| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome
deuxième Paris - 1876 420. Paris, 15 germinal an IX (5 avril 1801)Vous ferez connaître, Citoyen Ministre, au général Murat, que dans le mot étape doit être comprise la solde, et que, dans le procès-verbal de ratification, cela sera positivement expliqué, quoique la chose s’entende de soi-même ; qu’ainsi le général Soult doit faire dresser un état exact de ses corps, et que la solde sera fournie par la caisse du roi de Naples. Le général Murat doit renvoyer dans la Cisalpine toutes les troupes cisalpines ; il ne doit laisser entrer aucune troupe étrangère dans le royaume de Naples. Le général Monnier ne me paraît pas propre à commander une division à Pescara. Je désire que le général Murat y envoie le général Mathieu. Le
général Murat doit recommander au général Soult : 1) De maintenir une sévère discipline ; 2) De ne se mêler d’aucune révolution ; 3) De comprimer tous les partis ; 4) De faire connaître, ainsi que ses officiers, que nous ne voulons point révolutionner Naples ; et que nous sommes aujourd’hui sincèrement réconciliés avec le roi de Naples. Mon
intention est que le général Soult et son état-major aillent à la messe
les jours de fête, avec la musique ; qu’il vive bien avec les prêtres
et avec les officiers du roi de Naples ; Que, si le général Soult a 10 000 hommes et s’il y en a 3 000 à Pescara, le général Murat se trouve considérablement soulagé ; Que la division qui restera à Ancône doit y avoir ses étapes ; Que le général Murat prenne toutes ses mesures pour occuper Porto-Longone et Porto-Ferrajo ; Que nous sommes tellement obérés par la rentrée de toutes les armées sur le territoire de la République, qu’il nous est impossible de lui envoyer un sou ; Qu’il prenne toutes les mesures pour que les ressources provenant de la Toscane rentrent fidèlement dans la caisse de l’armée ; Qu’il est indispensable que l’on occupe principalement Tarente, et que l’on fortifie le port de manière que notre escadre s’y trouve à l’abri d’une escadre supérieure ; Que j’attends aujourd’hui que toute l’activité du général Murat se porte à occuper l’île d’Elbe ; Qu’il peut écrire en Corse pour que le commandant prépare, à Bastia ou à San-Pelegrino, une expédition d’un bon bataillon de la 23e, pour entrer dans cette île. De la plage de Piombino à l’île d’Elbe il n’y a pas loin. Il me tarde d’autant plus d’apprendre que nous sommes maîtres de cette île, qu’elle nous offre un port très considérable pour nos escadres. Bonaparte Le ministre de la marine a des dépêches à envoyer en Italie ; faites-les-lui demander avant d’expédier votre courrier. Comm. par M. le prince de Wagram.
421. Paris, 12 germinal an IX (2 avril 1801)Les Consuls de la République, voulant remédier aux abus de toute espèce qui se commettent dans le Piémont, et aux différentes plaintes, résultats inévitables de l’anarchie qui désole cette belle contrée, arrêtent provisoirement les dispositions suivantes : Titre
1er - Administration militaire
ARTICLE
PREMIER. Le Piémont formera une division militaire, dont le quartier général
sera à Turin. ART. 2. Le général commandant la division devra, dans tous les cas extraordinaires, obtempérer aux réquisitions de l’administrateur général. Il correspondra directement avec le ministre de la guerre. ART. 3. Cette division militaire sera partagée en six subdivisions ; chacune d’elles sera commandée par un général de brigade. ART. 4. Il y aura dans le Piémont un ordonnateur et douze commissaires des guerres. ART. 5. Il y aura une direction d’artillerie et du génie, organisée conformément au règlement du 5 nivôse an VIII. ART. 6. Le nombre des commandants d’armes qu’il devra y avoir dans le Piémont sera déterminé par l’administrateur général, d’après les bases établies par le règlement du 26 germinal an VIII. Le traitement des commandants d’armes sera déterminé conformément au même règlement. Les étapes seront organisées suivant le mode prescrit par le règlement du 1er fructidor au VIII et par les arrêtés des 19 frimaire et 19 pluviôse an IX. ART. 8. À compter du 1er messidor prochain les services de la division du Piémont, en vivres, fourrages, etc., seront faits par les mêmes compagnies qui font le service des divisions de la République. Titre
