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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

Colonel Monclar 

de la Légion étrangère 

 

Catéchisme du combat

Chapitre IX


La section de réserve dans l’attaque

 

1. Quelle est la mission de la section de réserve ?

La section de réserve n’a pas une mais plusieurs mis­sions qu’elle doit remplir l’une après l’autre ou en même temps.

2. Dites-moi quelles sont ces missions ?

Tenir les points forts lâchés par la première ligne, ren­forcer le feu de la première ligne arrêtée par un feu ajusté, surveiller et protéger les flancs de la première ligne surtout lorsque les voisins sont arrêtés, déborder les résistances de­vant les Compagnies arrêtées en profitant du terrain libre ou de l’avance des Compagnies voisines.

3. À quelle distance la section de réserve marche-t-elle derrière la première ligne ?

Il n’y a pas de distance fixe, mais une mission à remplir et un terrain à utiliser.

4. Oui, cela dépend des circonstances et du terrain, c’est toujours vrai. Faites-vous mieux comprendre, précisez ?

J’occupe le premier point fort libre immédiatement en arrière de la ligne des sections de combat, que cette ligne soit encore près ou déjà loin.

C’est l’application de la marche en perroquet étudiée au Chapitre de la sûreté : on ne lâche pas un point fort tant qu’on ne tient pas le suivant.

5. Quels avantages présente l’occupation (immédiate ou progressive) par la section de réserve du point fort que vient de quitter le premier échelon ?

Trois avantages :

Si le premier échelon reflue, il trouve pour l’arrêter ou pour s’arrêter le point fort tenu par la section de réserve (on ne s’arrête que sur un point fort).

Pour protéger les flancs du premier échelon, il faut les voir : par définition même, on ne peut les voir que du point fort que le premier échelon vient de quitter.

Pour déborder la résistance que rencontre le premier échelon, il faut roquer à droite ou à gauche à l’abri des balles et de vues. On ne peut le faire au plus près de l’ennemi que derrière le point fort que vient de quitter le premier échelon.

6. Et si la compagnie de réserve vous relève et si le terrain est plat ?

Je me rapproche à 200 ou 300 mètres de la première li­gne.

7. Pourquoi 200 ou 300 mètres de la première ligne ?

Pour éviter de tomber sous le feu ajusté sur la première ligne.

8. Si le feu est ajusté sur la première ligne, il ne tombe pas à 200 mètres en arrière ?

Si, à cause de la dispersion, c’est-à-dire de l’éparpille­ment des balles dû à différentes causes : échauffement du canon, différence des cartouches, habileté des tireurs, etc.

9. Et si le terrain est couvert ?

Je me rapproche surtout de façon à voir le flanc de la première ligne.

10. Donc la distance entre la première ligne et la sec­tion de réserve s’allonge et se raccourcit ?

Oui, comme du caoutchouc, comme un ressort, comme un accordéon.

11. Et dans quelle formation ?

Je prends la formation qui convient à la mission que je veux particulièrement remplir à un moment donné.

Si je veux occuper un objectif face à l’avant, mes grou­pes utilisent le terrain en largeur dans une formation en li­gne. Si je veux occuper le flanc découvert de ma Compagnie, je mets mes groupes, mes équipes dans une formation en co­lonne face à l’ennemi qui peut menacer les flancs. L’utilisation du terrain et la mission déterminent la forma­tion. Il faut se demander : “Que veux-je faire ? Quel point fort, cheminement utiliserai-je ?

Par conclusion, on voit tout de suite la formation à adopter.

12. Comment renforcez-vous par le feu ?

J’envoie seulement des F.M. sans voltigeurs. Je place ces F.M. : soit sur la ligne même, soit en retrait pour qu’ils tirent par les intervalles du 1er échelon ou exceptionnelle­ment par-dessus du 1er échelon.

