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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale Et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome premier  

Paris - 1876

 

26.
Ordres pour la formation
de bataillons de Grenadiers et de Carabiniers
Au général Masséna

 

Quartier général, Tortone, 14 floréal an IV (3 mai 1796).

Il est ordonné au général Masséna de former sur-le-champ un bataillon de grenadiers composé des trois compagnies de grenadiers de la 84e demi-brigade d’infanterie et des trois de la 21e. Il en conférera le commandement au chef de bataillon qu’il a dû désigner en exécution de l’ordre du général en chef. Il y attachera l’adjudant-major qui doit être désigné en conformité du même ordre.

Le général Masséna formera aussi un bataillon de carabi­niers des trois compagnies de carabiniers de la 1re demi-brigade d’infanterie légère et des trois de la 3e demi-brigade.

On lui fait observer qu’avant ces formations ces compagnies doivent être portées à leur complet, et que les bataillons qu’elles formeront doivent être prêts à partir après-demain.

Même ordre au général Augereau pour la formation de deux bataillons, l’un de grenadiers, l’autre de carabiniers, avec les compagnies des demi-brigades désignées.

Même ordre aux généraux Serurier et Laharpe pour la formation chacun d’un bataillon de grenadiers seulement.

Par ordre du général en chef
Dépôt de la guerre

 

27.
Ordres de marcher sur Asti et Alexandrie
Au général Serurier

Quartier général, Bosco, 14 floréal an IV (3 mai 1796)

Il est ordonné au général Serurier de partir d’Alba demain 15, à six heures du matin, avec sa division, le 22e régiment de chasseurs à cheval et toute son artillerie, pour se rendre le même jour à Asti, d’où il repartira après-demain 16, à la pointe du jour, pour Alexandrie ; il y recevra de nouveaux ordres. Il bivouaquera entre la ville et Valence, et vivra en bonne amitié avec le Gouvernement piémontais et les habitants ; il maintiendra la plus exacte discipline et fera respecter les personnes et les propriétés. Il placera une garde au pont sur le Tanaro pour s’assurer de ses passages.

Le général Serurier, en partant d’Alba, fera prendre à sa troupe le plus de subsistances qu’il pourra, soit en pain, soit en biscuit ; il aura la précaution d’envoyer d’avance à Asti ou à Alexandrie, pour inviter ou requérir la municipalité de faire préparer les vivres et fourrages dont il pourrait avoir besoin.

Le général Serurier est prévenu que l’ennemi a passé le Pô, à l’exception d’une très-petite arrière-garde.

Par ordre du général en chef
Dépôt de la guerre

 

28.
Punition à infliger aux pillards de Frugarolo
Extrait de l’ordre du jour

Quartier général, Tortone, 14 floréal an IV (3 mai 1796)

Le général en chef s’empresse de témoigner sa satisfaction sur la bonne police et l’ordre des colonnes d’infanterie dans les différentes divisions de l’armée ; mais c’est avec la plus grande peine qu’il se voit forcé de mettre à l’ordre du jour son indignation sur le pillage et les vexations que se sont permis hier, au village de Frugarolo, quelques hommes de troupes à cheval bivouaqués à la droite de ce village. Le général en chef ordonne aux généraux de cavalerie, aux officiers supérieurs et des compagnies, l’exécution des dispositions prescrites par son ordre du 3 floréal. Il veut que les coupables d’hier soient arrêtés et que la punition soit prompte et éclatante à la tête de la ligne de la cavalerie.

Le général en chef déclare qu’il s’en prendra aux chefs, et qu’il veut absolument que ce brigandage suscité par nos ennemis soit arrêté. Il en appelle à tous les soldats vraiment républicains, et c’est en appeler à toute l’armée.

Le général en chef ordonne aux généraux de division d’envoyer, sous vingt-quatre heures, au chef de l’état-major, l’état nominatif et de grade de tous les officiers quelconques à leurs ordres.

