| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome
deuxième Paris - 1876 370. Paris, 17 ventôse an VIII (8 mars 1800)Les consuls arrêtent : ARTICLE
PREMIER. Le département qui, à la fin germinal, aura payé la plus forte
partie de ses contributions, sera proclamé comme ayant bien mérité de la
patrie. Son nom sera donné à la principale place de Paris. ART. 2.
Tous les anciens soldats qui auraient obtenu leur congé, tous ceux qui, même
faisant partie des compagnies de vétérans, sont encore en état de faire
la campagne, tous les jeunes gens de la réquisition et de la conscription,
seront sommés, au nom de l’honneur, par une proclamation des préfets et
des généraux commandant les divisions, de rejoindre leurs drapeaux avant
le 15 germinal. Ceux qui ne seraient attachés à aucun corps se rendront au quartier général de l’armée de réserve, à Dijon, où ils seront armés et habillés. Le Premier Consul les passera en revue dans le courant de germinal. ART. 3.
Les citoyens français, autres que ceux nommés à l’article 2, qui, dans
cette circonstance extraordinaire, voudront accompagner le Premier Consul et
participer aux périls et à la gloire de la campagne prochaine, se feront
inscrire chez les préfets et sous-préfets. Le ministre de la guerre donnera les ordres nécessaires pour qu’ils soient formés en bataillons volontaires. Ceux qui auront le moyen de se procurer des chevaux seront formés en escadrons volontaires. Il seront définitivement organisés à Dijon, et les officiers seront nommés par le Premier Consul. ART. 4.
Au 20 germinal prochain, les préfets de chaque département enverront au
ministre de l’intérieur l’état des jeunes gens qu’ils auront fait
rejoindre, et il en sera fait un rapport aux Consuls de la République, qui
feront proclamer dans toute la République et à la tête des armées les
six départements qui auront le plus fourni, comme les plus sensibles à
l’honneur et à la gloire de la patrie. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 21 ventôse an VIII (12 mars 1800)Le ministre de la guerre, Citoyen Général, vous aura envoyé la proclamation et la création de l’armée de réserve. Elle ne sera pas sur le papier. Le 26, la 1re division part de Paris. Elle est composé des 24e, 59e, 96e et 43e, faisant 9 000 hommes, avec douze pièces d’artillerie et quatre régiments de hussards et de dragons, faisant 15 000 hommes. À l’heure qu’il est, la 2e division, composée des 6e légère, 22e et 40e de ligne et de six pièces de canon, doit être partie de Nantes. La 3e division part également de Nantes dans la décade ; elle est composée des 19e légère, 58e et 60e de ligne et de six pièces d’artillerie. Toutes ces demi-brigades sont à 2 500 hommes et seront arrivées à Dijon, à 3 000. Tout cela marche en colonne et ensemble. Aussi j’espère qu’avant le 15 germinal nous aurons près de 50 000 hommes à Dijon. La 4e division se forme à Paris ; elle ne sera prête que dans la première décade de germinal. J’imagine que Desselle arrivera demain. Masséna a dû concentrer sur Gênes toutes les forces qui étaient sur les Alpes. Il a 40 000 hommes ; s’il joue bien, qu’il ne se fasse pas de craintes chimériques, il ne doit pas craindre 60 000 hommes ; et, pour que l’ennemi ait 60 000 hommes d’infanterie en bataille contre lui, il faut qu’il en ait au moins 90 000 dans son armée, tant pour tenir garnison dans ses places que pour le corps d’observation à Bellinzona et à Milan ; et 90 000 hommes d’infanterie supposent 120 000 hommes, en y joignant la cavalerie et l’artillerie. Ni l’une ni l’autre ne peut, vous le sentez, faire grand-chose dans la Rivière de Gênes. Au reste, quand nous nous trouverions obligés d’évacuer Gênes, ce n’est plus cela aujourd’hui qui décidera la paix et donnera le succès de la campagne. Ne laissez à Mayence et dans vos places que des dépôts. Réunissez tout votre monde de Strasbourg à Constance. Avec une avant-garde de 30 000 hommes et un corps de réserve de 50 000 hommes, on peut parler bien haut. Je ne me souviens pas si je vous ai écrit que 1 500 000 francs sont dus à la caisse de Mayence par des particuliers, et que les tribunaux donnent des délais ridicules. Faites-les payer militairement en envoyant des garnisons chez les débiteurs. Je crois que la créance est pour des achats de bois. Votre commissaire a Mayence connaît cette affaire. Il est parti, la décade dernière, 1 500 000 francs pour votre armée. Je vous salue comme ami. