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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
par
ordre du ministère de la guerre
Tome
deuxième
Paris
- 1876
330.
Situation de l’armée ;
Nécessité d’envoyer des renforts en Égypte
Au directoire exécutif
Quartier
général, au Caire, 10 messidor an VII
(28 juin 1799)
Vous trouverez ci-joints
plusieurs imprimés qui vous mettront au fait des événements qui se sont
succédé depuis plusieurs mois.
La peste a commencé à
Alexandrie, il y a six mois, avec des symptômes très prononcés. À
Damiette, elle a été plus bénigne. À Gaza et à Jaffa, elle a fait plus
de ravages. Elle n’a été ni au Caire, ni à Suez, ni dans la haute Égypte.
Il résulte de l’état
joint à cette lettre que l’armée française, depuis son arrivée en Égypte
jusqu’au 10 messidor an VII, a perdu 5 344 hommes. Vous voyez qu’il
nous faudrait 500 hommes pour la cavalerie, 5 000 pour l’infanterie,
500 pour l’artillerie, pour mettre l’armée dans l’état où elle était
lors du débarquement.
La campagne de Syrie a eu
un grand résultat ; nous sommes maîtres de tout le désert, et nous
avons déconcerté pour cette année les projets de nos ennemis. Nous avons
perdu des hommes distingués. Le général Bon est mort de ses blessures ;
Caffarelli est mort ; mon aide de camp Croizier est mort ;
beaucoup de monde a été blessé.
Notre situation est très
rassurante. Alexandrie, Rosette, Damiette, El-A’rych, Qatyeh, Sâlheyeh se
fortifient à force ; mais, si vous voulez que nous nous soutenions, il
nous faut, d’ici à pluviôse, 6 000 hommes de renfort.
Si vous nous en faites
passer en outre 15 000, nous pourrons aller partout, même à
Constantinople.
Il nous faudrait alors 2 000
hommes de cavalerie pour incorporer dans nos régiments, avec des carabines,
selles à la hussarde et sabres ; 600 hussards ou chasseurs ; 6 000
de troupes pour incorporer dans nos corps et les recruter ; 500
canonniers de ligne ; 500 ouvriers, maçons, armuriers, charpentiers,
mineurs, sapeurs ; cinq demi-brigades à 2 000 hommes chacune ;
20 000 fusils ; 40 000 baïonnettes ; 3 000 sabres ;
6 000 paires de pistolets, 10 000 outils de pionniers.
S’il vous était
impossible de nous faire passer tous ces secours, il faudrait faire la paix,
car il faut calculer que d’ici au mois de messidor nous perdrons encore 6 000
hommes.
Nous serons à la saison
prochaine réduits à 15 000 hommes effectifs, desquels ôtant 2 000
hommes aux hôpitaux, 500 vétérans, 500 ouvriers qui ne se battent pas,
il nous restera 12 000 hommes, compris cavalerie, artillerie, sapeurs,
officiers d’état-major, et nous ne pourrons pas résister à un débarquement
combiné avec une attaque par le désert.
Si vous nous faisiez
passer 4 ou 5 000 Napolitains, cela serait bon pour recruter nos
troupes.
Il nous faudrait 18 à 20
médecins, et 60 à 80 chirurgiens ; il en est mort beaucoup. Toutes
les maladies de ce pays-ci ont des caractères qui demandent à être étudiés.
Par là, on peut les regarder toute comme inconnues ; mais toutes les
années, elles seront plus connues et moins dangereuses.
Je n’ai point reçu de
lettres de France depuis l’arrivée de Moureau, qui m’a apporté des
nouvelles du 5 nivôse, et de Belleville, du 20 pluviôse. J’espère que
nous ne tarderons pas à en avoir.
Nos sollicitudes sont
toutes en France. Si les rois l’attaquaient, vous trouveriez dans nos
bonnes frontières, dans le génie guerrier de la nation et dans vos généraux,
des moyens pour leur rendre funeste leur audace. Le plus beau jour pour nous
sera celui où nous apprendrons la formation de la première république en
Allemagne.
Je vous enverrai
incessamment le nivellement du canal de Suez, les cartes de toute l’Égypte,
de ses canaux, et de la Syrie.
