| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
DÉBATS avec
la participation de Jean-Pierre Casamayou Rédacteur
en chef adjoint d’Air et Cosmos Bruno
Revellin-Falcoz Vice-président
de Dassault Aviation (Président
de séance)
Je remercie les conférenciers pour la qualité de leurs exposés et
la salle pour les nombreuses questions. Afin de ne pas perdre de temps, nous
passons tout de suite au débat. Monsieur Casamayou, voulez-vous commencer ? Jean-Pierre
Casamayou
A écouter toutes ces allocutions, j'ai été frappé par le fait que
chacun avait le meilleur produit, chacun mettait en avant ses succès
techniques, ses succès commerciaux, chacun construit les meilleurs moteurs
du monde. C'est pourquoi j'aimerais demander à Monsieur Revellin-Falcoz
s'il peut donner, en quelques mots, les caractéristiques de chacun de ses
moteurs, de ses motoristes, avec ses défauts et ses qualités, car Dassault
Aviation est, à ma connaissance, le seul constructeur d'avions qui ait
utilisé ceux des quatre industriels ici présents. Bruno
Revellin-Falcoz
Il est exact que dans l'histoire de notre Maison, que ce soit au
travers des avions d'armes, des avions de patrouille maritime, des avions
d'entraînement ou des avions d'affaires à réaction, nous avons
effectivement utilisé les moteurs de chacun des motoristes ici représentés,
quelquefois d'ailleurs en coopération pour certains d'entre eux.
Je
ne vais pas me livrer à un jugement de valeur, je crois que ce ne serait
pas le lieu. Il me semble qu'il y a des pays dans lesquels la publicité
comparative est interdite !
Je
voudrais simplement dire qu'avec l'ensemble de ces motoristes nous avons
effectivement conduit des programmes au succès. Il est vrai que nous avons
fait aussi bien des avions à décollage vertical supersonique qui faisaient
Mach 2 avec des réacteurs verticaux de Rolls, des réacteurs longitudinaux
Snecma /Pratt & Whitney dans les années soixante. Il est vrai que nous
avons utilisé sur un premier avion expérimental, des réacteurs General
Electric 404 avant de passer au M 88 dès qu'il est arrivé.
Ce qui m’a le plus frappé, c'est que dans le monde où nous
sommes, le monde de l’aéronautique militaire, la liaison est très étroite
et très forte, et le sera de plus en plus à l'avenir, entre les motoristes
et les avionneurs. Il fut un temps où on pouvait développer un moteur et
puis ce moteur existant, on disait : « Tiens, quel est l'avion que
l'on peut dessiner autour ? ». Je crois que ce temps est passé. Les
quelques exemples qui ont été Bruno
Revellin-Falcoz
Une question pour Alain Habrard : la Snecma est-elle intéressée par
les techniques de déviation de jets ? Alain
Habrard Directeur
de la Branche Moteurs militaires de Snecma
Nous avons fait, et nous faisons toujours, des études-papiers, avec
Dassault d'ailleurs, sur la poussée vectorielle. Aujourd'hui, il n'y a pas
dans les fiches-programmes de l'Armée de l'air, de l'Etat et de la Marine
de demandes ou de missions qui justifient à l'heure actuelle une poussée
vectorielle, donc il n'y a pas de programme expérimental qui soit lancé. Néanmoins
les études qui sont toujours en cours, si elles sont concluantes vis-à-vis
des missions que demanderont l'armée de l'air et la Marine, ces études
pourraient conduire ultérieurement à des développements exploratoires. Ce
n'est pas le cas aujourd'hui. Bruno
Revellin-Falcoz
Je voudrais rajouter sur ce point un commentaire car cela correspond
à une question complémentaire. Des études ont été faites sur l'intérêt
que peut avoir pour les avions la poussé orientable. Ces études bien sûr
ont été demandées par nos état majors qui ont tiré certaines
conclusions. Aujourd'hui s'agissant des missions envisagées par notre armée
de l'Air ou notre Aéronautique navale, la poussée vectorielle, qui apporte
dans un certain domaine de vol un intérêt en manœuvrabilité, constitue
à leurs yeux, une pénalité de poids, que l'on « traîne »
pendant tout le vol et toute la mission de l'avion. Les compromis : poids,
complexité, prix, en regard du gain sur une période courte de la mission
n'ont pas semble-t-il étaient retenus par nos états-majors.
