Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

 

440.
Ordre relatif au service des troupes dans les villes de garnison
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 29 prairial an X (18 juin 1802)

Donner ordre aux généraux commandant les divisions militaires du Midi d’exercer les régiments de cavalerie et de ne pas souffrir qu’ils fassent ni escortes ni service d’ordonnances.

Leur réunion aura pour objet de les remettre et de les livrer, pendant la belle saison, aux manœuvres.

La gendarmerie doit être suffisante en ce moment pour la sûreté des grandes routes.

Réunir également tous les détachements d’infanterie qui auraient été établis dans les différents villages par suite de circonstances quelconques, et réitérer l’ordre que, sous quelque prétexte que ce soit, on ne laisse pas aux soldats moins de cinq nuits.

Faire connaître aux chefs de corps et aux commandants de place qu’il est nécessaire que les troupes fournissent, soit aux ateliers des routes, soit aux ateliers particuliers dans les villes, soit aux travaux de l’agriculture. Cela fortifie le soldat, fait gagner la masse et met plus d’aisance dans tout le corps.

Faire connaître aux généraux que l’on avait établi en temps de guerre sur les montagnes, ainsi que sur tous les points des côtes, des postes qui deviennent désormais inutiles. Ils doivent retirer et réunir tous ces détachements, en faisant rentrer préalablement les objets nécessaires à l’artillerie et les munitions qui pourraient s’y trouver.

Ils ordonneront aux chefs de corps, surtout l’infanterie légère, de faire tirer à la cible ; et, en conséquence, il sera accordé des cartouches.

Faire une circulaire aux préfets pour les prévenir des dispo­sitions ci-dessus. Ajouter qu’ils doivent sentir combien il est nécessaire de donner un repos au soldat et de supprimer, en conséquence, tout service d’hommes et de postes qui ne serait pas absolument nécessaire ; que les citoyens doivent s’accoutu­mer à la police des autorités civiles ; que l’appareil des postes militaires doit être inutile, et que dans une ville on ne doit pas s’apercevoir si un régiment en part ; que les gardes nationales doivent suffire, sans le concours des troupes de ligne, etc.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

441.
Arrêté relatif aux hautes payes et encouragements pour la continuation des services militaires

Paris, 1er thermidor an X (20 juillet 1802)

ARTICLE PREMIER. Tous les caporaux et soldats qui, au 1er vendémiaire prochain, se trouveront avoir dix ans révolus de service effectif dans le même corps, recevront une haute paye d’un franc par mois, s’ils contractent et signent la promesse de continuer leur service pendant l’espace de cinq années.

ART. 2. Les caporaux et soldats qui, au 1er vendémiaire prochain, se trouveront avoir quinze ans révolus de service effectif, recevront une haute paye d’un franc cinquante centimes par mois, s’ils contractent et signent la promesse de servir encore pendant cinq années.

ART. 3. Les caporaux et soldats qui, à l’époque du 1er vendémiaire prochain, se trouveront avoir vingt ans de service effectif, recevront une haute paye de deux francs par mois, tant qu’ils continueront leur service.

ART. 4. À compter du 1er vendémiaire prochain, tous les caporaux et soldats qui parviendront à dix, quinze ou vingt ans révolus de service effectif, jouiront des hautes payes fixées par les articles ci-dessus, en continuant leur service pendant cinq ans.

ART. 5. Les caporaux et soldats parvenus à dix ans de service porteront sur le bras gauche, comme marque distinctive, un chevron de laine rouge ; de quinze à vingt ans, ils porteront deux chevrons, et de vingt à vingt-cinq, ils porteront trois chevrons.

ART. 6. Après vingt-cinq ans révolus de service effectif, ils seront, par le fait seul de la durée de leurs services, susceptibles d’être admis dans la Légion d’honneur.

ART. 7. Le décompte des hautes payes sera fait en même temps et de la même manière que celui de la solde.

ART. 8. Le ministre de la guerre, celui de la marine et celui du trésor publie sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Bulletin des lois.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

442.
Note sur les communications militaires de France en Italie par le Simplon

Paris, 14 thermidor an X (2 août 1802)

L’indépendance du Valais, avec la faculté exclusive aux Français de pouvoir y faire passer leurs armées, la nouvelle route du Simplon, sont propres à changer le système de la guerre d’Italie.

Une armée française qui serait forcée sur l’Adda défendrait le Tessin sans craindre la diversion que l’ennemi ferait sur Tortone. Une fois le Tessin forcé, elle se retirerait sur le lac Majeur, prendrait des positions dans la montagne et gagnerait du temps jusqu’à l’arrivée des secours qui lui parviendraient par le Simplon.

