| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Colonel Monclar de la Légion étrangère
Catéchisme du combat
Chapitre
VIII 1. En quoi consiste le combat défensif de l’Infanterie ?À
mettre entre l’attaque ennemie et nous :
2. Quelle est la mission de la section de Ier échelon dans le combat défensif ?
2.
Déclencher le tir d’arrêt de l’artillerie. 3.
Assurer le tir rasant du flanquement de la barrière des feux de
mitrailleuse ou de F.M. 4.
Protéger les canons anti-chars, les mitrailleuses ou les F.M. de
flanquement en avant, sur les flancs, en arrière. 5.
Se constituer une petite réserve si son effectif le lui permet. 6.
S’organiser de façon à maintenir le moral.
3. Comment déclenche-t-on le tir d’arrêt de l’Artillerie ?En général par deux fusées [1], puis par les autres moyens de transmissions, téléphone, optique, etc., enfin si le tir d’arrêt ne se déclenche pas, par coureurs. 4. Qu’est-ce qu’un poste ?C’est la position de terrain occupée par un groupe ou une section. 5. Qui déclenche le flanquement ?Le Chef de poste ou du point fort et, en cas d’urgence le guetteur de la pièce. 6. Qu’est-ce qu’un point fort dans la défensive ?C’est la portion de terrain organisé en point fort artificiel (voir chapitre 1er- Le terrain) autour d’armes anti-chars ou des flanquements, et comprenant plusieurs groupes de combat sous les ordres d’un chef de section ou d’un Commandant de Compagnie. 7. Quels éléments déterminent l’emplacement des groupes, des postes, des sous-quartiers et par voie de conséquence la ligne principale de résistance ?D’abord les obstacles anti-chars, puis les emplacements des armes anti-chars, des mitrailleuses, des F.M., et de toutes armes qui doivent être protégées pendant leur tir. 8. Qu’est-ce qu’un flanquement ?Une barrière de feu, un fil de balles, un fil de cuivre d’acier qui tue sur 600 mètres de rasance. Il devrait être parallèle au front. Mais comme il part de la ligne à défendre, il lui est forcement oblique, de biais. Le feu de l’Artillerie, lui, peut être parallèle. 9. Quelles conditions doivent réaliser les flanquements pour être une barrière ?Ils doivent être rasants et se recouper. 10. Que veut dire un tir rasant ?Un tir rasant est un tir au-dessous duquel un combattant ennemi ne peut passer – comme la flèche à 600 mètres est de 1 […] un bon flanquement ne peut pas dépasser 500 à 600 mètres. 11. Mais avec le volant de pointage en hauteur on peut obtenir le tir à toutes les hauteurs ?Oui, mais au début d’une attaque, en raison du déséquilibre moral du défenseur, la pièce doit être bloquée en direction et hauteur pour que le tireur n’ait qu’à appuyer sur la détente, sinon on ramène invinciblement la mitrailleuse devant lui et il n’y a plus de flanquements, il vaut donc mieux, si on le peut, avoir des flanquements de 600 mètres au plus. 12. À quelle distance de la ligne à défendre doit se trouver la barrière de feu, le flanquement ?Entre 100 et 150 mètres. 13. Pourquoi ?Parce que l’assaillant ennemi nous tiendra terrés par son artillerie et sa base de feux jusqu’à ce que ses voltigeurs soient à environ 200 mètres de notre ligne. Si l’on compte le temps pour prendre nos emplacements de combat, pour voir clair, on calcule que le défenseur ne pourra commencer à tirer que lorsque l’ennemi sera entre 100 et 150 mètres. D’autre part, le tir de flanquement doit lécher les réseaux qui eux-mêmes doivent être suffisamment loin de nos tranchées pour ne pas être détruits par le feu de l’artillerie ennemie dirigée sur ces tranchées (à environ une centaine de mètres, soit une demi-dispersion de 77 ou de 105). 14. Comment complète-t-on le flanquement ?Par le tir des F.M. et des V.B. [2] qui battent les angles morts qui échappent au flanquement. 15. Comment répartissez-vous donc les F.M. ?Je complète les flanquements de façon qu’ils soient ininterrompus et qu’ils se recoupent. Je bats les angles morts qui échappent au flanquement. J’emploie le restant des F.M. avec fusiliers voltigeurs des flanquements. Ces derniers F.M. sont ceux que le règlement fait tirer de front (face à l’ennemi). Je renforce, par des feux de front, les parties les plus importantes. 16. Comment protégez-vous les flanquements ?Je mets les voltigeurs en avant, sur les flancs de derrière, en boule, en hérisson. Je les répartis non pas uniformément mais suivant que je crains plus le danger d’un côté que l’autre. 