Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

MONTECUCCULI

 

MÉMOIRES
Ou
Principes de
l’art militaire
en général

 

1712



Chapitre Premier 

De la guerre

 

I. La Guerre est une action d’armées, qui se choquent en toutes sortes de manières, et dont la fin est la Victoire.

II. La Guerre est civile, ou étrangère, offensive ou défensive, maritime ou terrestre, suivant la différence des personnes, des moyens et des lieux.

III. La Victoire se gagne par le moyen des préparatifs, de la disposition et de l’action.

IV. Chacun de ces trois membres a ses avantages, et ses désavantages, qui sont les qualités, naturelles ou acquises, du temps, du lieu, des armes, ou d’autres choses qui aident à vaincre l’ennemi, ou qui y font un obstacle.

V. Les préparatifs se font d’hommes, d’artillerie, de munitions, de bagages, d’argent.

VI. La disposition se proportionne aux forces, au pays, au dessein qu’on a d’attaquer, de défendre, ou de secourir.

VII. L’action s’exécute avec résolution, avec secret, avec promptitude, en marchant, campant, combattant.

 

Chapitre II 

Des préparatifs

VIII. Il faut faire les préparatifs de bonne heure lorsque l’État est en paix.

Article Premier - Des hommes

Les hommes doivent être : Levés. Rangés. Armés. Exercés. Disciplinés.

IX.   On ne doit pas enrôler des hommes de la lie du peuple, ni au hasard : mais il faut les choisir entre les meilleurs ; sains, hardis, robustes, à la fleur de leur âge, endurcis aux travaux de la campagne, ou à des arts pénibles ; qu’ils ne soient ni fainéants, ni efféminés, ni débauchés.

X.    Les soldats enrôlés passent en revue, et prêtent serment, par lequel ils promettent principalement fidélité, obéissance et valeur.

XI.   On range les hommes suivant leurs qualités et leur métier.

i.      L’ordre, qui est une raison de priorité et de postérité, est une disposition ou situation de chaque chose en son lieu, sa règle, et sa manière. De toutes ces choses naissent les heureux succès, et du désordre, au contraire, naissent les malheurs et la confusion. En effet, les histoires sont pleines d’exemples, où de très grandes armées sans ordre ont été entièrement ruinées par de petites en bon ordre.

ii    Les hommes se divisent en :

- Combattants ou soldats :

           - Officiers :

     - Supérieurs

     - Subalternes.

- Simples soldats.

    - Cavalerie.

    - Infanterie.

 

- Gens qui ne combattent point :

    - Aumôniers.

    - Médecins.

    - Apothicaires.

    - Chirurgiens.

    - Artisans.

    - Guides.

    - Espions.

    - Pionniers.

    - Garçons ou goujats.

    - Marchands.

    - Vivandiers.

    - Ouvriers ; comme :

- Charpentiers.

- Maréchaux.

- Maçons.

- Boulangers.

- Armuriers.

iii. Ils se divisent :

1.     En Décuries, qui font huit ou dix hommes, plus ou moins, sous un chef appelé Décurion.

2.     En Escouades, qui sont plusieurs Décuries.

3.     En Compagnies, qui sont plusieurs Escouades

4.     En Régiments, qui sont plusieurs Compagnies jointes en un corps.

iv  Des Régiments d’Infanterie se forment des Bataillons, qui sont des Corps arrangés en plusieurs lignes de front et de hauteur. Dans la Cavalerie ces Corps s’appellent Escadrons.

1.     Rang, est un nombre de soldats rangés en ligne droite à côté l’un de l’autre.

2.     File est un nombre de soldats rangés en ligne droite l’un derrière l’autre.

v    De plusieurs Escadrons et Bataillons, se forment les corps ou les grands membres de l’armée qu’on appelle Brigades.

1.     Des Brigades, on fait :

2.     L’avant-garde qui marche devant.

        Le corps de bataille qui marche au milieu.

        L’arrière-garde qui marche derrière.

3.     L’aile droite qui est sur la droite.

        Le centre qui est au milieu.

        L’aile gauche qui est sur la gauche.

4.     La première ligne ou le front.

        La 2e ligne.

        La 3e ligne ou corps de réserve,

        Ce qui fait une armée sur trois lignes.

5.     Colonne est une partie d’armée qui marche en plusieurs Escadrons et Bataillons de hauteur, ou l’un derrière l’autre.

vi   Les officiers supérieurs et subalternes sont :

1.     Dans l’armée les Généraux.

2.     Dans les Régiments l’état colonel.

3.     Dans les Compagnies les premières places.

vii  Quand il y a concurrence entre plusieurs officiers dont les charges sont égales, le plus ancien l’emporte, sans avoir égard à la dignité ni à aucune autre raison, d’où il naît un ordre inaltérable, qui retranche toutes les occasions et tous les prétextes de division et de dispute, et qui fait que le commandement se trouve tou­jours réuni dans un seul ; le grand nombre de Comman­dants étant aussi préjudiciable à l’État que le grand nombre de médecins l’est à un malade.

1.     Cependant le seul titre d’une charge sans aucun exercice n’est compté pour rien, et on n’y a point d’égard.

2.     Voici l’ordre qu’on observe, quand les troupes de l’Empereur se trouvent jointes à celles de quelques autres princes. En charge égale les officiers de l’Empe­reur précèdent toujours, sans avoir égard à l’ancienneté : mais en charge inégale, l’officier supérieur commande l’inférieur. Ainsi dans les batailles, et dans les sièges, l’aile droite appartient aux Impériaux ; et dans les marches ils ont l’avant-garde le premier jour de marche.