Il devient donc indispensable :

1)   De faire lever avec un soin particulier tous les environs du lac Majeur, les sources de la Sesia et tous les revers des Alpes qui forment les vallées supérieures de la Sesia et de la Doire, pour bien connaître les communications que ces vallées ont entre elles et déterminer les positions qu’une armée très inférieure pourrait prendre pour donner le temps à un renfort qu’elle attendrait d’arriver au Simplon.

Il est nécessaire d’avoir au bureau topographique de la guerre toutes ces reconnaissances faites, afin que l’on puisse, s’il était nécessaire, envoyer aux généraux toutes les instructions convenables, et que dès le commencement d’une guerre, on puis­se connaître les ouvrages défensifs de campagne qui seraient à faire dans les différentes positions, en cas d’événement malheureux.

2)   Au moyen d’une reconnaissance du Tessin, depuis son embouchure dans le lac Majeur jusqu’au lieu où il reçoit le torrent de l’Anza, une ligne qui suivrait la crête des montagnes aux environs de l’Anza paraîtrait propre à être défendue par peu de monde et aurait les caractères essentiels de placer la petite ville de Domodossola par derrière en dépôt, et conserverait sa gauche appuyée sur le lac Majeur à l’embouchure du Tessin.

3)   La faculté d’évacuer promptement, par le Pô, le Tessin et le lac Majeur, tous les bagages, les blessés et les munitions de guerre et de bouche de l’armée, lorsqu’on serait obligé d’évacuer tout le plat pays, rendrait une forteresse sur le lac Majeur, aux environs de l’embouchure du Tessin, extrêmement importante. Il faudrait qu’on pût se servir de ce fort pour y mettre à l’abri les barques du lac Majeur, et renfermer tout ce qui pourrait donner la facilité de passer promptement le Tessin.

Il faudrait que celle forteresse fût capable de résister à dix jours de tranchée ouverte, mais surtout qu’elle fût placée de manière à n’influer, ni directement ni indirectement, sur le passage de la grande route du Simplon, afin que, prise par l’ennemi, elle ne s’opposât d’aucune manière à notre rentrée en Italie. Le seul but de ce petit fort devrait être de conserver l’artillerie, les bagages, les malades, les vivres qu’au moment de notre retraite nous ne pourrions pas évacuer au-delà du Simplon, et que nous retrouverions quinze ou vingt jours après, dès l’instant que l’armée aurait reçu les renforts.

On sent donc qu’un fort qui n’a pas d’autre but doit être spécialement placé de manière qu’il soit facile à bloquer, qu’il puisse être défendu par 4 ou 500 hommes, et doit être, par le choix de sa localité, une construction facile.

4)   Il devient nécessaire d’établir des étapes de Genève à Villeneuve par la rive gauche du lac, ainsi que de Villeneuve au Simplon.

5)   La pauvreté du Valais et le peu de bâtiments qui existent rendent nécessaire l’acquisition de quelque grand couvent pour servir de caserne et de magasins. Ces bâtiments, sur lesquels serait arboré le drapeau de la République, seraient gardés par des troupes françaises et soumis à la police française.

Il faudrait principalement deux grands établissements : le premier à Martigny, le second à Brigg. Il faudrait que chacun de ces établissements pût contenir un hôpital pour deux cents lits, loger 2 000 hommes et renfermer des hangars pour l’artillerie, une manutention pour les vivres, et des magasins pour des farines et des biscuits. Si ces deux locaux n’offrent aucune ressource, il faudra alors construire, sur un plan régulier, ces différents bâtiments, au compte de la République, et alors il faudra les placer de manière à les envelopper facilement par une ligne magistrale et les mettre à l’abri de toute attaque de vive force, surtout de la part des paysans et de l’infanterie légère de l’ennemi.

Les placer de manière qu’ils soient sur le grand chemin et le maîtrisent entièrement, en ayant soin que celui de Martigny soit placé plus bas que l’intersection du chemin du Valais et du chemin du Saint-Bernard.

6)   Il y a près de Villeneuve un fort : il faut se faire rendre compte s’il est du domaine du Valais, et, dans ce cas, l’occuper.

7)   Le chemin de la rive gauche du lac qui conduit à Genève passe par les rochers de la Meillerie. Il doit y avoir les moyens de bâtir un petit fort qui intercepte ce chemin.

Bonaparte

Comm. par M. le prince de Wagram.

 

443.
Observations sur un projet de lettre au ministre de la Guerre concernant les lois sur les retraites

Paris, 19 thermidor an X (7 août 1802)

Les lois sur les traitements de retraite ont été mal abusive­ment conçues ou mal interprétées.

