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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

230.
Ordre pour une réquisition de chevaux à Boulâq,
 au Caire, etc.

Quartier général, au Caire, 8 thermidor an VI
(26 juillet 1798)

Les Arabes assassinent à la fois les naturels du pays, les Français, et en général toute espèce de voyageurs ; ils menacent même d’attaquer la caravane : le général en chef, voulant mettre promptement ordre à cette poignée de brigands, a besoin de remonter le reste de sa cavalerie, et ordonne, en conséquence, dispositions suivantes :

1)             Tout habitant de Boulâq, du Grand-Caire, du Vieux-Caire, qui aurait des chevaux de selle, sera tenu de les remettre à l’état-major général de la cavalerie situé à………… vingt-quatre heures après la publication du présent ordre ; le commis­saire des guerres de la cavalerie et l’adjudant général chef de l’état-major de la cavalerie donneront un reçu des chevaux qui leur seront remis, et enverront, tous les jours, à l’état-major général la note des chevaux qui leur auront été remis et les noms des particuliers, mon intention étant de les faire solder.

2)             Tous ceux qui, sous quelque prétexte que ce soit, trois jours après la publication du présent ordre, seraient trouvés avoir des chevaux dans leurs écuries ou les avoir soustraits, seront condamnés à payer 1 000 francs d’amende pour chaque cheval soustrait et à recevoir vingt coups de bâton sur la plante des pieds, devant être considérés comme coupables des brigandages des Arabes et d’intelligence avec eux.

3)   Le général de cavalerie aura soin de préparer à Boulâq et au Caire un officier général de cavalerie avec le nombre d’hommes à pied qui sont nécessaires pour recevoir lesdits chevaux.

Il aura soin que demain il y ait 200 hommes à pied au Caire pour recevoir les chevaux qui seront livrés.

4)   Le présent ordre sera publié dans la journée de demain.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

231.
Camps retranchés à établir sur les derrières de l’armée
Au général Caffarelli

Quartier général, au Caire, 15 thermidor an VI
(2 août 1798)

Je désire, Citoyen Général, établir deux camps retranchés sur mes derrières :

L’un au Ventre-de-la-Vache, de manière à avoir deux pièces de 24 qui battent le canal de Damiette, et deux pièces de 24 qui battent celui de Rosette ;

L’autre à El-Rahmânyeh, de manière à avoir deux pièces de 24 qui battent le canal d’Alexandrie, et deux qui battent le Nil.

Nous sommes convenus de ce que nous voulions faire à Alexandrie ; il nous reste Aboukir et Rosette.

Je vous prie de faire lever le plan de l’embouchure du Nil depuis Rosette à la mer, et une lieue à droite et à gauche, et le plan de la côte d’Alexandrie à Rosette, afin que nous puissions déterminer ce qu’il y a à faire d’Alexandrie à Aboukir.

Je désire avoir la même chose pour Damiette.

Je vous salue.

Bonaparte
Comm. par M. le comte Caffarelli

 

232.
Ordre relatifs au casernement, aux dépôts, hôpitaux, magasins, etc.

Quartier général, au Caire, 15 thermidor au VI
(2 août 1798)

Bonaparte, membre de l’Institut national, général en chef, ordonne :

ARTICLE PREMIER. Le général du génie nommera un officier du génie pour le casernement de la place, y compris le Vieux-Caire et Boulâq.

ART. 2 Chaque demi-brigade de l’armée aura au Caire une maison qui lui sera affectée et où resteront ses gros bagages et son dépôt.

ART. 3. L’artillerie et le génie auront leur dépôt à Gyzeh ; la cavalerie aura le sien à la ferme de Mourad-Bey.

ART. 4. Il y aura huit casernes désignées pour huit bataillons différents.

ART. 5. Il y aura une grande maison pour l’Institut national, deux grands hôpitaux et tous les établissements nécessaires pour les magasins de l’armée.

ART. 6. Il faudra, le plus possible, rapprocher de Boulâq tous les magasins, afin d’être sur la rivière.

ART. 7. Il faudra à Boulâq un établissement pour la marine.

