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Institut d'histoire militaire comparée

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MONTECUCCULI

 

MÉMOIRES
Ou
Principes de
l’art militaire
en général

 

1712

 

avertissement au lecteur

L’auteur de ces Mémoires est Raimond Comte de Montecucculi, qui a été un des plus grands capitaines du siècle passé. Il naquit à Modène en 1608 de l’illustre famille des Comtes de Montecucculi : mais comme il avait deux oncles puissamment établis en Allemagne, il y passa fort jeune et y apprit le métier de la guerre ; il commença par porter le mousquet, et il est parvenu par tous les degrés à la charge de généralissime des Troupes de l’Empereur. Il servit très utilement dans les guerres contre les Suédois, et ce fut lui qui conseilla cette fameuse diversion que les Impériaux firent en Poméranie l’an 1659 qui fit perdre aux Suédois l’île de Fionie et presque toutes leurs conquêtes d’Allemagne. En 1661, les Turcs jetèrent de grandes forces du côté de la Transyl­vanie et de la haute Hongrie, sous prétexte de chasser Jean Kemini qui n’était pas agréable à la Porte ; mais en effet ils avaient dessein de s’emparer de la première de ces Provinces, et peut-être de l’autre. Mr de Montecucculi fut envoyé pour les en empêcher, et malgré tous les obstacles qu’il eut à surmonter, tant du côté des Hongrois mal intentionnés, que du côté des ministres mêmes de Vienne, il chassa les Turcs non seulement de la haute Hongrie, mais presque de toute la Transylvanie. Les Infidèles étonnés amusèrent l’Empereur de propositions de paix pendant toute l’année 1662 pour faire de plus grands préparatifs de guerre ; Mr de Montecucculi en avertit les Ministres, mais inutilement. En 1663 le Grand Vizir vint sur le Danube avec plus de cent mille hommes ; l’Empereur n’avait pas six mille hommes à leur opposer, le reste de ses troupes était dispersé en Italie et dans d’autres quartiers très éloignés et d’où il était difficile de les rassembler ; cependant avec une si petite Mr de Montecucculi sut si bien leur cacher sa faiblesse, et pourvoir à tout, que les efforts de cette effroyable armée aboutirent à la prise de Neuhauzel. L’année suivante, les Impériaux ayant commencé la campagne par le siège de Canise, contre l’avis de Montecucculi qui n’y voulut avoir aucune part, non seulement les Turcs leur firent lever le siège, mais ils allaient inonder l’Autriche et l’Allemagne, si ce général, que l’Empereur envoya au plus vite à l’armée, ne les eût empêchés de passer le Muer, et ensuite le Rahab, où il gagna sur eux la fameuse bataille de S. Gotard qui les réduisit à demander la paix. Les troupes Françaises que le roi envoya au secours de l’Empereur sous la conduite de Mr de Coligny, contribuèrent beaucoup à cette grande Victoire ; Mr de Montecucculi ne le désavoue pas dans ses Mémoires, quoique peut-être il ne le dise pas aussi fortement que le méritait un si grand service. En 1666, l’Empereur ayant épousé Marguerite d’Autriche fille de Philippe IV roi d’Espagne, Mr de Montecucculi fut nommé pour aller la recevoir. Et, l’an 1670, il conduisit à Varsovie l’archiduchesse Eléonore-Marie sœur de l’Empereur, mariée à Michel Wienowiski élu roi de Polo­gne à la place de Jean Casimir qui se retira en France, et qui fut fait Abbé de St. Germain. Mr de Montecucculi servit depuis contre la France dans la guerre de Hollande. En 1673, il se joignit au Prince d’Orange, et ils prirent ensemble la ville de Bonn ; en 1674, il ne servit point parce qu’il ne voulut pas obéir à l’électeur de Brandebourg qui commandait toutes les forces de l’Empire sur le Rhin ; mais les affaires n’en aillèrent pas mieux : car Mr de Turenne, avec vingt mille hommes, rechassa au-delà du Rhin toute cette grande armée d’Allemands qui montait à plus de cinquante mille hom­mes. L’année suivante, Mr de Montecucculi revint sur le Rhin pour s’opposer à Mr de Turenne. Comme il connais­sait la valeur des Français et l’expérience de leur général, il ne chercha qu’à éviter le combat ; mais il y allait être réduit, lorsqu’un coup de canon le tira d’affaire : Mr de Turenne ayant enfin amené au point où il voulait, fut tué en reconnaissant le terrain qui séparait les deux armées ; cet accident changea entièrement la face des affaires. Montecucculi obligea nos troupes à repasser le Rhin ; il le passa lui-même à la tête d’une puissante armée, et dans la consternation où était celle de France, il était à craindre qu’il ne se rendît maître de l’Alsace : mais le roi y envoya en diligence Mr le Prince qui rassura nos troupes, et qui rendit inutiles tous les desseins des Impériaux. La paix de Nimègue suivit bientôt après, savoir l’an 1678 et rétablit le calme en Europe. Mr de Montecucculi ne survécut que trois ans : car il mourut à Lintz le 16 octobre 1681. Son corps fut porté à Vienne et enterré dans l’église des Jésuites, avec tous les honneurs qui étaient dus à son mérite. Ses ennemis l’accusaient de n’être pas entreprenant, et ils l’appelaient le temporisateur. Mais il était si éloigné de se défendre de ce reproche, qu’il fit toute sa vie gloire d’imiter Fabius Maximus, à qui les Romains donnèrent un nom semblable. Il avait épousé Marguerite Princesse de Dietrichstein, dont il a laissé un fils et trois filles. A l’égard de ses Mémoires il y a grande apparence qu’il les composa après la conclusion de la trêve qui fut faite entre l’Empereur et les Turcs l’an 1664. Il employa à cela le loisir que la paix lui donna. Son style paraît un peu trop méthodique : mais ce défaut n’est pas considérable, et si le lecteur y trouve quelque sécheresse, il en sera bien dédommagé par l’excellence des choses qu’il apprendra dans ces Mémoires. C’est ainsi que j’en ai entendu parler plusieurs fois à feu Mr le Prince de Conty, et je sais par des témoins encore vivants que le Grand Condé en parlait de même. Au reste je crois devoir avertir les Lecteurs que l’édition italienne de ces Mémoires, qu’on a faite à Cologne, est très imparfaite, qu’il y a une infinité de fautes dans les noms propres et dans les nombres, et qu’il manque en plusieurs endroits des morceaux de deux ou trois pages. Ceux qui voudront se donner la peine de comparer notre édition avec celle-là, verront bien que nous disons la vérité.

Cet ouvrage est divisé en trois Livres. Le premier traite de la guerre en général, le second de la guerre contre les Turcs en Hongrie, et le troisième contient les réflexions de l’auteur, sur la guerre qui se fit en Hongrie entre l’Empereur et les Turcs depuis 1661 jusqu’en 1664. L’édition de Cologne met ce dernier livre pour le second, et du second elle en fait le dernier.

 

 

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