Par ordre du général en chef
Dépôt de la guerre

 

29.
Organisation du service des Postes de l’armée
Au citoyen Lambert

Quartier général, Tortone, 16 floréal au IV (5 mai 1796)

Le bien du service exigeant, Citoyen Commissaire, de l’exactitude dans la correspondance du quartier général avec les divers points de l’armée, le général en chef ordonne que le directeur de la poste de l’armée établisse son service de manière à atteindre ce but. Il veut en conséquence que le courrier de Tortone à Nice, qui doit passer par la rivière de Gênes, parte et arrive dans trois jours ; il ordonne également qu’il en soit établi un qui partira de Tortone, cinq fois par décade, pour Nice, en passant par Ritorto, Acqui, Alba, Cherasco, Mondovi et Coni, et qu’il en parte un de Mondovi, trois fois par semaine, pour Oneille, en passant par Ceva, Garessio, Ormea et Pieve. Le directeur de la poste m’ayant dit que, pour l’établissement de ce service, il lui fallait un fonds de 25 000 francs en numéraire, cette somme lui sera payée, ainsi que le porte l’autorisation du général en chef, que je vous adresse. Je vous engage à vous occuper sans délai de cet objet important. Je vous envoie l’ordre de route à établir pour la marche des troupes qui rejoindront l’armée et pour les hommes voyageant isolément. Vous verrez qu’indépendamment de ces trois communications, il en sera établi une à Savone, à Acqui, et une autre de Ceva à Cairo. Vous prendrez des renseignements et des arrangements avec les municipalités des lieux désignés pour ces communications, afin que, lorsque les circonstances exigeront qu’on y fasse passer des troupes ou des hommes voyageant isolément, ils y trouvent leur subsistance.

Vous réglerez la manière dont les dépenses seront payées aux municipalités.

Par ordre du général en chef
Dépôt de la guerre

 

30.
Situation des armées autrichienne et française
Projet pour le passage du Pô
Au directoire exécutif

Quartier général, Tortone, 17 floréal au IV (6 mai 1796)

L’armée d’Italie a pris hier possession de Tortone, où nous avons trouvé une très-belle forteresse, qui a coûté plus de quinze millions au roi de Sardaigne, et qui renferme cent pièces de canon de bronze et des casemates pour 3 000 hommes.

Je vous ai annoncé par mon aide de camp Murat que nous avions occupé Coni et Ceva, que nous avons trouvés dans un état de défense respectable et approvisionnés de tout.

Le lendemain de la signature de la suspension d’armes, le général Laharpe marchera par la route de Bosco à Acqui ; le général Augereau par San-Stefano ; le général Masséna par Nizza-della-Paglia. Beaulieu évacua ce pays et se réfugia dans Valence, où il passa le Pô avec toute son armée. Le général Masséna est arrivé, avec sa division, à Alexandrie pour s’empa­rer des magasins que les Autrichiens, ne pouvant les emporter, avaient vendus à la ville. Le 13, l’armée allemande a repassé le Pô, a coupé les bateaux et a brûlé ceux qu’elle a trouvés sur le rivage.

Les Napolitains, qui ordinairement ne sont pas entrepre­nants, se sont emparés de Valence. Le roi de Sardaigne leur a intimé d’une manière si décidée de lui rendre cette place, qu’ils n’ont pas jugé à propos d’attendre jusqu’au bout, et l’ont rendue à la garnison piémontaise.

