| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome
deuxième Paris - 1876 Paris, 5 pluviôse an VIII (25 janvier 1800)Mon intention, Citoyen Ministre, est d’organiser une armée de réserve dont le commandement sera réservé au Premier Consul. Elle sera divisée en droite, centre et gauche. Chacun de ces trois grands corps sera commandé par un lieutenant du général en chef. Il y aura, en outre, une division de cavalerie, commandée également par un lieutenant du général en chef. Chacun de ces grands corps sera partagé en deux divisions, commandées chacune par un général de division et par deux généraux de brigade, et chacun des grands corps aura en outre un officier supérieur d’artillerie. Chaque lieutenant aura un général de brigade pour chef de son état-major ; chaque général de division, un adjudant-général. Chacun de ces corps sera composé de 18 à 20 000 hommes, dont deux régiments de hussards ou chasseurs, et seize pièces d’artillerie, dont douze servies par des compagnies à pied, et quatre par des compagnies à cheval. Les quatorze bataillons qui forment les dépôts de l’armée d’Orient, les 14e, 30e, 43e, 96e demi-brigades, qui sont dans la 17e division, la 9e et la 24e légère, qui sont à l’armée de l’Ouest, les 22e, 40e, 58e et 52e, qui sont aussi à cette armée, la 11e légère et la 66e, qui sont dans les neuf départements réunis, feront partie de l’armée de réserve. Les 15e, 19e, 21e, 24e de chasseurs, les 5e, 8e, 9e et 19e de dragons, les 11e, 12e et 2e de hussards, les 1er, 2e, 3e, 5e et 18e de cavalerie, les sept escadrons de dépôt des corps à cheval de l’armée d’Orient, seront le noyau de l’armée de réserve. La droite sera réunie à Lyon, le centre à Dijon, et la gauche à Châlons-sur-Marne. Le général de division Saint-Rémy fera les fonctions de commandant de l’artillerie de l’armée. Le chef de brigade Gassendi sera directeur général du parc. Le premier inspecteur du génie, Marescot, commandera cette arme. Il y aura un ordonnateur et quatre commissaires des guerres attachés à chacun des trois grands corps, et un ordonnateur en chef attaché à l’armée et résidant auprès du ministre de la guerre, qui fera les fonctions de chef de l’état-major. Il est nécessaire d’appeler à Paris un membre du conseil d’administration de chacun des corps, qui composeront l’armée, porteur de l’état de situation de l’armement, équipement et habillement. Ils s’assembleront à Paris le 15 février. Vous donnerez des ordres pour compléter le plus promptement possible chaque bataillon à 1 000 hommes. Vous me proposerez les officiers qui devront composer l’état-major de cette armée. Vous tiendrez extrêmement secrète la formation de ladite armée, même dans vos bureaux, auxquels vous ne demanderez que les renseignements absolument nécessaires. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 5 pluviôse an VIII (25 janvier 1800)ARTICLE PREMIER. Les places de Genève, Huningue, Belfort, Besançon, Auxonne, et les châteaux de l’Échelle[1], Montmélian, Joux, Blamont, Landskroon, Salins, seront mis dans le meilleur état de défense. Le ministre de la guerre prendra des mesures telles, qu’au commencement de floréal ces places soient susceptibles de la plus grande défense possible. ART. 2.
Le premier inspecteur d’artillerie et celui du génie arrêteront les états
de ce qui doit être fait pour remplir le but de l’article 1er. ART. 3.
Le ministre de la guerre enverra trois commissions composées chacune d’un
ingénieur et d’un dessinateur géographe, d’un officier du génie,
officier d’artillerie et d’un officier général ou d’un adjudant général. La première de ces commissions parcourra le pays compris entre Briançon et Genève ; La deuxième, le pays compris entre Genève et Sainte-Ursanne ; La troisième, le pays compris entre Sainte-Ursanne et Neuf-Brisach. ART. 4.
Les commissions traceront trois lignes : la première, celle qu’il
faudrait prendre si l’ennemi était maître de la Suisse ; La seconde, dix à quinze lieues en arrière ; La troisième, à deux marches en arrière de la deuxième. Ils dessineront toutes les positions militaires qu’ils croiront pouvoir être occupées. Ils désigneront et visiteront les petites villes, bourgs, fermes, châteaux, susceptibles de mettre les habitants à l’abri du pillage des hussards ou de servir à appuyer les avant-postes ; ils tiendront note des opérations qu’il y aurait à faire. ART. 5.
