Chapitre
XI
Les
avant-postes à proximité de l’ennemi et en couverture
1.
Quelle est la mission des avant-postes en couverture ou à proximité de
l’ennemi ?
Donner
aux troupes le temps de se mobiliser ou de se réunir, si elles sont déjà
cantonnées ou bivouaquées à l’arrière, le temps de prendre leur
dispositif de combat. Tenir les observatoires qui ont des vues sur le
terrain par où peut venir l’ennemi.
2. Quelle est la mission
d’une Compagnie aux avant-postes ?
La
Compagnie tient un point fort ou une ligne de points forts qui constituent
des observatoires pour nous, et qui constitueraient des observatoires pour
l’Artillerie de compagne ennemie si elle voulait exécuter un tir réglé
et observé sur nos bivouacs et cantonnements.
Cette
ligne de points forts s’appelle ligne de résistance.
Les
guetteurs sont envoyés en avant sur la ligne de surveillance pour
signaler l’approche de l’ennemi.
Le
secteur de la Compagnie en largeur s’appelle un sous-quartier.
Les
postes fournissent les guetteurs.
Quelle est la mission de
la section ou du groupe dans la couverture ?
Soit
tenir un point fort de la ligne de résistance.
Soit
fournir un poste de la ligne de surveillance.
Soit
faire partie de la réserve du Chef du Bataillon.
4. Comment faut-il
comprendre la mission du point fort de la ligne de résistance ?
Il
s’agit de voir puis de résister le plus longtemps possible pour
gagner du temps ; il faut donc :
a.
avoir de bons observatoires pour renseigner le commandement de
notre artillerie,
b.
disposer de champs de tir étendus pour retarder l’ennemi le plus
loin possible en le forçant à se coucher, à faire des bonds,
c.
garder beaucoup du monde sur la ligne de résistance pour obtenir dès
le début un feu puissant ; donc réduire au minimum les éléments
détachés en avant,
d.
mettre sur cette ligne de résistance plus au moins de
mitrailleuses, selon que le champ de tir est supérieur ou inférieur à
1200 mètres la mitrailleuse étant une arme de tir à grande distance
(supérieure à 1200 mètres),
e.
tendre une barrière de feux de flanquement continue et poussée
aussi loin que possible en avant pour ne pas permettre l’infiltration
ennemie de jour ou de nuit.
5. Quelle différence
y-a-t-il entre le combat des avant-postes en couverture et le combat défensif
déjà
étudié ?
1.
L’appui de l’Artillerie étant moins fourni et peu continu, en
raison de l’étendue du front et de la faible quantité d’artillerie
affectée aux avant-postes, l’Infanterie doit surtout compter sur elle-même.
2.
Le combat des avant-postes cherche avec tout son feu à arrêter
l’ennemi le plus loin possible et non pas sur la ligne des flanquements.
3.
Les flanquements sont reportés le plus en avant possible.
4.
Les fronts sont beaucoup plus larges. Il faut compter 1000 mètres
et même davantage en couverture pour un sous-quartier de Compagnie.
5.
Les Compagnies sont étalées en largeur et non plus en profondeur
comme dans le combat défensif proprement dit.
6. Pourquoi est-il
possible de porter les flanquements très en avant ?
- Parce
que les avant-postes sont attaqués par les avant-gardes ennemies qui
elles-mêmes disposent d’un appui par l’artillerie et la base de
feux très réduite. Cet appui ne maintiendra pas les défenseurs
terrés jusqu’à ce que l’ennemi soit à 200 mètres (voir le
combat défensif).
2.
Parce que la ligne de résistance, surtout en couverture, aura
mission de tenir un temps déterminé, puis de battre en retraite.
Il faut
qu’elle arrête l’ennemi avant d’être accrochée.
Nous
sommes accrochés quand nous ne pouvons plus exécuter notre repli par
suite du feu ajusté de l’ennemi, soit parce que l’ennemi est arrivé
sur le point fort que nous venons d’abandonner avant que nous ayons pu
gagner un cheminement ou pris de distance, soit parce que l’ennemi a
progressé sur nos flancs et tient sous son feu ajusté notre itinéraire
et nos cheminements de repli.
7. Comment organise-t-on
matériellement et
moralement les points forts du sous-quartier ?
Comme
dans le combat défensif, en faisant le hérisson et en se gardant de tous
les cotés. Toutefois il convient d’utiliser autant que l’on peut les
haies, murs, couverts, pour mieux se dissimuler.
Si
l’ennemi ignore nos emplacements, son artillerie et sa base de feux ne
peuvent tirer dessus. Dans cette situation, ils n’ont pas de munitions
à gaspiller.
