Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

Colonel Monclar 

de la Légion étrangère 

 

Catéchisme du combat

 

Chapitre VI


L’Approche

 

1. Qu’est-ce que l’approche ?

C’est la marche d’une troupe à partir du moment où elle est exposée aux coups de l’Artillerie de campagne ennemie jusqu’au moment où elle peut recevoir des coups de fusil ou de mitrailleuses d’ennemis postés à terre ou transportés par des engins blindés.

2. Y-a-t-il plusieurs sortes d’approche ?

Oui : on distingue :

1.       l’approche loin de l’ennemi sous le tir de l’artillerie ti­rant à grande distance et tirant peu ;

2.       l’approche sous le tir de l’Artillerie tirant à moyenne distance (environ 10kms de l’ennemi).

On distingue encore :

1.       l’approche non couverte, quand d’un moment à l’autre, notre troupe court le risque de tomber sous les coups de fusils ou de mitrailleuses de l’Infanterie ou des engins blindés ennemis ;

2.       l’approche couverte, quand, en raison de la distance ou de la protection assurée par une autre troupe amie devant nous, nous ne sommes pas exposés à rencontrer l’Infanterie ennemie. Mais quelle que soit la protection assurée par les troupes de tête, l’aviation et les engins blindés peuvent toujours in­tervenir et ce même quand nous croyons être à grande distance de l’ennemi.

3. Quand est-on couvert par une troupe qui est devant nous ?

À deux conditions :

1.       Cette troupe tient tout le front devant notre zone d’action, c’est-à-dire la tranche du terrain où nous devons agir. Ainsi la cavalerie, motorisée ou non, qui selon sa mission se déplace latéralement devant nous ne nous couvre que très imparfaitement ;

2.       Nous sommes en liaison de renseignements avec cette troupe, c’est-à-dire que nous savons à chaque instant ce qu’elle fait et elle, ce que nous faisons (voir chap. Sûreté – Liaison).

4. Que fait-on quand on est exposé au tir de harcèle­ment ennemi ? C’est-à-dire au tir de l’Artillerie enne­mie tirant peu à grande distance, ou au tir de l’Aviation ?

Pour ne pas perdre de temps on continue à marcher sur la route si elle n’est pas vue des observateurs ou de l’aviation ennemie. Les sections sont à 50 mètres au moins de distance, les hommes à 5 pas de distance. On contourne les endroits repérés par le tir ennemi sans attendre qu’il se déclenche. On marche en colonne par deux de chaque côté de la route ; cette formation permet :

-        d’échapper aux vues aériennes,

-        d’éviter les grosses pertes si les blindés ou motocyclis­tes ennemis surgissent par surprise.

5. Mais pourquoi en colonne par deux ?

1.       Pour diminuer l’allongement,

2.       pour pouvoir marcher sous les arbres, lorsque la route en est bordée,

3.       pour pouvoir se jeter dans les fossés de chaque coté de la route si les obus ou les bombes ennemis arri­vent sur nous.

6. Pourquoi les sections à 50 mètres de distance ?

Pour que deux sections ne tombent pas sous les éclats du même obus. On met les sections à 100 pas, et même da­vantage quand on le peut, pour que les observateurs ennemis ou l’Aviation ennemie ne voient que peu d’hommes à la fois et que l’Artillerie ennemie pense que ce n’est pas la peine de tirer.

7. Pourquoi les hommes à 5 pas ?

Pour laisser de la place entre les hommes aux éclats des obus éclatant à proximité de la section.

8. Qu’appelle-t-on mise en garde et alerte ?

Quand une troupe reçoit le renseignement d’un danger par avion blindé, gaz, sans les voir, elle se met en garde.

Quand elle voit l’avion, les blindés, sent ou aperçoit les gaz, elle est alertée.

9. Quels sont les signaux employés par l’Infanterie ?

Code des signaux

Menace

Mise en Garde ou Alerte

Clairons-Trompettes-Sifflets

Petites cloches, douilles vides

Fusées

Avions

Mise en Garde ou Alerte

Série des coups longs

Série des coups courts

 

 

Fumée rouge

Menace terres­tre

(engins blindés ou détache­ments)

Mise en Garde ou Alerte

Plusieurs sé­ries de 2 coups longs

Plusieurs sé­ries de 2 coups brefs

 

 

 

 

Fumée rouge

Gaz

Mise en Garde pour le gaz, alerte se confond avec la mise en garde

Sonnerie du Garde à vous

Sonnerie à toute volée

 

10. Que fait-on quand il y a alerte aux Gaz ?

On met son masque et on le fait mettre aux hommes. On évite les hautes herbes, les agglomérations, les maréca­ges, les fonds, on recherche des cheminements à flancs de coteaux. On ne s’arrête pas.