Ces commissions seront de retour à Paris le 10 ventôse, pour rendre compte
de leur travail. ART. 6. Il sera mis chaque décade une somme de 30 000 francs à la disposition du ministre de la guerre pour être exclusivement destinée aux travaux ordonnés par l’article 1er. Bonaparte Dépôt de la guerre
Paris, 25 pluviôse an VIII (14 février 1800)Je n’ai point reçu, Citoyen Ministre, le rapport du général de division Gauthier, que je vous avais demandé, sur les dépôts de l’armée d’Orient. J’attache une grande importance à le recevoir sans délai. Vous donnerez au général de division Chabran l’ordre de se rendre sur-le-champ à Chalon-sur-Saône, pour prendre le commandement des quatorze bataillons de dépôt de l’armée d’Orient. Le général Chabran les passera en revue et veillera à leur équipement, armement, habillement et recrutement. Ces bataillons resteront cantonnés à Mâcon, Chalon, Seurre et Saint-Jean-de-Losne. Ils seront exercés deux fois par jour à la manœuvre. La division commandée par le général Chabran portera le nom de 1er division de l’armée de réserve. Il sera attaché à cette division trois pièces de 8 et un obusier de 6 pouces, servis par l’artillerie légère, deux pièces de 12, quatre de 8 et deux obusiers, servis par l’artillerie à pied. Le général Chabran aura sous ses ordres deux généraux de brigade et un adjudant général. Son quartier général sera à Chalon-sur-Saône. Il ne recevra directement des ordres que du ministre de la guerre. Je vous prie de me faire un rapport sur les légions polonaise du Nord et cisalpine, sur leur emplacement actuel et sur les mesures que vous avez adoptées pour leur formation, leur organisation et leur destination. Le chef de brigade Taupin, qui est à Toulon, recevra de vous l’ordre de se rendre à Chalon-sur-Saône, pour y prendre le commandement des bataillons des 18e, 32e et 75e demi-brigades. Le chef de brigade Gaspard prendra celui des bataillons des 13e, 25e et 85e demi-brigades. Les bataillons des 4e, 21e et 22e légères seront commandés également par un ancien chef de brigade de l’armée d’Italie qui aura fait la campagne d’Italie comme commandant une troupe. Les bataillons de la 61e, de la 69e, et de la 88e seront commandés par un chef de brigade sortant d’un de ces corps. Bonaparte Archives de l’Empire
363. Pâris, 26 pluviôse an VIII (15 février 1800)Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit : Le ministre de la police générale notifiera à tous les journalistes qu’ils ne doivent se permettre de rien imprimer dans leurs feuilles de relatif aux mouvements des armées de terre et de mer. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 26 pluviôse au VIII (15 février 1800)Le ministre de la guerre m’a remis, Citoyen Général, les états de situation que vous lui avez envoyés, en date du 20 nivôse. Je n’ai pu asseoir aucune idée d’après ces états de situation, puisque c’était l’ancienne organisation. Je vous prie de m’envoyer un état de situation exact de votre armée après la nouvelle organisation que vous lui avez donnée. Je désire que vous composiez vos plus fortes divisions de quatre demi-brigades et d’une légère, et les plus faibles seulement de quatre ; que chaque division n’ait pas plus de deux généraux de brigade et d’un adjudant général, et dans les plus fortes, un général de brigade ou un adjudant général de plus ; qu’il y ait le moins de cavalerie possible attachée à une division, tout au plus un régiment de hussards ou de chasseurs ; que vous partagiez également votre cavalerie en divisions, composées de quatre ou au plus de six régiments et quelques bataillons d’infanterie légère, commandées par un général de division, deux généraux de brigade et un adjudant général ; qu’il y ait tout au plus douze pièces d’artillerie attachées à chaque division ; que vous ne laissiez dans toutes les places du Rhin et la 6e division que vos compagnies auxiliaires et vos dépôts ; que vous parveniez à réunir en divisions actives 120 ou 130 000 hommes en dix ou quatorze divisions, y compris celles de cavalerie, et que vous laissiez les corps les plus fatigués dans Ehrenbreitstein, Mayence et Kehl. Bonaparte Archives de l’Empire
365. Paris, 29 pluviôse an VIII (18 février 1800)L’on suppose la réserve arrivée à Zurich. Il y a de là à Coire 30 lieues, ce qui fait 6 jours de marche ; De
Coire au mont Splügen 10 lieues
ci 2 jours ; Du Splügen à Morbegno 12 lieues ci 2 jours ; De Morbegno à Bergame 12 lieues ci 2 jours. Total
64 lieues 12
jours. Il
faudrait acquérir des renseignements sur cette route ; des voitures y