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 21 ventôse au VIII (12 mars 1800).Votre aide de camp Reille, Citoyen Général, m’a remis votre lettre du 9 ventôse. Les nouvelles que je reçois de Marseille m’annoncent qu’à l’heure qu’il est plusieurs bâtiments chargés de blé sont partis pour Gênes ; ainsi, j’espère que vous vous trouverez un peu mieux approvisionné. Vous aurez reçu, par un courrier extraordinaire, ma lettre du 14 ventôse, par laquelle je vous faisais connaître le parti que vous aviez à prendre, en concentrant autour de Gênes les forces du col de Tende et des Alpes, afin de pouvoir prendre promptement votre parti et profiter des fautes que fera l’ennemi, en entreprenant de vous attaquer en même temps par les Rivières du Levant et du Ponant. Tous les préparatifs se font ici avec la plus grande activité pour organiser à Dijon une armée de réserve et pour faire marcher les jeunes gens. La campagne ne va pas tarder à s’ouvrir du côté du Rhin. Les coups que nous porterons attireront l’attention des ennemis. Melas, que vous avez contre vous, n’est pas un homme très habile. Il n’a ni vos talents militaires, ni votre activité. Les Russes, que vos troupes paraissaient estimer, sont aujourd’hui chez eux. La création de l’armée de réserve vous met à même de retirer tout ce qu’il est possible de Lyon et des 7e et 8e divisions. N’ayez point de ligne, mais tenez toutes vos troupes réunies et groupées autour de Gênes, en tenant vos dépôts dans Savone. Voilà les vrais principes militaires ; en agissant ainsi, vous battrez 50 000 hommes avec 30 000, et vous vous couvrirez d’une gloire immortelle. Le Gouvernement et le public sauront apprécier les difficultés que vous aurez eu à vaincre. Si vous étiez obligé d’évacuer Gênes absolument, appuyez-vous à Savone. Reille partira sous quatre ou cinq jours et vous portera le plan de campagne. Des agents sont partis pour le Languedoc, afin d’activer l’exportation des blés. On en fait descendre beaucoup par le Rhône. Je ne peux vous peindre mon indignation contre ces malheureux fournisseurs. Toutes les décades il part un million pour vôtre armée. Je suis extrêmement peiné de la situation pénible où vous vous trouvez ; mais je compte sur votre zèle et vos talents. Bonaparte Archives de l’Empire
373 Paris,
1er germinal
an VIII (22 mars 1800)
Le premier bataillon de la 9e d’infanterie légère fait partie de l’armée du Rhin ; il recevra ordre de se rendre à Lausanne. 1) La 5e de ligne se rendra le plus tôt possible de l’armée du Rhin à Lille en Flandre ; La 12e de ligne à Paris ; Le bataillon de la 11e légère qui est à Bitche, à Gand ; La 27e légère et la 17e de ligne, en Batavie. Les ordres sont donnés pour faire partir de la Batavie pour Mayence la 66e de ligne. 2)
L’armée du Rhin (infanterie) sera divisée en quatre grands corps
d’armée. Le
premier, composé de trois divisions : 1re division 5 000 hommes 2e division 10 000 hommes 3e division 5 000 hommes Le
second corps, de quatre divisions : 1re division (ou avant-garde) 5 000 hommes. 2e division 10 000 hommes 3e division 10 000 hommes 4e division 5 000 hommes Le
troisième comme le premier, le quatrième comme le second. Les trois premiers grands corps porteraient le nom de corps d’armée du Rhin, le quatrième, de corps de réserve. 3)
La cavalerie serait partagée en divisions composées chacune de 2 à
3 000 chevaux. La division de cavalerie attachée au corps de réserve serait de 3 000 hommes ; les deux tiers composés de chasseurs ou hussards, le troisième tiers de dragons et cavalerie. 4)
Six pièces d’artillerie pour chaque petite division. Douze pièces par chaque grande division. Trois pièces d’artillerie par chaque division de cavalerie. L’artillerie de la réserve aura six pièces de 4 sur affûts de traîneaux, et le nombre de traîneaux nécessaires pour charrier le reste de son équipage. 5)
Le corps d’armée du Rhin passera ce fleuve du 20 au 30 germinal,