XII. Les qualités requises dans les généraux, dans les uns plus, dans les autres moins suivant le degré de leurs charges, sont ou naturelles ou acquises.

i. Les naturelles sont :

1.     Le génie martial, le tempérament sain et robuste, la taille avantageuse, un sang rempli d’esprits, d’où naît l’intrépidité dans le péril, la bonne grâce dans les occasions où l’on doit paraître, et l’infatigabilité dans le travail.

2.     Un âge raisonnable : une trop grande jeunesse manque de prudence et expérience, et la vieillesse n’a pas assez de vivacité.

3.     La naissance : car plus elle est illustre, plus elle inspire du respect dans le cœur des inférieurs.

II. Les qualités acquises sont :

1.     La prudence, la justice, la force et la tempérance.

2.     L’art militaire par théorie et par pratique, et l’art de parler et de commander.

XIII. Les Grecs et les Romains nous ont laissé de beaux exemples du choix et de l’arrangement des soldats.

I.      Les Grecs les divisaient en Cavalerie et Infanterie : celle-ci se partageait en plusieurs décuries de seize hommes de hauteur à cause de la commodité du nombre pair propre aux différents changements des rangs, pour doubler, multiplier, resserrer et rétrécir la phalange dans sa longueur et dans sa largeur ; d’autant que 16 doublés font 32 et qu’étant divisés par la moitié ils font 8 et l’on peut toujours subdiviser ces nombres en deux parties égales jusqu’à l’unité.

Deux décuries rangées à côté l’une de l’autre s’appe­laient Dilochie : plusieurs Dilochies rangées à côté l’une de l’autre, formaient la phalange de 16 384 combattants, à 16 de hauteur et à mille vingt-quatre de front.

La Phalange divisée par la moitié de sa largeur faisait deux parties, dont l’une s’appelait aile droite ou la tête, et l’autre aile gauche ou la queue ; et étant partagée de nouveau par la moitié de sa hauteur, elle prenait la forme de quatre carrés longs.

II.     Les Romains divisaient leurs troupes en Infanterie, Cavalerie et Marine.

La Cavalerie se divisait en Turmes[1] ; et l’Infanterie en légions ainsi appelées parce qu’on les choisissait, legio a legendo. La légion se divisait en armes pesantes et légères, et en cohortes. La cohorte était composée de fantassins et de cavaliers, et divisée en manipules, et les manipules en centuries, et les centuries en chambrées.

III.    On trouve toutes ces institutions militaires dans les anciens Historiens ; elles ont été recueillies depuis ensemble par plusieurs auteurs, et tous les livres de guerre, en quelque langue que ce soit, en sont pleins : c’est pourquoi il serait inutile d’en faire ici un répétition ennuyeuse.

XIV. L’Ordonnance moderne est fondée et exprimée dans les capitulations des colonels, dans les instructions des inspecteurs ou commissaires des revues, dans les articles militaires, et dans les règlements pour la cavalerie faits par Charles V et Maximilien II et ces points ont été autorisés et confirmés dans la Diète de l’Empire assemblée à Spire en 1570. On peut y ajouter, pour une connaissance plus parfaite, les lois militaires des Suédois, des Hollandais et des Brandebourgeois, toutes formées sur le pied Allemand.

XV. On arme les hommes d’armes différentes, pour différents usages, et pour différentes situations : c’est pour cela qu’il y en a d’offensives et de défensives, de pesantes et de légères.

i     Les anciens se servaient de massues, de javelots, de piles[2] ou gros javelots, de dards, de flèches qu’on tirait avec l’arc, de pierres qu’on jetait avec la main ou avec des frondes, d’épées, de cestes ou gantelets garnis de plomb, de sarisses ou piques macédoniennes, de boucliers, de cuirasses, de casques, de cuissards, et de jambières ou grèves.

ii    Depuis l’invention de la poudre, nos armes sont devenues fort différentes de celles des anciens : mais on ne laisse pas de les imiter.

iii   Les armes parmi nous sont :

1. Défensives, comme les cuirasses entières avec le devant et le derrière, l’armet, les brassards, les cuis­sards, les gantelets, les demi-cuirasses avec le devant et le derrière, le morion ou casque ouvert, les boucliers ou rondaches, et les targues.

2.     Offensives, en premier lieu de loin, comme mousquets, carabines, mousquetons, canons, pistolets, grenades à jeter à la main ou avec la fronde ; en second lieu de près, comme lances, piques, épées et armes à longue hampe.

3.     Les armes défensives doivent à la vérité couvrir le corps, mais non pas l’embarrasser ; c’est pour cela qu'on ne voit plus de Cataphractes, ou gens assumés de toutes pièces, quoique d’ailleurs cette armure soit comme un mur de fer, stable et inébranlable à toutes les secousses.

