| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome
deuxième Paris - 1876 Saint-Cloud, 20 frimaire an XI (11 décembre 1802)Les renseignements que vous m’avez donnés, Citoyen Ministre, sur la situation de la conscription militaire dans la 27e division, ne sont rien moins que satisfaisants. Je vous prie de me faire un rapport détaillé sur un objet aussi important. Le règlement sur la conscription militaire dit que la 27e division militaire doit fournir 4 000 conscrits, dont 100 pour le 21e dragons, 100 pour le 26e chasseurs ; les 3 800 autres conscrits sont répartis entre les 111e, 112e, 31e légère et plusieurs autres demi-brigades. Faites-moi
connaître : 1) Si la répartition de ces 4 000 conscrits se fait dans les départements de la division ; 2) Si les 111e, 112e, et 31e légère ont envoyé leurs officiers en recrutement ; 3) Si les demi-brigades qui doivent aller prendre à Chambéry les différents détachements destinés pour elles sont désignées ; Enfin où en est la conscription de ces départements. Je ne suis pas satisfait davantage du peu de renseignements que vous me donnez sur la situation actuelle de la conscription des autres départements. Vous devriez, toutes les semaines, recevoir un rapport sur cet objet. Je ne suis pas assez instruit non plus des mesures qui ont été prises pour le recrutement des corps dont les bataillons sont à Saint-Domingue. C’est sur le recrutement que vous devez porter constamment une grande attention. C’est la première et la plus grande affaire de l’État. Donnez l’ordre que tous les conscrits partent sans délai pour les corps, car il n’y a pas un moment à perdre pour qu’ils soient exercés et puissent prendre part aux manœuvres de l’automne. Dans la distribution qui avait été faite des conscrits faisant partie du dépôt de Chambéry, il y en a de destinés à des corps qui paraissent en avoir aujourd’hui grand besoin. Je vous prie de me faire remettre un état de situation de l’armée, où soit mentionnée la force actuelle de l’effectif de chaque corps, en mettant sur une colonne le nombre d’hommes qui sont en France ; sur une autre ceux qui sont supposés être aux colonies, sur une troisième les conscrits qu’ils doivent recevoir pour les années IX et X, afin que je voie par là quelle sera la situation des corps lorsqu’ils auront reçu cette conscription. Il est nécessaire d’y ajouter une colonne qui me fasse connaître si les congés absolus qui ont dû partir sont compris ou non dans ledit état. Enfin je vous prie de monter votre correspondance de manière à être informé de tout et pourvoir à tout ce qui est relatif au recrutement. Ne passez pas une journée sans vous occuper personnellement d’un objet si important. Bonaparte Comm. par M. le prince de Wagram
451. Paris, 28 frimaire an XI (19 décembre 1802)1) L’école militaire sera placée aux environs de Paris, soit à Fontainebleau, soit à Compiègne, Rambouillet ou Écouen. Les plans de ces bâtiments, que le ministre de l’intérieur se fera présenter, lui feront connaître celui que l’on doit préférer. L’emplacement doit être tel qu’il puisse contenir un millier de jeunes gens. 2) Pour être admis à l’école militaire, l’on doit avoir au moins seize ans, être d’une constitution forte, n’avoir aucun défaut de constitution, et être tel que toutes les probabilités soient pour que l’élève ait, à vingt ans, plus de cinq pieds deux pouces. 3) On peut y être élève ou pensionnaire ; Élève, si l’on a été élevé dans un des lycées de la République, aux frais de la République ; Pensionnaire ; les parents devraient être dans le cas de payer 1 000 francs de pension. 4) Élève ou pensionnaire, l’élève doit avoir fait au moins sa troisième, savoir l’arithmétique, la géométrie, la trigonométrie et les éléments de l’algèbre ; écrire et parler correctement sa langue. 