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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

400.
Ordres à donner aux différentes armées en vue de la reprise des hostilités
Au citoyen Carnot, ministre de la Guerre

Paris, 5 thermidor an VIII (24 juillet 1800)

Je désirerais, Citoyen Ministre, que vous envoyassiez des courriers aux généraux Masséna, Moreau, Brune et Augereau, pour leur faire connaître qu’ils ne doivent pas s’endormir dans leurs préparatifs, par la suspension d’armes et par la mission que l’on suppose à M. de Saint-Julien. Qu’ils prennent toutes les mesures pour pouvoir entrer en campagne au premier ordre qu’ils en recevront.

Ordonnez au général Moreau de concentrer toutes ses forces sur le Danube ;

Au général Augereau, de prendre position de manière à remplacer le général Sainte-Suzanne ;

 Au général Brune, d’occuper la Suisse et le pays des Grisons. Par là il se trouverait opposé aux troupes que l’ennemi a dans le Tyrol et dans la partie des Grisons qu’il occupe, et le général Moreau pourra retirer vers lui toutes les troupes qu’il a dans la Suisse ou dans cette partie des Grisons.

Assurez le général Moreau de la confiance du Gouverne­ment dans ses talents, et que le jour où les hostilités commen­ceraient, l’armée du général Augereau et celle du général Brune agiraient sous sa direction.

Faites connaître au général Masséna que Brune qui se porte en Suisse, occupera les Grisons et pourra alternativement porter assistance à lui et au général Moreau.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

401.
Défense au général Foissac-Latour
de porter l’uniforme français
Au citoyen Carnot, ministre de la Guerre

Paris, 5 thermidor an VIII (24 juillet 1800)

Les Consuls sont instruits, Citoyen Ministre, que le citoyen Foissac-Latour[1] est de retour d’Autriche, et déshonore, en le portant, l’habit de soldat français. Faites-lui connaître qu’il a cessé d’être au service de la République le jour où il a lâchement rendu la place de Mantoue, et défendez-lui expressément de porter aucun habit uniforme. Sa conduite à Mantoue est plus encore du ressort de l’opinion que des tribunaux ; d’ailleurs, l’intention du Gouvernement est de ne plus entendre parler de ce siège honteux, qui sera longtemps une tache, pour nos armes.

Le citoyen Foissac-Latour trouvera dans le mépris public la plus grande punition que l’on puisse infliger à un Français.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

402.
Décision sur la proposition de confirmer des promotions faites par Masséna et Suchet

Paris, 19 thermidor an VIII (7 août 1800)

Le ministre de la guerre propose aux consuls de confirmer les nominations d’officiers généraux et d’état-major faites par le général en chef Masséna et par le général de division Suchet, son lieutenant, pendant le blocus de Gênes.

Le général Masséna déclare qu’elles ont été faites sur le champ de bataille, et qu’elles sont le prix de la bravoure et du dévouement ; il désire qu’elles soient approuvées, afin qu’il puisse donner aux officiers avancés ce nouveau témoignage de la bienveillance du Premier Consul pour les braves qui se dévouent à la défense de l’État.

Ces promotions paraissent bien nombreuses ; en avançant ainsi tant d’officiers, on leur nuit plus qu’on ne leur est utile, surtout pour ceux qu’on fait généraux. Je désire connaître si on s’est conformé aux règlements sur l’avancement sur le champ de bataille.

Le Premier Consul accorde l’avancement demandé pour ceux d’un grade inférieur à ceux de général et d’adjudant commandant.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

403.
Instructions pour prendre le commandement de l’armée d’Italie en remplacement de Masséna
Au général Brune

Paris, 25 thermidor au VIII (13 août 1800)

Le ministre de la guerre vous envoie par le présent courrier, Citoyen Général, l’ordre d’aller prendre le commandement de l’armée d’Italie.

C’est la principale armée de la République, sous le point de vue militaire, et spécialement sous le point de vue politique. C’est la plus grande marque de confiance que je puisse person­nellement vous donner.

Comme il y a encore à l’armée d’Italie un grand nombre de demi-brigades extrêmement faibles, je ne vois pas de difficulté à ce que vous fassiez partir toutes les troupes d’infanterie qui sont en bon état et habillées qui se trouveraient au camp de Dijon. Laissez le commandement de l’armée de réserve, provisoirement et jusqu’à ce que le Gouvernement y ait pourvu, au plus ancien officier général.