peuvent-elles passer ? Avoir le détail, lieue par lieue, avec les villages, leur population, mauvais passages, ponts, etc. Il est difficile de se hasarder à placer des magasins à Coire ou au Splügen, parce qu’à la première marche rétrograde ils se trouveraient pris, et que d’ailleurs une opération de cette nature ne peut réussir qu’avec un extrême secret. Il faudrait donc que l’armée partît de Zurich avec des vivres pour quinze jours. Il serait facile d’avoir un entrepôt de vivres qui serait conduit de Zurich jusqu’à l’extrémité du lac, par eau ; ce qui diminuerait les transports de trois jours. Il ne s’agirait donc plus que de transporter des vivres pour douze jours. Le soldat pourrait prendre, en partant de Zurich, pour quatre jours de vivres. Il n’en faudrait donc plus que pour huit jours. Un mulet porte 200, c’est-à-dire qu’il faut cinq mulets pour nourrir 1 000 hommes pendant un jour, et, pendant huit jours, 40 mulets. En supposant 50 000 hommes, cela ferait 2 000 mulets. Ainsi, en supposant 75 000 bouches, y compris d’ailleurs ce qu’il faudrait pour le transport de l’eau-de-vie, cela ferait 2 000 mulets. Il est à remarquer qu’on suppose les choses au pire, parce qu’il serait facile, lorsqu’on devient dans le cas de faire ce mouvement, d’être maître de Coire et d’avoir fait faire une partie du voyage à une portion de ces mulets pour porter des vivres à Coire. Peut-être serait-il possible d’avoir à Lucerne un dépôt de vivres, de les transporter par le lac à Altorf, et de là de faire faire un ou deux voyages au Splügen à un grand nombre de mulets. Si les circonstances rendaient ces deux combinaisons possibles, alors la moitié des mulets suffirait. Il faudrait donc avoir à Lucerne et à Zurich du biscuit pour les rations de quinze jours, moins quatre jours qui pourraient être donnés en pain, ce qui ferait onze jours. Il faudrait avoir au moins onze jours pour la retraite, qu’on ferait filer de Zurich et de Lucerne au magasin du Splügen, dans le cas que l’armée serait pressée. Ce seraient donc 1 650 000 rations de biscuit qu’il faudrait avoir en réserve à Lucerne et à Zurich. Bonaparte Dépôt de la guerre Paris, 4 ventôse an VIII (29 février 1800)Les besoins urgents en plomb, pour les armées de la République, doivent s’évaluer à 400 cartouches pour 500 000 hommes, ce qui fait 200 millions de cartouches. Par les états que vous m’avez remis, je vois qu’il existe 92 millions de cartouches fabriquées ; 6 100 000 livres en balles ou en saumons, ce qui fait 120 millions de cartouches ; ce qui excède de 12 millions nos besoins. Sur les états que vous m’avez remis, je ne trouve que le tiers des places fortes de la République. Je ne saurais croire que toutes les places de la Sarre, que Luxembourg, Venloo, Maestricht, etc., Antibes, Briançon, Besançon, Huningue, Landau, etc., se trouvent sans plomb et sans cartouches ; cependant l’approvisionnement de toutes ces places se trouve raisonnablement compris dans le calcul de 400 cartouches pour 500 000 hommes. Je ne vois donc aucune sollicitude raisonnable à voir pour cette partie du service, ni aucune urgence à employer plusieurs millions dans un moment où l’argent nous est aussi nécessaire. D’après l’état que vous m’avez remis, je vois qu’il est facile de faire filer de Douai, Lille, Saint-Omer, Bruxelles, Metz, Bruges, la quantité de 31 millions de cartouches, et presque autant de plomb en saumons ou en balles. Il me paraît nécessaire de faire refluer ces quantités de cartouches sur Mayence, qui se trouve dans le plus grand dénuement ; sur Strasbourg, qui, étant l’entrepôt de l’armée du Rhin, doit avoir une vingtaine de millions de cartouches ; sur Besançon, sur Auxonne, où il serait nécessaire d’avoir 4 à 5 millions de cartouches, et 3 millions à Lyon. De Perpignan, de Montpellier, de Toulouse, vous pouvez également tirer plusieurs millions dirigés sur Toulon et Antibes. Ces mouvements me paraissent suffisants pour nous mettre hors d’inquiétude sur le manque de cartouches pour la campagne prochaine ; et, quant à celle qui suivra, il est indispensable, avant de prendre aucune mesure, de connaître exactement la quantité de plomb, en saumons, balles ou cartouches, qui se trouve dans toutes les places fortes de la République au 1er germinal. Écrivez à cet effet une circulaire à tous les commandants de place, et envoyez des modèles d’état pour qu’on n’ait qu’à les remplir. La consommation de la campagne ne peut pas passer 30 millions de cartouches, ce qui ferait 1 500 milliers de saumons, que l’on trouvera dans les places et magasins dont on n’a pas les états. Au reste, ce sera un travail à régler à la fin de germinal, lorsque vous aurez reçu tous les états du 1er germinal. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 10 ventôse an VIII (1er mars 1800)Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître, par un courrier extraordinaire, au général Moreau, que mon intention est que son infanterie soit partagée en dix divisions, chacune de 10 000 hommes. Le premier corps, composé de deux divisions. 20 000 hommes. Le second, de trois divisions 30 000 Le troisième, de deux divisions 20 000 Le quatrième, de trois divisions 30 000 TOTAL 100 000 Ce
