| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome
deuxième Paris - 1876 Milan, 15 prairial au VIII (4 juin 1800.Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 13. Faites filer à grandes journées en Lombardie votre cavalerie et toute votre infanterie, et rendez-vous, de votre personne, le plus tôt possible, à Milan. Nous avons pris, à Pavie, le parc des Autrichiens, 300 pièces de canon, 200 milliers de poudre, etc. Les troupes manœuvrent pour passer le Pô à Plaisance et Castel-San-Giovanni, et pour couper l’armée autrichienne qui, le 8 prairial, était à Nice, et, le 13, devant Gênes. Vous sentez donc combien il est nécessaire de brusquer votre mouvement sur la Lombardie. Archives de l’Empire. Bonaparte
391. Milan, 19 prairial an VIII (8 juin 1800)Je vous envoie, Citoyen Général, copie de la traduction des lettres de Melas. Vous verrez la situation de son armée. Il espère que le général Elsnitz sera le 17 à Ormea ; ce qui ferait, le 18 à Ceva, le 19 à Salicetto, le 21 au soir, fort tard et harassé de fatigues, à Acqui, en supposant qu’il prenne cette route. Je compte que le général Ott sera parti de Gênes le 17 au matin. Il sera le 20 au soir à Alexandrie ou à Voghera. Le général Hadik, en supposant qu’il ait quitté sa position de l’Orco avec le quartier général, ne peut pas être à Alexandrie avant le 22. Ces trois divisions réunies, après les pertes qu’elles ont essuyées en blessés, tués, prisonniers, malades, ne forment pas plus de 18 000 hommes hongrois et autrichiens et 2 000 Piémontais. Je ne comprends point la cavalerie. La division du général Lannes, qui est forte de 8 000 hommes, compris sa brigade de cavalerie, peut se mettre en marche demain pour Voghera. La division Victor l’appuierait, ainsi que les divisions Monnier et Gardanne, ce qui, compris la cavalerie, vous formerait 23 ou 24 000 hommes. Le général Murat et le général Duhesme, qui à eux deux ont 10 000 hommes, suivraient également le mouvement. Ainsi vous presseriez Melas avec ce corps d’armée. Le général Moncey, avec les Italiens, aurait un corps au-delà de l’Oglio ; Un corps bloquant la citadelle de Milan. Un troisième corps, pour la défense du Tessin, longerait la rive gauche du Pô, toujours à la hauteur de l’armée, ce qui faciliterait les moyens de passer d’une rive à l’autre ; et enfin, en cas que l’ennemi passât le Pô, ce corps d’armée fuirait devant lui, se réunirait avec tout ce qu’il pourrait y avoir de troupes arrivées à Milan, pour défendre le Tessin. Je serai bientôt à Pavie ; nous nous concerterons ensemble pour ce mouvement. Pour cette nuit, ordonnez aux généraux Lannes et Victor de prendre, le premier, une bonne position à Voghera, le second, à une lieue et demie en arrière. Donnez au général Victor toute la cavalerie que vous avez. Vous sentez qu’il est essentiel qu’ils aient leurs cartouches, qu’ils en aient même à leur suite, et qu’ils aient leur approvisionnement complet. Les généraux Monnier et Gardanne n’ont point d’artillerie, il est nécessaire qu’on puisse leur en donner de celle qu’on a trouvée à Pavie, n’importe de quel calibre. On n’entend point parler du général Chabran, de la 72e, ni de toute l’artillerie du Saint-Bernard. Si le passage du Pô vous avait retardé de manière que vous ne fussiez pas prêt pour ces mouvements, contentez-vous de faire prendre une position à l’avant-garde à Casteggio. Envoyez l’ordre au général Chabran de filer avec toutes les troupes qu’il a à ses ordres à Verceil, en envoyant à Casale des patrouilles pour prendre langue. Il laissera une bonne garnison au château, de Bard et dans la citadelle d’Ivrée. Bonaparte S’il
se présente des troupes entre Voghera et Stradella, qu’on les attaque
sans ménagement ; elles sont, à coup sûr, inférieures à 10 000
hommes. Prenez des renseignements. Nommez une municipalité à Pavie ; j’en ai nommé une bonne à Milan. Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