D’après le compte particulier que je me suis fait rendre, Citoyen Ministre, de tout ce qui a trait aux pensions de retraite, aux traitements de réforme, aux vétérans en activité, aux invalides, aux hommes et enfants des militaires, je me suis convaincu de deux vérités : la première, c’est que le trésor public ne peut continuer à payer les sommes énormes auxquelles s’élèvent la solde et l’entretien de ces différentes classes ; la deuxième, c’est que les règlements existant sur ces différentes parties ont été, ou abusivement conçus, ou mal interprétés.

Ne croyant pas que le moment soit encore venu de ramener, par des lois ou des règlements généraux, ces différentes bran­ches de votre administration à l’ordre, à la régularité et à l’économie qui doivent caractériser mon consulat, et ne pouvant cependant laisser plus longtemps la fortune publique et les sueurs peuple s’écouler et se perdre, ainsi sans une absolue utilité, je vais vous faire connaître les résolutions que j’ai prises sur ces divers objets.

Tout droit à la solde de retraite est annulé par l’émigration.

Ne me présentez point de retraite pour des amnistiés, rayés de la liste, ou éliminés.

Regardant les soldes de retraite qu’avaient pu mériter les individus qui ont été inscrits sur les listes d’émigrés, comme acquises au trésor public, vous ne présenterez plus à ma signa­ture de solde de ce genre, ni de traitement de réforme pour les individus qui ont été ou rayés, ou éliminés, ou amnistiés ; vous n’en admettrez aucun ni dans les vétérans nationaux en activi­té, ni aux invalides.

Tous les individus qui n’ont pas servi la République ne doivent pas jouir du bénéfice de la loi du 28 fructidor an VII ; les pensions de ceux-ci doivent se fixer par la loi du 29 août 1790, ou la loi du 9 vendémiaire an VI.

Tous les individus qui n’ont pas servi la République ne me paraissent point avoir droit au bénéfice de la loi du 28 fructidor an VII. Je suis résolu à ne signer, pour cette classe, que des pensions, telles qu’elles ont été fixées par la loi du 22 août 1790, réduites d’après l’article 99 de la loi du 9 vendémiaire an VI.

La solde de retraite fixée par la loi du 28 fructidor an VII serait uniquement réservée pour les mutilés, blessés pendant la dernière guerre.

Tous les individus qui ont quitté le service de la République avant la publication de la loi du 28 fructidor an VII, et qui ont pris leur retraite pour cause d’ancienneté ou d’infirmité, me paraissant être dans le même cas que les précédents, je ne veux signer de même pour eux que des pensions réglées d’après les mêmes bases. Ainsi les soldes de retraite, telles qu’elles ont été fixées par la loi du 28 fructidor, seront uniquement réservées aux militaires qui ont été blessés pendant la dernière guerre, ou qui, ayant consacré un grand nombre d’années an service de la République, ont de véritables droits aux grâces accordées par la loi du 28 fructidor. Tout le reste doit être traité ainsi que l’ont voulu l’assemblée constituante et les auteurs de la loi du 9 vendémiaire.

Je sens bien qu’il serait juste de reviser d’après ces princi­pes toutes les pensions qui ont été antérieurement accordées, soit par le Directoire, soit par les Consuls ; mais, comme je ne puis croire que la loi du 28 fructidor ait pu rétroagir, je ne crois pas non plus pouvoir donner un effet rétroactif à ma détermi­nation.

Tout individu qui n’est blessé n’y a point droit.

Vous voudrez bien aussi ne plus me proposer d’accorder des soldes de retraite pour les infirmités non provenant de bles­sures. Un abus de ce genre est intolérable. L’Etat ne doit de solde de retraite qu’à ceux qui, ayant été blessés à son service, ne peuvent continuer à le servir, ou qui, ayant atteint cinquante ans d’âge, l’ont servi pendant trente années effectives.

Les hommes et les enfants des vétérans et des invalides ont aussi donné lieu à des abus, que je dois faire cesser.

Vous ne me proposerez plus de pension pour les femmes et enfants des vétérans ; je ne considère point ces militaires comme en activité de service ; quant aux femmes des invalides, leur sort est fixé par la loi au 16 mai.

Les femmes et les enfants des militaires tués à la guerre, et qui sont dans les cas prévu par les numéros 1, 4 et 5 de l’article 1er de la loi du 14 fructidor an VI, continueront à jouir du bénéfice de cette loi. Vous me proposerez donc toutes celles qui seront dans cette hypothèse.

