Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

350.
Projet de former à Lyon une armée de réserve avec les dépôts des régiments d’Égypte
et les débris de ceux revenus d’Italie
Au général de division Clarke
[1]

Paris, 14 frimaire an VIII (5 décembre 1799)

Voir le ministre de la guerre et savoir de lui si les ordres pour faire venir à Lyon les dépôts et débris des bataillons bis, formés des corps qui sont en Égypte, ont été envoyés, et à quoi on en est de leur exécution. Connaître le moment où ils arriveront à Lyon, et quels sont les bataillons auxiliaires qu’on incorporera avec eux.

Mon intention est de former quatorze bataillons de 1 000 à 1 200 hommes, portant chacun le nom d’une des demi-brigades qui sont, en Égypte, et dans ces bataillons tous les individus de ces corps qui se trouvent présentement en France.

Réunir à Lyon les débris des demi-brigades qui se trouvent dans la 8e division militaire et qui faisaient partie de l’armée d’Italie, où elles ont été ruinées dans la dernière campagne ; les réorganiser de manière que, dans trois on quatre mois, on puisse en former une armée de réserve.

Connaître le parti qu’on peut tirer des débris des demi-brigades qui ont beaucoup souffert, soit à l’armée d’Italie, soit à celle du Rhin, et qui se trouvent en ligne à l’une ou à l’autre de ces armées. Mon désir est de les réunir dans une grande ville, derrière ces armées, pour pouvoir les former de nouveau.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

(La minute aux Arch. de l’Emp.)

 

351.
Approvisionnement de poudre à transporter
des places de seconde ligne dans celles de première
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 14 brumaire an VIII (5 décembre 1799)

Il résulte de l’état que m’a remis le ministre de la guerre qu’il manque, à Mayence, 500 milliers de poudre ; à Landau, 200 ; à Strasbourg, 2 000 ; à Schelestadt, 300 ; à Besançon, 200 ; au fort Barraux, 200 ; à Briançon, 500 ; à Embrun, 200 ; à Mont-Lyon, 300 ; à Antibes, 300 : total, 4 700 milliers de poudre, qu’il me paraît urgent de passer le plus tôt possible dans les places ci-dessus mentionnées.

Je désire, en conséquence, que l’on retire des places de deuxième et de troisième ligne, telles que Valenciennes, Mau­beuge, Nord-Libre[2], la Fère, Saint-Quentin, Péronne, Philip­peville, le fort Saint-Nicolas de Marseille, Bruxelles, Anvers et Vincennes, une partie des poudres qui s’y trouvent, pour les faire verser sur les places indiquées plus haut. Cela pourra produire 1 200 milliers. Le ministre de la guerre devra se concerter avec le ministre des finances, afin qu’au moins trois autres millions de poudre, nécessaires aux places indiquées, y soient à rendus le plus tôt possible et s’y trouvent absolument avant l’ouverture de la campagne.

Je suis mécontent de ce que la place de Juliers ne se trouve pas portée dans l’état des places de première ligne. Ce sont de ces oublis que les bureaux ne devraient point faire.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

352.
Arrêté donnant des pouvoirs extraordinaires
à Masséna, général en chef de l’armée d’Italie

Paris, le 1er nivôse au VIII (22 décembre 1799)

Les Consuls de la République, vu les circonstances où se trouve l’armée d’Italie, arrêtent :

ARTICLE PREMIER. Le général en chef Masséna est investi de pouvoirs extraordinaires.

ART. 2. Il peut suspendre et renvoyer les généraux qui n’auraient pas sa confiance.

ART. 3. Il pourra casser les corps et destituer les officiers qui auraient des principes d’insubordination.

ART. 4. Il prendra toutes les mesures pour assurer les communications et établir la police dans les départements faisant partie de l’armée d’Italie. Il donnera les ordres pour qu’il soit exporté des départements du Var et des Bouches-du-Rhône le moins de blé possible.