392. Milan, 19 prairial au VIII (8 juin 1800)Vous trouverez ci-joint, Citoyen Général, différents imprimés qui vous feront connaître la situation de l’armée. Nous avons passé le Pô à Stradella et Plaisance. Nous sommes maîtres d’Orzinovi, Crema, Brescia, Crémone. Melas est sans communication ses magasins, ses hôpitaux, ses courriers, tout est pris. Un courrier, intercepté ce matin à Plaisance, nous apprend que Gênes a capitulé. La garnison n’est point prisonnière de guerre ; ainsi elle doit être réunie à vous lorsque vous recevrez ce courrier. Elsnitz est arrivé hier, 18, à Ormea. J’imagine que vous êtes à sa piste. Le général Gorrupp, que vous avez poussé à Braus, a seul pu gagner le col de Tende. Il commande à Coni, dont son corps forme la garnison. Si le corps du général Masséna vous a joint, vous devez être fort. Je vais me mettre à la poursuite de l’ennemi, qui a le projet de se réunir sur Alexandrie. Il est possible que, lorsque j’arriverai, il ne soit pas en mesure et qu’il recule soit du côté de Turin, soit du côté de la Rivière de Gênes. Il est difficile que je vous donne des instructions positives, parce que je ne connais ni vos forces, ni ce qui est arrivé ; mais votre seul but doit être celui-ci : tenir en échec un corps égal au vôtre. Une fois que vous aurez la tête sur Ceva, vous aurez indirectement, par les habitants du pays, des nouvelles de l’armée, ce qui vous mettra à même de manœuvrer pour la rejoindre. Archives de l’Empire. Bonaparte Milan, 20 prairial an VIII (9 juin 1800)Vous trouverez ci-joint, Citoyen Général, des lettres du général Suchet. Vous y verrez que, depuis la prise de Braus à l’évacuation de la ligne de Vintimille, il a fait 1 500 prisonniers à l’ennemi. Je ne vois pas d’inconvénient que le général Murat passe encore toute la journée d’aujourd’hui à Plaisance. Je n’ai reçu aucune nouvelle du général Duhesme, ni de Loison ; donnez-lui l’ordre de se rendre à Plaisance : il servira de réserve. Il faut penser à aucune espèce de siège jusqu’à ce qu’il y ait eu une bataille. Quatre pièces ne sont rien s’il n’y a 1 000 coups par pièce, et le général Marmont ne peut pas les envoyer sans désorganiser son équipage de campagne. Il faut penser à la défense du Tessin à celle de l’Oglio ou de l’Adda, et enfin du pont de Plaisance. Il faut charger le général Moncey de toutes ces opérations. Le général Lorges, avec les 2 000 Cisalpins de Lechi, un bataillon de la 12e légère, 2 bataillons de la 67e, et 400 chevaux des premiers qui arriveront du Rhin, formerait un camp volant destiné à couvrir Brescia et Crémone. Il manœuvrerait selon les circonstances, pourrait se tenir entre la Chiese et Orzinovi. Ce corps serait successivement renforcé à mesure que la queue du général Moncey arriverait. Un second corps, composé des 1 600 Cisalpins partis ce matin pour Plaisance, un bataillon de la 12e légère et un de la 1re serait chargé de bloquer Pizzighettone et le château de Plaisance. Un général de brigade commanderait ce corps, se tiendrait avec le quart en réserve à Codogno, pour pouvoir, selon les circonstances, se porter au secours de Pizzighettone ou de Plaisance. Le 3e corps, composé d’un bataillon de la 12e, un de la 1re et un de la 27e, formerait le blocus de la citadelle de Milan. Enfin un bataillon, avec 200 hommes de cavalerie, se tiendrait sur le Tessin pour observer Buffalora jusqu’à Sesto, et se mettrait en communication avec le général Béthencourt. Il resterait toujours à garder la partie du Tessin entre Pavie et Buffalora. Il faudra qu’une des petites divisions Lapoype ou Gardanne file sur la gauche du Pô, en se tenant toujours à la hauteur de l’armée, de manière à pouvoir se replier si l’ennemi passait le Pô, et disputer le Tessin de manière à donner à l’arrière-garde le temps d’arriver. Il sera donc nécessaire d’avoir toujours une division une journée en arrière de l’armée, en réserve, et d’avoir sur le Pô quelques barques suivant les mouvements de l’armée, qui puissent établir la communication aussi rapide que possible entre une division qui restera sur une rive et l’armée. S’il était possible d’avoir une petite barque, et d’y mettre une pièce de 3, cela pourrait être de la plus grande utilité. Je serai à Pavie à deux heures après midi ; je vous prie de m’y attendre. J’ai fait demander au commandant de la Lombardie, en payant ou autrement, une centaine de chevaux ; tâchez aussi d’en trouver à Pavie. Cette ville, qui s’est toujours plus mal comportée, mérite moins d’égards que Milan. Bonaparte Dépôt de la guerre