11. Qu’entendez-vous par lignes du terrain ?

Les lisières de bois, les limites de champs, les haies, les fossés.

12. Que fait-on quand on approche à une dizaine de kilomè­tres de l’ennemi ?

La section quitte la route et marche à travers champs dans une formation diluée, moulée aux couverts du terrain et aux obstacles, anti-chars qui se trouvent dans la zone d’action – dissimulée aux observatoires d’artillerie, aux avions, aux blindés.

13. Où marche la section ? Peut-elle aller partout ?

La section a un point de direction et une zone, c’est-à-dire une tranche de terrain en largeur pour marcher. En principe, elle n’en sort pas pour ne pas gêner las autres trou­pes. La section cherche à ne pas être vue. Elle évite les crêtes ou les franchit le plus vite possible, utilise à plein les chemi­nements, évite les fonds en général pleins de gaz, si elle veut les utiliser elle s’assure d’abord qu’ils ne sont pas gazés.

Le capitaine donne l’autorisation de sortir de la zone d’action.

14. Quelles sont les formations de la section ?

Jamais en colonne par trois ; elle marche :

-        par groupes successifs,

-        par groupes accolés,

-        en triangle,

-        par groupes en échelons débordants.

15. Quelles sont les distances et intervalles entre Groupes ?

Cinquante mètres au moins.

16. Pourquoi ?

Pour qu’un obus qui éclate entre deux groupes n’attei­gne les deux groupes. D’autre part, à 50 mètres, le Chef de section peut commander à la voix et au geste, malgré la fu­mée et la poussière.

17. Quelle est la distance entre les hommes ?

Les hommes sont en colonne par un à 5 pas.

18. Pourquoi à 5 pas ?

Pour laisser de la place aux éclats d’obus et éviter que le même obus ne tue tous les hommes. À cinq pas le Chef de Groupe peut encore commander.

C’est la même règle que dans l’approche sur route.

19. Que fait la section quand elle tombe sous une ra­fale d’Artillerie ?

Elle se couche d’abord, puis elle franchit au pas de gymnas­tique entre deux rafales la zone dangereuse jusqu’au moment où elle arrive en terrain libre d’obus.

20. Et si elle se trouve devant un barrage ?

Le barrage est rarement complet ; il y a en général un trou parce que une ou deux pièces tirent mal. Les Groupes dévient de leur direction, passent par le trou et reviennent prendre leur place. Sinon elles attendent que le barrage (ou tir d’arrêt) cesse. Il dure rarement plus de 10 minutes.

21. Comment la section franchit-elle une lisière de bois, une crête, si elle ne trouve pas un cheminement qui permette de ne pas être de l’ennemi ?

Quand les couverts ne peuvent les dissimuler, la sec­tion, le groupe franchissent par surprise une crête, une li­sière de bois et d’une façon générale tous les endroits repérés par l’ennemi. Pour cela, tous les groupes se mettent à la même hauteur en ayant soin de ne pas se faire voir, les hommes serrent sur la tête, puis tout le monde court jusqu’après avoir passé la limite où tombent les obus tirés à la lisière (100 à 150 mètres), ensuite on reprend le pas.

22. Quand prend-on la formation échelonnée ?

Quand notre compagnie est exposée à voir l’Infanterie ou les engins blindés ennemis surgir sur le flanc.

23. Quel est le meilleur moyen d’éviter les pertes dans l’approche ?

C’est d’exécuter l’approche de nuit.

24. Que faites-vous la nuit, par brouillard, obscurité ?

On fait resserrer les groupes jusqu’à ce qu’ils se voient et que le chef de section voie tout le monde. Le souci de don­ner au chef de section la possibilité de commander passe avant celui d’éviter les pertes. D’autre part, il faut qu’aucun élément ennemi ne puisse se glisser ou glisser ou rester en­tre les éléments de chez nous. Sinon avec des soldats non prévenus on risque le désordre et la panique (voir chapitre III, Le Moral). D’ailleurs, la nuit, par l’obscurité, on ne ris­que que peu le tir et on prend la formation d’approche loin de l’ennemi sur route ou chemin.

25. Que faites-vous dans l’approche non couverte ?

La Compagnie peut à tout instant rencontrer l’ennemi. Pour éviter la surprise qui cause des pertes et trouble le mo­ral des hommes, une section marche en éclaireurs en avant de la compagnie jusqu’au premier point fort en avant du reste de la troupe.

26. Comment opèrent ces éclaireurs ?

Ces groupes détachés en avant marchent, patrouillent, suffisamment en largeur pour qu’aucun parti ne puisse voir un ennemi sauter brusquement sur lui en avant et sur les flancs.

Si les couverts du terrain ne permettent pas de sur­veiller les parties découvertes on fait fouiller celles-ci autant que possible par leurs cheminements. Les différents groupes doivent voir et battre le terrain entre eux (Liaison de com­bat).