ART. 5. Les ministres de l’intérieur et de la marine donneront les ordres à Toulon et dans les départements pour que le général en chef Masséna soit vivement secondé et que l’on adhère à ses réquisitions.

Bonaparte Roger Ducos

Archives de l’Empire

 

353.
Arrêté relatif aux récompenses à décerner aux militaires pour les actions d’éclat

Paris, 4 nivôse an VIII (25 décembre 1799)

Les Consuls de la République, considérant que l’article 87 de la Constitution porte qu’il sera décerné des récompenses nationales aux guerriers qui auront rendu des services éclatants en combattant pour la République, et voulant statuer sur le mode et sur la nature de ces récompenses, après avoir entendu le rapport du ministre de la guerre, arrêtent ce qui suit :

ARTICLE PREMIER. Il sera donné aux individus des grades ci-dessous désignés, qui se distingueront par une action d’éclat, savoir :

1) Aux grenadiers et soldats, des fusils d’honneur qui seront garnis en argent ;

2) Aux tambours, des baguettes d’honneur qui seront garnies en argent ;

3) Aux militaires des troupes à cheval, des mousquetons ou carabines d’honneur garnis en argent ;

4) Et aux trompettes, des trompettes d’honneur en argent.

Ces fusils, baguettes, mousquetons, carabines et trompettes porteront une inscription contenant les noms des militaires auxquels ils seront accordés et celui de l’action pour laquelle ils les obtiendront.

ART. 2. Les canonniers pointeurs les plus adroits, qui dans une bataille rendront le plus de services, recevront des grenades d’or, qu’ils porteront sur le parement de leur habit.

ART. 3. Tout militaire qui aura obtenu une de ces récom­penses jouira de cinq centimes de haute paye par jour.

ART. 4. Tout militaire qui prendra un drapeau à l’ennemi, fera prisonnier un officier supérieur, arrivera le premier pour s’emparer d’une pièce de canon, aura droit par cela seul, chacun suivant son arme, aux récompenses ci-dessus.

ART. 5. Il sera accordé des sabres d’honneur aux officiers et aux soldats qui se distingueront par des actions d’une valeur extraordinaire, ou qui rendraient des services extrêmement importants.

Tout militaire qui aura obtenu un sabre d’honneur jouira d’une double paye.

ART. 6. Les généraux en chef sont autorisés à accorder, le lendemain d’une bataille, d’après la demande des généraux servant sous leurs ordres et des chefs de corps, les brevets des fusils, carabines, mousquetons, grenades, baguettes et trom­pettes d’honneur.

Un procès-verbal constatera, d’une manière détaillée, l’action de l’individu ayant des droits à une des marques distinc­tives. Ce procès-verbal sera envoyé sans délai au ministre de la guerre, qui fera sur-le-champ expédier à ce militaire la récom­pense qui lui est due.

ART. 7. Le nombre des récompenses accordées ne pourra excéder celui de trente par demi-brigade et par régiment d’artillerie, et il sera moindre de moitié pour les régiments de troupes à cheval.

ART. 8. Les demandes pour des sabres seront adressées au ministre de la guerre vingt-quatre heures après la bataille, et les individus pour lesquels elles auront été faites n’en seront prévenus par le général en chef que lorsque le ministre les aura accordés ; il ne pourra pas y en avoir plus de deux cents pour toutes les armées.

ART. 9. Les procès-verbaux dressés par les chefs des corps, généraux, et par le général en chef d’une armée, lesquels consta­teront les droits de chaque individu à l’une des récompenses indiquées, seront immédiatement imprimés, publiés et envoyés aux armées par ordre du ministre de la guerre.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

354.
Composition de la garde des consuls
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 5 nivôse au VIII (26 décembre 1799)

Le Premier Consul vous renvoie, Citoyen Ministre, le projet d’organisation que vous lui aviez transmis pour sa garde. Il la trouve trop nombreuse. Deux bataillons de grenadiers, une compagnie de chasseurs, un escadron de grenadiers à cheval, un escadron de cavalerie légère, une compagnie d’artillerie, dont une escouade à cheval, suffiront ; le tout organisé de manière à ce que cela ne passe pas 2 100 hommes.