II - Administration civile
ART. 9. Le général Jourdan est nommé administrateur général du Piémont. ART. 10. L’administrateur aura un conseil composé de six membres ; les membres composant le gouvernement actuel du Piémont feront partie de ce conseil. ART. 11. Chaque subdivision militaire formera une préfecture ; elle aura un préfet et un conseil de préfecture. ART. 12. Chaque préfecture sera divisée en quatre, ou au plus en six sous-préfectures, ayant chacune un sous-préfet. ART. 13. Il y aura dans chaque municipalité un maire et des adjoints. ART. 14. Il y aura dans chaque préfecture, sous-préfecture et municipalité, un conseil général, le tout conformément à la loi du 28 pluviôse an VIII. Titre
III - Finances
ART. 15. Le ministre des finances enverra dans le Piémont un commissaire extraordinaire, qui, sous la direction de l’administrateur général, organisera le service de la trésorerie. ART. 16. Il est sursis à la vente des domaines nationaux dans le Piémont, de quelque nature qu’ils soient. ART. 17. Le ministre des finances y enverra un régisseur de l’enregistrement, pour y organiser l’administration des domaines nationaux. Titre
IV - Ordre judiciaire
ART. 18. L’organisation de l’ordre judiciaire civil sera établie, pour le Piémont, suivant le mode déterminé par la loi du 27 ventôse an VIII et par celle du 29 ventôse an IX. ART. 19. Il y aura à Turin un tribunal d’appel pour tout le Piémont. ART. 20. La justice criminelle sera rendue par des tribunaux spéciaux, composés de trois juges et de cinq militaires. ART. 21. Les Barbets et tous les individus pris les armes à la main seront jugés par des commissions militaires extraordinaires. ART. 22. L’ordre judiciaire du Piémont ressortira du tribunal de cassation de la République. Le ministre de la justice enverra un substitut du commissaire près le tribunal de cassation, pour, sous la direction de l’administrateur général, organiser l’ordre judiciaire. Titre
V - Police
ART. 23. La police sera administrée, dans le Piémont, suivant le mode établi par la loi du 28 pluviôse an VIII et par celles des 27 ventôse même année et 7 pluviôse an IX. ART. 24. Il y aura une division de gendarmerie organisée conformément à la loi du 28 germinal an VI et aux règlements sur cette matière. Le ministre de la guerre enverra, à cet effet, un général de gendarmerie à Turin. ART. 25.
Les ministres sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution
du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé. Bonaparte Archives de l’Empire
La Malmaison, 6 floréal au IX (26 avril 1801)Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l’ordre qu’on interroge les deux commandants du fort d’Aboukir qui sont à Toulon, et qu’ils répondent à cette question : “L’ennemi, au moment de la reddition du fort, avait-il fait sauter la contrescarpe ?” L’on séparera tous les officiers et sous-officiers, de sorte qu’ils n’aient aucune communication entre eux, et on les interrogera chacun en particulier, de manière à savoir combien de jours le fort a soutenu le feu, et si, lorsqu’il s’est rendu, l’ennemi était arrivé au fossé. Vous donnerez aussi des ordres pour que les deux commandants soient mis en arrestation après leur quarantaine, au château d’If. Bonaparte Comm. par M. le prince de Wagram. (En minute au. Arch. de l’Emp.)