5) Un officier supérieur sera gouverneur de l’école militaire ; il aura sous ses ordres deux chefs de bataillon, deux adjudants-majors, quatre adjudants sous-officiers, un capitaine d’artillerie, un lieutenant et deux sous-officiers d’artillerie, un capitaine et deux sous-officiers du génie, un directeur des études, quatre professeurs d’histoire, quatre professeurs de géographie, quatre professeurs de mathématiques appliquées, quatre professeurs de dessin, cartes et fortifications, deux professeurs de belles-lettres, quatre maîtres d’armes, deux maîtres de tir d’armes à feu. 6) Les élèves doivent former deux bataillons divisés en compagnies, et chacune commandée par des sous-officiers, comme dans un bataillon d’infanterie. Le chef de chaque compagnie sera le sergent-major de la compagnie. Ils doivent faire l’exercice, avec des fusils de munition, sans aucun allégement. Les trois premiers mois, chaque élève doit apprendre l’école de peloton ; après quoi, admis dans le bataillon. Le sixième mois, il doit, à son tour, instruire ceux qui arrivent de manière que chaque élève, avant de sortir, ait formé au moins deux élèves. Au bout d’un an, ils doivent avoir le ton du commandement, de manière à commander le maniement des armes et toutes les évolutions à une division. Au bout de deux ans, ils doivent pouvoir commander le bataillon, tant pour le maniement des armes que pour les évolutions. Toutes les semaines, les deux bataillons manœuvreront ensemble une fois, et deux autres fois par semaine ils manœuvreront séparément. Une fois par mois ils feront l’exercice à feu. Dans la bonne saison, à l’automne, ils auront de grandes manœuvres où ils feront toutes les évolutions de guerre pendant cinq jours de suite. Trois autres fois par semaine, ils seront employés à la manœuvre du canon de bataille, de siège et de côtes, de manière que, la première année, il sachent la manœuvre du canon de bataille, les six premiers mois de la seconde, celle du canon de place et de côtes, et, les six derniers mois, toutes les manœuvres de force. 7) La première année, on leur apprendra à faire tout ce qui est nécessaire pour la construction des batteries, saucissons, gabions, pieux, chevaux de frise, palissades, batteries de siège, plates-formes de mortiers ; la deuxième année, les boyaux de sape, et des redoutes et retranchements de toute espèce. Des officiers d’artillerie et du génie seront spécialement destinés à leur faire faire ces différents exercices, sans qu’aucun ouvrier étranger les aide en aucune manière. 8) On leur apprendra à monter et à démonter leurs fusils, et même à pouvoir eux-mêmes y faire les légères réparations ; on les emploiera à dérouiller les armes, de manière que chaque élève en ait au moins approprié deux ; on leur apprendra à faire des cartouches, à fondre des balles, à aiguiser leurs baïonnettes et leurs sabres et haches. 9) Une fois par semaine, chaque élève ira à l’exercice du tir, consistant au tir du pistolet et du fusil, et des carabines rayées. 10) Trois fois par semaine, ils iront à l’école de dessin, où on leur montrera à faire des cartes et tracer et à lever tous les systèmes de fortifications. La seconde année, ils iront apprendre à se servir du graphomètre et de la planchette, pour lever des cartes, le mesurage des distances, etc. 11)
Une fois par jour, ils iront à la classe de géographie, et une fois
par jour à la classe d’histoire. Ces classes d’histoire seront
proprement, la première année, des classes de lecture, où on leur fera
lire l’histoire de tous les grands capitaines des campagnes les plus
renommées. La seconde année, on y joindra une description des principales
