310.
Recommandations pour le campement des divisions et la surveillance
des postes
Ordre du jour
Quartier
général, devant Jaffa, 14 ventôse an VII
(4 mars 1799)
Le général en
chef voit avec peine que les troupes brûlent, en quittant leurs
camps, la paille et le bois qu’elles s’étaient procurés. Comme
ces objets sont très rares, et qu’ils peuvent être utiles aux
troupes qui viennent après l’armée, il recommande aux chefs de
corps d’empêcher toute consommation inutile.
Plusieurs
commandants de poste se gardent négligemment, d’où il résulte
qu’ils compromettent leur sûreté et celle de l’armée.
Un soldat de la
division Bon a été tué cette nuit par un Arabe, parce que le
poste était endormi. Il doit y avoir tous les jours, dans chaque
division, un officier supérieur de service qui doit faire des
rondes la nuit, pour s’assurer que tous ces postes sont en règle.
Toutes les
divisions, bataillons détachés, les guides de l’armée et les
sapeurs camperont en carré, et mettront au centre leurs bagages,
chevaux et bêtes de somme.
Il est recommandé
aux généraux Bon et Lannes d’ordonner aux postes avancés qui
bloquent la ville d’arrêter tout Turc qui aurait l’air d’en
sortir ou de vouloir y entrer, de le conduire au quartier général
et d’empêcher particulièrement que rien n’entre dans la ville.
Chaque obus et
boulet qui sera apporté au parc établi
près le
quartier général sera payé cinq sous comptant.
Par ordre du général
en chef
Dépôt
de la guerre
311.
Punitions diverses infligées à des officiers
Au général Berthier
Quartier
général, devant Jaffa, 15 ventôse an VII
(5 mars 1799)
Vous mettrez aux
arrêts l’adjudant général Grezieu, pour ne pas avoir envoyé
ses chameaux avec le convoi du quartier général, et les avoir
depuis fait partir sans ordre.
Vous ferez mettre
aux arrêts le chef de bataillon d’artillerie Faure, pour avoir
envoyé chercher au parc du génie des outils par un seul ouvrier,
sans lui donner une escorte.
Vous ferez mettre
en prison le cantinier guides à cheval et les trois musiciens, pour
avoir placé, la nuit, leurs chevaux hors de la prolonge, et, par là,
se les être laissé prendre par les Arabes. Il sera retenu sur leur
solde de quoi les monter.
Vous ordonnerez
qu’il soit fait une retenue sur les douze canonniers qui
escortaient une forge, et qui y ont laissé, il y a trois jours,
enlever sept chevaux ; cette retenue sera égale à la valeur
des sept chevaux, qui sera réglée par le général d’artillerie.
Le général
d’artillerie m’adressera la note des chevaux et des chameaux
qu’on a laissé enlever dans les différentes divisions.
Vous ferez mettre
aux arrêts l’officier chargé du détail de la cavalerie, pour ne
pas avoir envoyé les chameaux de la cavalerie aux vivres avec ceux
de la division Kléber, et vous l’exhorterez à prendre
connaissance des règlements militaires, afin de ne pas faire
escorter des convois par des brigadiers, mais bien par un piquet
commandé par un chef d’escadron ou un capitaine.
Vous ferez mettre
aux arrêts l’aide de camp Beaumont, pour s’être rendu à
Ramleh avec huit dragons, au lieu de marcher avec le convoi.
Vous ferez mettre
en prison le chirurgien qui était hier de service à l’ambulance,
pour ne pas s’y être trouvé au moment où l’on en a eu besoin.
Tout palefrenier
qui laissera échapper des chevaux dans le camp sera mis en prison
et condamné à payer une amende de 30 livres.
L’officier
commandant un convoi sera autorisé à faire donner des coups de bâton
aux domestiques chameliers qui ne marcheraient pas au rang qui leur
sera désigné. L’adjudant général de service au quartier général
et les adjudants généraux des divisions sont autorisés à faire
donner des coups de bâton aux charretiers qui ne tiendraient pas
leurs chevaux à la prolonge ou aux endroits indiqués.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
312.