Paris, 25 floréal au IX (14 mai 1801)J’ai été visiter le prytanée de Saint-Cyr, Citoyen Ministre. J’ai été peu satisfait de la tenue de cet établissement. Tous les enfants y sont nus, sans uniforme. Il n’y a aucune règle, aucun ordre, ni dans l’instruction, ni dans la police, ni dans l’administration. Il m’a paru aussi que les élèves étaient dépourvus des meubles les plus nécessaires. Il
me paraîtrait convenable : 1) Que les parents ne fassent point chargés de l’habillement des enfants, hormis du premier trousseau ; 2) Que les élèves fussent divisés en compagnies ; 3) Qu’ils eussent un ancien tambour, afin de faire tous les mouvements militairement, et un sous-officier de vétérans, pour les exercer et commander les marches dans les différentes distributions de la journée. L’administration
m’a paru vicieuse en ce que l’administration de Paris pourvoit à
toutes les dépenses. Je désirerais qu’il y eût dans tous les prytanées
un conseil d’administration, et que l’administration centrale donnât à
ce conseil 600 francs par élève ; moyennant quoi, il serait chargé
de faire toutes les dépenses et de payer les professeurs. Il n’y a pas de bibliothèque dans ce prytanée ; il en faudrait une de 2 000 volumes, en histoire, géographie et voyages. Je désire que vous me présentiez un projet de règlement pour tous les prytanées. Il n’y a point d’inspecteur pour mettre de l’uniformité et de la règle dans toutes ces administrations. Tous les règlements organiques, tant pour la discipline que pour l’administration, sont à faire. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 12 prairial an IX (1er juin 1801)J’apprends, Citoyen Général, que le citoyen Artus, capitaine à la suite du 7e régiment de hussards, est arrêté pour avoir frappé une sentinelle qui exécutait sa consigne au théâtre du Vaudeville. Je vous prie de le faire traduire à un conseil militaire, pour y être puni selon la rigueur des lois. Bonaparte Comm. par M. le duc de Trévise.
Paris, 22 prairial an IX (11 juin 1801)Les Consuls ont pris connaissance, Citoyen Ministre, du règlement général que vous vous proposez d’adopter pour les collèges dépendants du Prytanée. Les dispositions de ce règlement leur ont paru quelquefois incomplètes et, sous d’autres rapports, susceptibles de modifications. Ils ont désiré que leurs observations vous fussent transmises, non comme exigeant de vous des changements indispensables, mais comme des idées que vous apprécierez et que vous mettrez en usage, si elles s’accordent avec vos vues. De l’administrationIls pensent, sur le premier titre, intitulé De l’administration, qu’il convient : 1) De diviser le Prytanée en quatre sections, au lieu de trois, et d’établir, en conséquence, un quatrième collège à Saint-Germain ; 2) D’énoncer que chacun de ces collèges sera composé de 200 élèves, et qu’il pourra y être admis jusqu’à 100 pensionnaires ; 3) D’ajouter à l’article 4, indépendamment d’un directeur de chaque collège, un directeur des études, un économe et le nombre de maîtres de quartier nécessaire ; 4) De ne pas faire recevoir de l’administration centrale le prix des pensions par le directeur, comme le porte l’article 6, mais par l’économe, qui en rendrait compte au directeur et à un conseil d’administration, où serait admis le directeur des études ; ce conseil se tiendrait tous les trois mois, en présence d’un des membres de l’administration centrale ; De renvoyer à un autre titre les articles 15, 16 et 17, qui n’appartiennent point au titre de l’administration. De la PoliceLes Consuls ont pensé que le titre intitulé Police est très imparfait. Ils croient qu’il convient, pour le rendre complet, que vous preniez connaissance des règlements faits par le ministre de la guerre pour l’école militaire ; la plupart de leurs dispositions s’appliquent naturellement aux établissements que vous organisez. Ces règlements, qui avaient tout prévu, ont reçu la sanction de l’expérience. Les articles 22 et 30 du titre Police de votre règlement accordent aux