se portera sur Stockach et poussera l’ennemi au-delà du Lech. 6) La 3e division du corps de réserve passera le Rhin pour servir de réserve au corps d’armée, et restera en arrière pour maintenir la communication avec Schaffouse, lorsque l’armée restera en Souabe. 7) La 4e division du corps de réserve restera pour couvrir le passage de Rheineck. 8) La 1re division du corps de réserve prendra position au Saint-Gothard et en arrière avec les six pièces sur affûts de traîneaux. 9) La 2e division restera à Zurich pour suivre le mouvement de la 1re par Brunnen, ou marcher au secours de la 4e, ou passer le Rhin pour se ployer sur la 3e, selon que cela serait nécessaire. 10) Dès l’instant que le corps de l’armée du Rhin aurait poussé l’ennemi au-delà d’Ulm, qu’il aurait remporté des avantages tels que l’ennemi évitât d’en venir aux mains, la 2e division de la réserve passerait le lac de Lucerne à Brunnen, suivrait le mouvement de la 1re pour passer le Saint-Gothard et entrer en Italie. La 4e passerait par le plus court chemin pour suivre la 2e. La 3e repasserait le Rhin, ce qui compléterait le détachement du corps de réserve en Italie. 11)
Le jour où le corps d’armée du Rhin passerait ce fleuve, les
trois premières divisions de l’armée de réserve de Dijon, que l’on
peut évaluer à 24 000 hommes d’infanterie et à 2 000 chevaux,
se porteraient sur Genève, d’où elles passeraient le Saint-Gothard, soit
en passant par Berne ou Lucerne, ou en suivant la vallée du Rhône ;
dans ce dernier cas, les bagages et leur artillerie, hormis huit pièces de
4 et deux obusiers qu’elles ont sur affûts-traîneaux, passeront par
Lucerne. Si des événements différents en Souabe changeaient les circonstances, cette division de Genève serait à même de se porter rapidement sur Schaffouse. 12) Les trois dernières divisions de l’armée de réserve partiront de Dijon dans les premiers jours de floréal et se porteront à Zurich : on peut évaluer leur force égale à la première ; elles représenteront, à l’armée du Rhin, à peu près le détachement qu’elle aura été obligée de faire en Italie. 13)
Le dépôt de Genève sera sous les ordres immédiats du général de
l’armée de réserve. Il faudra que l’armée approvisionne Lucerne au
moins de 100 000 boisseaux d’avoine, 500 000 rations. de
biscuit, deux millions de cartouches, 500 000 rations d’eau-de-vie ;
qu’elle se procure 2 ou 300 mulets pour faire le service d’Altorf à
l’Hôpital afin de former dans ce dernier poste un dépôt d’eau-de-vie,
de biscuit et de cartouches. 14) Il faudrait faire raccommoder les chemins de Lucerne à Altorf pour les rendre praticables, au moins pour la cavalerie et l’infanterie. Dépôt de la guerre
Paris,
1er germinal
an VIII (22 mars 1800)
Les Consuls de la République ont arrêté, Citoyen Général, après avoir considéré la position de nos troupes en Suisse, sur le Rhin, en Italie, et la formation de l’armée de réserve à Dijon, le plan d’opérations suivant : 1) Qu’il est nécessaire d’ouvrir la campagne du 20 au 30 germinal ; 2) Que l’armée actuelle du Rhin sera partagée en corps d’armée et en corps de réserve. Le corps de réserve, aux ordres du général Lecourbe, sera composé du quart de l’infanterie et de l’artillerie de l’armée et du cinquième de la cavalerie. 3) Du 20 au 30 germinal, vous passerez le Rhin avec votre corps d’armée, en profitant des avantages que vous offre l’occupation de la Suisse pour tourner la forêt Noire et rendre nuls les préparatifs que l’ennemi pourrait avoir faits pour en disputer les gorges. 4) Le corps de réserve sera spécialement chargé de garder la Suisse. Son avant-garde, forte de 5 à 6 000 hommes, occupera le Saint-Gothard. Elle aura six pièces de canon de 4 sur affûts-traîneaux. Vous ferez préparer de simples traîneaux, pour pouvoir traîner le reste de l’artillerie de votre corps de réserve. Vous ferez réunir à Lucerne 100 000 boisseaux d’avoine, 500 000 rations de biscuit, un million de cartouches. Le premier objet de votre corps de réserve sera, pendant vos mouvements en Souabe, de protéger la Suisse contre les attaques que pourrait avoir faites l’ennemi pour l’envahir par Feldkirch, le Saint-Gothard et le Simplon. Il est à la connaissance du Gouvernement que l’ennemi a fait des approvisionnements considérables sur les lacs d’Italie. 5) Le but de votre mouvement en Allemagne avec votre corps d’armée doit être de pousser l’ennemi en Bavière, de manière à lui intercepter la communication directe avec Milan par le lac de Constance et les Grisons. 6) Dès l’instant que ce but sera rempli, et que l’on sera sûr qu’à tout événement la grande armée ennemie ne pourra, même en supposant qu’elle vous obligeât à vous reployer, reconquérir l’espace qu’elle aurait perdu qu’en dix ou douze jours de temps, l’intention des Consuls est de faire garder la Suisse par les dernières divisions de l’armée de réserve, composées de troupes moins aguerries que les corps qui composeront votre réserve, et de détacher votre réserve avec l’élite de l’armée de réserve de Dijon, pour entrer en Suisse par le Saint-Gothard et le Simplon, et opérer la jonction avec l’armée d’Italie dans les plaines de la Lombardie. Cette dernière opération sera confiée au général en chef de l’armée de réserve rassemblée à Dijon, qui se concertera avec vous et dont les Consuls vont faire choix. Par ordre du Premier Consul Dépôt de la guerre