Dispositions arrêtées pour l’attaque de Jaffa
Au général Caffarelli
Quartier
général, devant Jaffa, 16 ventôse an VII
(6 mars 1799)
En
conséquence des dispositions arrêtées par le général en chef,
relatives à l’attaque qui doit avoir lieu demain sur Jaffa,
j’ai ordonné au général Dommartin :
1)
De faire commencer à tirer demain, à sept heures du matin,
la batterie de mortiers, à raison de dix coups par mortier et par
heure.
2)
Demain, à sept heures et demie du matin, la batterie Legrand
commencera à tirer pour éteindre le feu de la maison convenue pour
entrer dans la place ; elle tirera à raison de dix coups par
heure et par pièce.
3)
Demain, à huit heures du matin, la batterie Delignette
commencera le feu ; elle tirera pour éteindre le feu de la
tour désignée pour servir à établir le second logement ;
elle tirera des obus sur les maisons en arrière de la tour ;
on tirera à raison de dix coups par heure et par pièce.
4)
Demain, à huit heures et demie du matin, la batterie de brèche
commencera son feu, et tirera pour faire une brèche à la maison et
à la tour où on doit établir le logement ; on tirera vingt
boulets par heure et par pièce ; dans le cas cependant où
l’on jugerait la brèche praticable, on ralentirait le feu.
5)
Demain, à sept heures du matin, la batterie Thierry
commencera son feu ; elle tirera jusqu’à neuf heures
seulement sur le quai et sur le port ; l’obusier tirera en
ville ; on tirera à raison de six coups par heure et par pièce.
On observera à
la batterie Legrand que, lorsqu’elle aura éteint le feu de la
maison, elle doit éteindre celui de la casemate, et qu’indépendamment
du feu de la maison, elle doit encore éteindre le feu de la
courtine.
Je vous fais
connaître ci-après les ordres que je donne aux généraux Bon et
Lannes, dans lesquels il y a quelques dispositions qui vous
concernent relativement aux sapeurs et ouvriers.
Le général Bon
a ordre de soutenir la batterie de tiers et la batterie Thierry par
un corps de troupes suffisant pour les mettre à l’abri des
sorties de l’ennemi. Il placera différents bataillons de manière
qu’ils ne soient pas dans le prolongement des feux, mais en mesure
de soutenir les batteries. Il tiendra un bataillon sur la gauche,
entre la batterie de mortiers et la batterie droite de l’attaque
de gauche, que le général Lannes est chargé de protéger. Ce
bataillon est destiné à se porter au secours de cette batterie, si
elle se trouvait en avoir besoin.
Le général
Lannes a l’ordre de placer demain, avant la pointe du jour, 100
hommes à la batterie Legrand, sur la droite et sur la gauche, de
manière à mettre cette batterie à l’abri de toute insulte. Il
tiendra un bataillon en réserve derrière la mosquée, lequel
tiendra des postes le long de la marine, afin de pouvoir se porter
rapidement au secours de la batterie Legrand, si elle était attaquée.
Il tiendra 150 hommes placés dans des positions de manière à
pouvoir soutenir la batterie Delignette.
Le général
Lannes a également l’ordre de tenir demain, avant la pointe du
jour, six compagnies de grenadiers à la batterie de brèche, deux
officiers du génie, que vous mettrez à sa disposition, et deux
officiers d’artillerie. Il y aura, avec les six compagnies de
grenadiers, deux détachements d’ouvriers avec
des outils, deux détachements d’artificiers, pour enfoncer
les portes des maisons, les brûler, pour y pratiquer des logements.
Donnez des ordres pour les deux détachements d’ouvriers, sapeurs,
outils et échelles.
Le général
Lannes doit placer des bataillons en échelons derrière des
rideaux, pour soutenir les batteries. À midi, si les deux brèches
sont praticable il a ordre d’envoyer 200 hommes d’infanterie légère
en trois détachements, qui partiront de la batterie Legrand, de la
batterie Delignette et d’une position en arrière de la batterie
de brèche, lesquels devront couvrir de feu tout le front de
l’attaque.