Nous avons de fréquentes
relations avec la Mecque et Moka. J’ai écrit plusieurs fois aux Indes, à
l’île de France ; j’en attends les réponses sous peu de jours.
C’est le chérif de la Mecque qui est l’entremetteur de notre
correspondance.
Le contre-amiral Perrée
est sorti d’Alexandrie le 19 germinal avec trois frégates et deux bricks ;
il est arrivé devant Jaffa le 24, s’est mis en croisière, a pris deux bâtiments
du convoi turc, chargés de 300 hommes, 100 mineurs et bombardiers, est
revenu, devant Tantourah pour prendre nos blessés ; mais il a été
chassé par la croisière anglaise, et a disparu ; il sera arrivé en
Europe.
Je lui avais remis des
instructions pour son retour : personne n’est plus à même que cet
officier de nous faire passer des nouvelles et des secours ; depuis la
bouche d’Omm-Fâreg, Damiette, Bourlos, Rosette, Alexandrie, il peut
choisir dans ce moment-ci, et depuis le 15 ventôse il n’y a point de
croisière devant Alexandrie ni Damiette ; cela nous a été utile pour
l’approvisionnement d’Alexandrie.
J’ai été très
satisfait de la conduite du contre-amiral Perrée dans toute cette croisière ;
je vous prie de le lui faire connaître.
Bonaparte
Collection
Napoléon
331.
Ordre portant réunion des ingénieurs-géographes
à l’état-major
Quartier
général, au Caire, 10 messidor an VII
(28 juin 1799)
ARTICLE PREMIER. Les ingénieurs-géographes
qui sont à l’armée sont réunis à l’état-major général, sous les
ordres du général chef de l’état-major général.
Art.
2. Le bureau topographique sera établi à l’état-major général.
Art.
3. Le citoyen Jacotin est nommé chef des ingénieurs-géographes ; il
transmettra les ordres ; les ingénieurs-géographes en mission lui
rendront compte.
Art.
4. Le chef de l’état-major général fera dresser une carte générale du
pays, sur laquelle seront rapportés toutes les reconnaissances particulières,
tous les figurés, etc. Les observations astronomiques serviront à établir
le canevas de la carte générale.
Art.
5. Le chef de l’état-major général règlera le service des ingénieurs-géographes,
soit au bureau, soit en campagne ; il règlera également les dépenses
extraordinaires, comme indicateurs, porte-chaînes, etc.
Art.
6. Les ingénieurs-géographes continueront à jouir du traitement dont ils
jouissent aujourd’hui ; ils seront payés sur un état certifié du
chef de l’état-major général et d’après une revue, conformément à
ce que prescrit la loi.
Art.
7. Le général chef de l’état-major général, le général commandant
l’arme du génie se concerteront pour les communications de travail qui
seraient utiles au bien du service.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
332.
Départ du quartier général pour les Pyramides
Au général Berthier
Quartier
général, au Caire, 26 messidor an VII
(14 juillet 1799)
Le quartier général se
portera ce soir aux Pyramides. Les guides à cheval et à pied,
l’artillerie des guides, les six compagnies de grenadiers de la 32e
et de la 18e, commandés parle chef de bataillon Nugues, et les
deux compagnies d’éclaireurs de ces deux demi-brigades, marcheront avec
le quartier général.
L’ordonnateur en chef
restera au Caire et viendra travailler avec moi toutes les fois que cela
sera nécessaire, en passant par Gyzeh, où il y aura toujours des escortes.
Même ordre à
l’administrateur général des finances.
Le commandant de la place
m’enverra tous les jours un adjoint avec le rapport de la place.
Les citoyens Monge,
Berthollet et Nouet seront prévenus.
Le payeur restera ici et
m’enverra le rapport de la caisse, toutes les fois qu’il n’aura rien
à me dire.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
333.
Ordres pour l’éventualité d’un mouvement de la Haute Égypte vers le
Caire
Au général Desaix
Quartier
général, au Caire, 27 messidor an VII
(15 juillet 1799)
Mourad-Bey a été aux
lacs Natroun, Citoyen Général ; il n’y a point trouvé le
rassemblement de Bogachi et des Mameluks ; il est retourné. Il a couché
la nuit du 25 au 26 aux Pyramides. Bertram,
chef d’Arabes, lui a fourni ce dont il avait besoin ; il a disparu.