ART. 8. Demain 16, à midi, le commissaire ordonnateur, le contre-amiral Perrée, son commissaire d’administration, se réuniront chez le général du génie pour lui faire connaître le besoin qu’ils ont en logement et casernement.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

233.
Ordre de se porter à El-Khânqah ;
Conduite à tenir ; Établissements à former en attendant le général en chef
Au général Reynier

Quartier général, au Caire, 18 thermidor au VI
(5 août 1798)

Vous partirez, Citoyen Général, avec le restant de votre division, pour vous rendre au village d’El-Khânqah, où se trouve déjà le général Leclerc.

L’état-major a dû vous donner l’ordre de porter avec vous six jours de vivres ; mais ils ne seront probablement pas prêts, et, si vous les attendiez, ils retarderaient considérablement votre marche. Laissez votre adjoint au commissaire des guerres et votre 3e bataillon de la 9e, afin qu’ils vous conduisent ces vivres dès l’instant qu’ils vous seront livrés. Ne partez pas au moins avant que la division ait reçu sou pain pour la journée de demain.

Le général Leclerc a déjà fait construire un four ; faites-en construire deux autres. Les villages environnants, qui sont extrêmement riches, vous fourniront de la farine, de la viande et des légumes pour votre division.

Indépendamment de ces ressources, j’ordonne que l’on vous fasse passer une plus grande quantité de farine (600 quintaux).

Plusieurs cheikhs arabes sont réunis à Belbeys avec Ibrahim-Bey, et l’on pense même que demain la caravane sera arrivée ; c’est ce qui me fait juger votre présence nécessaire à El-Khânqah, où, selon le rapport que l’on m’a fait, vous vous trouverez juste à mi-chemin du Caire à Belbeys.

Le général Leclerc a mené avec lui une certaine quantité de chameaux pour porter des vivres. Il est indispensable qu’il les renvoie, ainsi que tous ceux qui vous porteront des vivres, afin de pouvoir continuer.

Vous vous trouverez à El-Khânqah au milieu de plusieurs tribus d’Arabes. Faites ce qu’il vous sera possible pour leur faire entendre qu’ils n’ont rien à gagner à nous faire la guerre, et pour qu’ils vous envoient des députations et qu’ils vivent tranquilles. Vous leur enverrez ma proclamation.

Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que pourrait faire Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le village de manière à être à l’abri de toute insulte, et, une heure avant le jour, vous ferez faire des reconnaissances, afin d’être prévenu et de pouvoir me prévenir ici avant que la cavalerie ne soit sur vous.

Vous interrogerez indistinctement tous les hommes qui viendraient de Belbeys ou de Syrie, et vous m’enverrez leur rapport.

Si la caravane se présentait pour venir, vous l’accueilleriez de votre mieux ; mais vous ne dissimulerez pas au bey qui l’escorte, s’il y était encore, que mon intention est, comme je le lui ai fait écrire, qu’arrivés à El-Qobbet, les Mameluks livrent leurs chevaux et leurs armes, excepté lui et douze des siens.

Je n’attends, pour me mettre en marche et me porter à Belbeys, que la construction de vos trois fours et la formation d’un établissement de boulangerie à El-Khânqah.

Je vous recommande de veiller spécialement à la formation de vos magasins de subsistances à El-Khânqah, d’y faire réunir les légumes, blés, riz, bestiaux qu’il vous sera possible.

Je désire aussi que vous employiez, pendant deux ou trois jours que vous resterez à El-Khânqah, vos sapeurs à le retran­cher, en crénelant quelques maisons, creusant quelques fossés, mon intention étant de faire occuper ce village par un bataillon.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

234.
Ordre à Lannes et à Dugua de se porter
à El-Khânqah et El-Mataryeh ; Avis et instructions
Au général Berthier

Quartier général, au Caire, 19 thermidor au VI
(6 août 1798)

Vous donnerez l’ordre an général de brigade Lannes de partir avec sa division, à deux heures du matin, pour se rendre à El-Khânqah, où il prendra position.

Jusqu’à l’arrivée du général en chef, il prendra les ordres du général divisionnaire Reynier.

