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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

410.
Observations sur un projet d’organisation
de la Gendarmerie
Au citoyen Lacuée, conseiller d’État

Paris, 16 nivôse an IX (6 janvier 1801)

Vous trouverez ci-joint, Citoyen, un projet sur la gendar­merie. Je vous prie de réunir à la section de la guerre le premier inspecteur et le général Wirion, et de me présenter un projet d’organisation définitive. Je l’ai parcouru très rapidement ; voici les observations principales que j’ai à y faire :

1)  Il ne faudrait pas de réserve par compagnie, mais bien par division, et tout au plus par escadron.

2)  Je crois qu’il est nécessaire qu’elle soit composée du quart, ou au moins du cinquième de toute la gendarmerie à pied et à cheval de la division.

3)  Toute la gendarmerie doit être organisée par brigades ; de sorte que l’on fasse changer les brigades, mais jamais un homme isolé.

4)  La réserve pour la garde de Paris, Lyon, à Marseille et Bordeaux, sera composée de brigades, c’est-à-dire que chaque division fournira tant de brigades, et on ne changera jamais un homme isolé, mais toujours par brigades.

5)  Le nom de brigade désignant aujourd’hui les grands corps d’infanterie, il faudrait, je crois, y substituer le mot d’escouade, et aux divisions le mot de régiment.

6)  Pour la gendarmerie à pied, il me paraîtrait essentiel d’en avoir une escouade de 12 hommes dans chaque chef-lieu de département, spécialement attachée aux prisons et aux tribu­naux, et deux escouades dans les lieux où sont les tribunaux d’appel.

7)  Il me paraîtrait utile que, dans tous les départements où il y aurait quatre brigades de gendarmerie à pied, il y eût un lieutenant de gendarmerie à pied, lequel serait toujours sous les ordres du capitaine, serait à cheval comme les autres officiers de gendarmerie, mais serait spécialement chargé de marcher avec une ou deux brigades de gendarmerie à pied, toutes les fois que cela serait nécessaire. Il serait pris parmi les maréchaux des logis de la gendarmerie à pied.

8)  Lorsque, dans un département, il y aurait six brigades de gendarmerie à pied, il y aurait un capitaine en second de gendarmerie à pied, qui serait pris parmi les maréchaux des logis et lieutenants sortant de la gendarmerie à pied.

9)  Si l’on admet des sous-lieutenants, il faut spécifier quel nombre sera pris dans la gendarmerie à pied.

10)   Les capitaines, lieutenants et sous-lieutenants de la gendarmerie à pied concourront également pour les places de capitaines, chefs d’escadron, etc., la gendarmerie.

11) On a supposé ici que l’on adoptait l’escouade de 12 hommes comme le présente le projet, quoique cela me paraisse avoir beaucoup d’inconvénients. Il aura un grand nombre de circonstances où l’on ne fera marcher que 6 hommes ; je crois donc qu’il ne faut composer les brigades de gendarmerie à pied que de 5 et 1 brigadier ou maréchal des logis.

12) Dans la distribution, il faudra avoir soin de destiner les brigades de gendarmerie à pied pour les maisons de réclusion, et en mettre un assez grand nombre pour être certain que les détenus ne s’évadent plus.

13)  Je désire aussi que la section s’entende avec celle de la marine pour voir s’il ne conviendrait pas d’attacher des brigades de cette gendarmerie aux ports de Brest, Lorient, Rochefort et Toulon. Par ce moyen, on supprimerait la gendarmerie de la marine ; et cela aurait l’avantage que, si l’on avait à se plaindre de la gendarmerie de ces ports, on la changerait sans inconvénient.

14)  Il restera ensuite à voir s’il ne conviendrait pas de faire des dispositions pour établir autour des ports de galères un renfort de gendarmerie à pied et à cheval, pour rendre plus difficile l’évasion des galériens.

Bonaparte

Archives de l’Empire

411.
Instructions diverses à donner à Brune, Macdonald, Marmont et Moreau
Au général Berthier

Paris, 19 nivôse an IX (9 janvier 1801)

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître au général Brune qu’il ne doit point conclure d’armistice, à moins qu’il ne lui soit accordé Mantoue, Peschiera, Ferrare, Ancône, et au moins la partie de Legnago qui se trouve sur la rive droite de l’Adige ; dans le cas où l’ennemi ne voudrait pas accéder à ces conditions, qu’il doit se porter sur la Fiave.

