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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

 

470.
Instructions pour le campement des troupes
à Boulogne, Ambleteuse
Au général Dejean, ministre,
directeur de l’administration de la guerre

Bruxelles, 7 thermidor an XI (26 juillet 1803)

La mesure prise à Gênes par le général Murat, Citoyen Ministre, aura l’avantage de centraliser le service et de soulager considérablement la République ligurienne, d’autant plus que, dans la situation actuelle et jusqu’à ce que le roi de Naples ait pourvu à la solde de nos troupes, il faudra que la République ligurienne pourvoie à la solde des deux bataillons qu’elle a envoyés à Naples.

Relativement au corps du général Saint-Cyr, n’ayant pas ici sous les yeux tous les arrêtés qui ont été pris, je ne conçois pas d’où vient ce changement de principes. Il a été dans mon intention de ne rien innover à ce corps depuis le départ du général Saint-Cyr. Je pense donc que vous devez continuer à correspondre avec l’ordonnateur qui est à Tarente, sans quoi nous n’aurons aucun compte de ce corps. Celui-là doit également correspondre avec le commissaire général Amalasi.

Je persiste à penser que l’on ne saurait avoir les fours trop près de l’endroit où se réunissent les troupes, et qu’il faut établir deux fours à Étaples et deux à Ambleteuse (ce qui n’empêcherait pas ceux de Montreuil), qui serviraient de supplément lors des rassemblements extraordinaires. Ces constructions, d’ailleurs, ne sont point pressées.

La manière de placer les troupes autour des ports de Boulogne, d’Étaples et d’Ambleteuse, est un objet important et qui fait une partie essentielle des opérations. En effet, les troupes doivent embarquer et débarquer souvent ; leur embar­quement doit être extrêmement prompt. De l’instant où il est ordonné à celui où il doit être exécuté, il ne doit pas y avoir un intervalle de plus d’une ou deux heures. Il faut donc que les troupes soient placées le long du port, à la seule distance nécessaire pour se trouver sur un terrain élevé et en bon air, mais ayant un espace de moins de 500 toises à parcourir pour que chaque bataillon arrive à son bateau d’embarquement.

Les troupes devant rester dans cette situation plusieurs mois, peut-être l’hiver, on économisera la santé et l’habillement du soldat si on prend le parti de faire des baraques en planches. Chaque baraque pourrait contenir une compagnie ou même un bataillon. Je désire que vous fassiez faire par les ingénieurs un projet et un devis, pour connaître la quantité de planches et l’emplacement qu’exigerait le cantonnement d’une trentaine de bataillons dans ces baraques. On pourrait également construire des baraques pour les officiers, en réunissant dans la même les officiers de la même compagnie ou du même bataillon.

Il est indispensable de faire passer à Boulogne autant de lits que les casernes et autres établissements peuvent en contenir. Il faudrait également garnir de lits Saint-Omer et les autres petites places le plus à proximité de la côte.

Il est inutile d’observer que les troupes cantonnées dans ces baraques n’auraient pas besoin de lits et seraient couchées sur la paille.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

471.
Recommandations relatives à l’armée de Hanovre
Au général Mortier

Namur, 16 thermidor an XI (4 août 1803)

Citoyen Lieutenant Général Mortier, commandant l’armée française en Hanovre, votre aide de camp m’a remis, avec voire lettre, le manuscrit de Leibniz, que je reçois avec un grand intérêt et que je ferai traduire.

J’approuve la dépense de 1 700 000 francs que vous avez faite en gratifications extraordinaires au moment de votre entrée en Hanovre ; mais je vous recommande de porter la plus grande économie dans votre armée, qui, devant être composée de 30 à 35 000 hommes, doit être nourrie pendant longtemps par le pays.

Faites faire un inventaire des bois et domaines du roi d’Angleterre, sur lesquels, avec votre approbation, la régence peut faire emprunter ailleurs. Le roi d’Angleterre a tous les moyens de les dégrever, et, par ce moyen, votre armée serait abondamment pourvue.

Les conscrits de la réserve des années IX et X marchent à force pour renforcer vos corps. Il en part près de 400 pour chacune de vos demi-brigades, ce qui vous fera près de 6 000 hommes ; armez-les et habillez-les.

Organisez votre artillerie et ayez 80 pièces de campagne attelées, car on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tous ces résultats ne peuvent s’obtenir qu’avec économie.

Si vous étiez mécontent de quelques généraux, faites-le connaître : on les ôterait.