quatrième corps portera le nom de corps de réserve, et sera commandé par
le général Lecourbe. Il est en effet destiné à servir de corps de réserve
aux trois autres corps, à garder la Suisse, et à combiner ses opérations
avec ceux de l’armée d’Italie. Vous ferez part au général en chef Moreau de mon désir qu’il place pour garnison, à Mayence, Strasbourg, et dans toutes les places de première ligne, les dépôts de toutes ses demi-brigades et de ses régiments de cavalerie ; Qu’avant le 1er germinal toute son armée se trouve le plus concentrée que faire se pourra dans l’intervalle de Bâle à Constance, et, pour la facilité des subsistances, la gauche pourra s’étendre jusqu’à Strasbourg ; Qu’il fasse, le plus tôt possible, jeter un pont sur l’Aar, de manière que tous les mouvements de Bâle à Constance soient extrêmement rapides ; Qu’il fasse rassembler tout ce qui est nécessaire pour pouvoir jeter trois ponts, dont l’étendue sera calculée sur la largeur du Rhin, entre Schaffouse et Constance ; Qu’il distribue sa cavalerie comme il le jugera convenable, en affectant au 4e corps 3 000 hommes la plus grande partie en chasseurs ou hussards ; Qu’il fasse construire des traîneaux pour traîner une trentaine de pièces de 8 et d’obusiers, lequel parc de montagne se trouvera attaché à la réserve. Vous donnerez les ordres pour faire réunir, le plus tôt possible, à Genève, 1 500 000 rations biscuit et 100 000 pintes d’eau-de-vie ; 100 000 boisseaux d’avoine. Un parc de 1 000 bœufs à Bourg (département de l’Ain) pour le 1er germinal, et vous préviendrez le général Moreau que ce biscuit ne sera distribué que sur un ordre particulier de vous, indiquant une destination particulière. Enfin vous prendrez des mesures, 1) pour faire faire, dans le Dauphiné et les autres pays de montagnes de France, l’achat de 1 000 mulets de bât, lesquels devront être rendus à…………[2] au 1er germinal ; 2) pour faire louer, par réquisition si cela est nécessaire, 1 000 mulets des départements de France où il y en a, et les organiser en brigades (chaque mulet aura son bât) ; 3) pour faire réunir à Grenoble, le plus tôt possible, 20 traîneaux pour des pièces de 8, et 10 pour des pièces de 4. Vous ferez connaître au général Moreau que je désire que son chef d’état-major se rende en toute diligence à Paris, avec l’organisation de l’armée conformément à ce qui est dit ci-dessus. Ce chef d’état-major rapportera à son retour le plan des premières opérations de la campagne, combiné avec celui des autres armées. Si le général Moreau avait besoin de son chef d’état-major, il enverrait sur-le-champ à Paris le général Lecourbe, avec un des adjudants généraux de l’état-major du général Moreau. Vous activerez l’organisation des légions italiennes de manière qu’elles puissent entrer en campagne en germinal. S’il existait des détachements de ces légions dans la ci-devant Provence, vous les ferez mettre sur-le-champ en marche, pour les réunir dans les différentes petites places de la Saône et dans la ci-devant Bourgogne. Vous donnerez l’ordre pour qu’au 1er germinal il y ait à Genève 2 millions de cartouches, et 5 000 cartouches à balles et à mitraille, des calibres de 4, 8 et d’obusiers, dans la proportion suivante : moitié de 8, un quart de 4, un quart d’obusiers. Vous enverrez le citoyen Guériot commander l’artillerie à Genève, et organiser une salle d’artifices et des magasins pour les dépôts. Vous enverrez le général Sauret commander à Genève. Vous donnerez l’ordre aux généraux Bernadotte, Macdonald, Chambarlhac, Lannes, Broussier, Marescot et Saint-Rémy, de former leurs équipages pour entrer incessamment en campagne, ainsi qu’aux adjudants généraux Hulin, Herbin et Noguès. Bonaparte Dépôt de la guerre
Paris, 11 ventôse an VIII (2 mars 1800)J’ai reçu, Citoyen Général,
votre lettre du 7. Ni votre aide de camp, ni Georges ne sont encore arrivés.