Je ferai connaître à la section de la guerre les dispositions ci-dessus, afin qu’elles servent de règle dans rapports qu’elle pourra être chargée de faire, comme elles vous serviront de loi dans la direction de votre travail.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

444.
Instructions relatives aux fortifications d’Alexandrie
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 17 fructidor an X (4 septembre 1802)

Le rapport que vous m’avez fait, Citoyen Ministre, sur la situation d’Alexandrie, ne me paraît pas assez détaillé. Joignez-y le plan, et faites-moi connaître ce qui a été fait dans l’année et ce que l’on doit y faire dans l’an XI. Mon intention est qu’au lieu de 50 000 francs par mois, à compter du 1er vendémiaire, il y soit dépensé 100 000 francs par mois, pendant tout l’an XI. Cet argent doit être employé à augmenter les ouvrages et les magasins casematés.

La citadelle d’Alexandrie doit renfermer des magasins capables de contenir 500 milliers de poudre, deux millions de cartouches, 20 à 30 000 fusils, l’approvisionnement complet d’un équipage de campagne de 200 bouches à feu, 5 000 hommes de garnison, boulangerie et approvisionnement complet pour un an, deux hôpitaux de 500 malades chacun. Tous ces établissements, ainsi que les approvisionnements de l’artillerie employée à la défense de la place, doivent être à l’abri de la bombe ; les fronts les plus faibles doivent être considérablement augmentés, et enfin, tout le terrain à la portée du canon, nivelé et arrangé de manière à ne favoriser en rien l’ennemi.

Les plans de la citadelle, de la ville, et à 2 000 toises autour, doivent être levés sur une très grande échelle, mon intention étant de n’épargner ni argent ni travaux pour que cette place reste défendable par 5 à 6 000 hommes, et puisse se défendre autant de temps que possible. L’art ne doit rien épargner pour la porter à son dernier degré de force. Cette place devant réunir tous les magasins de l’armée, il faut la fortifier de manière qu’elle puisse arrêter assez l’ennemi pour donner le temps de reformer de nouvelles armées et de venir à son secours.

Je vous prie également de me faire connaître pourquoi il n’a été dépensé que 140 000 francs en l’an X ; cependant il a été affecté pour ces dépenses 50 000 francs par mois, c’est-à-dire 600 000 francs pour l’année.

Bonaparte

Cabinet de l’Empereur.

(La minute aux Arch. de l’Emp.)

 

445.
Dispositions pour l’établissement d’un camp de vétérans dans les 26e et 27e divisions militaires
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 30 fructidor an X (17 septembre 1802)

Le Gouvernement a résolu, Citoyen Ministre, de former cinq camps de vétérans dans les six départements du Pô, de Marengo, de la Stura, de la Doire, de la Sesia et du Tanaro. Chacun de ces camps sera composé de 400 vétérans, âgés de moins de quarante ans, et qui ont été mutilés ou grièvement blessés dans la guerre de la liberté. Il sera donné à chaque vétéran, à titre de récompense nationale, un nombre d’arpents de terre, dans les lieux qui seront désignés dans lesdits départements, égal au traitement de retraite dont ils jouissent. Ils continueront, en outre, à jouir de leur traitement, dont il leur sera payé un mois d’avance, pour les mettre à même d’acheter les meubles et effets. nécessaires à leur établissement. Ils devront ne pas être mariés, et dans l’intention de se marier avec des femmes du département où leurs terres leur seront données. Tous les individus qui ont obtenu les Invalides, qui ont été mutilés ou grièvement blessés dans la guerre, ont droit de prétendre à cette récompense. Vous voudrez bien écrire une circulaire aux préfets, sous-préfets, maires, généraux de division, de brigade, commandants de place et ordonnateurs, pour que tous ceux qui sont dans ce cas et qui voudraient faire partie des camps aient à faire leur demande et à vous l’envoyer par le canal du préfet de leur département. Le double but que se propose le Gouvernement est facile à sentir : récompenser de braves soldats auxquels la République doit tant, et, par des alliances dans ces pays nouvellement réunis à la République, attacher davantage les habitants à la patrie, et y introduire la langue et l’esprit français. Vous ferez connaître que vous présenterez toutes les demandes au Premier Consul le 1er brumaire, pour qu’il ait à choisir ceux qu’il jugera les plus dignes de cette récompense nationale.

Il sera formé également dans les départements du Mont-Tonnerre, de la Roër, de la Sarre et de Rhin-et-Moselle, cinq camps de vétérans, composé chacun de 300 vétérans, et il leur sera donné la même quantité de biens nationaux pour le même objet. Ceux qui voudront en obtenir vous adresseront également leur demande par le canal du préfet de leur département. Ayez soin de spécifier, dans voire circulaire, la manière dans laquelle seront faites ces demandes, et qu’on doit y relater les batailles où l’on s’est trouvé et les blessures qu’on a reçues.