Paris, 19 germinal an VIII (9 avril 1800)Les Consuls de la République me chargent, Citoyen Général, de vous faire part des projets qu’ils ont formés pour la campagne prochaine. Les opérations de l’armée du Rhin commandée par le général en chef Moreau, et de l’armée de réserve aux ordres du général Berthier, qui se rassemble à Dijon, doivent se correspondre et s’exécuter avec beaucoup de concert et d’ensemble. L’armée du Rhin entrera la première en campagne, ce qui aura lieu du 20 au 30 de ce mois ; elle sera partagée en deux corps ; l’un, d’environ 100 000 hommes, sous les ordres immédiats du général Moreau, passera le Rhin, entrera en Souabe et s’avancera du côté de la Bavière, jusqu’à ce qu’il puisse intercepter, par sa position, la communication de l’Allemagne avec Milan par la route de Feldkirch, Coire et les bailliages italiens de la Suisse. L’autre corps de l’armée du Rhin, formant son aile droite, sera d’environ 25 000 hommes sous les ordres immédiats du général Lecourbe. Sa destination est d’occuper d’abord la Suisse pour assurer le flanc droit du corps qui doit entrer en Souabe, faciliter cette invasion et contenir les ennemis hors de la Suisse, en les empêchant de pénétrer par Rheineck, Feldkirch, le Saint-Gothard et le Simplon. Ce premier objet rempli et le général Moreau étant parvenu à douze ou quinze marches de ces passages sur le Rhin, le général Lecourbe passera avec son corps sous les ordres du général Berthier, traversera le Saint-Gothard et entrera en Italie. En même temps, une partie de l’armée de réserve se portera dans le Valais et pénétrera aussi en Italie, soit par le Simplon, soit par le Saint-Gothard, pendant que le reste de la même armée prendra en Suisse la place du corps conduit par le général Lecourbe. C’est à cette époque précise, Citoyen Général, où les troupes dirigées par le général Berthier entreront en Italie, que vous devez combiner vos mouvements avec les siens, afin d’attirer sur vous l’attention de l’ennemi, l’obliger à diviser ses forces et opérer votre jonction avec les corps qui auront pénétré en Italie. Jusqu’alors vous vous tiendrez sur la défensive. Les montagnes qui vous couvrent, rendant forcément inactives la cavalerie et l’artillerie de l’ennemi, vous assurent la supériorité dans ce système de guerre, c’est-à-dire la certitude de vous maintenir dans vos positions, ce qui, jusqu’alors, doit être votre véritable et seul objet. L’offensive de votre part serait dangereuse avant cette époque, parce que, lors de votre entrée dans les plaines, elle remettrait en action des forces ennemies que la nature des pays de montagnes occupés par vous tient paralysées. Il serait impossible de vous faire parvenir directement des secours suffisants pour vous donner une supériorité décidée. C’est par la Suisse que ces secours vous arriveront, en prenant les derrières de l’ennemi. Votre jonction faite, cette supériorité sera décidée ; alors l’offensive sera reprise, les places du Piémont et du Milanais seront enlevées ou bloquées, et l’armée française sortira par son propre courage de l’affreuse pénurie dont nous gémissons et à laquelle nous ne pouvons efficacement remédier. Les colonnes qui pénétreront en Italie, soit par le Saint-Gothard et le Simplon, soit par un seul de ces deux points, si des circonstances particulières les déterminent à se réunir, seront probablement d’environ 65 000 hommes, résultant de la colonne du général Lecourbe, forte de 25 000 hommes, et de celle du général Berthier, forte de 40 000 hommes, sur quoi il se trouvera à peu près 6 000 hommes de cavalerie et 2 000 d’artillerie. Pour déboucher en Italie, vous rassemblerez les forces que vous avez de disponibles sur les derrières jusqu’au Var ; vous tirerez de celles qui sont répandues depuis le Var jusqu’au mont Cenis tout ce que vous jugerez convenable et prudent pour vous forcer, et ce qui restera du mont Cenis jusqu’au Valais pourra former un corps particulier, qui sera mis à la disposition du général Berthier pour faciliter son mouvement. Si vous jugez pouvoir