Vous ferez connaître au général Macdonald qu’il doit se porter à Trente et seconder, par des mouvements dans les gorges de Bassano, le passage de la Brenta.

Il paraît bien nécessaire que le général Marmont, prenne les mesures pour assiéger Peschiera et Porto-Legnago.

Recommandez surtout au général Brune de réunir ses troupes. S’il le juge à propos, il peut charger le général Murat de faire investir la citadelle de Ferrare par une de ses brigades.

Faire sentir au général Brune combien, dans le cas où les hostilités doivent recommencer, il est essentiel ou qu’il soit maître de toutes ces places, ou il se trouve sur les débouchés des Alpes Juliennes et Noriques.

Envoyez, par un courrier extraordinaire, au général Moreau et au général Augereau les nouvelles d’Italie, et faites connaître au général Augereau que je désire qu’il ne quitte pas son armée avant la fin des affaires d’Italie, et au général Moreau qu’il veille strictement à ce que l’ennemi ne fasse passer aucun renfort de son armée d’Allemagne à celle d’Italie.

Vous lui ferez connaître que le général Brune ne doit point conclure d’armistice, à moins qu’on ne le mette en possession des places fortes.

Bonaparte

Comm. par M. le prince de Wagram

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

412.
Ordres concernant les manufactures,
et les salles d’armes
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 24 nivôse an IX (14 janvier 1801).

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport particulier sur chaque manufacture d’armes et sur les moyens qui ont été pris ou que l’on pourrait prendre pour les rétablir.

Vous me présenterez un projet d’arrêté remplissant le but :

1) Qu’à dater du 1er germinal, les manufactures nationales fabriqueront 4 000 fusils par mois, des modèle de 1777 ;

2) Que tous ces fusils seront mis en réserve dans un nombre de grandes salles d’armes nommées.

Faites-moi un rapport sur le nombre des salles d’armes qui existaient jadis, et sur les mesures que l’on prenait pour veiller à la conservation des armes.

Il me paraîtrait convenable de choisir six salles d’armes capables de contenir chacune 50 000 fusils, tous nouveaux fusils du modèle de 1777.

Ces salles d’armes seront appelées de réserve ; il n’y entrerait que des fusils neufs, qui n’en pourraient sortir que par un arrêté du Gouvernement.

C’est pour arriver à cette réserve que je désire que les manufactures nationales fabriquent, à compter du 1er germinal, 4 000 fusils par mois.

Indépendamment de cela, chaque établissement d’artillerie aurait sa salle d’armes pour le service journalier.

Il faudrait que les six grandes salles d’armes de réserve fussent situées dans des forteresses et sur de grandes rivières.

Bonaparte

Comm. par M. le prince de Wagram.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

413.
Recommandations pour l’artillerie ;
Ordre de s’emparer d’Ancône ; Instructions
Au général Murat,
lieutenant du général en chef de l’armée d’Italie

Paris, 29 nivôse an IX (19 janvier 1800)

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 23 nivôse.

La mesure prise par le général Brune, de mettre la Toscane sous vos ordres, fait voir la confiance qu’il a en vous et me paraît extrêmement sage.

Je vois avec la plus grande peine que vous n’avez point d’artillerie : avec un corps d’élite comme le vôtre et trente pièces de canon, on est inexpugnable et on ne perd pas de monde.

Je conçois que votre artillerie n’a pas pu passer les montagnes ; mais vous deviez au moins mener avec vos colonnes les charretiers, les chevaux et les canonniers, et avec cela vous auriez eu bientôt de l’artillerie.

Faites connaître au ministre de la guerre les mesures que vous aurez prises pour votre artillerie, envoyez sur-le-champ des ordres pour faire que les chevaux, canonniers et charretiers restent en arrière.

Je n’approuve pas toutes les observations que vous me faites. Un soldat doit rester fidèle à sa femme, mais ne désirer la revoir que lorsqu’on juge qu’il n’a plus rien à faire.

