Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

Colonel Monclar

de la Légion étrangère

 

Catéchisme du combat

 

Chapitre XVIII


Soins élémentaires d’extrême urgence et évacuation des blessés

 

1. Que doit-on éviter au blessé ?

-        L’attente inutile,

-        la souffrance,

-        le froid (ne pas les coucher directement sur un sol hu­mide, les couvrir de manteaux, couvertures, paille),

-        la soif (donner à boire, sauf aux blessés ayant des plaies au ventre ou des plaies à proximité du ventre),

-        les manipulations brutales (rouler ou glisser douce­ment des fracturés plutôt que de les soulever par les épaules et par les pieds, manœuvre très brutale),

-        et avant tout l’infection de la plaie.

2. Pourquoi ?

Parce que l’attente inutile, la souffrance, le froid, la soif, les manipulations brutales dépriment le blessé, le fatiguent (choc) et qu’il pourrait en mourir avant d’être soigné.

3. Si la section a des blessés au cours de sa progres­sion faut-il les secourir immédiatement ?

Non, si la progression doit en souffrir.

4. Dès qu’il peut s’occuper des blessés que fait le chef de section ?

Il les rassemble en un lieu abrité qui forme un “nid de blessés”, environ à 100 mètres ou à 200 mètres de la pre­mière ligne.

5. Faut-il panser toutes les blessures ?

Non, une blessure est moins contaminée par l’air que par un pansement sale. N’enlever ni vêtements, ni chaussu­res.

5 bis. Quels blessés doit-on traiter dès le nid de bles­sés ?

1.     Les hémorragiques. Ne pas s’affoler en présence d’une très large tâche de sang, mais si cette tâche s’étend et que le sang coule peu à peu, faire d’abord un pansement com­pressif au niveau de la blessure, en général par-dessus le vêtement. Si malgré cela l’hémorragie continue, mettre un garrot très serré, si possible élastique placé juste au-dessus de la blessure, l’Infirmerie de Compagnie disposera des garrots.

2.     Les asphyxies causées par une large plaie au thorax par où rentre l’air. Faire un large pansement compressif ob­turant la plaie. Ne faire ce pansement que si l’évacuation rapide au poste de secours est impossible.

3.     Les fracturés des membres inférieurs qu’on immobilisera provisoirement si un long transport est nécessaire jusqu’au poste de secours. Ficeler les deux membres infé­rieurs ensemble, et sur le côté du membre fracturé mettre une pièce de bois ou un fusil qui immobilisera les articu­lations au-dessus et au-dessous de la fracture.

6. Quand les blessés sont-ils évacués ?

De nuit en général. Le chef de section essayera cepen­dant de faire évacuer de jour les blessés urgents qui ne peu­vent pas attendre.

Parfois cependant le terrain permet aux brancardiers l’évacuation de jour, auquel cas il en faut profiter pour éva­cuer tous les blessés très rapidement.

7. Quel est l’ordre d’urgence des évacuations ?

Le plus urgents sont :

-        Numéro 1 : les blessés du ventre, les blessés qui as­phyxient, les hémorragiques et les porteurs de garrot.

-        Puis numéro 2 : les grands brûlés, les choqués (notam­ment les choqués par les bombes d’avion).

-        Puis numéro 3 : les fracturés des membres, membres infé­rieurs d’abord.

-        Puis numéro 4 : les grosses plaies musculaires, les blessés du crâne.

Évacuation :

-        Numéro 1 : de suite si possible, même de jour. Par tous les moyens. Avec toute la vitesse possible.

-        Numéro 2 : le plus tôt possible.

-        Numéro 3 : rapidement.

-        Numéro 4 : dans le courant de la nuit après les autres. Avec beaucoup de douceur.

8. Que fait le chef de section qui a des blessés ?

Il envoie un compte rendu au Commandant de Compa­gnie suivant le modèle ci-après :

 

Nombre de bles­sés […] Officiers

Chef de son

Heure de la bles­sure

Genre de la blessure, fracture, hémorragie, etc.