Il est, à ce que me mande le général Murat, au village de Dahchour, à
six ou sept lieues d’ici ; cela me contrarie beaucoup.
Le 24, une flotte turque
composée de 5 vaisseaux de ligne, 3 frégates, 50 à 60 bâtiments légers
ou de transport, a mouillé dans la rade d’Aboukir. Je n’ai des
nouvelles de Damiette que du 23.
Ibrahim-Bey est à Gaza,
où il menace. Le général Lagrange a nettoyé les ouâdys, pris le camp
des Mameluks descendus de la haute Égypte, tué Osman-Bey el-Cherqâouy et
chassé le reste dans le désert ; mais il occupe le reste de ma
cavalerie. Ainsi il faut dans ce moment contenir Mourad-Bey, qui est sur la
lisière de la province de Gyzeh, Osman-Bey, etc. et pourvoir au débarquement ;
vous voyez qu’il est nécessaire de prendre des mesures promptes et
essentielles.
Je suis fâché que le général
Friant n’ait pas suivi Mourad-Bey, ou du moins il ne devait pas, étant à
portée du Caire, s’en éloigner sans savoir ce que j’en pensais.
Il faut vous rapprocher
de Beny-Soueyf, réunir toutes vos troupes en échelons, de manière à
pouvoir, en peu de jours, être au Caire avec, la première colonne, et les
suivantes à trente-six heures d’intervalle l’une de l’autre ;
tenir à Qoseyr 100 hommes ; autant dans le fort de Qeneh.
Si le débarquement est
une chose sérieuse, il faudra évacuer toute la haute Égypte et mettre vos
dépôts en garnison dans vos forts. S’il n’est composé que de 5 à 6 000
hommes, alors il suffira que vous envoyiez une colonne pour contenir
Mourad-Bey, le suivre partout où il se rendra dans le Babyreh, le Delta, le
Charqyeh on dans la province de Gyzeh.
Pour actuellement, mon
intention est que vous vous prépariez à un grand mouvement et que vous
vous contentiez de faire partir de suite une colonne pour poursuivre
Mourad-Bey. Je pense que vous aurez fait partir tous les hommes des 7e
de hussards, 14e et 15e de dragons. Nous en avons bien
besoin ; je vais me porter dans le Bahyreh avec 100 de mes guides pour
toute cavalerie ; je suis fâché que Détrès ne soit pas parti avec
son régiment.
Bonaparte
Comm.
par M. Pauthier
334.
Ordres pour la concentration des troupes en prévision d’un débarquement
des forces ennemies
Au général Berthier
Quartier
général, Gyzeh, 27 messidor au VII
(15 juillet 1799)
Réitérez l’ordre au général
Zajonchek de faire partir le bataillon de la 22e ;
Au chef d’escadron
Lambert, de retourner au Caire et de venir sur-le-champ me joindre ;
À l’ordonnateur, de
prendre des mesures sérieuses pour l’approvisionnement de Sâlheyeh ;
Au général Lagrange, de
renvoyer au Caire la cavalerie et les dromadaires.
Instruisez le général
Reynier de la nouvelle que je viens d’apprendre et de la nécessité de
concentrer ses forces ; donnez-lui ordre de laisser garnison à Sâlheyeh
et Belbeys, et de se tenir, avec le reste de sa troupe, prêt à marcher au
Caire ; de faire partir sur-le-champ, avec la cavalerie et les
dromadaires du général Lagrange, le détachement du 14e de
dragons. Si on n’a pas donné ordre aux éclaireurs et grenadiers des 18e
et 32e de partir, on leur enverra, sur-le-champ l’ordre de
partir pour se rendre en toute diligence à Terrâneh, ainsi qu’aux guides
à pied.
Envoyez un adjoint à Embâbeh
pour savoir l’heure à laquelle ce bataillon partira, et l’heure à
laquelle la 32e partira, et venir m’en instruire, afin que je règle
mon départ en conséquence.