Je compte que, le 10 pluviôse, vous serez à Ancône. Marchez-y avec toutes vos forces réunies ; que j’apprenne, que vous êtes maître de cette place, que vous y avez réuni 12 000 hommes d’élite et trente pièces de canon, et alors vous recevrez les ordres qui vous seront nécessaires.

Correspondez avec le général Brune, comme vous le devez avec votre général en chef, ainsi qu’avec le ministre de la guerre.

Si vous êtes obligé d’assiéger Ancône, pousser les Napolitains au-delà de Tolentino et de Fermo.

Comme dans tous les pays où vous allez ou pourrez aller il y a beaucoup de montagnes, faites faire à Sinigaglia et Ancône une grande quantité de biscuit.

S’il arrivait que les Anglais débarquassent, le général Brune vous enverrait aussitôt les renforts nécessaires.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

414.
Décision concernant les mesures à prendre
pour forcer les officiers à rejoindre leurs corps

Paris, 29 pluviôse an IX (18 février 1801)

Le citoyen Lacuée propose des mesures pour contraindre à rejoindre quelques officiers qui, sous divers prétextes, refusent de se rendre aux armées.

Renvoyé au citoyen Lacuée. C’est moins de règlements nouveaux que nous avons besoin sur ces objets que de tenir la main à l’exécution de ceux qui existent.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

415.
Lettre à l’empereur de Russie indiquant la situation politique de l’Égypte et faisant pressentir le percement de l’isthme de Suez

Paris, 8 ventôse an IX (27 février 1801)

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté, du 18 décembre ; elle m’annonçait l’arrivée de M. de Kalitchef ; mais, ce plénipoten­tiaire n’étant pas encore arrivé, je prends le parti de répondre promptement à Votre Majesté sur le contenu de sa lettre du 15 janvier.

L’arrogance et l’insolence des Anglais n’ont point d’exemple. Je vais réunir, comme Votre Majesté paraît le désirer, trois ou quatre cents chaloupes canonnières dans les ports de Flandre, où je réunirai une armée. J’ai donné les ordres pour rassembler en Bretagne une armée qui pourra être embarquée sur l’escadre de Brest.

Une division de l’armée française est sur les frontières du royaume de Naples. J’ai demandé au roi des Deux-Siciles qu’il mît embargo sur tous les bâtiments anglais qui se trouvent dans les ports de ses États. M. le marquis de Gallo, muni de ses pleins pouvoirs, est arrivé. Je n’ai pu que lui faire témoigner ma surprise et mon mécontentement de ce que les ministres de l’empereur d’Allemagne et du roi d’Angleterre se trouvaient nommés, dans ses pleins pouvoirs, comme devant traiter conjointement avec lui, tandis que les ministres de Votre Majesté n’y étaient pour rien. Avant l’échange du traité, il devra se procurer d’autres pouvoirs.

Dans la situation maritime actuelle de l’Europe, il est essentiel que le roi des Deux-Siciles sache bien qu’il ne doit la conservation des ses États qu’à la protection de Votre Majesté.

J’ai envoyé un renfort de dix vaisseaux, de Brest à Toulon, qui y sont heureusement arrivés. L’Espagne réunit une escadre à Cadix, afin que, si les circonstances se présentent ces escadres puissent combiner avec celle que Votre Majesté a dans la mer Noire.

Mais, pour cet effet, il me paraît nécessaire de pouvoir être assuré d’un port en Sicile et d’un sur la côte de Tarente ; et il n’y aura de sûreté pour les escadres qui seront dans ces ports que lorsqu’ils seront occupés par des troupes russes et françaises

M. le marquis de Lucchesini m’a communiqué une note du roi de Prusse par laquelle il parait que ce prince vient enfin de faire ce que Votre Majesté et l’Europe attendaient de lui, en fermant l’Elbe et le Weser aux Anglais. Ne paraîtrait-il pas convenable à Votre Majesté, en occupant le Hanovre jusqu’à la paix générale, d’y envoyer les troupes de M. de Sprengporten, auxquelles on pourrait joindre une division de troupes françaises ? Je me chargerais, dans ce cas, de leur fournir tout l’attirail de guerre dont elles pourront avoir besoin.