Si, en approchant d’El-Khânqah, il entendait des coups de canon, ce serait un signe que le général Reynier serait attaqué ; il accélérerait sa marche, se trouverait en bon ordre, les 2e et 4e divisions derrière les 1re et 3e.

Il aurait soin, dans ce cas, de me faire prévenir sur-le-champ et de prévenir également le général Destaing, qui est à El-Mataryeh, afin que, si l’attaque était vraie, il se tînt prêt à marcher pour le soutenir.

L’adjoint que vous enverrez me rapportera l’état de situation du général Lannes, le nombre de pièces et de coups à tirer, le nombre de cartouches en réserve et les jours pour lesquels il a reçu le pain.

Vous donnerez l’ordre au général Dugua de partir, une heure avant le point du jour, avec la 25e, le restant de son artillerie, sa compagnie des grenadiers du bataillon de la 75e qu’il laisse à Boulâq, pour se rendre à El-Mataryeh, où il trouvera son infanterie légère.

Il aura soin d’ordonner au commandant de Boulâq de faire filer, dans la journée de demain, tout le pain qu’il pourra cuire dans sa journée, à El-Mataryeh, afin de pouvoir assurer la subsistance de sa division.

La division du général Reynier est à El-Khânqah ; celle du général Lannes part deux heures avant le jour pour s’y rendre ; le général Destaing a ordre de se mettre en communication avec elle.

J’ai donné ordre au général Murat de se rendre, avec les deux bataillons de la 75e et l’artillerie, près d’El-Khânqah.

Ainsi, il trouvera réunie, à la deuxième marche, toute sa division ; comme il est probable qu’il passera toute la journée de demain à El-Mataryeb, il faut qu’il fasse en sorte de recevoir de Boulàq des vivres pour les 21 et 22.

Si, arrivé à El-Mataryeh, il entendait du côté d’El-Khânqah une canonnade vive qui lui fît supposer une attaque, il se mettrait en bataille et y marcherait en bon ordre ; il aurait soin de m’en prévenir sur-le-champ.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

235.
Desaix chargé du commandement du Caire ; Troupes et munitions pour EL-Khânqah
Au général Berthier

Quartier général, au Caire, 20 thermidor an VI
(7 août 1798)

Vous donnerez l’ordre au commandant de la place de rendre compte de tous les mouvements extraordinaires qui arriveraient au Caire, au général de division Desaix, que le général en chef autorise provisoirement à prendre toutes les mesures que les circonstances pourraient exiger.

Vous lui donnerez l’ordre de faire partir tous les jours 50 hommes, qui escorteront soit un officier de l’état-major, soit un de mes courriers, et me porteront ses lettres, celles de l’état-major, de l’ordonnateur, de la commission, et celles du général Desaix.

Le piquet partira tous les jours à trois heures du matin.

Vous le préviendrez que, pour après-demain 22, il part 30 chasseurs du 22e et 30 hussards à pied, escortant 60 selles chargées sur quatre chameaux. Ils partiront avec les 50 hommes qu’il doit faire partir.

Vous ordonnerez à l’ordonnateur de profiter du départ de ces 100 hommes pour envoyer à El-Khânqah 8 000 rations de pain.

 

Vous donnerez l’ordre au général de cavalerie de faire partir lesdits 60 hommes avec 60 selles après-demain matin.

Vous donnerez l’ordre à l’officier commandant le dépôt des guides, qui reste au Caire, de délivrer ces 60 selles, qui sont dans son dépôt.

Vous donnerez l’ordre à l’ordonnateur de faire partir les 50 quintaux de riz qu’il doit envoyer à El-Khânqah, au plus tard à six heures du matin.

Le général Bon laissera une compagnie pour l’escorter ; il y joindra, s’il est possible, quelques milliers de rations de pain.

Vous donnerez l’ordre au général d’artillerie de faire partir le 22, à quatre heures après midi, 100 hommes d’artillerie.

Vous donnerez l’ordre au général du génie de faire partir le même jour 100 sapeurs.