Dans ce moment-ci, la division du général Serurier est cam­pée entre Valence et Alexandrie ; celle de Masséna est à Sale ; celle d’Augereau à Castellazzo ; celle de Laharpe à Voghera. Le général de brigade Dallemagne, avec 3 000 hommes et 1 500 chevaux, est à Casteggio. Dans la journée d’hier, nous nous sommes canonnés avec l’ennemi posté au-delà du Pô. Ce fleuve est très-large et très difficile à passer. Mon intention est de le franchir le plus près possible de Milan, afin de n’avoir plus aucun obstacle pour arriver à cette capitale. Par cette mesure, je tournerai les trois lignes de défense que Beaulieu s’est ménagées le long de l’Agogna, du Terdoppio et du Tessin. Je marche aujourd’hui sur Plaisance. Pavie se trouve tournée, et si l’ennemi s’obstine à défendre cette ville, je me trouverai entre lui et ses magasins. On construit de tous côtés des barques et des radeaux ; mais vous savez combien tout cela est long, et combien une armée organisée depuis quatre ans pour une guerre de montagne doit manquer de choses pour une guerre de plaine aussi active que celle que nous faisons. Il me faut vingt jours pour faire venir quelque chose de Nice ; ajoutez la pénurie des charrois, et voyez combien il nous faudrait perdre de temps pour suivre les règles ordinaires. Je suis sûr que nous ne serions pas prêts à passer le Pô au mois de juillet si j’attendais que nous ayons deux ponts de bateaux ; aussi ai-je le projet de le passer avec des radeaux et des ponts volants. Soyez sûrs que nous ferons tout ce qui est faisable, et j’ai l’assurance de votre justice. Je sais que vous savez mieux que personne évaluer la force des obstacles qu’il n’appartient pas à l’homme de franchir tout d’abord, et que vous êtes bien loin d’écouter ces militaires des clubs qui croient qu’on passe de grandes rivières à la nage. L’on m’accusera de témérité, mais non pas de lenteur ; mais encore faut-il avoir pour soi les chances du calcul.

Quand passerons-nous le Pô ? où le passerons-nous ? je n’en sais rien. Si mon mouvement sur Plaisance décide Beaulieu à évacuer la Lomellina, je le passe tranquillement à Valence. Si Beaulieu ignore pendant vingt-quatre heures notre marche à Plaisance et que je trouve des bateaux dans cette ville ou de quoi faire des radeaux, je le passe dans la nuit. Mais je vois encore bien des obstacles à tout cela. Tous les bateaux ont été brûlés par les Autrichiens ; le roi de Sardaigne n’en a plus.

Si je passe le Pô, j’aurai donc chassé l’armée impériale des États du roi de Sardaigne au-delà de ce fleuve, et ils sont alors pays de conquête. Je viens de proposer au roi de Sardaigne de me donner : 1) les bateaux et agrès nécessaires pour construire deux ponts ; 2) 600 chevaux de dragons harnachés ; 3) et enfin 1 400 de charrois. À ces conditions, je lui promets de lui restituer ses États au-delà du Pô, dès l’instant où je les aurai conquis, pourvu qu’il y entretienne 6 000 hommes de garnison. Cette circonstance est très-avantageuse pour nous, parce que, si jamais nous nous brouillons, je retiendrai les 6 000 hommes en otage ; bien entendu que je serai maître du pont sur le Pô. Je vous ferai part dès l’instant que cette négociation sera terminée.

Si je ne passe pas le Pô d’ici à quelques jours, mon intention est d’envoyer de Plaisance 4 000 hommes jusqu’à Bologne, pour m’emparer des routes de cette ville et demander six millions au duc de Modène, faire peur à Rome et au grand-duc de Toscane.

Vous aurez appris la manière révoltante dont s’est conduit le duc de Toscane : il protège les émigrés et laisse prendre nos bâtiments sous le canon de Livourne. J’avais eu le projet d’en­voyer un adjudant général à Livourne demander au gouverneur si nous étions en paix ou en guerre : dans le premier cas, exiger, sous vingt-quatre heures, l’indemnité des bâtiments qu’ils ont laissé prendre ; dans le cas contraire, faire les logements pour une brigade de l’armée à Livourne.

Ces petits princes ont besoin d’être un peu menés ; ils estimeront plus une note venant de l’armée que de nos diplomates : la peur seule les rend si honnêtes et si respectueux, que l’on peut dire, bas.

Le général Kellermann m’annonce 10 000 hommes qu’il va me faire passer : moyennant cela, je puis faire à la fois une visite au pape et au Milanais ou au roi de Sardaigne. Les Autrichiens ne sont redoutables que par leur cavalerie ; ils en ont 6 000 hommes.

Il serait utile que vous m’envoyassiez trois on quatre artistes connus, pour choisir ce qu’il convient de prendre pour envoyer à Paris.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

 

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