Par ordre du Premier Consul.

Archives de l’Empire

 

355.
Ordre refusant la confirmation des grades obtenus par Dubois-Crancé

Paris, 10 nivôse an VIII (31 décembre 1799)

Le citoyen Dubois-Crancé, n’ayant point fait la guerre, soit comme général de brigade, soit comme général de division, reprendra le grade d’adjudant général qu’il avait avant d’être nommé député à la Convention nationale, et sera employé en cette qualité à l’armée du Rhin.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

356.
Instructions pour agir rigoureusement
contre les Chouans
Au général Hédouville,
commandant en chef l’armée d’Angleterre

Paris, 15 nivôse an VIII (5 janvier 1800)

Le Consul Bonaparte vient de recevoir, mon cher Général, votre lettre du 12 courant. Il me charge de vous écrire par courrier extraordinaire, et vient de me faire part de ses idées, que je vous transmets, en y mettant peu du mien.

Vous avez demandé 15 000 hommes : on vous en a donné au-delà de ce nombre. En voici la récapitulation :

Trois demi-brigades venues de Batavie                     7 000 hommes

La 6e demi-brigade                                    2 300 hommes

La 79e demi-brigade                                   2 500 hommes

La 30e légère                                            1 500 hommes

Le 21e régiment de chasseurs                         800 hommes

Vous avez à Nantes, de troupes de la marine  1 800 hommes

Enfin on vient d’ordonner, par courrier
extraordinaire, de diriger de Lyon sur Tours
un corps de                                              1 500 hommes

Total                                                      17 400 hommes

On vient d’envoyer un renfort de 500 hommes à Orléans. Chartres est muni de forces considérables ; Évreux de même. Toutes les fois que vous aurez besoin de 400 hommes tirés d’Orléans, de 600 extraits de Chartres, de 600 extraits d’Évreux, ils marcheront au premier ordre de votre part aux chefs qui les commandent. On leur a commandé de mettre ces détachements à votre disposition.

Le Premier Consul de la République pense qu’en ce moment toute nouvelle démarche pacifique devient inutile. Il faut tomber le plus promptement possible sur les rassemblements armés et les dissiper à l’instant par la force. C’est par ceux de Frotté et de Georges qu’il faut commencer. Pour contribuer à anéantir le premier, on va faire partir un régiment de cavalerie de 400 hommes pour le département de la Manche.

Le Premier Consul désire que vous fassiez placarder et distribuer partout l’arrêté, que vous trouverez dans les journaux, relatif aux honneurs funèbres accordés à Pie VI.

Malgré tout ce que l’on pourra faire, il sera impossible de rétablir l’ordre dans les départements de l’Ouest sans quelques actions militaires. Pour cela, il ne faut pas tenir les troupes dans les grandes villes ; il suffit que vous nommiez un bon chef pour leur garde nationale ; c’est à ces villes à se charger de leur propre défense et de celle de leur territoire.

Quant à l’article du désarmement, le Premier Consul n’entend pas, quel que soit le mal que cette mesure puisse pro­duire d’abord, biaiser sur cet objet ; il faut que ce désarmement soit réel et entier.

Vous êtes investi, mon cher Général, de tous pouvoirs, oui, de tous les pouvoirs ; agissez aussi librement que si vous étiez au milieu de l’Allemagne. Que les petits intérêts et les considéra­tions individuelles disparaissent devant la nécessité de comprimer les rebelles et de faire respecter le Gouvernement.

La mesure d’avoir des conseils militaires à la suite des colonnes républicaines est inutile. Les Consuls pensent que les généraux doivent faire fusiller sur-le-champ les principaux rebelles pris les armes à la main.