Les groupes d’éclaireurs atteignent le premier point fort en avant des sections de premier échelon. Ils attendent. Ils repartent quand le premier échelon est à environ 300 mètres, pour ne pas tomber sous la même dispersion du feu ennemi.

27. Quels sont les ordres à recevoir du Capitaine ?

La direction de la Compagnie.

La formation de la Compagnie.

La direction, l’objectif et la zone de marche de la sec­tion.

La place des sections voisines qui n’appartiennent pas à la Compagnie.

28. Quels ordres donne le Chef de section ?

Il vérifie que les armes sont approvisionnées (et non chargées), que les outils sont au ceinturon.

Il indique à tous ses hommes sur le terrain ce qu’il sait de l’ennemi et des voisins :

-        la direction,

-        la mission et l’objectif – point fort limite du bond,

-        la formation,

-        la zone de progression,

-        les cheminements que l’on voit et qu’on peut utiliser,

-        les couloirs favorables aux blindés ennemis,

-        la place du chef de section,

-        la place du capitaine et son axe de déplacement.

Conduite en cas de rencontre avec l’ennemi, les blindés, les avions

1. Que font les éclaireurs quand ils rencontrent l’ennemi et que cet ennemi tir un tire ajusté ?

Ils le signalent et attendent que le chef de section ait rejoint.

2. Et si le tir n’est pas ajusté ?

Ils continuent sur l’objectif.

3. Que fait la section quand le groupe est arrêté ?

Les lignes des groupes accolés, de 50m. à 100m. d’intervalle au moins, constituent un râteau. Les dents de ce râteau qui rencontrent une résistance s’arrêtent. Les autres dents-groupes qui ont devant eux une zone privée de feux ennemis progressent jusqu’à la limite du bond fixé par le Ca­pitaine. Arrivés sur l’objectif ils s’arrêtent, se couvrent avant et sur les flancs et aident les groupes amis arrêtés par des feux des flancs et d’écharpe sur l’ennemi qui les arrêtent, notamment par des tirs de mitrailleuses ou de lance-grena­des.

4. Comment la section se protège-t-elle des blindés ?

1.       En marche et section – d’abord elle se garde à la vue : toujours 3 observateurs qui ne sont pas au premier rang et regardent l’un en avant, les deux autres sur les flancs, dans les directions d’où peuvent venir les engins blindés ennemis.

2.       En marche – elle utilise les obstacles anti-chars sur les routes les plus dangereuses. Autant que le nom­bre de mines le permet, elle barre aussi les abords de route.

3.       En marche – elle utilise les obstacles anti-chars de la zone d’action, au moins les couverts ; c’est d’ailleurs la règle générale.

4.       En cas de rencontre de blindés – elle alerte les élé­ments arrière (plusieurs séries de deux coups brefs de sifflet ou de clairon). Son chef fait coucher ses hommes et leur fait tirer des balles perforantes de F.M. ou de mitrailleuses sur les blindés et les gens qui les accompagnent.

5.       Si des blindés ennemis pénètrent dans le dispositif, il s’efforce de leur couper la retraite en faisant placer sur leur route des obstacles qu’il peut rapidement trouver sur le terrain ; ou des mines.

6.       En tout temps – la section protège les canons anti-chars qui s’installent ou tirent à proximité.

5. Quelles sont en tout temps, les mesures de défense contre avion ?

Chaque section de tête de la Compagnie a un guetteur en avant.

Les sections des compagnies impaires dans l’ordre de marche ont un guetteur face à gauche. Les sections des com­pagnies paires ont un guetteur face à droite.

Dès qu’un avion est annoncé, les signaux d’alerte par clairon, sifflets, fusées sont employés.

6. Que commande le chef de section en cas d’avion en­nemi ?

Il fait arrêter sa troupe et utiliser les fossés couverts, les haies et à défaut les lignes de terrain.

Si l’ordre en est donné il prescrit de tirer aux F.M. et mitrailleuses et à des équipes de 10 tireurs choisis.

Le tir est possible si le chef qui se tient près des armes voit l’avion à une largeur de main au-dessus et à l’aplomb des troupes amies qui occupent le point de terrain le plus élevé dans la direction du tir.

Le tir est interdit si l’avion volant à moins de 50 mètres d’altitude s’éloigne de l’arme.

7. À quelle distance les armes de l’Infanterie tirent-elles contre les avions

       Suivant l’arme utilisée

Cas général

 

Cas d’un avion venant
vers le tireur et évolu­ant à moins de 500  m.

-         Mitrailleuse de 8 mm

-        F. M.

-        Armes individuelles

  1 000 m.

     600 m.

     400 m.

             1 500 m.

             1 000 m.

                400 m.

 

 

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