élèves officiers la dénomination de capitaines, lieutenants oui sous-lieutenants. Il serait plus convenable d’échanger ces dénominations en celles de sergents et caporaux. Les élèves porteraient les distinctions de ces grades. De l’instructionLe titre De l’instruction a paru insuffisant. Les Consuls ont exprimé sur cet objet, Citoyen Ministre, des vues que je vais avoir l’honneur de vous faire connaître. L’éducation devrait se diviser en deux grandes sections : la première, des enfants ayant moins de douze ans ; la deuxième, des jeunes gens au-dessus de cet âge. La première section recevrait une éducation commune ; elle serait divisée en classes composées de 25 élèves, lesquelles se nommeraient première, seconde, troisième et, s’il y avait lieu, quatrième classe. On apprendrait dans la première à lire, à écrire, à chiffrer, et les premiers éléments de la grammaire ; dans la seconde, les quatre règles, l’orthographe et les principes de la langue latine ; dans la troisième, les fractions, les parties plus élevées de l’arithmétique, celles des divers objets d’instruction pour lesquels le cours d’une année est insuffisant, le dessin, la danse et les armes. On distribuerait, de plus, entre les trois classes, pour exercer la mémoire des élèves, des leçons d’histoire naturelle et de géographie à leur portée, des fables françaises et latines, les premiers éléments de l’histoire ancienne et un recueil d’actions de vertu et d’héroïsme propres à leur inspirer des sentiments de patriotisme et de morale. La seconde section, comprenant les jeunes gens au-dessus de douze ans, se diviserait naturellement entre les élèves destinés, soit à la carrière civile soit à la carrière militaire. L’inspecteur général, dans une inspection qui aurait lieu à cet effet, déterminerait cette division, d’après la déclaration des professeurs et le vœu manifesté par les parents. Les élèves destinés à la carrière civile apprennent les langues anciennes, principalement le latin, tout ce qui tient à la rhétorique et à la philosophie. Ils apprendraient accessoirement le premier volume du cours de mathématiques. Les élèves destinés à la carrière militaire apprendraient particulièrement les quatre volumes qui forment le cours de mathématiques complet, un peu astronomie, le dessin, la fortification, la levée des plans, etc. On enseignerait aux plus avancés parmi eux les principes de la physique et de la chimie, les manœuvres du canon, etc. Les élèves composant chacune de ces divisions seraient distribués, dans l’ordre de leurs progrès, en trois ou quatre classes. On déterminerait, chaque année, la classe à laquelle chacun d’eux appartiendrait, et l’on pourrait alors, soit retenir dans la même classe, soit faire franchir la classe suivante ceux des élèves dont les connaissances seraient en deçà ou au-delà des connaissances nécessaires pour entrer dans la classe qui suivrait immédiatement. Il importe que le règlement détermine d’une manière précise les objets d’enseignement qui seront affectés à chaque classe. La formation d’une bibliothèque dans chacun des établissements est une disposition reconnue nécessaire ; mais il parait que 2 000 volumes seraient plus que suffisants. Le catalogue de chaque bibliothèque doit être imprimé à la suite du règlement. De la sortie des élèvesIl manque à ce règlement un titre important que l’article 54 ne fait qu’indiquer : c’est celui de la sortie des élèves. La République, s’étant chargée pendant plusieurs années de leur entretien et de leur éducation, ne peut pas les abandonner au moment le plus critique. Elle leur assurera des emplois dans la carrière à laquelle ils auront été destinés. Si, dans la carrière civile, ils se consacrent à l’administration, ils seront placés ou dans les corps de l’administration de la guerre et de la marine, ou dans les bureaux des ministres, des préfets, etc., dans les écoles des mines des ponts et chaussées ; si c’est à la jurisprudence ou à la médecine ils auront des places d’élèves, qui seront