Lorsque le feu de
la place et de l’infanterie légère sera bien engagé, deux
colonnes composées chacune de trois compagnies de grenadiers, des
six placées à la batterie de brèche, partiront pour franchir la
brèche ; derrière eux marcheront deux détachements, les
sapeurs, ouvriers et artificiers, qui pratiqueront leur logement
dans la maison et dans la tour. Donnez des instructions en conséquence
aux commandants de ces détachements de votre arme.
L’infanterie légère
s’y introduira après eux : la partie qui entrera par la brèche
de la maison se jettera sur le rempart à gauche, pour s’emparer
des casemates de la mer et ouvrir les portes qui peuvent se trouver
le long de la courtine ; vous ordonnerez aux sapeurs
d’enfoncer les portes des maisons voisines et de celles qui
enfilent les rues qui aboutissent sur la courtine. L’autre corps
de chasseurs a ordre, arrivé à la tour, de gagner rapidement les
deux maisons qui la dominent ; vous ordonnerez également aux
sapeurs d’ouvrir les portes des maisons qui enfilent les rues.
Il se fera en
arrière un mouvement successif de bataillons pour soutenir les
grenadiers et chasseurs.
Recommandez
surtout aux hommes de votre arme qu’on ne s’enfile pas dans les
rues ; on doit s’emparer des débouchés et cheminer avec
prudence de maison en maison.
Si les assiégés
s’opiniâtrent à se défendre, on cherchera à mettre le feu à
trois ou quatre maisons différentes.
Il doit y avoir
demain, avant le jour, dans la batterie de brèche, une pièce de 3,
destinée à être placée sur la brèche, ou au débouché qui paraîtra
le meilleur.
Recommandez aux
hommes de votre arme de ne pas se livrer au pillage, ce qui les
ferait égorger.
Je vous prie de
m’accuser la réception du présent ordre.
Même lettre au général
Dommartin, commandant l’artillerie ; même lettre aux généraux
Lannes et Bon, chacun pour la partie qui le concerne.
Par ordre du général
en chef
Dépôt
de la guerre
313.
Ordre pour la fabrication des fascines de jonc destinées au siège
d’Acre
Au général Berthier
Quartier
général, devant Acre, 1er germinal an VII
(21 mars 1799)
Vous ferez
commander un adjoint et un certain nombre de travailleurs par
division, pour faire des fascines de jonc ayant 3 pieds de haut et
18 pouces de diamètre ; chaque division devra en avoir fait
dans la journée de demain et d’après-demain 1 500, qui
seront portées à la queue de la tranchée.
Le général
d’artillerie fournira quatre sous-officiers pour enseigner la manière
de faire ces fascines.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
314.
Dispositions arrêtées pour le siège d’Acre
Au général Berthier
Quartier
général, devant Acre, 3 germinal an VII
(23 mars 1799)
Les généraux de
l’artillerie et du génie, ayant fait la reconnaissance de la
place d’Acre, pensent que l’on doit diriger les attaques de la
manière suivante :
1)
Établir contre les tours A et F une batterie composée de
deux obusiers, une caronade, trois pièces 12 et cinq pièces de 8 ;
2)
Contre la tour C, une batterie de deux pièces de 8 ;
3)
Contre les tours B et D, trois pièces de 8 et un obusier ;
4)
Contre les bâtiments du port, deux pièces de 8 et deux
obusiers ;
5)
Contre les derrières du front d’attaque et le palais de
Djezzar, trois obusiers ;
6)
Cinq mortiers en deux batteries ;
7)
Deux pièces de 4 à l’extrémité de la droite, et la
battrie tellement disposée que, lorsqu’on sera logé dans la tour
A, on puisse y placer les pièces de 12 pour battre le palais de
Djezzar.