batailles. Trois fois par semaine, ils iront aussi à une classe de mathématiques, où on les appliquera à se former, sur le calcul de l’usage habituel, sur la géométrie pour l’arpentage et le toisé des distances. Les professeurs de belles-lettres auront surtout en vue de leur donner une diction claire et de leur apprendre à faire des rapports de goût ; on s’attachera surtout à leur faire saisir la topographie d’un territoire et la narration d’un fait. 12)
Le bataillon, la seconde année, fera le service de police de l’école,
de manière que tous les quinze jours ils soient de garde. Les corps de
garde et les lits de camp seront absolument de même que pour le service des
places. La discipline, les punitions, les rapports et la police, la tenue et les inspections, tout se fera comme dans un bataillon ; corvée de chambre, de balayage. Il n’y aura point à l’école de domestiques. ils seront placés par chambrée, mangeront comme les soldats, et ils feront eux-mêmes leur cuisine ; ils auront du pain de munition, ils iront aux bois, aux provisions ; hormis que d’aller à un marché, ils iront chez l’économe de l’école, qui doit leur fournir ; ils mangeront la soupe deux fois par jour, avec un bouilli et un plat de légumes, avec une demi-bouteille de vin le matin. Ils coucheront seuls. 13)
Chaque compagnie aura son tambour, qui ne sera pas un élève ;
il y aura un tambour-major et huit musiciens pour les deux bataillons ;
un maître tailleur et tous les ouvriers, comme pour les demi-brigades. L’école aura ses masses. Ils seront habillés avec du drap de sous-officier, et chaque individu aura son décompte de linge et chaussures, retenu sur leur solde, qui sera de six sous par jour, et sur laquelle il ne sera fait aucune retenue pour leur nourriture. Les contrôles seront tenus par les sergents-majors ; tous les registres pour les compagnies ou bataillons seront absolument comme ceux d’un corps. Quand les élèves prendront les armes pour se promener, ils auront toujours le sac sur le dos, qui sera garni suivant l’ordonnance. Les visites des sacs et les appels seront comme dans un corps. On leur fera faire, au moins une fois par mois, et d’une seule haleine, six lieues, le fusil, le sac et le pain pour quatre jours sur le dos. On aura soin, lorsqu’ils seront à leur promenade, de faire toujours placer les sentinelles et les grand’gardes militaires de manière qu’ils ne puissent pas être surpris. L’été, on leur apprendra à nager. Bonaparte Archives de l’Empire
452. Saint-Cloud, 26 nivôse an XI (16 janvier 1803)L’arrêté du 18 de ce mois, Citoyen Ministre, relatif au traitement des généraux commandant les divisions et des officiers généraux commandant les départements, confirme celui du 4e complémentaire an X, mais rapporte, en ce qu’il ne le relate pas, l’article 6 du titre 1er de l’arrêté du 20 vendémiaire. Ainsi les généraux commandant les divisions, au lieu de 500 francs, auront 1 000 francs. Les généraux commandant à Lyon, Marseille, Bordeaux, Bruxelles, Strasbourg et Turin, au lieu de 1 500 fr., auront 2 000 francs par mois ; ce qui forme, pour les six généraux de première ligne, 24 000 francs de traitement extraordinaire et 15 000 francs comme généraux de division, total, 39 000 francs ; et, pour les autres généraux, 12 000 francs de traitement extraordinaire et 15 000 francs comme généraux de division, total, 27 000 francs. Je vous recommande toujours de prendre des mesures promptes pour le logement des généraux de division et des commandants de département, surtout pour que les généraux de division le soient plus convenablement. Vous devez leur faire connaître que l’intention du Gouvernement, par ces dispositions, est qu’ils traitent les officiers des garnisons et les principaux citoyens des villes où ils se trouvent, afin de maintenir l’harmonie et l’union entre les corps militaires et les citoyens. Le général commandant la 26e division militaire[1], ayant des pouvoirs extraordinaires, doit être traité comme les six généraux de première ligne. Bonaparte Archives de l’Empire