4.     La fin des armes offensives est d’attaquer l’ennemi et de le battre incessamment depuis qu’on le découvre jusqu’à ce qu’on l’ait entièrement défait et forcé d’abandonner la campagne : à mesure qu’on s’en appro­che la tempête des coups doit redoubler, d’abord de loin avec le canon, ensuite de près avec le mousquet, et successivement avec les carabines, les pistolets, les lances, les piques, les épées, et par le choc même des troupes.

iv   C’est pour cela que chez les Romains il y avait dans une même Légion des fantassins et des Cavaliers, des armes pesantes et légères ; et dans l’ancienne milice des Lacédémoniens et des Macédoniens, les machines de guerre, qui étaient l’artillerie de ce temps-là, étaient reparties entre les phalanges. Et dans les Ordonnances Militaires de l’Empereur Charles v on comptait sous une Cornette de cavalerie 60 lances armées de toutes pièces, 120 demi-cuirasses et 60 chevaux légers avec de longues arquebuses. Et sous une Enseigne de 400 fantassins il y avait 100 piques, 50 tant espadons que hallebardes, 200 arquebuses, et 50 surnuméraires pour remplir les vides.

v    Ainsi il se trouvait ensemble diverses sortes d’armes, afin que l’une pût soutenir l’autre, et qu’en quelque situation qu’on se trouvât, on eût toujours des moyens pour se défendre et pour attaquer l’ennemi.

vi   Les capitaines remarquèrent depuis que l’infanterie et la cavalerie ne s’accordent pas bien ensemble, ni dans les marches, parce que l’une marche lentement et l’autre vite ; ni dans les logements, parce que l’infanterie peut camper sous ses tentes dans les lieux ou il n’y a point de fourrages, et que la Cavalerie ne le peut faire sans se ruiner entièrement ; ni même dans la forme de la conduite et du commandement, qui est très différent dans ces deux corps. Ces raisons ont fait juger qu’il valait mieux distinguer tout à fait l’infanterie et la cavalerie en des corps différents, et diviser encore ces corps en différents Régiments de lanciers, de cuirassiers et d’arquebusiers, laissant ensuite à l’habileté et à la discrétion du général de les ranger de telle manière qu’ils puissent se soutenir réciproquement dans les actions.

XVI. C’est pour cela qu’aujourd’hui les Régiments d’infanterie sont composés, les deux tiers de mousque­taires et un tiers de piquiers.

i.      On ne se sert plus d’arquebuses dans les trou­pes Allemandes, parce que le mousquet porte plus loin, et que l’homme qui porterait une arquebuse peut porter un mousquet.

ii    Les Mousquetaires doivent porter une four­chette pour mieux ajuster leur coup, et il serait bon qu’elle eût au haut une pointe comme un épieu pour la planter au besoin contre la cavalerie.

iii   Que tous les mousquets soient d’un même calibre, pour ne pas prendre le change dans les balles.

iv   J’ai fait faire des mousquets renforcés dans la culasse, un peu plus pesants et plus longs que les ordinaires, pour servir dans les garnisons, et dans les endroits où les défenses sont plus longues que la portée des mousquets ordinaires ; parce que quand les flancs sont petits, et qu’ils ne peuvent contenir un grand nom­bre de pièces, si le mousquet ne porte d’un bout à l’autre, tout demeure sans défense. Les mousquets ordinaires sont pour les mousquetaires de l’armée, qui sont obligés quelquefois de faire deux cent lieues, et même plus dans une campagne.

1.     J’en ai fait faire d’autres, de telle manière que lorsque le serpentin qui serre la mèche allumée s’abaisse sur le bassinet, dans le même instant il s’ouvre de lui-même : on gagne par ce moyen le temps qu’on met à l’ouvrir après avoir soufflé sur le charbon de la mèche : outre qu’on est assuré que le mousquet ne prendra point feu au hasard, que la pluie ne mouillera point la poudre, et que le vent ne l’emportera point.

2.     J’en ai encore fait faire d’autres, qui ont en même temps le chien et le serpentin, pour se servir de l’un dans les occasions secrètes, où la mèche étant allumée se voit et se sent, ou peut être gâtée par le vent et par la pluie ; et pour se servir de l’autre quand celui-là ne convient pas. Les Turcs en ont aussi de cette sorte.

v    Les piques doivent être fortes, droites et longues de quinze, seize et dix-sept pieds avec des poin­tes en langue de carpe. Il faut les couvrir par dessus des lames de fer. Les piquiers doivent être armés de casques et de cuirasses qui les couvrent devant et derrière.

vi   On pourrait faire dans l’infanterie un rang de boucliers pour couvrir les piques : lorsqu’on en viendrait aux mains ils se jetteraient sous les ennemis avec l’épée et la rondache, et les mettraient en désordre.

vii  On pourrait aussi avoir des compagnies de Grenadiers qui dans les batailles jetteraient des grena­des à la main, ou avec des frondes, comme on fait dans les attaques des contrescarpes et des dehors, dans les assauts, et quand on veut se rendre maître de quelque poste que ce soit.

viii     Les Dragons ne sont autre chose que de l’infanterie à cheval armée de mousquets légers, un peu plus courts que les autres, de demi-piques et d’épées, pour se saisir d’un poste en diligence, et pour prévenir l’ennemi dans un passage. On leur donne pour cela des hoyaux et des pelles. On les met à cheval au milieu, et dans le vide des Bataillons pour tirer de là par dessus les autres ; d’ailleurs ils combattent d’ordinaire à pied.