Si Votre Majesté tient la main à ce que les Anglais ne fassent aucun commerce avec les puissances du Nord, si le corps de M. de Sprengporten se porte dans le Hanovre pour ne mettre aucune espèce de doute à la fermeture de l’Elbe et du Weser, un corps d’observation que j’ai envoyé à Bordeaux forçant le Portugal à fermer ses ports à l’Angleterre et ceux de Naples et de la Sicile leur étant également fermés, les Anglais n’auront aucune communication avec l’Europe.

Je recommande à Votre Majesté les prisonniers français qui sont dans les bagnes de Constantinople.

Les Anglais tentent un débarquement dans l’Égypte. L’intérêt de toutes les puissances de la Méditerranée, comme de celle de la mer Noire, est que l’Égypte reste à la France. Le canal de Suez, qui joindrait les mers de l’Inde à la Méditerranée, est déjà tracé ; c’est un travail facile et de peu de temps, qui peut produire des avantages incalculables au commerce russe. Si Votre Majesté est toujours dans l’opinion, qu’elle a manifestée souvent, de faire faire une partie du commerce du nord par le midi, elle peut attacher son nom à une aussi grande entreprise, qui aura tant d’influence sur la situation future du continent, en intervenant auprès de la Porte dans les affaires d’Égypte.

Dans le traité de paix qui a été conclu entre la France et l’Autriche, Votre Majesté aura vu que tout a été calculé pour pouvoir remplir tous ses désirs.

J’attends avec impatience M. de Kalitchef ; dès qu’il sera arrivé, j’expédierai un officier à Votre Majesté ; je la prie de donner les ordres sur la frontière pour qu’il y trouve l’autorisation nécessaire.

Je prie Votre Majesté de me croire, avec les sentiments tout particuliers qu’elle m’a inspirés, etc.

Bonaparte

Comm. par S. M. l’Empereur de Russie.

416.
Projet d’une nouvelle organisation pour l’armée française
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 14 ventôse an IX (5 mars 1801)

1) Laisser les cadres actuellement existants dans la République, savoir : 110 demi-brigades de ligne dont 31 à deux bataillons, 30 demi-brigades d’infanterie légère dont 10 à deux bataillons, 8 régiments d’artillerie de ligne.

2) Réduire la compagnie d’infanterie de ligne 72 hommes, compris les officiers, ce qui formerait le complet de paix, sauf, au moment de la guerre, à compléter les compagnies telles qu’elles sont aujourd’hui.

Au lieu de 3 000 hommes, le complet de la demi brigade de ligne serait de 2 000 hommes, et celles à deux bataillons à 1 300 hommes. L’armée française serait donc, en temps de paix, de 200 000 hommes d’infanterie de ligne.

Les demi-brigades d’infanterie légère auraient également leurs compagnies de 72 hommes. Les bataillons n’auraient que cinq compagnies. Il n’y aurait donc que quinze compagnies par demi-brigade.

Ainsi, les demi-brigades composées de deux bataillons ayant dix-huit compagnies seraient mises au niveau des autres.

La demi-brigade d’infanterie légère serait de 1 100 hommes. La République aurait donc près de 32 000 hommes d’infanterie légère.

4) Les cadres des régiments d’artillerie resteraient comme ils sont ; mais les compagnies seraient également réduites à un état de paix, comme elles étaient avant la guerre ; on croit que chaque régiment ne doit pas former plus de 12 à 1 300 hommes.

On n’aurait donc pas plus de 16 à 18 000 hommes d’artille­rie, compris les ouvriers et les mineurs.

Il n’y aurait que deux compagnies de pontonniers : on les désignerait par le nom de pontonniers pour l’Allemagne et pontonniers pour l’Italie.

5) Ainsi, toute l’infanterie se monterait à 250 000 hommes.

6) La gendarmerie, les vétérans font ensemble 30 000 hommes.

7) Il faudrait que les 84 régiments de cavalerie fissent 40 000 chevaux, en conservant les cadres pour 60 000.

8) Les forces de la République seraient donc :

En infanterie, artillerie, etc.     250 000

Cavalerie                                40 000

Gendarmerie, vétérans            30 000

Total                                    320 000

L’armée d’Orient, qui a 14 demi-brigades, 5 régiments de cavalerie et un régiment d’artillerie, se trouve portée dans cet état pour 28 000 hommes.

