Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale Et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome premier  

Paris - 1876

 

76.
Ordre de mouvement vers Brescia
Au général Despinoy

Quartier général, Roverbella, 18 messidor au IV
(6 juillet 1796)

Le chef de l’état-major doit vous envoyer des ordres pour le départ de deux demi-brigades qui doivent composer votre division pour Brescia. Avant de les laisser partir, ayez soin de leur donner des armes et tout ce qui peut leur être nécessaire. Vous avez, je crois, à Milan, deux pièces de canon d’artillerie de campagne ; faites-les partir, car nous sommes ici fort pauvres en artillerie. Prenez toutes vos dimensions pour pouvoir partir sous peu de jours pour l’armée, où vous commanderez vous-même votre division.

Passez une revue sévère de vos escadrons de cavalerie ; faites-leur donner tout ce qui leur manque ; qu’ils puissent vous faire honneur. Prenez toutes vos dimensions pour que les deux escadrons des deux régiments qui sont en Lombardie puissent partir le plus tôt possible.

Donnez vos ordres et prenez vos mesures pour que le château de Milan soit en état de défense et surtout approvisionné parfaitement.

J’imagine que vous n’avez plus, dans ce moment-ci, besoin de garder des troupes au fort de Fuentes, qui doit être suffisamment démoli. Faites mettre la démolition de ce fort dans nos journaux de Milan.

Faites mettre dans le journal de Milan un avis à la munici­palité d’Acqui, que, si elle continue à maltraiter nos soldats et à les vexer, elle aura le même sort que Pavie, Binasco et Arquata. Que cet avertissement ne soit point signé et ait l’air de l’inspiration du gazetier.

Faites mettre dans le journal de Milan la nouvelle que le Sénat de Gênes a chassé le ministre de l’Empereur, Girola, de son territoire, sur la demande que j’en ai faite, comme un des instigateurs de la révolte de Pavie et des fiefs impériaux.

Bonaparte
Comm. par Mme Despinoy

 

77.
Instructions pour l’envoi de renforts
Au général Kellermann

Quartier général, Vérone, 21 messidor au IV
(9 juillet 1796)

Je vous expédie, mon cher Général, l’aide de camp de Berthier, pour presser le départ des troupes que vous devez nous envoyer.

Le Directoire m’annonce que votre projet est de faire passer ici deux bataillons ; je vous prie de faire partir le plus tôt possible ; nous avons un très grand besoin de troupes. L’ennemi se renforce et reçoit de toutes les routes et de tous les côtés de l’Allemagne.

Dès l’instant que la tête des dix bataillons de l’Océan arrivera, je vous prie de me faire passer, sans retarder d’une minute, l’équivalent de ce que vous garderez, même manquant des choses nécessaires, pourvu toutefois qu’ils aient des armes et des souliers.

Je vous prierais aussi de leur donner, par bataillon, deux pièces de canon de 8, de 12, ou bien des obusiers.

Nous aurions besoin d’une compagnie d’ouvriers, d’un bataillon de pionniers, et de cinq ou six officiers d’artillerie, et de deux ou trois bons gardes d’artillerie. Si vous pouvez me fournir tout cela, vous me rendrez un grand service.

Adieu, mon cher Général             Bonaparte

P.S.                 Vous ne nous avez pas annoncé quel jour doit arriver le 5e régiment de cavalerie et 9e de dragons. Je pense bien que vous nous les aurez envoyés, moitié à pied. Pourvu que vous ayez donné des sabres et des pistolets, le reste nous trouverons à le remplacer ici.

Dépôt de la guerre

 

78.
Ordre de jeter un pont près de Rivoli
Au général Masséna

Quartier général, Vérone, 21 messidor an IV
(9 juillet 1796)

Vous voudrez bien, citoyen général, prendre toutes les mesu­res pour jeter un pont de bateaux entre Rivoli et le quartier général du général Gardanne. Il est indispensable que ce pont soit promptement établi ; il sera défendu par trois batteries de canon de quatre pièces chacune, qui seront prises parmi celles existant à Vérone.

Vous ferez construire une tête de pont où vous ferez placer un détachement de grenadiers et des pièces de campagne. L’on ne doit rien négliger dans la construction de ce pont pour le mettre dans la position la plus militaire. Il est indispensable, surtout, de choisir un point où le rivage, de notre côté, domine beaucoup celui où l’ennemi peut établir ses batteries. Mon intention est que la 3e batterie soit sur une position beaucoup plus élevée que les autres et d’où elle domine tout le pays.

Vous ferez placer à Rivoli une batterie de quatre pièces de canon, de manière à battre parfaitement les deux chemins des deux côtés de la rivière. Comme il est important que ces travaux soient faits le plus promptement possible, il est nécessaire que votre division fournisse à cet effet le nombre de travailleurs nécessaire.