Écrivez aux administrateurs de la 26e et de la 27e division militaire, pour leur faire connaître l’intention du Gouvernement. Pour la 27e division militaire, je désire que les cinq camps de vétérans soient tous placés entre le Pô et la Bormida, sans qu’ils soient éloignés de plus de dix lieues d’Alexandrie, de manière qu’en cas de guerre ils puissent se réfugier, s’il était nécessaire, dans la citadelle d’Alexandrie, avec leurs femmes, leurs enfants et leurs bestiaux. Le général Jourdan fera faire le relevé de tous les biens nationaux qui appartiennent à la République, dans cet arrondissement, et enverra le projet de la formation des cinq camps de vétérans. Il faudra donner l’explication du mot camp : on n’entend pas par là que les individus seront réunis dans une seule et même enceinte ; mais on définit par camp tout partage de terres données à des vétérans, et qui devront se trouver dans le territoire de communes voisines de moins de trois lieues.

Il y aura pour chaque camp des terres pour un chef de bataillon, pour quatre capitaines, quatre lieutenants, quatre sous-lieutenants et vingt sergents et caporaux. En cas de tocsin, générale ou de mouvement, ils seront tenus de prendre les armes, et seront soumis toujours à une discipline particulière qui sera établie par des règlements ultérieurs.

Il vous sera facile de faire sentir au général Jourdan que le principal but de ce règlement est d’accroître la population d’Alexandrie d’une masse d’hommes français, l’intention du Gouvernement étant d’augmenter les fortifications d’Alexandrie et de la rendre le centre des mouvements de la guerre d’Italie.

Pour la 26e division militaire, il faut que les camps se trouvent dans l’arrondissement de dix lieues de Mayence ou de Juliers. Il vous sera également facile de faire sentir au citoyen Jean-Bon Saint-André[1] quelle espèce d’intérêt porte le Gouvernement à préférer cette situation pour le placement des camps de vétérans. Chacun de ces individus doit se trouver logé dans une maison de paysan, séparément, afin de se livrer paisiblement aux travaux de l’agriculture. Il sera nécessaire que l’administrateur général présente un emplacement pour les recevoir, en attendant que les établissements soient faits et les parts assignées.

Vous ferez connaître également que les biens nationaux doivent être pris sur le fonds de 10 millions dans la 27e division militaire, et de 6 millions dans la 26e, qui sont affectés pour la formation de ces camps.

Bonaparte

Cabinet de l’Empereur

 

446.
Réduction du nombre des régiments de grosse cavalerie
Au général Berthier

Paris, 30 fructidor an X (17 septembre 1802)

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me présenter un projet d’arrêté pour réduire les régiments de grosse cavalerie à dix-huit et deux de carabiniers ; total : vingt. Ces régiments seront tous à quatre escadrons. En conséquence, les six derniers seront supprimés, et fourniront chacun un escadron aux dix-huit premiers. Sur ces dix-huit régiments, les cinq premiers seront cuirassiers, ainsi que le 8e, qui l’est déjà ; ce qui fera six régiments de cuirassiers et douze sans cuirasse. Les deux escadrons restants seront fondus dans les quatre nouveaux régiments de cuirassiers.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

447.
Note sur les fortifications dans la 27e division militaire
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Paris, 3e jour complémentaire an X (20 septembre 1802)

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, des notes qui feront voir au général Chasseloup le sens dans lequel on désire que les fortifications d’Alexandrie soient dirigées.

Vous ne sauriez trop lui faire sentir l’importance que j’attache à cette place, et l’intention où est le Gouvernement de faire tous les sacrifices d’argent convenables pour pousser les travaux avec une extraordinaire activité.

Bonaparte

Notes sur les fortifications de la 27e division militaire
Fenestrelle

Cette place doit être tenue dans le meilleur état, et l’art doit y ajouter tout ce qui est possible pour fortifier une place qui doit être considérée comme la véritable clef de l’Italie.

Turin

Il faut démolir la citadelle. Trop près des Alpes, si elle était une fois prise par l’ennemi, elle ne pourrait que gêner les opé­rations d’une armée qui dépasserait les Alpes. Elle n’a même pas l’avantage de protéger l’arsenal de Turin. Les 2 000 hommes qu’il faut pour sa défense, l’argent qu’il en coûterait pour construire les casemates et la mettre dans un bon état de défense, seront mieux employés à la défense d’Alexandrie.

Alexandrie

On ne doit épargner ni argent ni travaux pour fortifier Alexandrie.