Milan,
1er messidor
an VIII (20 juin 1800)
Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 30 prairial. Dirigez sur Milan tous les attelages et moyens de transport que vous avez su réunir pour votre équipage de siège, surtout le plus d’ouvriers que vous pourrez. Vous trouverez à Alexandrie, Tortone, Turin, de quoi former votre équipage de siège, qui servira à assiéger Peschiera et Porto-Legnago. Bonaparte Archives de l’Empire
Milan, 6 messidor an VIII (25 juin 1800)Je pars, Citoyen Général, pour me rendre à Paris. J’irai ce soir coucher à Verceil. Berthier se rend à Turin pour organiser le Piémont. Il prendra des renseignements sur ce que ce pays peut fournir à l’armée. Je ne sais ce que Gênes peut fournir. La Cisalpine donnera deux millions par mois. Je laisse ici un détachement de la garde des Consuls, à pied et à cheval, avec mes chevaux et mes bagages, afin que, si les circonstances l’exigeaient, je puisse revenir promptement, et surtout pour en imposer aux ennemis et aux Italiens. D’ici, d’ailleurs, je pourrai les diriger dans l’endroit où je croirai devoir me porter. Mon intention est de conserver le logement que j’ai occupé, meublé tel qu’il est. Je laisse le citoyen Lacuée, mon aide de camp, qui restera ici jusqu’au 11 ou au 12. Vous le ferez partir avec vos dépêches. D’ici à ce temps-là, vous commencerez à connaître votre situation ; vous aurez organisé votre armée. Prévenez exactement le ministre de la guerre de la route que tiennent les différents corps qui retournent dans l’intérieur, et surtout ne perdez pas un instant à organiser votre artillerie, afin de pouvoir entrer en campagne dans quinze jours. Faites mettre quelques pièces de canon dans le château de Brescia et à Orzinovi ; ce sont des postes utiles à vos opérations. Je ne pouvais pas vous donner une plus grande marque de la confiance que j’ai en vous que de vous remettre le commandement de la première armée de la République, de celle qui exige la réunion des talents militaires, politiques et d’une sévère probité. Bonaparte 396. Paris, 14 messidor an VIII (3 juillet 1800)Bonaparte,
Premier Consul de la République arrête : ARTICLE PREMIER. À dater du 20 messidor, les 24e, 25e, et 26e divisions militaires font partie de l’armée de Batavie. ART. 2. Le général en chef Augereau se portera à Düsseldorf, avec. un corps de 8 000 Bataves et de 6 000 Français de l’armée de Batavie, où il se fera joindre par 6 000 hommes qu’il retirera des 24e, 25e et 26e divisions militaires, et un parc d’artillerie composé au moins de cinquante pièces de canon. ART. 3. Le lieutenant général Victor se rendra sur-le-champ en Batavie, pour y commander sous les ordres du général en chef Augereau. ART. 4. Le but du corps d’armée du général Augereau sera de menacer la Bohême, d’obliger l’Autriche à regarnir ses places, d’appuyer le flanc gauche de l’armée du Rhin, autant que possible, et enfin d’obliger tous les petits princes d’Allemagne à faire leur paix séparée, après leur avoir imposé des contributions. Le général en chef ne s’éloignera cependant jamais à plus de huit à dix journées du Rhin, afin de pouvoir retourner à la défense des côtes. ART. 5. Le ministre de la guerre présentera un projet d’instructions qu’il donnera, à cet effet, aux généraux en chef. Bonaparte
Paris, 14 messidor an VIII (3 juillet 1800).Le ministre de la guerre vous aura fait passer, Citoyen Général, l’arrêté relatif à l’accroissement de votre armée et aux mouvements de nos troupes. Vous y verrez qu’au lieu de 7 000 Bataves je désire que vous en ayez 8 ou 9 000. Le ministre des relations extérieures écrit en conséquence au citoyen Semonville, pour expliquer que les 7 000 hommes demandés étaient d’infanterie et présents sous les armes, et qu’il sera nécessaire d’y ajouter 1 500 hommes, cavalerie et artillerie. Les événements d’Italie et du Rhin sont tels qu’il est probable que nous ne tarderons pas à avoir un armistice général. J’en retarderai la conclusion le plus qu’il me sera possible, afin de vous donner le temps de vous établir au milieu de l’Allemagne ; il ne faut donc pas perdre un instant. Le général Victor va se rendre en qualité de lieutenant général à votre armée. Vous lui confierez, sous vos ordres et pendant votre absence, le commandement de la Batavie. Mettez vos troupes en marche et rendez-vous le plus tôt possible à Mayence ; aussi bien, je crois que cette place a besoin d’une inspection extraordinaire. Cependant, si vous désirez passer à Paris sans que cela retarde considérablement votre marche, je serai fort aise de vous voir. Vous connaissez l’amitié que j’ai pour vous. Je vous salue affectueusement. Bonaparte