XVII.   Les Régiments de Cavalerie sont armés aujourd’hui de demi-cuirasses, qui ont le devant et le derrière, de bourguignotes composées de plusieurs lames de fer attachées ensemble par derrière et aux côtes pour couvrir le col et les oreilles, et de gantelets, qui couvrent la main jusqu’au coude. Les devants de cuirasse doivent être à l’épreuve du mousquet, et les autres pièces à l’épreuve du pistolet et du sabre. Leurs armes offensives sont le pistolet et une longue épée qui frappe d’estoc et de taille. Le premier rang pourrait avoir des mousquetons.

I.      La lance est la reine des armes pour la cava­lerie, comme la pique pour l’infanterie : mais la difficulté d’en avoir, de les entretenir et de s’en servir, nous en a fait abandonner l’usage. En effet, si les chevaux ne sont pas excellents et bien dressés, ils n’y sont pas propres, et les hommes devant être armés de pied en cap, ont besoin de valets et d’autres commodités, ce qui est d’une très grande dépense ; et si le terrain n’est ferme et uni, sans broussailles et sans fossés, la carrière n’étant pas libre, la lance demeure le plus souvent inutile.

II. Les Arquebusiers ou Carabiniers ne peuvent faire un corps solide, ni attendre de pied ferme le choc de l’ennemi, parce qu’ils n’ont point assez d’armes défen­sives : c’est pourquoi il ne serait pas à propos d’en avoir un grand nombre dans une bataille, parce qu’on ne saurait les placer qu’ils ne causent de la confusion en tournant le dos. Comme leur emploi est de tourner en caracolant, et de faire leur décharge, puis de se retirer, si l’ennemi les presse par derrière et qu’ils se retirent si vite que cela ait l’air de fuite, ils ôtent le courage aux autres, ou bien ils les heurtent, et se renversent sur eux. C’est ce qui détermina Walstein, général des troupes de l’Empereur, de les proscrire de l’armée après la funeste expérience qu’il en fit à la bataille de Lutzen l’an 1632.

III.    Les cuirasses entières sont admirables pour rompre et pour soutenir : mais après avoir reconnu que si ses armes ne sont à l’épreuve, elles servent de peu, et que même, le fer venant à se rompre, les morceaux rendent les blessures plus grandes ; et qu’au contraire si elles sont à l’épreuve, elles sont trop pesantes, et embarras­sent tellement la personne, que le cheval étant tombé, le cavalier ne saurait s’aider ; que d’ailleurs les brassards et les cuissards rompent les selles et les harnois, blessent les chevaux sur le dos, et les fatiguent beaucoup, on a jugé à propos de s’en tenir aux demi-cuirasses.

XVIII. Les hommes étant armés doivent s’exercer[3], sans quoi ce ne serait pas une armée, mais une foule de gens ramassés.

I.      Le soldat s’exerce seul, ou avec d’autres.

II.     Il s’exerce seul :

1.     En s’accoutumant à la course, au saut, à la lutte, à la nage, et à la fatigue.

2.     En apprenant à bien manier ses armes, à tirer juste, à endosser bien son armure ; le cavalier doit de plus savoir armer son cheval, le seller, le desseller, le brider, le faire paître, le ferrer, et le panser : il doit le dresser à nager, à obéir à la bride, et à n’être pas ombrageux.

iii. Il s’exerce en compagnie, quand étant rangé avec les autres de front et de hauteur il tourne sur son centre ; ou qu’il occupe un autre terrain, soit en gardant sa même situation par rapport à ceux qui sont auprès de lui, soit en la changeant.

1.     Les soldats tournent sur leur centre en se tournant à droite, à gauche, ou en arrière : cela sert toutes les fois qu’on a à marcher par les côtes ou par la queue, parce qu’il suffit de se tourner de ce côté là, et de marcher ensuite tout droit : c’est ainsi qu’on resserre ou qu’on élargit les rangs, et qu’on peut ouvrir au milieu des troupes, des chemins, des passages et des intervalles suivant qu’on le juge à propos.

2.     On occupe un autre terrain avec changement de situation, quand on entrelace les files, ou les rangs les uns dans les autres ; et sans changer de situation, quand on les double ou qu’on fait une contre-marche, par le moyen de laquelle ils ont la facilité d’aller escarmoucher les uns après les autres, et de rentrer ; ou en faisant la conversion (on l’appelle caracole dans la cavalerie) ; c’est lorsque le Bataillon tourne en corps comme s’il était tout d’une pièce, ou comme fait un vaisseau dans l’eau. On peut faire un quart, deux quarts, trois quarts de conver­sion, ou le tour entier.

3.     Voilà les principaux exercices, auxquels tous les autres se réduisent. Les modernes les ont pris des Grecs et des Romains, qui en ont écrit excellemment.

4.     Il faut que les paroles de commandement soient courtes, claires, et sans ambiguïté ; et afin qu’on les entende bien, il faut commencer par faire silence.

5.     Plus les mouvements et les changements sont dégagés, petits et simples, surtout celui de plier devant l’ennemi, plus ils sont estimés.

6.     On baisse la pique contre la cavalerie en tenant le bout appuyé contre le pied droit, avançant beaucoup le gauche, et ayant l’épée à la main ; contre l’infanterie on s’en sert avec la main droite appuyée sur la ceinture, et l’on doit avoir le coude gauche appuyé sur la hanche, ou sur le genou gauche avancé et plié : toutes les fois qu’on a à frapper de bas en haut, la pointe doit être ajustée à la selle, où le mousquetaire doit aussi viser. On peut encore prendre l’épée de la droite et la pique de la gauche par le milieu de la hampe, en laissant traîner le bout par derrière ; ce qui est fort avantageux dans les entreprises de nuit, dans les portes, dans les chemins, et dans les lieux étroits.