Blessé par balle, gre­na­des, etc.

Emplacement éventuel
du “Nid de blessés

 

 

 

 

 

 

Nombre des morts

9. Que fait le chef de section qui a des morts ?

Il fait rassembler les corps en un lieu suffisamment éloigné des blessés et envoie au Commandant de Compagnie un compte rendu analogue à celui envoyé pour les blessés.

10. Que fait le Commandant de Compagnie ?

Il envoie au Bataillon deux comptes rendus :

-        l’un pour le chef de Bataillon,

-        l’autre pour le Médecin de Bataillon qui enverra les brancardiers nécessaires pour prendre les blessés.

Les brancardiers sont rassemblés au poste de secours de Bataillon qui les envoie selon les besoins des diverses compagnies et les fluctuations de combat. Les brancardiers ne relèvent pas en principe sous le feu.

11. Comment est rédigé le compte rendu au Chef de Bataillon ?

Il indiquera le nom des Officiers et Sous-Officiers Chef de Section tués ou blessés.

Le nombre des autres tués et blessés.

12. Comment est rédigé le compte rendu pour le Mé­decin de Bataillon ?

Nombre de bles­sés

Emplacement sur le Terrain

Heure de la Bles­sure

Genre de la Bles­sure

Blessé par :

 

 

 

 

 

13. Comment et où sont évacués ces blessés ?

Par les brancardiers jusqu’au poste de secours de Ba­taillon, c’est le local où le Médecin de Bataillon donne les premiers soins dans les meilleures conditions.

14. Quels sont les renseignements que doit demander le Médecin de Bataillon ?

  1. Il se renseigne au poste de Commandement de Batail­lon sur :

-        les emplacements des postes de ravitaillement et les heures auxquelles doivent y arriver les chenil­lettes de ravitaillement (ou autres voitures) qui peuvent servir à évacuer les blessés les plus ur­gents,

-        les emplacements des diverses Compagnies et les points du secteur accessibles aux brancardiers sans que les feux ennemis les empêchent de remplir leur mission, les “nids de blessés”, les genres de blessu­res.

Il se renseigne sur les zones d’action, les objectifs des Compagnies.

Il les indique de jour, avec les points de repères, aux chefs d’équipe de brancardiers.

2.     Il demande au Médecin du Régiment le nombre de bran­cardiers de renforts dont il peut avoir besoin, le nombre de voitures nécessaires pour évacuer ses bles­sés, l’heure d’arrivée de ces voitures et le point le plus avancé où elles s’arrêteront.

  1. Et il fournit en même temps au Médecin du Régi­ment :

-     l’état numérique des blessés,

-     la nature des blessures en classant les blessés en :

-     blessés légers, c’est-à-dire assis.

-     blessés graves.

-     blessés n°1 Urgence,

-     blessés n°2 Urgence.

15. Que fait le Médecin de Bataillon au Poste de Se­cours ?

1.     Vers l’avant il envoie et répartit les équipes de brancar­diers selon les renseignements qu’il a deman­dés au Bataillon et ceux qu’il a reçus des Compagnies au sujet des blessés.

Il indique autant que possible sur le terrain aux chefs d’équipes les points de 1ère destination et les destina­tions successives.

2.     Il donne pour chaque blessé les soins de première ur­gence.

Il fait pour chaque blessé une fiche indiquant le plus exactement possible le siège, la nature de la blessure, la gravité (garrot, asphyxie, hémorragie, etc.) et les premiers soins qu’il a donnés (fiche imprimée)

3.     Il règle l’évacuation des blessés par les voitures d’ambulance selon l’ordre indiqué précédemment.

16. Les prisonniers peuvent-ils être utilisés à trans­porter les blessés ?

Oui, ce n’est pas en désaccord avec les conventions in­ternationales. C’est même eux qu’il faut obliger, par priorité, à ramasser les blessés de leur propre nationalité.

 

 

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