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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale Et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome premier  

Paris - 1876

 

 

21.
Ordre de mouvement sur Dogliani
Au général Augereau

Quartier général, Lesegno, 3 floréal an IV (22 avril 1796)

Le général Augereau partira avec sa division de Castellino, demain, à sept heures du matin, pour se rendre à Dogliani, et tâchera de s’emparer du pont de Nar-Sole, sur le Tanaro. Il poussera de forts avant-postes sur Novello ; il sera maître de s’y porter avec ses forces s’il le trouve convenable, et si ses troupes ne sont pas trop fatiguées. Il aura avec lui onze pièces d’artillerie de montagne qu’il prendra à Murazzano, où le général comman­dant l’artillerie a reçu l’ordre de les faire passer.

On lui enverra cette nuit, au gué du Tanaro, près de Castellino, pour les journées du 4 et du 5, du biscuit qu’il y fera prendre.

Il est prévenu que les généraux Masséna et Serurier doivent s’avancer au-delà de Carrù. Si, du sommet des hauteurs, il n’apercevait pas les troupes du général Masséna, il enverrait, de Clavesana, une patrouille pour prendre langue à Carrù, en supposant qu’il pût passer le Tanaro.

Le général Augereau préviendra le général en chef, avant de partir, de la route qu’il compte prendre, soit par Murazzano et Belvedere, soit en longeant le Tanaro.

Par ordre du général en chef
Dépôt de la guerre

 

22.
Ordre du jour contre le pillage

Quartier général, Lesegno, 3 floréal an IV (22 avril 1796)

Le général en chef témoigne à l’armée sa satisfaction sur sa bravoure et sur les succès qu’elle obtient tous les jours sur l’ennemi ; mais il voit avec horreur le pillage affreux auquel se livrent des hommes pervers, qui n’arrivent à leurs corps qu’après la bataille pour se livrer aux excès les plus déshonorants pour l’armée et le nom français.

En conséquence il ordonne :

1)  Au général, chef de l’état-major, de lui faire, sous vingt-quatre heures, un rapport sur la conduite morale des adjudants généraux et autres officiers attachés à l’état-major.

2)             Les généraux de division enverront, sous vingt-quatre heures, au général en chef, une note sur la moralité des officiers supérieurs qui sont sous leurs ordres depuis l’ouverture de la campagne.

3)  Le commissaire ordonnateur en chef fera le même rapport sur la conduite des commissaires des guerres.

4)  Le général en chef se réserve de statuer sur les officiers supérieurs ou commissaires des guerres sur qui il serait porté des plaintes.

5)             Les chefs de brigade, les chefs de bataillon, se réuniront chez le général de brigade ; ils feront une note des officiers de chaque demi-brigade, et sur la conduite morale qu’ils ont tenue depuis l’ouverture de la campagne. Le général de brigade remettra cette note au général de division, en y joignant ses observations.

Les généraux de division sont autorisés à destituer sur-le-champ, et même à envoyer au château du fort Carré, à Antibes, en arrestation, les officiers qui auraient, par leur exemple, autorisé l’horrible pillage qui a lieu depuis plusieurs jours.

Les généraux de division sont autorisés, par la nature des circonstances, à faire fusiller sur-le-champ les officiers ou soldats qui, par leur exemple, exciteraient les autres au pillage, et détruiraient par là la discipline, mettraient le désordre dans l’armée et compromettraient son salut et sa gloire.

Tout officier ou sous-officier qui n’aura pas suivi son dra­peau, et qui, sans raison légitime, se trouvera absent au moment d’un combat, sera destitué et son nom sera envoyé à son dépar­tement, afin qu’il soit flétri dans l’opinion de ses concitoyens comme un lâche.

Tout soldat qui sera convaincu d’être resté en arrière de son drapeau deux fois de suite sera mis à l’ordre du bataillon.

Tout soldat qui sera convaincu de ne pas s’être trouvé dans un combat perdra son rang d’ancienneté et sera porté sur le cadre à la queue de la compagnie, et, si c’est un grenadier ou un carabinier, sera rayé de la compagnie. Un soldat qui sera convaincu d’avoir manqué deux fois à un combat sera dégradé à la tête du bataillon ; on lui arrachera l’uniforme et il sera envoyé au-delà du Var pour arranger les chemins, tant que durera la campagne.

Les commandants des bataillons ou des compagnies, si elles sont détachées, feront le rapport à l’officier supérieur comman­dant la colonne, qui ordonnera les peines ci-dessus, en en faisant part au général de division.

Les généraux de division, les généraux de brigade et les chefs de corps sont tenus, sous leur responsabilité, à l’exécution du présent ordre.

Par ordre du général en chef
Dépôt de la guerre

 

23.
Ordre du jour prescrivant diverses mesures d’ordre

Quartier général, Carrù, 5 floréal an IV (24 avril 1796)

Le général en chef, instruit que, malgré ses règlements pour réprimer le pillage, quelques mauvais sujets de l’armée conti­nuent à s’y livrer, renouvelle aux généraux l’ordre le plus précis de mettre à exécution les dispositions prescrites par sa procla­mation à l’armée, et il charge le chef de l’état-major d’y tenir strictement la main.