On
pense, de plus, que l’ordre du travail doit être réglé comme il
suit :
1)
Faire la parallèle de droite, les batteries d’obusiers,
petits mortiers et pièces de 4, la batterie du port ; occuper
le Santon ; ces travaux, à commencer ce soir ;
2)
Demain au soir, commencer les autres batteries ;
3)
Gagner, par une sape, le saillant de la contrescarpe de la
tour A ;
4)
Le général du génie fera transporter à la tranchée, dans
la nuit du 5 au 6, les échelles de 16 pieds, quatre de 12, quatre
de 8 ; le général d’artillerie, quatre de 12 et deux
mantelets ;
5)
Le chef de l’état-major général fera transporter, dans
la même nuit, 3 000 fascines au dépôt de la tranchée.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
315.
Dispositions arrêtées pour un assaut
Au général Berthier
Quartier
général, devant Acre, 7 germinal an VII
(27 mars 1799)
Vous donnerez
l’ordre qu’à trois heures après minuit la tranchée soit relevée,
savoir,
Tous les postes
à droite de l’aqueduc, y compris ceux qui sont à la battrie de
brèche, par la division du général Kléber ;
Tous les postes
à gauche de l’aqueduc, et dès lors comprenant les deux autres
batteries et la batterie du port, par la division Reynier.
La division Bon
se portera demain, dans la matinée, derrière la hauteur où était
placé, pendant le siège, le poste du chef de brigade de réserve,
où elle sera la réserve.
La division
Lannes se rendra également, à l’heure qui lui sera indiquée
demain, pour se porter en réserve sur la droite, hors de la portée
du canon.
Vous trouverez
ci-joint l’ordre pour la force des batteries.
Lorsque les
batteries auront fait brèche et que le général en chef la jugera
praticable, quinze carabiniers d’une bravoure distinguée, avec
six sapeurs portant deux échelles, six ouvriers d’artillerie
portant deux pinces, des haches et des pioches, et conduits par un
adjoint à l’état-major général, s’élanceront à la brèche
par le chemin qui leur sera indiqué par l’officier du génie que
désignera le général Caffarelli.
Cette avant-garde
sera soutenue par les trois compagnies de carabiniers, derrière
lesquelles marcheront six échelles, une dizaine de sapeurs, six
ouvriers d’artillerie avec des haches et tout ce qui est nécessaire
pour enfoncer des portes et ouvrir des créneaux.
Après quoi,
marcheront les grenadiers de la division Kléber, qui seront suivis
par le reste des échelles, avec dix sapeurs avec les outils nécessaires
pour enfoncer des maisons, et six ouvriers d’artillerie avec les
outils nécessaires.
Après eux, selon
les circonstances, on fera marcher les grenadiers de la division
Reynier et le reste de la division Kléber.
Chaque homme
prendra une ou deux fascines, ce qui lui servira à rendre plus
accessibles les abords de la brèche.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
316.
Moyens de transport requis pour le service des vivres et des hôpitaux
Ordre du jour
Quartier
général, devant Acre, 10 germinal an VII
(30 mars 1798)
Les généraux de
division ordonneront que, dans la journée, tous les boulets de
l’ennemi qui peuvent être soit dans le camp, soit dans les
environs soient portés au parc.
L’organisation
des transports pour le service des subsistances et celui de l’hôpital
ne pouvant suffire, sur le moment, aux moyens de transport considérables
qu’exige l’activité de ces services, le général en chef
ordonne que, provisoirement, les chameaux appartenant aux officiers
ou employés quelconques aident ce service ainsi qu’il suit :
ARTICLE
PREMIER. Tous les jours impairs, à dater du 11, il partira du
quartier général, à onze heures matin, un convoi de chameaux pour
chercher les grains à Hayfâ. Ce convoi sera rassemblé devant la
garde, en arrière du camp du quartier général, les jours impairs,
à dix heures du matin.
ART. 2.
Le quartier général fournira, tous les jours impairs, 100
chameaux, qui seront répartis d’après la liste arrêtée par le
chef de l’état-major général et communiquée à chacun par le
vaguemestre général.