créées, à cet effet, dans les écoles spéciales. S’ils sont destinés à la carrière militaire, ils auront des places de sous-lieutenants dans l’infanterie, ou seront admis à concourir aux examens pour obtenir des emplois dans le génie, l’artillerie ou la marine. Il pourra être créé par an huit ou dix pensions de 200 francs chacune, distribuées entre les différents collèges, pour être décernées aux sujets qui se seront distingués. Collège Saint-CyrTout ce qui est relatif au collège de Saint-Cyr doit former un titre particulier. L’éducation y doit être dirigée d’après le parti qu’on se proposera de tirer des élèves qui en sortiront, et dont le nombre peut être porté jusqu’à 400. Toutes les connaissances qui peuvent en faire de bons ouvriers et des hommes utiles dans les arts mécaniques, dans les ateliers de l’administration publique, soit de terre, soit de mer, sont celles qu’ils doivent recueillir de l’éducation nationale. Il trouvera sans doute, dans un nombre aussi considérable d’individus, des élèves que leurs facultés personnelles rendront capables d’aspirer à des emplois civils ou militaires ; il doit en conséquence être fait, tous les ans, des examens à la suite desquels on pourra faire passer huit ou dix élèves de Saint-Cyr dans les autres collèges du Prytanée. Je vous ai exposé, Citoyen Ministre, les diverses observations auxquelles le règlement que vous avez présenté aux Consuls a donné naissance. J’ai l’honneur de vous répéter qu’elles vous sont adressées moins comme des vues auxquelles vous deviez vous astreindre que comme des idées qui peuvent entrer dans les vues de bien public qui vous animent. Par ordre du Premier Consul Archives de l’Empire
Paris, 27 prairial an IX (16 juin 1801)Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître au général Saint-Cyr, par un courrier extraordinaire, que les propositions de paix faites par le Portugal n’ont pas été admises par le Gouvernement, qui ne peut faire la paix qu’autant que la République occupera, jusqu’à la paix générale, deux ou trois provinces, pour servir d’équivalent au grand nombre de colonies que les Anglais ont prises aux alliés. L’intention du Gouvernement est que le général Saint-Cyr se concerte avec le général Leclerc, qu’il accélère la réunion des détachements non encore arrivés, qu’on réunisse les corps français pour pouvoir occuper Oporto et les provinces voisines. Le général Saint-Cyr se rendra ensuite au quartier général du prince de la Paix, pour concerter un nouveau plan de campagne. Je désirerais que les Espagnols continuassent à garder la province qu’ils ont occupée, et que le général espagnol mît sous les ordres du général Saint-Cyr une division de 13 ou 14 000 Espagnols, qui, joints aux Français, formeraient un corps d’armée suffisant pour marcher droit à Oporto. Indépendamment des 15 000 hommes qui doivent être en ce moment hors des frontières de la République, d’autres troupes sont prêtes à les joindre. Écrivez au général Leclerc que l’intention du Gouvernement est que le corps à ses ordres marche toujours réuni. Il continuera à avoir le commandement direct des troupes françaises, et se trouvera sous les ordres du général Saint-Cyr, lorsque celui-ci aura le commandement d’une partie de l’armée espagnole et des Français. Écrivez à l’ambassadeur de la République à Madrid que l’intention du Gouvernement est que le général Saint-Cyr soit chargé, à la tête d’un corps espagnol et des Français, de prendre possession d’Oporto et des trois provinces Entre-Douro-e-Minho, Tras-os-Montes, Beïra ; et enfin que les généraux espagnols ne doivent donner aucun ordre aux troupes françaises, sans que cela ait été arrêté dans le plan de campagne avec le général Saint-Cyr ; que l’on n’a pas envoyé à Madrid un général aussi distingué pour que l’on n’en fasse aucun cas, et que des gens nouveaux dans l’art de la guerre dédaignent ses conseils. Bonaparte Recommandez au général Leclerc d’envoyer exactement des états de situation. Comm. par M. le prince de Wagram.