Il
est exact qu'un avion qui fait du combat un contre un peut, lorsqu'il
utilise la technologie de poussée vectorielle, faire des changements
rapides et pratiquer de très basses vitesses dans le ciel. Mais, dans les
combats multiples, il devient un point quasi-immobile à certains moments et
il devient semble-t-il une proie facile pour d'autres avions qui seraient en
patrouille. Cette objection aussi a fait que les utilisateurs opérationnels,
français en tout cas, n'ont pas souhaité pour l'instant, aller plus loin
dans ce domaine. Néanmoins, les études continuent, comme cela vient d'être
indiqué.
J’ai
une question pour Monsieur Bylciw qui, là encore, a trait à la poussée
vectorielle : When using frost vectoring is the danger of search larger or
the same, than whithout frost vectoring, specialy during the use of frost
vectoring and take off ? Walter
N. Bylciw Vice-President
F 119 Program, Pratt & Whitney Government Engines
The question can be simply answered by saying it's exactly the same.
Key is how you match the engine. The engine matches control by the exhaust
nozzle area, and the internal sensors tied to the electronic fuel control
will maintain engine match while you're thrust vectoring or not thrust
vectoring. And you might have seen those movements as the nozzle was going
through its thrust vectoring gyrations in the video, and that's exactly what
was happening: it was maintaining engine match. So the answer to the
question is there is no difference with vectoring or not vectoring in terms
of surge margin liability. Bruno
Revellin-Falcoz
Je vais continuer avec Monsieur Bylciw : Pourquoi les motoristes
ont-ils commencé par développer des tuyères bidimensionnelles plutôt que
des tuyères circulaires ? Walter
N. Bylciw
I've heard the question and unfortunately this is one I'm going to
have to answer very, very briefly. You might remember in my presentation
that I said the engine for the F-22 has special requirements to support the
F-22's stealth characteristics. The exhaust nozzle is part of that, so this
is a simple answer I have to give you to say, that that's all tied in to
matching the airplane requirements. Bruno
Revellin-Falcoz
J'entre
maintenant dans un autre domaine, qui est celui des positions industrielles.
Une
question pour Monsieur Wilkins : Are you offering, RB 199 and EJ 200 on
other Aircraft ? And
in Russia ? Philip
Wilkins
I'm not familiar with any offerings on RB 199 or EJ 200 to Bruno
Revellin-Falcoz
Un point d’histoire : Y a-t-il eu des négociations entre Snecma et
Rolls Royce pour développer un moteur commun à l'époque du Tornado ? Alain
Habrard
Je pense que je peux répondre en bonne partie à la question.
Effectivement lorsqu’il y a eu le projet d'avions franco-britanniques à géométrie
variable, il y avait un accord de coopération entre Bristol Siddeley et
Snecma. A cette époque, Bristol n'était pas encore repris par Rolls Royce
(Derby). Cet accord de coopération disait qu'on allait développer autour
d'un même corps haute pression, ou avec quelques variantes, un moteur civil
qui est d'ailleurs devenu, le M 45 H, que l'on a effectivement réalisé,
avec maîtrise d’œuvre Bristol et un moteur militaire pour l'avion
franco-britannique à géométrie variable qui aurait été sous maîtrise
d'œuvre Snecma. Nous avons formé une équipe à l'époque, dont je faisais
partie, et nous avons travaillé un certain temps, deux ans peut-être, sur
des études de définition de ce moteur qui s'appelait le M 45 G et dont le
cycle et les niveaux de performance étaient en fait ce qu’ils sont restés
pour le RB 199. La seule différence, c'est qu'il était double corps
au lieu d'être triple corps. Bon, ensuite il n'y a pas eu d'accords entre
les deux gouvernements sur l'avion franco-britannique à géométrie
variable et donc cette affaire s'est arrêtée. Mais je dois dire que
personnellement, j'ai gardé beaucoup de liens avec cette équipe de l'époque.