Vous trouverez l’armée d’Italie dans une assez bonne situation ; mais la dilapidation y est à son comble, et les indivi­dus qui approchent le plus Masséna se trouvent les plus accu­sés. Vous recevrez des instructions politiques et administra­tives qui vous sont nécessaires pour y porter la réforme.

Faites connaître au ministre de la guerre la quantité de troupes que vous emmènerez du camp de Dijon.

L’on diminuera l’armée d’Italie d’autant, en faisant porter cette diminution sur les corps les plus nus et les plus affaiblis.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

404.
Mouvements à prescrire pour la reprise
des hostilités
Au citoyen Carnot, ministre de la Guerre

Paris, 11 fructidor an VIII (25 août 1800)

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner les ordres :

De manière que le général Moreau manœuvre pour jeter l’ennemi derrière l’Enns : je désirerais qu’il commençât les hostilités plus tard le 22 fructidor.

Pour que le général Augereau borde la Rednitz lorsque le général Moreau aura passé l’Inn, et pousse des partis sur la Bohême pour donner de l’inquiétude à l’ennemi, sans cependant se compromettre ;

Pour que le général Macdonald occupe, le plus possible, Coire, Feldkirch, Glaris, et se porte Bolzano, lorsque l’armée du Rhin aura commencé son mouvement, afin d’opérer une diversion favorable à l’armée d’Italie ; il serait utile qu’il pût être arrivé à Bolzano le 1er vendémiaire ;

Pour que le général Brune se porte sur l’Adige, afin de donner, à Trente, la main à l’armée de réserve.

Je désirerais que le général Brune se trouvât à Vérone du 1er au 5 vendémiaire.

L’armée d’Italie aura un équipage de siège de vingt bouches à feu, pour attaquer sur-le-champ Peschiera et s’emparer de ce poste important. Après avoir pris Peschiera, elle s’emparera de Porto-Legnago. Elle fera le blocus de Mantoue, en y employant principalement des Italiens et des Polonais.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

405.
Refus de le remplacer au ministère
Au citoyen Carnot, ministre de la Guerre

Paris, 14 fructidor an VIII (1er septembre 1800)

Les Consuls désirent, Citoyen Ministre, que vous continuiez les fonctions que vous exercez depuis six mois avec autant de zèle que d’utilité pour la patrie.

Vous avez amélioré l’administration de la guerre ; mais il reste encore de plus grandes améliorations à faire. Il faut que votre ministère, lorsque vous le quitterez, ait tracé une marche d’économie et d’ordre dont l’influence se fasse longtemps sentir.

Des indispositions passagères ne peuvent pas être suffi­santes pour vous empêcher d’achever votre ouvrage.

Dans toutes les carrières, la gloire n’est qu’au bout.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

406.
Instructions à donner à Macdonald et à Brune
Au citoyen Carnot

Paris, 4e jour complémentaire an VIII
(21 septembre 1800)

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’expédier un courrier extraordinaire aux généraux Brune et Macdonald.

Vous ferez connaître au général Macdonald qu’il faut qu’il franchisse tous les obstacles pour être arrivé le 10 vendémiaire à Botzen et faire aussitôt des détachements sur Trente ;

Au général Brune, qu’il faut qu’il concentre toutes ses forces sur la rive gauche du Pô. Un très petit nombre d’Italiens et de Français est suffisant sur la rive droite. C’est dans le carré compris entre le lac de Garde et Borghetto et la Chiese que doit se donner la première action qui décidera de la campagne si l’ennemi veut prendre l’offensive. Il faut donc qu’il réunisse les cinq sixièmes de son armée le long de la Chiese, occupant Donato, Castiglione et Montechiaro.

Dans cette situation, le 10 vendémiaire, le mouvement du général Macdonald commencera à inquiéter l’ennemi, et alors il faudra se présenter pour passer le Mincio entre Peschiera et Borghetto. Le Mincio est si étroit, que deux ponts seront bientôt construits.

Il doit laisser très peu de monde dans la Valteline, et laisser un corps d’observation assez fort à Rocca-d’Anfo et à Lodrone ; ce qui inquiétera l’ennemi pour Riva et Trente.

Donnez l’ordre aux grenadiers et aux bataillons de la 104e, qui sont à Lyon, de se rendre à marches forcées à Coire, pour y prendre les ordres du général Macdonald.