427. Paris, 8 messidor an IX (27 juin 1801)Le titre même de ce règlement ne donne pas une idée juste de son objet. Il s’agit moins de la formation d’une école d’artillerie et du génie que de la réunion des deux écoles. Aussi l’article 1er, au lieu de prononcer la suppression des écoles de Chalons et de Metz, devrait stipuler expressément leur réunion. L’article 3 paraît inutile ; il n’y a pas de nécessité de dire ce qu’on a l’intention de faire, dans le même moment où on le fait. Le titre II, article 4, forme un état-major beaucoup trop considérable ; s’il existait de la sorte, il rendrait l’établissement trop dispendieux, et ne tendrait, en y réunissant autant d’officiers supérieurs, qu’à y introduire de nombreuses causes de dissipation. L’article 5 paraît inutile. L’établissement étant une école, on doit y trouver des canonniers, des ouvriers, des sapeurs et des mineurs, sans qu’il soit besoin d’y attacher une compagnie de ces divers individus. Les articles 6 et 7 donneraient lieu à des observations particulières, mais ces observations se présenteront naturellement dans l’examen des articles suivants. Les titres III et V doivent être réunis pour ne former qu’un seul titre. La durée totale des cours de l’école étant fixée à deux ans, il faut diviser l’enseignement en quatre parties, chacune comprenant six mois d’étude. Les élèves de la première classe apprendraient : 1) les manœuvres de l’infanterie, du peloton et du bataillon ; 2) celles du canon de campagne et de siège, ainsi que de la bombe et des obusiers ; 3) les manœuvres de force, l’artifice, etc. ; 4) les éléments de la fortification, la levée des cartes et les premiers principes de la construction, coupe des pierres, etc. On enseignerait dans la seconde classe l’exercice à feu, l’escrime, les éléments de la fortification de campagne, les principes de l’attaque des places, toute la partie de l’aide-mémoire qui est relative au tir ; enfin tout ce qui est nécessaire an canonnier et à l’ingénieur en campagne. On conduirait les élèves au polygone ; ils jetteraient des bombes dans des tonneaux, tireraient au blanc, etc., et construiraient des batteries de toutes espèces. Ils continueraient leur cours de construction. Dans la troisième classe, les élèves suivraient leurs études dans l’architecture hydraulique civile et militaire. Ils s’occuperaient de la partie compliquée des constructions, et ils apprendraient tout ce qui est nécessaire pour diriger et surveiller la construction d’une place. Ils prendraient connaissance des détails des fonderies, des mines, etc. La quatrième classe serait consacrée à perfectionner les élèves dans les différentes parties qui auraient été jusqu’alors l’objet de leurs études. Ils visiteraient tous les détails des arsenaux, les mines, les galeries, etc. ; tout ce qui tendrait à terminer leur instruction comme ingénieurs et artilleurs serait du ressort de cette classe. L’article 19 ordonne la rédaction d’un cours complet composé de seize traités. Tous ces traités existent ; il faudrait donc se borner à faire la classification de ceux qui devraient être appliqués à chaque degré d’instruction, c’est-à-dire à chaque classe, et déterminer parmi ceux qui traitent de la même matière celui qui devrait obtenir la préférence. Il ne s’agirait plus alors que de les faire réimprimer en quatre tomes, et de réunir ainsi toutes les connaissances éparses dans un grand nombre d’ouvrages. Cette opération ne peut paraître difficile et d’un succès incertain. Les ouvrages que l’on enseignait à l’école du génie avant la révolution existent et ne laissent rien à désirer. L’aide-mémoire, classé d’une manière convenable, et quelques principes de théorie qui se trouvent dans Lombard et dans Robins, fourniraient un bon ouvrage pour l’artillerie. On a aussi d’excellents traités sur les mines et sur l’art de lever les plans. Un cours formé de ces différentes parties réunies suffirait. On s’occuperait ensuite de perfectionner les différents objets d’enseignement qui en auraient besoin. Ces observations donneraient donc lieu à des modifications dans les principales dispositions du projet. La distribution du règlement
exige aussi des changements. La division en personnel et matériel ne paraît
pas convenable. On a adopté généralement pour les écoles une autre
distribution qui consiste dans les titres : Admission, Police,