Réitérez l’ordre au général
Verdier de partir sur-le-champ pour rejoindre sa division ;
Au commandant de la
marine, de faire partir sur-le-champ un bâtiment pour Damiette, pour porter
la lettre ci-jointe au général Kléber ; il remettra, en passant,
l’ordre au général Robin de se rendre en toute diligence à Menouf, où
il recevra de nouveaux ordres ; si la tour de Myt-Ghamar est commencée
et que 20 hommes puissent être à l’abri de tout événement, de
l’occuper ; sans quoi, de ne laisser aucun Français dans ce pays.
Donnez l’ordre à
l’ancien chef de la légion nautique, qui a été fait adjudant général,
de partir demain avec la 18e, pour rejoindre le quartier général
à Terrâneh.
Renvoyez, par la barque
qui va dans la haute Égypte, un duplicata de l’ordre au général Rampon
de se rendre à Terrâneh.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
335.
Ordres et instructions diverses sur les mesures
à prendre pendant l’absence du général en chef
Au général Dugua
Quartier
général, Terrâneh, 29 messidor an VII
(17 juillet 1799)
Le nombre de voiles
ennemies, Citoyen Général, s’est augmenté d’une quinzaine de bâtiments
légers. Vous sentez combien il devient nécessaire de presser le départ de
tous les hommes disponibles. J’espère que le général Lagrange sera
parti du Caire pour l’armée quand vous recevrez ceci. Il y a beaucoup de
chefs de bataillon qui ne sont pas à leurs corps, parce qu’ils sont tous
un peu incommodés ou qu’ils soit pensé que ce n’était simplement
qu’une course contre les Arabes. Faites que tous ces hommes nous soignent.
Il est essentiel que tout cela marche en corps. J’estime que les détachements
doivent être au moins de 200 hommes.
Écrivez au général
Desaix les nouvelles que je vous donne, que j’imagine que la colonne
mobile contre Mourad-Bey est partie, et qu’il presse le départ de la
cavalerie que je lui ai demandée. Dès que le bataillon de la 22e
ainsi que le général Rampon et sa colonne seront arrivés au Caire,
qu’ils filent en toute diligence sur El-Rahmânyeh.
Instruisez le général
Reynier qu’il est nécessaire qu’il réunisse la garnison de Sâlheyeh
en y laissant en tout, compris sapeurs et canonniers, 120 hommes, et qu’il
soit prêt, à tout événement, à se porter de Belbeys, par le Delta,
sur El-Rahmânyeh. Vous lui enverriez, pour cet objet, tous les grenadiers
et l’artillerie de sa division. Il pourrait ainsi m’amener un millier
d’hommes, qui peuvent me devenir d’un grand secours. Si, dans trente-six
heures, vous ne recevez pas de lettres de moi, vous ordonnerez ce mouvement.
Envoyez un des généraux
qui sont au Caire en convalescence, pour commander à Gyzeh.
Faites partir les deux
demi-galères et la chaloupe canonnière la Victoire,
pour se rendre à El-Rahmânyeh ; faites-y embarquer 2 000
paires de souliers ; envoyez-nous, sous leur escorte, à El-Rahmânyeh,
encore 2 ou 300 000 rations de biscuit et de la farine. L’ordonnateur
donne des ordres pour cet objet. Le convoi, escorté par les trois djermes la
Vénitienne, etc. n’est pas
encore arrivé. Je serai le 1er thermidor, au soir, à El-Rahmânyeh.
Je vous expédierai
constamment deux courriers par jour.
Si les Henâdy continuent
à nous rester fidèles, vous ne manquerez pas de nouvelles. Le citoyen
Rosetti peut vous servir beaucoup là-dessus ; ayez cependant l’œil
sur les démarches de cet homme.
Selim-Kâchef, le dernier
qui est venu du Bahyreh, m’est représenté comme un homme extrêmement
dangereux ; faites-le rappeler ; dites-lui que, comme je vais dans
le Bahyreh, je désire l’avoir avec moi à cause de ses connaissances
locales ; et, sur ce, faites-le embarquer sur une des demi-galères, en
le consignant au commandant, et lui recommandant d’avoir pour lui quelques
égards, mais que cependant il en répond comme d’une chose capitale.