Son intention est d’imposer de fortes contributions sur le pays conquis, de manière à pouvoir payer la moitié de la solde de toute l’armée en argent. Les officiers et les soldats gagneront également à cette disposition ; l’armée pourra voler à de nou­velles victoires et remplir l’attente de la patrie ; si l’on continue à piller, tout est perdu, même la gloire et l’honneur.

Le prêt doit être payé depuis le 20 germinal, à raison de quatre sous par jour et de seize livres par officier pour le mois de germinal, et autant pour celui de floréal.

Le général en chef ordonne au commissaire ordonnateur en chef, aux chefs des corps auprès de l’armée, de veiller pour qu’avant le 10 de ce mois les différentes divisions de l’armée soient au courant depuis le 20 au 10.

Il ordonne au payeur général de l’armée d’avoir un payeur particulier à chaque division, qui suivra le mouvement de la division et aura toujours de quoi lui faire le prêt pendant dix jours.

Le général en chef ordonne que toutes les demandes de munitions soient adressées, par les généraux divisionnaires, au chef de l’état-major, qui en ordonnera la délivrance. Cette dispo­sition, qui tient à établir l’ordre dans cette partie, est conforme aux règlements militaires et aux lois rendues jusqu’à présent à ce sujet.

Chaque général divisionnaire enverra au parc d’artillerie deux ordonnances pour guider les convois de munitions ou d’artillerie destinés pour sa division. Lorsque la division chan­gera de place, on renouvellera les ordonnances.

Les chevaux de troupes à cheval pris sur l’ennemi appar­tiendront à ceux qui les auront pris ; ils sont invités à les vendre de préférence aux officiers ou aux agents des transports.

Tous chevaux ou mulets tenant aux pièces ou aux équipages de l’artillerie ennemie, et qui seront pris, appartiendront à la demi-brigade dont fera partie la troupe qui aura participé à l’action et qui aura enlevé l’artillerie et les susdits chevaux ou mulets. À cet effet, les chefs des corps et le quartier-maître les feront conduire chez le citoyen Thévenin, chargé des transports de l’artillerie, qui les payera 200 livres, l’un portant l’autre. Les fonds provenant de ces ventes seront répartis aussitôt à la demi-brigade.

Ceux de ces chevaux ou mulets qui seront vendus différemment seront saisis partout où ils seraient reconnus, et l’acheteur perdra ce qu’il aura payé.

Le général Beaumont, commandant toutes les troupes à cheval, commande aussi le service de cette arme ; les régiments ou escadrons détachés momentanément dans les divisions ne sont pas moins à ses ordres, pour le détail de service de l’arme.

Le général Beaumont commandera chaque jour un piquet de trente chevaux, commandé par un lieutenant et un sous-lieutenant, pour être au quartier général.

Il sera défendu au commandant de ce piquet de donner aucune escorte sans l’ordre de l’état-major, et il en sera tenu note.

Toutes les fois que le général en chef montera à cheval, la moitié du piquet, commandée par un des officiers, le suivra.

Les généraux de division qui ont des troupes à cheval momentanément à leurs ordres ne les emploieront que pour l’objet du service pour lequel elles sont à leur division.

Par ordre du général en chef
Dépôt de la guerre

 

24.
Ordres pour l’établissement d’hôpitaux
Au citoyen Lambert

Quartier général, Cherasco, 10 floréal an IV
(29 avril 1796)

Le commissaire ordonnateur en chef est requis de faire toutes les dispositions et de donner les ordres les plus précis pour qu’il soit établi des hôpitaux à Cherasco, Mondovi, Ceva, Coni et Garessio. Il fera rassembler tous les effets couvertes, habille­ment, équipement, approvisionnement en subsistances, et enfin tous les objets qui tiennent au service des différentes adminis­trations, et qui ont été trouvés dans le pays conquis, pour en former des magasins dans les places désignées ci-dessus. Rien ne doit rester épars, tout doit être centralisé.

Comme il existe à Cherasco et aux autres lieux une grande quantité d’objets du service des hôpitaux, après que les points ci-dessus désignés seront approvisionnés, l’excédant sera porté par Coni, à Nice. Il ordonnera que l’on descende à Ceva une partie de ce qui est dans le fort.

Le commissaire ordonnateur en chef est également requis d’ordonner aux agents en chef des différentes parties d’adminis­ration de me faire passer l’état des objets pris sur l’ennemi et des magasins.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

25.
Ordre relatif a la cuisson du pain de l’armée
Au citoyen Lambert

Quartier général, Acqui, 12 floréal an IV (1er mai 1796)

L’on ne cuira plus à aucun four de la rivière de Gênes que pour la nourriture des garnisons.

L’on ne cuira plus à Coni, ni à Mondovi, ni à Ceva, ni au pont Derlin, que pour les garnisons.

L’on cuira à Cherasco pour la division du général Serurier, et à Acqui pour les autres divisions de l’armée.

Vous tiendrez à Cairo un magasin de mille sacs de farine que vous alimenterez par Savone.

J’ai ordonné à l’intendant de vous procurer quatre mille quintaux de farine à Acqui.

Dépôt de la guerre
Bonaparte  

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