Vous avez 7 000 fusils ; j’espère qu’en cet instant vous
aurez complété le nombre que je vous ai demandé. Les Russes sont, au moment actuel, en Pologne. Il sera décidé dans quinze jours si la campagne s’ouvrira ou non ; et, en cas que nous devions la faire, j’ai de très vastes projets. Une armée de réserve que je vais former et dont je me réserverai le commandement, et dans laquelle vous serez employé, doit être composée des 40e, 58e, 6e légère, 60e, 22e demi-brigades. Ces cinq demi-brigades sont à votre armée. Si les événements le permettent, faites-les partir dans la décade prochaine, en en formant deux divisions. Fournissez à chaque division six pièces d’artillerie. À l’une vous attacherez le 22e de chasseurs, et à l’autre le 2e de chasseurs. Dirigez-les sur Dijon. Faites-les marcher par division ; c’est le meilleur moyen pour qu’il n’y ait pas de désertion. Passez-en la revue et faites-moi connaître l’état de leurs besoins et leur nombre. Mettez leur solde à jour. Nantes doit pouvoir vous offrir quelques ressources en capotes, souliers, etc. Faites commander les divisions ci-dessus par un très bon général de brigade et un bon adjudant général. Je fais partir de la 17e ou 14e division militaire la 24e légère, la 43e et la 96e, ainsi qu’une douzaine d’escadrons. Cette division part également primidi pour former l’armée de réserve. Envoyez au ministre de la guerre l’ordre de route que vous donnerez à vos divisions, afin de savoir où les prendre pour les diriger sur les points précis qu’elles devront occuper. Faites-moi connaître si vous croyez qu’il y ait possibilité d’ôter d’autres troupes de l’Ouest ; et, dans ce cas, quels seront les corps les plus propres à faire la grande guerre. Ce mouvement doit vous faire sentir combien il est nécessaire d’activer toutes les mesures. L’herbe va bientôt commencer à croître, et l’heure de l’ouverture de la campagne va sonner. Quand vous aurez fait votre tournée et pris une partie des mesures qui vous paraîtront nécessaires, je vous ferai connaître la ville sur laquelle vous pourrez diriger vos équipages, et de votre personne vous pourrez venir passer une dizaine de jours à Paris. Voici,
à ce que je pense, ce qu’il vous reste à faire : 1) Avancer davantage le désarmement, surtout dans les Côtes-du-Nord et l’Ille-et-Vilaine. 2) Envoyer en surveillance, dans différentes communes de France, une soixantaine de chefs les plus dangereux parmi les chouans. Je ne me refuserai pas à faire passer les secours que vous devez accorder à ceux qui n’auraient pas de moyens d’exister. 3) Donner un mouvement pour faire rejoindre la masse des conscrits. 4) Commencer l’organisation des trois bataillons francs. Il faudrait qu’ils pussent sortir le plus tôt possible de l’Ouest, et achever soit à Dijon, soit à Troyes, etc., leur entière formation. 5) Commencer l’organisation de la gendarmerie à pied, que j’ai ordonnée pour ces départements. Je donne l’ordre au général Wirion de se rendre à votre quartier général pour cette organisation et la réorganisation de la gendarmerie à cheval. Bonaparte Archives de l’Empire Paris, 14 ventôse an VIII (5 mars 1800)J’ai reçu, Citoyen Général, vos lettres du 5 ventôse. Toutes les décades l’on fait partir 800 000 francs pour votre armée ; cette décade, il en partira 1 300 000. Je réunis à Dijon une armée de réserve, dont je me réserve le commandement directement. Je vous enverrai d’ici à huit ou dix jours un de mes aides de camp avec le plan de toutes les opérations pour la campagne prochaine, où vous verrez que votre rôle sera beau et