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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
Et publiée
Par
ordre du ministère de la guerre
Tome
premier
Paris
- 1876
16.
Plaintes sur l’insuffisance du personnel du Génie et de l’artillerie
Au directeur Carnot
Quartier
général, Carcare, 27 germinal au IV
(16 avril 1796).
Vous verrez, par la
relation que j’envoie au Directoire, les détails de la bataille de
Montenotte et de Millesimo. Je ne vous dissimule pas que je ne suis secondé
ni par le génie ni par l’artillerie ; je n’ai pas ici, malgré
l’ordre que vous en avez donné, un seul des officiers que j’ai demandés.
Le citoyen Milet-Mureau a
mis une mauvaise volonté dont je porte spécialement plainte.
J’ai pris Montezemolo.
Je n’ai pas un officier du génie capable de reconnaître Ceva, et il faut
que je m’y porte moi-même, et ma présence cependant est bien plus intéressante
à ma droite, où, peut-être dans une heure, je serai aux mains avec
Beaulieu en personne, qui a la rage dans le cœur et veut tenter un coup de
désespoir. Pourriez-vous croire que je n’ai pas ici un officier du génie
sortant de Mézières, pas un qui ait fait un siège ou qui ait été employé
dans une place fortifiée ?
Les corps du génie et de
l’artillerie sont livrés au commérage le plus ridicule ; on ne
consulte jamais le bien du service, mais toujours la convenance des
individus. Les adjoints du ministre répandent l’eau bénite et la patrie
en souffre.
Le citoyen Muiron, jeune
chef de bataillon d’artillerie, connaissant le pays, un de ceux à qui
vous avez donné l’ordre de venir sur lequel au moins je comptais, ne
viendra pas. Je vous envoie la lettre originale que m’a écrite
Milet-Mureau ; vous verrez s’il y quelque chose de plus bête ou de
plus malintentionné.
De quel droit le citoyen
Milet-Mureau donne-t-il contre-ordre à un chef de bataillon, lorsque vous
aviez ordonné qu’il vint ici ?
Il a fait la même chose
pour une compagnie d’artillerie à cheval à qui vous aviez pareillement
ordonné de venir ici ; il a écrit à Gassendi, non pas d’une manière
engageante, mais faites pour le rebuter.
Je n’ai pas pu avoir
d’ouvriers. Une autre compagnie d’artillerie légère, avec les
ustensiles les plus indispensables, on l’a destinée pour Constantinople.
Je ne vous parle pas du dénuement où je me trouve en argent, charrois et
eau-de-vie ; je sais que vous avez fait tout ce qui était possible.
Malgré tout cela, j’espère que nous nous en tirerons avec gloire et
avantage pour la patrie.
Bonaparte
Dépôt de la guerre
17.
Plaintes contre le bureau de l’Artillerie à Paris Au directeur Carnot
Cairo,
27 germinal au IV (16 avril 1796)
Vous trouverez ci-joint
une lettre que je viens de recevoir, et qui vous fera voir que je n’ai
plus d’espérance d’avoir de l’artillerie légère. Si on eût laissé
partir la compagnie que vous m’aviez accordée, et qui avait déjà passé
Montargis il y a un mois, je ne me trouverais pas dans cet embarras. Mais
lorsque les commis veulent gouverner, voilà ce qui en arrive.
Je ne conçois pas que
l’on puisse, sans mauvaises intentions, faire rétrograder une compagnie
que j’avais demandée avec instance, et dont vous aviez ordonné le départ.
Il est impossible de voir un bureau moins au fait des troupes que celui de
l’artillerie, qui compte sur des troupes qui n’existent plus. Je vous
prie aussi, mon cher Directeur, d’ordonner au général Châteauneuf-Randon
de ne pas retenir les troupes qui sont destinées pour l’armée.
L’ennemi est bien plus fort que nous ne pensions, se bat très-bien, a
beaucoup plus de cavalerie et d’artillerie que moi. J’espère cependant
lui en conter aujourd’hui, faire une fausse marche pour chercher à lui
investir un corps de six mille hommes qui me paraît isolé de son armée.