Les cabales, les dénonciations, les intrigues dirigées contre vous, de quelque côté qu’elles viennent, seront vaines. Le Gouvernement vous soutiendra ; mais on jugera en militaire vos actions militaires ; elles seront examinées par un homme qui a l’habitude des mesures rigoureuses et énergiques, et qui est accoutumé à triompher dans toutes les occasions. Quelque rusés qu’on puisse croire les chouans, ils ne le sont pas autant que les Arabes du désert. Ils n’ont ni leur coup d’œil ni leur vélocité : vous devrez les vaincre.

Le Premier Consul croit que ce serait donner un exemple salutaire que de brûler deux ou trois grosses communes choisies parmi celles qui se comporteront le plus mal. L’expérience lui a fait connaître qu’un grand acte de rigueur, dans des circons­tances telles que celles dans lesquelles vous vous trouvez, était ce qu’il y avait de plus humain. La faiblesse seule est inhumanité.

Si vous le jugez à propos, mon cher Général, vous pouvez envoyer à Paris, soit les prêtres, soit les chefs principaux des rebelles ; ils y seront bien reçus, et le Premier Consul les verra avec plaisir. Si Sapineau désire venir à Paris, vous pouvez l’autoriser à s’y rendre, en le faisant accompagner par un officier. Mais n’oubliez pas que le Gouvernement veut en finir, et qu’il sait que cette guerre civile ne sera terminée que lorsque les insurgés n’auront plus d’armes, et qu’on leur aura inspiré une grande terreur à la suite d’actes conformes à la modération, au bon ordre et à la justice.

Déployez donc, mon cher Général, dans cette importante occasion, de la vigueur. La vigueur seule peut vous faire réussir. Le Premier Consul ne paraît pas beaucoup approuver la seconde réunion des chefs des chouans. Aux armes donc ! aux armes ! Ils ont des canons, il faut vous en emparer. Ils se rassemblent dans certaines communes, brûlez-les. Après avoir fait tout ce que dicte la modération, il faut déployer de l’énergie, sans quoi cette modération n’est elle-même que faiblesse.

Par ordre du Premier Consul.

 

357.
Instructions pour la pacification de l’Ouest
Au général Brune,
commandant en chef l’armée de
l’Ouest

Paris, 24 nivôse an VIII (14 janvier 1800)

Vous trouverez, Citoyen Général,

1) Toutes les proclamations qu’a faites le Gouvernement relatives à l’armée de l’Ouest ;

2) Copie des demandes et réponses du général Hédouville à quelques citoyens les plus marquants des départements insurgés ;

3) Copie de la dernière lettre du général Hédouville ;

4) Un état de situation des troupes qui se trouvent à l’armée de l’Ouest.

Le Gouvernement ne fera rien de plus pour les départe­ments de l’Ouest que ce qu’il a fait.

L’armée de l’Ouest est composée de plus de 60 000 hommes sous les armes. Avec de l’activité pour poursuivre les brigands, vous vous mettrez à même de terminer promptement cette guerre : c’est à sa fin qu’est désormais attachée la paix de l’Europe.

Le nommé d’Andigné, qui est arrivé aujourd’hui à Paris, y restera toute la journée de demain. On ne le laissera partir que douze heures après vous.

La suspension d’armes conclue entre le général Hédouville et les chouans ne doit durer que jusqu’au 1er pluviôse. Georges, qui commande les rebelles dans le Morbihan, n’y est pas compris.

Je calcule que le 27 au soir vous serez arrivé à Angers ; n’y restez que les heures nécessaires pour mettre la 60e demi-brigade et les troupes que vous pourrez ôter de ce département en marche pour le Morbihan, et portez-vous à Nantes.

De là marchez dans le Morbihan, où vous trouverez la 22e et la 72e. Dissipez les rassemblements de Georges. Emparez-vous de ses canons, de ses magasins de blé (il en a une grande quantité sur le rivage, qu’il vend aux Anglais). Enfin commencez à faire sentir tout le poids et les horreurs de la guerre aux révoltés du Morbihan. Qu’au commencement de pluviôse vous soyez assuré,

1) Que les navires anglais qui mouillent sur les côtes du Morbihan n’ont plus aucune communication avec Georges ;

2) Qu’ils voient du haut des mâts les drapeaux de la République disperser les brigands et détruire leur espérance.