On pourrait laisser dans les différentes parties de l’Italie :

15 demi-brigades de ligne ;

5 demi-brigades légères ;

10 régiments de cavalerie ;

ce qui serait compté sur le tableau ci-dessus pour près de 50 000 hommes.

Il resterait pour la fin de l’an IX, et probablement pour l’an X, 250 000 hommes à peu près à payer.

Je désire connaître positivement si ces 250 000 hommes, l’entretien des places, les travaux à faire pour l’an X, les travaux pour l’artillerie, la fabrication des fusils pour l’an X, tout cela, cependant, sur le pied de paix, coûtera plus de 170 millions, argent comptant.

Quant à l’état-major général, on suivra le règlement du [1], en en mettant moitié en activité de service, moitié hors d’activité.

Bonaparte

Comm. par M. le prince de Wagram

 

417.
Instructions sur les mesures à prendre
pour combattre les Ababes et les Turcs

Paris, 15 ventôse an IX (6 mars 1801)

L’ordre de bataille à prendre, lorsqu’on est attaqué par les Arabes ou par les Turcs, est celui-ci :

1)   Si l’on a de 2 400 à 3 000 hommes d’infanterie, l’on formera trois carrés chacun de 7 à 800 hommes, sur trois de hauteur, et chacun éloigné de l’autre de 150 toises.

On aura à chaque carré le tiers de son artillerie.

2)  1 000 on 1 200 Arabes à cheval ne peuvent rien contre 400 hommes d’infanterie, formant toujours le bataillon carré.

3)   Il n’y a pas de sûreté pour les généraux, officiers et autres, de s’éloigner à plus de 100 toises des carrés : car un petit monticule de sable suffit pour cacher trois ou quatre Arabes, qui tuent l’homme isolé avant qu’il puisse rejoindre son carré.

Sous quelque prétexte que ce soit, serait-ce même pour parcourir 50 toises, un homme seul ne doit pas être envoyé en ordonnance ; mais toujours une escouade de 10 hommes, marchant en bon ordre et pouvant faire feu de tous côtés.

Lorsque l’on a des carrés, on ne doit jamais envoyer des éclaireurs en avant du corps de bataille, mais bien des escouades de 10 hommes, toujours en bataille et ensemble.

4)   Un grand respect pour la religion, beaucoup de cajoleries aux cheikhs.

5)   Un chameau porte facilement de l’eau pour 100 hommes par jour.

6)   Il y a peu de déserts où l’on ne trouve de l’eau au moins tous les deux jours.

7)   Arrivé à un puits, y mettre des gardes pour empêcher les soldats de gâter l’eau.

8)   Il faut que chaque soldat ait un bidon ou une gourde ; et, si l’on ne trouvait pas à Toulon la quantité de bidons ou gourdes nécessaires, il faudrait donner à chaque soldat une bouteille, qu’il porterait attachée avec une ficelle.

9)   Il faut qu’il y ait par compagnie deux pelles et deux pioches, car quelquefois les Arabes comblent les puits, et il faut les nettoyer.

10)  Avec un peu d’argent et d’adresse, on trouvera des chevaux pour les pièces de campagne ; mais il faut avoir ses harnais, un chef ou conducteur de charretiers, une trentaine de charretiers et un bourrelier.

11)  Voici la conduite que l’on pourrait tenir si les circonstances forçaient à débarquer à Derne :

Mouiller avec l’escadre devant la ville et débarquer dans les vingt-quatre heures ;

S’emparer de la ville, convoquer les cheikhs, exiger que les mosquées fussent ouvertes comme à l’ordinaire, respecter leurs harems ;

Faire connaître aux chefs du pays que l’on ne veut que passer pour se rendre à Alexandrie.

Il y a à Derne des individus qui ont des correspondances avec Le Caire et qui pourront donner des nouvelles ; il y a même des anciens consuls français auxquels on pourra se fier.

On croit que l’on peut se procurer sur-le-champ à Derne 200 chameaux, une centaine de chevaux, que l’on emploierait pour faire partir 400 hommes pour Alexandrie, avant qu’il y eût eu du mouvement parmi les habitants éloignés du désert. Il faut envoyer, avec ces 400 hommes, un ou deux officiers qui aient déjà été en Égypte et traversé le désert. Les Arabes conducteurs de chameaux indiqueront la route.