Entre morts, prisonniers
et blessés, il a perdu dans ce moment plus de douze mille hommes. Vous ne
pouvez pas concevoir mon désespoir, je dirai presque ma rage, de ne pas
avoir eu un bon officier du génie sur le coup d’œil duquel je puisse
compter, cinq ou six officiers
d’artillerie, auxquels vous aviez donné des ordres, et de me trouver sans
artillerie légère, au moment où je suis en plaine.
Bonaparte
Dépôt de la guerre
18.
Ordre d’attaquer l’ennemi et de s’emparer de Mondovi Au général
Serurier
Quartier
général, Lesegno, 2 floréal an IV (21 avril 1796)
Vous vous porterez de
suite au-delà du pont de la Torre, pour diriger par vous-même l’attaque
que vous ferez sur-le-champ de la droite des ennemis. Dès l’instant que
vous les aurez battus, vous les poursuivrez dans leur retraite.
Le général Meynier a
ordre de se porter, par le village de Saint-Michel, sur la hauteur de la
Bicoque ; vous le protégerez dans ce mouvement, Si, après cela,
l’ennemi opère sa retraite sur Carrù, comme il est probable, vous vous
avancerez sur Mondovi, que vous sommerez ; et, si cette ville se rend,
vous y nommerez un commandant ferme et intelligent, avec une très-petite
garnison.
Vous empêcherez qu’on
ne pille, et vous aurez soin de prendre, avec le gros de votre division, une
position sur la droite de Mondovi, en avant de la Bicoque, où je vous ferai
passer des ordres ultérieurs.
Vous imposerez la ville
de Mondovi et les villages circonvoisins à vous fournir les contributions
en pain, viande, et autres subsistances nécessaires à votre troupe, et
tout ce dont elle aura besoin.
Je me tiendrai au village
de Lesegno, où vous m’instruirez de tout ce qui vous arrivera.
Vous placerez la
demi-brigade du général Dommartin sur votre droite, de manière qu’elle
soit le plus à portée possible de se joindre au général Masséna.
Bonaparte
Dépôt de la guerre
19.
Réquisitions de vivres pour l’armée à
la municipalité de Mondovi
Mondovi,
2 floréal an IV (21 avril 1796)
La municipalité de
Mondovi fera transporter sur-le-champ, à la redoute, huit mille rations de
biscuit, qui seront remises à l’adjudant général du général Serurier,
qui en fera aussitôt la répartition aux différents quartiers-maîtres.
Elle fera transporter à
Lesegno et Lapre, pendant la nuit,
trente mille rations de
biscuit, qui seront remises au citoyen Vignolle, sous-chef de l’état-major ;
elle fera passer mille cinq cents rations à la Bicoque, qui seront données
au général Joubert.
La municipalité fera délivrer
huit mille rations de viande et quatre mille bouteilles de vin pour les
troupes du général divisionnaire Serurier. Ce vin et cette viande seront
distribués à la redoute, à l’adjudant général, qui en fera la
distribution aux troupes.
La municipalité fera en
sorte d’avoir demain, avant dix heures du matin, huit mille rations de
pain, huit mille rations de viande et quatre mille bouteilles de vin, qui
seront transportées et distribuées à la redoute.
Bonaparte
Dépôt de la guerre
20.
Mouvement sur la rivière du Pesio Ordre de marche et de bataille Au général
Masséna
Quartier
général, Lesegno, 3 floréal an IV (22 avril 1796)
Le général Masséna
partira avec sa division, son artillerie et sa cavalerie, demain, à six
heures du matin, pour prendre position le long de la rivière du Pesio,
appuyant sa droite sur le Tanaro, et prolongeant sa gauche autant que sa
ligne pourra s’étendre. Il se mettra en bataille sur deux lignes en
observant la distance nécessaire, de manière que l’espace puisse servir
à former en colonne serrée la moitié de sa division. Ses troupes à
cheval seront à sa gauche. Il aura une avant-garde d’infanterie légère
et de cavalerie qui partira une demi-heure avant, et qui se portera sur Carrù
dès l’instant qu’il aura éclairé sa gauche, et que le reste de sa
division le suivra à une demi-heure de distance. Il restera dans cette
position et dans cet ordre de bataille.
Il prendra du biscuit
pour le 4 et pour le 5.
Par ordre du général en
chef
Dépôt de la guerre
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