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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale Et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome premier  

Paris - 1876

 

 

1.
Plan de campagne pour l’armée d’Italie

Paris, 29 nivôse an IV (19 janvier 1796)

Si l’armée d’Italie laisse passer le mois de février sans rien faire, comme elle a laissé passer le mois de janvier, la campagne d’Italie est entièrement manquée. II faut bien se convaincre que l’on n’obtiendra de grands succès en Italie que pendant l’hiver.

Si l’on suppose que l’armée d’Italie se mette en mouvement le plus tôt possible, elle peut marcher sur Ceva, y forcer le camp retranché avant que les Autrichiens, qui sont à Acqui, ne soient joints aux Piémontais.

Si, à la vue des préparatifs que feraient les Français, les Autrichiens, longeant derrière le Tanaro, venaient se réunir avec les Piémontais, il faut que notre armée fasse deux marches sur Acqui, c’est-à-dire aille à Cairo et à Spigno ; l’on peut être assuré qu’alors les Autrichiens s’empresseront de s’en retourner défendre leurs communications avec les Milanais.

L’opération que l’on doit faire est simple - les Piémontais sont-ils seuls ? Marcher sur eux par Garessio, Bagnasco la Solta, Castelnuovo, Montezemolo. Eux battus, le camp retranché forcé, faire le siège de Cevâ (opération préalable à toute autre, quelle que soit la marche que l’on veuille tenir).

Les Autrichiens ont-ils le bon esprit de se réunir à Montezemolo avec les Piémontais ? Il faut les en séparer et, pour cela, marcher sur Alexandrie, et, dès l’instant qu’ils seront sépa­rés, avoir vingt-quatre heures à soi pour forcer le camp retranché de Ceva.

Une fois le camp retranché de Ceva occupé par nous, il faudrait alors des forces doubles pour nous obliger à lever le siège de la forteresse.

L’artillerie de siège débarquera à Vado ; l’on ne doit pas craindre de manquer de charrois, le pays des Langes étant très abondant en moyens de transport, et le siège de Ceva n’exigeant pas plus de 24 à 30 pièces de canon.

Maître de Ceva, l’on ne doit pas perdre un instant à faire avancer la division qui garde Tende, Briga et les hauteurs du comté de Nice jusqu’à Borgo ; l’on doit opérer sa jonction par Mondovi, investir Coni avec la division du centre, et marcher droit sur Turin. Le roi de Sardaigne fait alors des propositions de paix. Il faut que le général dise qu’il n’a pas le droit de faire la paix, qu’il faut que l’on envoie un courrier à Paris, et pendant ce temps-là il arrivera que le roi de Sardaigne sera obligé de faire des propositions telles qu’elles ne pourront pas être refusées, et rempliront parfaitement le but du Gouvernement ; sans quoi l’on brûlera Turin, sans se soucier de la citadelle.

Au reste, comme la guerre en Italie dépend absolument de la saison, chaque mois exige un plan de campagne différent. Il faut que le Gouvernement ait une confiance entière dans son général, lui laisse une grande latitude, et lui présente seulement le but qu’il veut remplir. Il faut un mois pour avoir réponse d’une dépêche venant de Savone, et, pendant ce temps, tout peut changer.

Lorsque Turin sera à nous, les sièges des forteresses d’Alexandrie et de Tortone seront inutiles ; nous entrons dans le Milanais comme en Champagne, sans obstacles.

Le Gouvernement doit ordonner que l’équipage de pontons sur haquets, pour le Mincio et l’Oglio, que j’avais fait préparer, soit achevé. L’on trouvera en Italie tout ce qu’il faut pour les ponts du Pô, de l’Adige, du Tessin et du Tanaro.

L’on trouvera charrois, habillements et subsistances pour la brave armée qui s’emparerait des plaines du Piémont et du Milanais.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

2.
État des subsistances de l’armée
à Chauvet, commissaire ordonnateur en chef

Quartier général, Nice, 7 germinal an IV (27 mars 1796)

Vous trouverez ci-joint l’état du mouvement de la cavalerie ; vous y verrez que le 10 et jours suivants il arrive des régiments.

La compagnie Navarre, Roy et Barry, que j’ai vue, m’a assuré qu’à commencer du 11 elle fournira 40 000 quintaux de foin depuis Menton à Finale. Nice est approvisionnée. Voilà donc la subsistance de ma cavalerie assurée.

La compagnie Collot, qui est arrivée à Marseille, assure le service de la viande.

La compagnie La Porte assure le service des grains ; ses agents sont arrivés à l’armée.

J’ai en mouvement 1 600 mulets pour le service de mon artillerie.

Hâtez-vous de venir à Nice, J’ai besoin de vous. Vous devez être en chemin, après la lettre que je vous ai écrite hier ; tous les jours que vous retardez, vous ôtez à mes opérations une chance de probabilité pour la réussite. Il est des mesures, dans la position actuelle, que l’on ne peut prendre que d’ici ; il est un mouvement primitif qui doit être donné d’ici, où sont mes magasins et mon artillerie.

J’ai écrit hier à Saliceti. Le Gouvernement attend de cette armée de grandes choses ; il faut les réaliser et tirer la patrie de la crise où elle se trouve.