Ces deux corps se réuniront devant le quartier général. Ils prendront les ordres de l’adjudant général qui reste au quartier général, et prendront les paquets du commandant de la place, puis se mettront en marche pour nous rejoindre à El-Khânqah. Ils mèneront avec eux 100 000 cartouches et deux pièces de canon turques approvisionnées chacune de 100 coups.

Vous préviendrez de cet ordre le commandant de la place, l’ordonnateur en chef et le général Desaix, afin qu’ils en profitent pour m’écrire.

Vous ordonnerez à l’ordonnateur en chef de profiter de l’occasion du départ de ces 200 hommes d’artillerie pour nous envoyer 50 quintaux de riz. Vous lui direz que le rendez-vous pour le départ de ce détachement est devant le quartier général. Il nous enverra aussi, par la même occasion, 10 000 rations de pain.

Tous ces envois seront adressés au garde-magasin d’El-Khânqah.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

236.
Ordre pour construire une forteresse à Sâlheyeh
Au général Caffarelli

Quartier général, Sâlheyeh, 26 thermidor an VI
(13 août 1798).

Mon intention est, Citoyen Général, de réunir à Sâlheyeh des magasins de guerre et de bouche suffisants pour pourvoir aux besoins d’une armée de 30 000 hommes pendant un mois.

Vous sentez qu’il est indispensable que des magasins aussi précieux soient contenus dans une forteresse qui les mette à l’abri d’être enlevés par une attaque de vive force, et qui fasse que 7 ou 800 hommes de garnison obligent l’ennemi à un siège d’autant plus long qu’il ne peut charrier son artillerie qu’au travers de neuf jours de désert.

Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le juge nécessaire, y appuyer un camp retranché, soit pour tenir pen­dant longtemps les corps de l’ennemi éloignés, soit pour pouvoir protéger un corps d’armée inférieur, mais trop considérable pour y tenir garnison.

Il serait essentiel que vous dirigiez les travaux de manière que, d’ici à quatre ou cinq décades, cette forteresse eût déjà l’avantage d’un fort poste de campagne, et qu’avec une garnison plus nombreuse que celle que l’on sera obligé d’y tenir lorsqu’elle sera achevée, les magasins pussent déjà être à l’abri d’une attaque de vive force.

Vous laisserez à Sâlheyeh assez d’ingénieurs pour confec­tionner lesdits travaux avec promptitude, et pour pouvoir suffire aux reconnaissances qui serviront à déterminer la position précise de Sâlheyeh par rapport à la mer, à Mansourah, à Damiette, à l’inondation du Nil, et, enfin, aux canaux du Nil qui peuvent porter bateau.

Vous trouverez l’ordre ci-joint au payeur du quartier général, qui est à Sâlheyeh, de verser 10 000 francs à la dispo­sition de l’officier du génie que vous laisserez à Sâlheyeh pour le commencement desdits travaux.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

237.
Instructions pour le commandement de la province de Charqyeh
Au général Reynier

Quartier général, Sâlheyeh, 26 thermidor an VI
(13 août 1798).

Mon intention est, Citoyen Général, que le génie et l’artille­rie travaillent le plus tôt possible à la construction d’une forte­resse qui mette les magasins que j’ai l’intention de réunir à Sâlheyeh à l’abri d’une attaque de vive force, et dans le cas d’être gardée par moins de 1 000 hommes.

Jusqu’alors vous sentez qu’il est indispensable que vous occupiez le point désigné en force, et que vous envoyiez des espions en Syrie pour vous tenir au fait de tous les mouvements que l’on pourrait faire de ce côté-là.

Il est nécessaire que vous vous mettiez en correspondance très suivie avec Damiette, qui est plat, à même d’en recevoir par mer, et que vous reconnaissiez bien la position de Sâlheyeh par rapport à la mer et aux différents canaux du Nil.

Le général Dugua avec sa division est à Mansourah, et le général Vial est à Damiette.

Quand vous aurez reconnu la route qui, de la mer, conduit à Sâlheyeh, l’on pourra ordonner à une frégate et à un ou plusieurs avisos de se tenir toujours à portée de ce point, et l’on pourra par là vous faire passer du vin, des canons, des outils, que nous avons à Alexandrie, et les bagages de votre division.