nourrir, pendant ce court intervalle, la cavalerie qui est sur le Rhône, vous la ferez venir pour déboucher plus en force avec ce que vous avez. Dans le cas contraire, vous m’en donnerez avis, pour que je la fasse réunir à Lyon et déboucher par la frontière voisine de ce fleuve. Lorsque vos opérations seront avancées à ce point, je vous transmettrai les instructions ultérieures qui me seront données par les Consuls pour l’achèvement de la campagne. Vous connaissez trop bien, Citoyen Général, l’importance du plus profond secret en pareilles circonstances, pour qu’il soit nécessaire de vous le recommander. Vous emploierez toutes les démonstrations et apparences de mouvement que vous jugerez convenables pour tromper l’ennemi sur le véritable but du plan de campagne, et lui persuader que c’est par vous-même qu’il doit d’abord être attaqué. Ainsi, vous exagérerez vos forces, vous annoncerez des secours immenses et prochains venant de l’intérieur ; vous éloignerez enfin l’ennemi, autant qu’il sera possible, des vrais points d’attaque, qui sont le Saint-Gothard et le Simplon. Il me reste à vous prévenir que l’intention des Consuls est qu’en opérant votre jonction avec le général Berthier, vous vous portiez autant que possible sur votre gauche, et même en deçà de Turin, si vous jugez nécessaire pour ne pas compromettre le salut de l’armée. Par ordre du Premier Consul. Dépôt de la guerre Paris, 4 floréal au VIII (24 avril 1800)L’armée d’Italie est aux mains avec l’armée autrichienne. Soit qu’elle vainque, soit qu’elle soit vaincue, il est indispensable que l’armée de réserve ne perde pas une heure. Si nous sommes vainqueurs, l’armée autrichienne se trouvera considérablement affaiblie et hors d’état de résister à l’armée de réserve. Si notre armée d’Italie est vaincue, et qu’elle soit obligée de prendre la ligne de Borghetto ou toute autre, pour défendre les Alpes maritimes, il est encore indispensable que l’armée de réserve attaque le Piémont ou le Milanais, afin de faire une diversion et d’obliger l’armée autrichienne à revenir à la défense de la Lombardie et de ses magasins. Je
vous prie, en conséquence, de donner ordre au général en chef Berthier : 1) De porter, en toute diligence, l’armée de réserve à Genève ; 2) De faire passer à Villeneuve, par le lac, tous les approvisionnements de guerre et de bouche qui ont été rassemblés à Genève ; 3) De se porter, le plus rapidement possible, en Piémont et en Lombardie, soit en passant le grand Saint-Bernard, soit en passant le Simplon. Quelle que soit l’issue des événements d’Italie, l’armée autrichienne, qui s’est enfournée sur Gênes et sur Savone, se trouve d’autant plus éloignée des passages des montagnes, et dans un état de délabrement tel, qu’elle est absolument hors d’état de tenir la campagne contre les 40 000 hommes que le général Berthier peut facilement réunir. Je vous prie également, Citoyen Ministre, d’activer le départ de Paris des chevaux et des pièces d’artillerie destinés pour l’armée de réserve. Avant que cette armée n’ait franchi le Saint-Bernard et le Simplon, nous aurons des nouvelles positives de la situation où se trouvera notre armée d’Italie. Le télégraphe d’aujourd’hui, de Bâle et de Strasbourg, m’apprend qu’il n’y a rien de nouveau. Réitérez l’ordre au général Moreau d’attaquer l’ennemi. Faites-lui sentir que ses retards compromettent essentiellement la sûreté de la République. Envoyez un courrier extraordinaire au général Saint-Hilaire, commandant la 8e division militaire, pour qu’il rassemble toutes les forces en infanterie, cavalerie, etc., qui pourraient se trouver dans sa division, afin de pouvoir renforcer l’armée d’Italie, et qu’il prenne des mesures pour assurer les approvisionnements de guerre et de bouche de la ville d’Antibes. Le même courrier portera l’ordre au général commandant à Nice de veiller à l’approvisionnement de Monaco et du château de Nice, et celui d’expédier fréquemment des courriers extraordinaires pour vous instruire des événements qui auraient lieu en Italie. Écrivez également au général en chef Masséna que nous n’avons pas encore de nouvelles officielles de ce qui se passe en Italie ; que les armées du Rhin et de réserve se mettent en marche ; que nous attendons impatiemment l’issue des événements, que nous ne connaissons encore qu’imparfaitement. Bonaparte Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