Paris, 13 ventôse an XI (4 mars 1803)J’apprends, Citoyen Ministre, que le général Solignac a été masqué en Savoyard, à un bal, et s’y est attiré de mauvaises affaires. Un général ne doit point se masquer dans un endroit où ses troupes sont réunies. Je vous prie de donner l’ordre au général Murat de lui ordonner les arrêts pendant quinze jours. Bonaparte Archives de l’Empire
454. Paris, 2 germinal an XI (23 mars 1803)Le ministre de la guerre rend compte des rixes qui eu lieu, pendant le carnaval entre des militaires de la 6e demi-brigade et des habitants de Grenoble. L’animosité restée dans les esprits pourrait produire de nouveaux désordres. Renvoyé au ministre de la guerre, pour faire connaître au général et au préfet que mon intention n’est pas de changer la demi-brigade ; que les soldats et les habitants qui se comporteraient mal doivent être punis ; que je regarde comme un mauvais système de changer des troupes pour des rixes ; que la justice doit être ferme et personnelle, mais ne jamais atteindre directement ni indirectement un corps entier. Bonaparte Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
455. Paris, 4 germinal an XI (25 mars 1803)Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre que les différents généraux des divisions réunissent, pendant les mois de floréal, prairial, messidor, thermidor et fructidor, tous les détachements que pourraient avoir les différents régiments ; quand le local le permettra, la demi-brigade entière ou tous les escadrons de cavalerie seront réunis ; et, dans les petites places, il y aura au moins un bataillon ou deux escadrons. Sous aucun prétexte, il ne sera fourni ni ordonnance, ni petit détachement, quelques réclamations que puissent faire les autorités locales. On n’exceptera de cette règle que les détachements d’éclaireurs qui sont envoyés sur les frontières pour empêcher la contrebande. Recommandez aux généraux des divisions de veiller à ce que l’on travaille à l’instruction, et qu’il y ait de l’ensemble dans les mouvements ; à ce que les conscrits soient sur-le-champ habillés, au moins, en vestes, et qu’aux manœuvres d’automne ils soient tous à l’école de bataillon, et puissent dès cette année faire l’exercice à feu. Recommandez également que les régiments qui sont à portée de l’eau dressent leurs chevaux à passer les rivières ; que tous les régiments de dragons fassent l’exercice à pied, quand même ils n’auraient pas de fusils, et qu’on leur en distribue une cinquantaine pour commencer leur première instruction. Quant à l’artillerie, je pense que le premier inspecteur aura donné les instructions nécessaires pour que le service en soit suivi avec la plus grande activité. Mon intention est que, dans chaque régiment d’artillerie à cheval, on tienne note des canonniers pointeurs qui auront abattu le plus de blancs ; qu’on tienne également note des bombardiers qui auront mis le plus de bombes dans le cercle, et de ceux qui auront tiré le mieux l’obus. Chacun de ces régiments enverra, du 15 au 20 fructidor, ses dix meilleurs pointeurs à La Fère, où il sera préparé de grands exercices d’artillerie, consistant en tir de canons de siège, de campagne, sur leurs affûts, de batteries d’obusiers et de bombes, boulets rouges et toute autre espèce de tir, afin de savoir qui des huit régiments fournira le meilleur pointeur. Vous me remettrez un projet d’instruction pour ces grands exercices, que mon intention est de tenir tous les ans. Il faut que les canons et bombes soient tirés à une grande distance. Bonaparte Comm. par M. le prince de Wagram (En minute aux Arch. de l’Emp.)