Recommandez au courrier que vous dépêcherez au général Brune de faire grande diligence, car, d’après les renseignements que j’ai reçus, je crains qu’il n’y ait déjà de mauvaises dispositions de faites.

Recommandez aux généraux de vous tenir un peu plus au fait de leurs plans et dispositions.

Bonaparte

Dépôt de la guerre
(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

407.
Instructions ;
Positions à garder en cas d’attaque de l’ennemi
Au général Brune,

commandant en chef l’armée d’Italie

Paris, 30 vendémiaire an IX (22 octobre 1800)

Je reçois, Citoyen Général, votre courrier du 24 vendé­miaire. Je vous ai fait connaître, par ma dernière dépêche, la situation politique du Piémont. Faites écrire, et dites que, si j’appelle à Paris M. de Saint-Marsan, c’est pour concerter avec lui la manière dont on pourrait indemniser le roi de Sardaigne.

Le général Macdonald a ordre d’étendre son armée jusqu’à la Valteline ; cela doit s’entendre pour les opérations militaires, car ce pays continuera à faire partie de la Cisalpine. Par ce moyen, les troupes de l’armée d’Italie seront plus concentrées, et le général Macdonald pourra appuyer votre armée de sa droite ou même de toute son armée, si cela devient nécessaire.

Faites donc finir promptement ce qui se passe à Gênes ; envoyez-y un officier qui soit d’accord avec Dejean, par exemple le général Dulauloy. Concentrez toutes vos troupes au-delà de l’Adda. J’estime que vous ne devez pas laisser à Gênes plus de 500 hommes, surtout occupant la Toscane. Tirez de Nice tout ce qu’il sera possible.

La 52e, qui est de 2 500 hommes, part de Dijon et se rend à marches forcées à Milan.

J’espère que le général Delmas sera arrivé ; je connais bien les généraux que vous avez ; j’estime que c’est un homme dont vous avez besoin.

Faites connaître à la 96e demi-brigade et à la 24e légère qu’en témoignage de la conduite qu’elles ont tenue au passage du Saint-Bernard je fais présent de bonnets aux grenadiers.

Défendez que l’on fasse aucune proclamation en Toscane ; prenez sans bruit toutes les mesures que vous croirez nécessaires à la police ; surtout faites des exemples sévères et désarmez promptement, afin que vous puissiez rappeler la plus grande partie des troupes du général Dupont sur la rive gauche du Pô.

À mon sens, si l’ennemi vous attaque pour délivrer la Toscane, vous devez l’attendre sur les hauteurs de Castiglione, Lonato ou Montechiaro. Moquez-vous de tout ce qu’il pourrait faire sur la rive droite du Pô ; tant que vous serez là, ce ne sera rien de sérieux. 300 hommes dans le petit Château du fort Urbain, avec 15 pièces de canon et des vivres pour un mois, seraient d’un bon effet. 500 000 rations de biscuit dans le château de Brescia et dans Orzinovi vous rendraient maître d’agir comme vous voudriez et selon les circonstances.

Je viens de passer en revue aujourd’hui 6 000 grenadiers en éclaireurs que je vais faire partir pour Dijon, afin de former la réserve de la République.

Moreau est à Paris. Il va partir pour son armée. Depuis la convention de Hohenlinden, nous n’avons pas eu de nouvelles officielles de Vienne.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

408.
Projet d’arrêté relatif aux officiers et soldats réformés
Note pour le ministre de la Guerre

Paris, 4 brumaire an IX (26 octobre 1800)

Je prie le ministre de la guerre de me présenter un projet d’arrêté remplissant le but suivant :

Le ministre de la guerre fera faire un contrôle nominatif, par département, de tous les individus admis à la retraite ou au traitement de réforme, et qui ont servi.

Pareil état se trouverait à l’état-major de la division militaire pour les individus de la division.

Pareil état se trouverait, par département, chez le commandant du département, et par arrondissement, chez le sous-préfet.

Chaque officier réformé sera tenu d’avoir toujours chez lui son sabre et un fusil de munition, une giberne et trente cartouches.