Paris, 4 floréal an VIII (24 avril 1800)Le ministre de la guerre vous a envoyé hier, Citoyen Général, la copie d’une lettre sur l’armée d’Italie. Je n’ai point encore de nouvelles officielles ; mais voici ce qui résulte de tout ce qui est venu à ma connaissance : Le 16 germinal, le général Melas avait son quartier général à Cairo ; il avait avec lui une vingtaine de mille hommes ; il a forcé les redoutes de Monte-Legino, s’est emparé de Savone, et le 17 de Saint-Jacques. La division française qui était sur Montenotte a fait sa retraite sur Gênes, après avoir renforcé la garnison de Savone. Les deux divisions françaises qui étaient aux ordres de Suchet ont fait leur retraite sur la ligne de Borghetto. Cependant, le 17, une division de 15 000 Autrichiens a attaqué la Bocchetta. Masséna s’y est porté en personne, les a battus et leur a fait 2 500 prisonniers. Une lettre de Nice, datée du 23, porte que le général Suchet venait de faire 1 200 prisonniers. On ignore les manœuvres qu’a faites le général Masséna, mais il paraît que le 23 l’ennemi était encore maître de Savone. Le jour où Masséna aura rouvert ses communications, nous recevrons nécessairement un courrier ; et, comme je n’ai point de nouvelles aujourd’hui, je suis fondé à penser que, le 26, les communications n’étaient pas rétablies. Que fera donc Masséna ? S’il échoue dans l’entreprise de rétablir les communications, il restera à Gênes tant qu’il aura des vivres ; ou il se portera rapidement sur Acqui, pour de là gagner les Alpes ; ou il ira chercher du pain dans le Parmesan ou tout autre point de l’Italie. Dans cet état de choses, vous sentez combien il est essentiel que l’armée de réserve donne à plein collier en Italie, indépendamment des opérations de l’armée du Rhin. Pour cela faire, vous avez deux débouchés : le Saint-Bernard et le Simplon. Vous pouvez, dans ce cas, vous renforcer des troupes que Moreau a laissées dans le Valais. Par le Saint-Bernard, vous vous trouverez agir beaucoup plus près du lac de Genève, et dès lors vos subsistances seront beaucoup plus assurées. Mais il, faut que vous vous assuriez bien de la nature des chemins depuis Aoste au Pô. Vous pouvez dans le corps italien, avoir tous les renseignements nécessaires. Par le Simplon, vous arrivez tout de suite dans un plus beau pays. Rien en Italie ne pourra résister aux 40 000 hommes que vous avez. Que l’armée autrichienne sorte victorieuse ou vaincue, elle ne pourra, dans aucun cas, soutenir le choc d’une armée fraîche. Avant que votre armée ne soit arrivée à Genève et à Villeneuve, j’aurai des nouvelles positives de la situation de l’armée d’Italie, qui me mettront à même de vous donner des instructions plus précises. Votre plus grand travail dans tout ceci sera d’assurer vos subsistances. Mes guides doivent arriver à Dijon le 6. Vous pourrez disposer de l’artillerie comme vous voudrez, et employer à atteler des pièces les attelages destinés au double approvisionnement. La 30e est partie depuis trois jours, mais il y a dans cette demi-brigade beaucoup de conscrits. La 72e, bonne et excellente demi-brigade, est partie de Caen et se dirige à grandes marches sur Dijon. Vous pouvez regarder cette troupe comme une espèce de réserve. Laissez à Dijon Vignolles, ainsi que les dépôts de chaque corps, pour réorganiser les conscrits à mesure qu’ils arrivent, et vous les faire passer. Faites-moi connaître, par le retour de mon aide camp, la situation de votre armée. Bonaparte Il
serait peut-être essentiel, par mesure de précaution, que vous envoyassiez
un officier ou un commissaire des guerres à Chambéry, afin de préparer
dans cette place la manutention et des approvisionnements pour pouvoir
nourrir votre armée, lorsqu’elle sera arrivée à Genève, les événements
de l’armée d’Italie obligeaient à la faire filer par le mont Cenis. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 6 floréal au VIII (26 avril 1800)Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 5 floréal. Puisque la 19e légère n’arrive que le 26 floréal, je crois que vous feriez bien de mettre en place dans la division Loison la 13e légère, qui arrive le 10 floréal. Vous mettriez la 19e légère avec la 70e et la 72e, qui pourront partir de Dijon à la fin de floréal. Ainsi,