J'ai d’ailleurs eu l'occasion de retravailler avec elle un peu ces
derniers temps. Bruno
Revellin-Falcoz
Monsieur Wilkins, il y a d'autres questions très précises : Do you
have for the EJ 200 a flying test bed ? If
yes, which aircraft ? Philip
Wilkins
There is no flying test bed for the EJ 200. The EJ 200 is flying in
EFA, in development aircraft. It started flying last Sunday. I hope that
answers the question. Bruno
Revellin-Falcoz
Toujours pour Monsieur Wilkins : Que ferez-vous si l'Allemagne se
retire de la phase de production de l'Eurofighter ?" Philip
Wilkins
If Bruno
Revellin-Falcoz
Je ne suis pas surpris par cette réponse. Je
vais maintenant m'adresser à Monsieur Williams : How did you achieve a two
Third reduction in design change ? Dennis
K. Williams Vice-President
and General Manager Mitary
Engines Operations, GE Aircraft Engines
I think the reduction that we've seen is the result of two things:
some of the new design tools that we have that allow us to have a common
database and use all of our experience and to combine that into a more
robust design to start with, and secondly the reduced cycle time and the
closeness and collocation of our team has produced a better integrated
product that from the outset met performance, and we've had very, very few
changes through the development cycle to date. Bruno
Revellin-Falcoz
Another question : You have said a lot of things during your speech,
but there is an engine which has not been mentioned: the GE 23 A. What is
this engine? Dennis
K. Williams
The GE 23 A began life in about 1982 perhaps, or '83. It has been a
technology demonstrator engine in the F 404 size, and this is a place where
we have matured technology from our ATAG and IHPTET type of activity to bring it closer to a
production-ready state. It has produced the compressors and high-pressure
turbines for the current production 404 model, what we call the -402, as
well as the core for the F 412 which is a program that was terminated, and
also the F 414. And in fact we'll produce advanced cores for the growth
steps that I talked about. Bruno
Revellin-Falcoz
Plusieurs questions techniques tournent autour des temps de réponses
des moteurs et on me demande : Comment passe-t-on du ralenti au plein gaz
postcombustion sur le M 88 ? Est-ce que ceci est un atout ? Et si oui,
pourquoi ?" Alain
Habrard
C'est moins de cinq secondes, au plein gaz avec postcombustion. Je
crois que, pour l'avionneur, c'est certainement dans toutes les manœuvres
un atout important. Je pense que là, Monsieur Revellin-Falcoz pourrait
compléter. Bruno
Revellin-Falcoz
Sur des avions militaires, que l'on veut de plus en plus agiles et à
temps de réponses rapides, disposer rapidement de la variation de poussée
souhaitée était un objectif qui, maintenant, est atteint par les moteurs
militaires modernes et, je pense, à la satisfaction des utilisateurs opérationnels.
Je poursuis avec Snecma. Encore une question relative à la coopération
: « Où en êtes-vous de votre coopération avec la Suède ? Et
pouvez-vous nous parler de coopérations avec d'autres pays ? » Alain
Habrard
Comme je l'ai dit tout à l'heure, nous proposons le M 88 ou ses dérivés
pour d'autres motorisations. Comme l'a dit Monsieur Wilkins, chaque fois
qu'il y a une opportunité, nous nous présenterons. Actuellement, il est
envisagé qu'en Suède, un troisième Grippen soit motorisé par un moteur
plus puissant. Nous sommes dans la compétition avec un dérivé du M 88
comme le J 200 d'ailleurs et comme le F 414 je crois. Il est évident que si
nous remportons cette compétition, et à côté de ces études que nous
faisons avec Volvo et Saab, il est tout à fait envisageable que nous
puissions étendre la coopération entre Snecma et Volvo en particulier.
Nous
avons des opportunités de coopération qui sont étudiées pas seulement
autour du M 88 mais avec les clients de nos moteurs actuellement en service.