17. À quelle distance de l’arme anti-chars ou automatique peuvent être les voltigeurs et les F.M. des protections ?À une trentaine de mètres de façon à tenir les points d’où l’ennemi peut lancer des grenades dans la position couchée ou à genoux. Pas plus d’une trentaine de mètres en principe pour que l’homme en danger ait toujours le soutien moral de voir et d’entendre son Chef. Toutefois l’intervalle entre deux flanquements doit toujours être parfaitement battu et il ne doit pas y avoir d’angle mort à proximité du flanquement. Ces considérations priment toutes les autres. En résumé je construis un point fort artificiel formé […] de l’arme de flanquement, en hérisson. 18. Pourquoi constituez-vous une réserve ?Pour boucher le trou si mon point fort cède, en avant, sur flancs, en arrière. 19. Pourquoi parlez-vous de s’organiser pour maintenir le moral du groupe de combat ou de la section dans le combat défensif ?Dans le combat défensif, le moral du défenseur est soumis à des épreuves terribles ; cela est si vrai que si les défenseurs avaient suffisamment de moral pour tirer au fusil près et à ras du sol, l’attaque ne pourrait passer. 20. Quelles sont les épreuves ?La préparation ennemie, c’est-à-dire le bombardement par obus de gros calibre et torpilles. La surprise de l’attaque et des chars. Les tirs d’appui de l’artillerie et de la base de feu des chars, qui précèdent les voltigeurs ennemis. Les bombardements et les tirs d’avion volant plus ou moins bas. 21. Que faites-vous pendant la préparation ?Je fais coucher mes hommes au fond des parallèles (tranchées) s’il n’y a pas d’abri. Je fais mettre à l’abri les armes automatiques si je vois qu’elles sont exposées à être rendues inutilisables par la poussière ou par la terre (les armes automatiques doivent avoir plusieurs emplacements pour parer à la destruction de ces emplacements). Je distrais l’homme en le faisant parler ou chanter de gré ou de force en lui racontant des histoires. J’ai connu un Officier très pieux qui avait un stock d’histoires pour trois attaques, histoire à faire rougir une vieille cantinière. D’ailleurs, il est préférable que l’homme ait la bouche un peu ouverte de façon que les éclatements agissant sur les deux faces de tympan soient moins douloureux et l’ébranlement moins fort. 22. Que faites-vous pour éviter la surprise ?Je fais mettre un guetteur à proximité de moi, dans la tranchée ou à la porte de l’abri, ce guetteur se cache chaque fois qu’arrive une rafale. Il sort la tête et relève le nez ensuite. Je la laisse seulement pendant le temps où il est capable de supporter cette épreuve. Dans le moment critique, je fais prendre le guet aux gradés et je le prends moi-même. 23. Je croyais que le guetteur devait toujours être en dehors de l’abri ?Non, c’est la théorie des écoles de l’arrière. Il faut laisser au guetteur des chances de sauver sa peau et ne pas lui demander un courage surhumain. Il faut le laisser sous la surveillance à vue du Chef de section qui le réconforte de la voix et du geste, et qui le fera relever s’il est blessé ou s’il n’en peut plus. 24. Que faites-vous au moment de l’attaque ?Je me relève et sors avec mon pistolet lance-fusées et plusieurs fusées prêtes. Je regarde moi-même s’il y a bien attaque pour ne pas déclencher inutilement le feu de notre artillerie. Je lance des fusées de demande de tir d’arrêt. Je me tiens auprès de l’arme anti-chars ou près de l’arme automatique et je m’assure qu’elle tire en flanquement et au ras de sol. Je fais l’appel pour obliger tout le monde à combattre. J’appelle les gens par leur nom pour les réconforter. 25. Mais vous demandez là, au chef combattant lui-même, nerveux, surexcité, distrait, un métier impossible ?Non, le métier et la distraction qu’il apporte sauvent le Chef autant que l’amour-propre. Une fois que le chef commence lui-même à agir, il oublie le danger. Dans tous les cas le chef doit savoir que sa présence, à elle seule, agit. S’il se tient là, sans montrer sa peur, l’homme se dit “il ne dit rien, c’est donc que tout va bien”. C’est le moins que l’on puisse demander au Chef, sinon qu’il démissionne. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’y a pas intérêt à multiplier les postes et les points d’appui. Il vaut mieux en avoir moins et qui tiennent. 