voici comment je vois votre armée : La division Loison, composée des 13e légère, 58e, 60e de ligne : 6 à 7 000 hommes. La division Chambarlhac, composée des 24e légère, 58e, 96e de ligne : 9 000 hommes. La division Boudet, composée des 9e légère, 30e, 59e de ligne : 7 à 8 000 hommes. La division Watrin, composée des 6e légère, 22e, 40e de ligne : 6 à 7 000 hommes. Ces quatre divisions disponibles et prêtes à marcher au 10 floréal. La 5e division, du général Chabran, composée de neuf bataillons des quinze de l’armée d’Orient, que vous formerez en brigades comme je l’avais projeté, cela vous formerait une division de 6 000 hommes, qui pourrait marcher après les quatre premières divisions. La 6e division, qui pourrait partir de Dijon du 25 au 30 floréal, serait composée des 19e légère, 70e, 72e de ligne : 6 à 7 000 hommes. La 7e division serait composée de la 17e légère et des six bataillons restants des quinze de l’armée d’Orient. Et,
enfin, vos 4 000 Italiens, en laissant un dépôt qui puisse former les
3 ou 4 000 Italiens qui sont encore dans les différentes parties de la
France, et qui se rendront à Dijon lorsque le mouvement sera démasqué. Ainsi
il me semble que le 15 floréal vous pourrez avoir à Genève, prêts à se
porter partout où il sera nécessaire : 1). Les quatre premières 28 à 30 000 hommes ; 2). La 5e division Chabran 5 à 6 000 hommes ; 3) Quelques jours après, les Italiens 4 000 hommes ; .... Total 40 000 hommes. Au
30 floréal, vous pourriez avoir à Genève : La 6e division 6 à 7 000 hommes ; Et vers le 15 prairial, la 7e division 6 000 hommes ; Le général Turreau pourrait vous seconder avec 3 000 hommes ; Les troupes de l’armée du Rhin qui sont dans le Valais 3 000 hommes ; Ainsi,
vous pourriez être arrivé à Aoste et à Suse du 20 au 30 floréal, avec
44 000 hommes d’infanterie, et vous seriez suivi, à dix jours de
distance, par une division complète de 8 000 hommes, et, à vingt
jours, par six autres mille hommes ; indépendamment du détachement
de l’armée du Rhin proportionné aux circonstances où elle se trouvera,
et qui pourra aller depuis 30 jusqu’à 10 000 hommes, selon les événements.
Mais je vous vois assuré, appartenant à vous, de 50 à 60 000 hommes
d’infanterie. Quant
à la cavalerie, vous avez : Les 11e, 12e de hussards 800 hommes Les 2e, 7e, 15, 21e de chasseurs 1 400 hommes Les 8e, 9e de dragons 800 hommes Les 2e, 3e, 20e de cavalerie 1 000 hommes Total 4 000 hommes C’est
une cavalerie suffisante pour vos dix ou quinze premiers jours d’opérations. Les 11e de hussards, 15e de chasseurs, 9e de dragons, 3e de cavalerie vont faire partir au commencement de la décade, à eux quatre, un millier d’hommes qui vous arriveront à temps. Les 11e de hussards, 1er et 5e de cavalerie et 5e de dragons partiront dans le courant du mois ; ils auront avec eux six pièces d’artillerie, et feront, à eux quatre, 1 800 hommes bien montés et bien harnachés. Ainsi, vous vous trouverez avoir de suite 4 000 hommes, et 3 000 hommes qui seront à vous, à temps. Ne mettez avec les divisions que des chasseurs et des hussards, et tenez tous vos dragons réunis. J’ai fait donner l’ordre aux 19e légère, 70e, 72e demi-brigades et au 20e de cavalerie de brûler les étapes. Infanterie
disponible tout de suite 44 000
hommes Cavalerie 4 000 hommes Artillerie 2 000 hommes Total 50 000 hommes Derrière
vous : Infanterie 8 000 hommes Cavalerie 3 000 hommes Total 11 000 hommes 7e division, pour mémoire Total 61 000 hommes Voilà
60 000 hommes qui, après les sottises que viennent de faire les
Autrichiens en s’enfournant dans la Rivière de Gênes, vous mettent à même
d’agir sans avoir besoin de personne. Quant à l’artillerie, vous avez quarante-huit bouches à feu. Cela fait huit bouches à feu par chacune de vos cinq premières divisions et un petit parc. Diminuez le nombre de vos obusiers et augmentez le nombre de vos pièces de 4, puisque vous en avez à Auxonne. Cela vous sera d’un très bon service et beaucoup plus facile pour le transport. La colonne du général Turreau pourra amener cinq ou six pièces de Briançon. On aura le temps de préparer à Auxonne les pièces nécessaires pour votre sixième division. 