Quoique j’aie tout lieu de penser que votre armée ne se battra point sur le continent pendant cette guerre, et qu’une partie alors sera appelée pour la descente, il n’en est pas moins vrai qu’il faut se tenir prêt à tout. Je vous recommande surtout les 80 pièces d’artillerie attelées, car vous savez qu’un renfort d’hommes s’envoie plus vite qu’un train d’artillerie.

Bonaparte

Comm. par M. le duc de Trévise.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

472.
Observations sur un projet de répartition de la conscription
Au citoyen Lacuée, président de la section de la guerre au conseil d’État

Sedan, 21 thermidor an XI (9 août 1803)

Citoyen Lacuée, votre projet de répartition de la conscrip­tion est sujet à beaucoup d’observations. Aujourd’hui que les revues sont faites, il faudrait établir chaque corps au pied de paix. Tous ceux que j’ai vus ont besoin de 3 à 400 hommes. J’ai trouvé dans la nomenclature beaucoup de fautes. Vous portez, par exemple, la 23e de ligne à trois bataillons, tandis qu’elle n’en a que deux. Depuis un mois que je fais, presque tous les matins, le métier d’inspecteur, il me paraît impossible d’avoir plus longtemps des demi-brigades à deux bataillons, et, pour ne point rompre de demi-brigades, je préfère en réunir deux en une. Par ce moyen, il n’y aura dans les masses ni dans l’administration aucun embarras. Chaque demi-brigade aura un colonel en second et un major. Changez le nom de demi-brigade en régiment. Établissez un major, et ôtez le nom de chef de brigade pour mettre celui de colonel. Nous aurons, par ce moyen, seize demi-brigades de ligne à quatre bataillons, et trois demi-brigades légères. Nous en aurons, indépendamment, une de ligne et une légère à quatre bataillons, mais dont l’un sera aux Indes. Ce changement ne comporte point de délai et doit être fait pour l’an XII.

Chaque demi-brigade a 40 à 50 hommes ouvriers, autant de musique, toujours autant aux bagages, ce qui finit par réduire un régiment de deux bataillons à rien. Ils n’offrent d’ailleurs aucun jeu pour se compléter, et je répugne beaucoup à prendre un bataillon dans une demi-brigade et un dans une autre. D’ailleurs, j’estime plus utile d’avoir des demi-brigades de quatre bataillons ; on maintient la régularité en n’en envoyant que trois à la guerre, et en mettant l’autre dans les places les plus importantes. Je vous envoie une note dictée de mémoire, qui peut être fautive. J’ai cherché à réunir les demi-brigades qui sont dans la même division, afin que l’arrêté se trouve exécuté sans délai.

Le tableau de la conscription doit se ressentir de ce change­ment ; le travail en deviendra, je crois, plus facile. Les 21e, 56e et 77e sont ordinairement portées à trois bataillons ; mais elles ont des détachements si forts aux colonies, qu’elles peuvent être considérées comme ne formant que deux bataillons.

J’estime, avant tout, qu’il faut avoir le tableau des revues ; le ministre doit avoir toutes celles de la dernière inspection. Il faut opérer en conséquence de la revue des corps et de ce que vous leur avez donné pour la réserve, pour arriver à leur complet.

Vous avez donné, pour le Hanovre, à peu près 500 hommes de la réserve par demi-brigade, c’est suffisant. D’abord, il faut les habiller ; ensuite, 2 000 hommes des dépôts coloniaux ont augmenté l’effectif des corps ; enfin, je n’ai point, pour cette année, de raison d’être alarmé, et je ne veux point alarmer l’Allemagne.

Ainsi, sans rapporter la mesure qui doit compléter ces bataillons à 900 hommes, il faut se compléter d’hommes donnés par la réserve. Nous verrons dans trois mois ce qu’il y aura à faire. La même chose pour Naples. Moyennant cela, vous devez ne pas leur donner 100 hommes de plus par bataillon. Si vous n’en avez pas assez, laissez plutôt en arrière les demi-brigades à quatre bataillons.

L’essentiel est d’être au complet de paix ; tous les corps que j’ai vus en sont très loin. Il faut aussi compléter toute la cavalerie au pied de paix. Il faudra prendre en considération un arrêté que j’ai pris pour porter trois bataillons d’artillerie sur le pied de guerre.

Quoique je compte être sous peu de jours à Paris, j’ai voulu vous envoyer ces notes qui me sont venues à l’idée, afin qu’à Paris je vous trouve tout préparé pour mettre en vigueur la conscription.

L’arrêté que vous prendrez pour les vingt demi-brigades sera le même que celui qui établira l’état de l’armée pour l’an XII, et qui doit servir à la formation du budget.

Bonaparte

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