13. Pourquoi n’envoyez-vous pas la section toute en­tière renforcer la 1ère ligne ?

Parce que renforcer en hommes une 1ère ligne arrêtée par le feu ajusté ne sert qu’à resserrer les hommes en pre­mière ligne, donc à augmenter les pertes.

14. Comment protégez-vous le flanc d’une Compagnie avancée ?

Par la position et la formation, en utilisant le point fort dont les champs de tir battent les cheminements qui mena­cent le flanc de la Compagnie et en échelonnant mes groupes sur ce point fort, face à droite et à gauche. En terrain très couvert, les hommes de la section de réserve peuvent être jusqu’à 10, 20 mètres de la section de 1er échelon.

15. Le point fort est-il forcement à droite ou à gauche de la Compagnie ?

Non, il peut se trouver vers le centre. Il vaut mieux se trouver vers le centre sur un point fort avec un bon champ de tir et être à l’abri des vues et des coups que d’avoir un champ de tir plus court et être vu.

16. Vous avez dit que la mission de la section de ré­serve est de déborder les résistan­ces que rencontre la première ligne ? Que signifie déborder ?

Déborder, c’est atteindre un objectif à droite ou à gau­che de celui qui arrête la 1ère ligne – s’y installer, se garder face en avant et diriger ses feux sur les flancs et l’arrière de l’ennemi qui arrêtent la 1ère ligne. On peut attaquer cet en­nemi à la baïonnette si on est sûr de ne pas tomber sous le feu de la 1ère ligne.

17. Peut-on toujours déborder ?

Non, il faut que le terrain à droite ou à gauche de l’objectif qui arrête la Compagnie soit libre (c’est-à-dire vide de l’ennemi) ou déjà déblayé par la Compagnie voisine. Si la Compagnie voisine n’a pas avancé, ce n’est pas notre section de réserve qui peut le faire.

18. À quoi faut-il prendre garde quand on déborde ?

À ne pas être débordé soi-même, donc avoir toujours un élément face en avant – c’est ce qu’on appelle la sûreté.

19. À quel intervalle faut-il déborder ?

Il ne faut pas être trop près du 1er échelon pour ne pas être arrêté par le feu qu’il reçoit, ni trop loin de crainte que l’ennemi s’infiltre entre lui et nous. On choisit donc comme objectif le point fort voisin de l’objectif du 1er échelon en ayant soin que le terrain entre lui et nous soit bien vu et battu par nos balles – c’est ce qu’on appelle être en liaison.

Ensuite, on se met face à son objectif au dernier point fort avant cet objectif – et on attaque.

20. Quels ordres donne le Chef de section de réserve ?

Avant le départ, le Chef de section de réserve fait voir le terrain à ses chefs de groupes – il indique aussi les ordres du Capitaine :

a.   Les points forts successifs à tenir derrière la première li­gne.

b.  Les points forts à utiliser pour protéger les flancs.

c.   Les cheminements à prendre pour aller d’un point fort à un autre.

d.  Les groupes, en principe les F.M., chargés de tenir les points forts.

e.   La 1ère formation.

En cours de combat il modifie :

-        les missions des groupes,

-    d’après les missions, les points forts à tenir et les che­minements à utiliser par ces groupes.

21. Quelle différence y a-t-il donc entre la mission d’une section de réserve dans la guerre européenne et la guerre sur les T.O.E. [1] ?

Une seule, c’est que, comme sur les T.O.E. il n’y a pas d’artillerie, la section de réserve peut occuper les points forts immédiatement après que la 1ère ligne les a lâchés.

Dans la guerre européenne au contraire, elle doit veiller à ne pas tomber sous le feu d’artillerie qui peut battre la 1ère ligne et ne faire occuper que progressivement les points forts.

22. Les boyaux, les tranchées, ne constituent-ils pas une deuxième défense ?

Non, les tranchées sont des points forts, les boyaux des cheminements ; ils deviennent, si besoin en est, des points forts, face à droite ou à gauche.

La mission de la section de réserve reste la même.



[1]  Théâtres d’opérations extérieurs (Nde).

 

 

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