XIX. D’un Bataillon carré long on forme aisément toutes les autres figures, comme la tenaille, qui de l’autre sens fait le coin ; le croissant, qui pris de l’autre côté fait un convexe ; le porc-épic, ce sont plusieurs lignes, ou le Bataillon même, rangé en sorte qu’il y ait un vide dans le centre : on peut faire l’anatomie de toutes les mesures et de toutes les proportions de tous ces arrangements, dans le manège d’une seule compagnie avec analogie à un Régiment, ou même à une armée ; comme de la partie au tout, et du modèle à l’idée. En effet la compagnie peut s’appeler une petite armée, aussi bien qu’on peut appeler l’armée une grande compagnie.

XX. Voici les principes qu’il faut observer pour ranger des troupes en bataille :

i.      Placer les armes à leur avantage, et dans les lieux où elles ne soient ni superflues ni oisives ; mais où elles puissent être employées avec utilité et sûreté.

ii.     Battre continuellement de loin et de près l’armée ennemie, la soutenir, et la repousser.

iii.    Se figurer une forme d’Ordonnance qui serve de règle à toutes les autres, comme le droit est la règle de l’oblique : parce qu’en toutes choses il y a toujours une règle suprême et principale, qui est la mesure des autres, qui sont plus ou moins parfaites à proportion qu’elles s’en approchent ou qu’elles s’en éloignent.

XXI. Le grand nombre d’officiers ne cause pas moins d’avantage dans le combat, que de dépense dans l’entre­tien. Quand ils sont peu, ils ne sauraient au besoin pourvoir à tout, ni prendre la place de ceux qui man­quent, et qui sont tués, ou blessés. Il faut garder un juste milieu, avec cette différence, qu’en temps de paix et dans ses États, il en faut diminuer le nombre, et l’augmenter en temps de guerre, et lorsqu’on est sur le pays ennemi.

Si les Compagnies sont de 150 hommes, un Régiment de dix Compagnies sera de 1 500 hommes, nombre suffisant pour être conduit et gouverné par les officiers qu’on a coutume de lui donner, comme on a remontré depuis peu.

i     Un gros de piques serré est impénétrable à la cavalerie, dont elles soutiennent d’elles-mêmes le choc à vingt-deux pieds de distance, et elles la poussent même par les décharges continuelles de la mousqueterie qu’elles couvrent, et par le choc des rondaches qui se fourrent dessous.

ii    La mousqueterie seule, sans piquiers, ne peut pas faire un corps capable de soutenir de pied ferme l’impétuosité de la Cavalerie qui l’enveloppe, ni le choc et la rencontre des piquiers ; ainsi ils sont obligés de lâcher pied : c’est pourquoi les Grecs ne mettaient dans leurs armées que le tiers des gens armés à la légère, et les Romains que le quart, qu’ils appelaient Velites. Et ils avaient grande raison d’en user ainsi : parce que lorsque le combat se resserre, et qu’on en vient à la mêlée, les gens désarmés[4], et les gens de trait ne servent pas de grand chose.

XXII. Il y a deux sortes d’intervalles ou de distances entre les soldats, les unes ouvertes, les autres serrées.

i     Dans les distances ouvertes, suivant qu’on veut qu’elles le soient plus ou moins, on met quatre ou cinq pieds d’intervalle. C’est cet espace qu’on met entre un homme et un autre, entre un cheval et un autre cheval, de front ou de hauteur. Cet intervalle change suivant le dessein qu’on a ou de faire l’exercice sans qu’on s’embar­rasse l’un l’autre avec ses armes ; ou de faire une contre-marche, ou d’ouvrir un passage à quelque troupe, ou à quelques pièces de canon qu’on aurait tenues quelque temps derrière comme en embuscade ; ou pour faire place, entre les rangs des piquiers, aux mousquetaires qui font leur décharge et se retirent ensuite, jusqu’à ce qu’on en vienne aux mains ; ou pour ouvrir un plus grand vide, et donner passage aux coups de canon des ennemis, auxquels on serait exposé.

ii    Pour les distances serrées on compte que le fantassin occupe trois pieds de front et autant de hau­teur, et le cavalier quatre de front sur huit de hauteur.

iii   Dans les distances serrées, moins le soldat occupe de terrain et mieux c’est, pourvu qu’il ait la liberté des bras pour agir : il en est de même des cavaliers, pourvu qu’ils ne s’entre-embarrassent point, et qu’ils ne soient pas extraordinairement serrés, et à l’étroit.

iv. On doit laisser des chemins de front et de hauteur entre l’infanterie et la cavalerie, entre les Escadrons, entre les mousquetaires et les piquiers : ces chemins doivent être plus ou moins larges suivant le besoin.

v. Un pas est censé égal à deux grands pieds géométriques, et par conséquent 5 pas à 10 pieds, qui font une verge Rhinlandique[5]. Ainsi 300 pas font 60 verges, qui est la portée ordinaire du mousquet. Il faut remarquer que la verge contient proprement douze pieds ; mais pour la commodité du calcul on la divise en dix, qui sont plus grands que les autres, la verge restant toujours la même.