Étude, Examen, etc. On doit, en général, dans l’établissement d’une école du génie et d’artillerie, considérer comme objet principal de l’instruction la connaissance des manœuvres de toutes les bouches à feu et la tactique de l’infanterie. Il conviendrait qu’aussitôt qu’un élève est admis à l’école de bataillon, il fût astreint à faire, au moins trois fois par décade, le maniement des armes et les manœuvres du bataillon. Il importe, pour les manœuvres de l’artillerie, de ne pas perdre de vue qu’il n’y a rien de plus incertain que la théorie du tir. Cette partie de l’art est classée parmi les sciences physico-mathématiques ses résultats sont douteux ; ceux de la pratique sont certains. Les élèves ayant fait un cours de mécanique savent à peu près tout ce qu’il faut pour saisir et appliquer. Il convient donc de s’attacher par-dessus tout, et comme à l’un des principaux fondements de l’instruction, à ce que chaque élève exécute mieux qu’un vieux soldat tous les mouvements du fusil, toutes les manœuvres des pièces ; qu’il soit habile à tirer à la cible et qu’il connaisse parfaitement l’usage des bouches à feu. Aucun d’eux ne doit être réputé bon élève si, au sortir de l’école, il ne peut aller immédiatement à une batterie on à un siège. Il est convenable qu’arrivant au corps il instruise une classe de recrues aux manœuvres de l’artillerie, de l’infanterie et à celles de force. Combien ne voyait-on pas d’officiers hors d’état de mettre la prolonge, de diriger une manœuvre de force, de composer un artifice, et obligés de prendre les leçons des vieux sergents ! Lorsqu’un élève pointera mieux que les soldats, on ne lui contestera ni ses droits à l’avancement, ni les autres avantages de son éducation. Les vieux sergents ne seront pas jaloux des jeunes officiers auxquels ils n’auront jamais rien appris. Le Premier Consul désire que le général Marmont prenne connaissance de ces notes, et voie s’il ne convient pas de les faire entrer, en tout ou en partie, dans les dispositions du règlement à rédiger. Il l’invite à rechercher et à consulter les officiers auxquels les détails de l’instruction à donner dans les écoles sont familiers. Il pense que ce règlement doit contenir avec précision le nombre des professeurs et de tous autres agents d’instruction. C’est lorsque le projet d’organisation d’une école unique pour l’artillerie et le génie sera présenté en tableau complet, que l’on pourra juger s’il est utile de réunir et de confondre dans un seul établissement les moyens d’instruction pour les deux armes. Par ordre du Premier Consul Archives de l’Empire Paris, 7
thermidor an IX (26 juillet 1801)
Faites connaître, Citoyen Ministre, au général Chasseloup, ou à l’officier commandant en son absence l’arme du génie de la Cisalpine, que l’intention du Gouvernement est qu’il ne soit rien fait à Rivoli avant que les plans des ouvrages à y construire aient été envoyés à Paris et approuvés par le Gouvernement. Le
but principal du fort de Rivoli doit être : 1) D’empêcher la cavalerie et l’artillerie de déboucher dans la vallée de l’Adige, sur la droite de ce fleuve ; 2) D’intercepter à tous les bateaux la navigation de Vérone à Trente ; 3) Et, si cela est possible, d’intercepter le grand chemin qui communique, par la rive gauche, de Trente à Vérone. Le
Gouvernement n’approuve pas la proposition du général Chasseloup de démolir
Legnago ; son intention est au contraire que, sans perdre de temps, on
en ferme la gorge ; que l’on fasse des souterrains, un hôpital, une
salle d’artifice, une boulangerie, etc., à l’abri de la bombe ;
que l’on organise un système d’inondation et qu’on mette cette
place dans le meilleur état de défense. Le
Gouvernement tient par-dessus tout à avoir le plus promptement possible une