Cette place, à elle seule, doit tenir lieu de la citadelle de Turin, de Tortone et du château de Milan.

Il faut concevoir que les 10 000 hommes qui ont été employés, dans la dernière campagne, à défendre ces quatre places, sont concentrés pour la défense d’Alexandrie.

Alexandrie doit remplir trois buts :

1er but : être le point d’évacuation de tous les hôpitaux, contenir tous les magasins, être le point d’appui de tous les mouvements de la guerre en Italie.

À peine les places sur l’Adige et le Mincio seraient-elles investies par l’ennemi, que les gros bagages, les dépôts, les munitions, les hôpitaux, doivent se concentrer dans cette place.

2e but : cette place doit être d’une assez grande défense pour qu’une fois investie elle donne le temps à une armée de repasser les Alpes, soit par le Simplon, soit par Fenestrelle, jusqu’à ce qu’une bataille gagnée donne les moyens de retrouver les magasins et l’artillerie nécessaires pour, par le moyen du Tanaro et du Pô, reprendre les places du Mincio et de l’Adige.

3e but : par sa réputation de force, Alexandrie doit remplir le but de donner de la confiance à tout le Piémont, tenir les habitants en suspens et les empêcher de prendre parti contre la France tant que cette place reste en son pouvoir.

On ne pourrait obtenir ces trois buts avec la simple citadelle d’Alexandrie : elle manque de local pour servir de dépôt à une armée.

Pour arriver au résultat qu’on se propose, il faut être maître de l’espace occupé par la citadelle, la ville, et de tout le terrain compris entre la Bormida et le Tanaro.

Alexandrie a 2 000 toises de circuit ; il y en a 6 à 700 le long du Tanaro, flanquées par la citadelle, appuyées par les ouvrages que l’on projette dans les îles du Tanaro ; cela a, dès lors, une force suffisante.

Le côté qui regarde l’embouchure de la Bormida dans le Tanaro, qui comprend le tiers de la circonvallation de la place, doit être défendu par une inondation qui rende impossible à l’ennemi de se placer entre Alexandrie et le point de l’embou­chure des deux rivières.

De la porte de Marengo à la Bormida, il n’y a que 400 toises : espace qu’il faut occuper pour que, dans aucun cas, l’ennemi ne puisse jamais passer entre la Bormida et la place.

L’ennemi serait donc obligé, pour cerner Alexandrie, de faire une circonvallation immense, et d’avoir trois ponts sur le Tanaro et la Bormida. Il ne pourrait attaquer que la partie de l’enceinte de 6 à 700 toises, qui regarde du côté d’Asti.

On peut se procurer des inondations par la Bormida et le Tanaro.

Le but que l’on se propose vaudrait la peine d’établir un bon fort qui flanquât et protégeât toute cette portion d’enceinte.

Ainsi, ce que nous appellerions alors Alexandrie compren­drait un espace considérable appuyé sur deux rivières. En tirant parti de la position et des eaux des deux rivières, on pourrait facilement, et sans des dépenses considérables, arriver au résul­tat que l’on désire. On sent bien qu’un bon fossé plein d’eau, indépendamment des inondations, doit être la chose principale que l’on doit chercher à se procurer pour défendre une aussi grande enceinte.

Les ouvrages que l’on projette dans les îles du Tanaro devraient être construits de manière que, l’ennemi maître de la citadelle, ils pussent servir à la défense de la ville, et que, l’ennemi maître de la ville, ils pussent servir à la défense de la citadelle.

Enfin les fortifications d’Alexandrie auront rempli tout le but qu’on se propose, si les fronts de la citadelle sont les parties faibles de la place.

Il paraît qu’une des principales choses à faire, c’est de creuser les fossés de la citadelle et d’y faire passer un bras du Tanaro ; de changer la direction du torrent qui coule parallèlement à la place ; de coordonner tout le terrain à 600 toises aux environs ; enfin de renforcer les points faibles par un bon cavalier.

Les ouvrages déjà projetés par le général Chasseloup doivent être exécutés sans retard et avec la plus grande activité. Pendant ce temps, il rédigera les projets pour la ville, et pour s’assurer de la possession de la Bormida.

Il est également nécessaire que l’on fasse lever exactement le plan des maisons, afin que l’on puisse disposer des places, pour la réunion des troupes, en assez grande quantité, et que l’on assigne les principaux édifices nationaux à des casernes ou à des magasins.

Observations générales

Un objet très important, c’est de détruire entièrement toutes les petites places qui existent encore en Piémont et qui pourraient être facilement rebâties.