600 chevaux sont partis hier, partent aujourd’hui et demain de Versailles. Les six pièces de la garde sont très bien attelées. Vous pouvez les laisser à la cavalerie et disposer de son double approvisionnement pour les autres divisions. Quant aux cartouches, Briançon pourra vous en fournir ; faites filer sur Genève toutes celles qui se trouvent à Grenoble et à Besançon. Faites établir un atelier à Genève. En se donnant un peu de mouvement et avec un peu d’argent, on doit trouver dans une ville comme Genève du plomb pour un million de cartouches. Laissez tous les dépôts à Dijon et sur la Saône, afin que les conscrits, à mesure qu’ils arrivent, aient une première formation, et de là puissent alimenter l’armée. Laissez les cadres des six bataillons de l’armée de réserve ; ils seront complétés par les conscrits, qui arriveront, afin que, dans le courant de prairial, la 17e légère et les deux demi-brigades formées de ces six bataillons puissent vous former une 7e division. Je me trouverai à Genève, où je ferai toutes les substitutions de troupes selon les événements qui auront eu lieu à l’armée du Rhin, en laissant la division Chabran sur la défensive dans la Suisse, et faisant marcher des demi-brigades mieux organisées. Les divisions sont assez fortes à trois demi-brigades. Il faut que vous ayez dans la main au moins cinq ou six divisions. Deux pièces de 4, trois de 8, un obusier, me paraissent à la rigueur pouvoir former l’artillerie d’une division, et, si vous n’avez pas assez d’attelages dans une division, mettez trois pièces de 4 et deux de 8. Que le général Marmont envoie un officier supérieur à Briançon et un à Grenoble, pour faire filer tout ce qu’il est possible ; que ces officiers soient munis d’un ordre de vous, en mettant la responsabilité sur les officiers d’artillerie et sur les commandants des cantonnements. Il est nécessaire que le général Marmont ait l’état des cartouches et approvisionnements d’artillerie qui se trouvent à Briançon et dans les places du Dauphiné. Je fais partir demain 200 hommes de ma garde. Envoyez le général Marescot au Saint-Bernard, afin qu’il soit de retour à Genève le 15 floréal, avec des croquis exacts de la route. S’il a des pionniers, qu’il les mène avec lui. J’espère être, le 10 ou le 11, à Dijon, si rien ne s’y oppose. Tout à vous. Amitié. Bonaparte Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
Paris, 1er floréal an VIII (27 avril 1800)Votre aide de camp arrive à l’instant, Citoyen Général. Je désire que vous réunissiez toute l’armée à Genève, et que vous donniez des ordres pour que l’on transporte à Villeneuve, par le lac, du biscuit, du blé et de l’eau-de-vie. Sur les deux millions que vous a remis le général Murat, vous verrez qu’il y a 300 000 francs pour Lambert ; faites-les-lui passer sur-le-champ. Il est parti hier 200 chevaux avec un convoi pour Dijon. J’ai envoyé des aides de camp à Châlons-sur-Marne, à Tours, etc., pour faire passer le plus promptement possible des cartouches à Genève et à Dijon. Il part demain un million pour votre armée. Il part aujourd’hui 100 milliers de plomb pour Auxonne. Je vais prendre des mesures pour faire partir, dans la décade et sans séjours, tous les chevaux qui se trouvent à Versailles. Mon projet ne serait plus de passer par le Saint-Gothard ; je ne regarde cette opération possible et dans les règles ordinaires de la prudence que lorsque le général Moreau aurait obtenu un grand avantage sur l’ennemi. D’ailleurs il est possible que ce ne soit plus à Milan où il faille aller, mais que nous soyons obligés de nous porter en toute diligence sur Tortone, pour dégager Masséna, qui, s’il a été battu, se sera enfermé dans Gênes, où il a pour trente jours de vivres. C’est donc par le Saint-Bernard que je désire que l’on sera à même de se porter sur le lac Majeur et sur Milan en peu de marches et dans un pays abondant et tel qu’il nous le faut, s’il devenait inutile de se porter tout de suite sur la Rivière de Gênes. D’ailleurs, l’opération de passer par le Saint-Bernard me paraît beaucoup plus proportionnée à vos moyens actuels, puisque vous n’aurez à vous nourrir que depuis Villeneuve à Aoste, pouvant transporter vos vivres par le lac à Villeneuve ; vous n’avez que quatre jours de Villeneuve à Aoste. Vous voyez que, dans l’une ou l’autre de ces opérations vous aurez toujours, ou les débouchés du Dauphiné par votre flanc droit, ou les débouchés de. la Suisse, occupés par l’armée du Rhin, par votre flanc gauche. Ainsi, dans tous les cas, vous avez une ligne d’opération assurée, et vous restez en contact avec la République. Si vous vous portez sur Milan, tout ce qui sera sur le Saint-Gothard ou le Simplon vous joindra successivement. Je partirai d’ici le 10 pour Genève : je passerai par Dijon. Bonaparte Que
de Lyon, de Chambéry et de Grenoble, tout le biscuit, etc., soit mis sans délai
en marche pour Genève. Dépôt de la guerre
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