Faites fusiller les
prisonniers qui se permettraient le moindre mouvement.
Fixez vos yeux sur les
approvisionnements de la citadelle, de l’hôpital d’Ibrabim-Bey, de
Gyzeh et des petits forts.
Faites connaître au
divan que, vu les troubles survenus dans le Bahyreh et le grand nombre de mécontents
qui s’y trouvent, j’ai jugé à propos de m’y rendre moi-même.
Quant aux bâtiments
qu’ils pourraient savoir être sur la côte, dites que vous croyez que ce
sont des Anglais, et que l’on dit que la paix est faite entre les deux
puissances. Dites que vous savez que je leur ai écrit, et, sur ce,
demandez-leur s’ils ont reçu ma lettre. Montrez-leur ma proclamation aux
habitants du Bahyreh. Amusez-les avec l’expédition du général Menou aux
lacs Natroun, et du général Destaing à Maryout.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
336.
Avis du débarquement des Turcs à Aboukir ;
Ligne d’opérations de l’armée ; Instructions
Au général Kléber
Quartier
général, El-Rahmânyeh, 2 thermidor an VII (20 juillet 1799).
Nous arrivons à El-Rahmânyeh,
Citoyen Général ; l’adjudant général Jullien m’apprend que
l’avant-garde de votre division arrive à Rosette, et que vous-même
n’en êtes pas éloigné avec le reste de votre division.
Il paraît que l’ennemi
a décidément débarqué à Aboukir, et est dans ce moment maître de la
redoute.
Ma ligne d’opération
sera Alexandrie, Birket
et Rosette. Je me tiendrai avec la masse de l’armée à Birket. Le général
Marmont est à Alexandrie, et vous vous trouverez à Rosette, l’un et
l’autre ayant à peu près autant de monde ; de sorte que vous vous
trouvez former la droite, le général Marmont la gauche, et je suis au
centre. Si l’ennemi est en force, je me battrai dans un bon champ de
bataille, ayant avec moi ou ma droite ou ma gauche ; celle des deux qui
ne pourra pas être avec moi, je tâcherai qu’elle puisse arriver pour
servir de réserve.
Birket est à une lieue
de la hauteur de Lelohâ et à une lieue du village de Besentouày, village
assez considérable. Prenez tous les renseignements nécessaires sur la
situation d’Edkou, village sur la route de Rosette à Aboukir, par rapport
à Birket, et tâchez de vous organiser de manière à pouvoir, au premier
ordre, vous porter le plus promptement possible à Edkou ou à Birket ;
et, comme il serait possible que nos communications fussent interceptées,
tâchez d’avoir beaucoup de monde en campagne pour savoir ce que je fais
et où je suis, afin que, s’il arrivait des cas où il n’y eût pas
d’inconvénient à un mouvement, et où des avis vous feraient penser que
j’ai dû vous ordonner de le faire, vous le fassiez.
Vous trouverez à Rosette
quelques pièces de campagne dont vous pourrez vous servir.
Je vous envoie quatre
copies de cette lettre, afin qu’elle vous parvienne.
Quelque chose qui arrive,
je compte entièrement sur la bravoure des 16 à 18 000 hommes
que vous avez avec vous. Je ne pense pas que l’ennemi en aurait autant,
quand même ses cent bâtiments seraient chargés de troupes.
Bonaparte
Collection
Napoléon
337.