Les divisions Kléber,
Lannes, Reynier et Bon fourniront chacune 15 chameaux tous les jours
impairs, avec, chacune, 15 hommes d’escorte, dont un adjoint à
l’état-major général de l’armée aura le commandement. Le général
de chaque division déterminera ceux qui doivent fournir les 15
chameaux, d’après la proportion des chameaux existant à la
division.
Le parc
d’artillerie fournira, tous les jours impairs, 10 chameaux, et la
cavalerie, 6.
ART. 3.
L’adjoint à l’état-major général s’assurera si chacun
fournit le nombre de chameau ordonné. Il fera punir les vaguemestres,
soit du quartier général, soit des divisions, auxquels il est
ordonné de rassembler les chameaux et qui négligeraient de le
faire au jour et à l’heure indiqués.
ART. 4.
L’ordonnateur en chef de l’armée désignera un commissaire des
guerres qui marchera avec chaque convoi.
ART. 5.
L’ordonnateur en chef prendra les mesures nécessaires afin
d’organiser ce service et de pouvoir se passer des mesures ordonnées
ci-dessus, qui ne sont que précaires et momentanées.
ART. 6.
Le service des transports de l’ambulance l’hôpital n’étant
pas organisé d’une manière conforme aux besoins du service, le
commissaire ordonnateur en chef est autorisé à ordonner aux
commissaires des guerres attachés soit au quartier général, soit
aux divisions, de se procurer, tous les jours pairs, une quinzaine
d’ânes requis parmi les gens soit à la suite du quartier général,
soit à la suite des divisions.
ART. 7.
Les commissaires des guerres donneront des reçus à ceux qui auront
fourni des ânes pour le service de l’hôpital, afin qu’on
puisse les dédommager, lorsque les circonstances le permettront.
ART. 8.
Les ânes fournis pour le service de l’hôpital seront conduits,
tous les jours pairs, à six heures du matin, à l’ambulance près
du marais, et mis à la disposition de l’administrateur désigné
par l’ordonnateur en chef.
ART. 9.
Le commissaire ordonnateur prendra en même temps toutes les mesures
pour organiser le service de transport des malades par les gens du
pays.
ART. 10.
Les généraux de division sont invités à procurer à
l’ordonnateur en chef tous les secours que leur division pourrait
fournir.
Par ordre du général
en chef
Dépôt
de la guerre
317.
Refus de lui accorder des travailleurs pris
en dehors des troupes qu’il commande
Au général Murat
Quartier
général, devant Acre, 21 germinal an VII
(10 avril 1799)
Je viens de
recevoir, Citoyen Général, la lettre par laquelle vous me rendez
compte des dispositions que vous avez prises relativement aux postes
des moulins de Dâoud et de Cherdâm.
Je joins ici un
ordre pour le détachement de Chafâ-A’mr ; vous voudrez bien
le lui faire passer.
Quant au
retranchement qui doit être fait sur la montagne qu’occupe votre
infanterie légère, vous devez faire travailler par détachement
tous les hommes à vos ordres, infanterie et troupes à cheval, même
les domestiques, si cela est nécessaire.
Il est de
principe militaire que tout corps détaché se retranche lui-même,
et c’est un des premiers soins qu’on doit avoir en occupant une
position. Ne comptez sur aucun travailleur de l’armée.
Le général en
chef a cru devoir différer encore de quelques jours de donner
l’ordre que vous demandez pour les ordonnances du général Kléber.
Donnez l’ordre
à vos postes qu’ils vous avertissent lorsqu’ils verront des
feux en avant d’eux dans la montagne, afin que vous puissiez les
envoyer reconnaître. Nous dormons tranquilles, persuadés que vous
ne laissez rien passer sur la ligne entre les moulins de Dâoud et
de Cherdâm, sans en être prévenus.
Par ordre du général
en chef
Dépôt
de la guerre
318.