XXIII. Que les piques soient si longues, que celles du sixième rang puissent avec leurs pointes atteindre jusqu’à celles du premier : quand un Bataillon serait composé de cent rangs de piquiers, on n’en peut employer que quatre ou cinq : parce que posons que la pique ait dix-huit pieds de long, il y en a trois pieds ou environ occupés par les mains, ainsi il ne reste à la première pique que quinze pieds de libre ; la seconde, outre ce qu’elle empoigne, consume encore trois pieds dans l’intervalle qui se trouve entre elle et celle du premier rang : ainsi il ne lui reste que douze pieds de pique qui servent ; il n’en reste que neuf à la troisième, six à la quatrième, et trois à la cinquième, et tous les autres rangs sont inutiles pour frapper, mais non pas pour soutenir, et pour remplir les places qui deviennent vides.

i.      C’est pourquoi les anciens faisaient leurs piques ou Sarisses plus courtes au premier rang, et celles de derrière plus longues de main en main, afin que celles du troisième et du quatrième rang étant abaissées, eussent leurs pointes égales à celles du premier et du second rang.

ii    Les mousquetaires, qui sont devant les piques, se mettent dessous, un genou en terre, et font feu.

iii   Dans les manches des mousquetaires, qu’on met à côté des piquiers, les rangs tirent l’un après l’autre en deux manières : car après que les premiers ont tiré, ou ils passent derrière les autres par une contre-marche, ou ils mettent un genou en terre pour recharger, et ils demeurent abaissés le nez contre terre, jusqu’à ce que ceux de derrière, qui se tiennent debout, aient tiré par dessus la tête de ceux qui sont devant.

iv   La Mousqueterie s’arrange à six rangs de hauteur, parce qu’ils peuvent se régler de manière que le premier rang ait rechargé quand le dernier aura tiré, et qu’il recommence aussitôt à tirer, afin que l’ennemi ait un feu continuel à essuyer. S’il y avait moins de six rangs, le premier ne pourrait pas avoir rechargé, quand le dernier aurait tiré : ainsi le feu ne serait pas conti­nuel ; et si au contraire il y en avait plus de six, le premier serait obligé de perdre du temps, et d’attendre que les derniers eussent tiré pour recommencer.

v. La mousqueterie ne doit pas être rangée non plus sur un trop grand front, comme de 70, 80 ou 100 hommes ; parce que s’il arrivait qu’elle fût chargée par la cavalerie ennemie, ou choquée par les piquiers, et obliger de plier, elle laisserait un grand vide, par où l’ennemi pourrait entrer, et prendre en flanc les autres Corps, et les rompre.

vi. Pour éviter cet inconvénient, on ne doit étendre les 500 mousquetaires des ailes sur un seul front, aussi grands qu’ils le peuvent occuper, comme de 83 hommes dans une espace de 124 pas et demi sans les intervalles. Mais après avoir formé les manches d’un nombre raisonnable, il faut distribuer les autres en différent endroits de la bataille, comme on le dira dans la suite.

La Compagnie est composée de :

-   trois grands officiers : le capitaine, le lieutenant, l’enseigne.

-   deux moindres : le sergent, le caporal.

Le fourrier, ou maréchal des logis est souvent empêché, et ne peut être présent.

De simples soldats :

       Mousquetaires            88

       Piquiers                     48

       Rondaches                  8

       Total                      144

        Les officiers               6

Toute la Compagnie :       150 Combattants ; entre les­quels on compte six Caporaux, et dix-huit Chefs de file.

XXIV. Six hommes font une File, quatre Files font une Escouade, deux Escouades font une aile, trois ailes font le Bataillon, les Piquiers au milieu, les Mousque­taires aux côtes, et le son, comme Tambours, etc. entre le second et le troisième rang : mais dans une bataille il est à la droite de l’aile dans le vide.

Une escouade a :

         caporal.

        chefs de file.

     20   soldats.

     24   Total

Le caporal est à la tête de la première File, et les chefs de file à la tête des autres : les chemins entre chaque Escouade, sont de trois pieds, et de six entre chaque aile.

ii    Dans une Escouade les piquiers sont rangés comme les autres, à six de hauteur et quatre de front : parce que si la pique avait moins de hauteur, elle serait trop faible ; et si elle en avait davantage les derniers rangs seraient inutiles, par la raison que nous en avons dite ci-dessus : outre que s’il arrivait que le Bataillon fût obligé de faire tête de deux côtés, trois rangs le feraient d’un côté et trois de l’autre, ce qui suffirait pour soutenir, pourvu que les piques fussent couvertes de deux rangs, l’un de mousquetaires, l’autre de rondaches qui se missent devant elles.

iii   Dans un défilé étroit, où l’on est obligé de passer un à un, la première file de la première Escouade passe la première, puis la seconde, la troisième et la quatrième, jusqu’à ce que la première Escouade soit passée : ensuite la seconde passe de la même manière, et les autres successivement. Si l’on peut faire un front, comme de quatre hommes, de huit, ou d’un plus grand nombre à la fois, on marche par Escouade, par Aile, ou par Bataillon de front.