Bonaparte

Comm. par M. le prince de Wagram

448.
Objet de la mission de Ney dans le Valais
dispositions qu’il doit prendre
Au général Berthier, ministre de la Guerre

Saint-Cloud, 10 vendémiaire an XI (2 octobre 1802)

La mission du général Ney, Citoyen Ministre, a trois buts :

1)   Faire voir aux Suisses, par son arrivée à Genève, que je suis décidé à rétablir l’ordre dans cet infortuné pays ;

2)   Être prêt pour remplir, selon les circonstances, le rôle de médiateur ;

3)   Enfin réunir tous ses moyens pour employer vivement la force, si cela devient nécessaire.

L’aide de camp Rapp doit être arrivé avec la proclamation. Le ministre des relations extérieures a écrit au général Ney pour lui tracer la conduite qu’il doit tenir. Vous y ajouterez que, si jamais, contre toute probabilité, les insurgés attaquaient le pays de Vaud, il ferait sur-le-champ entrer toutes ses troupes pour le défendre ; mais ceci n’est qu’une supposition, car il faudrait qu’ils eussent perdu tout jugement.

Envoyez l’ordre au général commandant la 7e division militaire de faire partir pour Genève un bataillon de la 6e légère, complété à 600 hommes ; au directeur d’artillerie et à l’ordonna­teur de se rendre à Genève, et au général commandant la division d’obtempérer à tous les ordres du général Ney.

Faites passer sur-le-champ à ce général 100 000 fr. pour les dépenses imprévues, organiser quelques pièces de campagne et la marche des corps.

Quoique j’aie donné l’ordre qu’on n’employât pas les demi-brigades venant d’Égypte si les circonstances devenaient urgen­tes, le général Ney pourra compléter à 500 hommes un bataillon de la 2e légère, et s’en servir.

Du reste, il ne doit pas faire entrer de troupes sans un ordre du Gouvernement, à moins que les insurgés ne menacent d’envahir le canton de Vaud.

Le général Ney se préparera à agir de la manière suivante au premier ordre du Gouvernement :

La 87e et la 73e, qu’il va réunir à Villeneuve le plus tôt possible, les troupes qu’il aura pu réunir à Genève, avec les demi-brigades de ligne helvétiques, formeront une division, qu’il réunira dans le pays de Vaud pour marcher droit à Berne.

Les troupes que le général de la 6e division aura pu réunir à Pontarlier se joindront au général Ney avant son arrivée à Berne.

La division qui se réunit à Huningue se portera, le plus rapidement possible, à Berne.

Deux bataillons de la 13e légère, que vous donnerez l’ordre au général commandant la 27e division militaire de réunir sur-le-champ à Aoste, passeront le Saint-Bernard pour joindre le général Ney, à Berne.

Les deux bataillons que vous avez ordonné de réunir à Côme seront mis sous les ordres d’un général de brigade, et se rendront à Lucerne.

Donnez l’ordre au général commandant l’armée d’Italie de compléter cette brigade à quatre bataillons, de manière qu’elle monte à plus de 2 000 hommes.

Les quatre bataillons qui se réunissent dans la Valteline seront mis sous les ordres d’un général de brigade, et se rendront à Coire.

Par ce moyen, le général Ney se trouverait avoir en Suisse vingt-cinq à trente bataillons.

On calcule que la proclamation du Premier Consul ne pourra arriver à Berne que le 12. Le général Ney saura, le 18 ou le 19, si les Bernois veulent se dissoudre ou non.

Dans le cas où ils ne voudraient pas se dissoudre, du 20 au 25 serait le moment où il faudrait que toutes les colonnes entrassent à la fois en Suisse, puisque alors le Gouvernement pourrait en avoir envoyé l’ordre avec des instructions ultérieures.

Il est donc nécessaire que le général Ney prévienne les généraux commandant sous ses ordres de se munir de vivres pour six jours, et de se tenir, du 20 au 25, prêts à entrer en Suisse.

En envoyant aux généraux des ordres pour entrer en Suisse, le général Ney leur fera connaître qu’ils ne doivent se permettre aucun acte authentique. Il recevra d’ailleurs une instruction détaillée et ultérieure.

Envoyez deux adjudants commandants attachés à votre ministère, pour rester auprès du général Ney et agir selon les circonstances.

Bonaparte

Archives de l’Empire

 

449.
Ordres pour les généraux Ney et Murat au sujet
de l’entrée des troupes françaises en Suisse
Au général Berthier

Paris, 23 vendémiaire an XI (15 octobre 1802)

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’envoyer un courrier extra­ordinaire au général Ney ; donnez-lui l’ordre d’entrer en Suisse, en dirigeant les troupes du Valais, celles qu’il a à Genève, celles de Pontarlier et celles de Bienne, droit sur Berne, où il est indispensable d’arriver d’abord.