Instructions concernant un mouvement
pour débloquer le fort de Safed
Au général Murat
Quartier
général, devant Acre, 24 germinal an VII
(13 avril 1799)
Le général en
chef vous ordonne, Citoyen Général, de partir demain, à trois
heures du matin, avec la 4e demi-brigade légère et tous
les hommes de la 25e demi-brigade, hormis ceux de ce
corps qui sont au moulin de Dâoud, le 2e bataillon de la
9e demi-brigade et la compagnie de grenadiers, le 2e
bataillon de la 18e demi-brigade et le général de
brigade Rambeaud, pour vous rendre à Safed ; le parc vous enverra
10 000 cartouches.
Le général en
chef ordonne que ces troupes aient du pain pour trois jours ;
l’ordonnateur en chef a ordre d’en envoyer sur-le-champ à votre
camp pour la 4e légère et la 25e ; les
troupes qui partent de notre
camp le prendront
ici. Le général Rambeaud a ordre de partir d’ici à minuit, avec
les deux bataillons et les 10 000 cartouches, pour se rendre à
votre camp.
Le général en
chef vous autorise à prendre 50 dragons, si la connaissance que
vous avez du pays vous fait penser qu’ils pourront vous être
utiles.
Avant votre départ,
vous ferez doubler le poste de cavalerie que vous tenez au moulin de
Cherdâm, jusqu’à ce que le poste d’infanterie qui doit y être
envoyé de Hayfà y soit arrivé. Vous devez envoyer sur-le-champ
chercher les hommes de la 25e qui sont à ce moulin et
qui doivent partir avec vous.
Vous ordonnerez
que les dragons qui sont à pied fassent le service dans la redoute,
pour y garder les pièces de 5 (cette redoute s’appellera dorénavant
redoute Detroye), en attendant les carabiniers de la 22e
légère, qui doivent s’y rendre de Hayfâ.
Le général en
chef ordonne que vous laissiez le commandement de la cavalerie et
de la position d’avant-garde que vous occupez au chef de brigade
Bron. Vous lui ferez connaître le service que vous commandiez, et
vous lui ordonnerez de faire continuer les reconnaissances comme à
l’ordinaire
Vous emmènerez
avec vous le commissaire Miot ; l’ordonnateur en chef en
envoie un autre auprès du citoyen Bron.
Instruction
pour la mission du général Murat
Le général en
chef étant instruit qu’environ 1 200 hommes de cavalerie
ennemie ont passé le pont d’Yakoub et cernent le château de
Safed, son intention est que le général Murat se porte le plus
promptement possible, avec les troupes désignées dans l’ordre
ci-dessus, au pont d’Yakoub, afin de couper la communication de
Damas à ces cavaliers, et de profiter des connaissances qu’il a
du local pour marcher sur eux, leur faire tout le mal possible, les
obliger à lever le blocus de Safed et les disperser. Le général
Murat aura soin de prévenir le général en chef, toutes les six
heures, des renseignements qu’il pourrait avoir et de sa marche.
Le général en
chef a fait écrire aux Motouâly de se porter au pont d’Yakoub,
pour s’y réunir au général Murat ; il est possible
qu’ils y arrivent, mais on ne doit pas trop y compter.
Le général en
chef fait connaître au général Kléber qu’il désirerait que,
dans le cas où l’ennemi qu’il a devant lui se reploierait sur
Tabaryeh et n’en soit pas trop pressé, il fasse marcher sur Safed
un corps assez fort pour n’avoir rien à craindre de l’attaque
de la cavalerie ennemie et pouvoir observer les mouvements que
l’ennemi qui bloque Safed fera quand il saura que le général
Murat se porte sur ses derrières au pont d’Yakoub et qu’il manœuvre
en conséquence.
Si l’ennemi se
portait sur Acre pendant que le général Murat serait au pont
d’Yakoub, ce qui n’est pas présumable, le corps qui serait détaché
par le général Kléber marcherait sur ses flancs, ou le suivrait
de près s’il avait passé.
Si le corps
ennemi se rejetait sur le général Murat, le corps détaché du général
Kléber le suivrait rapidement.
Si l’ennemi opérait
sa retraite sur le pont de Tell-Ouy, le corps détaché du général
Kléber le poursuivrait.