456. Paris, 9 germinal an XI (30 mars 1803)Vous vous rendrez à Breda, de là à Berg-op-Zoom, de Berg-op-Zoom à Flessingue, de Flessingue à Helvoet-sluys. Vous vous arrêterez à Rotterdam, à Amsterdam, au Texel. Vous irez à Emden à l’embouchure de l’Ems, à Bremen à l’embouchure du Weser. Vous irez à Hanovre, Osnabrück, Nimègue. Vous continuerez à voir les autres places de la Hollande bordant nos frontières, et vous vous en reviendrez à Paris. Vous aurez soin, à Breda et à Berg-op-Zoom, d’observer tout ce qui a rapport à l’artillerie, aux munitions de guerre, à la garnison hollandaise, au nombre et à l’esprit de la population, à la garnison française et aux officiers qui y commandent. Vous verrez si le corps qui se réunit à Breda, sous les ordres du général Montrichard, est habillé et équipé convenablement. Vous écrirez de Breda et de Berg-op-Zoom ce qui aura été l’objet de vos observations. Vous devez trouver la 95e réunie à Flessingue ; vous observerez son esprit, l’état de son armement et de son équipement ; quel est l’officier qui commande dans cette place ; quelles sont les troupes bataves qui s’y trouvent ; quel est l’esprit de la population ; le siège qu’on pourrait y soutenir, et en général ce qui peut intéresser sous le point de vue des forces de terre et d’utilité maritime ; ce qu’il faudrait faire pour, sans secousse, la mettre entièrement à la disposition de la France. Vous m’enverrez également votre rapport de Flessingue, et parcourrez les différents points importants de l’île de Walcheren. Les différents points où les Anglais pourraient débarquer, la position de l’île, l’esprit des habitants, et les moyens de la reprendre si jamais les ennemis s’en emparaient, fixeront également votre attention. De là vous irez à Helvoet-sluys ; vous verrez la situation de notre expédition, la force des corps embarqués, enfin sa situation sous tous les points de vue. Vous n’oublierez pas tout ce qui peut intéresser, sous le rapport de la défense de terre, de la garnison hollandaise et des moyens maritimes qu’on pourrait trouver dans ces ports. Vous porterez la même attention sur tous les objets, de manière que l’ensemble de votre rapport me donne des notions précises sur l’approvisionnement des arsenaux et le nombre des bâtiments de toute espèce armés ou capables d’être armés, y compris les chaloupes et bateaux canonniers. Prenez des renseignements sur la force positive actuelle de l’armée hollandaise et sur son esprit. Vous verrez en Hanovre le nombre de troupes qui y est, les obstacles qu’on pourrait opposer à une invasion. Vous établirez également le nombre de journées de marche qu’il faudrait pour se rendre à Bredit, Osnabrück et Hanovre, et prendrez la note des petits princes d’Empire sur les terres desquels il faudrait passer. Vous porterez avec vous le résultat de vos observations en Hanovre. Les rapports de Breda, Flessingue, Berg-op-Zoom, seront envoyés à la première poste française par un de vos gens. Vous remettrez les rapports des autres points à l’ambassadeur de la République, pour les faire passer par les courriers qui s’envoient fréquemment, mais de manière qu’ils ne soient point interceptés par les Hollandais, qui ont l’habitude de lire tout ce qui passe aux postes. Vous ne vous arrêterez que le temps nécessaire pour faire vos observations. Bonaparte Archives de l’Empire
457. Saint-Cloud, 27 germinal an XI (17 avril 1803)Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner des ordres pour l’armement de toutes les côtes de la France. Faites porter une activité particulière à l’armement de Cherbourg, des îles de Ré et d’Oleron, et de l’île d’Aix. Bonaparte Dépôt de la guerre 458. Saint-Cloud, 4 floréal an XI (24 avril 1803)J’ai reçu votre lettre, Citoyen Général. Je vois avec plaisir la bonne intelligence rétablie entre vous et le vice-président. De votre côté, attachez-vous à investir de considération les principaux fonctionnaires de la République. Ne souffrez jamais que, directement ni indirectement par des instigations, on vous mette en opposition avec eux : ce n’est pas là votre rôle. Vous êtes par votre position au-dessus de ces petites intrigues. Portez une grande attention, à faire le bien-être de vos troupes. Dès que le cantonnement de Faenza sera organisé, rendez-vous-y, et assurez-vous qu’il ne lui manque rien pour pouvoir marcher au premier ordre. Faites-moi connaître la quantité de recrues arrivées à chaque corps ; combien chacun peut mettre d’hommes en campagne. Je pense que tous les invalides et vétérans sont partis. Envoyez des officiers d’état-major jusqu’à Udine, Gratz, Laybach, Insbruck et Klagenfurt, pour savoir s’il y a des mouvements de troupes et observer la situation du pays. Envoyez aussi des officiers du génie dans le Tyrol. Ayez soin de choisir des hommes prudents et qui ne se compromettent pas. Que votre présence soit utile au pays et avantageuse à l’administration. Faites-moi connaître la marche de l’esprit public, non par des rapports obscurs qui ne méritent, vous le savez, aucune confiance, mais par des rapports généraux auxquels je puisse ajouter foi. Bonaparte Archives de l’Empire