Vous répandrez, soit dans votre province, soit en Syrie, le plus de mes proclamations qu’il vous sera possible, et vous pren­drez des mesures pour que tous les voyageurs qui arrivent de Syrie vous soient amenés, afin que vous puissiez les interroger.

Indépendamment de ces fonctions militaires, vous en aurez d’administratives à remplir en organisant la province de Charqyeh, dont le chef-lieu est à Belbeys.

 

Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec toutes les tribus arabes, afin de connaître les camps qu’ils occupent, les champs qu’ils cultivent, et dès lors le mal que vous pourrez leur faire lorsqu’ils désobéiront à vos ordres.

Cela fait, il faudra remplir deux buts : leur ôter le plus de chevaux possible et les désarmer.

Vous ne leur laisserez entrevoir l’intention de leur ôter leurs chevaux que peu à peu et en en demandant d’abord une certaine quantité pour remonter notre cavalerie ; et, cela obtenu, il sera possible de prendre d’autres mesures. Mais auparavant il faut que vous vous occupiez de connaître les intérêts qui les lient à nous ; ce qui vous fera connaître les menaces et le mal que vous pourrez leur faire.

Vous trouverez ci-joint une ordonnance de 2 000 francs pour pouvoir subvenir aux dépenses extraordinaires d’espions à envoyer en Syrie.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

238.
Instructions pour le commandement
d’une colonne mobile entre Rosette et Aboukir
Au général Marmont

Quartier général. au Caire, 1er fructidor an VI
(18 août 1798)

Vous vous rendrez, Citoyen Général, le plus tôt possible à Rosette.

En passant à El-Rahmânyeh, vous vous aboucherez avec l’adjudant général Bribes, afin d’avoir des nouvelles, soit d’Alexandrie, soit de la province de Damanhour.

Si l’expédition que j’ai ordonnée sur Damanhour n’avait pas réussi, vous débarquerez à El-Rahmânyeh, et vous prendrez le commandement de toutes les colonnes mobiles ; vous dissiperez les attroupements de toute la province de Damanhour, et punirez les habitants de cette ville pour la manière dont ils se sont conduits avec le général Dumuy.

Si, comme je dois le présumer, il n’y a rien de nouveau à El-Rahmânyeh, et que l’adjudant général Bribes soit à Damanhour ou à El-Rahmânyeh, vous lui donnerez de vos nouvelles en l’instruisant que le but de votre mission est d’entretenir la communication du canal d’El-Rahmânyeh à Alexandrie, afin que les eaux y coulent, ainsi que la communication de Rosette à Alexandrie.

Arrivé à Rosette, votre premier soin sera de visiter la barre du Nil, et de vous assurer si l’on y a placé les batteries et chaloupes nécessaires pour le mettre à l’abri des corsaires et chaloupes anglaises.

Vous vous trouverez sous les ordres du général Menou pour les opérations qu’il jugera à propos de faire, soit pour la sûreté de la ville, soit pour celle des villages environnants.

De là, vous vous rendrez à Aboukir ; vous verrez s’il y a quelque chose à faire pour perfectionner les retranchements du fort et rendre plus commode la rade d’Aboukir à Rosette.

De là, vous vous rendrez à Alexandrie ; vous vous trouverez sous les ordres du général Kléber, pendant votre séjour dans cette ville, soit pour les mesures qu’il voudrait prendre dans la ville, soit pour quelque opération contre les Arabes, soit pour quelque opération le long du canal qui va à El-Rahmânyeh. Mon intention est que, de retour à Aboukir et à Rosette, vous restiez dans cette dernière ville, jusqu’à ce que l’escadre anglaise ait disparu et que la communication par mer soit à peu près rétablie.

Ainsi, le but de votre opération est de former une colonne mobile propre à observer les mouvements de l’escadre anglaise et à assurer la bouche du Nil de la branche de Rosette ; d’empêcher toute communication entre les Anglais et les Arabes par Aboukir ; de rendre facile la communication de Rosette à Aboukir ; d’offrir une réserve pour dissiper les rassemblements qui se formeraient dans la province de Bahyreh ; de punir la ville de Damanhour, et enfin de protéger l’écoulement des eaux le long du canal, le seul qui procure de l’eau à Alexandrie.