Paris, 22 messidor an VIII (11 juillet 1800)D’après la convention, Citoyen Ministre, faite entre le général Berthier et le général Melas, la moitié des approvisionnements qui se trouvaient dans les places fortes que les Autrichiens ont évacuées devait leur appartenir ; l’autre moitié est à l’armée française. Les inventaires ont été faits ; les Autrichiens ont proposé de vendre leur moitié à l’armée française. Donnez les ordres pour que cette proposition soit acceptée, et pour que les magasins des places de Tortone, Alexandrie, Gavi, Turin, Pizzighettone, soient le plus promptement possible complétés de la manière suivante : Alexandrie,
pour
3 000 hommes Tortone 1 800 hommes Gavi
500 hommes Turin.
1 800 hommes Pizzighettone
600 hommes pendant six mois. Désignez
un général, un officier supérieur d’artillerie, un officier supérieur
du génie, un commissaire des guerres, un garde-magasin qui seront attachés
à chacune de ces places, et ne pourront être changés que par un ordre de
vous. Donnez au citoyen Daru, inspecteur aux revues, l’ordre de faire dresser dans chacune des places désignées, un procès-verbal, signé par le général, le commissaire des guerres et le garde-magasin attachés à la place, qui constate les approvisionnements existants, et ceux manquants et nécessaires. Ordonnez de compléter ces derniers. On peut prendre les objets nécessaires dans les places non conservées. Prenez des mesures pour vous assurer de la prompte démolition des places non conservées, et spécialement du château de Bard, des citadelles d’Ivrée et de Milan. Faites connaître au général Masséna qu’il paraît que la cour de Vienne suit son système accoutumé de gagner du temps. Dites-lui de se tenir prêt à déclarer, au commencement de thermidor, à M. de Melas, que les hostilités recommenceront le 10, puisque le temps pour le retour du courrier est passé et que la cour de Vienne ne répond pas ; qu’il fasse ses dispositions en conséquence, et qu’un courrier, qui partira d’ici le 26, portera au général Masséna les derniers ordres du Gouvernement sur cette déclaration. Faites-lui sentir combien il est important qu’avant de commencer les hostilités il ait fait sauter les citadelles de Milan et de Plaisance, et transporter en France et à Gênes l’artillerie qui serait dans ces deux places et à Pavie. Recommandez-lui de faire approvisionner ses différentes places fortes de manière qu’elles puissent tenir. Bonaparte Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
399. Paris, 26 messidor an VIII (15 juillet 1800)Vous partirez, Citoyen, demain pour Milan. Vous prendrez chez le citoyen Dufresne, directeur du trésor public, un million, partie en or, partie en lettres de change. Vous verserez cet argent dans la caisse du payeur de l’armée à Milan. Vous me rapporterez l’état de situation de l’armée et l’organisation qu’elle a reçue, ainsi que celui du nombre de pièces attelées. Vous causerez, à cet effet, avec le chef de l’état-major et le commandant de l’artillerie. Vous visiterez la citadelle de Milan, et, à votre retour, les citadelles d’Alexandrie, Tortone, Turin ; vous prendrez note des approvisionnements qui se trouvent dans ces places, de l’organisation de l’artillerie, de l’état-major, et enfin de tout ce qui peut m’éclairer sur la véritable situation de l’Italie. Vous aurez soin, à Milan et à Pavie, de voir s’il y a encore beaucoup d’artillerie à évacuer sur les derrières, et si les mines sont prêtes pour faire sauter le château de Milan. Bonaparte Archives de l’Empire
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