8. Les sections de la
ligne de résistance restent-elles toujours sur leurs positions de combat ?
Non,
l’organisation terminée, elles se reportent en arrière d’un point
fort, si possible dans les couverts ou abris. Les hommes sont cachés à
la vue des avions et des observateurs ennemis où ils se reposent,
mangent, dorment sans être vus. Mais elles laissent toujours aux armes
automatiques et aux emplacements de combat un piquet de 1/4 ou 1/3 de
l’effectif.
D’autre
part, elles prennent leurs précautions pour être tout entières sur les
emplacements de combat avant que l’ennemi ait pénétré sur leurs
champs de tir afin de tirer dessus à l’extrême du champ de tir.
9. Comment le
sous-quartier se garde-t-il contre les débordements ennemis ?
Par un
poste commun avec le sous-quartier voisin.
Si la
Compagnie est à une aile, par un poste arrière qui s’appui à un
obstacle si possible infranchissable.
10. Comment le
sous-quartier prend-il ses précautions pour que la Compagnie tout entière
soit sur ses
emplacements de combat au moment où l’ennemi
pénètre sur son champ de tir ?
La
Compagnie détache des guetteurs fournis par le poste de surveillance.
11. Comment s’appelle
la ligne des guetteurs ?
La
ligne de surveillance.
12. À quelle distance
les guetteurs se trouvent-ils de la ligne de résistance ?
Cela dépend
du temps qu’il faut au sous-quartier pour quitter sa position d’abri
et prendre sa position de combat. S’il lui faut 3, 4, ou 5 minutes, les
guetteurs doivent récupérer leurs vues à 300, 400 ou 500 mètres en
avant de la limite du champ de tir.
13. Quel est le rôle
des postes ?
Fournir
des guetteurs à raison d’un groupe par guetteur.
Les
protéger, les recueillir, prévenir le sous-quartier de l’arrivée de
l’ennemi, retarder l’ennemi par leur feu, à moins qu’ils n’aient
reçu l’ordre de se retirer avant.
Rejoindre
le sous-quartier par des cheminements reconnus d’avance et qui
permettent à leurs camarades de sous-quartier de tirer par-dessus leur tête
et de les protéger.
14. À quelle distance
les guetteurs se trouvent-ils les uns des autres ?
À une
distance telle qu’un groupe important ne puisse passer entre deux
guetteurs sans être vu.
Cela
correspond à un terrain moyen de 200 à 300 mètres. Il n’y a pas intérêt
à multiplier ni les postes ni les guetteurs, il faut laisser le plus de
monde possible à l’échelon de résistance.
15. Comment les postes
protègent-ils leurs
sentinelles ?
Par
leur proximité immédiate.
16. Comment le poste
agit-il par le feu ?
Il agit
par surprise, il cherche à tromper l’ennemi sur sa force par un feu
vif. Il ne laisse pas accrocher, c’est-à-dire qu’il doit pouvoir se
retirer jusqu’à son cheminement de retraite sans recevoir des coups
de fusil, cela lui indique à quelle distance il peut laisser l’ennemi
approcher en avant ou sur les flancs.
C’est
pour cela que l’occupation d’un abri (maison, mur, tranchée, haie)
est à recommander.
17. Comment se fait la
liaison entre les différents
postes et entre les guetteurs de postes différents ?
À vue
si possible, sinon par des patrouilles.
Les
guetteurs se replient à la limite du champ de tir de nuit, c’est-à-dire
des flanquements repérés. On les place à proximité des points de
passage probables de l’ennemi.
Les
guetteurs sont doubles ; on les relève par moitié.
18. Comment se fait
l’installation aux avant-postes de la Compagnie ?
La
Compagnie en formation d’approche, c’est-à-dire gardée par les
patrouilles d’éclaireurs s’établit au voisinage des points forts de
la ligne de résistance. Sous cette protection :
a.
le Capitaine et le Chef de section font leur reconnaissance,
b.
d’après les ordres du Capitaine le Chef de section détermine :
-
son point d’appui sur la ligne de résistance,
-
l’emplacement du ou des guetteurs,
-
l’emplacement et la force du poste.
Le
Chef de section détermine ensuite :
-
les objectifs lointains à battre (objectifs normaux et éventuels
avec leurs distances),
-
les flanquements,
-
l’emplacement des armes automatiques,
-
l’emplacement des voltigeurs,
-
les travaux à effectuer notamment les travaux anti-chars,
-
les liaisons s’il y a lieu.
19. Quelles sont les
consignes du chef de poste et du guetteur ?
Voir le
règlement d’Infanterie (3e partie).