On emploiera de préférence des mulets, et, dans le cas où il n’y en aurait pas, les douze premiers chevaux, à atteler deux pièces de 4 qui serviront à éloigner les Arabes.

Dix chameaux porteront les approvisionnements de ces deux pièces, et dix autres chameaux porteront les cartouches nécessaires à ces 400 hommes.

On expédiera plusieurs dromadaires du pays, pour annon­cer au général commandant à Alexandrie l’arrivée des troupes. On promettra de grandes récompenses à ces courriers s’ils rapportent la réponse.

D’autres courriers seront adressés directement, au Caire, au général Menou.

On demandera à ces deux généraux, 1) qu’ils envoient, au-devant du détachement qui a débarqué, des hommes du régiment des dromadaires, de bons guides du pays, quelques Mameluks, et enfin quelques hommes de cavalerie ; 2) qu’ils envoient quelques sapeurs, avec deux pièces d’artillerie et un détachement suffisant d’infanterie, à six journées de l’Égypte, à El-Baratoun, qui est porté sur les cartes de la Méditerranée comme pointe Ramedan, pour y établir une redoute, un magasin, et pouvoir y envoyer du biscuit, de l’eau-de-vie et de la viande, afin que les détachements puissent trouver des rafraîchissements.

Pendant que l’on fera ces expéditions, on sondera le mouillage de Bombah. Les frégates mouilleront et on s’emparera des puits.

Dès l’instant qu’il sera prouvé qu’il y a de l’eau en assez grande quantité pour boire, et que l’on peut protéger une escadre, elle s’y portera, y mouillera et débarquera sur les deux frégates, les corvettes et les bricks, tous les fusils et autres objets qui sont destinés à l’armée d’Égypte, et la grosse artillerie nécessaire pour établir des batteries.

On aura eu soin de se munir de quatre grils, boulets rouges et des ustensiles nécessaires.

On mettra les pièces de 36 et de 24 du côté de la mer, et les petites pièces du côté de la terre.

S’il y a des palmiers, une palissade de ces arbres suffira ; on les coupe, on les enfonce en terre, en laissant vingt pieds dehors ; on fait derrière une espèce de terre-plein avec du sable, sur le saillant duquel on place le canon.

Avec les palmiers, on fait, en les croisant, des hangars pour y mettre des approvisionnements.

Lorsque l’escadre aura débarqué sur les frégates tous les vivres et objets nécessaires à l’établissement, une corvette et deux des avisos se rendront le long de la côte, à El-Baratoun, où il y a une petite anse. Ils verront s’il y a sûreté pour le mouillage, des petits bâtiments, s’empareront des puits qui s’y trouvent, et y débarqueront 300 hommes, deux pièces de 4 de campagne et quatre pièces de 8 de marine, avec du biscuit, du vin et de l’eau-de-vie.

Les bâtiments qui pourront être en sûreté contre les mauvais temps mouilleront dans cette petite anse, et, s’il y a possibilité d’établir sur terre une batterie, on l’établira.

D’El-Baratoun à Alexandrie il n’y a que six grandes journées ; on trouve de l’eau deux fois par jour.

S’il y a des palmiers, on entourera sur-le-champ les puits d’une redoute en palissade, et on construira des magasins pour y mettre les vivres et autres objets ; on attendra les caravanes qui arriveront de Derne ou de Bombah, pour se rendre à Alexandrie.

Dès l’instant que l’on aura bien reconnu ce mouillage, la moitié des approvisionnements de guerre destinés à l’armée d’Égypte et embarqués sur les frégates, corvettes ou avisos, se rendra à El-Baratoun. On débarquera au moins 3 ou 400 hom­mes de renfort, et la moitié des approvisionnements destinés à l’armée, et surtout les biscuits et autres vivres nécessaires au passage de la division qui aurait débarqué à Derne, de manière que l’établissement de Bombah n’aurait à fournir de vivres que jusqu’à El-Baratoun.

Le point d’El-Baratoun se trouverait donc approvisionné de Bombah par mer et d’Alexandrie par terre. On calcule que de Bombah à El-Baratoun il y a huit grandes journées de marche ; l’eau y est beaucoup plus rare que d’El-Baratoun à Alexandrie.