XXV. L’ordre qu’observe une compagnie pour marcher, ou se mettre en bataille, s’observe de même par les Régiments, ou en mettant les compagnies à côté l’une de l’autre, ou en prenant à part tous les piquiers du Régiment, et ensuite tous les mousquetaires, et formant les ailes de ceux-ci, et le milieu des piquiers ; ce qui s’exécute aisément de cette manière Les cinq premières Compagnies qui doivent former aile droite, jettent sur cette aile leurs mousquetaires distingués par Escouades, puis elles mettent leurs piquiers à la gauche des mousquetaires, en laissant la distance nécessaire. Les cinq autres Compagnies joignent ensuite leurs piquiers à ceux des cinq premières, et ainsi leurs mousquetaires restent sur l’extrémité gauche. La mousqueterie peut donc s’arranger de plusieurs manières ; on peut la placer en deux ailes à côté des piquiers, ou bien on en met la moitié à la tête, ou toute à la queue derrière les piquiers qui ont un genou en terre, afin qu’elle tire par dessus eux ; ou on mêle alternativement un mousquetaire et un piquier ; ou enfin on la met derrière les intervalles des Bataillons, par où elle peut aller et venir tirant et rechargeant sans cesse.

XXVI. On peut ranger un Régiment de deux manières différentes, en sorte qu’il soit tout sur un seul front, ou qu’il forme un Bataillon. Or de plusieurs Bataillons et Escadrons se forme l’ordre de bataille de l’armée entière. Par exemple, qu’on ait à ranger en bataille une armée de quarante mille combattants ; cela se fait de cette manière :

i.      24 mille hommes de pied, en seize Régiments, qui font seize Bataillons.

        12 mille chevaux, en seize Régiments, qui font 80 Escadrons.

        2 mille dragons, en deux Régiments, qui font 4 Escadrons.

      2 mille chevaux légers, en deux Régiments.

Artillerie.

Demi-canons.............. 4

Quarts de canons........ 6

Fauconneaux.............. 8

Mortiers..................... 2

Petites pièces............ 80

Total. .....................100

ii.     Un Régiment d’Infanterie est composé de 1 500 combattants savoir,

        Officiers.................... 60

        Piquiers................... 480

        Rondaches.................80

        Mousquetaires......... .880

        Total..................... 1 500

III. Un Bataillon est composé de :

        Piquiers................... 480

        Rondaches................. 80

        Mousquetaires......... 720

        soldats    Total...... 1 280

iv.    Un Régiment de Cavalerie est de 750 simples cavaliers.

v    Les Escadrons sont de 150 hommes à trois de hauteur et cinquante de front : parce que s’ils étaient plus gros, ils seraient difficiles à mettre en mouvement ; et s’ils étaient moins forts, ils ne se pourraient charger que légèrement, et feraient peu de résistance : s’il était nécessaire de faire les Escadrons plus forts, on en pourrait joindre deux ensemble.

vi.    Les Bataillons sont composés de 480 piques à 6 de hauteur et 80 de front, au devant desquels on met une rangée de 80 mousquetaires, qui étant couverts par les piques peuvent tirer en sûreté tantôt debout, tantôt un genou en terre, sans faire aucun mouvement parce que cela pourrait apporter de la confusion. Au devant de ce rang de mousquetaires on en met un de 80 rondaches, qui couvrent tout ce qui est derrière. Les mousquetaires qui garnissent la droite et la gauche des piquiers ont dix Escouades pour chaque côté, à 40 hommes[6] par Escouade, on en met six Escouades à droite sur deux lignes, et autant à gauche (c’est ce que l’on appelle les manches). Il y en a deux autres Escouades derrière les piquiers, tant à droite qu’à gauche : on les fait monter sur des chevaux, sur des charrettes, ou sur quelque chose d’élevé, afin qu’elles puissent tirer les cavaliers ennemis par dessus le Bataillon ; ou elles servent à rafraîchir les manches fatiguées ; ou on les commande pour quelque autre besoin. Enfin les deux Escouades qui restent des dix de chaque côté, sont postées par pelotons entre la cavalerie la plus proche, d’où elles font un feu continuel, jusqu’à ce que la mêlée commence : et alors elles se retirent dans les Bataillons d’où on les a tirées. Cette disposition de la mousqueterie par peloton devant les piquiers, et derrière le Bataillon, diminue l’espace qu’elle doit occuper, et qui serait trop grand si on la rangeait toute entière sur un seul front à côté des piquiers, principalement lorsqu’on serait obligé de joindre deux Bataillons à côté l’un de l’autre ; parce que la mousque­terie étant investie, et ne pouvant tenir ferme, ouvrirait en se retirant un si grand espace, que la cavalerie ennemie pourrait y entrer en grand front, et mettre tout en désordre, comme on a dit ci devant.

XXVII. La principale attention doit être d’assurer les flancs de la bataille, l’expérience nous ayant appris, que lorsque les ailes de la cavalerie ont été rompues, l’infanterie est aisément enveloppée, et n’a plus ni les moyens ni le cœur de se défendre, et ayant perdu courage, elle met bas les armes et demande quartier. Or il n’y a rien de meilleur pour assurer ses flancs, que de mettre des Bataillons à côté, qui faisant un feu continuel, incommodent l’ennemi et l’empêchent d’en approcher ; et en cas qu’il le fasse, non seulement ils le soutiennent avec les piques et les rondaches, mais même ils le repoussent ; et comme le mousquet ne porte que 300 pas ou environ, si l’on veut que tout le front de la bataille soit à couvert et défendu par le feu de la mousqueterie, il faut qu’à chaque distance de 600 pas au plus, il y ait un gros de mousquetaires soutenu de leurs piquiers.