Je donne ordre au citoyen Barral de se rendre sur-le-champ à votre quartier général pour la construction dudit pont ; et, comme il est probable qu’il tardera encore un ou deux jours, ne perdez pas un instant à ramasser et mettre en place les bateaux et agrès nécessaires à la construction dudit pont.

Vous prendrez également à Vérone les deux pièces de 8 qui s’y trouvent et qui remplaceront à Torri les deux pièces de 4 qui y sont.

Ordonnez aux citoyens Maubert, commandant du génie, et Carrère, commandant de l’artillerie, de se rendre, dans la nuit, à Vérone. Ils trouveront chez le général Rampon des instructions qui leur donnent le commandement des deux armes et dont ils vous feront part.

Vous sentirez vous-même l’importance de mettre prompte­ment à exécution des dispositions aussi essentielles.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

79.
Instructions sur l’armement de la défense
de Vérone
Au général Masséna

Quartier général, Vérone, 21 messidor an IV
(9 juillet 1796)

L’officier d’artillerie et celui du génie de votre division, citoyen général, ont reçu des instructions pour la défense de la ville de Vérone.

Je crois qu’il est indispensable que vous donniez, en conséquence, une instruction au général chargé de la défense de ses ponts, pour qu’il connaisse les dispositions qu’il a à faire et se combine avec les préparatifs faits par l’artillerie et par le génie.

La porte de Vicence sera défendue par l’artillerie placée dans le bastion, dans la tour, et par la demi-lune, qui va être réparée. L’artillerie de campagne serait placée, lorsqu’on en serait réduit là, dans la demi-lune, qui va être rétablie et palissadée.

La communication entre la porte de Vicence et celle de Saint-Georges sera conservée moyennant des pièces de canon que l’on place dans les quatre tours bastionnées et dans l’espace du fort étoilé qui sert de citadelle.

La porte Saint-Georges sera défendue par la demi-lune et les pièces que l’on place sous la tour qui la flanque.

Ordonnez, citoyen général, qu’il y ait dans les neuf pièces de fortifications des gardes suffisantes pour pouvoir aider au service du canon.

Vous vous assurerez, par une visite particulière, des forces qui vous seraient nécessaires ; mais je pense, au coup d’œil, que 500 hommes, répartis dans ces différentes pièces, seront plus que suffisants pour empêcher l’ennemi d’approcher, et défendre l’enceinte.

Il y aura un corps de garde suffisant sur chaque pont, avec des barrières qui seront pratiquées à cet effet.

Vous ferez faire des chevaux de frise, qui seront tenus dans un local à portée, et qui serviront à embarrasser le passage.

Dès l’instant que l’ennemi aura fait des mouvements et se sera rapproché de la place, vous ordonnerez que ce corps de garde soit renforcé, qu’il y ait au moins cent hommes par pont et une pièce de canon, et que, passé dix heures du soir, jusqu’au retour de la reconnaissance du matin, l’on ne laisse passer personne. Pendant l’attaque, l’on ne laissera faire aucun rassemblement dans les rues qui aboutissent au pont, et l’on mitraillera impi­toyablement tout ce qui refuserait de se dissiper par les patrouilles de cavalerie.

L’on tiendra deux pièces de canon et 200 hommes à la porte par où la communication avec nous est plus facile.

Cette troupe serait remplacée par les premières troupes que vous enverriez de renfort à la place.

Toutes les troupes arrivant pour soutenir la garnison de Vérone se rangeront en bataille dans la place que vous désigne­rez, pour se porter, de là, partout où vous l’ordonnerez.

Le commandant de la place aura soin d’envoyer à la rencontre des troupes que vous enverrez, ainsi que de celles de la division du général Despinoy, un officier, afin qu’elles ne se perdent pas dans la ville, et arrivent par le chemin le plus court sur la place du rendez-vous.

Dès l’instant que l’ennemi se serait approché, vous feriez transporter tous les bateaux existant sur l’Adige.

Ordonnez à tous les moulins qu’ils passent de l’autre côté de la rivière.

Enfin, dès l’instant que l’ennemi s’approchera, prenez tous les moyens pour empêcher le passage.

Envoyez la pièce de 8 et l’obusier qui sont à Torri, à Vérone. Il faudrait avoir dans cette place au moins quatorze pièces de campagne. Il y en a dans ce moment-ci quatre de 8, quatre de 3, une de 8, que vous allez y faire passer de Torri, et un obusier de 8 : en tout dix pièces.

Je vais m’occuper d’y faire passer le plus tôt possible les quatre pièces qui manquent.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

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