Dès l’instant
que le blocus de Safed sera levé et que le général Murat aura
poursuivi l’ennemi pour l’éloigner le plus possible, il
rejoindra Acre, en laissant la 25e à Safed, où elle
restera aux ordres du général Kléber. Ce général a ordre de manœuvrer
suivant les circonstances, et d’après les reconnaissances
qu’il fera, pour couvrir Acre par tous les débouchés par
lesquels on peut s’y porter, depuis Safed jusqu’à Naplouse.
Le général en
chef désire que, si cela est possible, le général Murat soit de
retour ici le 30, ce qui est cependant subordonné à l’objet de
sa mission, qui doit être rempli.
Le général
Murat est prévenu des dispositions que le général en chef a écrit
au général Kléber qu’il désirerait qu’il pût faire ;
mais le général Murat ne doit pas y compter absolument, puisque le
général Kléber ne doit détacher un corps pour marcher sur Safed
que dans le cas où la position de l’ennemi le lui permettrait ;
il est donc possible que le général Murat agisse seul contre
l’ennemi qui est à Safed.
Par ordre du général
en chef
Dépôt
de la guerre
319.
Conjectures sur la marche de l’ennemi ;
Mouvement à faire en conséquence
Au général Kléber
Quartier
général, devant Acre, 25 germinal an VII
(14 avril 1799)
Le général en
chef me charge de vous faire connaître, Citoyen Général, que, par
tous les renseignements pris, il n’existe pas de point vis-à-vis
Tell-Ouy, et qu’il n’y a sur le Jourdain que le pont d’Yakoub
et le pont plus bas que Tabaryeh, appelé Gesr el-Magama.
Le général en
chef pense que, le général Murat étant parti à la pointe du jour
pour le pont d’Yakoub, il est vraisemblable qu’il y sera demain
dans matinée ; qu’il paraît naturel de penser que
l’ennemi sera fort inquiété de ce mouvement : ou il se
portera en force du côté du pont d’Yakoub pour attaquer le général
Murat, ou il s’appuiera à Tabaryeh pour se conserver le pont
d’el-Magama.
Dans le premier
cas, le général en chef pense que vous devez presser l’ennemi,
suivre son mouvement afin d’arriver derrière lui sur le Jourdain,
et porter tous les secours possibles au général Murat. Dans le
second cas, le général Murat, ne voyant plus d’ennemi au pont
d’Yakoub, ni à Safed, suivra les mouvements de l’ennemi, et par
là il vous mettra à même de le repousser au-delà du Jourdain.
Le général en
chef expédie sur-le-champ des hommes du pays au général Murat,
pour lui faire connaître qu’aujourd’hui l’ennemi était
encore en force devant vous, et lui répéter encore que, si
l’ennemi, au lieu d’évacuer par le pont d’Yakoub, se
reployait sur Tabaryeh, il est nécessaire qu’après avoir
ravitaillé la garnison de Safed il suive l’ennemi et se mette en
communication avec vous, et vous mette par là à même de lui
envoyer des ordres. Le général en chef désire que vous ne
manquiez pas cette circonstance pour jeter l’ennemi au-delà du
Jourdain, investir Tabaryeh et faire tirer quelques coups de canon ;
en somme, dans tous les cas, vous maintenir maître du Jourdain.
Tant pour exécuter
ce projet que pour fortifier votre défensive, le général en
chef vous envoie quatre pièces de canon et 100 hommes de cavalerie,
et, à la première nouvelle que vous donneriez au général en
chef que l’ennemi aurait accru son audace au point de vous
attaquer dans votre position, le général en chef s’y portera
lui-même afin de prendre un parti définitif.
Au reste, le général
en chef compte beaucoup que le mouvement du général Murat maîtrisera
ceux de l’ennemi.
Le général en
chef désire que vous employiez les Dâher et leurs paysans à
tendre quelques embuscades aux Arabes.
Si l’ennemi
osait camper près de votre camp, le général en chef ne doute pas
que vous ne lui fassiez une attaque de nuit qui aurait le même succès
que celle d’El-A’rych.
Par ordre du général
en chef
Dépôt
de la guerre