Des discussions sont en cours tant autour d’améliorations de modèles
Atar que du M 53. Nous proposons aussi le M 88 pour d’autres
applications. Bruno
Revellin-Falcoz
La
question est pour Pratt & Whitney et General Electric : Do you consider
it is a good thing to have two military engines manufacturers in the Walter
N. Bylciw
Do you want me to tackle that one first, Dennis ? My own feeling is,
competition is a very good thing for the good companies involved. You wind
up with a very strong product as a result of that. It drives us both to go
ahead and get the best out of our organizations and we wind up with the very
best bottom-line products, and I think our customer benefits by that. The
reality of our businesses today makes this a very good question. I mean, can
you support that level of goodness that comes out of that kind of
competition that we all think is proper?
Dennis,
I'm not going to touch the question as to whether or not we go forward with
merging in the future. I'm sure I don't have an answer, and maybe you do and
would like to comment on that. But I certainly don't know the answer to that
question. Dennis
K. Williams
I would just add to what my friend from Pratt & Whitney has said
that our customers truly benefit from competition, and I think that has been
shown time and time again. It raises the products to new levels. The F-110
and F-100 have both become better because of that, and the US Air Force, to
the extent they can maintain it, has a view of competition continuing.
Since
I don't have my legal counsel here I can't comment on the second part
either. But I think if you were to ask someone in the US Government would
they like to see that – which is a different kind of question, I think
their answer would be no, that they like the competition and are working
very hard to try to make sure that they keep two very able and competing
companies ready to bid for their future business. Jean-Pierre
Casamayou
Au cours des exposés on a évoqué la supercroisière. Est-ce un
problème moteur ou un problème d’avion ? Walter
N. Bylciw
As was mentioned earlier in the dialogue, everything we do here is
really a systems issue, and the ability to supercruise or the ability to fly
supersonically without the use of fuel consuming afterburners or reheat is a
combination of both as well. The airplane manufacturer will go ahead and
look at his drag characteristics of his airplane and optimize his
aerodynamic platforms to meet the missions that he has as his objectives.
Our objective from the engine perspective .... well, he has done his part
and his requirement to us was to provide a certain level of thrust. And what
that does to an engine manufacturer is to make sure that you have the
capability within the engine to sustain performance at that particular
flight condition for the right level of performance and with the right life.
And
so the simple answer to your question is, it's a joint issue between both
the airplane manufacturer and the engine manufacturer. That's part of what
the teamwork is all about. Bruno
Revellin-Falcoz
Mr. Williams, would you like to make some additional comment? Denis
K. Williams
I think the comment is correct. It's an integrated kind of process
that we go through whether it's supercruise or not supercruise. And the
issue of supercruise vs. a conventional type of engine is, you pay a penalty
for the ability to have supercruise, because you end up with a larger core
engine and it's a driving requirement in terms of sizing the engine.
Regarding
engine optimization, if you said "build an F22 without the supercruise
requirement", you'd end up with a different kind of engine. So it is an
integrative process, it's driven off what the mission needs are, and in this
particular case supercruise is one of the key sizing elements for the
engine. Bruno
Revellin-Falcoz
Nous arrivons au terme de cette séance. Je voudrais dire au nom du
« syndicat » des avionneurs, au milieu de tous nos amis
motoristes, que, quand même, vos moteurs, ils sont lourds, ils ne poussent
pas assez, ils ont une consommation spécifique trop importante, quand ils
s’alourdissent c’est du poids à l’arrière, ça déséquilibre nos
avions, ils donnent une signature infrarouge trop élevée, alors il y a des
progrès à faire. Mais, malgré tous ces défauts, quand même, nous, les
avionneurs, on vous aime bien les motoristes parce que, malheureusement, on
ne peut pas se passer de vous !
Je
crois qu’il est clair que l’industrie des moteurs militaires est une
industrie stratégique et qu’il n’y aurait pas eu de moteurs civils
s’il n’y avait pas eu de développement de moteurs militaires.
Je vous remercie de votre attention.
|
||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
||||||||||||||||||