place sur l’Adige qui donne les résultats suivants : 1) Intercepter l’Adige de Vérone à Venise ; 2) Contenir un arsenal et des magasins, afin d’en pouvoir partir pour passer l’Adige, sinon vis-à-vis la ville, du moins à deux lieues en remontant ou descendant ce fleuve ; 3) Dominer la rive gauche par des batteries d’obusiers, de bombes et de canons, élevées, ce qui empêchera probablement l’ennemi d’établir une place sur la rive gauche, vu : 1) qu’il n’a aucun intérêt à intercepter l’Adige, aucune de nos places fortes ni aucun de nos magasins n’étant situés sur ce fleuve ; 2) qu’il a la position de Vérone, qu’il est obligé de fortifier, position qui remplirait pour lui le même but, et lui donne pour l’offensive plus d’avantages que Legnago ; 3) qu’enfin, en construisant une place sur la rive gauche de l’Adige, l’ennemi aurait à craindre qu’en la prenant nous ne nous trouvassions avoir sur ce fleuve une place forte qui annulerait sa communication principale du Tyrol à Venise ; 4) Que Porto-Legnago serve de vedette à Mantoue ; 5) Mettre, par des canaux, l’inondation et quelques redoutes, un camp de 10 à 12 000 hommes à l’abri des efforts d’une armée, sans qu’ils soient obligés de se jeter sur les glacis ou dans les chemins couverts, et qu’ils puissent se former dans ce camp pour défiler, en remontant ou descendant l’Adige, et agir offensivement. Les
maisons qu’il faudra acheter pour ces travaux le seront sur-le-champ et ne
compteront pas sur les 200 000 francs accordés par mois ; elles
seront échangées contre des biens nationaux. Vous trouverez ci-joint l’arrêté pour démolir les fortifications de Vérone. Avant de prendre un parti pour Mantoue, le Gouvernement attendra un mémoire général sur cette place, ainsi que les profils et plans des ouvrages tels qu’ils existent aujourd’hui. Écrivez au Gouvernement cisalpin et expliquez-lui de quel intérêt il est, pour la défense de la République, de mettre Peschiera dans le meilleur état, et la nécessité d’acquérir promptement les maisons nécessaires aux fortifications de Legnago, place de la plus haute importance, puisqu’elle intercepte la communication de l’Adige, qu’elle est comme la vedette de Mantoue, et qu’elle peut contenir des magasins pour la guerre offensive. Recommandez au général Chasseloup de faire faire secrètement des reconnaissances qui désignent tous les villages, ruisseaux, toutes les rivières, positions, que pourrait occuper l’ennemi, de Legnago, à Padoue, pour disputer le terrain et s’opposer aux progrès d’une armée qui voudrait pénétrer par ce chemin. Ces reconnaissances doivent être envoyées à Paris pour rester au dépôt de la guerre. Bonaparte Comm. par M. le prince de Wagram. (En minute aux Arch. de l’Emp.)
Paris, 18 fructidor an IX (5 septembre 1801)J’ai lu, Citoyen, les observations du comité que vous m’avez envoyées ; il n’y a rien de raisonnable. Le projet de règlement que vous proposez approche de très près du but. J’y trouve un peu trop de laconisme. Le titre 1er ne me paraît pas assez clair et assez développé. Comme il doit servir de règle aux payeurs et aux différents fournisseurs, je crois que ce règlement doit contenir autant de titres qu’il y a de matières différentes. Vous trouverez ci-joint quelques observations sur ce projet. Je crois utile que vous voyiez le citoyen Gau et l’administrateur de la trésorerie, afin de marcher d’accord avec ces deux hommes, qui m’ont paru très versés dans leur partie. C’est avec eux qu’il faut que vous agitiez cette question, s’il vaut mieux que les décomptes soient consommés dans les divisions, ou à Paris entre les administrateurs du trésor et le comité central. L’avantage que présente ce dernier parti serait que les décomptes seraient consommés par corps. Répétez bien au citoyen Gau et à l’administrateur de la trésorerie que mon but est d’arriver le plus exactement possible, À avoir, au commencement de frimaire, ce que chaque payeur a pu payer pour la solde de vendémiaire, et ainsi de suite ; À avoir, au commencement de frimaire, les moyens de liquider le mois de vendémiaire, pour les vivres, le fourrage, le chauffage ; À avoir, tous les six mois, le décompte positif de l’habillement, des remontes et de l’armement de toutes les troupes de la République ; Et qu’au conseil qui se tiendra en frimaire, pour convertir en ordonnances définitives les ordonnances d’à-compte de vendémiaire, il faut avoir toutes les contre-épreuves qui peuvent servir à liquider, sans retour et craindre que la République soit lésée, les dépenses dudit mois. Il sera bon que vous fassiez sentir aux fournisseurs, aux payeurs, aux inspecteurs eux-mêmes, dans le règlement, l’importance de leurs opérations, puisqu’elles seront la base réelle des liquidations. Si nous venons à bout de faire un bon règlement et d’établir, sur des bases solides la comptabilité de la guerre, la morale politique, le trésor et le soldat gagneront beaucoup. Bonaparte Souvenirs
de Matthieu Dumas.
|
||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
||||||||||||||||||