Vous m’enverrez d’El-Rahmânyeh un mémoire sur le temps où les eaux entrent dans ce canal, sur les obstacles que les Arabes pourraient mettre à l’écoulement des eaux, et sur la situation de la province d’El-Rahmânyeh.

J’ai déjà ordonné plusieurs fois que tous les magasins qui se trouvent à El-Rahmânyeh filassent sur Rosette et sur Alexandrie. Vous me ferez connaître spécialement si le canal qui va d’El-Rahmânyeh à Alexandrie peut porter des djermes.

Je vous ordonne, à votre retour d’Alexandrie, de rester à Rosette de préférence, afin que, si cela était nécessaire, vous pussiez vous porter entre les deux branches du Nil et vous opposer aux incursions que pourraient faire les Anglais pour tenter de s’approvisionner de Rosette, d’Aboukir et d’Alexandrie.

Vous m’écrirez dans le plus grand détail, pour me faire connaître la situation des Anglais et la manière dont notre escadre s’est comportée dans le combat.

En parlant soit aux généraux, soit aux marins, soit aux soldats, vous aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut encourager.

Ayez soin surtout de voir et de conférer avec le contre-amiral Ganteaume, et vous me ferez connaître ce qu’il pense que feront les Anglais, ce qu’il pense qu’a fait Villeneuve, ce qu’il pense de la conduite de notre escadre et de celle des Anglais. Témoignez-lui l’estime que j’ai pour lui et le plaisir que j’ai eu à apprendre qu’il était sauvé.

Vous direz à Bribes de faire entrer le plus de vivres qu’il pourra à Damanhour et à Rosette, en envoyant soit du blé, soit de la viande.

Je m’en rapporte à votre zèle et à vos talents pour la conduite que vous tiendrez.

Bonaparte
Collection Napoléon

 

239.
Avis d’ordres ;
Instructions pour la défense des côtes
Au général Kléber, à Alexandrie

Quartier général, au Caire, 4 fructidor an VI
(21 août 1798)

Je vous remercie, Citoyen Général, de la sollicitude que vous avez sur ma santé ; elle n’a jamais, je vous assure, été meilleure. Les affaires ici vont parfaitement bien et le pays commence à se soumettre.

J’ai appris la nouvelle de l’escadre onze jours après l’événe­ment, et dès lors ma présence n’y pouvait plus rien. Quant à Alexandrie, je n’ai jamais eu la moindre inquiétude ; il n’y aurait personne que les Anglais n’y entreraient pas ; ils ont bien assez à faire à garder leurs vaisseaux et sont trop empressés à profiter de la bonne saison pour regagner Gibraltar.

J’ai reçu des lettres du contre-amiral Villeneuve à dix lieues du cap Kelidonia : il va à Malte.

J’ai reçu des lettres de Malte : les deux bâtiments et la frégate sont prêts, comme les trois bâtiments sont prêts à Toulon. Ainsi j’espère que nous aurons, dans le courant de septembre, sept bâtiments de guerre et cinq frégates équipés à Malte, tout comme nous en aurons six, et sept à huit frégates à Alexandrie. J’espère que les quatre d’Ancône nous y joindront.

Je n’ai pas encore reçu la revue, approximative au moins, des matelots qui se trouvent à Alexandrie.

Je voudrais qu’au lieu de trois vous gardassiez au moins pour six mois de riz. Ne vous sachant pas si bien pourvu, j’avais ordonné qu’on en achetât 5 000 quintaux à Damiette et 5 000 à Rosette, pour faire passer à Alexandrie.

J’ai envoyé le général Marmont, avec la 4e d’infanterie légère et deux pièces de canon, pour soumettre la province de Bahyreh, maintenir la communication de Rosette à Alexandrie libre, et rester sur la côte pour empêcher la communication de l’escadre avec la terre.