26. Y a-t-il encore d’autres avantages à avoir des groupements de défenseurs nombreux ?Oui, le nombre donne confiance à l’homme, le Chef dispose d’une réserve. La ligne de résistance constitue une chaîne. Il vaut mieux avoir peu de chaînons forts que beaucoup de chaînons faibles. La résistance de la chaîne n’est que celle des chaînons les plus faibles. Et puis, dans la compagnie, il n’y a guère plus de 6 à 8 chefs capables de tenir seuls une fois entourés et c’est seulement à ce moment-là que commence le vrai combat défensif. Enfin il faut occuper les obstacles anti-chars en général étendus, et qui exigent au moins une section. 27. Que risque le Chef qui ne fait pas son devoir ?Déjà au combat la honte de voir un des ses subordonnés plus énergique prendre sa place. Dans la défense le droit au commandement est à celui qui veut tenir. Au retour, la honte de la dégradation. 28. Que risque une troupe qui ne sort pas de l’abri ?D’être brûlée ou étouffée dans l’abri par les nettoyeurs de tranchées ennemies. 29. Et la troupe qui se rend ?Dès qu’elle sort de la tranchée elle est mitraillée par les mitrailleuses à la disposition du Chef du Bataillon et par les autres armes automatiques qui tirent dans le tas ennemi et les prisonniers. 30. Comment vous protégez-vous contre l’action de l’Artillerie ennemie ?Il faut rester à l’abri. 31. Et contre la base de feux ou le tir des voltigeurs ennemis ?Les armes de flanquement, tirant de biais, sont protégées dans la direction des coups de la base de feux ennemis tirant le plus généralement de face. De plus, chaque voltigeur ou F.M. tirant de front, doit avoir des créneaux obliques lui permettant de tirer de biais lorsqu’il est soumis à un tir de front. Ces tirs se recoupent devant le front de l’attaque. 32. Et quand l’ennemi franchit la ligne de flanquement pour une raison ou pour une autre ?On lance des grenades. Le grand avantage de la grenade est qu’elle n’exige pas des gens courageux, il suffit de jeter un coup d’œil par-dessus la tranchée ou parallèle de tir, et de jeter ensuite une grenade sans voir. Mais nous pouvons avoir confiance, si nos gens tirent au ras de sol, de flanquement et de front, rien ne se passera. 33. Vous ne débloquez donc jamais les armes de flanquement ?Si, quand la ligne ennemie est arrêtée, à ce moment les nôtres reprennent du poil de la bête et, avec le sang-froid, la faculté de faire du tir est ajustée. 34. À quoi employez-vous les meilleurs tireurs ?À tirer sur les chefs ennemis qui se reconnaissent toujours à leur place et à leurs gestes. 35. À quoi faut-il faire attention ?À ce que les gens qui gardent le flanc et l’arrière ne tirent pas sur les nôtres, c’est-à-dire avant le moment voulu. 36. Qu’appelez-vous organisation du terrain ?Le creusement (ou la construction sur le terrain humide) des emplacements de tir des armes anti-chars et mitrailleuses. La destruction et tout ce qui peut gêner et les vues et les tirs de flanquement ou de front. Le placement des réseaux barbelés de façon à ce que le tir de flanquement les lèchent (voir croquis n°2) [3]. Le creusement (ou la construction) des emplacements de tir de F.M. des grenadiers voltigeurs. Tous les emplacements sont reliés par des fossés qui s’appellent boyaux quand ils servent aux communications. 37. Qu’appelez-vous des tranchées ?Des fossés aménagés pour le tir. 38. Quand on est pressé, creuse-t-on des tranchées aux dimensions réglementaires ?Non, on creuse sur un mètre de large et un mètre de profondeur, avec les terres rejetés on a une protection suffisante pour se battre, une largeur suffisante pour circuler derrière les combattants, pour porter des ordres, un blessé, etc. 39. Qu’appelez-vous un poste d’écoute ?C’est un emplacement de tir et de grenadiers à l’intérieur des réseaux, cet emplacement est relié par un boyau avec un poste pour surveiller les réseaux la nuit et empêcher une attaque par surprise. Le poste d’écoute se replie en cas de combat. 40. Comment est protégé le poste d’écoute ?Par un réseau à trente mètres, distance de lancement d’une grenade ennemie, et par les tirs de son poste. 41. Que fait le chef de poste quand il lui reste du fil de fer après avoir terminé le réseau de flanquement ?Il entoure son emplacement de combat à 30 mètres de distance. Il veille à ce que les nouveaux réseaux soient, si possible, flanqués par des armes automatiques de l’arrière. [1] De crainte qu’une seule fusée passe inaperçue. [2] Grenades à fusil Viven-Bessières (Nde) [3] Les croquis n’ont pas été retrouvés (Nde).
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