Ordre de se porter à Besentouây ;
Renseignements à prendre ; Instructions
Au général Murat
Quartier
général, El-Rahmânyeh, 2 thermidor an VII
(20 juillet 1799)
Le général en chef
ordonne au général Murat de se porter avec la cavalerie, 3 pièces de
canon, les grenadiers et le 1er bataillon de la 69e,
commandés par le chef de brigade, et les dromadaires, au village de
Besentouây ; de prendre là des renseignements sur tout ce qui se
passe à Aboukir, envoyer des espions pour être prévenu des mouvements des
ennemis, et d’expédier sur-le-champ des courriers au général Marmont
avec la lettre ci-jointe. Il lui expédiera en outre plusieurs autres
courriers pour lui faire part que l’armée, forte de plus de 60 000
hommes, est arrivée à El-Rahmânyeh, que le général Kléber, avec une
colonne de 15 à 16 000 hommes, est arrivé à Rosette ; qu’étant
venue en quatre jours du Caire, un jour de repos est nécessaire à El-Rahmânyeh,
et que lui a pris les devants avec une bonne avant-garde, pour reconnaître
l’ennemi et pouvoir instruire le général en chef de tout ce qui se passe ;
que son intention étant de réunir toute sa cavalerie, il désire que le général
Marmont envoie à Birket les dromadaires et toute la cavalerie qui est à
Alexandrie, qui mèneront avec eux deux bonnes pièces de 8 bien
approvisionnées ; qu’ayant entendu dire, dans ce pays, que
l’ennemi avait débarqué à Aboukir, le général en chef désirerait
connaître si la redoute et le fort tenaient encore, et que c’était
surtout pour le cas où le fort ne tiendrait plus qu’il désirait qu’il
fît partir sa cavalerie et les dromadaires pour rejoindre l’armée.
Le général Murat
s’assurera de la quantité d’eau qui existe à Birket et sur la route
d’Alexandrie. Il fera nettoyer ou creuser les puits. Il tâchera, demain
avant le jour, de tendre des embuscades aux différents points du lac où
l’ennemi pourrait avoir envoyé des canots, soit pour faire de l’eau,
soit pour communiquer avec l’intérieur du pays. Il fera rechercher avec
le plus grand soin la paille et l’orge, soit à Birket, soit sur la route
de Birket à Alexandrie. Il fera transporter de Besentouây à Birket, et même
à la hauteur de Lelohâ, la plus grande quantité d’orge et de paille,
afin que, l’armée s’y rendant, la subsistance des chevaux soit assurée.
Si le général Murat
apprenait que le général Marmont se fût porté sur Aboukir, et qu’il fût
sur le point d’en venir aux mains, il s’y porterait, comme de raison,
pour l’appuyer. S’il apprenait que le fort d’Aboukir tînt toujours et
que le général Marmont n’ait pu sortir de sa place, il pousserait un
corps de dromadaires et de cavalerie pour communiquer avec Alexandrie et
faire en sorte que, demain au soir, le général en chef soit au fait de la
situation des choses et puisse prendre un parti définitif.
Le général en chef
recommande au général Murat de ménager son infanterie déjà très fatiguée,
de ne la faire servir que comme corps de réserve. En cas d’événement,
le général Murat enverra au général en chef la note des villages par où
il passera et par où il enverra ses courriers, afin que les reconnaissances
et tout ce qui pourrait partir du quartier général se rencontrent. Il expédiera
souvent des courriers au général en chef.
Par ordre du général en
chef
Dépôt
de la guerre
338.
Mesures à prendre à Rosette ; Ordre en cas d’un mouvement de
l’ennemi sur cette ville
Au général Menou
Quartier
général, El-Rahmânyeh, 3 thermidor an VII
(21 juillet 1799)
Arrivé à Rosette,
Citoyen Général, votre première sollicitude sera de débarrasser le
fort de tout ce qui l’encombre : vivres, artillerie, malades, etc.,
d’envoyer le tout à El-Rahmânyeh.
Le général Kléber doit
avoir opéré son mouvement sur Rosette. Ma ligne d’opération est
Alexandrie, Birket et Rosette. Il faut que vous désigniez d’abord une
garnison raisonnable pour le fort, qu’avec le reste vous vous teniez
toujours organisé pour pouvoir vous porter sur Birket, qui est le pivot de
toutes mes opérations.
Faites partir demain au
soir de Rosette 30 chameaux chargés de riz pour Birket et 10 chargés de
biscuit ; ce sera un grand service que vous nous rendrez ; les
chameaux retourneront et pourront faire un second voyage. Si vous pouviez
aussi nous y faire passer 20 000 cartouches, cela nous rendrait un
service essentiel. Les 100 hommes que vous chargerez de cette escorte
formeront une première patrouille de Rosette à Birket.