Dans tous les cas, la position de Bombah et celle d’El-Baratoun seront fortifiées et toujours occupées par l’armée française, parce que tous les avisos et les secours qui seraient dirigés de France en Égypte seraient dirigés sur Bombah, sur El-Baratoun, sur Alexandrie, sur Damiette, et dès lors il serait impossible aux Anglais de les empêcher de parvenir.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

418.
Ordre pour la formation de deux brigades
du corps d’observation de la Gironde
Au général Berthier

Paris, 27 ventôse an IX (18 mars 1801)

Donnez l’ordre, Citoyen Ministre, au général Leclerc de former deux brigades du corps d’observation de la Gironde, de tenir la 1re brigade prête à partir pour Bayonne, et d’organiser ainsi la 2e :

Un général de brigade, un adjudant commandant, quatre adjoints à l’état-major, deux commissaires des guerres, une ambulance, deux médecins, six chirurgiens, un chef de brigade d’artillerie, quatre officiers d’artillerie, un chef de bataillon du génie, deux capitaines du génie, deux lieutenants du génie ;

500 hommes de cavalerie légère,

300 canonniers à cheval, à pied et ouvriers d’artillerie,

100 sapeurs,

2 000 hommes d’infanterie, parmi lesquels seront compris les bataillons francs,

300 hommes d’infanterie pris dans les dépôts de l’île de Ré,

Total : 3 200

12 pièces d’artillerie, qui seront fournies par le corps de la Gironde.

6 000 fusils

2 000 sabres

1 000 paires de pistolets.

Et les caisses envoyées par le ministre de la guerre.

Ces objets sont à Rochefort.

Cette brigade sera aux ordres de l’amiral Bruix, étant destinée à s’embarquer sur son escadre. Le général Leclerc fera toutes ces dispositions dans le plus grand secret, en préviendra l’amiral Bruix, qui lui fera connaître le jour où il faudra que cette brigade arrive à Rochefort. Il enverra auprès de cet amiral le général de brigade destiné à la commander.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

419.
Instructions pour Marmont, chargé d’organiser les équipages d’artillerie de l’armée d’Italie
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 14 germinal au IX (4 avril 1801)

J’ai lu, Citoyen Ministre, avec la plus grande attention, les mémoires envoyés par le général Marmont. Ils m’ont paru contenir des dispositions extrêmement sages.

1)   Demandez au général Marmont un rapport sur Alexan­drie ; pourrait-on faire facilement dans cette place un établis­sement pareil à celui qu’il propose pour Pavie.

2)   Au lieu de diviser l’équipage de siège de l’armée d’Italie en deux équipages, un pour Fenestrelle, et l’autre pour Pavie, il paraîtrait plus convenable d’en former quatre : le premier pour Fenestrelle, le deuxième pour Pavie, le troisième pour Gavi ou Gênes ; le quatrième serait dirigé et destiné à passer un jour en Égypte

Je désirerais que l’équipage de campagne fût divisé en cinq : le premier pour Fenestrelle, le deuxième pour Pavie, le troisième pour Gênes, le quatrième destiné à passer en Égypte, le cinquième pour être placé dans le Valais, dans le lieu où on jugera à propos de construire un petit fort depuis le Simplon à Genève. En attendant que la route soit faite, cet équipage pourrait être placé à Domodossola.

Demandez au général Marmont une distribution de toute son artillerie d’après ces différentes données. Il faudra qu’il distribue ses harnais de la même manière.

Demandez-lui si les ordres qui ont été donnés de transpor­ter une portion de l’artillerie de Coni au-delà du col de Tende ; et une portion de celle de Turin au-delà du mont Cenis, ont été exécutés. Dans le cas contraire, qu’il prenne toutes les mesures pour que cela soit fait au commencement de la bonne saison ; qu’il fasse construire à la Case et sur le plateau du mont Cenis un hangar en forme de magasin, pour placer cette artillerie, qui est destinée à armer deux forts que le Gouvernement a intention de faire construire pour défendre ces deux vallées.

Quant au grand-duc de Toscane, il faut qu’il lui laisse toute l’artillerie nécessaire pour armer Livourne, surtout du côté de la mer.

Bonaparte

Comm. par M. le prince de Wagram.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)



[1]        16 vendémiaire an IX (8 octobre 1800).

 

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