Des raisons diplomatiques de la plus grande importance veulent que dans les cinq premiers jours de pluviôse les Anglais sachent que des troupes considérables poursuivent Georges, afin qu’ils en envoient la nouvelle en Angleterre.

Cette première opération faite, reportez-vous sur Nantes, sur Angers ou Rennes, selon que les circonstances vous le rendront nécessaire.

Demain le règlement pour l’organisation des pays hors de la Constitution sera signé et vous sera envoyé par un courrier extraordinaire.

Les départements d’Ille-et-Vilaine, de la Loire-Inférieure, des Côtes-du-Nord, du Morbihan, seront mis hors la Constitution.

Exigez que Nantes, Rennes, Tours, Angers, Blois, etc., se défendent elles-mêmes, et n’y laissez que des dépôts : que toutes vos troupes soient à la poursuite des brigands.

Tout individu qui se soumettra, accueillez-le ; mais ne souffrez plus aucune réunion de chefs ; n’ayez plus aucune espèce de pourparler diplomatique.

Une grande tolérance pour les prêtres ; des actes sévères envers les grandes communes pour les obliger à se garder et à protéger les petites. N’épargnez pas les communes qui se conduiraient mal. Brûlez quelques métairies et quelques gros villages dans le Morbihan, et commencez à faire quelques exemples.

Que vos troupes ne manquent ni de pain, ni de viande, ni de solde. Il y a, dans ces départements assez coupables, de quoi entretenir vos troupes. Ce n’est qu’en leur rendant la guerre terrible que les habitants eux-mêmes se réuniront contre les brigands et sentiront enfin que leur apathie leur est funeste.

Mon aide de camp, chef de brigade, Duroc, part à l’instant même pour Angers. Le général Hédouville remplirait très bien le poste de votre chef d’état-major ou de votre premier lieutenant. Il connaît très bien les individus et les localités, mais n’a ni assez d’énergie ni assez d’habitude de diriger de lui-même des opérations militaires, pour pouvoir commander en chef.

Vous ferez dire aux chefs Châtillon, d’Antichamp, Bour­mont, d’Andigné, Frotté, que, s’ils accèdent aux proclamations faites par le Gouvernement, ils aient à vous le faire connaître, ainsi que l’endroit où ils se retirent, afin que leurs personnes et leurs propriétés soient respectées. On n’exige d’eux autre chose que la soumission, et d’employer leur influence, même sans proclamation publique, pour dissoudre les rassemblements.

Quant au désarmement, après avoir détruit Georges, dissi­pé quelques rassemblements et fait quelques exemples, vous y procéderez. Je sens bien que cette opération, qu’il faut toujours faire, ne peut cependant s’effectuer que progressivement et avec le temps.

Le 12e de hussards, fort de 500 hommes à cheval, est parti de Lille et Bruxelles, pour se rendre à Caen, sans perdre de temps et à doubles journées. Dès que vos guides seront arrivés à Rouen, vous les dirigerez sur Rennes.

Le Gouvernement, constant dans sa marche, acquerra tous les jours davantage l’opinion des Français.

Vous avez besoin surtout de remuer un peu les généraux qui, accoutumés à ne pas être commandés, ne se donnent pas assez de mouvement ; ne souffrez pas qu’ils restent dans leurs villes ; le poste d’honneur est le bivouac et les granges. Tous ceux que vous jugeriez trop âgés ou hors d’état de commander, vous pouvez les envoyer à Paris : donnez le commandement des divisions à des hommes actifs.

Les généraux Gardanne, Dumoulin, Milhaud, Tilly, Humbert, Guillet, sont rendus ou ont ordre de se rendre à votre armée. Ils sont à votre disposition.