i.      La situation naturelle peut à la vérité assurer les flancs : mais cette situation n’étant pas mobile, et n’étant pas possible de la traîner avec soi, elle n’est avantageuse qu’à celui qui veut attendre le choc de l’ennemi, et non à celui qui marche à sa rencontre, ou qui va le chercher dans son poste : mais les instruments de l’art sont en usage partout, et même au défaut d’autres machines, un Bataillon se peut partager en deux, lesquels étant contigus, font face de tous côtés ; auquel cas, ils donnent place à la mousqueterie des ailes, partie dans le vide de leur centre, partie sur les côtes, où l’artillerie même se met à couvert. Tout cela fait comme un bastion mobile, d’où il se fait une tempête continuelle de décharges contre ceux qui veulent l’approcher de front, en flanc, ou par derrière.

II.     On a coutume d’arranger la cavalerie en forme de croissant, à côté de l’infanterie : mais il en arrive un inconvénient, c’est que comme elle s’étend jusqu’à deux milles de distance, et même davantage, il est impossible que les Escadrons qui sont aux extrémités reçoivent aucun secours de l’infanterie, qui en est trop éloignée, et ces deux corps perdent ce secours réciproque qui leur est si nécessaire. En effet, quand une fois ces Escadrons sont rompus et mis en fuite, où peuvent-ils se retirer et se rallier, quand on les a séparés de l’infanterie qui en est si éloignée ? et où l’infanterie peut-elle se mettre à couvert, quand une fois la cavalerie est en déroute ?

iii.    La distance d’un Escadron à l’autre est de dix-huit pas. Cet espace est suffisant pour qu’un peloton de mousquetaires de huit de front et de cinq de hauteur y puisse agir, et après qu’il s’est retiré il y a assez de terrain pour que les Escadrons puissent avancer et se mouvoir sans embarras et sans confusion : mais il n’y en a pas assez pour que l’ennemi puisse s’en prévaloir, et pénétrer par là. L’espace entre les manches des mousquetaires et les piquiers, et entre ces mêmes manches, et l’Escadron qui est à côté, n’est que de six pas.

iv.    Les réserves, qui sont postées derrière les Bataillons, doivent être tellement assurées, que rien ne puisse se renverser sur elles, ni les mettre en désordre Les troupes qui ont été rompues peuvent se rejoindre et se rallier derrière l’infanterie la plus proche, ou derrière les Escadrons de réserve.

La distance de 300 pas de hauteur entre les deux lignes, fait que les coups qui portent à la première ligne, ne sauraient arriver jusqu’à la seconde, et que l’une étant défaite, elle a assez d’espace pour se remettre et pour éviter de se heurter contre les troupes de l’autre, qui étant toutes fraîches, sont en état de rétablir la bataille ; et l’ennemi ne peut pas poursuivre bien loin la cavalerie de la première ligne, quoique rompue, parce qu’il aurait l’infanterie de cette ligne en queue et en flanc, et qu’il trouverait la tête de la seconde ligne entière, unie et toute fraîche. Si un ou deux Escadrons de la tête plient, et sont repoussés, il en peut accourir autant de la réserve pour remédier à ce désordre, et donner le temps aux battus de se rallier.

Cette grande distance a encore un avantage consi­dérable, c’est qu’elle assure les flancs et les derrières de la bataille, parce que l’ennemi ne pourrait faire un si grand circuit sans se désunir beaucoup, et par consé­quent sans exposer son armée à un risque fort grand d’être battue.

XXVIII. On formera donc la bataille, par exemple, de la manière que nous allons l’expliquer, en la diver­sifiant ensuite selon la différence des lieux et des conséquences.

i. Cavalerie

1. Escadrons cuirassés à la première ligne ... 25

        Aux réserves  ...................................... 10

        A la seconde ligne ............................... 25

        Aux réserves........................................ 10

Au milieu : sur l’aile droite : .......................... 5

                  sur l’aile gauche :......................    5

Total............................................................. 80

2.   Escadrons légers ou de Croates, vis-à-vis du milieu de chaque front.      500

        .......................................................... 500

De chaque côté........................................... 500

        .......................................................... 500

        Total................................................ 2 000

Il faut les poster en lieu où ils ne se puissent être enveloppés par l’ennemi, ni se renverser sur les amis : qu’ils soient comme le reste, toujours prêts à sortir tout d’un coup, dès que l’occasion le demande. S’il y avait un plus grand nombre de cavalerie légère que les deux mille hommes ci-dessus, il serait difficile de la comprendre dans l’ordre de bataille. Il faut la poster en dehors, et sur les ailes de l’autre cavalerie pour s’en servir au besoin ; et supposé qu’elle vînt à être enveloppée sans pouvoir se défendre, elle pourrait se mettre à couvert derrière l’armée, ou en quelqu’autre endroit qui fût sûr.

ii. Infanterie

1. Bataillons, sur la première ligne ....... 6

Derrière, pour fortifier les côtes et les angles, et former un Bataillon double        2

Sur la seconde ligne.............................. 6

Et par derrière ....................................   2

       Total............................................. 16

2.    Dragons, à chaque côté de la bataille au lieu d’infanterie

       ................................................... 800

       ................................................... 800

Derrière chaque ligne........................ 200

       .................................................   200

       Total......................................... 2 000

3.  Pe