Toutes les fois que le préfet du département, ou le sous-préfet, croirait avoir besoin d’un certain nombre de ces officiers pour prêter main-forte à l’autorité publique, il leur ferait une réquisition de se rendre à un jour fixe à un endroit désigné, où ils seraient sous les ordres soit du commandant du département, soit d’un officier délégué par le général commandant la division, pour de concert avec la gendarmerie, prêter main-forte à l’autorité publique.

Étendre cette formalité aux soldats qui jouissent de leur traitement.

Au moins une fois tous les trois mois, ils seraient tous réunis par le commandant du département, et passés en revue par un inspecteur, qui constatera qu’ils ont leurs fusils et qu’ils sont prêts à prêter main-forte à la loi lorsqu’il en serait besoin.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

409.
Projet de règlement sur la Gendarmerie
Au citoyen Fouché, ministre de la Police générale

Paris, 8 frimaire an IX (29 novembre 1800)

Je vous prie, Citoyen Ministre, de vous faire remettre, par l’inspecteur de la gendarmerie, un projet de règlement dont les bases seraient comme il suit :

1)   La gendarmerie serait partagée comme les divisions militaires, il y aurait donc vingt-cinq divisions de gendarmerie, y compris celle de la Corse.

2)   Il y aurait 14 à 1 800 brigades de gendarmerie à cheval, chacune de cinq hommes.

3)   Il y aurait de 7 à 900 brigades de gendarmerie à pied, chacune de dix hommes, de manière toutefois que cela ne coûtât pas davantage que ce qui existait au 1er vendémiaire an VIII.

4)   Chaque division de gendarmerie fournirait six brigades à pied et à cheval pour le service extraordinaire de Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. Cela formerait 150 brigades, dont 100 à cheval et 50 à pied.

Les 150 brigades seraient distribuées ainsi :

60 à cheval, 30 à pied, à Paris ;

14 à cheval, 7 à pied, à Lyon ;

14 à cheval, 7 à pied, à Marseille ;

12 à cheval, 6 à pied, à Bordeaux.

5)        Les brigades seraient changées et relevées par d’autres brigades de leur division, de manière qu’aucun gendarme ne restât plus d’un an de suite dans les villes ci-dessus nommées.

6)    Il sera formé un tableau de la distribution de ces brigades, par division, en ayant soin de placer les demi-brigades dans les pays coupés et montueux.

7)    La gendarmerie à cheval sera armée d’un fusil avec sa baïonnette, comme les dragons.

8)    Les brigades seront partagées en autant de compagnies qu’il y aura de départements dans la division, plus une réserve composée du tiers de la gendarmerie à cheval, pour se porter partout où les circonstances l’exigeraient. Dans les pays où il y aurait plus de gendarmerie à pied qu’à cheval, la réserve sera du tiers de celle à pied.

9)    Il faudrait spécialement mettre la gendarmerie à pied dans les départements ci-après :

La Corse, les Alpes-Maritimes, les Hautes et Basses-Alpes, l’Ardèche, la Lozère le Gard, les Basses et Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales, le Puy-de-Dôme, etc.

10)   Pour mettre de la régularité dans l’organisation, on pourrait partager en cinq classes les divisions de gendarmerie :

*) Celles où il ne faudrait que la gendarmerie à cheval ;

*) Celles où il ne faudrait qu’une compagnie de gendarmerie à pied ;

*) Celles où il en faudrait trois ; 

*) Celles où il en faudrait cinq ;

*) Celles où il faudrait toute la gendarmerie à pied et une compagnie de gendarmerie à cheval de cinq à six brigades.

Je vous prie de faire joindre au projet qui vous sera remis :

*) La distribution des brigades actuelles ;

*) Des projets sur l’économie que l’on pourrait faire ;

*) Les noms et les services des chefs de brigade et d’escadron actuellement en activité.

Je vous prie également de me rendre compte de toutes les lois existantes sur la gendarmerie, et de me présenter les changements qu’il serait nécessaire d’y faire pour que l’action de la police fût plus simple et plus active.

Je désire que vous me présentiez ce travail le 13 frimaire, à une heure. Vous mènerez avec vous l’inspecteur de la gendarmerie.

Bonaparte

Archives de l’Empire



[1]             François-Philippe de Foissac-Latour, général de division. Plusieurs membres de sa famille ont servi avec distinction sous l’Empire. Son fils fut aide de camp de Napoléon 1er, qui l’a élevé successivement du grade de lieutenant à celui de colonel, décoré et doté.

 

 

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