Expédiez-moi des courriers fréquemment.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

358.
Demande d’État quotidien présentant la situation des divisions militaires et des armées
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 28 nivôse an VIII (18 janvier 1800)

Vous voudrez bien, Citoyen Ministre, m’envoyer tous les jours, à dix heures du soir, un bulletin sur toutes les divisions militaires et les armées, pareil à celui que me remet le ministre de la police générale. Vous ferez, à cet effet, imprimer des états en plusieurs colonnes, avec le titre des armées du Rhin, de Batavie, d’Italie, de l’Ouest, les vingt-six divisions militaires, en relatant le chef-lieu de la division et le nom des départements qui la composent. Une colonne comprendra les mouvements militaires, tant pour le mouvement des généraux que pour celui des troupes ; une autre colonne, l’analyse de la correspondance des différents généraux, relative aux opérations militaires, à l’esprit public et aux opérations de police. Vous ordonnerez, par une circulaire, aux généraux commandant chaque division, de correspondre avec vous tous les jours de poste, et de vous envoyer un état de situation qui puisse vous aider à remplir et former le bulletin que je demande. Vous ordonnerez seulement qu’on y relate les noms des généraux et adjudants généraux employés, ceux des divers corps de troupes, avec le présent sous les armes. Je désire que primidi vous me remettiez le modèle de ces différents états de situation et du bulletin.

Bonaparte

Archives de l’Empire


359.
Instructions à donner à Masséna pour attaquer un corps ennemi près de la Spezzia
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 1er pluviôse an VIII (21 janvier 1800).

Il est nécessaire, Citoyen Ministre, que vous fassiez connaître au général en chef Masséna, commandant l’armée d’Italie (en lui envoyant un officier supérieur très intelligent, qui se rendra près de lui en courrier), qu’il est essentiel qu’il ne perde pas un seul instant pour culbuter la division ennemie qui est en position dans la Rivière du Levant et qui couvre la Spezzia. En faisant faire à l’armée qu’il commande un mouve­ment prompt par sa droite, le général Masséna peut attaquer cette division ennemie, avec une telle supériorité de forces, qu’il peut l’écraser et se préparer, par ce succès, un grand avantage pour tout le reste de la campagne. Vous annoncerez à ce général que je pense que, si ce mouvement est promptement et vigoureusement exécuté, il peut conduire à de grands résultats. Le général Masséna ne doit avoir dans la saison actuelle aucune inquiétude en s’affaiblissant aux autres débouchés de l’Apennin, tant parce qu’ils sont obstrués par la neige que parce que l’armée française, ayant l’initiative du mouvement, se trouvera avoir quatre à cinq jours d’avance sur l’ennemi, et aura écrasé toute sa gauche avant que celui-ci ait pu se décider à une diversion ; et, s’il se décidait à en tenter une, le général, Masséna se trouverait en mesure d’osciller autour de Gênes avec la masse de ses forces, et de se porter, au retour de l’expédition faite par sa droite, sur les débouchés de Novi, sur ceux de Montenotte et sur ceux du Tanaro. Il est important, Citoyen Ministre, que vous fassiez bien comprendre au général en chef de l’armée d’Italie que le succès de la prochaine campagne, soit qu’elle soit offensive, soit qu’elle soit défensive, dépend de ce qu’il ait obtenu de grands avantages sur l’ennemi, avant le 1er ventôse prochain, par le mouvement indiqué plus haut, et que, si ce succès est conduit avec la rapidité et la vivacité dont le général Masséna est capable, je pense qu’on pourra le regarder comme un présage presque assuré de la reprise de l’Italie.

Je vous invite, Citoyen Ministre, à donner l’ordre au général Lamartillière, commandant l’artillerie de l’armée d’Italie, de partir dans vingt-quatre heures pour s’y rendre.

Vous donnerez l’ordre à un général du génie actif, de se rendre à cette armée avec cinq ou six officiers, de cette arme, et vous prendrez les mesures nécessaires pour qu’ils soient partis avant la fin de cette décade.

Bonaparte

Dépôt de la guerre



[1]        Chef du bureau topographique établi près des Consuls.

[2]        Condé.

 

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