Bonaparte
De Coston

 

3.
Ordre de sévir contre un bataillon
Au général Berthier

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796)

Le 3e bataillon de la 209e demi-brigade s’est rendu coupable de désobéissance ; il s’est déshonoré par son esprit de mutinerie et en refusant de marcher aux divisions actives. Les officiers se sont mal conduits ; le commandant, le capitaine Duvernay, a montré de mauvaises intentions. Vous voudrez bien faire arrêter le capitaine Duvernay, et le faire traduire devant un conseil militaire à Toulon, où vous adresserez la plainte, qui sera portée par le commandant de la place.

Vous ferez traduire devant un conseil militaire, à Nice, les grenadiers accusés d’être les auteurs de la mutinerie. Vous ferez sortir les autres grenadiers, que vous distribuerez, cinq hommes par cinq hommes, dans les bataillons de l’armée.

Les officiers et sous-officiers n’ayant point donné l’exemple de partir et étant restés dans les rangs sans parler, sont tous coupables ; ils seront sur-le-champ licenciés et renvoyés chez eux. Les soldats du bataillon seront incorporés à Marseille avec la 83e demi-brigade.

La présente lettre sera mise à l’ordre de l’armée.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

4.
Partage de la cavalerie en deux divisions
Au général Berthier

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796)

La cavalerie sera partagée en deux divisions.

La première sera composée des :

-    1er régiments de hussards ;

-    10e régiment de chasseurs ;

-    22e régiment de chasseurs ;

-    25e régiment de chasseurs ;

-    5e régiment de dragons ;

-    20e régiment de dragons.

Le 1er régiment de hussards ira par Menton, San-Remo, Oneille, Albenga, et se rendra à Toirano ;

Le 10e régiment de chasseurs, à Albenga.

Le 22e régiment de chasseurs suivra les mêmes étapes ; deux escadrons se rendront à Piétra, et les deux autres iront à Loano.

Le 25e régiment de chasseurs prendra aussi la même route ; deux escadrons iront à Borghetto, et les deux autres à Ceriale.

Le 5e de dragons restera à Albenga.

Le 20e de dragons ira à Alassio.

La seconde division sera composée :

Du 7e régiment de hussards, qui se rendra à Pieve ; il partira à Nice le 15 germinal ;

Du 13e régiment de chasseurs, qui se rendra à Oneille ;

Du 8e de dragons, qui ira à Port-Maurice ;

Du 15e de dragons, qui se rendra à l’Arma, près la Taggia.

Vous ordonnerez au général de brigade Saint-Hilaire de parcourir les villes destinées à la première division de cavalerie, et de vous rendre compte s’il y a des écuries en assez grande quantité pour loger les chevaux.

Vous ordonnerez au général Serurier d’envoyer un général de brigade faire la visite des villages où doit loger la seconde division. Vous recommanderez à ces généraux de mettre de la discrétion dans cette visite et de ne rien faire qui puisse déceler notre projet.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

5.
Ordre du jour personnel de l’état-major

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796)

Le général en chef Bonaparte a passé la revue de la 100e demi-brigade et de la 165e, ainsi que du bataillon du Montferme, du 7e régiment de hussards et de l’artillerie ; il a été satisfait de la tenue des troupes, des sentiments de dévouement à la République et de la forte résolution de vaincre qu’elles lui ont témoignés. Il a parcouru les divisions les plus actives de l’armée ; il a trouvé partout des soldats accoutumés à vaincre et à souffrir, aussi dévoués à la liberté qu’à la discipline, qui est le nerf des armées. Ils trouveront en lui un frère d’armes, fort de la confiance du Gouvernement, fier de l’estime des patriotes, et décidé à fixer sur l’armée d’Italie des destinées dignes d’elle.

En exécution de l’arrêté du Directoire exécutif, en date du 12 ventôse, le général Alexandre Berthier est nommé chef de l’état-major de l’armée d’Italie.

L’adjudant général Vignolle reste sous-chef de l’état-major.

Le général de division P. Gaultier reste employé au quartier général à Nice ; il est particulièrement chargé, dans ce moment, de tout ce qui a rapport à la nouvelle organisation de l’armée, aux hommes de la réquisition et à l’échange des prisonniers de guerre ; il signera tout ce qui est relatif à ce travail.

Il est ordonné aux généraux qui n’ont pas le nombre d’aides de camp désigné par la loi de s’en choisir suivant les dispositions qu’elle prescrit.

Il est également ordonné aux adjudants généraux qui n’ont pas leurs adjoints de proposer sans délai les officiers qu’ils jugeront capables de remplir ces fonctions importantes. Ils doivent sentir qu’aucune considération particulière ne peut influer sur leur choix ; les talents, la moralité, un patriotisme pur et éclairé doivent seuls le déterminer.

À la réception du présent ordre, les adjudants généraux adresseront au chef de l’état-major le nom, le grade et l’ancienneté de service de chacun de leurs adjoints ; ils ajouteront des notes sur leurs connaissances.

Les adjudants généraux sont prévenus que le chef d’état-major a des ordres très précis du général en chef, pour faire subir un examen aux adjoints, afin de faire passer dans les auxiliaires et remplacer ceux qui ne seraient pas propres à seconder le travail dont leurs adjudants généraux sont chargés.

Par ordre du général en chef
Collection Napoléon

 

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