Entretenez une
correspondance très active avec le général Kléber, et faites écrire par
le divan de Rosette aux divans de Gharbyeh, de Menouf et de Damiette, pour
leur donner les nouvelles telles qu’elles sont et détruire les faux
bruits qui pourraient circuler.
Si l’ennemi faisait un
mouvement en force sur Rosette, et que vous ne vous jugiez pas suffisant
pour le culbuter, vous vous enfermeriez dans le fort, et vous attendriez
qu’une colonne, partie de Birket, se portât sur Edkou, pour prendre
l’ennemi en flanc et par les derrières ; il s’en échappera fort
peu. Si les bataillons de Damiette vous avaient joint, vous laisserez
l’adjudant général Berthier dans le fort, et vous opérerez votre
retraite sur Birket ou El-Rahmânyeh.
Dès l’instant que la
cavalerie que j’attends sera arrivée, il y aura de très fréquentes
patrouilles de Birket à Edkou et Rosette.
Au reste, dans toutes les
circonstances qui peuvent arriver, le principal but, si vous êtes attaqué
sérieusement, c’est de défendre le fort de Rosette, afin que l’ennemi
n’ait pas l’embouchure du Nil ; le second but est d’empêcher
l’ennemi d’arriver à Rosette, ce que vous ne pourriez faire qu’avec
les forces qui viennent de Damiette ; mais vous vous trouveriez à même,
avec une pièce de campagne et votre garnison, de vous opposer à un détachement
de 4 à 500 hommes qui voudraient piller Rosette ; enfin, de vous
trouver prêt, avec la colonne dont vous pouvez disposer, à me rejoindre
sur le point de Birket.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
339.
Instructions ; Vigilance recommandée
Au général Marmont
Quartier
général, El-Rahmânyeh, 3 thermidor au VII
(21 juillet 1799)
Un renfort de canonniers,
Citoyen Général, quelques hommes épars de votre garnison, et, ce qui
est plus précieux encore, le citoyen Faultrier, partent pour vous
rejoindre.
Le général Murat, qui
est parti hier pour reconnaître l’ennemi à Aboukir et prendre position
à déjà communiqué avec vous et vous aura fait passer les dépêches.
Le général Menou part,
dans l’instant même, pour le commandement de Rosette et de la province.
Gardez-vous avec la plus
grande vigilance ; ne dormez que de jour, baraquez vos corps très à
portée, faites battre la diane bien avant le jour, exigez qu’aucun
officier, surtout officier supérieur, ne se déshabille la nuit ;
faites battre souvent la nuit l’assemblée ou toute autre sonnerie
convenue, pour voir si tout le monde connaît bien le poste qui lui est désigné,
et réservez la générale pour les alertes réelles. Il doit y avoir à
Alexandrie une grande quantité de chiens dont vous pouvez aisément vous
servir, en en liant un grand nombre à une petite distance de vos murailles.
Relisez avec soin le règlement sur le service des places assiégées :
c’est le fruit de l’expérience, il est rempli de bonnes choses.
L’état-major vous
envoie les signaux convenus pour pouvoir communiquer pendant le siège ou le
blocus, si le cas arrivait.
Si, d’Aboukir, ils vous
écrivaient pour vous rendre, faites beaucoup d’honnêtetés au
parlementaire et faites-leur sentir que l’usage n’est pas de rendre une
place avant qu’elle soit investie ; que, s’ils l’investissaient,
alors vous pourriez devenir plus traitable ; poussez cette négociation
aussi loin que vous pourrez, car je regarderais comme un grand bonheur que
la facilité avec laquelle ils ont pris Aboukir pût les porter à vous
bloquer : ils seraient alors perdus. Sous peu de jours j’aurai ici un
millier d’hommes de cavalerie.
S’ils ne vous font
point de propositions et que vous ayez
une ouverture naturelle de traiter avec eux, vous pourriez les tâter. La
transaction pourrait être alors de connaître la capitulation du fort
d’Aboukir, les sûretés qu’on a données à la garnison de passer en
France, et si on tient cette promesse ; ce qui naturellement vous mène
à pouvoir faire sentir que vous les trouvez très heureux.
Bonaparte
Dépôt
de la guerre
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