteur ATAR 9K 50, et c'était
là un deuxième problème.
Même
avec les volets de combat qui bientôt améliorèrent quelque peu la
situation et, pour affronter le F-16, avec un réacteur M-53 qui portait son
rapport poussée/poids aux alentours de 0,85, il s'en fallait encore de
beaucoup pour faire jeu égal face à des concurrents qui affichaient un
rapport de 1 ou plus !
Troisième
faiblesse enfin, qui elle ne sera corrigée qu'avec l'entrée en service du
Mirage 2 000 RDI en 1988, le radar Cyrano IV du F-1 ne détecte pas
vers le bas près du sol, ce que font les radars du F-15 et du F-16 déjà
cités.
Il
reste que, avec le ravitaillement en vol dont la moitié des 168 F-1 C de
l'armée de l'Air est capable, avec le Cyrano IV M, rénové dans les années
1980 pour mieux résister aux contre-mesures électroniques, et avec le
missile à grande dénivelée Matra Super 530, le Mirage F-1 C est un
remarquable intercepteur tous temps à haute et moyenne altitude, il permet
de plus à la Défense aérienne française d'intervenir en Afrique dans de
remarquables conditions de rapidité et d'efficacité.
*
*
Ce
que l'escadron 2/2 à Dijon a fait pour transformer sur Mirage III les
pilotes français et étrangers, l'escadron 3/5 à Orange le fait pour les
pilotes de Mirage F-1. Il y a cependant une amélioration sensible car si le
F-1 B, biplace, n'a pas de canons internes, il est équipé du même radar
et de la même conduite de tir que le F-1 C ce qui lui permet des missions
opérationnelles avec missiles Magic et Super 530.
Enfin,
dernière version dans l'armée de l'Air, le Mirage F-1 CR est entré en
service à la 33ème Escadre pour remplacer les Mirage III R en
1983. Avec le radar Cyrano IV du F-1 C dont on a développé les fonctions
air-sol, le système de navigation à inertie, bus digital et ordinateur
embarqué du Mirage 2 000, un capteur infrarouge interne en plus des
caméras, le F-1 CR, dès qu'il aura reçu son radar à antenne latérale,
sera le véritable appareil de reconnaissance tous temps qui faisait encore
défaut à la Force aérienne tactique, recueillant des renseignements précis
et les transmettant avant même l'atterrissage à une station d'exploitation
sol.
*
*
Au
plan technique, il est encore trop tôt, après treize ans de service, pour
dire comment vieilliront les Mirage F-1. Plusieurs caractéristiques :
réservoirs intégraux, missiles en bout d'aile, dépassements de facteurs
de charge aisés, et donc moins rares, militent en faveur d'une surveillance
étroite des appareils. Pour ce faire, toute la flotte des Mirage F-1 est équipée
d'accéléro-compteurs et la vie en fatigue de chaque avion est suivie
individuellement sur ordinateur à partir des efforts réellement subis en
utilisation.
Ceci
va de pair avec un nouveau concept de maintenance qui, dans un souci d'économie
et de meilleure disponibilité, prévoit des visites dites « d'entretien
progressif », une moitié de la flotte subissant un premier type de
visite, l'autre moitié un second avec inversion lors de l'entretien
suivant. Depuis la mise en service on a ainsi fait passer le cycle des
visites périodiques de 300 heures ou un an à 900 heures ou trois ans.
Côté
moteur, et après qu'on ait commencé à le faire sur les ATAR 9 B et C, on
a adopté définitivement une maintenance modulaire dite SERI, pour sous
ensembles réparables individuellement, tandis que le cycle des visites périodiques
était porté de 75 à 300 heures.
Jusqu'ici
aucune surprise n'a été rencontrée et la disponibilité globale de la
flotte F-1 en unité est excellente, de l'ordre de 80 %.
*
*
C'est
sur cette considération réconfortante, qu'on terminera un exposé
suffisamment long. 40e anniversaire du Triton, 30e du
Mirage III et 20e du F-1, il s'en faut de deux ans pour que ce
soit aussi le 10e anniversaire du Mirage 2 000 puisque cet
appareil, qui commence à prendre la relève dans l'armée de l'Air, a
effectué son premier vol non en 1976, mais en 1978 ! Le pilote le
regrette, mais pas le conférencier.
Mesdames
et Messieurs, je vous remercie de votre attention.
|