ne dépassera pas les moyens qui sont à votre disposition. Cependant, si vous craigniez que l’ennemi n’ouvrît la campagne avant nous, je ne vois pas d’inconvénients que vous rappeliez 2 000 hommes des 6 000 qui sont aux Alpes. Les neiges couvrent le Dauphiné, et d’ailleurs l’armée que je vais rassembler à Dijon sera toujours à même d’y accourir. Si l’ennemi réunit des forces du côté de la Spezzia, pour vous attaquer en même temps de ce côté-là, par Novi et par Montenotte, ne laissez qu’un corps très léger au col de Tende : pour deux mois, les neiges le défendent suffisamment, et d’ailleurs l’ennemi ne peut rien entreprendre sur Nice. À votre place, pendant ventôse et tout le mois de germinal, j’aurais à Gênes les quatre cinquièmes de mes forces. Ainsi, si la totalité se monte à 50 000 hommes, j’en aurais 40 000 dans les positions qui ont pour appui Gênes ; 2 500 dans toutes les Alpes ; 1 500 dans Sospello et le col de Tende ; 2 500 pour garnison d’Antibes, château de Nice, château de Vintimille, garnison de Savone ; 1 500 pour le Tanaro, Ormea, et le reste sur les points de la circonférence, à deux journées de Gênes. Dans cette situation, je ne craindrais pas que l’ennemi m’enlevât Gênes. Quant aux mois de floréal et de prairial, ce serait une autre chose ; nous aurions pris l’initiative de la campagne, et les instructions que je vous enverra dans dix jours vous traceront votre conduite. Le fort de Savone doit être bien approvisionné et tous vos dépôts doivent pouvoir se replier dedans. L’armée du Rhin est magnifique, elle a beaucoup gagné depuis votre départ ; elle a actuellement 120 000 combattants sous les armes, que l’on réunira sur le même champ de bataille. Ainsi, voyez, quand vous aurez 40 000 hommes à Gênes, nous, occupant le Saint-Gothard et le Saint-Bernard, si l’ennemi peut tenter une expédition sur les Alpes. Si l’ennemi fait la gaucherie de réunir 12 000 hommes dans la Rivière, entre la Spezzia et Gênes, tombez-lui dessus avec toutes vos forces et massacrez-le. Enfin, je vous le répète, en votre place je trouve votre position belle ; tirez-en parti. Ne vous effrayez pas si l’ennemi tend à se mettre sur vos derrières. Abandonnez de suite toutes les positions qu’il veut attaquer, pour vous trouver vous-même avec toutes vos forces sur une de ses ailes. La Vendée est parfaitement pacifiée. Souwarow et les Russes sont déjà à quinze marches de Prague. Dieu merci, les voilà en Pologne. Quels que soient les événements, mettez une bonne garnison dans Gavi, des approvisionnements, un brave homme ; recommandez-lui de ne pas se décourager ; car, dans tous les cas, nous le dégagerons, fût-ce même par Trente. Dans les positions que nous occupons, on n’est jamais battu lorsqu’on veut fortement vaincre. Souvenez-vous de nos belles journées ! Tombez sur l’ennemi avec toutes vos forces dès qu’il fera quelque mouvement. Si vous avez bien battu ce qui se présentera par la Rivière du Levant, ce qui viendra ensuite par Montenotte sur Savone le sera également. L’ennemi, à la manière autrichienne, fera trois attaques ; par le Levant, par Novi et par Montenotte : refusez-lui deux de ces attaques, et trouvez-vous avec toutes vos forces sur la troisième. J’imagine que les forts de Vintimille et de San-Remo sont approvisionnés et armés de manière à pouvoir tenir contre de l’artillerie de campagne et des troupes légères. Au reste, je ne verrais pas de grands inconvénients à ce que vous fissiez sauter le fort de Vintimille. Bonaparte Archives de l’Empire
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