Vous lui recommanderez de réunir le plus possible, ses troupes ne devant donner que réunies ;

De réunir les deux demi-brigades helvétiques à Fribourg, de manière qu’il en soit sûr, et de faire entrer, un ou deux jours avant lui, la brigade qui part de Huningue, afin qu’elle attire de ce côté les ennemis ;

De faire passer le Saint-Bernard à la 13e légère, qui est à Aoste, pour la faire entrer dans le Valais, et de la faire marcher par le plus court chemin pour grossir son armée ;

D’augmenter la brigade de Bâle de deux bataillons de la 16e de ligne, qui sont à Fribourg et qui se rendront en droite ligne à Bâle ; par ce moyen, la division de Bâle se trouvera d’une force raisonnable.

Donnez ordre à la demi-brigade qui se réunit à Côme de passer le Splügen et de se rendre à Coire ;

À la brigade qui se réunit dans la Valteline, de se rendre également, par le plus court chemin, à Coire.

Chargez le général en chef de l’armée d’Italie de donner un commissaire des guerres, et un général de division pour commander ces deux demi-brigades, de manière à combiner ses opérations pour les faire donner de concert dans les Grisors. Le général Murat donnera les instructions nécessaires pour cet objet. Arrivé à Coire, le général de division prendra les ordres du général Ney, pour tous les mouvements qu’il aura à faire.

Le général Murat réunira également à Bellinzona une brigade de 2 000 hommes, qui tiendra une avant-garde sur le Saint-Gothard, s’emparera du pont du Diable, poussera des reconnaissances jusqu’à Uri et Altorf, et se tiendra prête à marcher à Lucerne lorsque le général Ney lui en donnera l’ordre. Le général Murat joindra deux escadrons de hussards, de 130 hommes chacun, à la division qui doit marcher à Coire.

Le général Murat fera encore avancer 3 000 hommes du côté de la Valteline, pour soutenir, s’il y avait lieu, ce corps de troupes.

En prévenant le général Ney, prévenez aussi le général Murat, parce que la division, en attendant qu’elle arrive à Coire, sera sous les ordres de ce général ; arrivée à Coire, elle sera sous les ordres du général Ney.

Le général Ney fera une proclamation courte et d’un style simple, par laquelle il dira que les petits cantons avaient demandé la médiation du Premier Consul, que le sénat avait demandé la médiation du Premier Consul, qui, touché enfin des maux auxquels ils étaient en proie, a cédé aux sollicitations de la nation suisse et a interposé sa médiation pour terminer toutes leurs querelles ; mais qu’une poignée d’hommes congédiés du service des puissances belligérantes, amis du trouble et indifférents aux maux de leur patrie, contre laquelle ils ont porté les armes pendant toute la guerre, sont insensibles à toute raison et à toute considération, trompent et égarent une portion du peuple, à un tel point qu’ils ont allumé la guerre civile au nom du Premier Consul ;

Qu’il est obligé de se mettre en marche pour dissiper ces insensés, et les punir s’ils osaient persister dans leur rébellion ;

Qu’il espère cependant que le peuple, auquel ils ont même caché la proclamation du Premier Consul, en fera promptement justice.

Les troupes, en passant à Bâle, rétabliront le préfet et remettront les choses comme elles étaient avant l’insurrection.

Le général Ney défendra aux généraux de faire aucune espèce de proclamation et de rien imprimer ; il leur enverra seulement sa proclamation imprimée en français et en allemand, pour qu’ils puissent la distribuer en entrant en Suisse.

Arrivé à Berne, le général Ney fera sur-le-champ installer le sénat, mais se réservera toute l’autorité nécessaire pour la police ; partout où il passera, il désarmera les malintentionnés et fera arrêter les boute-feu, et surtout les chefs connus pour avoir été à la solde de l’Angleterre et de l’Autriche contre nous.

Vous donnerez au général commandant la 26e division militaire de faire passer la 50e demi-brigade, qui est à Mayence, à Huningue.

Je suppose que la brigade qui est dans la Valteline avec celle de Coire forme près de 5 000 hommes ; si ces deux corps ne faisaient pas 5 000 hommes, le général Murat les complétera. Il peut, en se concertant avec le citoyen Melzi, y mettre un bataillon de 600 Italiens, pour les accoutumer à la guerre.

Recommandez au général Ney de bien réunir ses troupes avant de marcher, afin d’avoir peu d’affaires hasardeuses et d’épargner le sang.

Bonaparte

Dépôt de la guerre



[1]           Commissaire général dans les départements du Rhin.

 

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