459. Saint-Cloud, 5 floréal an XI (25 avril 1803)Vous vous rendrez au Havre. Vous y resterez trois jours. Vous y verrez la situation du dépôt colonial, celle de son habillement, de son armement, les bâtiments préparés pour l’embarquer ; si les préparatifs se font pour l’armement des côtes ; les chaloupes canonnières et bateaux canonniers qui sont dans le bassin, les bâtiments en construction, les bâtiments désarmés ; si les travaux ordonnés au bassin et au port sont commencés ; et tout ce qui peut m’intéresser sous le point de vue militaire et d’administration. De là vous vous rendrez à Caen, aux îles Marcouf, à la Hougue et à Cherbourg. Vous y prendrez des renseignements sur les mêmes objets. Vous vous assurerez que la Hougue est à l’abri de toute attaque de l’ennemi ; si les fortifications permanentes sont commencées à Cherbourg. Vous verrez si la 39e est bien casernée ; si elle a perdu des hommes en route ; si l’on travaille à rétablir la digne et la rade ; ce qu’on y a fait cette année, ce que l’on compte y faire la campagne prochaine ; si les préparatifs sont faits pour travailler au bassin ; la quantité de bois et chanvre existant dans les magasins de la République ; si la boulangerie est en bon état ; le nombre de fours qu’il y a. Vous vous arrêterez dans les ports de commerce un peu importants. Vous verrez à Saint-Malo la situation des constructions, et irez dans les forts qui défendent cette rade. Vous verrez à Saint-Malo et Granville le nombre de bâtiments destinés pour la pêche, leur grandeur, combien d’hommes et de vivres ils peuvent contenir. Vous continuerez la côte par Saint-Brieuc, Morlaix, Brest. Vous vous arrêterez dans tous les ports, y verrez le nombre de bâtiments de pêcheurs capables d’une traversée et plus forts que 500 tonneaux. Vous observerez tout sans inquisition et sans exciter d’alarme. Partout vous observerez l’état du port, ce qu’on y a fait cette année, ce qu’on compte y faire l’année prochaine ; le nombre de matelots au service de la marine ou du commerce qui sont absents du port, ceux qui sont dans le port, ceux qui ne sont point employés. Partout où il y a des troupes, assurez-vous de l’esprit des corps, du nombre de recrues qu’ils ont reçues, de leur habillement, en habits neufs, vieux ou de paysan. Parcourez toutes les îles qui sont sur les côtes, spécialement les îles de Bréhat, d’Er, les Sept-Iles, le rocher de Saintes, l’île de Batz, d’Ouessant, les îles Glénans. Vous resterez au moins six jours à Brest. Vous verrez si on se dispose à commencer les travaux du bassin dont j’ai ordonné la construction pour cette année. Vous verrez le nombre des vaisseaux en rade, si l’on travaille à l’armement, aux chantiers, et si les magasins sont fournis de tout ce qui peut être nécessaire. Vous tiendrez note de toutes les fortifications, surtout dans les petites îles, et vous vous assurerez si l’on a pris des mesures pour les armer et les approvisionner. Vous verrez les batteries de Brest, spécialement celle de Camaret, et si elles sont disposées de manière à protéger tous nos petits bâtiments. Vous reviendrez par Quimper, Pontivy, Rennes et Paris, où vous serez de retour le 30. Vous observerez dans les petites îles l’esprit des habitants, s’ils sont formés en compagnies pour leur défense. Vous ferez connaître à Ouessant que je sais que les habitants se sont toujours bien comportés ; s’ils ont des demandes ou des plaintes à faire, vous me les apporterez. Vous verrez, à Pontivy, si l’on travaille à la navigation du Blavet ; à Rennes, où en sont les travaux de caserne commandés et ceux de l’école d’artillerie. Avant
de partir de chaque port, vous m’enverrez votre rapport sur tous les
objets compris dans la présente instruction. Bonaparte Archives de l’Empire
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