Je ferai partir cette nuit le général Dommartin, pour profiter du moment favorable et accélérer le départ de l’artillerie de campagne pour l’armée.

Avec six pièces de 24 à boulets rouges et deux mortiers, toutes les escadres de la terre n’approcheraient pas. Il faut, dans ce cas, recommander que l’on tire lentement et très peu : il faut avoir quelques gargousses en parchemin, et bien saines. Il faut le plus promptement possible, mettre en état le fort à Aboukir et occuper la tour du Marabout, où nous avons descendu ; occupez-le avec un poste et quelques pièces de canon.

Le Turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs y penseront à deux fois avant de faire un grand mouve­ment contre nous ; au reste, ils trouveraient à s’en repentir.

Tous les mois, tous les jours, notre position s’améliore, par les établissements propres à nourrir l’armée, par les fortifications que nous établissons sur différents points, et, dès l’instant que nos approvisionnements de campagne, qui sont à Alexandrie, seront en état d’être transportés au Caire, je vous assure que je ne crains pas 100 000 Turcs.

Si les Anglais relèvent cette escadre-ci par une autre et continuent à inonder la Méditerranée, ils nous obligeront peut-être à faire de plus grandes choses que nous ne voulions faire.

Au milieu de tout ce tracas, je vois avec plaisir que votre santé se rétablit ; votre blessure est guérie. Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans le poste où vous êtes. Vous voyez que la blessure que vous avez reçue est tournée à bien pour l’armée.

Faites-moi passer de suite tous les hommes qui viendraient de Malte ou de France, quand même ils n’auraient pas de dépêches. Vous me ferez connaître quels sont les bâtiments que vous envoyez.

Je vous envoie l’ordre pour la liberté de commerce ; il faut cependant prendre garde qu’aucun négociant d’Alexandrie ne profite de cette liberté de commerce pour transporter ses riches­ses, et ne le mettre à exécution que lorsque la force de l’escadre anglaise sera partie.

Encouragez, autant qu’il vous sera possible les barques de Tripoli qui transportent des moutons à Alexandrie.

J’ai écrit à ce bey[1] et au consul français, par le désert. Écrivez-lui, de votre côté, par mer, et surtout au bey de Benghazy. Quant au bâtiment turc, il faut nous tenir dans la position où nous sommes, jusqu’aux nouvelles de Constanti­nople, afin qu’aux premières hostilités du capitan-pacha nous puissions nous en emparer. Il équivaudra toujours, dans nos mains, à une de leurs caravelles.

J’imagine qu’à l’heure qu’il est, la masse de l’escadre anglaise sera partie.

Aujourd’hui que les chemins sont ouverts, écrivez-moi souvent et faites-moi envoyer exactement les états de situation.

J’espère que l’arrêté qu’avait pris le conseil pour faire couler bas soixante bâtiments de transport n’aura pas eu lieu. Avec six pièces de 24, deux grils à boulets rouges et 40 canonniers, j’ai lutté pendant quatre jours contre l’escadre anglaise et espagnole au siège de Toulon, et, après lui avoir brûlé une frégate et plusieurs bombardes, je l’ai forcée à prendre le large.

Si le génie de l’armée voulait qu’ils vinssent se frotter contre votre port, ils pourraient, par ce qui leur arriverait, nous consoler un peu de l’événement de notre flotte.

Le parti que vous avez pris de renforcer la batterie des Figuiers et du fort Triangulaire est extrêmement sage.

J’ai envoyé, par votre aide de camp, une somme assez forte à l’ordonnateur Le Roy.

Faites-moi connaître ce que l’opinion dit sur la conduite du Franklin ; il paraît qu’il ne s’est pas battu.

Faites-moi connaître la date de toutes les lettres que vous avez reçues de moi, afin que je vous envoie copie de celles qui ne vous seraient pas parvenues.

Je vous salue et vous embrasse de tout mon cœur.

Bonaparte

P.S.             Je vous prie de faire partir de suite pour Le Caire tous les membres de la commission des arts qui pourraient se trouver à Alexandrie.

Dépôt de la guerre



[1]        Au bey de Tripoli. La lettre n’a pas été retrouvée.

 

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